Partagez | 
 

 Arnaques, crimes et shinobi

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 

MessageSujet: Arnaques, crimes et shinobi   Lun 25 Avr - 17:58

Il y a une chose que ce village nous apprit très vite. C’est que le monde des shinobi est exclusivement réservé aux shinobi. Bien sûr. Il y a leurs beaux discours, leurs pamphlets agréables aussi bien respectueux quant à notre situation que dangereusement pitoyables. Les shinobi sont des hypocrites. Pas tous, non. C’est leur système qui a voulu cela. Ils n’en sont pas conscients – pas encore. Mais un jour arrivera où ils se rendront compte que, non, ils ne pensent pas à nous. Ils nous oublient, parce qu’ils ne voient que leur petit nombril et dans leur sacro sainte mission qui vise à nous protéger des autres – d’eux-mêmes, en somme – ils ont tendance à faire prévaloir la croissance de leur puissance plutôt que notre bien-être. « Nous allons vous protéger, clament-ils. Mais avant, il faut que nous soyons forts ! » Bien sûr, petite bête sans cervelle, tu es ta propre idéologie et moi la victime caricaturale de ton feuilleton. Acteur, réalisateur et scénariste. Le monde, notre monde, n’est plus régi que par cela.

Ne croyez pas que je voue une haine sordide à ces personnes là. Je les ignore, simplement. La vie dans laquelle je traine mes petits pieds de jeune homme est paisible quoi que dépendante des aléas de la politique shinobi de notre ère. La haine, je la ressens. Kyoke, elle, est farouchement attachée à cette passion folle. La destruction. Regardez. C’est la jolie bombasse qui joue avec ses allumettes tout en grignotant férocement le bout de sa cigarette. Je n’arrête pas de lui dire que c’est dégueulasse ; elle s’en fout éperdument. L’homme qui la reluque sans cesse, c’est Mango. Un mètre quatre vingt treize, quatre vingt six kilos, deux de gras, un de cervelle. Le reste ? Du muscle. Et croyez-le si vous avez envie, mais le petit millier de neurones qu’il abrite dans sa boite crânienne ne sont pas dévoués à la littérature et à la poésie. Dans le coin, on l’appelle « La Mèche ». Vous en tirerez les conclusions que vous voudrez, ça n’a guère d’importance.

Je pense honnêtement que Mango l’a déjà sautée. C’est récent. C’est même tout chaud, sur le feu, et je pense que s’ils étaient un peu plus attendrissants et qu’on aurait un intérêt plus prononcé à suivre leur petite vie misérable, on les verrait jouer de leur corps dans les dix prochaines minutes. Mais cela non plus, cela n’a pas tellement d’intérêt. Ce qui en a, vraiment, ce sont leurs buts. Kyoke est définitivement une femme magnifique. Grandes mèches blondes fréquemment peignées, des mains fines, des hanches larges et généreuses, une poitrine à son image : rebondie. Jeune orpheline, violée par son père adoptif, on raconte qu’elle l’a tuée. Une fois encore, cela n’a que très peu d’importance. Ce qui en a, c’est que Kyoke est toujours libre et que durant ses vingt et une années à exhiber son corps exceptionnel, elle n’a passé aucune minute en prison. Trop intelligente.

Ou trop sexy.

La Mèche est tout un autre prototype. Une boule de muscle. Il ya fort à parier qu’il baise aussi sauvagement qu’il frappe, ce qui reviendrait à dire qu’ils n’ont pas fait ça depuis longtemps vu l’état étincelant de la jeune femme – j’en doute, la rumeur est sûrement fausse. Impulsif, violent, colérique, lunatique, ironique, moqueur ; un salaud comme on les aime. Et pourtant ses grosses mains musclées ont un avantage que beaucoup d’autres n’ont pas. La dextérité. Vous comprendrez très vite pourquoi.

Quant à moi … Mon nom est Deidan. Deidan Uzuke et mon passé ne vous concerne pas. Je ne suis qu’un petit fils de bourgeois bien élevé dont on a très bien enseigné l’art de la survie. Dans un village tel que Konoha, oui, c’est un art. De points communs nous n’en avons qu’un. Nous ne sommes pas des shinobis. On ne se méfie pas de nous, on ne se méfie jamais des civils. Nous sommes des proies faciles, des petites bêtes sans défenses. Pourtant, ce n’est ni notre haine pour ce système, ni notre mépris de ces personnes qui nous poussera à agir ainsi. Notre motivation ?

Le fric. Simplement, le fric.


***


Le petit entrepôt de Kotodama n’était pas bien prestigieux. Murs en pierre qui s’effritent, toits troués en certains droits qui donnent aux jours de pluies des allures de baignoires communes, portes en bois moisi, bref, le tout passait inaperçu dans une petite ruelle du centre de Konoha. Les passants étaient rares, les commerces s’étaient peu à peu éloignés de cette zone peu fréquentable. Pourquoi ? Personne n’en a la moindre idée. Aucun crime, aucune bande néfaste, rien. Personne ne s’était jamais intéressé à cet endroit, personne ne s’y intéresserait jamais. A part nous, bien sûr. En somme, ce n’était qu’un petit entrepôt de vivres, tenu par un bonhomme peu sympathique du nom de Mifune Shokoda. C’est lui, juste là, qui gigote dans sa graisse, ce porc immonde. Son seul objectif dans la vie est d’emmerder les gens. Oh, pas de les emmerder profondément, non. De leur soutirer un minimum de fric pour qu’ils ne s’en rendent pas compte, un maximum pour que cela reste intéressant. Bref, un petit joueur, une victuaille sur un gigantesque banquet. Mifune avait toujours été, et sera toujours un petit bonhomme ingrat dont l’ambition est aussi plate que son ventre.

Le comptoir qui lui sert de lieu de vie n’est pas bien grand. De quoi y planquer trois ou quatre armes blanches, guère plus. Et Mifune n’est d’ailleurs pas un danger. En tout cas, il n’est pas le danger. Il sera juste une de merde plus à éclabousser, un enfoiré de première qui n’hésitera pas à ouvrir sa gueule dès la première injonction lancée. Mais il repeindra le mur comme tous les autres. Il le repeindra doublement, d’ailleurs. Mango déconnait souvent en répétant qu’en raclent le mur après avoir fait exploser son corps de l’intérieur, il aurait assez de graisse pour faire frire une colonie de pommes de terre. Je n’aimais pas trop l’idée, mais elle m’avait fait sourire. Je m’égare. Le talent de Mifune était purement financier. Un comptable hors pairs, c’était ainsi qu'on le décrivait. Je pense plutôt que les deux gorilles que l’accompagnent sont des comptables hors pairs et leur calcul est le plus simple qui soit. Un plus un fait deux. La loi du plus fort a souvent été une équation du plus logique. Celle du plus intelligent demande un peu plus d’inconnues.

[Mango] – Elle est bandante, trouillard.

Certes.

Kyô et Akane sont certainement la partie la plus intéressante. Deux grosses montagnes de muscles et de gras mélangés. Des pièces particulièrement belles qui protègent un trésor bien plus conséquent qu’ils ne peuvent imaginer. Ils sont remplis d’armes blanches et les manie avec autant de précision qu’un cafard manie la poésie. Kyô passe sa journée derrière la porte. Il observe, il mange des saloperies et il se gausse de blagues douteuses. C’est un con. Akane est beaucoup plus sérieux et pour le coup, beaucoup plus ridicule. Ses faux airs le rendent particulièrement pathétique, mais Mifune s’était toujours dit qu’un peu de rigueur et de sérieux ne pouvait pas faire de mal.

Le calcul était simple. L’homme qui rentrait dans cette boutique venait entreposer toute sorte de choses. Peu importaient. Là se faisait l’équation. Lorsqu’il en ressortait, il avait souvent beaucoup plus perdu qu’il n’avait gagné et même si l’argument de la peur était plausible, il fallait savoir que la seule personne qui s’était opposé à ses deux larrons là avait subi deux jours à l’hôpital pour un maigre nez cassé et une côte déplacée. Mifune n’avait donc aucune crédibilité.

Il y avait néanmoins un homme qui jouait beaucoup pour lui. Surnommé la Salamandre, Shino En’do était un shinobi de petite envergure dont les seuls faits d’armes se résumaient à attaquer chaque minute de chaque jour les papiers qu’ils remplissaient avec un crayon fermement taillé. Le service comptable de Konoha n’avait jamais été aussi mal tenu que par cet homme là mais il contribuait activement à la réputation souterraine pleinement ironique et débile de leur organisation malfrate aussi influente qu’un rat mort dans une baignoire bourgeoise.

On pouvait tout de même leur reconnaître un mérite. L’argent. Je ne savais pas comment il se le procurait, je ne savais pas ce qu’ils en faisaient, ce que je sais : c’est qu’ils en ont. Et ils en ont à foison.

Ce qu’il faut savoir sur les petits cartels qui survivent dans les caveaux de Konoha c’est qu’ils ne sont pas bien gros, qu’ils ne gagnent pas beaucoup et que la plus grande partie du temps, ils usent d’une aide quelconque dans un service quelconque de la mairie. Leur seule chance de réussite est de s’étriper. Lorsque Mifune a volé les biens d’un homme dénommé Shoku, il s’est très vite attiré les colères de toute une partie de la contrebande du village. Pilleurs, receleurs, les réseaux gérés par Shoku étaient aussi pauvres qu’ils nourrissaient énormément de personnes. Shoku avait alors mis un contrat si peu intéressant sur la tête des trois hommes qu’il ameuta de nombreux sbires. Le deal était simple, il était honnête, il était animal. « Ramenez-moi mon putain de pognon, et vous serez payés. S’il crève, on s’en balance. Je veux mon fric. Si vous ne l’avez pas, vous avez intérêt à ne pas croiser mon putain de chemin. » Une prose délicate pour un homme délicat.

La chose inconvenante était que la Salamandre était sûrement le meilleur filon que toutes les petites organisations du village pouvaient avoir. Non, bien sûr, ce n’était qu’un sbire parmi les autres, mais entre un vague chef d’équipe perdu dans des missions débiles et aléatoires et un comptable, secrétaire, esclave d’un pouvoir qui ne pouvait se passer de son penchant administratif, il y avait une marge. Et une belle. Mifune eut évidemment très vite connaissance du contrat qui pesait sur sa tête sur celle de ses petits camarades et sa première réaction fut d’avertir la Salamandre. Celle-ci s’empressa de lui ordonner de cacher l’argent des cartels et avec une frénésie explicite, contacta immédiatement les services de renseignements. De son statut, il pouvait jouer sur les deux plans : dénoncer le contrat, parier sur une grosse prise en mettant la main sur un grand nombre des hommes de main de Shoku et, par la même occasion, conserver le trésor dument acquis. La chose était belle, elle était sensationnelle, elle était également pitoyablement stupide.

