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 [SR] - Les Monstres Magnifiques

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MessageSujet: [SR] - Les Monstres Magnifiques    Lun 2 Mai - 15:11

Haita Neko

Haita Neko avait toujours été interpelé par la nécessité que semblait éprouver son entourage à départager ce qui était bon et mauvais. Les actes ne se suffisaient jamais à eux-mêmes, il fallait toujours les expliquer. Haita avait peut-être tué autant de personnes qu’Urasa Yumito – bien que cette affirmation demanderait à être sérieusement vérifiée, car les agissements d’Urasa n’ont jamais été limpides – et pourtant, on se bornait à les représenter comme les deux tenants d’une même idée. Là où Urasa aurait cédé à une certaine facilité, à un penchant trop affirmé pour la découverte, Haita serait resté droit sur la ligne qu’il s’était tracé. Mais Haita était très bien placé pour savoir que cela était non seulement mensonger, mais également dangereux. Il avait mené d’autres recherches, des recherches éloignées de celles d’Urasa mais à un niveau équivalent. Ces recherches-ci demandent toutes, sans exception, un sacrifice conséquent. Les gens autour de lui ne voyaient que le résultat – autrement dit, sa capacité à faire revenir les morts – mais Haita percevait le processus dans son ensemble, avec tout l’aspect terrifiant de la chose. Il savait ce qui l’avait poussé dans cette voie, ce n’était pas de la bonté. De la même façon qu’il savait ce qui avait poussé Urasa là où il en était – et ce n’était pas de la malice.

La perspective d’être un espoir pour le Village Caché des Nuages, un village qui n’avait jamais réellement étincelé sur la scène internationale (mais, hormis Iwa, un village avait-il jamais étincelé ?), l’avait pendant un temps laissé étourdi. Urasa l’avait prévenu pourtant, du temps où il s’occupait de sa formation. Il lui avait dit, mot pour mot, que les gens de cette ère étaient d’un naturel faible et fainéant et qu’ils avaient nécessairement besoin de se créer des héros pour s’y cramponner. Urasa avait été l’un de ces héros mais, à l’inverse de Haita, il avait pris son rôle à la légère. Cela rejoignait leurs nombreuses petites différences, des différences qui ne pouvaient manquer de souligner à quel point les deux hommes se ressemblaient. Une ambition étonnamment similaire, une puissance sans précédent chacun dans son domaine et une passion pour ce qui motivait leurs vies à tous deux ; l’Eisei. Haita, et Urasa avant lui, avaient décidé de lui dédier leur vie. Cela demandait une somme de travail inconcevable, car la réalité, c’est que ni Haita, ni Urasa n’étaient plus doués que le premier paysan venu dans l’art de l’Eisei. Le jeune Anbu n’avait pas de pouvoir au-dessus de la moyenne, il était même passé raisonnablement inaperçu dans ses premières années. Urasa lui avait avoué que cela avait été de même pour lui, mais qu’il n’était pas d’un caractère discret, alors que cela s’était moins vu. Il n’était pas plus rapide, plus fort ou plus intelligent qu’un autre. Pourtant, il était le chef de l’une des équipes les plus puissantes au monde, une équipe proprement immortelle. Il n’y avait que deux réponses à cela : la passion et le travail. Il n’y avait aucun génie là-dedans, ou alors, on appelle génie un garçon capable d’étudier jusqu’aux petites heures de l’aube sans s’endormir. C’était sur ce petit secret que deux légendes étaient nées, et ce sera sur celui-ci qu’elles se sépareront pour de bon.

Haita parcourut le dossier des yeux une dernière fois. Des images d’Urasa l’agressaient à chaque fois qu’il tournait une page. C’était un dossier épais, constitué en plusieurs années de traque. Les Immortels n’avaient apporté finalement que peu de nouvelles pages, l’essentiel d’Urasa étant déjà bien connu de tous les services du village. Mais ils avaient probablement apportés les plus dures à chercher, les derniers secrets du vieux maître. Haita avait porté ses informations à la connaissance de Shigeo Koyama et le Conclave décidait à l’heure même des suites à leur donner. L’Anbu et sa compagne, Kaeko Hirojin, avaient préféré ne pas se présenter. Leur dossier était suffisamment complet pour se suffire à lui-même et ils savaient déjà quelle serait la conclusion du Conclave. Une conclusion que Haita accueillait avec une indifférence relative, car en réalité, il ignorait tout à fait ce qu’il devait éprouver. Il repoussa le dossier et croisa le regard de Kaeko qui lui adressa un petit sourire.

[Haita] – Je suis épuisé.

[Kaeko] – Tu as trouvé le mot que tu cherchais ?

Haita secoua la tête en silence. La veille, elle avait lancé une conversation sur Urasa. Le jeune homme ne refusait jamais d’aborder le moindre sujet que ce soit avec elle, mais ce n’était pas pour autant qu’il les proposait de lui-même. Le sujet d’Urasa restait quelque chose qui relevait de l’intime. Tout le monde avait voulu savoir ce qu’ils s’étaient échangés pendant la période où ce dernier était son maître. Personne ne le savait, hormis Shigeo et les trois autres Immortels. La nature de leur relation était, de l’aveu même de Haita, quelque chose de dangereux à exposer. Est-ce que cela ralentirait son bras au moment de frapper ? Probablement pas, mais seuls les imbéciles et les fanatiques se risquaient à des réponses définitives.

[Haita] – C’est difficile de mettre le doigt sur un sentiment. Tous les sentiments se ressemblent, ils ont un fond commun. C’est seulement leur application qui les rend spécifique. J’éprouve quelque chose envers Urasa… impossible de savoir quoi.

[Kaeko] – Peut-être qu’il t’apportera la réponse.

Haita se contenta de rester silencieux. Il n’avait jamais été fasciné par Urasa. Tout le monde le trouvait exceptionnel à l’époque, bien sûr, parce qu’il l’était. Il dégageait une véritable aura, quelque chose que le jeune homme n’avait jamais retrouvé nulle part. Mais il n’y avait pas de fascination, comme si Haita avait déjà touché le fond de son âme et qu’il n’y avait plus rien à en attendre. Le jour où il avait appris la désertion du célèbre médecin, aucune surprise ou regret. Il avait su que ce jour arriverait, car il avait vu son âme. C’était une âme trop grande pour que Kumo parvienne à la contenir. Urasa avait davantage de génie que son élève, mais c’était peut-être parce qu’il s’intéressait beaucoup plus à ces questions. En comparaison, l’âme de Haita était somme toute médiocre, comme toutes les âmes qui acceptent de suivre des ordres. Urasa n’était pas de ceux-là, il ne prenait ses ordres que de lui-même et encore, bien souvent, il peinait à se maîtriser à la perfection, poussé par la passion. Mais il n’y avait malheureusement aucune faiblesse dans cette absence de contenance, juste une puissance démesurée. Une âme trop grande, tout simplement, et la grandeur d’âme n’a jamais été sujet à condamnation.

Haita redressa la tête quelques secondes avant que la porte ne s’ouvre. Shigeo et Masaki s’avancèrent dans la salle. Masaki avait l’air fatiguée et troublée. Haita sourit à part lui. Elle n’était pas d’accord avec cette mission, comme il l’avait imaginé. C’est certainement parce que de tout le Conclave, Masaki était la seule à savoir qu’on ne luttait pas contre la puissance avec plus de puissance. Il y avait trop d’inconnues à opérer ainsi et souvent, peu d’efficacité. Il n’y avait qu’à observer dans l’histoire les plus grandes guerres ; shinobi et samouraïs avaient répété les mêmes erreurs, sans se lasser de leur humanité. Mais plus encore que cette question, Masaki était la seule de tout le village à mettre en doute les Immortels. Pour cela, et pour bien d’autres choses, Haita lui en savait gré. Elle se refusait à trop les alourdir de ses espérances, mais préférait leur accorder une confiance intime beaucoup plus précieuse. Que quelqu’un à Kumo puisse encore concevoir que les Immortels n’étaient pas la formule magique à tous les maux du pays était le cadeau le plus beau qu’on puisse leur faire.

De toute évidence cependant, elle avait perdu cette fois-ci.

[Shigeo] – C’est entendu, vous partirez dès que vous le souhaiterez.

[Haita] – Très bien.

[Masaki] – Urasa vous attendra.

Elle parlait avec réticence, comme face à des enfants butés qui avaient déjà les mains pleines de chocolat.

[Haita] – C’est très probable, en effet.

[Masaki] – Je continue à penser qu’on ne peut pas se permettre de réduire le problème d’Urasa à un problème d’hommes.

[Haita] – Je le pense également. Néanmoins, Urasa veut que ce soit moi qui vienne le défier sur ses terres. Il me laissera en vie pour une raison qui lui est propre jusqu’à un certain point, là où une autre force aurait des chances d’être anéantie avant d’avoir pu approcher. Je souhaite que ce désir soit son erreur et sa perte mais au-delà d’un souhait, je ne saurais rien garantir.

Masaki se passa une main dans son abondante chevelure. C’était une autre des personnalités du village à dégager une aura particulière, bien que très différente de celle d’Urasa. C’était une aura de puissance à l’état brut, quelque chose de violent qui hérissait le poil mais qui, d’une mystérieuse façon, parvenait à ne pas se montrer agressif, jamais, dans le contrôle le plus total et absolu qu’ait pu observer l’Immortel. Même lorsque Masaki était en colère, on ne percevait que le lointain grondement d’une cascade. Jamais les vagues déchaînées qui la consistaient réellement. Haita n’était pas sûr que tout le monde puisse ne serait-ce que la sentir, tellement Masaki parvenait à l’enfouir loin de la surface. Il fallait sans doute avoir atteint soi-même une certaine sensibilité aux auras…

[Masaki] – Je ne voudrais pas qu’Urasa ajoute de nouveaux grands noms de Kumo à son tableau. Il n’a jamais voulu la destruction de notre village. Mais à chaque fois que nous lui avons opposé une force, il l’a brisée sans la moindre trace de pitié. Il a la force de te briser, Haita. Tout Immortel que tu sois.

[Haita] – Il en a la force. Je ne suis pas convaincu qu’il en ait le désir cependant. C’est seulement sur cette hypothèse que nous pouvons prévoir notre attaque. Je conçois que ce soit une hypothèse fragile, mais c’est la plus solide dont nous disposons.

[Shigeo] – Même si nous faisons le jeu d’Urasa, nous ne pouvons pas reculer. Il est de notre responsabilité de l’éliminer.

Masaki avait les dents si serrées qu’il était étonnant qu’elle puisse articuler des mots intelligibles.

[Masaki] – Cela a cessé d’être notre unique responsabilité à partir du moment où Urasa s’est mis à manipuler les virus... et le reste. Il faut prévenir les autres villages. Konoha nous aidera. Kiri nous aidera. Ils ont des forces à nous offrir, nous devons leur prêter notre confiance. Beaucoup de choses en dépendent. Pourquoi devrions-nous être les seuls à risquer nos meilleurs hommes ? C’est absurde, Urasa pourrait dévaster un village, et ce ne sera certainement pas Kumo !

[Shigeo] – Le Conclave s’est prononcé. On ne peut pas aller contre sa décision.

Il parlait avec calme, mais Haita sentait bien qu’il regrettait ses mots. Au fond de lui, il partageait l’avis de Masaki. Avait-il lui-même voté contre l’emploi des Immortels sur cette mission ? Haita le pensait. Ainsi donc, le Conclave était capable de passer outre l’avis des deux personnalités les plus intelligentes qui le composaient, sur sa seule foi envers les Immortels ? Voilà qui était dangereux.

[Masaki] – Le Conclave fait une erreur de poids. Vous pensez encore à récupérer les secrets d’Urasa, à vous accaparer ses recherches, et c’est uniquement cela qui nous empêche de demander du soutien étranger ! Quand on aura perdu les Immortels, il sera trop tard pour appeler des alliés.

Haita se releva et remit en place son masque. Il hocha la tête en direction de Masaki, avec un respect sincère.

[Haita] – Ne prenez en aucun cas cela pour de l’arrogance, mais pour que les Immortels meurent, il faudrait encore qu’ils le puissent.

MessageSujet: Re: [SR] - Les Monstres Magnifiques    Lun 2 Mai - 15:12

Yama no Kuni n’était pas un pays accueillant. Les hautes montagnes escarpées qui se succédaient ne trahissaient pas la moindre trace de verdure, où qu’on pose le regard, on ne discernait que leur teinte rouge sombre. Sur tout le trajet, les Immortels n’étaient tombés que sur deux villages, si on pouvait qualifier de villages de pareils bidonvilles. Partout où ils allaient, ils pouvaient sentir cette épaisse odeur de mort figée dans la terre même. Haita ne parvenait pas à déterminer si cette sensation intensifiait ou non son désir de se confronter à son maître. Eprouver le mal qu’il avait causé… mais ce n’était pas véritablement le cas. Haita se demandait surtout s’il avait causé ce mal par pur procédé d’expérimentation, pour tester sa nouvelle création, ou bien par maladresse. La réponse à cette question pouvait certainement sembler futile aux personnes qui avaient souffert de cette situation, mais elle était importante pour un œil extérieur. Il fallait déterminer la marge de progression d’Urasa pour saisir la menace qu’il représentait… mieux, pour connaître l’homme qui se cachait derrière la menace. Il n’y avait jamais de réponse facile à une question compliquée, sans quoi la réponse était nécessairement erronée.

Il y a une dizaine d’années de cela, Yama no Kuni était un pays semblable à ceux qui l’entouraient. Haut, rugueux, avec cette teinte rouge et brune partout à l’horizon. Mais un jour, il s’y était déroulé un terrible cataclysme. On pensait qu’il s’agissait d’une maladie, et on le pense toujours aujourd’hui. Des villes entières ont été dévastées, les habitants étaient pris de vomissements de sang sans que personne n’y puisse rien faire. Pire, la maladie se répandait à très grande vitesse, par tous les moyens possibles. Des forces shinobi avaient été envoyées sur place, par Suna notamment, mais elles avaient abandonné leur mission après seulement quelques heures. Personne, au monde, ne pouvait rien faire contre ce fléau. Yama no Kuni était perdu, c’était aussi simple que cela, terrassé par un mal inconnu qu’on espérait ne jamais retrouver. Cette tragédie avait cependant attiré l’attention de Haita. Quand il s’était rendu sur place, la thèse colportée par les locaux était celle d’un ancien démon réveillé et courroucé. Une vieille légende du pays, selon quoi un jour, le démon reviendrait pour causer la mort… mais Haita avait bien un nom pour ce démon et il ne lui avait pas fallu longtemps pour confirmer ses soupçons.

Kumo savait qu’Urasa s’était senti très vite à l’étroit dans le village. Il n’avait pas couru le risque de mener ses expérimentations les plus secrètes à Kumo. En partie parce qu’il s’agit d’un village shinobi compétent et qu’il aurait eu du mal à dissimuler durablement ses agissements. Mais aussi, Haita en était convaincu, parce qu’il ne souhaitait pas faire courir de risque à son village. Il y avait beaucoup de choses que la plupart des gens ignoraient sur Urasa Yumito, notamment son attachement à Kumo. Ce n’était pas un sentiment de remords ou de gratitude, loin de là. Urasa estimait simplement que Kumo avait du génie et qu’il aurait été criminel d’attenter à ce génie. Il n’y a rien qu’il respectait autant que cela et c’était la raison précise pour laquelle Haita, en cet instant précis, n’avait pas peur de mourir.

[Tadashi] – C’est beaucoup de puissance pour un seul homme…

[Haita] – Urasa n’était pas seul. Mais c’est assurément lui qui prenait les décisions.

