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 Les Fantômes du Passé

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MessageSujet: Les Fantômes du Passé    Lun 14 Mar - 0:53

Chapitre 3 : Noirceur
Partie 2 : Les Fantômes du Passé

L'académie shinobi de Kumo s'élevait en haut d'une rue qui montait des entrailles de la ville. Sa façade monumentale évoquait davantage un château fort qu'une école. Sa silhouette anguleuse couleur d'argile était un empilement savant de tours, d'arcs et d'ailes tout en noirceur.

La salle d'études qui nous étaient réservée pour l'entraînement des arts Toshiya se trouvait au milieu d'un ensemble de jardins, de fontaines, de bassins croupissants, de patios et de sapins enchantés. Tout autour, des bâtiments sombres abritaient des piscines voilées d'une vapeur fantomatique, des gymnases noyés dans le silence et des chapelles ténébreuses où des effigies de saints souriaient au reflet des cierges. Le bâtiment principal avait quatre étages sans compter les deux sous-sols ainsi que les combles réservés aux quelques activités inconnues du grand public. Les chambres des pensionnaires étaient au quatrièmen le long de couloirs caverneux. Ces galeries interminables étaient plongées dans une pénombre perpétuelle, résonnant toujours d'un écho lugubre.

Je passais ces journées d'entraînement à rêver éveillée dans les salles de cet immense château, attendant le miracle qui se produirait à coup sûr : la fin des exercices. En fin d'après midi, le soleil recêtait d'or liquide les hautes fenêtres. Une sonnerie annonçait la fin des cours et nous jouissions de la liberté salvatrice à laquelle j'aspirais depuis toujours. Je ne rentrais pas tout de suite chez moi, et c'était mon moment préféré. Trompant la surveillance du gardien, je partais explorer la ville. J'avais pris l'habitude de revenir de l'académie juste à temps pour dîner, marchant dans les vieilles rues et les avenues pendant que la nuit tombait autour de moi. Ces longues promenades me donnaient une sensation de liberté inimaginable. L'espace d'un instant, j'oubliais ma condition tragique, le mauvais oeil autour de moi, et j'étais la demoiselle la plus heureuse du monde.

Mon chemin me conduisait parfois vers ce que l'on appelait le quartier désert, qui n'était rien d'autre qu'un semblant de petit terrain vague perdu dans un no man's land entre le quartier de l'Académie et l'Asakura. La plupart des vieilles maison de maître qui avaient jadis peuplé cette zone restaient encore debout, mais le rayonnement culturel dont avait bénéficié l'endroit était désormais révolu, et ne restaient que des ruines. Les rues qui avoisinaient l'Académie traçaient une ville fantôme. Des murs envahis par le lierre défendaient l'accès de jardins sauvages au milieu desquels s'élevaient des résidences monumentales. Propriétés envahies par les mauvaises herbes, livrées à l'abandon, où la mémoire paraissait flotter comme une brume qui refuse de partir. Beaucoup de ces grandes résidences n'attendaient plus que leur destruction, et un grand nombre avaient été vidées au long des années. Quelques unes, pourtant, étaient encore habitées. Ses occupants étaient des membres oubliés de grandes familles ruinées ou sur le déclin, faute de descendance. Des otages de leur passé moribond, qui refusaient d'abandonner leur navire à la dérive. Ils n'osaient pas mettre les pieds hors de leurs demeures croulantes, de peur que leur corps ne parte en cendres, emporté par le vent. Prisonniers, ils végétaient à la lueur des candélabres. Parfois, quand je passant en me hâtant devant ces grilles rouillées, il me semblait que des regards méfiants me suivaient de derrière les volets dont la peinture n'était plus qu'un souvenir.

Une après-midi, le hasard fit que je décidai de m'aventurer dans une de ces avenues semées de grandes villas modernistes que je n'avais pas encore explorées. La voie décrivait une courbe qui se terminait par une grille pareille à beaucoup d'autres. Au delà s'étendaient les vestiges d'un ancien jardin marqué par des décennies d'abandon. A travers la végétation, on apercevait la silhouette d'une maison de deux étages. Sa façade noircie s'élevait derrière une fontaine portant des sculptures que le temps avait revêtues de mousse.

La nuit tombait et l'endroit me parut quelque peu sinistre. Il y régnait un silence mortel : seule la brise chuchotait un avertissement sans paroles. Je compris que j'étais entré dans une des zones mortes du quartier. Je décidai que le mieux serait de revenir sur mes pas et de rentrer à la maison. J'en étais à hésiter encore entre le bon sens et la fascination morbide que ce lieu exerçait en moi, quand j'aperçus deux yeux jaunes qui brillaient dans l'ombre, plantés sur moi comme des poignards. Ma gorge se serra.