La considération que l’on porte au shinobi est celle qu’ils veulent bien avoir, il n’en reste pas moins que ces personnes là ne rigolent guère souvent avec les histoires de contrebandes et que lorsqu’ils décident de foutre leur nez quelque part, ils ne s’en retirent souvent que lorsque cela sent la rose. La Salamandre avait ainsi fait passer l’entrepôt de Mifune pour une petite boutique tout à fait anodine, avait raconté une histoire abracadabrante sur l’histoire de cette ruelle, mettant la haine que l’on portait à Mifune et à son entreprise sur le dos d’une organisation clandestine désireuse de s’accaparer la totalité de la ruelle et que Mifune leur avait résisté, qu’il en était le dernier bastion. Il mettait par la même occasion sur leur dos la disparition de tous les autres commerces, disparition toujours inexpliquées – et qui n’a sûrement aucune explication – et qui tendrait à accentuer l’attention des autorités de Konoha sur le sujet. Il avait été bien spécifié qu’il n’y avait là que des hommes civils dont l’ignorance des arts shinobi était à priori sûre.

C’est ainsi que tout se joue pour nous. Personne ne nous connait, on ignore même jusqu’à notre existence et pourtant, pourtant, nous allions … tout faire péter pour un peu d’argent. Beaucoup d’argent. L’attaque était programmée pour le lendemain, lorsque le soleil serait couché – évidemment. Une groupe de six personnes serait délégué, tous armés jusqu’aux dents et l’attaque se porterait sur la boutique de Mifune. Quant à nous ?

Oh. Nous, nous serons bien loin de tout cela. Nous serons dans les quartiers résidentiels, pas loin d’un petit jardin où, cachée derrière des bosquets, une trappe s’ouvre vers un caveau où sont entreposées les richesses amassées par Shoku.

Et il y a une chose à savoir sur Shoku. Une seule et unique chose. C’est que tout le monde travaille pour Shoku. Même Mifune.

MessageSujet: Re: Arnaques, crimes et shinobi   Lun 16 Mai - 21:50

La vie avait toujours été une course majestueuse et ironique. Chaque matin, le soleil se levait avec la même douceur, chaque soir il se couchait sans dire un mot. Les nuages qui parfois le couvraient soufflaient ça et là les inspirations des hommes mais peu importaient. Ils vivaient selon lui, ils priaient pour lui. Pour qu'il arrose leur sainte vie d'une aura lumineuse. L'homme a peur de l'ombre. Il a peur de se voir recouvrir, il ne vit que pour être reconnu. Mais, tapis dans l'obscurité, il ne reste de lui que la chaire première, la chaire intestine, celle qui le compose vraiment. Un être foncièrement nu. Naisen avait toujours vu le village ainsi. Inscrit au milieu d'un cercle solaire pour lequel ils combattaient chaque jour. Cela n'avait rien d'animal, ni de réellement logique en soit, c'était simplement la volonté et la nécessité de rester au milieu de ce système. Comme un soleil qui illuminait ceux qui l'entouraient.

L'air avait quelque chose de médiocre ce matin. Il n'avait pas la douceur qu'on lui connaissait d'habitude et Naisen pouvait déjà imaginé la journée chaude et lourde qu'il aurait à passer. Comme beaucoup d'autres. Il dévisageait les jardins de l'académie d'un oeil intrigué tout en ne sachant pas ce qu'il devait y voir, vraiment. Il n'avait jamais vraiment apprécié ce lieu, même si paradoxalement, il s'y sentait étrangement bien. Une impression de plénitude l'envahissait chaque fois qu'il se plongeait sans trembler dans les yeux d'un professeur ou qu'il arpentait les hauteurs des amphithéâtres. Cette sensation s'effaçait très vite lorsqu'il se confrontait avec la foule d'étudiants. C'était vraiment une foule. Une foule désunie et chaotique. Il les ignorait souvent. Naisen ne s'était pas fait beaucoup d'amis. Ce n'était pas un objectif. Il n'y avait, du moins, jamais réfléchi. Certains considèrent qu'être shinobi est une manière de vivre. Naisen avait toujours vu cela comme un travail et il s'en enquillait avec la plus grande envie qui fut. Mais il n'avait jamais réellement penser mêler sa vie privée et sa vie de shinobi. Quelque part au fond de lui, une petite voix lui sussurait qu'il se trompait et qu'il comprendrait, très vite, qu'une telle manière de vivre était impossible. A moins qu'il renonce à l'une d'entre elles, mais cela aussi, cela lui semblait impossible.

Il dévisageait Reiko avec un air circonspect et curieux. La jeune femme était particulièrement belle mais il doutait que sa convocation avec un lien quelconque avec cet attribut physique. Auquel cas, il aurait trouvé l'initiative presque vicieuse. Et cela n'aurait fait ni chaud ou froid à l'Uchiha.

[Reiko] – Une source de l'administration nous a indiqué un possible règlement de comptes dans les quartiers marchands du village. Un contrat a été posé sur la tête d'un marchand qui possède un magasin et un petit entrepôt en arrière-boutique dans une ruelle qui a été progressivement désertée par les commerces. En tant que shinobi, notre mission est d'apporter une aide au personnes du Pays du Feu, aux pays qui nous entourent et en gros, en très gros, à tous nos alliés. Mais il ne nous faut pas oublier qu'il existe également des menaces à l'intérieur de nos murs et que la sécurité des civils fait aussi parti de nos prérogatives.

Elle leva les yeux du petit dossier dans lequel elle était plongée.

[Reiko] – Pour vous deux ce sera votre première mission, alors j'aimerai que vous compreniez l'importance qu'elle peut revêtir. Pour vous.

Son regard se replongea vers le dossier.

[Reiko] – Comme pour ce … Mifune.

[Naisen] – Qui est Mifune ?

Reiko le toisa, puis haussa les épaules.

[Reiko] – Nous verrons les détails plus tard. Pour le moment, ce qui m'importe, c'est vous.

Du bout du doigt, elle les désigna.

[Reiko] – Vous deux.

Naisen remarquait simplement l'importance que devait prendre l'enfant de son âge qui était assi à côté de lui et qui, jusqu'à présent, n'avait pas encore ouvert la bouche. Le « vous » lui fit presque peur. Il englobait diverses notions que l'Uchiha ne comprenait pas, ou dont il ne prenait pas la pleine mesure. Son passage jusque là dans le milieu shinobi fut particulièrement individuel et, malgré les rencontres qu'il fit avec des professeurs et les avancées qu'il vécut à leur côté, il n'avait jamais pris ses décisions qu'avec lui-même. Naisen ne s'était pas assis sur cette chaise, face à la directrice de l'académie dans l'optique de se lier à la personne qui avait reçu la même convocation que lui et dont le futur proche leur serait apparemment commun. La notion d'équipe était une nouveauté. Naisen semblait évoluer au sein de l'académie à une vitesse dont il n'avait pas pris conscience. Il s'avérait que l'individualité qu'on lui avait toujours promise se soldait enfin. Les processus changeaient, ils évoluaient avec lui. Pas nécessairement avec son âge, pas nécessairement non plus avec les choix qu'ils faisaient, mais avec ses progressions, avec sa manière d'être ou, du moins, celle que son entourage pouvait décrire. L'intégrer à une équipe, ce n'était pas seulement lui accorder une promotion. C'était admettre que des gens autour de lui, proches ou moins proches, plaçaient en lui une confiance dont Naisen ignorait la légitimité. Le jugement que l'on avait partagé avec Reiko était celui d'une poignée de personnes qui pensaient l'avoir compris, qui pensaient avoir cerné le personnage qu'il était et la personnalité qui l'animait. Naisen doutait que son père ait fait référence de sa progression à la directrice de l'académie autant que de la pertinence du rapport qui aurait été porté aux oreilles de Reiko. Naisen ne s'était jamais vu comme le seul à pouvoir expliquer ses motivations. Le seul. Il semble que le village en avait décidé autrement et cela, par contre, cela ne l'étonnait pas.

Le jeune garçon assis à sa droite restait muet. Non pas que son visage décrivait une froide réticence à communiquer, il semblait irrémédiablement concentré, gobant les informations de Reiko comme un moustique le sang de ses victimes. Son allure était élancée, bien vivante. Une musculature encore jeune apparaissait doucement le long de sa nuque, de ses clavicules et de ses bras. Sur son front, un bandeau entourait ses cheveux bruns et intensifiait son regard azuré. Il ne connaissait pas son nom, il n'avait jamais entendu parler de lui, mais Naisen pouvait déjà deviner une chose : il ne serait pas une simple marionnette docile et muette qui exécutait les ordres avec une méticulosité foudroyante. Non, il ruisselait en lui une impressionnante personnalité confiné dans un rictus tendu et concentré, à l'affut de chaque imprécision, de chaque rebondissement possible. En contrepartie, son dos droit, ses épaules carrées et ses yeux durcis par un soupçon de violence lui procurait un air passablement vertueux. Naisen haussa mentalement les épaules et perpétua le même mouvement machinal avec ses doigts, s'entremêlant régulièrement.

[Reiko] – Hanataro Gennosuke, je te présente Naisen Uchiha. Naisen, voici Hanataro. Vous avez tous deux obtenu votre bandeau il y a peu de temps et vous avez montré à vos professeurs que vous étiez capable de vous adapter à des situations plus ou moins différentes. Pour vous, intégrer une équipe est une nouveauté et je ressens tout à fait la peur, ou l'ignorance que vous pouvez avoir à cela. Je suis là pour régler ce problème avec vous même si, ce ne sera qu'une simple discussion et que les sentiments que vous pourrez avoir à ce sujet se manifesteront avec une virulence des plus extrêmes lors de votre approche du terrain.

Elle toussota, et continua sans se préoccuper d'eux. Reiko était sérieuse, dangereusement sérieuse. Naisen l'avait croisé de rares fois, il avait été assigné à sa classe durant son bref passage en tant qu'aspirant puis n'avait suivi qu'un seul de ces cours en Ninjutsu. Mais Reiko était un personnage connu de l'académie et aucun étudiant ou genin avec un minimum de rigueur dans son travail ne pouvait ignorer la jeune femme. Naisen l'appréciait, malgré sa méconnaissance du personnage. Reiko avait toujours été là pour lui lorsqu'il en avait eu besoin, ou lorsqu'il avait ressenti ce besoin. Mais plus que toutes les autres, et à l'image de son père, de Tomoro ou de Sayuri, elle avait surtout été là lorsqu'il n'avait rien demandé du tout. Reiko était typiquement le genre de personnes qui savent ce qui est bon ou non pour les gens alors qu'eux-mêmes l'ignorent encore. Elles savaient prendre les décisions au bon moment, bonnes ou mauvaises. C'était une femme aguerri et une femme d'honneur. C'était l'image qu'il s'en était fait. L'image qu'elle s'était faite, d'ailleurs.

Néanmoins, Naisen ne l'avait jamais connu aussi rigoureuse et concentrée. Son attention était sans faille. L'espace d'un instant, il crut qu'elle les mènerait à un danger gigantesque. C'était la sensation qui découlait du ton qu'elle prenait. Un ton bien trop solennel à son goût.

Il avait pour mérite de le capter.