Ils s’étaient arrêtés pour la nuit dans une caverne spacieuse qui avait dû faire le bonheur de plus d’un voyageur. Malgré les distances parcourues, Haita ne se sentait pas fatigué. Il aurait beaucoup donné pour pouvoir hâter le moment où il se trouverait face à Urasa, pour que tout cela soit terminé le plus vite possible. Mais si les événements devaient être aisés, on n’aurait pas eu besoin des Immortels.

Au cours des derniers mois, les Immortels étaient fréquemment venus à Yama. Leurs recherches s’étaient peu à peu étrécies, mais elles avaient commencé à Kumo même. Après leur rencontre à Konoha, une rencontre avec un goût d’inachevé entêtant, Haita avait su qu’il leur faudrait se retrouver une nouvelle fois pour se départager. Il n’éprouvait aucun désir de le faire, mais les shinobi étaient bien placés pour savoir qu’à moins d’être enclin à un certain sadisme, leur plaisir était rarement sollicité. Alors ils avaient commencé leurs recherches, dans les archives de Kumo pour commencer, afin de rassembler des éléments sur Urasa. Haita partageait ce qu’il savait avec ses Immortels et ils commencèrent à voyager. Ils avaient parcouru de nombreux pays, souvent sur des pistes qui se révélaient médiocres voire dangereuses. Urasa n’avait pas exactement eu que de bonnes fréquentations et ce qui fascinait Haita, c’est que lorsqu’il se trouvait face à elles – à quatre reprises en tout et pour tout, les autres contacts étant soit volatilisés, soit décédés – il lui sembler ressentir exactement ce qu’avait ressenti Urasa. Un mélange de dégoût nécessaire et de lucidité sinistre…

Progressivement cependant, les pistes les plus convaincantes se mirent à pointer toutes vers Yama, de près ou de loin. On parlait d’un complexe, voire du complexe, des laboratoires de recherches... On savait que l’illustre Eisei avait multiplié les bâtiments de recherches, mais nul ne semblait aussi important que celui de Yama. Il suffisait juste de mettre la main dessus, malgré les années d’abandon. Il ne restait plus beaucoup de ces bâtiments de recherches, Haita suspectait son maître d’en avoir détruit certains lui-même. Des documents indiquaient en outre qu’à plusieurs reprises, Urasa avait rejoint des groupes de chercheurs sur des domaines spécifiques, et il était alors impossible de tracer quoi que ce soit. D’une façon géniale et triste, Urasa s’était arrangé pour que Yama soit la seule alternative qu’il leur reste. Avec des années d’avance, le vieil homme avait prévu que Haita, un jour, le traquerait. En bon maître, il lui avait balisé le terrain pour le mener là où il ferait les plus brillantes découvertes, là où il prendrait sa dernière leçon. Là où, peut-être enfin, il consentirait à lui apporter les réponses dont il avait besoin pour vivre.

Haita releva la tête et observa Kaeko, qui se réchauffait les mains au-dessus du feu. C’était eux qu’Urasa viserait. Ce sera sa dernière leçon, comprendre l’importance de ses relations avec les autres. Il essaiera de lui faire sentir le désespoir, il voudra qu’il prenne partie, qu’il choisisse son camp. Il serait trop difficile de continuer à courir sur deux terrains en même temps. Soit Haita traquait Urasa, et la conclusion était la mort de l’un d’entre eux ou des deux. Soit Haita abandonnait et un champ inconnu s’ouvrait à lui. Le choix n’était pas aussi évident que cela, car il y avait bien un choix à faire. Quand ils s’étaient rencontrés à Konoha, Haita avait été plus profondément troublé qu’il avait voulu l’admettre sur le moment. Il s’était aussitôt réfugié derrière un masque d’indifférence, mais ce masque ne pouvait tromper ni ses amis, ni son maître. Il ne servait cependant à rien de se mentir : Haita n’avait, à aucun moment, réellement essayé de tuer Urasa. Et l’inverse était également vrai. Kaeko était en danger à côté de lui, et pourtant, il continuait à jouer avec son maître, comme un enfant avec son père. Il s’en était terriblement voulu, parce que cela n’avait pas échappé à Kaeko bien sûr. Elle avait vu sa faiblesse et la dangerosité de cette faiblesse, elle l’avait subie. Une hésitation de Haita Neko, et c’était plusieurs vies jetées sur la balance. Mais malgré son amour pour sa fiancée, malgré l’importance que revêtait sa mission à ses yeux, il ne pouvait se convaincre de frapper fort et d’en finir. C’était ce qui l’effrayait véritablement ce soir, bien plus que la puissance d’Urasa ; sa propre impuissance. S’il hésitait, l’un d’entre eux pouvait bel et bien mourir. L’Immortel survivrait, parce que ce n’était pas lui qu’on voulait blesser. Mais il mettait ses amis en danger.

[Nobuko] – Tu es sombre Haita ce soir. Ne réfléchis pas. Tu ne peux prévoir ce qui se passera, ni même t’y préparer.

Kaeko croisa son regard et acquiesça en silence. Dans ses yeux, il voyait bien qu’elle se rappelait la même chose que lui ; le jour où il ne l’avait pas protégée aussi complètement qu’il le devait, à Konoha. Pourquoi ne lui en voulait-elle pas ? Ce n’était pas une réaction normale. On ne pouvait pas être résigné quand la personne que l’on aime a failli à son devoir de protection. On ne peut pas lui trouver d’excuses. Elle se disait sans doute, et elle avait raison, que c’était une grande fille, capable de se protéger toute seule. Qu’elle n’avait aucun droit de peser davantage sur les épaules de son homme. Mais si sa propre fiancée craignait de peser sur ses épaules, qui en avait le droit ? Personne ne s’en souciait et personne n’avait à s’en soucier. Urasa n’hésitera pas un instant à appuyer là où ça fait mal, à lui faire sentir la nécessité de choisir. Il le lui répétait souvent quand il était plus jeune. Tu ne peux pas tout faire Haita, il faut que tu choisisses. Tu préfères étudier les poisons ou les pilules ? Tu préfères t’entraîner le matin ou le soir ? Tu préfères me sauver moi, vieille raclure qui a trop vécu, ou la femme que tu aimes et avec laquelle tu as un avenir ? Choisis Haita, choisis sinon je choisirai pour toi et tu n’aimeras pas ma réponse, quelle qu’elle soit.

[Haita] – Ce sera peut-être notre dernière mission ensemble. Vous le saviez à partir du moment où on a commencé à traquer Urasa, dès la constitution des Immortels. Mais cet homme est plus fort que moi. Est-ce qu’il est plus fort que nous, c’est la question à laquelle nous allons devoir répondre. Je veux que vous sachiez que je ferai tout mon possible pour nous protéger. Et que même si, pour une raison ou une autre, je donne l’impression de ne pas donner mon maximum, ce sera parce que je l’aurais déjà atteint et qu’il était plus modeste que nous le pensions.

Un court silence accueillit ses paroles, un silence que Tadashi fut le premier à rompre.

[Tadashi] – Nous avons accompli ensemble plus de missions mortelles que toutes les équipes shinobi au monde. Nous aurions dû mourir il y a longtemps, que ce soit par nos erreurs ou par la force de nos ennemis. Mais tu étais là pour porter l’équipe et pour nous faire traverser la mort. Si nous mourrons lors de celle-ci, si tu es incapable de nous retrouver, ce ne sera que le cours des choses. Nous avons bien vécu. Si tu n’avais jamais été le génie que tu es, nous serions peut-être dans des équipes plus commodes. Mais ce n’est pas la vie que nous avons choisi.

Les choix revenaient, comme des monstres tapis sous le plancher. Il y avait beaucoup de choix que Haita n’était pas parvenu à comprendre, notamment quand il s’était intéressé à l’histoire du monde dans lequel il vivait. Il se disait qu’il n’aurait sans doute pas fait pareillement, mais quand il prenait du recul, il voyait bien que le présent était toujours entouré d’un certain brouillard. Dans le présent, il n’y a ni bon ou mauvais choix. Il y a juste des choix, au pluriel. Ce n’était que grâce au passé que l’on pouvait nommer ces choix, savoir s’ils avaient été judicieux ou non. Intégrer les Immortels, une unité d’élite suspectée de ne pouvoir être détruite, représentait un choix. Si on y survivait et qu’une fois l’unité dissoute, on allait s’établir au Pays du Thé pour y fonder une famille, le choix était bon. Si on mourrait dans des circonstances troubles au cours d’une mission, qu’on voyait ses amis se faire anéantir sous ses yeux et sans pouvoir rien n’y faire, le choix était alors mauvais. Ce qui était troublant, c’était de se dire qu’il n’y avait aucune raison, hormis un âge avancé, pour que Kumo dissolve sa meilleure équipe de lui-même. Ce qui revenait à penser que le choix était fondamentalement amené à être mauvais et funeste.

[Kaeko] – Pendant toutes ces années, il n’y a pas eu une fois où on a été sûrs de l’emporter. On n’est jamais partis en mission en se disant que cela allait être facile, qu’il suffisait de d’enclencher Antei et que les choses allaient se faire d’elles-mêmes. On s’est tous obstinés à être les meilleurs et à ne jamais baisser notre garde. C’est toi qui le disait, un couteau est mortel pour tout le monde. C’est cette modestie qui nous a permis d’en arriver là, on ne va certainement pas commencer à la mépriser.

Il se souvenait de l’histoire du couteau. Kaeko s’était coupée en préparant des rouleaux. Une entaille peu profonde, mais il y avait du sang partout. Elle était déçue d’avoir gâché sa préparation, mais Haita lui avait soigné la main et lui avait dit qu’elle avait beau être l’un des meilleurs éléments du village, un simple couteau de cuisine restait aussi bien mortel pour elle que pour lui. Ils n’étaient pas encore fiancés à ce moment. Il n’y pensait pas continuellement, mais la pertinence de ses propres paroles l’avait marqué. Savoir que Kaeko pouvait mourir, même s’il était à ses côtés, était un avertissement constant. Il y a toujours des motivations à la puissance, passées ou présentes. Haita avait rencontré un jour un très vieil homme, qui dégageait un chakra proprement monstrueux. Mais c’était un homme paisible qui n’aspirait qu’à pêcher tranquillement. Dans le passé cependant, il avait dû avoir besoin de cette puissance, pour protéger ou acquérir quelque chose. La puissance est un processus trop exigeant pour courir à perte, tout le monde a ses motivations – parfois triviales au regard du sort du monde. La motivation de Haita n’était pas, comme on le lui prêtait fréquemment, de protéger tous les êtres vivants, ni même de protéger Kumo… ni même de protéger Kaeko… c’était quelque chose de beaucoup plus petit et intime, qui demandait un génie plus important que le sien, un génie qu’il avait pour mission de tuer. Il n’était pas sûr qu’Urasa puisse réellement l’aider, il n’avait pas osé le lui demander et n’oserait probablement jamais.

[Nobuko] – Je serais quand même heureux de mourir en ayant vu où se situait ton maximum exactement. Il y a quelques personnes d’une force exceptionnelle en ce monde, et je crois qu’elles le sont parce qu’elles ont saisi leurs propres insuffisances. J’ai rencontré la femme que l’on appelle Soru Roshouki il y a longtemps de cela. Son style était parfait, mais quand je le lui ai fait remarquer, elle a secoué la tête. Elle m’a dit qu’un style parfait était facile à démonter parce qu’il n’y avait rien de plus limpide que la perfection. Qu’il fallait au contraire chercher le manque, et que si elle n’avait aucunes faiblesses techniques ou créatives, il lui manquait encore beaucoup de potentiel offensif. Et que c’était pour cela qu’elle frappait toujours la première.

[Haita] – Tu as parlé à Soru Roshouki ?

[Nobuko] – Je n’étais pas shinobi à l’époque.

Il avait fallu un peu de temps pour fonder les Immortels, et Nobuko avait été le dernier membre à les rejoindre. Il apportait tout ce dont ils avaient besoin, de l’impact, de la vitesse et de l’expérience. Pas seulement de l’expérience des combats, facile à acquérir quand on est souvent exposés à des situations de danger, mais l’expérience de la vie. Il est toujours difficile d’échapper aux préjugés quand on n’est pas préparé. Nobuko avait beaucoup vécu en peu de temps et il leur avait apporté tout cela. Sans lui, les Immortels auraient peut-être été amenés à considérer Soru Roshouki comme une ennemie fondamentale, simplement parce qu’elle les aurait tué si elle les avait rencontré. Mais grâce à lui, ils voyaient au-delà, il voyait la vie de Soru, les choix qu’elle avait fait ou qu’on l’avait obligé à faire, les raisons de sa force. Trouve les motivations de tes ennemis et de tes amis, Haita, et tu seras un roi clairvoyant. La voix d’Urasa grinçait à ses oreilles.

[Haita] – C’est une chose étonnante, la puissance. Les villages shinobi fonctionnent entièrement sur son principe. Ils donnent de la puissance et parfois, certains s’y montrent très sensibles. Ils gagnent en force, tant et tant qu’ils deviennent des héros. Mais la puissance éclaire la vue, elle donne de la perspective. Ce n’est pas de l’ambition, mais c’est que par un fait du hasard, on entre en résonance avec les autres personnes qui partagent notre fardeau. On se surprend à comprendre nos ennemis, à sympathiser avec leur idéal. On devient égaux, à un niveau qui dépasse les considérations politiques. On ne peut jamais savoir ce que donnera ce sentiment. Est-ce qu’il retiendra notre bras ? Est-ce qu’on frappera plus fort encore ? On ne peut plus raisonner comme un simple exécutant.

[Kaeko] – Tu auras été beaucoup de choses Hai, mais jamais un simple exécutant. Quelle que soit la forme que prendra ce sentiment, aujourd’hui et à l’avenir, nous l’accepterons et nous te suivrons.

MessageSujet: Re: [SR] - Les Monstres Magnifiques    Lun 2 Mai - 15:12

Les doigts de Haita couraient sur la surface lisse de la pierre. La porte du complexe était verrouillée et le temps n’avait semble-t-il rien arrangé. Il devait exister un autre accès praticable, mais il leur faudrait des jours pour le trouver, vraisemblablement, et Haita sentait que c’était par ici qu’ils devaient rentrer. Urasa leur soufflait le chemin. Quelqu’un qui le connaîtrait moins bien que Haita, ou quelqu’un qui n’aurait pas confiance en lui, le croirait fou de suivre ainsi la carte tracée par un ennemi déclaré. Mais la réalité prend souvent des nuances qui en font ressortir toute l’étrangeté et il ne servait à rien de lutter contre. L’Immortel essaya d’injecter un peu de son chakra, dans l’hypothèse où la porte naturelle était programmée pour reconnaître son empreinte, mais il ne se passa rien. Après avoir parcouru toute l’étendue de l’accès, Haita devinait que ce n’était ni une question de pression, ni une question de force. La porte ne devait répondre qu’à un unique mécanisme, elle semblait grossière mais pas dénuée de génie dans sa conception.

[Haita] – Je suis Haita Neko. Je sais que vous m’attendez, Urasa. Laissez-moi passer.

La porte ne répondait pas davantage au son de sa voix. Haita consulta d’un coup d’œil ses équipiers.

[Kaeko] – Ton sang peut-être ?

[Haita] – C’est trop simple. Urasa ne voudrait pas voir mon sang versé. C’est le problème entre nous. Il ne veut pas me voir affaibli… pas sans me laisser le choix.

[Nobuko] – Qu’est-ce qu’Urasa attend de toi ? Quelle est votre histoire à tous les deux ? C’est ce qu’il veut que tu trouves.