Le pelage gris et velouté d'un chat se dessinait, immobile devant le grille de la demeure. Un petit moineau agosinait entre ses crocs. Une clochette d'argent pendait au cou du félin. Son regard m'étudia pendant quelques secondes. J'avais l'étrange impression de contempler le reflet de mon âme. Puis il fit demi-tour et se faufila entre les barreaux de métal. Je le vis disparaître dans l'immensité de cet Eden maudit, emportant le moineau pour son dernier voyage. A en juger par sa fourrure lustrée et sa clochette qui tintait dans le noir de temps à autre, par à coups saccadés, il devait avoir un propriétaire. Peut être cette demeure abritait-elle autre chose que les fantômes d'un Kumo disparu. Je m'approchai et posai les mains sur les barreaux de l'entrée. Les dernières lueurs du crepuscule éclairaient la trace que les gouttes de sang du moineau avaient laissée dans cette jungle. Des perles écarlates dessinaient un chemin dans le labyrinthe. J'avalai ma salive. Ou plutôt, j'essayai. J'avais la bouche sèche. Je sentais mon sang battre très fort dans mes tempes, comme s'il savait quelque chose que j'ignorais et qu'il tentait de me prévenir. Là dessus, la grille céda sous mon poids et je compris qu'elle n'était pas fermée à clef...


J'emmène au creux de mon ombre des poussières de toi. Le vent les portera.

MessageSujet: Re: Les Fantômes du Passé    Lun 14 Mar - 19:12




Tandis que je faisais le premier pas vers l'intérieur, la lune éclairait les visages livides des anges de pierre de la fontaine. Ils m'observaient. Mes pieds restèrent rivés au sol. Je m'attendais à ce que ces créatures bondissent de leurs socles et se transforment en démons armés de griffes de loup et de langues de serpent. Rien de cela n'arriva. Je respirai profondément et considérai de nouveau la situation : ou je parvenais à maîtriser mon imagination, ou plus raisonnablement, je renonçais à ma timide exploration de cette propriété. Une fois de plus, quelqu'un décida pour moi. Un son céleste se répandit comme un parfum sur les ombres du jardin. J'écoutai ce murmure et discernai un chant accompagné au piano. C'était la voix la plus merveilleuse que j'avais jamais entendue.

La mélodie me parut familière, mais je ne parvins pas à la reconnaître. La musique venait de la maison. Je suivis sa trace hypnotique. Des rais de lumière vaporeuse filtraient de la porte entrouverte d'une galerie vitrée. Je reconnus les yeux du chat qui me fixaient du haut de l'appui d'une fenêtre du premier étage. J'approchai de la galerie éclairée d'où provenaeint ces sons indescriptibles, qui gravaient dans ma chair une sensation profonde de mélancolie. La voix d'un homme. Le halo ténu de cent bougies éclairait l'intérieur d'une lumière vacillante. Il révélait le pavillon doré d'un antique gramophone sur lequel tournait un disque. Sans réfléchir à ce que je faisais, je me surpris moi-même en pénétrant dans la galerie, captivée par ce chant prisonnier du gramophone. Sur la table qui portait l'appareil, je distinguai un objet, que j'avais déjà vu auparavant. C'était une montre de poche. Je la pris et l'examinai à la lueur des bougies. Les aiguilles étaient arrêtées et le boîtier brisé. Elle me disait quelque chose, mais je ne parvenais pas à me souvenir où dans mes souvenirs j'avais bien pu la voir auparavant. Elle me parut être en or et aussi vieille que la bâtisse dans laquelle je déambulais. Un peu plus loin, un grand fauteuil me tournait le dos, faisant face à une cheminée au dessus de laquelle je pus distinguer un tableau représentant un homme vêtu de blanc. Ses grands yeux gris, tristes et sans fond dominaient la pièce. Je n'arrivais pas encore à discerner son visage.

Tout à coup, l'enchantement vola en éclats. Une silhouette se leva du fauteuil et se tourna dans ma direction. Une chevelure blanche et des yeux brillants comme des braises scintillèrent dans l'obscurité. A travers les deux mains blanches qui se penchaient vers moi, je reconnus aussitôt le visage, celui d'un mort...


Etsuko - Sokaï !?!

A trop reculer, je tombai sur le posterieur, et les mains s'approchèrent encore plus de moi. Elles étaient malsaines, je les sentais aspirer le peu de joie qu'il restait au fond de mon coeur. Je me relevai aussitôt, et me reculai de quelques mètres. Adossée au mur, je vis le spectre se tourner lentement vers moi.

??? - Etsuko...

Puis il bondit, presque téléporté, vers mon visage, et plaça les paumes de ses mains blêmes sur mes joues.

??? - Tu n'as pas changé, Etsuko...