[Reiko] – Je veux que vous sachiez une chose. Tous les enfants qui possèdent du chakra font des études à l'académie. Très souvent, ils obtiennent leur bandeau et passent genin. Lorsqu'ils le sont, on leur assigne régulièrement des missions d'un rang mineur afin d'aider le village dans sa gestion de la population et de son administration. Pourtant, chaque fois qu'une étape est passée, le nombre de personne diminue, le taux de succès aussi. Vous n'êtes pas des génies, vous n'êtes qu'à un stade bref de votre vie de shinobi. Mais je veux que vous compreniez que je vous fais confiance. Vous avez su vous différencier, en de rares cas, de vos compagnons par vos analyses, par vos compétences techniques ou simplement par votre personnalité. Il y a encore énormément de choses que vous devrez apprendre, il y en a d'autant plus qu'un professeur dans une salle de cours ne saura vous enseigner. Aujourd'hui, vos professeurs et moi pensons très sérieusement que vous êtes capables de vous entendre pour fonder une équipe ; votre première équipe.

Reiko ferma sèchement le dossier et s'appuya sur ses deux coudes pour se pencher vers eux.

[Reiko] – Vous êtes des jeunes gens très intelligents et je pense que vous comprendrez très vite ce qu'importe de travailler en équipe. Vous n'êtes plus le seul maître de votre vie. De vous, dépend également la vie de vos partenaires. Cela passe par un l'acquisition d'un principe de communication. Comme je vous l'ai dit, je ne peux pas vous dire comment faire, ni comment cela va se passer. Ce n'est pas à moi de le faire. Vous possédez tous les deux votre vision propre des choses, votre caractère et vos manières de réagir aux différentes situations qui se présenteront devant vous. Néanmoins, il vous faudra apprendre à communiquer, d'une manière ou d'une autre, celle qui vous conviendra me conviendra. Vous n'avez de comptes à rendre à personne sur ce point-là. Le reste … Ce ne sont que des acquis, de l'expérience, du partage. La complicité est une chose qui ne s'apprend pas, elle se construit. Je ne suis pas amené à vous comprendre de part en part, aussi cette équipe, comme toutes les autres, est un pari que je lance. Que nous vous lançons. A l'occasion de cette coopération, je déciderai de vous intégrer tous les deux à une équipe officielle, ou non.

Sans ajouter un mot, elle reprit une attitude beaucoup plus détendue. Ses sourcils retombèrent, ses lèvres se décrispèrent et lentement, elle se servit un verre d'eau et l'avala aussi sec. Un sourire vint presque perler sur son visage. Du bout du doigt, elle tourna le dossier vers eux et le leur poussa. Hanataro s'en empara et le tendit à Naisen, toujours muet. Reiko fit crier son siège en s'affalant dedans. Avec une voix beaucoup plus décontractée et réjouissante, elle continua de parler.

[Reiko] – Votre est mission est, comme vous pouvez vous en douter, minime. C'est une mission de protection simple et sans accrocs. Un commerçant du nom de Mifune a reçu des menaces de certaines personnes qui veulent voir son magasin disparaître. On ne sait pas qui ils sont, on ne sait pas ce qui les motive, on ne sait même pas si cette menace est réelle – honnêtement, je ne le pense pas. C'est pour cela que cette mission est de si faible rang. Vous devrez protéger Mifune et sa boutique du couchée du soleil jusqu'aux aurores, demain. Si rien n'est arrivé, nous considèrerons que le rapport qui nous a été transmis à ce sujet était erroné. Si non …

Un sourire plus prononcé parcourut son visage.

[Reiko] – Sinon, j'imagine que vous serez bien capable de repousser quelques civils en colère. Est-ce que vous avez des questions sur le déroulement de votre mission ?

Hanataro se tourna vers Naisen avec une curiosité étincelante. L'Uchiha sembla perdu dans ses pensées et ne remarqua l'appel de son récent compagnon. Il restait bloqué par les explications données par Reiko. L'idée d'être un génie avait déjà effleuré son esprit, par quelques moments, par pure curiosité. Savoir ce qui pouvait motiver un homme supérieur à tous les autres était quelque chose d'impressionnant et d'effrayant à la fois. Mais être considéré comment un élément mieux préparé que ses homologues relevait de la réalité, et cela l'embêtait. L'intriguait. La confiance que l'on plaçait en lui, en eux, aussi infime soit-elle, et elle l'était, infime, était dépourvue de logique et de cohérence. Il n'avait que douze ans. Hanataro ne semblait pas être beaucoup plus jeune. Et pourtant, l'académie commençait déjà à sélectionner ses individualités. Des individualités qu'on voulait comme faire taire au sein d'une équipé. C'était incompréhensible et en même terriblement vicieux.

[Hanataro] – Vous nous avez parlés d'une rue qui avait été désertée. Est-ce que cette menace est liée à ce phénomène ?

Reiko sourit. La question lui parut judicieuse. Elle se l'était posée elle-même, même si l'intérêt qu'elle portait pour le commerce du village était aussi infime que celui qu'elle avait pour ses étudiants était grand. Elle lui parut aussi judicieuse qu'inutile.

[Reiko] – Je ne sais pas. En vérité, personne ne le sait. C'est un processus qui n'est à priori pas nouveau et je doute que cela ne nous intéresse vraiment.

[Naisen] – Comment avez-vous été au courant de ces menaces ?

[Reiko] – Le rapport que vous avez sous les yeux l'explique mal, malheureusement, vous n'aurez pas plus d'informations de ma part. L'administration du village est composée d'une multitude de couches administratives qui ont toutes leurs responsabilités et leur part de décisions. Les shinobi sont liés tous de près ou de loin à la vie civile, et c'est une bonne chose. La source est anonyme et elle peut venir de n'importe où. C'est pour cette raison que nous n'y apportons que peu de crédits. C'est aussi parce que beaucoup savent que nous n'y apportons que très peu de crédits qu'elle se révèlera sûrement comme vraie.

Ils acquiescèrent tous les deux. Naisen se leva le premier, n'oubliant pas le petit dossier que Reiko avait gardé pour eux. Hanataro le suivit sans dire un mot, raffermissant la position de son bandeau sur son front. Il se tourna une dernière fois vers la directrice de l'académie et s'arrêta, l'espace d'un instant, intrigué par quelque chose.

[Hanataro] – Vous êtes sûr que c'est une bonne chose ?

[Reiko] – D'habitude, les enfants de vos âges sont ravis, Han'.

Naisen passa le pas de la porte et se retourna vers eux, légèrement en recul de leur conversation.

[Hanataro] – Je le suis aussi.

La vie est toujours une course majestueuse et ironique. Naisen contemplait les ambiguité du système qu'il servait avec une approximation moindre. Mais il ressentait les failles dans les propos de Reiko, dans sa façon d'agir. Le village ne cessait de courir vers ce soleil magique. Un soleil sournois. Mais Naisen n'avait pas oublié. Ce matin, l'air avait quelque chose de médiocre. Quelque chose de palpitant mais d'immensément lourd. Et cela ne lui plaisait pas.

MessageSujet: Re: Arnaques, crimes et shinobi   Mar 31 Mai - 14:04

Le dossier qu’il tenait entre ses deux petites mains n’était pas bien épais. Quelques feuilles y avaient été assemblées pour en former un tas branlant et mal organisé, à l’image de ce que devait sûrement refléter leur première coopération ; un système plat et sans grande envergure, mais qui fonctionnerait. D’une manière ou d’une autre, il fonctionnerait.

Naisen ne se voyait pas échouer. Il ne savait pas pourquoi cet optimisme l’envahissait, il ne savait pas non plus comment il pouvait en arriver à cette conclusion, dans les faits, mais quelque part au fond de lui, il n’émettait aucune crainte, aucune frayeur. Leur mission était simple, leur but était clair et malgré leur tout récent partenariat, il ne voyait d’aucune manière un échec se profilait. Il n’avait jamais songe à devenir le meilleur, ce n’était pas des choses que l’on admettait, ou que l’on désirait ardemment dans le seul et unique objectif de l’obtenir. On devenait le meilleur, c’était ainsi, l’élitisme se construisait. C’était presque de l’orgueil, mais l’Uchiha n’y fit pas attention. L’idée d’être au dessus de tous et de tout le monde ne lui était jamais apparu comme la meilleure ; elle ne lui était jamais apparue, d’ailleurs. Mais, confrontée à la réalité de leur vie, de leur éducation et de leur formation, il lui sembla tout à fait logique de ne pas vouloir perdre et de remplir sa mission dans les plus brefs délais et avec le moins d’accrocs. Il n’envisageait pas tellement l’avenir, cela aurait été un tort. Anticiper les promotions, les missions à hauts risques, sa renommée qui grimperait dans le village comme les visages des chefs défunts sur la grande falaise qui dominait Konoha. Non. Il prenait simplement les choses les unes après les autres, sans se demander si elles étaient nécessairement liées et si leur succès viendrait ou non bouleverser sa vie. En réalité, il n’en savait rien et ces questions là le touchaient de loin. Il restait éperdument concentré sur les lignes qui s’enchaînaient sans s’arrêter, sur l’encre parsemée de notes et de ratures, sur un dossier bien pâle qu’il comprenait vaguement.

Leurs quatre pieds jalonnaient les ruelles tranquilles de Konoha. Hanataro n’était pas plus agité que lui, il arborait sagement un sourire facile et une marche sereine, quelques pas devant lui. Ils ne s’étaient pas arrêtés pour parler, il n’avait plus émis un mot depuis leur sortie du bureau de Reiko mais cela n’étonna pas Naisen. L’un dans l’autre, ils étaient associés à une mission qu’ils devaient remplir, ensemble. Le discours de Reiko avait beau eu être ce qu’il était, leur complicité, Naisen ne la voyait pas comme active et il doutait qu’elle puisse se construire aussi facilement qu’on pouvait mourir au combat. Hanataro était là, devant lui, il l’aiderait dans cette entreprise et après, seulement après, il conviendrait de savoir ce qu’elle leur aurait apporté. Pas besoin de paroles inutiles, de rencontres fortuites ou de repas arrangés. Reiko leur avait dit et expliqué énormément de choses, celle qu’il retenu le plus rapidement fut certainement que leur vie de shinobi ne faisait que commencer.

Les choses ne devaient pas être pressées, c’était ainsi, parce que c’était inutile. Le temps, ils l’auraient.

[Hanataro] – Alors, il dit quoi ?

Naisen leva un sourcil surpris.

[Hanataro] – Le dossier, il dit quoi ?

L’Uchiha rabaissa les yeux, tranquille, et tourna quelques pages.

[Naisen] – Mifune Shokoda, propriétaire d’une petite boutique au milieu de la rue. Comptoir avec un entrepôt en retrait dont la taille est inconnue. Vend toute sorte de babioles et de produits d’exports dont on ignore à peu près tout mais n’a jamais posé de problèmes. Il a reçu il y a deux jours des lettres de menace, menaces qu’il aurait purement et simplement ignoré. La source dit qu’on voudrait qu’il ferme le magasin. La source dit aussi qu’un contrat a été mis sur sa tête et qu’une équipe devrait s’occuper de lui ce soir.

Il resta suspicieux quelques secondes, les yeux perchés vers les toitures des habitations.

[Naisen] – Ca fait beaucoup d’inconnues tout ça.

[Hanataro] – Tu as déjà fait des missions comme celle-là, avant ?

La question lui sembla inappropriée. Naisen lui répondit d’un non silencieux de la tête.

[Hanataro] – Moi non plus. Je me demande pourquoi ils nous ont mis ensemble.