Haita baissa la tête. L’air ne passait pas sous la porte. Quand le virus s’était déclaré, cela avait dû être un massacre sans nom dans le complexe, à moins qu’il n’ait été équipé en prévision. Mais même Urasa ne devait pas s’attendre à une telle virulence. Haita n’avait jamais compris comment il en avait réchappé, s’il s’était trouvé sur place. Ce que voulait Urasa… il le lui avait dit mot pour mot, quelques semaines à peine avant son départ.

[Haita] – Il veut que je devienne le meilleur. Que je révolutionne la médecine. Notre relation, il la conçoit comme une lutte entre nos génies. Pour que l’un des deux prenne un ascendant définitif, il faut que l’autre disparaisse. Nous n’avons pas de semblable, nous sommes les deux dragons au sommet de la montagne. C’est ce qu’il disait. Il voudrait que je marque le monde autant qu’il l’a marqué lui-même, si ce n’est plus. Mais je ne vois pas où cela peut nous mener.

[Kaeko] – Tu as déjà marqué le monde de ton empreinte… je crois que la porte veut que tu lui montres tes pouvoirs.

Haita comprit aussitôt où elle voulait en venir, mais il n’allait certainement pas la suivre aussi docilement. Pourtant, il voyait à travers toute la logique claire et mécanique d’Urasa. Les leçons commençaient maintenant.

[Haita] – N’y pense même pas. Antei est activé, tu n’arriveras pas à te faire du mal.

[Kaeko] – C’est ce que veut la porte. Tu pourras nous ramener facilement. Ce n’est pas la première fois. Sans doute pas la dernière. Fais-le et n’en parlons plus.

Elle disait vrai, mais Urasa avait sans doute prévu une autre solution. Il disait souvent que les shinobi n’étaient pas faits pour être des héros, que cela faussait leur jugement, les obligeait à faire des choses stupides. Tuer l’un de ses équipiers pour le ressusciter, simplement parce qu’il en avait le pouvoir, était quelque chose de stupide. La porte s’ouvrirait certainement, mais ce serait une petite défaite. Qu’est-ce que je sais faire, se répétait Haita ? Qu’est-ce que j’ai apporté au monde ?

Haita appliqua la paume de sa main contre la surface polie de la pierre et relâcha un sceau. Des motifs complexes se dessinèrent et s’illuminèrent d’une aveuglante lumière blanche, à mesure que le sceau s’imprégnait sur sa surface. La porte gronda et tomba lourdement en arrière, s’ouvrant sur un long couloir qui descendait sous la terre.

[Haita] – Urasa n’aime pas beaucoup les héros.

L’imbécilité glorieuse. C’était sa définition de l’héroïsme. Pour cause, Urasa n’avait jamais été un héros au sens strict du terme, bien qu’il ait souvent contribué à sauver de nombreuses vies. Mais fondamentalement, ce n’était pas son essence. Ces vies sauvées n’étaient que la résultante logique de ses découvertes, le dommage collatéral de son succès. Cela ne lui importait pas tant que ça même si Haita le suspectait d’avoir, à quelques reprises au moins, apprécié d’être au cœur de l’attention. Jamais trop longtemps cependant, comme une gourmandise écœurante.

Tadashi appliqua un sceau dans le couloir, qui fut traversé par une lumière jaune très ténue qui s’évanouie presque aussitôt. Il resta accroupi l’espace d’un instant puis se redressa.

[Tadashi] – Je n’ai perçu aucune âme qui vive.

[Haita] – Il y aura certainement des âmes mortes en ce cas. Souvenez-vous des tactiques de combat contre les Waruizou et les Seibutsu.

Il y a environ six mois, les Immortels étaient tombés sur une note qui affirmait qu’Urasa avait déjà employé par le passé des Seibutsu, des créatures qui ressemblaient aux élémentaires dont parlaient les contes pour enfants, et disposait de Waruizou à son service, des guerriers de pierres et d’acier implacables. Le rapport essayait de montrer à quel point cela prouvait la nature maléfique d’Urasa mais Haita se serait estimé très privilégié si ces créatures étaient les seules qu’ils avaient à craindre. De la même façon, il n’était pas convaincu que le rapport entre l’utilisation de telles techniques et le caractère maléfique d’Urasa soit si évident à établir. Ces techniques étaient, à n’en pas douter, profondément sinistres et imposaient des sacrifices à la mesure de leur puissance. Mais imaginer que seuls les hommes fous et corrompus les utilisaient, c’était de la naïveté qui confinait à la folie. La vérité, c’était que ces techniques étaient trop dangereuses pour être utilisées par n’importe qui et que les plus sages, qui ne sont pas forcément les meilleures âmes au monde, préféraient ne pas s’en approcher. Mais Urasa avait des besoins et ces besoins nécessitaient des moyens à leur mesure.

Non, ce n’était pas les Waruizou et les Seibutsu qui inquiétaient le plus Haita.

Ils descendirent en silence les marches pour arriver à une salle circulaire, à l’atmosphère complètement sèche comme s’ils se trouvaient déjà à des centaines de mètres sous la terre. La poussière recouvrait chacun des meubles, dont certains étaient fracassés à terre avec tout leur contenu éparpillé dans la pièce. Les Immortels avançaient avec précaution, les sens aux aguets, attentifs à tout bruit suspect. Il ne semblait y avoir qu’une seule issue, un long couloir qui n’était plus éclairé. Pourtant, la lumière de cette salle avait subsisté malgré le temps.

[Tadashi] – Personne n’est passé par ici depuis un moment.

Haita acquiesça. Est-ce qu’Urasa les attendrait réellement ici-même ? D’une manière ou d’une autre, il devait être au courant des avancées de l’enquête menée par les Immortels. Peut-être supposait-il simplement que Haita le retrouverait tôt ou tard. Mais peut-être aussi…

[Haita] – Est-ce qu’un piège cesse d’en être un quand on l’a repéré ?

[Kaeko] – Cela dépend de qui survit… le piégeur ou le piégé.

[Haita] – Je crois savoir pourquoi nous allons trouver Urasa ici. Il y a quelque chose qu’il n’a pas pu déplacer. Quelque chose qui accapare toute son attention. Il m’en avait parlé. Depuis tout ce temps, Urasa était quelque part dans ce complexe. Je ne pense pas qu’il y était seul cependant.

Les Immortels se dévisagèrent. Haita leur en avait parlé ; il leur parlait toujours de tout, surtout quand cela concernait le sujet de leur traque. Mais il en avait parlé avec lenteur et précision, comme lorsque l’on rechigne à se remémorer un souvenir douloureux qui ne nous a pourtant jamais totalement quitté. Haita se plaça au centre de la pièce, le regard posé sur le couloir obscur qui semblait les inviter. D’un signe de tête, il indiqua la direction à son équipe. Tadashi croqua une pilule et se positionna en tête de cortège. Il avançait prudemment, trois mètres devant le reste des Immortels. Dans le doute de ce qui les attendait, ils avaient préféré adopter une formation prudente, c’est-à-dire qu’ils ne mettaient pas encore toutes les chances de leur côté. C’était la formation qu’ils utilisaient lorsqu’ils savaient être face à un danger, mais que ce danger ne s’était pas encore manifesté sous aucune forme. Un seul Immortel ingérait la pilule fauve pour voir dans le noir, afin que les autres conservent un organisme sain dans la prévision d’une future absorption plus exigeante. Tout leur modèle de combat était basé sur ces principes simples.

Mais il n’y avait aucun piège à redouter dans ce couloir. La porte s’ouvrit sans mal, quoiqu’en grinçant quelque peu, et ils débouchèrent cette fois-ci dans une vaste salle carrée, qui se séparait en trois branches différentes et encadrée de deux escaliers s’enfonçant plus profondément sous terre. Tadashi leva cependant la main et aussitôt, les Immortels se disposèrent en formation d’attaque. Haita tourna la tête en direction du couloir de gauche et, quelques secondes plus tard, un bruit lourd et répété se répercuta jusqu’à eux.

[Haita] – Waruizou. Economisez vos forces.

Il vérifia instinctivement la viabilité du Antei, mais il semblait improbable que les soldats les poussent jusque-là.

[Tadashi] – A droite aussi.

La bruit se réfléchissait étrangement, de sorte qu’il était difficile d’établir le nombre de leurs ennemis et d’où ils venaient exactement, maintenant que le son s’était considérablement amplifié. Haita jeta un coup d’œil à Kaeko. Elle n’était pas avantagée dans les combats souterrains ; non seulement il lui était impossible d’utiliser la foudre véritable, et par voie de conséquence quelques unes de ses techniques les plus puissantes, mais elle ne pouvait pas même donner la pleine mesure de son potentiel. Il suffisait d’une explosion trop forte, et ils risquaient de faire s’écrouler le complexe sur ses fondations. La jeune femme précéda ses pensées en appliquant la main sur le sol. Un bref éclat de lumière illumina son bras, avant qu’elle ne le retire. Ses doigts s’étaient refermés sur le manche d’un très long katana sur lequel étaient gravés plusieurs signes. Koseisa, le compagnon des heures sombres. Cela faisait plusieurs mois que Kaeko n’en avait plus eu l’usage en combat réel.

Haita releva la tête dès qu’il aperçut le premier mouvement. Une longue lance de pierre, suivie du colosse qui la portait, venaient d’apparaître sur sa gauche. Il avançait mécaniquement, avec une lenteur méthodique, avant d’être rejoint par deux nouvelles créatures d’une taille et d’une matière similaire. Trois Waruizou à gauche et à droite et deux de plus au centre, soit un total de huit. Ils portaient un équipement disparate, mais leur puissance semblait équivalente. Malheureusement, elle était plus élevée que ce qu’il aurait pensé, à en juger par la qualité de leur fabrication.

[Haita] – Ils sont améliorés.

[Kaeko] – Beaucoup ?

[Haita] – Trop pour que l’on s’occupe d’eux pour l’instant. Nobuko, bloque les issues de droite et de gauche.

Nobuko joignit les mains et, aussitôt, une gelée rouge forma une barrière qui épousa la forme des couloirs. Le premier des Waruizou à être apparu s’arrêta devant le mur et sans prévenir, délivra un redoutable coup de lance avec une vitesse surprenante pour son poids. La barrière ne trahit pas la moindre faiblesse. Haita serra le poing et bondit en avant, droit sur la statue restante la plus excentrée. La longue lame noire et recourbée qu’elle portait fila dans sa direction, mais Haita sauta en se ramassant sur lui-même, se détendit avant de toucher le sol et frappa de toute la force de son bras dans le torse du Waruizou. Ce dernier recula d’un bon mètre, bascula sur ses jambes avant, mais reçu un nouveau coup au niveau de la tête, puis un troisième qui lui arracha la moitié du visage.

La lame fendit à nouveau l’air. Haita se baissa pour saisir le poignet de la créature ; la force de cette dernière le projeta à genoux mais il tint bon. La lame se rapprochait des plaques d’armure sur son épaule, quand brusquement la statue fut balancée sur la gauche et s’écrasa à moitié contre le mur. Nobuko recula pour laisser Haita se relever. Ce dernier n’avait toujours pas lâché le poignet du Waruizou, qui tenait par ailleurs toujours debout. Gouwan le fit éclater en plusieurs gros morceaux. Le reste des Immortels avait déjà disposé de l’autre statue.

[Haita] – Tadashi.

L’homme aux muscles noués s’accroupit à nouveau et la même lumière jaune se répandit brièvement dans la salle. Il indiqua du menton le couloir qui leur faisait face.

[Tadashi] – Il y a des sortes de… pulsations en bas. Quelqu’un vit bel et bien ici.

[Haita] – En bas…

Ils étaient parvenus à se procurer une carte des lieux, mais cette carte était ancienne et d’après ce qu’ils savaient, des sections entières s’étaient écroulées sur elles-mêmes ou avaient été rendues impraticables. En jetant un coup d’œil aux escaliers, l’Immortel eut confirmation de ses doutes. Celui qui se trouvait le plus à droite n’existait pratiquement plus, bien que de loin il puisse toujours faire illusion. Il s’était écroulé sur au moins trois-quarts de sa longueur, et rien de ce qui se trouvait en contrebas n’inspirait confiance. La salle était certainement condamnée. Malheureusement, l’autre escalier aboutissait à la même pièce et, s’il était en bien meilleur état, il mourait aux pieds de ruines grises et noires. Néanmoins, Haita savait qu’il existait plusieurs moyens pour descendre. Il y avait d’autres escaliers dans d’autres sections du complexe, même si pour y accéder il faudrait désactiver le sceau de protection. Il y avait toujours le monte-charge, censé se trouver plus loin au nord, mais il serait certainement dangereux de l’utiliser. Cela n’était pas très important, ils n’avaient pas besoin de l’appareil, juste du passage.

[Haita] – On continue tout droit. On pourra emprunter le passage du monte-charge.

Les Immortels se mirent en route, dans le silence immobile du gigantesque laboratoire. Autrefois, plusieurs unités de scientifiques vivaient ici, sous la houlette d’Urasa. Au cours de leurs investigations, ils avaient découvert qu’Urasa les payait lui-même, de sa poche. Il avait toujours été très riche, notamment grâce aux services qu’il rendait au sein du village – des services qui lui avaient valu le soutien de beaucoup de personnalités puissantes et influençables – mais aussi pour des travaux divers. Il avait publié des ouvrages très populaires, encore aujourd’hui malgré sa réputation exécrable. Mais il avait aussi des activités autres, à côté de son rôle de shinobi, des activités extrêmement lucratives pour ce qu’en avait compris Haita à l’époque. Il avait été impliqué dans de nombreuses recherches, financées par des personnes très diverses. Certaines semblaient liées à des organisations, disparues ou non, et plusieurs étaient notamment financées par l’organisation Kakumei. Pourquoi Urasa n’avait-il pas fait affaire avec Kakumei ? Même si Asahi était une organisation puissante et aisée, sa puissance économique était pathétique comparée à celle de Kakumei. Kakumei avait suffisamment d’argent pour racheter l’ensemble des pays, les uns après les autres. Pourquoi n’avait-il pas fait affaire avec eux ? Pourquoi rejoindre une organisation cent fois plus dangereuses, recherchée par toutes les forces de chaque pays ? Kakumei aurait pu lui payer des laboratoires de toute dernière génération, des armées entières pour protéger ses secrets, une tranquillité absolue… c’était ces petits détails, des détails qui n’intéressaient malheureusement personne d’autre que lui, qui empêchaient son bras de s’abattre sur Urasa.

Urasa n’était pas juste un monstre, c’était un monstre magnifique. Cela changeait beaucoup de choses à ses yeux et, à l’heure actuelle, c’était bien ses yeux qui importaient.