Son souffle glacé élança de grands frissons dans tout mon corps. Mes yeux pleurèrent d'eux-mêmes de grandes larmes froides qui se glacèrent en coulant sur ma joue.

Etsuko - C'est toi... Sokai... Je...

??? - Oublie moi, Etsuko... Laisse moi partir... Oublie moi... OUBLIE MOI !

Son cri provoqua une onde de choc et brisa les vitres qui tenaient encore debout. Je sentais la ponction continuer. On m'arrachait quelque chose, un bien de grande valeur qui résidait dans les tréfonds de mon âme. Mes souvenirs, ceux qui me sont le plus chers... Ceux de ma vie avec Sokai. Je me débattis, secouant frénétiquement mes bras dans les airs, transperçant le spectre de mon défunt coéquipier de part en part.

Etsuko - Non ! Laisse les moi ! C'est tout ce qu'il me reste ! Tu n'as pas le droit !

A ces paroles, la fantôme recula de quelques pas, me laissant de nouveau respirer, et reprendre mes esprits. Des larmes coulaient à son tour sur ses joues, comme autant de petits diamants fantômatiques, mirages éphémères de cette entité qui n'existait peut être que dans mon imagination.

??? - J'ai froid, Etsuko... J'ai si froid... Laisse moi partir s'il te plait, laisse moi m'en aller... Oublie moi...

Pris de panique, je me précipitai vers la porte, je heurtai le gramophone et le fis tomber. J'entendis l'aiguiller lacérer le disque. La voix céleste se brisa avec un gémissement infernal. Je courus vers le jardin, sentant ces mains me poursuivre, accompagnés de hurlements de souffrance insoutenables. Je traversai la cour de la fontaine avec des ailes aux pieds et une peur qui brûlait dans chaque pore de mon corps. Impossible de m'arrêter. Je courus, encore et encore, jusqu'à ce qu'une violente douleur me transperce les côtes et que je comprenne que je ne pouvais presque plus respirer. Quand je m'arrêtai enfin, j'étais couverte d'une sueur glacée et les lumières de l'Académie brillaient à trente mètres de là.

Je me glissai dans les ruelles qui menaient au centre ville et détalai jusqu'à mon appartement. Je commençai à me calmer, allongée sur mon lit, tremblotante de fatigue et de peur. Je m'endormis presque aussitôt, happée dans les bras protecteurs de Morphée, mais je me réveillai en sursaut dix minutes plus tard, prise d'une anxiété étrange. Je m'approchai du balcon, et me fis violence. Lorsque j'essayai de me remémorer les souvenirs vécus avec Sokai, presque plus rien ne subsistait... A travers les persiennes, le spectre de la lune montait au-dessus de Kumo. C'est seulement à ce moment là que je me rendis compte que je tenais encore la montre dans mes mains. Je la fixai sans ciller, perdue dans mes pensées. Etait-ce moi qui avais crée ce fantôme ? Fallait-il que je me débarrasse de ce qui m'était le plus cher ? Avais-je le droit de laisser ce spectre errer par ma faute ? Même dans sa mort, je lui faisais encore du mal. S'il était toujours là, c'était par ma faute. Je n'avais jamais pu me séparer de son souvenir, de notre passé. Il avait certainement renoncé à rejoindre le Grand Tout tant que je ne serais pas guérie. Mais jamais cette plaie béante ne s'était estompée, et par là même, jamais son âme n'avait retrouvé le salut. Il fallait que je fasse quelque chose, que je libère pour de bon, quitte à supprimer définitivement la dernière parcelle de mon coeur qui n'était pas encore éteinte. Le temps des sacrifices était venu. Et j'allais remplir ma part du contrat. "Tu reposeras en paix bientôt, je te le promets", me dis-je en contemplant cette montre brisée dont les rebords dorés étaient baignés par la lumière de la Lune...








J'emmène au creux de mon ombre des poussières de toi. Le vent les portera.

MessageSujet: Re: Les Fantômes du Passé    Jeu 17 Mar - 14:59

    Etsuko ( Niveau 9 )
    : +0% Bonus Inclus
    : + 15 XP

    : Pause XP demandée. Un simple petit détail, j'ai été interpellé par la description du quartier dans lequel tu te rends. Je conçois très bien que dans la périphérie du centre ville il puisse exister des bâtiments isolés et abandonnés pour x ou y raisons, mais tout un quartier en plein cœur du village je trouve ça un peu spécial. Kumo est village militaire, pas un village civil. Tout l'espace est optimisé, l'abandon de bâtiment peut exister et alors dans ce cas on peut se douter que d'un jour à l'autre le village s'approprie la bâtisse ( si ce n'est pas déjà le cas ). De là à parler de toute un quartier abandonné, je ne crois pas que ça puisse exister dans aucun des grands villages cachés.
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