L’Uchiha n’en savait rien. Et cette question restait pleine et entière. Au-delà du dossier qu’il tenait entre les mains et des multiples interrogations et problématiques qui en découlaient, c’était bien leur investissement au sein du village qui était en question et qui trottait sans cesse au fond de sa tête. Hanataro ne semblait pas être un enfant complètement fermé, il venait même de le prouver. Il avait pris la parole sans insistance, de manière tout à fait naturelle et les formules de politesses s’étaient rapidement évanouies dans un conglomérat d’informations et de nécessités actuelles. Qu’il se questionne à l’égard de sa propre condition lui indiquait clairement que d’une manière ou d’une autre, ils étaient sensiblement sur la même longueur d’onde, avec les mêmes assurances et les mêmes ignorances. Mais Naisen voyait plus loin. Malgré leur âge très peu avancé, il voyait en eux l’apparition d’une première image d’eux-mêmes. La sensation, à la fois d’exister dans le système qui les contrôlait, de prendre conscience de ce système et déjà, de le redouter. Il imaginait les visages amusés des autres enfants, pressés de partir pour leurs premières missions, envieux, presque, de les voir eux. Et pourtant il n’y avait aucun amusement, aucune gloire personnelle à cela. Rentrer dans le grand monde des adultes devrait être quelque chose de passionnant, d’exaltant et de terrifiant. D’assez terrifiant pour qu’ils n’aient pas, du haut de leur onze ans, le courage d’admettre que cela les effrayait.

Ils étaient simplement là, conscients que non, cela n’avait rien d’un passage, c’était juste une ouverture, une voie nouvelle qui les amènerait bientôt sur une autre, bien plus dangereuse. Naisen ne savait pas bien pourquoi, mais ce passage là ne le ravissait pas. Il le craignait. Pas maintenant, pas pour cette mission, pas pour la protection qu’on leur ordonnait de faire. Pour ce qu’elle conclurait. Naisen n’avait pas l’intention d’échouer et il semblait qu’Hanataro arborait la même assurance. Si ce principe était acquis, alors on les pousserait plus loin. Et c’était bien ça, qui l’effrayait.

Mais il ne s’en faisait trop pas. C’était ça, la sensation qu’ils avaient peut-être de plus que tous les autres. Le sentiment de comprendre qu’il fallait y passer. L’impression flagrante d’avoir deviné que la vie des shinobi n’est pas drôle, qu’elle n’est pas amusante et que la gloire s’efface peu à peu sur le prix à payer pour l’acquérir. Que la puissance n’est jamais gratuite. Et que d’une manière ou d’une autre, aujourd’hui ou demain, ils en baveraient. Pourtant, ils ne pouvaient pas perdre. C’était écris.

[Naisen] – Je ne comprends pas comment ils ont pu nous départager de tous les autres. Reiko a pourtant dit que nous ne sommes pas là par hasard. Peut-être …

Il eut un frisson.

[Naisen] – Peut-être qu’elle nous a menti.

La réaction d’Hanataro fut étrange. Il eut un rire amusé. Un rire auquel Naisen ne s’attendait pas.

[Hanataro] – Non, non. Reiko n’est pas comme ça. Reiko ne ment pas aux gens, pas aux enfants en tout cas.

[Naisen] – Tu la connais tant que ça.

Son visage changea radicalement. Une mine triste définit un rictus tendu et crispé. Conscient de son propre changement, Hanataro l’effaça aussitôt par un sourire forcé.

[Hanataro] – Pas moi, personnellement. Je le sais, c’est tout.

L’enfant s’arrêta, aussitôt imité par Naisen. Il leva son bras et pointa du doigt un petit bâtiment, habilement confiné entre deux autres, bien plus grands.

[Hanataro] – C’est ici.

La ruelle était effectivement déserte. Plusieurs édifices étaient laissés à l’abandon, quoi qu’une grande partie d’entre eux avait été reconvertie en habitations. Naisen n’aimait pas beaucoup cette rue. Il y passait régulièrement pour accéder à l’académie et son austérité, si elle avait été comblée par les autorités après les différentes fuites des divers commerces qui l’habitaient autrefois ; elle perdurait. Cela n’avait rien de bien réel ni d’objectif. C’était surtout un jeu de lumières et de musiques. Etroites, le soleil ne perçait les pavés qu’au milieu de la journée, pendant une heure ou deux, laissant le chemin entièrement balayé par l’obscurité de l’ombre, cause des hautes demeures qui le parsemaient. Et puis, il en émanait une lourdeur insupportable, comme si les gens avaient arrêtés de respirer, comme s’ils retenaient leur souffle dans l’attente de quelqu’un, ou de quelque chose. Quelque chose de malheureux. De rares passants abordaient les trottoirs pour les laisser irrémédiablement vides.

Ils avancèrent tous deux d’une vingtaine de mètres pour se retrouver devant la boutique de Mifune. A l’image de l’ambiance qui les entourait, elle n’avait rien d’extraordinaire. Sa petite vitrine illuminait quelques objets sans aucun lien entre eux tandis que le fond du magasin était impeccablement noir et invisible, même en pleine journée. Quelques bougies l’éclairaient, révélant une épaisse couche de poussière qui jalonnait les banquettes et les rebords tandis qu’un dépôt gras s’était déposé le long des jointures de la grande vitre et dans les coin des petits murs probablement jaunis par la cigarette. Ou par quelque chose d’autre de moins agréable encore.

Hanataro s’arrêta à quelques pas d’elles. Ils restèrent tous les deux suspicieux à l’égard de la cible, bloqués sur le trottoir juste en face d’elle. Muets, ils imaginaient déjà le mode opératoire et le premier problème survint : fallait-il se présenter, valait-il mieux rester caché. Aucun des deux ne put apporter de réponse construire à cette question. Les deux options avaient leur lot d’avantages mais amenaient avec elles leurs propres inconvénients. Ils décidèrent d’un commun accord de s’écarter et de ne pas se présenter. Ils avaient alors le mérite de la surprise, de n’indiquer à personne leur présence, pas même à la cible qu’ils devaient protéger. En contrepartie, ils restaient toujours mal informés, dans l’optique où Mifune auraient pu les informer. Mais peut-être que même lui ignorait qu’un contrat pesait sur sa tête, qu’on en voudrait, aujourd’hui, ce soir, à sa propre boutique et que quelqu’un ferait plus que de simples menaces pour qu’il ferme son entreprise. L’équipe restait indubitablement perplexe à ce sujet. Pour eux, tout restait flou. La source, la menace, la cible. Il n’y avait rien de bien effectif et c’était peut-être par cette constatation qu’ils avaient agi ainsi.

Naisen éprouvait du remord à cette idée. Il ne fallait faire confiance à personne et cela l’embêtait, il n’agissait pas ainsi naturellement. C’était là aussi quelque chose de nouveau, de récent ; quelque chose, irrémédiablement, qui lui avait parut nécessaire et qui était apparu de manière tout à fait logique et naturelle. C’est ce qui l’effrayait le plus ; concevoir qu’il puisse changer aussi radicalement et aussi facilement. Son regard se posait sans cesse sur Hanataro, dont l’attention était prostrée à la vitrine de la boutique, apparemment vide, sans âme.

[Naisen] – Là, quelqu’un.

Ils s’effacèrent aussitôt. Un homme enfonça rapidement une clé dans la serrure, ouvrit la porte, la passa, et la ferma aussitôt. Ils se fixèrent sur la vitrine. Une faible lueur apparut à l’intérieur du bâtiment mais ne les aidèrent pas. Ils ne purent alors distingués que des ombres qui jouaient ça et là, rien de plus. Ils ne savaient pas comment, ils en ignoraient les raisons, mais ils ne s’affolèrent pas et lentement, ils s’éloignèrent, discrètement.

Comme s’ils avaient fait cela tout leur vie.

MessageSujet: Re: Arnaques, crimes et shinobi   Jeu 9 Juin - 17:43

La nuit tomba plus rapidement qu’ils n’avaient pu l’estimer. Ce n’était pas tant leur ignorance à ce sujet qui était importante, mais plutôt l’intérêt particulier qu’ils donnaient à leur mission et la façon dont ils s’étaient plongés dedans qui leur avait probablement ôtés toute notion du temps. La nuit était tombée et, calfeutré dans un appartement vide en face de la boutique de Mifune, ils étaient restés irrémédiablement prostrés sur leur cible. Perchés au troisième étage de l’immeuble, ils pouvaient aisément observer le magasin sans être vu eux-mêmes. L’option choisie par Hanataro avait été la meilleure qu’ils aient trouvée et Naisen avait très vite acquiescé. Mifune était arrivé en fin d’après-midi, une dizaine de minutes après eux. Jusqu’alors, rien n’était entré ou sorti de la petite porte qui terminait la vitrine, sinon quelques ombres qui traversaient le verre salie par la poussière et par le gras. Naisen ne savait pas comment, mais les deux hommes qui accompagnaient habituellement le commerçant n’étaient pas présents. Et s’ils l’étaient, leur arrivée avait été masquée par une autre entrée plus discrètement ouverte sur la rue. D’une manière ou d’une autre, il le pressentait, ils étaient bien là et il ne savait pas comment ils avaient rendu cette présence possible.

Naisen avait pris le deuxième tour de ronde. Décrétant qu’il ne se passait définitivement rien et que la ruelle continuait d’être délaissée par les passants – ce qui semblait d’autant plus étrange, d’ailleurs – il se retourna et s’assit contre le mur qui supportait la fenêtre. Son regard se reporta sur Hanataro, dont l’attention était sérieusement concentrée sur le petit dossier que leur avait fournis Reiko. A mesure que les lignes passaient, ses sourcils se fronçaient, puis se détendaient. Parfois, ses yeux se plissaient, comme pour déceler un peu mieux les indices qui auraient pu être laissées entre les mots. A la lueur d’une simple bougie, Hanataro ne s’était pas échappée de sa lecture depuis plus d’une heure et Naisen s’amusait de le voir s’abandonner à un tel cauchemar. Il avait lui aussi jeté un bref coup d’œil sur cet amas d’informations mais la lecture du premier paragraphe l’horrifia tellement qu’il décida de ne passer que très rapidement sur le reste. Et lorsqu’il constata qu’il y avait de superflu plus des trois quart du rapport, il ferma la petite chemise, satisfait et soulagé.

Hanataro sentit quelque chose l’oppresser. Il leva les yeux droits devant lui puis se tourna vers l’Uchiha qui manqua de rire de sa position. Hanataro jeta le dossier devant lui, grognon. Il se rapprocha de son coéquipier et passa ses deux mains derrière sa tête, étirant le long de son buste d’enfant.

[Hanataro] – Il se passe quoi dehors ?

Naisen haussa les épaules, la mine toujours amusée par la situation.

[Naisen] – Je pense qu’on s’ennuie moins que là-dedans.

D’un geste de la tête, il montra le dossier balancé par Hanataro et termina son sourire moqueur.

[Naisen] – Ils bougent toujours. Les bougies ne sont pas éteintes et je suis à peu près sûr qu’il n’est pas tout seul.

[Hanataro] – A quoi vois-tu ça ?

[Naisen] – Plusieurs ombres dans la même pièce, c’est bizarre, je crois. Il doit y avoir une autre entrée, un peu plus loin dans la rue. Le dossier ne l’indique pas.