MessageSujet: Re: [SR] - Les Monstres Magnifiques    Lun 2 Mai - 15:15

Urasa Yumito

Urasa avait été jeune lui aussi. Il nourrissait de fortes ambitions, car il savait qu’il avait le génie pour les mener à bien. Quand on jette un regard en arrière sur sa vie, il y a souvent un souvenir dont on se rappelle plus volontiers que les autres. Il s’agit parfois d’un souvenir modeste, comme l’odeur de la cuisine familiale ou le goût des lèvres d’un baiser en particulier. Mais Urasa se remémorait toujours un épisode gigantesque, un épisode qui avait bousculé sa vie et qui avait fait de lui l’homme qu’il était. Il aurait pu s’intéresser aux filles, s’attacher à devenir un shinobi exemplaire, convoiter une position politique… Mizukage, daimyo ? Il avait le talent et les capacités pour chacune de ses voies. De ce qu’il en savait, tout pouvait se régler avec du travail. Travail, répétition, rigueur. C’était les trois mots qui fondaient tout son savoir, les trois mots qu’il avait enseigné à son élève. La vérité, c’est que Haita aurait pu très bien devenir un shinobi doué mais sans plus. C’était Urasa qui avait fait de lui un génie. Ce n’est pas tant qu’il en tirait de la fierté ou de la morgue, mais cela lui donnait une satisfaction profonde. Un shinobi prometteur, mal encadré, ne donne généralement rien. Il y a beaucoup de shinobi talentueux, notamment dans leurs jeunes années. Ils apprennent un peu plus vite que les autres, ils savent cloner à quatre ans. C’est beau pour impressionner papa et maman, mais cela ne suffit jamais pour devenir une légende, pour faire avancer le monde. Le péché d’Urasa, c’était le génie. Cela le touchait au plus profond de son âme, à la façon d’une vision émouvante qui nous bouleverse. Il n’y avait rien à faire contre cela.

Il le savait bien, les gens se demandaient sans cesse ce qu’il avait bien pu apprendre à Haita. Leur amour pour le garçon était renforcé quand ils se disaient qu’il devait avoir une force morale sans faille pour avoir résisté aux ondes de méchanceté de ce vieil Urasa. Mais ils se trompent. Urasa avait été un excellent professeur pour Haita. Il l’avait véritablement rendu à son génie véritable. Cela s’expliquait très simplement. Un shinobi prometteur nécessite un cadre strict dans lequel il pourra s’épanouir. Beaucoup de shinobi, malheureusement, sont prompts à jalouser le génie d’un autre et à le gâcher par pur esprit de jalousie. Urasa de son côté n’aimait rien plus que la sensation d’avoir face à lui un homme capable de changer le monde – parce qu’il était lui-même l’un de ces hommes et que cela, même s’il ne se l’avouait pas aussi complètement, le faisait se sentir moins seul. Alors il avait pris grand soin de Haita, il l’avait aidé à devenir un très grand. C’était de confiance qu’il avait besoin. Et même quand Urasa a quitté son village, cette confiance qu’ils éprouvaient l’un pour l’autre n’a pas été ébranlée. Ils se comprenaient, parce qu’Urasa avait transmis ce qu’il avait à transmettre à Haita, parce qu’ils étaient sur le même plan – un plan qu’il est rare d’atteindre.

Et ce qui fondait toute sa vie, c’était la première fois où il avait compris qu’il était amené à devenir l’un de ces hommes. Il avait huit ans. Il se souvenait du soleil qui tapait fort contre les volets de sa chambre minuscule mais douillette comme jamais. Ses parents devaient l’emmener pendant près de trois jours au nord du pays, pour quelques vacances en famille, comme ils le faisaient plusieurs fois au cours de l’année. Les souvenirs de ces vacances étaient rendus flous à cause du temps, mais Urasa se souvient toujours d’une impression indistincte de plaisir. Ce fut lors de la dernière journée qu’il fit l’une des découvertes les plus importantes de son siècle. Alors qu’il se promenait seul dans une partie de la forêt qu’il ne connaissait pas, il découvrit une sorte de ruine recouverte de lierre, de mousse et d’insectes. Urasa grimpa jusqu’au sommet et s’amusa un temps à déloger de leur place des animaux dont il ignorait le nom, pour mieux les observer revenir. Quand il toucha la pierre, il fut surpris de sa tiédeur. Le soleil ne passait pas ici, mais il se dit qu’il avait dû réchauffer la surface en s’y asseyant. Quand il redescendit cependant, il préféra s’assurer de la curieuse sensation ressentie. Et bien que la pierre fût difficile à atteindre, elle était clairement tiède. Urasa descendit et observa la ruine longuement. Elle avait une forme bizarre et rien sur le sol ne laissait penser qu’il en manque des morceaux. Quel bâtiment pouvait être construit en pleine forêt et avait pu donner un tel aspect une fois écroulé ? Peut-être le bâtiment n’est-il pas écroulé, se disait Urasa, peut-être qu’il est fonctionnel. Il entreprit alors de décoller les plantes grimpantes qui avaient dû se lier à la pierre depuis des siècles. Plus il la touchait, plus cette pierre lui paraissait étrange. Cela ne ressemblait en rien au granit qui se formait ailleurs dans la forêt, c’était doux au contraire, bien que d’une extraordinaire dureté. Urasa devait décrocher le lierre à coup de cailloux, mais la pierre n’était pas même égratignée. Il ressentait une excitation qu’il n’avait jamais ressentie de sa vie, quelque chose de puissant qui se substituait aux battements de son cœur et qui l’obligeait à continuer ses efforts. Car à mesure qu’il travaillait, Urasa devinait la forme d’une sculpture, et d’une sculpture humaine. Ce qu’il avait pris pour un large morceau de pierre n’était qu’un bras, un bras disproportionné mais un bras tout de même. Et la sculpture était à moitié enterrée, si bien que la majeure partie du torse et une jambe entière se trouvaient sous la terre. Même la tête n’était visible que très partiellement. Urasa essaya de gratter le sol tout autour, mais c’était épuisant et il fut bientôt si sale qu’on aurait pu le confondre avec le décor. Le jeune garçon se redressa finalement en s’épongeant le front. Le soleil tombait, cela lui avait pris toute la journée pour en arriver là. Demain, il partirait et il lui faudrait attendre des mois avant de revenir.

Mais ce toucher… quand il posait la main sur le bras de la sculpture, Urasa se sentait plus fort, plus déterminé, comme si une volonté supérieure à la sienne, une volonté divine, touchait son âme. Il avait beau être jeune, Urasa savait qu’il venait de découvrir quelque chose de très rare et d’infiniment précieux. Quelque chose qui lui promettait de la puissance, une puissance infinie, et dont il n’abandonnerait le secret pour rien au monde.

Au cours des semaines qui suivirent, Urasa fut ailleurs. Il ne se passait pas une heure sans qu’il ne songe au mystérieux guerrier enseveli. Il y avait réfléchi, c’était forcément un guerrier avec de tels bras, une telle force. Un demi-dieu héroïque encore endormi, qui attendait une âme suffisamment forte pour l’éveiller. Le jeune garçon était mort d’inquiétude à l’idée que quelqu’un d’autre, quelqu’un qui n’avait pas son âme à lui, découvre le guerrier et se l’approprie. S’il était tombé sur lui, d’autres le pouvaient également. Mais il se rassurait en se disant que le guerrier ne s’éveillerait que pour lui. Il le sentait, comme on sent que notre mère nous aime, sans se l’expliquer nécessairement. Ses parents étaient des shinobi, du moins, sa mère l’était. Son père était davantage un scientifique. Il avait reçu une éducation de shinobi, mais ce n’était pas le fond de son travail. Urasa ne savait pas ce qu’il préférait. Il se voyait déjà, comme son père, travailler tard le soir sur des découvertes étonnantes qui le rendraient célèbres. Mais il ne détestait pas non plus l’idée d’accomplir une mission avec brio, d’être reconnus par ses pairs et admirés par les générations les plus jeunes… sans cesse, il se demandait la place du guerrier. Il essayait d’évaluer jusqu’à quel point ce dernier influencerait sa vie. Même s’il avait su dans quoi il s’engageait, Urasa savait qu’il prendrait la même décision.

Ils retournèrent plusieurs fois dans la forêt. Le garçon s’arrangeait pour que ses parents ne se doutent pas de ce qu’il avait découvert. Il essayait de ne pas trop insister pour retourner en vacances, mais c’était dur, cela le dévorait de l’intérieur. Il avait besoin du guerrier. Il voulait lui parler, savoir pourquoi il était là, ce qu’il avait fait par le passé. Une fois déterré cependant, le guerrier restait aussi désespérément immobile qu’auparavant. Ses proportions étaient plus gigantesques encore que ne l’avait imaginé Urasa. Haut de trois, peut-être quatre mètres, aussi large qu’un tronc d’arbre… la structure de sa peau – Urasa ne trouvait pas de meilleur terme – était définitivement différent de la pierre. Les couteaux se cassaient sur lui sans y laisser la moindre marque. La fascination du garçon était si forte qu’il se prit à parler de plus en plus souvent au guerrier. Même si ce dernier ne pouvait pas encore lui répondre, Urasa ne se lassait pas de l’interroger, de lui promettre de le faire revenir à la vie.

Il n’y parvint pas. Il entrait à l’Académie cette même année et ses vacances familiales s’espacèrent, si bien que le garçon s’était persuadé que quelqu’un d’autre lui avait volé le guerrier. Ses années d’études le passionnèrent néanmoins et il y trouva de quoi oublier sa cruelle déception. A douze ans, il profita aussitôt de son tout récent grade de Chuunin pour retourner voir le guerrier endormi. Au cours de toutes ses années, il était fréquemment venu, avec ses parents, mais encore trop peu. Le guerrier était toujours là, beau et immobile, dans l’exacte position où Urasa l’avait quitté huit mois plus tôt. Cette fois-ci cependant, le jeune adolescent s’activa. Il exécuta de nombreux sceaux de protection qu’il avait appris spécialement dans le but de les utiliser auprès du guerrier. Ces sceaux dissimulaient la présence du guerrier à quiconque d’autre que lui. L’un d’entre eux pouvait même, dans une certaine mesure, ignorer la masse de la sculpture, si bien que si par hasard une personne la traversait, à moins que ses sens soient particulièrement aiguisés, elle ne devrait pas remarquer qu’elle marchait dans quelque chose. Mais Urasa ne pouvait s’empêcher d’être inquiet. Maintenant qu’il avait gagné en force et en connaissance, grâce au travail de Kujiro Juutai qui le suivait de près, il parvenait à ressentir physiquement la puissance du guerrier. Sa peau se hérissait à son contact et il percevait sa force jusqu’à dans son chakra. Quelqu’un de semblable à lui serait également sensible à ces manifestations… mais Urasa ne pouvait rien faire de plus pour l’instant. Il aurait certes pu téléporter le guerrier ailleurs, mais pour l’entreposer où ? A Kumo ? Pour que d’autres que lui étudient sa découverte, sans en percevoir tout le miracle ? Certainement pas. Le guerrier était très bien ici pour l’instant. Urasa lui promit de revenir le chercher, il lui dit devoir gagner en force avant d’avoir le droit de l’éveiller enfin.

La vie d’Urasa se poursuivit sans heurt. Rapidement Juunin, avec un contrôle certain sur la section de recherche et de développement de Kumo (la première au monde et la meilleure, à n’en pas douter). Son génie éclatait dans tout le village sans qu’il n’y prête la moindre attention. Seule la recherche motivait son excitation, le plaisir irremplaçable de la découverte. Kujiro commença progressivement à s’éloigner de son élève. Parce qu’il n’avait plus rien à lui apprendre, d’une part, mais aussi parce qu’il en ressentait toute son imminente dangerosité. Urasa n’était pas un homme ambitieux, il refusait toute place administrative qui lui donnait des responsabilités supplémentaires et du temps en moins. Il n’était pas non plus homme de puissance, il n’éprouvait aucun orgueil à pouvoir écraser un adversaire, il s’intéressait seulement au moyen d’y parvenir. Urasa était essentiellement un homme de recherche, motivé par le savoir, et en cela, ses ambitions étaient trop amples pour être mesurées. Urasa commença progressivement à s’étendre dans le monde. Il partageait sa connaissance avec d’autres pour échanger des ressources intellectuelles. Jamais il n’eut l’impression de trahir la confiance de ses pairs. C’étaient ses découvertes. Elles lui appartenaient entièrement, quand bien même les partageait-il avec Kumo. Il ne se sentait lui-même pas d’appartenance particulière, Kumo lui fournissait ce dont il avait besoin, il fournissait Kumo en retour et cela leur suffit pendant longtemps. Mais Urasa n’ignorait pas que ses agissements lui vaudraient d’importants problèmes si jamais les autorités en avaient vent. Est-ce qu’on le tuerait ? Non, il était irremplaçable à ce jour. On le gênerait néanmoins et cela lui paraissait inconcevable, odieux même, après tout ce qu’il avait fait et tout ce qui lui restait à accomplir.

C’est à cette période environ qu’Urasa développa son premier grand complexe d’étude. Il choisit une vallée de Yama no Kuni, à l’abri au creux de hautes montagnes et loin de toute population. Il travaillait sur un tout nouveau concept, une invention dont il n’ignorait pas les dangers et qui devait absolument rester sous son contrôle intégral. Il équipa sa structure des meilleures protections disponibles et il inventa celles qui manquaient. Avec son seul argent, il parvint à créer l’une des meilleures structures Eisei au monde, largement supérieure à celle qui équipait Kumo. Et, enfin, il put transporter ce qui lui avait été refusé pendant si longtemps.

*****

[Urasa] – Haita a découvert le complexe de Yami. Il ne va pas tarder à l’explorer.

Kikuria acquiesça. Il réfléchissait rapidement et s’il y avait une chose qu’Urasa était capable d’admirer chez quelqu’un, c’était certainement sa capacité à prendre les bonnes décisions en un minimum de temps. Pour quelqu’un d’aussi sensible au génie qu’il l’était, Asahi représentait un certain idéal. Les unités d’élite au monde, sans distinction de village, genre ou qualité, qui pointaient le doigt dans la même direction. Il y avait une grande beauté là-dedans, une leçon d’égalité qui, malheureusement, échappait à la plupart des personnes qui posaient leur regard sur eux. Ils étaient nombreux ici à ne pas beaucoup l’apprécier, Soru n’avait jamais porté la main sur lui uniquement parce qu’elle respectait l’importance du groupe, et la nécessité qu’il reste soudé en dépit des dissensions. Kikuria était l’homme de la situation. Est-ce qu’il était plus fort que lui ou que Soru ? Peut-être pas, mais il avait une présence et des ambitions qui leur suffisaient à tous deux. Urasa lui-même devait bien avouer que pour tout mener à terme, il serait trop juste. En partie à cause de son âge avancé, même s’il s’agissait d’un détail qu’il était possible d’atténuer, la fatigue de l’âme était plus difficile à réguler. Ils avaient tous leur rôle à jouer et dans cette partie, il n’y avait pas de figurants.

[Kikuria] – Il serait dommage de devoir le tuer.

[Urasa] – J’ignore ses dispositions à mon égard. Il ne s’est pas bien battu à Konoha. Je le sentais perturbé, il était maladroit. Je pense qu’il peut comprendre. Par lui-même, en rassemblant les informations, en étudiant le problème. Il sait qu’il y a un problème.

[Kikuria] – Il deviendrait très précieux alors.

Urasa sourit pour lui-même. Il était déjà très précieux.

[Urasa] – Je l’attendrais au complexe. J’essaierai de le mettre sur la voie.

[Kikuria] – Cela me semble préférable. Nous sommes en avance sur nos prévisions, nous nous passerons de votre présence pendant la semaine. Ne tuez pas Haita Neko.

[Urasa] – Je n’en avais pas l’intention. Mais il est possible que nous en arrivions là tôt ou tard.

Il y avait de nombreux moyens de contourner l’immortalité. Urasa les connaissait, mais cela faisait longtemps qu’il avait appris à apprécier la différence entre la connaissance et l’application de cette connaissance. Haita n’avait pas le droit de mourir, car cela reviendrait à priver le monde d’un joyau soigneusement poli au cours des ans. Il n’avait pas même encore atteint le zénith de sa force, il serait très mesquin et médiocre de le faucher maintenant, avant même qu’il ait réellement pu prendre ses propres décisions et les porter sur son dos. Urasa secoua la tête en s’éloignant, les bras dans le dos. Beaucoup trop mesquin… malheureusement, la mesquinerie était très répandue.