L’Uchiha se retourna, se mit sur ses genoux et posa ses coudes le long du montant en bois de la fenêtre.

[Naisen] – Ce qui est vraiment étrange, c’est que personne n’est passé dans cette rue depuis plus de vingt minutes.

[Hanataro] – Peut-être qu’ils ont peur ?

Naisen tourna la tête vers lui, de petits yeux ronds exprimant son incompréhension la plus sincère.

[Naisen] – Et tu veux qu’ils aient peur de quoi ? De nous ? On est des gamins …

Hanataro eut un petit rire discret.

[Hanataro] – Non, du contrat. Cela prouverait qu’il existe vraiment. Ce genre de rumeurs fuse très vite, j’imagine.

[Naisen] – Si les gens ont si peur, c’est qu’ils ne rigolent pas. Tu crois vraiment qu’à nous deux on va pouvoir arrêter ça ?

[Hanataro] – Je ne sais pas. Il y a plein d’histoires sur les shinobi. De tout âge, de toute provenance. Ma famille a renfloué plusieurs fois les rangs de Konoha, ma mère m’a bercé avec ces histoires fantastiques. J’imagine qu’en voyant que nous sommes des shinobi, ils prendront peur. Sinon …

Naisen n’eut pas plus envie qu’Hanataro d’entendre la fin de la phrase. Mourir n’était pas une option envisageable pour la simple et bonne raison qu’ils n’avaient même pas conscience que cela serait une possibilité. Et ce n’en était clairement pas une. Néanmoins, ressentir le danger est une chose que même les animaux comprennent, souvent mieux que les humains et Naisen comme Hanataro sentait que, civils ou non, ils pourraient facilement être mis en difficulté. Seule la confiance en Reiko et, de manière plus générale, aux autorités de ce village, maintenait l’espoir qu’ils avaient d’en sortir complètement indemne. Konoha n’avait pas l’habitude d’envoyer ses plus jeunes pousses au bûcher, et c’était, assez souvent, plutôt une bonne chose. L’Uchiha n’ignorait pas complètement les diverses étapes de la vie du shinobi. Tomoro était passé par là avant lui et si, avec l’âge, leurs chemins se sépareraient sûrement, il était clair que le socle ne pouvait être que commun. Petit, Tomoro lui racontait comme il avait aidé une vieille dame, ou supporter les frasques d’un contrôleur un peu trop saoul pour véritablement être compétent dans son travail. C’étaient de simples témoignages mais déjà ils amusaient l’enfant. Aujourd’hui, tout cela lui semblait loin, et sobrement plat. Mais Tomoro avait toujours été ainsi, fâcheusement emballé par tout ce qu’il faisait et tout ce qu’on lui proposait de faire. Il vivait chaque période de sa vie comme une aventure remplie d’obstacle dont l’issue lui apporterait une certaine dose de bonheur. Ils étaient probablement différents sur ce point.

Non, décidemment, cette mission ne l’emballait pas. Par flemme, ou par pur esprit de contradiction, il ne savait pas trop. Naisen n’avait jamais vraiment que ce qui l’attachait. La seule curiosité dans cette mission était le flou gigantesque qui tournait autour. Et pas seulement dans ce dossier. La question du contrat, le rôle de Mifune, la probabilité de voir une escadre débarquer rajoutaient un peu de piquant à leur action, mais les paroles de Reiko étaient d’autant plus intéressantes. Il ne comprenait pas pourquoi on les avait mis là et ce qu’on attendait d’eux réellement. Etre différent était un principe étrange que, du haut de ses onze ans, Naisen n’arrivait pas à cerner. Parce qu’il avait été comme tous les autres auparavant. Et peut-être parce qu’il sentait que cela impliquait des choses qu’il se doutait n’être pas forcément facile. Le monde shinobi était un monde complexe, il ne l’ignorait pas, il en avait la preuve vivante par son père, par le décès de sa mère. Vivre cette complexité était une toute autre affaire. Et cela ne l’attristait aucunement. Cette incompréhension le passionnait. Il sentait en lui le flot d’informations qui allait couler, qui viendrait. Oh, il viendrait, c’était évident, d’une manière ou d’une autre il apprendrait. Peut-être à ses dépends. Mais viendrait un jour où il comprendrait.

La première explosion qui se fit ressentir fut si intense qu’elle les fit éjecter vers l’arrière. La lumière les aveugla et le souffle retentissant fut comme un craquement sourd dans leurs deux oreilles. Hanataro fut le premier à se relever. Il tendit sa main vers Naisen, toujours ébloui et hagard et tenta de le remettre sur ses deux pieds. L’Uchiha tituba et trouva un mur salvateur sur lequel il put reposer une partie de son corps. Sans perdre de temps, Hanataro s’était agenouillé à la fenêtre. De petites flammes virevoltantes sortaient sans bruit de la vitrine entièrement brisée sous l’explosion. Le brasier prit une teinte rougeâtre puis s’éteint presqu’aussi rapidement qu’il s’était annulée. Naisen le rejoint rapidement, remis de ses émotions et décrivant la scène du regard, il comprit que la menace n’avait rien de factice ou de virtuelle. Sans réfléchir plus longtemps, il se dirigea vers la porte du petit appartement, l’ouvrit, et s’engouffra dans les escaliers. Leurs quatre pieds les dévalèrent à une vitesse impressionnante. Naisen ne sut plus où regarder. Les marches devenaient floues, presque invisible. Chaque pas était un saut en contrebas et à chaque saut manquait de rater sa chute. Mais la peur de tomber était moindre, bien moindre, que celle qui allait se profiler à l’extérieur des bâtiments. Les couloirs se bousculaient. Hanataro passa devant, filant à travers l’immeuble comme s’il le connaissait par cœur. Aucun d’eux n’avait prévu cette situation, aucun d’eux n’avait pu anticiper quoi que ce soit. Ils n’en étaient pas encore conscients, d’ailleurs. Pourtant, Naisen se promit à lui-même de ne plus jamais réitérer l’expérience et que, si la cache lui avait paru être la meilleure qu’ils purent avoir – et c’était probablement la meilleur – il ne pouvait plus se borner à leur simple présent sans penser à ce qui se passerait ensuite. Ils avaient peut-être trop omis la possibilité que leur mission ne serait qu’un long moment d’attente et de patience, et que le jour levé ils reviendraient bredouilles.

Hanataro poussa violemment la porte. Naisen s’y engouffra et rejoignit son coéquipier dans la rue, à quelques pas de la vitrine brisée, des dizaines de milliers de morceaux de verres éclatés qui tapissaient le sol, des poutres encore fumantes, de quelques flammes qui virevoltaient encore à quelques endroits de la toiture. Le bâtiment n’avait pas été autant endommagé que l’explosion avait été puissante. Le premier étage semblait toujours intact tandis que le rez de chaussée, contrairement à ce qu’ils purent penser, était toujours bien présent, simplement recouvert d’une impressionnante couverture de suie et de cendres. Seuls la multitude d’objets avait été éjecté à plusieurs mètres ou simplement détruits. Naisen jeta son regard autour de lui. La ruelle était toujours impeccablement déserte, aucune âme n’y vivait. Aucune âme visible. D’un coup d’œil rapide au Gennosuke, il lui fit comprendre qu’il ne fallait pas rester ici trop longtemps. La bombe n’était certainement pas apparue toute seule et quelqu’un devait forcément observer son chef d’œuvre d’un œil satisfait. Quelqu’un devait nécessairement se trouver quelque part, à épier, à attendre son heure. Parce que les bombes n’explosent pas naturellement. Parce qu’elles ne sont pas le fruit d’un hasard mais bien d’une logique. Les bombes n’ont jamais réglé aucun problème, elles ont toujours été l’introduction d’un processus. L’introduction d’une solution, ou d’un autre problème, peu importait. De l’explosion, quelque chose devait s’en suivre. Et devant le corps en sang de l’homme qui gisait à leurs pieds, encore vivant mais inconscient, les deux shinobi se doutèrent facilement que ce n’était pas Mifune qui l’avait lui-même placé. Naisen eut de gros yeux ronds. Hanataro le fixa, perplexe. Peut-être n’attendait-il pas. Peut-être n’était-ce pas qu’une menace. Peut-être que leur mission était déjà à l’intérieur, que la cible était tout à fait autre chose, qu’elle n’observait mais qu’elle tranquillement finir son job.

Hanataro enjamba ce qui restait de la vitrine, suivi de près par l’Uchiha. Ils restèrent au milieu de la petite boutique, droits, ébahis devant la figure de l’homme qui continuait de respirer mais dont la vie ne valait désormais plus grand-chose. Naisen fronça les sourcils. La mort apparaissait pour la deuxième fois à lui et son visage restait aussi chaotique. Il voyait déjà son corps refroidi par les flammes, sa peau brûlée, son front ouvert, probablement par le morceau de poutre qui gisait à ses côtés, vrombissant de braises encore vivaces. Hanataro s’empara de son poignet et le serra aussi fort qu’il put. L’Uchiha cligna des yeux sous la douleur et se reconcentra aussitôt. Ils commencèrent leur brève exploration. La caisse n’était pas bien pleine mais elle n’avait à priori pas été touchée. Cela n’avait rien d’étonnant puisque rien n’indiquait dans le rapport qu’on en voulait seulement à leur argent. Aucun autre corps n’était présent. Naisen se reporta vers l’arrière boutique. Il ouvrit une première porte qui donnait sur un bref couloir conclue par une nouvelle porte. Son ouverture était bloquée de l’extérieur, la serrure semblait avoir été conçue dans ce sens. Il retourna dans la boutique et envoya un signe négatif de la tête à son coéquipier. Sans échanger une parole, ils continuèrent de chercher. La pression augmentait chaque minute qu’ils perdaient. Un autre homme était nécessairement là au moment de l’explosion et il y avait fort à parier que, selon la description faite dans le dossier remis par Reiko, ce soit Mifune. L’autre homme, malgré ses multiples blessures ressemblait plus à une brute épaisse qu’à un commerçant décrit comme de petite taille, à l’air rachitique et vicelard. Ce n’est qu’en déplaçant du pied quelques planches de bois probablement tombées du plafond et en remuait l’épaisse couche de poussière incendiée qu’Hanataro découvrit la petite trappe creusée derrière le comptoir. Ils s’emparèrent de l’anneau qui ressortait du sol et la soulevèrent, dévoilant un petit escalier de bois. Ils s’y engouffrèrent sans sourciller, conscients que cela n’amenait rien de bon.

Les impressionnants dédales qui s’étalaient sous l’échoppe et qui s’étalaient probablement sur une grande moitié de la ruelle étaient bien plus anciens que la boutique en elle-même. Quelques torches récemment allumées étaient suspendues irrégulièrement au grès de leur course. Naisen s’arrêta le premier devant la petite porte qu’ils rencontrèrent, une ou deux minutes plus tard. Hanataro lui adressa un bref signe de la tête et d’un geste simple et rapide, l’Uchiha l’ouvrit et la fit claquer contre le mur.

Le corps d’un autre homme reposait à leur gauche. Etrangement ressemblant au premier, il avait été gentiment adossé contre le mur, inconscient. En face d’eux, trois hommes se tenaient face à un bureau sur lequel était posé quelques sacs de tissu solidement fermés par une corde. Celui qui ressemblait le plus à Mifune, tenu à la gorge par un des deux autres hommes, fut lâché vulgairement contre le sol tandis que le dernier, collé contre le mur du fond se retournait, un sourire mesquin au visage, dévoilant un petit coffre habilement intégré à la roche souterraine. Le dernier d’entre eux l’imita et les toisa du regard.

[…] – La Mèche, Kyoke était pas censée nous prévenir de ce genre de …

Il eut un rictus carnassier.

[…] – Désagréments ?

MessageSujet: Re: Arnaques, crimes et shinobi   Ven 10 Juin - 18:31

[Hanataro] – Qui êtes-vous ?

L’homme avança d’un pas.

[Naisen] – Et que faites-vous ici ?

Ils restèrent tous prostrés et silencieux. L’immobilisme commençait presque à devenir gênant, embarrassant. Les deux shinobi se rapprochèrent doucement. Naisen conservait un œil sur Hanataro. Ses jambes tremblotaient discrètement, signe d’une peur grandissante. Mais son coéquipier ne semblait pas hésiter. Il continuait d’avancer, pas à pas, centimètre par centimètre. Ses deux mains étaient bien tendues devant lui et ses genoux pliés indiquaient qu’il était paré à toute réaction de la part des deux hommes. L’Uchiha continuait d’analyser la scène. Son regard se posa sur l’homme, toujours inconscient, à leur droite, sur Mifune dont le pied de celui que l’homme avait surnommé se posa avec une assurance déconcertante sur sa tête et la presser contre le sol. Mifune était apparemment dans un sal état mais il laissait à penser que cela n’était pas complètement immérité. Quant à l’homme, il se tenait toujours droit devant eux, les mains le long du corps, l’air mesquin et sournoisement sarcastique. Quelque chose ne lui plaisait pas. Les apparences indiquaient clairement que la menace que les autorités du village avaient soupçonnée était réelle, pourtant, Naisen eut la sensation que les deux hommes dans cette pièce et le nom féminin dont l’homme avait prononcé le nom n’y étaient absolument pas liés. Ou, tout au moins, ils ne la représentaient pas directement.

[…] – Je pourrais vous retourner la question.

Il plongea doucement sa main dans sa poche et la ressortit tout aussi docilement, un petit cran d’arrêt fermement tenu. D’un sec coup de poignet, il en déploya la lame et son sourire s’éteint aussitôt.

[…] – Qu’est-ce que deux gamins viennent foutre ici ?

Hanataro plaça un doigt sur la plaque de métal qu’il avait sur le front. Naisen laissa le Gennosuke jouer son rôle et se déplaça discrètement sur le côté, tout en continuant à avancer avec douceur et sans aucune précipitation.

[…] – Des shinobi. Je ne pensais que Konoha les envoyait si tôt au bûcher.

[Hanataro] – Il y a deux jours, quelqu’un a mis un contrat sur la tête de Mifune Kotodama. C’est lui, n’est-ce pas ?

D’un signe de la tête, il désigna l’homme au sol que La Mèche dominait toujours de son pied contre son visage. [/color]

[Hanataro] – Vous êtes là pour remplir le contrat ?

Il eut un rire amusé et ironique.

[…] – Tu entends ça Mango ? Nous sommes de simples mercenaires, de petits tueurs à gages amateurs venus pour toucher une prime à peine capable de payer la tournée d’un tel trophée !

Mango sourit à peine et ne dit pas un mot. L’homme se mit à marcher de long en large, donnant cette formidable et effrayante sensation qu’il ne cessait jamais de maîtriser la situation dans laquelle ils étaient.

[…] – Alors vous êtes là pour ça, le protéger ?

[Naisen] – Exact.

[Hanataro] – Et pour s’assurer que le contrat était bien réel.

[…] – Les apparences sont en votre faveur.

Hanataro leva un sourcil étonné.

[Hanataro] – Les apparences seulement ?

[…] – Je me fous complètement de cet imbécile de trafiquant.

[Naisen] – Qu’est-ce qui vous passionne tellement alors ?

[…] – Ca.

Il tendit son couteau vers le coffre solidement ancré dans le mur.

[Hanataro] – Alors vous n’avez rien à voir avec notre mission ?

[…] – Presque.

[Naisen] – Presque ?

Le visage de l’homme changea radicalement. Une pointe de colère apparut dans son regard.

[…] – Disons que vous n’auriez jamais du arriver jusqu’ici et que l’équipe chargée de s’occuper de cette pourriture aurait du vous retarder assez pour que nous filions.

[Hanataro] – Ca fait beaucoup « d’aurait ».

Hanataro reporta son attention sur le coffre tout en ne baissant pas sa garde. [/color]

[Hanataro] – Que contient-il ?

L’homme redevint d’un naturel effrayant. Son sourire redressa ses lèvres rapidement et il eut un petit rire amusé.

[…] – Assez d’argent pour nous permettre de quitter ce village et vivre de beaux jours sur une belle plage chaude et tranquille à l’abri des petits problèmes que causent vos deux petites bouilles attendrissantes.

[Naisen] – On vous a déjà rencontré ?

Son rire s’accentua.

[…] – Vous ? Nooon. Mais votre stupide caste shinobi ne laisse que très peu de places à des gens comme nous.

[Hanataro] – Vous avez répondu à une de mes questions. Mais je ne sais toujours pas qui vous êtes.

[…] – Vous êtes bien des enfants.

Il réfléchit quelques secondes.

[…] – Mon nom est Deidan. Lui c’est Mango, La Mèche. L’autre s’appelle Kyoke et étrangement, je ne sais pas ce qu’elle fout en ce moment.

[Naisen] – Pourquoi nous raconter ça ?

[Deidan] – Parce que vous me l’avez demandé, non ?

Hanataro eut un petit sourire amusé qui peinait à couvrir la tension qui grandissait en lui.

[Hanataro] – Je pense que vous pensez vous en sortir et que partager toutes ces informations avec nous ne vous nuira en rien.

Deidan rit une nouvelle fois.

[Deidan] – Exactement ! Et vous savez pourquoi je crois cela ?

Il fit un signe de la tête à Mango qui souleva le corps de Mifune. Son état n’était pas joli à voir. Son visage était couvert de sang et de multiples coups et entailles parsemées sa peau bien visible sous ses vêtements déchirés. Autour de son cou, un objet pendait le long d’une lanière de cuir brun.

[Deidan] – Parce qu’au moindre mouvement de votre part, je le fais sauter. Et vous avec.

[Hanataro] – Alors nous sommes dans une impasse.

Il fronça les sourcils.

[Hanataro] – Vous sauterez avec nous.

[Deidan] – Vous ignorez les talents cachés de Mango. Il y a une raison à son surnom.

Deidan se tourna vers lui.

[Deidan] – Ouvre le coffre.

[Mango] – Qu’est-ce qu’on fait de Kyoke ?

[Deidan] – Tant pis pour elle.

Mango laissa tomber Mifune sur le sol et se reconcentra sur la porte du coffre. Il y colla ce qui semblait être une petite bombe et se recula de plusieurs pas. L’explosion fut sonore mais ne provoqua que très peu de dégâts. Le métal gicla à ses pieds. L’homme s’empara d’un grand sac et commença à vider le contenu du coffre sans faire attention aux nombreuses pièces qui pouvaient s’échapper de ses mains.

Naisen continua d’observer l’objet placé autour du cou de leur cible. Ses connaissances en explosifs étaient quasiment inexistantes néanmoins, avec un peu d’observation, il préféra confirmer au Gennosuke que l’engin était bien une bombe et qu’il valait mieux ne pas douter d’une telle information. Hanataro acquiesça des yeux et resta immobile, continuant de scruter les deux hommes sans les lâcher jamais du regard. C’est au moment où Mango eut terminé de vider le coffre que la lumière s’éteint. Naisen et Hanataro se regroupèrent aussitôt et se mirent en alerte tandis que Deidan commençait à cracher quelques jurons. Un corps les bouscula et les jeta au sol sans pour autant les blesser. Ils se relevèrent et se retrouvèrent, tentant de comprendre ce qu’il était en train de se passer. Une série de coups et de cris déchirèrent le silence de la petite cave. Hanataro longea le mur à l’aveugle et lorsque ses mains rencontrèrent le bois d’une torche, il fit claquer ses doigts et l’enflamma. Ni Mifune ni son acolyte n’avaient bougés, néanmoins, Mango gisait sur le sol, inconscient tandis que Deidan était soulevé par un autre homme qui s’était emparé du sac. Devant le renouveau de la lumière, l’homme tourna la tête vers eux. Perplexe, il plongea sa main dans la poche de son grand manteau et en sortit rapidement cinq petites étoiles d’argent qu’il lança dans ce qui semblait être un réflexe. Naisen eut à peine le temps de se coucher et de tirer Hanataro avec lui. La première vint se planter dans son bras et lui arracha un petit cri et une grimace douloureuse. Les quatre autres ricochèrent sur le mur et s’essoufflèrent à même le sol. Hanataro cligna nerveusement des yeux. La situation leur échappait complètement. Jamais personne ne leur avait appris comment gérer un tel retournement de situation. C’était sûrement leur plus grande interrogation et un des mystères de leur affectation. L’un comme l’autre, ils ne comprenaient pas pourquoi on les avait envoyés sur une mission avec tant d’inconnues. Ils sortaient à peine de l’académie, ils n’avaient pas même connu leur première équipe et jamais personne ne leur avait enseigné quoi que se soit du combat sinon quelques apports théoriques et quelques techniques qui ne leur apparaissaient absolument pas comme efficaces.

Deidan chuta, inconscient. L’homme poussa le sac contre le mur et se retourna complètement. Il sortit un petit nunchaku de sa manche et le fit tournoyer quelques secondes devant lui. Lui, contrairement à eux, ne semblait pas hésiter. Naisen doutait qu’il eut prévu de trouver face à lui deux gamins portant l’insigne de Konoha, néanmoins il y avait aucun doute sur ses compétences de combattants. Sa réaction avait été immédiate. Si ses shuriken avaient pu les tuer, il n’aurait certainement eu aucun regret et c’était certainement dans cette optique qu’il les avait lancés. Précédé d’un petit saut, il fusa sur eux. Le tenant de bois qui flottait dans l’air frappa Hanataro au visage le premier. L’enfant valdingua quelques mètres plus loin. Naisen réagit aussitôt et fit un pas en arrière. Ses mains se lièrent et s’immobilisèrent. Lorsque ses deux paupières se soulevèrent, une petite virgule noire nageait dans des yeux rougeâtres. La surprise de l’homme ne dura qu’une infime seconde et l’apparition du sharingan ne fit que renforcer sa vigueur. Par précaution, sans aucun doute. L’Uchiha ne lui laissa pas le plaisir de prendre l’initiative et profita de ce laps infime de temps de répit pour concentrer une boule de chakra fumante dans le fond de sa gorge. Ses deux mains se délièrent violemment et une trombe de flamme s’écrasa sur l’homme. Lorsque la fumée se dispersa, Naisen constata la chaise qui tomba sur le sol, en flamme. Un coup vint l’assommer derrière la tête. Un vent chaud le bouscula sur le côté et vint percuter les mains de leur adversaire de plein fouet. L’homme retint son cri et prit sur lui pour ne pas lâcher son arme. Hanataro eut juste le temps de tirer Naisen à lui et de vérifier qu’il était encore conscient.