MessageSujet: Re: [SR] - Les Monstres Magnifiques    Lun 2 Mai - 15:16

Kaeko Hirojin

Les ténèbres intérieures de Haita avaient pendant longtemps été un insolite objet de fascination pour Kaeko. Le plus étonnant, c’était qu’il n’y avait aucune espèce de distinction entre le Haita que tout le monde connaissait, la poutre sur laquelle s’appuyait Kumo de tout son poids, et le Haita qu’elle avait appris à connaître au fil des missions et des sentiments mêlés. C’était une intégrité parfaite, avec ses bons et ses mauvais côtés. La jeune femme ne pouvait s’empêcher de lui en vouloir, mais d’une manière qu’elle voulait de tout son cœur inconsciente, comme une mauvaise habitude dont elle aurait du mal à se débarrasser. Elle l’aimait, lui et ce qu’il représentait, mais il y avait quelque chose de parfois effrayant chez lui. Ce n’était pas une question de puissance, cela n’avait jamais été une question de puissance entre eux. Le talent de Kaeko – et de celui des autres Immortels – avait été éclipsé par celui de Haita, mais c’était parce qu’il surlignait le sien d’une façon extraordinaire, pas parce qu’il lui était inférieur. Pendant longtemps, cela avait été une gêne dans le groupe en partie parce que Haita souhaitait qu’on reconnaisse les efforts de l’équipe dans son intégralité. Mais l’équipe elle-même le vivait sereinement, il faut toujours quelqu’un sur le devant de la scène, pour s’accaparer les feux de projecteurs. La foule s’identifie mieux à une personne qu’à un groupe, c’est pour cela que Kumo paraissait affaibli : un Conclave au lieu d’un Raikage, cela avait du mal à faire autorité. C’était de la politique, principalement.

Non, ce qui était effrayant chez Haita, c’était sa noirceur. Elle contaminait chacune de ses pensées, mais peu de personnes le remarquaient. Les Immortels en étaient conscients, Haita s’était ouvert à eux à ce sujet pour qu’ils puissent en parler à cœur ouvert. Il s’excusait presque de ne pouvoir rien y faire, sa nature était profondément sombre. Mais de tout Kumo, seuls Shigeo et Masaki avaient dû la remarquer nettement. D’autres donnaient l’impression de la saisir, mais ils mettaient toujours cela sur le compte d’une fatigue temporaire. Et temporaire, cette noirceur l’était dans les faits : Haita la cachait avec un talent exceptionnel. Mais autrement, elle l’habitait continuellement. Masaki avait été la première à lui en parler, parce que selon les procédures d’usages dans les hautes sphères d’administrations du village, cela aurait dû valoir à Haita une catégorisation de niveau 3 « potentielle menace ». C’était le troisième niveau d’alerte, sur une échelle de sept. Urasa, de son temps, avait été classé « menace latente », deuxième niveau d’alerte. La menace imminente n’avait jamais été accordée, pas même à Karan qui avait si habilement caché son jeu. Pourtant, le fichier de Haita n’apparaissait nulle part sur cette échelle. L’ironie voulait que ce soit Urasa en personne qui ait mis au point cette échelle, et lui-même qui, au terme d’une étude, avait dû se classifier menace latente. Le barème était très précis, il prenait en compte énormément de paramètres. La noirceur en faisait partie, mais le mot exact échappait à Kaeko. Chez Haita, c’était parfois véritablement terrifiant. Elle était la seule à l’avoir touchée d’aussi près. Il disait l’avoir toujours portée avec lui, quelque chose qui le détachait de la réalité d’une façon dangereuse. Contrairement aux personnes normales, Haita devait faire un effort perpétuel pour se lier, s’intéresser aux choses qui lui échappaient. Cela ressemblait à une pathologie et Kaeko suspectait Haita de travailler à un moyen de la réguler, sans succès jusqu’à présent. Il n’aimait pas du tout aborder ce sujet, mais il ne refusait jamais de lui répondre les rares fois où Kaeko se risquait sur ce terrain. Ce n’était pas de la dépression, car une maladie existante n’aurait vraisemblablement pas échappé à l’Eisei le plus compétent au monde. Quelque chose de profond, qui ne s’attachait pas à un événement en particulier, ni même à un groupe d’événements. Haita disait que certains étaient lumineux, mais que lui était irrévocablement sombre. Il fallait s’y faire. Et Kaeko l’aimait tel qu’il était, elle n’avait jamais songé à le changer pour le rendre meilleur. Ce n’était pas ainsi qu’elle concevait une relation amoureuse.

Mais c’était également cela qui le liait à Urasa. Ils partageaient ce penchant d’une manière sensiblement similaire, sauf que la noirceur d’Urasa était venue sur le tard. C’était le plus commun, avec l’expérience, certaines personnes se refermaient progressivement sur elles-mêmes. Un trait que chaque être peut traverser, qu’il soit shinobi ou non, mais qui prend des tournures différentes selon les personnes. Urasa s’est focalisé intégralement sur l’Eisei, sans se soucier du reste. Cela lui a donné un côté monstrueux dans le monde entier. Haita était hanté par cette question… que diront-ils, s’ils se rendaient compte que moi aussi, je suis un monstre ? Il n’y avait rien de rationnel dans cette peur, Kaeko était parfaitement démunie. Elle avait beau le rassurer, l’aimer, ce n’était jamais que temporaire. Quand Haita sentait qu’elle s’inquiétait trop, il se dissimulait. C’était agaçant, mais il ne pouvait pas faire autrement, comme si sa main avait touché une poêle brûlante. Tous les jours, cependant, Kaeko se faisait du souci pour lui. Sur l’échelle de Yumito, il y avait un point qualifié de point de rupture. Le PR était une valeur de 1 à 100, qui pouvait s’appliquer à n’importe quel individu. Il représentait le moment où l’individu en question risquait de se révéler destructeur, pour lui-même ou son entourage. C’était quelque chose d’absolument fascinant, que d’observer les grands faits historiques au regard de cette valeur. Le PR apparaissait alors brutalement, signifiant que l’individu avait perdu pied dans la réalité et qu’il avait, sans pouvoir faire autrement, ressenti le besoin de détruire. Cette destruction était parfois insidieuse, précisait l’échelle… les individus les plus forts mentalement étaient généralement conduits à cela, car ils se refusaient à abdiquer. Leur volonté était trop importante. Alors, leur destruction se mettait en place doucement. Ils se montraient un peu plus téméraires, un peu moins regardant sur leur santé. Ce n’était rien, vraiment… ils refusaient de prendre une pause souhaitable, ils buvaient leur café brûlant, ils acceptaient d’être dans une situation inconfortable. Un shinobi ne prête pas attention à cela, mais un bon shinobi, si. Il n’y a que les imbéciles qui choisissent de marcher dans la boue quand, pour des risques équivalents, ils peuvent emprunter la route.

Malheureusement, aux yeux de Kaeko, Haita était déjà entré dans cette pente. Masaki s’en était rendue compte. Elle avait bataillé ferme pour que les Immortels ne s’occupent pas de la traque d’Urasa, pour qu’ils ne la finalisent pas. Shigeo était pieds et poings liés : il fallait que ce soit lui. Il fallait que Haita tue Urasa. Politique, politique, politique… il n’avait aucun pouvoir là-dessus. C’était un risque inutile, ils le savaient tous, ils savaient qu’Urasa voulait que ce soit son protégé qui vienne à lui. Pourtant, la jeune femme en était heureuse. Urasa, à sa façon, essayait de sauver Haita. Il y avait une chez lui une volonté de continuer à le préserver, une volonté qui devait échapper à un œil inattentif. Haita lui avait parlé des centaines d’heures de sa relation avec son mentor, comme s’il essayait de voir si c’était normal, s’il n’avait rien à se reprocher. Kaeko y avait vu un amour terrible, l’amour d’un esprit qui se reconnaissait dans un autre. Urasa avait conscience du mal qui rongeait son protégé, un mal auquel il est sujet lui-même, mais Kaeko était certaine qu’il ne le laisserait pas tomber. Il ne fallait pas qu’il l’abandonne maintenant. Pour la dernière fois, Haita avait besoin de lui. Il devait répondre présent.

L’équipe avait achevé sa descente du monte-charge, fracassé au sol. L’ouvrage lui-même était cependant solide, ils n’avaient eu aucune difficulté à atteindre le niveau le plus profond. Pendant qu’ils remontaient le couloir, Kaeko jetait de fréquents coups d’œil à Haita. Il portait son masque, mais la jeune femme devinait les traits de son visage, concentrés et barrés d’une trace résiduelle d’appréhension.

[Haita] – Ne t’en fais pas pour moi. Je vais bien.

Kaeko lâcha dans un souffle.

[Kaeko] – C’est faux…

Haita devait sourire, car il y avait une subtile marque d’amusement dans son ton.

[Haita] – Correct. Mais ton angoisse m’affecte. Elle me déconcentre. Nous n’avons pas fini notre discussion, j’en suis conscient, et j’ai fait mon possible pour l’ajourner, j’en suis également conscient. Pour le moment, nous devons nous…

Il s’était arrêté soudainement et attrapa Kaeko par la tunique. Il l’attira si brutalement dans sa direction que la jeune femme s’écrasa à moitié contre lui, incapable de s’écarter par réflexe à cause de sa poigne.

[Haita] – Il y a du poison dans cette salle.

Haita reniflait. Il desserra légèrement sa prise sur Kaeko mais la maintint à proximité malgré tout. La jeune femme ne pouvait s’empêcher de se demander s’il faisait cela naturellement, parce que sa fonction première était la protection, ou s’il faisait cela parce qu’il tenait à elle spécialement, c’est-à-dire, à titre personnel.

[Haita] – Shuushi ou Shinzou. Ils ont des composants similaires. Une odeur un peu pâteuse, lourde… …plutôt Shinzou.

Il continuait d’humer l’air. Pendant plusieurs longues secondes, il n’ajouta rien.

[Haita] – Il y a autre chose. Il y a forcément autre chose. C’est trop évident. Urasa voulait que je sente cela. Il aurait pu dissimuler l’odeur, retravailler les poisons. Il voulait que je sente...

[Kaeko] – Shuushi, Shinzou, Haita… Arrêt, Coeur… Il veut dire que nous allons mourir.

A travers les fentes de son masque, Haita lui lançait un regard perplexe, et c’était quelque chose de suffisamment rare pour faire sourire Kaeko.

[Haita] – Intéressant… je ne suis pas totalement sûr que ce message soit général cependant, si c’est bien le sens qu’il voulait lui donner…

[Nobuko] – Il t’est adressé à toi. L’arrêt de ton cœur, ce n’est pas forcément la mort, pour un Immortel. Mais c’est une certaine finalité. Ce serait davantage un avertissement.

Haita observait la pièce devant lui, petite et circulaire, avec des reflets d’un vert sombre irréel. Il espérait, Kaeko le sentait résonnait en elle. Il espérait qu’Urasa lui apportera la réponse qu’il était venue chercher, une réponse à laquelle il s’accrochait avec un espoir qu’il avait rarement témoigné.

[Haita] – J’en prends note. Merci de l’interprétation.

Il apposa ses mains sur les dalles froides et une intense lumière blanche éblouit chacun des murs pendant plusieurs secondes. L’instant d’après, l’éclat disparut et Haita reprit sa marche. De salle en salle, Tadashi lançait les mêmes sceaux pour s’assurer des pièges les plus évidents mais force était de constater qu’ils étaient rares. Urasa avait balisé le terrain. Une longue ligne droite, légèrement pentue. Kaeko demanda une pause avant qu’ils ne changent de pièce. Les Immortels se mirent d’accord sur cinq minutes. Aucun d’eux n’ignorait pourquoi Kaeko avait ressenti ce besoin maintenant, et Haita faisait de son mieux pour ne pas montrer de signes d’impatience. Il ne voulait pas avoir cette conversation. Tadashi et Nobuko s’éloignèrent l’air de rien vérifier leur équipement.

[Kaeko] – Je sais que mes angoisses ont pénalisé l’équipe les semaines passées, mais j’aimerais que tu les comprennes, à défaut de les partager.

[Haita] – Je les partage… à défaut de les comprendre. Nous ne pouvons rien y faire dans l’état. Tu as été entraînée à mettre de côté des éléments d’informations. Mets celle-ci de côté. Nous y reviendrons plus tard.

Kaeko savait bien qu’il ne disait pas cela pour la blesser, mais elle se hérissa de tout son corps et lui jeta un regard mauvais.

[Kaeko] – Un élément d’information ? Tu me fais peur, Haita, est-ce que tu es vraiment sûr de savoir ce que cela signifie ? Je ne suis pas rassurée à tes côtés. J’ai peur que tu prennes une décision inconsidérée, que tu n’écrases le travail que nous avons essayé de mettre au point, ensemble, ces dernières années.

Haita ne lui répondit pas. Il gardait le regard fixé sur ce qu’ils pouvaient apercevoir de la pièce suivante, comme s’il espérait y découvrir une réponse qu’il n’avait pas en sa possession. Mais il n’y avait rien que des murs gris et vert et une impression de vide qui faisait écho à la sienne.

[Kaeko] – Ce sont des peurs qui n’ont rien à voir avec les Immortels, mais des peurs que moi, Kaeko, je nourris pour un homme que j’aime, et je suis navrée que cela t’échappe aussi parfaitement.

[Haita] – Tu ne peux pas dire ça.

Il n’y avait pas de colère dans son ton, mais quelque chose qui y ressemblait. Nobuko avait levé la tête de sa minuscule lame.

[Haita] – Tu n’imagines pas un instant – pas un instant – à quel point je me suis détesté de t’avoir autant négligé quand nous avons affronté Urasa et Misa, à Konoha. Pas un instant. Que tu puisses suggérer que je m’intéresse avant tout à tes statistiques plutôt qu’à toi en tant qu’être, Kaeko, c’est une insulte cruelle et inutile. Je ne souhaite pas du tout poursuivre cette conversation, j’aimerais que tu respectes mon souhait.

[Kaeko] – C’est justement parce que tu t’en es voulu que tu me fais peur. Tu es incapable d’admettre et de vivre avec tes erreurs, tu es incapable de voir au-delà, d’envisager une réalité où il resterait en suspens une erreur de Haita Neko. C’est exactement cette volonté de détruire qui s’est enclenchée, Haita, depuis Konoha. Tu cherches à faire amende honorable en faisant plus, toujours plus. On en a discuté, quand je te disais que je ne t’en voulais pas, ce n’était pas les paroles en l’air d’une gamine écervelée pour t’apaiser, c’était sincère. Je t’en ai voulu sur le moment, oui, mais je m’en voulais aussi d’avoir laissé s’échapper Misa, j’étais déçue de notre combat… c’est normal ! il n’y avait aucune agression envers toi, aucune… rancune ou j’en sais rien. Depuis Konoha tu essayes… d’effacer tes manques. J’aimerais que tu acceptes, comme tu l’as accepté par le passé, que nous entrevoyions ces manques, sans gêne et sans honte, comme tu entrevois les nôtres. On est aux portes d’Urasa, nous allons certainement être confrontés à lui. J’ai besoin de savoir que tu ne prendras pas les mauvaises décisions. Je veux que tu combattes le processus de destruction, Haita, et que nous laisses combattre avec toi sur ce terrain aussi.

Haita ne l’avait pas quittée du regard tout au long de son discours, mais son expression restait indéchiffrable. Même le visage dissimulé derrière un masque, le reste de son corps aurait pu indiquer quelque chose. Il ne témoignait aucun des signes extérieurs d’une quelconque tension, mais Kaeko le connaissait trop bien pour ne pas remarquer que c’était précisément dans cette absence totale de réaction que bouillaient toutes ses émotions. Il prit plus d’une minute entière avant de finalement acquiescer très légèrement.