[Naisen] – Son bras…

Un shinobi. Le doute était impossible mais rendait les circonstances d’autant plus improbables. Naisen écarquilla les yeux et là, il comprit. Il comprit que les intérêts de cette mission les dépassaient de loin, de très loin. Il comprit que les nombreuses inconnues qu’elle comportait n’étaient de simples conséquences de leur paranoïa et de leur frayeur à l’égard de cette première mission. Il comprit aussi que Reiko s’était planté et que beaucoup d’autres personnes autour d’elles auraient un sacré tas de choses à expliquer. L’Uchiha ne doutait pas de la bonne foi de la directrice et de toute manière, il n’était ni assez âgé, ni assez expérimenté, ni assez gradé pour faire fi d’une crainte, quelle qu’elle soit. Il posa sa main sur l’épaule de son coéquipier et se remit droit comme il put.

[Hanataro] – On se disperse.

Naisen hocha de la tête. Ils malaxèrent leur chakra le plus rapidement qu’ils purent. Le visage de l’homme, caché par une grosse écharpe qui couvrait jusqu’à ses yeux, n’hésitait pas. Lorsqu’il vit les deux enfants entamer une technique, il fit tomber son arme et se lança lui aussi dans une série rapide de signe. L’immense boule de feu qui sortait violemment de la bouche de Naisen ne fit pas mouche. L’homme disparut une demi-seconde avant l’impact et réapparut juste derrière lui. Sa main devint électrique et une forte lumière blanche se concentra en son sein. Quatre shuriken d’une étrange couleur fusèrent sur lui. Un filet de feu les enflamma. Deux d’entre eux s’enfoncèrent dans les vêtements de l’homme qui dut faire un pas en arrière pour éviter les deux autres. Naisen changea complètement de position et se déplaça à l’extrémité de la pièce.

Il se téléporta une nouvelle fois. Naisen tenta d’éviter un nouveau coup sur Hanataro mais les flammes échouèrent sur le mur. L’homme fit tomber une décharge intense vers lui. Naisen resta debout mais lâcha un cri déchirant. Sa jambe balaya le sol et fit échouer Hanataro sur le sol. Le temps que le genin se relève, le shinobi était apparu derrière l’Uchiha, le bras levé dans les airs. Une fine lame sortit de sa manche. La lumière de la torche se reflétait sur le métal saillant. Naisen écarquilla les yeux, brûlés par la foudre sur une grande partie de son corps. Hanataro tendit un bras de pitié vers son coéquipier et hurla. Le kunai tomba. Un cri sortit de nulle part. Pour la première fois, le Gennosuke entendit le son de sa voix, sans comprendre ce qui était dans en train de se dérouler. Tout allait trop vite et son souffle lui manquait autant que ses forces. La main puissante d’un homme retint le poignet de leur adversaire et le tordit jusqu’à ce qu’il craque. L’arme tomba sur le sol. Deux poings rassemblés frappèrent de bas en haut son menton et il fut éjecté contre le mur. Un deuxième coup sur son plexus fit craquer deux côtes. Le troisième vint briser son genou. L’homme chuta. Un dernier cou sur le crâne finit de l’achever.

[…] – Shino En’do, je vous arrête pour … Pour tout un tas de truc illégaux.

Il eut un ton ironique.

[…] – Mais je pense que cela vous est bien égal maintenant.

Rapidement, deux petites menottes gonflées de chakra serrèrent les poignets du shinobi qui gisait sur le sol. Dans un réflexe instinctif, l’homme qui venait probablement de les sauver reporta son attention sur eux. Deux yeux pourpres étaient nettement visibles sous son immense capuche blanche. D’une main puissante, il la fit tomber en arrière et reporta toute son attention sur les deux enfants. Il prit délicatement Naisen par les épaules et délicatement, le souleva. Hanataro tenta de se relever et devant l’effort, il préféra se reporter sur le mur. Là, il leva la tête et écarquilla les yeux.

[Hanataro] – Iki ?

MessageSujet: Re: Arnaques, crimes et shinobi   Lun 20 Juin - 22:05

Une longue perle de transpiration coula le long de son menton. Elle chuta contre la roche du trottoir et s’étala sur le sol. Naisen ouvrit difficilement les yeux, cherchant à saisir quelques informations qui lui permettraient de comprendre où on l’avait posé et ce qu’il s’était passé. Les multiples lueurs des torches se reflétaient sur les morceaux de verre cassé et le long des grands murs des habitations, dévoilant des ombres maladroites et grossières qui s’y étalaient en dansant. La nuit tombait toujours sur Konoha. L’Uchiha devina plusieurs formes qui passaient devant lui sans s’arrêter ou lui prêter une attention particulière. Il cligna nerveusement des yeux et posa sa main droite le long de la paroi du mur, profitant de la crénelure d’un morceau de pierre pour prendre appui. Ses jambes se plièrent et tentèrent de le relever. Naisen grimaça et sentit ses forces lui échapper une nouvelle fois, tandis qu’une main puissante s’emparait de son bras et le soulevait doucement. Elle le posa ensuite contre le mur et lorsqu’elle fut certaine qu’il tiendrait le coup, elle vint balancer en arrière la capuche qui recouvrait le visage de l’homme. De grandes mèches noires tombèrent sur ses oreilles, dévoilant un étrange regard pourpre et un cou musclé.

[Iki] – Salut, je m’appelle Iki Namikaze, je suis Anbu. T’as plus rien à craindre mon grand.

Il plongea une main à l’intérieur de sa grande toge entièrement blanche et en sortit un bandage enroulé sur lui-même. Iki le déplia et retira comme il put le haut de Naisen. Là, il tendit son bras le long du mur tout en vérifiant qu’il n’accentuait pas la douleur mais en découvrant la peau brûlée de l’enfant, il comprit qu’il n’eut plus à se soucier d’un problème musculaire moindre et se retourna vers une autre forme habillée de la même toge blanche.

[Iki] – Uke, tu as encore ton baume contre les brûlures ?

Le visage obscurci par l’ombre de la grande capuche qui retombait jusque sur les yeux du shinobi émit un petit ricanement féminin. D’une de ses poches, elle en ressortit un petit tube plat qu’elle lui jeta nonchalamment.

[Uke] – T’uses pas tout Iki, sinon …

L’Anbu se redressa subitement et lui adressa un regard interloqué.

[Iki] – Sinon quoi ?

[Uke] – Je t’ex …

[Iki] – Tu m’exploses, oui. Je sais.

Elle eut un nouveau rire carnassier avant de s’éloigner en grommelant quelques paroles inaudibles. Iki se retourna vers Naisen et haussa les épaules en soupirant vaguement. Il l’étala longuement sur toute la longueur du bras, remontant jusqu’à l’épaule et même jusqu’à la nuque puis, sans attendre que le baume s’imprègne complètement dans l’épiderme, il l’enroula d’un bandage qu’il serra avec assurance. Naisen, étrangement, le laissa faire sans poser aucune question. Ses souvenirs restaient flous et s’il en conservait encore une grande partie, ils se mélangeaient dans sa tête comme une vulgaire soupe de pâtes avec deux baguettes coincées entre les doigts. L’Uchiha le regarda faire, décrivant des yeux les trois autres toges blanches qui s’activaient devant la petite boutique. Deux d’entre elles tenaient en haleine quelques civiles un peu amochés que Naisen apparenta à la petite bande qui devait accaparer leur soirée. Il n’y avait rien d’anormal là-dedans. Si leur mission était tout sauf compréhensible, il saisit très vite que les deux hommes qu’ils rencontrèrent dans le petit caveau du sous-sol de la boutique de Mifune n’étaient absolument pas prévus dans le programme de leur mission et que le troisième, qui semblaient manier les arts shinobi avec une maîtrise bien plus prononcée qu’eux l’était encore moins. Il les trouva d’ailleurs tous les trois entassés et menottés contre le mur, de l’autre côté de la rue, avec une femme que l’Uchiha n’avait jamais vu.

Ce fut l’absence d’Hanataro qui le surprit. Et étrangement, il ne se crut pas capable de faire passer son coéquipier en priorité devant les multiples rebondissements de leur mission. Il le chercha du regard activement durant plusieurs secondes qui lui semblèrent bien trop longues à son gout jusqu’à ce que l’Anbu termine son bandage et se relève, l’air faussement satisfait.

[Naisen] – Où est-il ?

Son visage se crispa et un sourire mauvais apparut. Un sourire censé le rassurer. Le genre de sourire que les adultes aiment bien faire pour tenter de rassurer les enfants. Un sourire qui ne marche jamais vraiment. La mine grave de Naisen l’effaça définitivement, tandis que le shinobi sentait qu’il ne lâcherait pas le morceau aussi facilement et qu’il avait bien compris que son absence était absolument tout, sauf une bonne nouvelle.

[Iki] – Il a été emmené à l’hôpital de Konoha. L’Eisei dit qu’il a pris un sacré coup mais qu’il va s’en sortir. Quelques lésions, probablement choqué, aussi. Je vais t’y emmener toi aussi, il faut que tu voies un médecin.

[Naisen] – Je veux le voir.

Iki referma son manteau et son visage devint grave.

[Iki] – Tais-toi. Tu vas aller à l’hôpital, point barre. T’as morflé, il a morflé, il y a des choses qui ne se font pas. Désolé.

Naisen sentit une pointe de colère percer l’armature pourtant solide d’apparence que l’Anbu portait sur lui. Il baissa les épaules et acquiesça sans broncher. Deux autres shinobi apparurent, à l’équipement tout à fait normal. Ils l’entourèrent et passèrent ses bras sur chacune de leurs deux épaules puis le soulevèrent pour éviter qu’il ait à forcer sa marche. Naisen eut à peine le temps de voir l’Anbu rassembler les trois autres toges blanches et s’envoler sur les toits des habitations en direction du nord du village lorsqu’il s’effondra de fatigue. Dans un trou noir, béant.

***

[Iki] – Bordel, Reiko ! A quoi tu pensais ?

Il fit valdinguer du pied la petite poubelle vide du bureau de la directrice. Elle s’arrêta net contre un mur tandis que l’Anbu continuait de s’agiter au milieu de la petite salle. Il avait laissé sa grande toge entre-ouverte et son visage en colère et sans hésitation possible, touché, particulièrement visible. Chaque muscle de son corps se contractait et se décontractait avec une vivacité impressionnante. Reiko comprit dès qu’il le vit bousculer la porte de son bureau qu’elle ne passerait pas un bon moment. Elle connaissait Iki, depuis son arrivée à Konoha, le lion avait trouvé pour seul refuge l’académie et pour seuls amis quelques professeurs pas tous nécessairement recommandables.

[Reiko] – Comment voulais-tu que je sache que ça allait se produire ?

L’Anbu vira au rouge. Il s’arrêta aussitôt de tourner en rond et fusa jusqu’à son bureau où il se pencha en avant vers elle, frappant la table de ses deux points clos.