[Haita] – Je ne te ferai pas de promesse que je ne peux pas tenir. Je ferai de mon mieux pour ne pas vous écarter. Il faut que tu sois avec moi à cent pourcents Kaeko. Tu sais que cela me déconcentre quand tu es dérangée, je le ressens en moi. J’ai besoin d’être concentré pour vous garder en vie. J’en conscience de t’en demander beaucoup mais, pour les prochaines heures, ne pense plus à cela et je te promets que je ne prendrais aucune décision qui nous mettrait en danger. Urasa a des réponses à m’apporter. Je suis venu pour ces réponses. Rien d’autre. Je ne suis pas là pour me laisser tuer. Je tiens trop à vous pour agir de la sorte, même inconsciemment et, crois-moi, actuellement, tu es la seule petite abeille à perturber ma concentration.

En prononçant ces mots, il passa ses doigts sous son masque pour toucher la joue de sa fiancée et la lui caresser brièvement.

[Haita] – Juste quelques heures. C’est vrai que j’ai ma nature morte en moi. Mais j’en ai aussi une autre, celle de garder en vie. C’est un équilibre très précaire, car les deux sont en conflit perpétuel. Mais pour l’heure, je suis absolument certain de désirer avant tout vous garder tous en vie, moi y compris, parce que je fais partie de vos vies. Ma nature morte est encore loin d’avoir pris le dessus. Elle progresse vite, c’est vrai, mais elle n’est pas plus vieille que celle de conservation. Je suis serein, j’ai besoin que tu le sois aussi. Tu sais comment je fonctionne. Si l’un de vous ne va pas bien, je le ressens. Je suis lié à vous, et à toi plus intimement encore. Il ne s’agit pas de faire passer l’équipe avant nous, mais pour le moment, c’est la survie de l’équipe qui est en jeu. Pas la nôtre. Notre heure viendra.

Kaeko acquiesça à peine. Haita attendit quelques secondes à ses côtés, puis reprit la tête du groupe en direction de l’autre salle. La jeune femme serra les dents. Elle avait manqué de professionnalisme, elle le savait. Faire passer ses états d’âme avant l’équipe, c’était quelque chose de très grave à ce niveau d’excellence, dans une équipe classique, cela lui aurait valu un rapport cuisant. Mais Nobuko lui serra brièvement l’épaule en l’invitant à passer devant lui. Toutes les questions qui relevaient de l’état de Haita concernaient directement l’équipe, leur couple même concernait l’équipe. Il était vital qu’il remporte ce combat. Tout en marchant, Kaeko repoussa dans un coin de son esprit tout ce qu’elle éprouvait sur le moment et le verrouilla, pour ne laisser que le présent immédiat.

Les Immortels n’étaient pas une équipe classique.

MessageSujet: Re: [SR] - Les Monstres Magnifiques    Lun 2 Mai - 15:16

Nobuko Kanada

Nobuko s’en souvenait avec une précision extrême. L’instant même où il avait posé les yeux sur Haita, il avait su que ce garçon n’était pas seulement amené à faire de grandes choses, mais des choses qui dépassaient les considérations humaines. Le fond de son problème, c’était qu’il avait dépassé ce statut d’humain, il se situait au-delà, quelque part où il n’avait aucun repère, personne pour lui dire quel chemin suivre. Très peu de gens atteignent ce niveau, mais Nobuko était certain que les Fondateurs du Kido en faisaient partie. Il avait toujours été passionné par cet âge, et par ces figures en particuliers. Mais elles étaient quatre pour se soutenir et c’était précisément à l’instant où elles avaient cessé de se soutenir, au moment où ils avaient ramené de l’humanité en eux à travers quelque chose d’aussi sommaire que la mort, que le charme s’était brisé irrémédiablement. Marcher sur le chemin de la divinité, c’est-à-dire un niveau au-dessus de celui d’un être humain, avec quatre proches plutôt que seul changeait beaucoup de choses. Nobuko savait qu’il n’avait pas la force d’emprunter cette route. Ce n’était pas qu’une question de talent, mais également de prédispositions. Si Haita n’était pas tout à fait humain à la base, sans que cela ne soit péjoratif, ce n’était pas le cas de Kaeko ou de Nobuko. Tadashi était à part. Kaeko, comme en témoignait sa réaction, était motivée par son empathie. L’entraînement des shinobi leur apprenait à faire abstraction de cette identification naturelle, afin de limiter l’effet de la pitié sur le rendement d’une mission. Mais c’était un entraînement absurde, comme d’essayer d’interdire à quelqu’un de discerner le rouge du noir. Nobuko n’était pas un shinobi. Pas à l’origine. Cela altérait radicalement sa façon d’envisager le monde.

En terme shinobi, Haita était une réussite éblouissante. Disposer d’une personnalité capable de transcender son état pour un autre, c’est un cas unique dans une même génération. Car une telle personnalité parvient à s’extraire des considérations humaines, s’approche de l’idéal shinobi. Mais cela a toujours été un échec aussi retentissant que les attentes étaient lourdes. L’humanité se rappelle toujours à l’homme sans qu’il n’y puisse rien faire, sans quoi, il est détruit. Nobuko s’inquiétait pour Haita. Parce que Haita semblait pouvoir aller encore très haut, et il finirait par se brûler. Personne ne pouvait aller aussi haut sans tomber. Les Fondateurs avaient échoué, pourtant, ils étaient considérés comme des dieux vivants. Haita risquait de monter très haut, en se coupant de ce qui le reliait aux hommes, ce qui serait l’élément qui causera sa chute. Il suffisait d’un souvenir, qu’il revoit le visage d’un proche, le sourire de Kaeko, pour que toute sa fragile divinité vacille. Kaeko pensait qu’Urasa voulait préserver l’Immortel de cela. C’était une pensée intéressante et pertinente. Urasa était lui-même monté très, très haut, mais il avait vraisemblablement choisi de redescendre, de son plein gré. C’était, du moins, ce qu’indiquaient les rapports recueillis péniblement. Il s’était écarté de l’idéal des shinobi d’une manière très brusque. Kaeko pensait qu’il n’autoriserait jamais son protégé à s’engager dans cette voie si sombre. Haita ne voulait pas devenir un dieu. Mais sa volonté n’avait aucune espèce d’importance. Le combat se situait plus loin.

Il ne devait pas le perdre.

Toute cette quête, cette traque… ce n’était pas Urasa qu’ils cherchaient, mais Haita. Ils voulaient trouver l’homme sous le génie et il fallait aller plus loin. Ils étaient quatre ici à vouloir le sauver, si la thèse de Kaeko était la bonne. Quatre contre un… cinq contre un, même, car Haita lui-même voulait s’extraire de sa situation… et pourtant, Nobuko ne voyait pas comment l’emporter. Tous leurs espoirs reposaient en un vieil homme, dont les intentions demeuraient incertaines. Il y aura peut-être des sacrifices à consentir pour parvenir à ce résultat. Peut-être que les Immortels devaient mourir pour que Haita survive. Mais il devait survivre. Aux yeux de Nobuko, il ne s’agissait pas seulement des ambitions d’un village caché. Il se sentait lié à Kumo, mais comme il l’était à ses parents, d’une manière affranchie et indépendante. Du sort de Haita pouvait dépendre énormément de choses, car au fil des années, Nobuko avait pu observer à quel point les éléments étaient raccrochés entre eux. Urasa était le liant entre certains de ces éléments.

Tadashi leva la main.

Il redressa son corps massif, les yeux clos.

[Tadashi] – Il y a une présence dans cette salle.

Les Immortels demeurèrent attentifs un moment, avant que Haita n’acquiesce finalement.

[Haita] – C’est exact. Ténue et puissante à la fois. Quelque chose de subtil, lié à l’énergie de la terre et de l’eau, des énergies que nous ressentons trop continuellement pour y prêter attention. Seibutsu.

Tadashi frappa ses deux poings l’un contre l’autre et les projeta à terre. Il y eut un léger frisson dans la salle et un peu de terre tomba sur les dalles. Le sol se mit alors à trembler d’une manière inhabituelle. Nobuko jeta un regard au plafond, qui paraissait extrêmement solide et certainement renforcé par des moyens non conventionnels. Néanmoins, la perspective d’affronter des créatures d’une force hors du commun dans un espace aussi fragile ne l’enchantait pas véritablement.

Les créatures apparurent alors. Quatre formes enveloppées de ténèbres, sur lesquelles la lueur verte ambiante créait des effets étonnants. Deux d’entres elles ne semblaient pas avoir une forme définie, elle changeait au gré du mouvement de balancier que générait leur suspension dans les airs. Les deux autres en revanche disposaient d’un corps solide, quand bien même elles paraissaient également flotter. Leurs bras étaient énormes et sombres.

[Haita] – Nobuko, c’est à toi.

Les créatures se jetèrent sur eux avec une vélocité stupéfiante pour leur poids supposés, mais Haita les avait parfaitement avertis du profil des monstres. Les Immortels se dispersèrent dans la salle. Là où se trouvait Tadashi un instant auparavant se dressait l’un des Seibutsu de terre, sa main puissante rétractée. Nobuko appliqua ses mains sur le sol et une lumière fulgurante rouge s’en échappa.

Les Seibutsu s’immobilisèrent, tandis qu’une gelée rouge s’écoulait sur eux. Les Immortels se retrouvèrent piégés à leur tour, à l’exception de Tadashi, qui avait totalement disparu et qui devait observer la scène d’un point quelconque. Nobuko ferma les yeux. Les créatures se défendaient bien. C’était étrange, car pour échapper au sceau, il faut davantage une volonté de fer qu’une force exceptionnelle. Mais les Seibutsu échappaient certainement à des règles naturelles, et en réalité, Nobuko dû puiser un peu plus loin dans ses réserves pour ne prendre aucun risque. Heureusement, Haita et Kaeko se tenaient parfaitement tranquilles, comme ils en avaient convenus. Il ne servait à rien de combattre un Seibutsu, avait dit Haita, ces créatures étant créées pour gêner. Entrer dans leur jeu ne faisait qu’épuiser une personne, quelle que soit sa puissance. Mais leur durée de vie était réduite et, si les calculs de Haita étaient exacts…

Les créatures disparurent dans un souffle, étouffé par le sceau. Nobuko relâcha aussitôt la technique et se redressa en faisant craquer son dos. Haita se passa une main sur la nuque.

[Haita] – On dit que la sensation ressentie dépend de celui qui utilise le sceau.

[Nobuko] – C’est vrai. Elle est rarement agréable car quand on utilise la technique, c’est qu’on a envie de tuer.

[Haita] – C’était une impression chaude et ferme. Comment peux-tu moduler ce que nous ressentons nous et ce que ressentaient les Seibutsu ?

Nobuko sourit derrière son masque.

[Nobuko] – Parce que je comprends les nuances et que je les accepte. Il serait assez insultant que je vous traite de la même manière que je traite mes ennemis.

L’Immortel le regardait étrangement.

[Haita] – C’est inhabituel. J’ignorais cela. Je ne pensais pas que l’on pouvait éprouver deux sentiments opposés en même temps.

[Nobuko] – Pourtant, souviens-toi d’il y a dix minutes. Tu étais en colère contre Kaeko et tu l’aimais malgré tout. Ce sont deux sentiments opposés, qui te concernent de trop près pour que tu y prêtes attention. Ils ne se situent pas simplement au même degré de nuance : colère immédiate, amour souterrain.

[Haita] – Ce n’était pas de la colère.

Il y eut un silence incrédule, que Tadashi rompit.

[Tadashi] – C’est vrai. Il y avait de l’indifférence dans ton attitude et de l’amour dans ta voix. C’était une incohérence et une opposition. Tu ne voulais pas qu’on voit ta colère mais nous pouvions difficilement faire l’impasse dessus.

Haita hocha lentement la tête, comme s’il venait d’appréhender une vérité supérieure partagée par seulement quatre personnes au monde. Nobuko secoua la tête tandis qu’ils se remettaient en route.

[Nobuko] – Tu devrais accorder plus de crédit à tes sentiments. Ils t’aideront à voir les nuances, y compris les tiennes. Ce sont les nuances qui te permettront de démêler ce qui doit l’être.

Ils progressèrent en silence durant plusieurs minutes, sans que rien ne vienne les interrompre. A chaque nouvelle salle, ils procédaient aux mêmes vérifications méthodiques, sans qu’elles ne révèlent quoi que ce soit de dangereux. Il devait y avoir autre chose se disait Nobuko. Urasa aurait pu leur opposer une résistance bien plus farouche, il aurait pu transformer chacune de ces salles en forteresse imprenable… et pourtant, ils s’enfonçaient toujours plus profondément sans souffrir la moindre difficulté. Si leur adversaire n’avait pas été Urasa Yumito, Nobuko aurait mis cela sur le compte de l’ignorance ou de la prétention. Mais dans le cas actuel, ce n’était ni l’une ni l’autre, c’était simplement la manifestation de la volonté d’Urasa. Il voulait les rencontrer autant qu’eux mais, par la force des choses, leurs retrouvailles étaient plus compliquées que prévues.

Et enfin ils le trouvèrent.

Urasa se tenait face à eux, au milieu d’une large pièce. Une prison rouge le préservait de la moindre initiative des Immortels. Même maintenant, Nobuko ne ressentait pas sa présence. Ce n’était pas une propriété du sceau de barrière, Nobuko en était convaincu. Il connaissait bien cette barrière pour l’avoir utilisée quelques minutes auparavant contre les Waruizou, il n’y avait aucun moyen de pénétrer sa défense, mais c’était là sa seule capacité. Elle ne pouvait camoufler le chakra. Urasa, compétent en bien des domaines, n’était pas spécialisé dans les sceaux rouge, une information qu’ils tenaient de Haita.

Ce dernier les avait tenus averti de chacune des découvertes de son vieux mentor, lors de la phase préliminaire de constitution du dossier. Urasa avait absorbé une pilule de sa conception, qu’il avait apprise à l’Immortel il y a des années de cela. C’était même l’un des premiers travaux pratiques qui lui fut donné, d’après les dires de Haita. Le vieil homme les dévisageait d’un air impassible, tour à tour, les mains derrière son dos, comme un examinateur sévère. Un fin sourire étira ses lèvres quand il rencontra finalement le regard de son élève. Nobuko se souvenait très clairement de lui. Il y avait de l’intelligence jusque dans ce sourire.

[Urasa] – Haita... Tu as découvert mon ancien repaire. Quoique le terme d’ancien est impropre car, pour être tout à fait honnête avec toi, je l’utilisais toujours.

Le vieil homme inclina la tête. Ils se trouvaient dans une salle très vaste, qui avait une odeur aseptisée. Elle était relativement démunie, hormis d’énormes tuyaux et des caissons indéfinis dans un coin. Le regard de Nobuko resta cependant sur une forme incertaine recouverte d’une énorme bâche. Il frissonna sans essayer de se maîtriser. Même ainsi, on aurait eu du mal à lui mentir sur ce qui se trouvait dessous. Ce n’était pas humain et c’était plus que dangereux. Tadashi avait lui aussi le regard tourné dans cette direction. Ils savaient ce qu’ils avaient à faire. Nobuko n’était pas pressé.

[Urasa] – Je suis heureux de te trouver en bonne santé. Je vois que tes hommes t’aiment. C’est une qualité que j’admire chez toi.

Le regard d’Urasa s’attarda sur Kaeko. Son attention se reporta sur son ancien élève. Le ton de sa voix ne varia pas, mais pour ceux qui le connaissaient suffisamment ou qui y prêtaient l’oreille, on pouvait y entendre percer une très légère inquiétude qu’Urasa, malgré sa grande expérience, ne parvenait pas à camoufler tout à fait. Sans doute n’essayait-il même pas.

[Urasa] – Comment va Atoseimei, Haita ? Comment se porte l’empreinte de la vie ?

Le jeune homme répondit sans la moindre hésitation. Il avait attendu cette question, toute son attention était tournée vers elle depuis qu’ils s’étaient mis en tête de retrouver l’ancien ponte de Kumo.

[Haita] – Elle empire.

[Urasa] – Est-ce que tu restes le maître ?

C’était une conversation que Haita n’avait jamais souhaité avoir avec eux, Tadashi et Nobuko. Il se contentait de leur dire qu’il avait encore de l’avance et qu’il n’avait pas encore atteint ses limites, mais jamais il n’avait pris la peine d’expliquer le processus réel qui œuvrait en son sein. Nobuko avait bien une idée sur la question, mais il lui paraissait impoli de l’approfondir contre l’avis de Haita. C’était son mal, s’il ne souhaitait le partager avec personne, il en avait le droit le plus absolu. Kaeko avait été avertie cependant, et cela concordait avec ce que Nobuko avait cru comprendre.

[Haita] – Cela m’épuise. Je ne sais plus quoi faire.

Le ton de Haita alerta plus particulièrement Nobuko. Il chuchotait, comme un enfant qui confiait à un nouvel ami qu’il souffrait d’une maladie mortelle et que leur temps ensemble était compté. Il connaissait ce ton, il n’avait rien de rassurant.

[Urasa] – Tu sais que tu n’as pas le droit d’abandonner. Nous affrontons tous nos démons. Les tiens ne sont pas pires que les miens ou que ceux de tes amis. Il faut que tu domines Atoseimei, définitivement. Il n’y a aucun mal sur cette terre qui soit absolu, il n’y a que des nuances et de l’ignorance.

[Haita] – Comment ?

[Urasa] – Tu continues à prendre ce que je t’ai prescrit ?

Haita hocha la tête.

[Urasa] – Il faut que tu te serves de cette base. Que tu la modifies, que tu observes les effets. Ce que je t’ai donné à l’époque était insuffisant, mais l’idée n’était pas mauvaise. Tu devras expérimenter pour trouver ce qui te convient. Je suis sûr que tu y parviendras. Tu as un grand instinct de survie. Somme toute… il serait logique que l’immortel meure terrassé par sa propre puissance.

Il eut un petit sourire mystérieux en prononçant ces derniers mots.

[Haita] – Vous savez les effets que cela a sur moi. J’ai l’impression d’être condamné. Je ne vois pas la sortie.

[Urasa] – Quand tu auras atteint mon âge, tu verras qu’il n’y a pas de sortie. Il y a toujours plus de portes à pousser. Tu t’arrêtes quand tu n’as plus la force. Regarde autour de toi. Tu as des hommes qui te suivent et qui t’aiment. Tu as un avenir avec eux. Ne t’intéresse pas au village, regarde le plan global et la façon dont tu te situes par rapport à lui. Tu n’as aucune raison d’être sombre Haita.

Au cours de leurs expériences ensemble, Nobuko avait eu l’occasion de voir et de toucher la vulnérabilité de Haita. C’était quelque chose qui ne se découvrait que dans l’intimité, que beaucoup de personnes auraient par ailleurs du mal à imaginer, pensant certainement qu’un homme de la qualité de Haita ne saurait s’abaisser à quelque chose d’aussi sommaire que la fragilité. Mais c’était pour cela que les Immortels existaient, car, shinobi ou non, la faiblesse est un trait de caractère de l’homme. Haita était passé par tout un tas de faiblesses différentes, sans que cela ne soit jamais une gêne entre eux. Ils avaient partagé trop de choses pour s’idéaliser les uns les autres, il y avait une grande richesse dans cette relation. Ainsi, quand Haita venait tout juste d’utiliser Fushino, il était naturellement affaibli par la décharge d’énergie déployée. D’autres fois, il s’agissait de faiblesses plus subtiles, insidieuses presque. En cet instant, c’était une vulnérabilité inédite.

[Haita] – Je vais devoir vous tuer. Ils vont me le demander. Il y aura un choix à faire.

[Urasa] – Eh bien tu le feras. Ma mort n’a rien de triste ou de joyeux. La seule chose qui importe, c’est ce que j’ai offert à ce monde pendant que j’étais en vie. La personne qui me tuera… les circonstances… qui s’en soucie ? Pas même moi… alors n’y prête pas attention. Tu dois apprendre à concentrer ton esprit sur ce qui importe vraiment. Ne joue pas au héros. Les héros ne le deviennent qu’une fois morts, ce sont des inutiles. Toi, tu ne peux pas mourir et ça, c’est utile.

Nobuko dévisageait en coin Haita et, depuis qu’ils se connaissaient, il ne l’avait jamais vu ainsi. Le timbre même de sa voix était différent, car pour la première fois l’Immortel parlait à quelqu’un qui en savait plus long que lui, quelqu’un pour qui il éprouvait un infini respect, ce genre de respect qui puisait ses sources dans les passés partagés et dans les possibilités qui restaient encore à exploiter et qui ne le seraient probablement jamais. De la décision de Haita pouvait dépendre beaucoup de choses. Brusquement, Nobuko se tourna vers Urasa qui venait d’esquisser un léger mouvement. L’instant suivant, la grande barrière rouge qui l’entourait s’écroula sur elle-même. Urasa les observait d’un air intéressé et retenu.

[Urasa] – Vous ne savez pas encore où on se trouve. C’est la salle dans laquelle j’ai passé l’essentiel de mon temps de travail ces dernières années. J’y cachais ma plus grande découverte. Ce n’est pas seulement un intérêt scientifique. J’ai découvert cela quand j’étais enfant, et je l’ai aimé avec sincérité. Malheureusement, il est difficile à déplacer. Mais je ne peux me résigner à vous l’abandonner. Tu sais de quoi il s’agit, Haita. Tu le détruirais par précaution. Je ne peux pas te laisser faire cela.

La bâche s’effondra, pour laisser apparaître la créature des cauchemars. Agenouillée, l’œil clos, une masse de chair et d’acier, ou d’une autre matière similaire qui transpirait une puissance sourde, totale, alors même qu’elle était désactivée. Tadashi se tourna insensiblement en direction de la créature, tandis que le chakra de Haita se répandait lentement dans la pièce à mesure qu’il se préparait pour le combat.

[Urasa] – C’est Yuuhi, mon Senken. Vous vous rencontrez enfin.

Urasa serra le poing et son chakra explosa brièvement avant de disparaître tout à fait. Nobuko se tendit ; il savait où était allé ce chakra et c’était mauvais signe. L’œil unique de la créature trembla et s’éclaira d’une vive lumière rouge. Lentement, les muscles du Senken se mirent à rouler tandis qu’il s’agitait. Son œil passa sur les différentes personnes de la pièce et s’arrêtèrent un long moment sur Urasa. Yuuhi se redressa de toute sa taille, abandonnant définitivement la bâche à ses pieds qui s’y écrasa pesamment.

[Urasa] – Vous ne pourrez pas gagner ce combat. Il va falloir que tu fasses des choix, Haita, et tous les choix importants sont douloureux.

[Haita] – J’ai d’autres questions.

Haita observait du coin de l’œil le Senken, dressé au milieu de la salle, dont l’aura de puissance lui grattait la peau d’une façon désagréable.

[Haita] – Il n’y aura pas de choix avant ces réponses.

Il hocha la tête sèchement.

[Haita] – Occupez-vous du Senken.

MessageSujet: Re: [SR] - Les Monstres Magnifiques    Lun 2 Mai - 15:17

Tadashi Shoten

[Tadashi] – Tu as un chakra d’une très rare qualité, mon garçon.

Haita fit disparaître la lueur verte qui dansait au bout de ses doigts. L’adolescent observait Tadashi avec une grande intensité et le plus complet sérieux. Ils étaient assis ensemble à l’ombre d’un arbre dénudé d’automne, à l’abri des rayons maladifs d’un soleil matinal. Il faisait encore très frais, mais cela ne semblait les déranger ni l’un ni l’autre, accaparés par leur conversation.

[Haita] – Comment voit-on la qualité d’un chakra ?

[Tadashi] – Dans la façon dont on l’utilise. Il y a une différence entre savoir tracer un trait et savoir dessiner. Les arts shinobi sont globalement rudimentaires, ils peuvent être assimilés aisément. Mais certains shinobi savent dessiner. Ils sont rares mais je ne crois pas me tromper en disant que tu en fais partie.

L’adolescent acquiesça solennellement. Il aimait ces conversations avec Tadashi. Urasa lui disait qu’il fallait qu’il imprime et exprime à la manière d’une éponge, qu’il sait capable de recevoir et de donner dans des proportions équivalentes. Mais ses rapports avec Tadashi allaient au-delà de la notion d’apprentissage. Il avait l’impression que le Chuunin le préservait, lui donnait des clefs pour parfaire son évolution au rythme qui était le sien. C’était quelque chose de très précieux. Haita avait été surpris de voir que les gens interagissaient différemment avec lui, depuis qu’il avait sauvé la vie au shinobi des portes du village et qu’il était devenu l’élève d’Urasa. Dans sa conception, tout cela participait à un même mouvement, mais il se rendait bien compte que ce n’était pas une impression partagée par tout le monde. Tadashi semblait la partager avec lui, cependant.

Après une demi-minute de réflexion, l’adolescent poursuivit.

[Haita] – Et de quelle qualité est ton chakra ?

Le regard de Tadashi était perdu dans les herbes. Il ne voyait ni les pousses que le vent froissait ni la feuille qui dansait pour lui. Il répondit dans un murmure à peine audible.

[Tadashi] – Une qualité exceptionnelle.

***

La créature devait faire près de quatre mètres de haut.

Son regard pourpre était posé sur ce qu’elle avait déjà dû identifier comme ses ennemis. Mais, hormis son mouvement initial, elle semblait peu désireuse de déplacer à nouveau sa masse prodigieuse. Tadashi jeta un coup d’œil rapide à Nobuko, mais l’homme précéda sa pensée.

[Nobuko] – Cela ne fonctionnera pas. Il ne dégage pas exactement du chakra. Mais quoi que ce soit, c’est supérieur à ce que je suis capable de produire. Si je cherche à l’immobiliser, il me détruira.

Cette chasse ne se passait pas d’une manière conventionnelle. Ce qui faisait la différence entre un succès et une défaite, entre la survie et la mort à leur niveau, c’était la capacité à prévoir et à devancer. Il n’y avait pas seulement un rapport de force à établir et à respecter. Cela se déroulait à un tout autre niveau, beaucoup plus souterrain. Ils n’avaient pas pu choisir le terrain de l’affrontement, ils n’avaient pas été informés de la résistance qu’il fallait prévoir et ils ne connaissaient pas, même maintenant, les intentions de leurs ennemis. C’était peu pour espérer quoi que ce soit. Kaeko ne pouvait faire montre de sa pleine puissance sous terre, Nobuko était handicapé par la nature de leur adversaire et lui, Tadashi…

[Tadashi] – Yui Akebono a affronté pareille créature.

Nous n’avons pas l’ombre d’une chance, pensa-t-il, mais il ne formula pas sa pensée à voix haute. Ce n’était pas une créature de laquelle ils pouvaient s’occuper, même si Haita combattait à leurs côtés. Pas dans ces conditions. Le Senken attaqua avec une soudaineté qui manqua les laisser sur le carreau, son bras fracassant les dalles où Nobuko se tenait. Les Immortels se mirent aussitôt en formation de combat, mais leur ennemi était par trop inhabituel par rapport à leurs standards, cela les déstabilisait et ralentissait l’exécution de leur mécanique. Nobuko et Kaeko avaient sortis tous deux leurs lames. Le Senken choisit de poursuivre la jeune femme, qui reculait de bond en bond, dépassée par la rapidité de la créature.

[Nobuko] – MENEKI !

Un halo rouge enveloppa Kaeko l’espace d’un instant. Tadashi comprit le signal et fondit sur le Senken, qui lui présentait son dos chromé musculeux.

[Nobuko] – MUJUNO YAKE !

La poussière suspendue dans la pièce s’immobilisa dans les airs, Tadashi pouvait presque la percevoir tandis qu’il la traversait. La lumière sur Kaeko s’était rallumée et, si le Senken eut une demi-seconde d’arrêt qui permit à la jeune femme de reprendre un peu d’avance dans sa fuite désordonnée, il ignora complètement le sceau de Nobuko et poursuivit sa course. Tadashi grogna ; ils savaient tous que cela n’avait aucune chance de fonctionner, mais la demi-seconde d’hésitation était un acquis précieux. Le Mujuno Yake, qui avait suffit un peu plus tôt, n’avait affecté personne dans la pièce. Seule Kaeko aurait pu y être sensible, ce qui aurait été dramatique en causant sa perte, mais Nobuko était parfaitement conscient de cela et avait appliqué la solution habituelle qu’il avait mise au point. Tadashi préféra charger plutôt que de sauter, car le Senken se déplaçait trop rapidement et de façon difficilement prévisible. L’épaule en avant, son chakra explosant dans l’ensemble de son corps, il se fracassa contre la bête qui fut projetée sur le côté, bien qu’elle ne semblât pas le remarquer tout de suite. Elle percuta le mur, des mottes de terre tombèrent au sol. Tadashi sentit une griffe lui pénétrer la poitrine sans qu’il ne l’ai vue approcher. Le Senken le jeta à terre et reprit sa marche infernale. Le front de Tadashi heurta de plein fouet une dalle et la vue trouble ne lui permettait plus de voir ce qui se passait. Il cracha un peu de sang et se releva presque aussitôt. Le Antei avait absorbé les dommages, mais ce n’était pas agréable pour autant. Kaeko avait été rattrapée, mais le Senken était tenu à distance par un véritable enfer de foudre. Toute la salle était éclairée d’une nappe blanche aveuglante. Kaeko proférait des paroles puissantes, mais inaudibles dans le tumulte qui s’était abattu. Tadashi se téléporta aux côtés de Nobuko.

Yui Akebono, l’un des Quatre Fondateurs, la femme qui était à l’origine de la Caste du Feu, avait combattu un Senken. Il n’était pas appelé ainsi mais, quand Haita leur avait parlé de cette créature, Tadashi avait aussitôt repensé à ce souvenir qu’on lui avait légué. Un monstre dans le sens où il se situait hors de l’humanité, d’une puissance telle qu’il n’était pas concevable de rivaliser. C’était une légende samouraï, à l’origine. Urasa devait en avoir conscience. Cela lui avait peut-être donné l’idée de chercher, Tadashi n’avait aucune idée de l’endroit où le vieil homme avait pu mettre la main sur une telle puissance – et il était choqué de voir qu’il parvenait à la manipuler sans se brûler les doigts. Selon la légende, ces monstres avaient un jour semé la destruction sur leur passage, tuant les samouraïs les plus féroces, massacrant les villages où leurs pas les menaient. Yui Akebono s’était un jour trouvé face à l’une de ces créatures. Elle fit danser sa chaîne autour d’elle avec l’aisance qui était la sienne et la projeta sur le monstre, qui perdit un bras dans sa tentative de se protéger, malgré la résistance qui était la sienne. Le combat qui s’ensuivit dura cependant plus longtemps, tant la créature faisait étalage de sa force. La chaîne de Yui, une arme pourtant d’une qualité inégalée, vit sa pointe se fendiller, tant elle avait percuté sans succès l’armure du Senken. Ce dernier avait alors relâché un champ d’énergie pur, qui heurta Yui de plein fouet. La femme ne mourut pas, cependant, et profita selon la légende de l’intense luminosité pour porter, en aveugle, un coup à la tête que le Senken ne put voir arriver. La tête maudite roula sur plusieurs mètres avant de s’immobiliser tout à fait. Yui essuya le sang qui maculait ses mains, s’approcha du monstre organique et mécanique et prononça une malédiction si puissante que les Senken tombèrent aussitôt dans un sommeil sans rêve, pendant des siècles et des siècles.