[Iki] – Comment ? Comment ! Tu te fous de ma gueule ? Tu es directrice de cette putain d’académie Reiko, ton job c’est pas d’envoyer des gamins au seuil de la mort ! Ils auraient pu y passer si on m’avait pas averti d’une taupe dans l’administration de la mairie. Comment tu peux envoyer deux … enfoirés … de genin là-dedans ?

[Reiko] – Calme-toi, s’il te plait.

Il refrappa la table à nouveau. Iki ne montrait aucun signe d’agressivité vis-à-vis d’elle. Reiko savait qu’il ne la frapperait pas parce qu’il la respectait trop, d’une part et parce qu’il connaissait trop les compétences de la jeune femme pour être intimement convaincue qu’elle y était pour quelque chose. Il casserait toutes les tables de l’académie pour éviter de se retourner vers elle, mais elle comprit qu’il ne laisserait pas cette situation se décanter si facilement. Quelque chose l’avait froissé, touché au plus vif de son âme.

Ses deux yeux ronds, innocents et désolés le fixèrent si intensément qu’il se retourna et se remit à tourner en rond au milieu de la petite pièce.

[Reiko] – Je ne pouvais pas savoir, Iki. Le dossier était posé sur mon bureau sans même que je puisse savoir qui me l’y avais mis. Il y avait beaucoup de points flous, je me doutais que quelque chose de … bizarre pouvait se passer mais je n’ai pas pris n’importe qui pour le faire.

Iki leva un doigt tendu vers le plafond.

[Iki] – Ah, ça non !

[Reiko] – Merde ! Comment tu voulais que je sache qu’il y avait une taupe dans le bureau du Kage ? Si ça se trouve, c’est même-lui qui l’a mis là. Calme-toi nom d’un chien, t’énerver comme ça n’arrangera rien.

[Iki] – Pourquoi eux ? Pourquoi eux, sur cette mission, maintenant ?

Elle fit tourner son siège et balaya quelques dossiers de la main, machinalement, comme un vieux réflexe. Là, elle soupira et s’enfonça dans son fauteuil.

[Reiko] – Hanataro et Naisen ont montré de très grandes qualités. J’ai pensé qu’il fallait au plus vite les lier. Et on ne lie pas de futurs coéquipiers dans un amphithéâtre. La mission comportait certaines inconnues mais n’impliquaient que des civils, ce sont des enfants intelligents et réfléchis, j’ai considéré qu’ils seraient capables de relever le défi, voilà tout.

Elle réfléchit quelques secondes, puis le fixa du regard.

[Reiko] – Pourquoi tu me fais un scandale, Iki. Tu aurais approuvé mon raisonnement du début jusqu’à la fin en temps normal. Qu’est-ce qu’il se passe ?

[Iki] – Tu aurais du m’en parler avant.

A son tour, Reiko afficha quelques signes d’énervement devant le caractère bougon de l’Anbu. Au fond, elle ne le comprenait pas. Elle ne comprenait pas sa réaction en tout cas.

[Reiko] – Et comment voulais-tu que je sache qu’il fallait te prévenir ? Je ne te préviens jamais d’habitude ! Maintenant je dois te rendre des comptes à chaque fois que j’envoie des enfants en mission ? Je dois te demander ton avis ?

Il haussa les épaules et se retourna, prenant d’un pied ferme la direction de la porte du bureau de la directrice. Devinant sa fuite, elle se leva aussitôt et s’apprêta à le suivre.

[Iki] – Tu aurais du, c’est tout.

***

Les deux petits lits étaient posés côtes à côtes. Sur chacun de leur avant-bras gauche, une petite aiguille permettait à un liquide invisible de pénétrer dans leur sang. La perfusion n’avait rien d’extraordinaire, et si les deux genin fermaient tous les deux les yeux, c’était parce que peu de personnes arrivaient à dormir les yeux ouverts. Iki pénétra dans la petite chambre de l’hôpital la mine dégarnie et l’air sombrement triste. Une première toge blanche était posée sur un dossier de siège et sa simple vision le rassura. De dos, il reconnut facilement Naisen Aburame qui les fixait sobrement, immobile. Au son de la porte qui s’ouvrit, il se retourna avec tranquillité et adressa un mince sourire au lion. D’un signe de la tête, Iki lui fit comprendre qu’il pouvait se retirer. L’Aburame s’empara de sa toge et la posa sur son épaule, sans rien dire. Du bout du menton, il lui indiqua les deux petits dossiers posées sur une petite table basse au centre de la pièce, posa une main chaude sur son épaule et lui adressa un autre petit sourire en guise de réconfort. Là, il disparut, le laissant seul dans la petite chambre.

Naisen fut le premier à se réveiller. Il peina à ouvrir les yeux et, tentant de retrouver un peu de ses forces, s’étirant sur toute la longueur de son petit lit d’hôpital. Le visage d’Iki lui parut singulièrement familier jusqu’à ce qu’il constata que le soleil n’était pas encore levé et que la présence de l’Anbu avait été presque trop régulière depuis quelques heures. Il lui sourit, et raffermit la position de son oreiller derrière sa tête.

[Iki] – Comment tu te sens ?

Naisen fit la moue et tenta un sourire fatigué. Le lion se contenta de cette réponse.

[Iki] – Il va bien, rassure-toi. Il s’en remettra, tout comme toi.

Il répondit par un bref sourire gêné.

[Naisen] – Qu’est-ce qu’il s’est passé là-bas ? On devait juste attraper des gens pas bien méchants pour éviter qu’ils fassent des bêtises et …

[Iki] – On les avait retenus en haut, pour éviter que la situation ne dérape encore plus.

L’Anbu s’arrêta un instant, ne sachant pas s’il était vraiment pertinent de tout raconter à l’Uchiha. Puis il leva les yeux au ciel et remarquant qu’il n’y avait rien de normal à ce que deux genin de onze ans se retrouvent confrontés à un danger qui n’était pas de leur ressort et qu’ils finissent leur soirée dans un lit de l’hôpital de Konoha, il ne voyait aucun inconvénient à ce qu’ils soient mis en courant.

[Iki] – Konoha a souvent eu tendance à négliger les civils. Alors certains d’entre eux se sont mis à faire du commerce clandestin, vendre des produits bizarres à des gens bizarres. Pour survivre, ou pour l’argent, je ne sais pas. Mifune avait volé de l’argent à un homme plutôt puissant mais peu intéressant, d’où le contrat. Il a fallu qu’une autre équipe tombe sur l’information pour en profiter et pour soutirer cet argent. Ce sont les deux premiers sur lesquels vous êtes tombés. La femme qui faisait le guet, on l’avait déjà arrêté juste avant que vous ne descendiez. A ce moment-là, je n’étais pas courant de leur présence.

Il toussota brièvement, puis continua.

[Iki] – Mifune avait un contact dans les fonctionnaires de la mairie du village, un chuunin du nom de Shino En’do. C’est celui qui est apparu en dernier et qui vous a fait tout ça. C’est pour ça que nous étions là, pour l’arrêter. Mon équipe avait été mis au courant d’une taupe, et nous avons enquêté jusqu’à comprendre qu’après avoir averti Mifune du contrat qui pesait sur lui, il en profiterait pour partir avec l’argent. Les gens font des choses stupides dans la vie, parfois.

Naisen le regarda s’assoir sur une chaise qu’il avait retournée et s’installer à côté de lui. L’Uchiha sentit un semblant de tristesse s’accentuer dans les yeux du shinobi, une tristesse qu’il ne comprenait pas mais qu’il percevait parfaitement bien.

[Iki] – T’as tout compris ?

[Naisen] – Pas tout, non.

Il lui adressa un sourire amusé.

[Naisen] – Mais merci.

Iki haussa les épaules et reposa sa tête sur ses deux mains réunies.

[Naisen] – Vous le connaissez ?

Il fixait Hanataro des yeux, toujours endormi. Iki soupira et se redressa sobrement.

[Iki] – Oui, c’est une longue histoire.

Il hésita.

[Iki] – C’est ton coéquipier n’est-ce pas ?

Naisen acquiesça d’un bref mouvement de la tête.

[Iki] – Un jour on m’a affecté sur une mission plutôt difficile. Je devais retrouver un homme de sa famille affilié au village de Kumo, un autre village comme le nôtre. Une dame avait mis un sacré paquet de pognon pour que je le retrouve, expliquant qu’il avait tué quelqu’un de proche, quelque chose dans le genre. J’ai rencontré Hanataro en allant chez lui pour discuter avec sa mère, pour m’informer. Je n’ai pas réussi à innocenter cet homme parce que je ne l’ai pas retrouvé. A ce moment, beaucoup de choses bougeaient à Konoha et on m’a rappelé.

Il s’arrêta et posa une cigarette sur ses deux lèvres.

[Iki] – Quand je suis revenu, je suis retourné les voir pour leur expliquer que j’avais échoué. Yûri, sa mère, ne m’en a pas voulu mais j’ai bien senti qu’elle n’espérait plus rien de nous. Je n’ai pas pu lui promettre de le retrouver parce que je ne sais pas si j’en serais capable. Mais j’ai juré de toujours protégé son fils et de tout faire pour que sa vie soit la plus agréable possible. Et aujourd’hui … il est branché à un tuyau et il a le corps en charpie.

[Naisen] – Vous êtes gentil.

Iki eut un petit rire sincère.

[Iki] – Oh non.

[Naisen] – Vous êtes quoi alors ?

[Iki] – Un Chikakei.

Il montra du doigt sa toge blanche.

[Iki] – Un homme qui est censé tenir ses promesses.

L’Anbu se releva, la mine grave, et referma jusqu’au col sa toge. Il posa son masque sur le dos de son crâne et sans dire un mot de plus, préféra repoussa doucement la chaise et se diriger vers la porte de la petite chambre avec la ferme intention de revenir lorsque le Gennosuke reprendrait ses esprits.

[Naisen] – Iki. On a réussi ou pas ?

Il se retourna, juste avant de sortir et sourit, satisfait.

[Iki] – Ouaip. Personne n’aurait fait mieux, gamin.

MessageSujet: Re: Arnaques, crimes et shinobi   Ven 5 Aoû - 17:59

[Seuls les administrateurs ont le droit de voir cette image]

MISSION DE RANG D : Arnaques, crimes et shinobi - SUCCES

Iki : (Niveau 11)
: +20% Bonus Inclus
: +110 XP
: +25 £ - +1 réputation

: Suite à une discussion avec le Staff, ils ont décidé de valider cette mission en tant que mission de rang D et non de rang C. Aucun joueur ne peut transformer le rang d'une mission. À part cela, tout est parfait. L'intrigue est intelligente et on apprécie le retour héroïque d'Iki Razz. Je ne m'attendais pas à moins venant de toi. Smile
Contenu sponsorisé



MessageSujet: Re: Arnaques, crimes et shinobi   

Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Arnaques, crimes et shinobi
» Arnaques, Crimes et Psychotiques (Part III)
» Argentine: ouverture d'un nouveau procès pour crimes de guerre lors de la dicta
» PRESCRIPTION NON APPLICABLE POURLES CRIMES CONTRE L'HUMANITÉ SELON MICHEL FORST
» Duvalier probed for crimes against humanity

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Ryoma - Le forum des Shinobi :: Ryoma 1.0-