Si Yui avait survécu, seule, face à l’un de ses monstres, ce n’était un mystère pour personne. Comme les trois autres Fondateurs, ses pouvoirs se situaient à un niveau à jamais disparu, un niveau qu’ils avaient emporté avec eux. Les gens n’avaient pas tort de parler de dieux en évoquant les Fondateurs, car si leur existence pouvait être prouvée, quelque part, leurs noms étaient entourés des mythes les plus étonnants. Mais il n’y avait pas pareil dieu aujourd’hui, hormis ce monstre de métal qui observait sans bouger Kaeko malgré l’intensité de la foudre.

Le monstre fit un pas en avant.

[Nobuko] – Il va briser l’espace.

[Tadashi] – Kaeko ne doit pas mourir. Haita est vulnérable en ce moment. Il n’aimerait pas voir cela.

[Nobuko] – Compris.

Le monstre fit un autre pas en avant. La foudre lui frappa la plante des pieds mais il l’ignorait.

Tadashi fit claquer ses doigts les uns contre les autres, tandis qu’une forte quantité de chakra coulait dans ses veines. Un éclair bleu les frappa, lui et Kaeko, mais ne disparut pas ; il demeura-là, les liant tous deux par le nombril.

[Nobuko] – Tu peux emprunter le couloir, dès que tu es prêt.

Le monstre fit un troisième pas, le poing levé. Ses doigts s’allongèrent pour prendre la forme d’une longue pointe, de la taille d’une lance à peu près, tandis qu’il l’armait pour frapper. Au moment où elle traversait sans ralentir les torrents de foudre qui la séparait de Kaeko, Tadashi apparut aux côtés de la jeune femme.

[Tadashi] – KIHAIBOUEI !

***

Haita et Tadashi se trouvait sur l’un des vastes promontoires d’une montagne à proximité de Kumo. Celui-ci avait été aménagé avec une barrière de bois coupé à la hache et cloué de façon rudimentaire, mais les deux hommes s’appuyaient dessus avec confiance. C’était l’un des endroits des environs que Tadashi préférait. En hiver, après que la neige soit tombée, on pouvait voir une vaste mer blanche s’étendre à perte de vue, engloutissant dans un même mouvement le fragile petit village qui reposait loin en contrebas. Aujourd’hui cependant, il n’y avait pas la moindre pellicule de neige, tout juste un vent qui soufflait par bourrasques successives. Haita faisait tourner son masque entre ses doigts, l’index dans ce qui représentait son œil droit.

Ce n’était pas très loin d’ici que Tadashi avait rencontré la première fois Haita. Ou, plus exactement, qu’ils avaient discuté ensemble. C’était avant que Haita ne devienne un sujet à la mode, avant qu’on ne voit en lui l’avenir de l’Eisei de Kumo. Bien avant qu’il ne s’incarne en cet immortel inébranlable sur lequel le village ne pouvait que s’appuyer. Mais déjà à cette époque, Haita avait quelque chose que l’on ne pouvait pas manquer, un regard, un air qui aiguisait la curiosité. Il était assis sur la souche d’un arbre abattu depuis longtemps et faisait tourner une feuille entre deux de ses doigts, lui faisant gagner de la vitesse pour mieux ralentir. Tadashi l’avait observé un moment, puis était venu le saluer. Ils avaient partagé un petit moment ensemble, dans la quiétude de ce début de clairière. Tadashi ne devait apprendre que bien plus tard que ce jour-là, Haita avait été profondément troublé par le chakra qu’il émettait.

[Haita] – J’ignore si c’était une bonne idée.

L’Immortel avait le regard posé sur Kumo.

[Haita] – Sur le moment… sur le moment j’ai eu la sensation de faire quelque chose de bien.

[Tadashi] – Vous aviez l’air heureux. Cela faisait longtemps que je n’avais plus vu cette qualité de sourire sur vos visages.

Son regard glissa sur l’anneau que Haita portait désormais au pouce. Il y a deux jours de cela, lui et Kaeko s’étaient finalement fiancés dans l’intimité. Si avant cela, l’Immortel n’en avait jamais parlé, Tadashi imaginait bien les troubles qui l’agitaient à présent. Bien sûr, leur décision ne s’était pas faite sur un coup de tête, Haita devait y réfléchir depuis un moment. C’était difficile à cerner, mais il ne faisait aucun doute aux yeux de Tadashi que cela avait un lien avec ce que l’Immortel continuait à leur taire – même à eux – concernant les techniques qu’il avait conçu et qui lui avaient valu son surnom, sa réputation et sa puissance tellement hors du commun.

[Haita] – Je le suis toujours. Tu sais…

Haita tourna la tête vers lui.

[Haita] – J’ai été très surpris quand je me suis aperçu que j’aimais Kaeko. C’est peut-être idiot comme pensée, mais cela ne m’avait jamais paru évident. Un jour, j’ai seulement su que c’était de l’amour.

Il eut un sourire étrange.

[Haita] – J’aimerais dire que c’est parce que je remarquais son sourire, parce que j’appréciais la couleur rose de ses pommettes quand il neigeait… que j’aimais nos discussions, nos goûts partagés. Mais non. Je l’ai remarqué parce que la qualité du Antei qui nous unissait avait varié. J’ai senti la différence entre notre lien à nous deux, et celui qui m’unissait à toi ou à Nobuko. Cela m’a un peu attristé.

Tadashi haussa les épaules.

[Tadashi] – Tu n’es pas doué avec les filles, ce n’est pas très grave. Tu compenses sans doute par ailleurs.

Le masque d’aigle se remit à tourner entre les doigts de l’Immortel.

[Haita] – C’est vrai. Je connais l’anatomie féminine.

Tadashi éclata d’un grand rire clair.

[Tadashi] – Tu vois, ces fiançailles t’ont fait du bien.

Ce soir, ils devaient quitter le Pays de la Foudre pour celui de l’Eau. Ils avaient prévu de s’y déplacer normalement, c’est-à-dire sans utiliser de moyen instantané, car leur tâche n’était pas une urgence et que cela faisait longtemps maintenant que les Immortels n’avaient plus eu l’occasion d’apprécier le trajet. La piste était déjà froide depuis des années, elle pourrait bien attendre deux jours de plus. Malgré tout, la perspective de partir à nouveau, si tôt arrivé, n’enchantait personne. Ce n’était pas comme s’ils avaient énormément de choses à faire à Kumo, quoi que Haita ait aussi une position au Conclave qu’il devait tenir. Mais leurs retours au village s’apparentaient davantage à des nuits passées à l’auberge, en attendant le bateau qui devait appareiller le lendemain. Avec une mécanique qui tendait à se ressembler un peu trop.

[Haita] – Tu te souviens du jour où nous avons discuté, dans ces forêts ? La première fois.

[Tadashi] – Oui.

[Haita] – Quand tu t’es approché, j’ai été à troublé. Je ne pense pas t’avoir dit pourquoi, même si tu as dû le remarquer alors.

Haita se tourna totalement vers lui cette fois-ci, appuyé à la rambarde sur le flanc.

[Haita] – Tu avais le Kihaibouei sur toi, n’est-ce pas ?

[Tadashi] – En effet.

L’Immortel ne le pressa pas ; ce n’était pas dans ses habitudes. Tadashi se demanda s’il avait réellement envie d’en discuter aujourd’hui. Ce n’était pas un secret, ni un sujet difficile à aborder en aucune façon. Depuis qu’il était arrivé à Kumo, des rumeurs s’étaient déjà montrées. Il ne s’était jamais donné la peine de les infirmer ou de les confirmer et ce n’était pas plus mal ainsi. Mais si Haita souhaitait savoir, il saurait.

[Tadashi] – Je suis un étranger. Il y a six ans, je suis arrivé à Kumo. On m’a proposé de devenir shinobi, je n’en voyais pas l’utilité mais j’ai accepté. On m’a donné le grade de Chuunin alors que je ne connaissais rien des arts les plus basiques. Je n’en avais jamais eu besoin. Je suis Tadashi Shoten. J’ai pour ancêtres Torahime et Kenshiro Shoten. Vous ne les connaissez pas sous ces noms-là. Pour vous, Torahime s’appelle Momoka et Kenshiro n’est qu’un samouraï quelconque.

[Haita] – Les créateurs du Kihaibouei.

[Tadashi] – Oui. Je suis issu de cette lignée. Torahime a créé Kihaibouei, la Marque de Défense, pour protéger son époux des dangers qu’il affrontait. La technique a beaucoup travaillé l’imagination des shinobi. Mais Torahime et Kenshiro ont disparu, et aujourd’hui plus personne ne connait même leurs noms exacts. Si Kihaibouei leur a survécu, rares sont les shinobi à le maîtriser. J’en fais partie, cependant, et je connais deux autres personnes qui en ont la capacité, dont ma sœur.

Tadashi se redressa, le regard posé sur Haita.

[Tadashi] – C’était elle qui, ce jour-là, m’a protégé avec le Kihaibouei. Elle est restée à Kashin, là où nous étions nés. Nos ennemis y étaient plus rares qu’ici. Sur le chemin de retour, j’ai massacré nos poursuivants. La marque ne s’était pas tout à fait dissipée quand je suis revenu et que je cherchais à m’isoler un temps dans les montagnes. Il n’y a rien de plus à en dire.

***

Kaeko eut une première secousse qui la traversa, puis une seconde à l’instant où la lance s’enfonçait de son crâne jusqu’à sa cuisse droite. La jeune femme vacilla, ferma les yeux sous la pression et mit finalement genoux à terre. Le sang, cependant, ne venait pas. Tadashi posa la main sur le bras du Senken et ne la retira pas quand il s’aperçut que ce membre chauffait à une température particulièrement élevée.

[Tadashi] – JE SUIS TADASHI SHOTEN.

Sa voix retentit dans toute la salle, étouffant complètement le tumulte des arcs électriques. Le Senken observait la main posée sur son avant-bras, qui fumait maintenant. Son regard suivit le bras qui la portait et se fixa dans celui de Tadashi. La créature gronda.

[Tadashi] – JE SUIS LE DESCENDANT DE TORAHIME ET KENSHIRO SHOTEN.

Des flammèches sortaient à présent de ses ongles.

[Tadashi] – DISPARAIS !

Des craquelures s’épanouirent très vite sur le bras métallique mais vibrant de vitalité du Senken. La créature comprit immédiatement la nature du danger. Elle attrapa Tadashi par sa main libre, l’autre toujours plongée dans Kaeko, et essaya de le repousser, mais l’homme était inébranlable. La créature tira de toutes ses forces, mais son bras se désagrégeait trop rapidement. Il vola en éclat, brisant le lien qui permettait à Tadashi de contenir la force du Senken, qui n’eut aucune peine alors à le soulever du sol et à lui briser l’échine contre son propre corps. Le lien Antei, que le Kihaibouei avait préservé en sauvant la mise à Kaeko, fut alors brisé. Tadashi recracha le peu de sang qui gisait dans sa bouche. Il percevait Kaeko indistinctement, derrière un brouillard monochrome, qui s’attaquait au monstre féroce. Mais une ombre bleue l’enveloppa et elle disparut tout à fait. Tadashi adressa un remerciement muet à Nobuko, alors que le Senken déversait sur lui un gaz qui ne lui était pas connu mais qui l’empêcha très vite de sentir son souffle dans ses poumons. Sifflant et brisé, Tadashi rampa sous le regard du colosse rouge et se mit sur le dos comme pour mieux voir son ennemi. Il sentait la vie s’échappait de sa poitrine, éclater partout dans son corps comme autant de bulles volatiles. Il essayait de la retenir, même si c’était vain, tandis que le Senken le regardait mourir. Ce qui s’écoulait en lui n’était pas un poison commun, il en avait conscience même si son cerveau commençait à éteindre les lumières. Urasa avait construit une machine de guerre, capable de porter la mort avec les armes dont il l’avait pourvue. C’était une chance que Kaeko ait été ramenée, sans quoi le virus l’aurait peut-être affectée également. Tadashi grogna un son d’outre-tombe. Il lui vint l’idée folle que Haita ne parviendrait pas à le sauver de ce mal-là. Mais tu étais là pour porter l’équipe et pour nous faire traverser la mort. Si nous mourrons lors de celle-ci, si tu es incapable de nous retrouver, ce ne sera que le cours des choses. Ah, je déteste avoir raison, pensa-t-il à grand peine.

Malgré ses yeux clos, il ne put manquer la décharge lumineuse colossale qui engloutit la pièce l’instant suivant, alors que le Senken portait son ultime attaque contre les Immortels. Ce fut, du reste, la dernière chose qu’il perçut.

MessageSujet: Re: [SR] - Les Monstres Magnifiques    Lun 2 Mai - 15:18

Urasa Yumito

Urasa se frotta le front d’un long doigt osseux. Il jeta un coup d’œil derrière lui, rajusta son manteau et s’enfonça dans les bois noirs et resserrés qui s’étendaient face à lui. Il n’était pas pressé. Le Senken le rejoindrait sous peu, et il le renverrait en même temps que lui auprès d’Asahi. Il attendrait encore quelques temps avant de désactiver le sceau de blocage qui préservait encore les galeries, Haita devait être trop occupé actuellement pour créer sa propre barrière. Toute cette terre allait bientôt se rabaisser de quelques niveaux de hauteur. Ce ne sera une gêne pour personne, cela faisait des années que plus aucun être – humain, animal ou végétal, du reste – ne vivait alentour. Urasa claqua la langue, brusquement sombre. Cette base avait été la plus avancée technologiquement pendant des années. Même aujourd’hui, il doutait que beaucoup de structures scientifiques égalent les installations dont il était pourvu alors. Il avait fallu que ce petit enfoiré joue avec des forces qui le dépassaient de loin. Il ne fallait plus penser à tout cela, c’était du passé. Mais des travaux importants avaient été, au mieux, ajournés, au pire, perdus. Urasa avait su, à partir de cette date, qu’il valait mieux travailler seul ou avec un personnel extrêmement réduit. Les grandes structures, quelles qu’elles soient, sont toutes amenées à sombrer un jour et personne n’a envie d’être là pour le voir.

Reparler à Haita après tout ce temps, cela faisait tout de même quelque chose. Le garçon n’avait rien perdu de son éclat, moins emprunté que lors de leur rencontre à Konoha. Urasa sourit à part lui. Il le préférait au naturel, plutôt qu’enfoncé jusqu’aux mollets dans ses bottes de légende de Kumo. Elles ne lui étaient pas inconnues, ces bottes, puisqu’il les lui avait léguées ; agréables aux pieds, mais elles puaient vite le renfermé. Il était plus troublé qu’auparavant, mais Urasa s’y était attendu. Atoseimei progressait, et plus vite qu’il ne l’aurait cru. C’est un problème, lorsque l’on représente un village. Les gens ne comprennent pas pourquoi une personne donnée n’utilise pas toujours ses compétences pour aider telle autre personne. Les choses ne sont jamais aussi claires, il y a toujours beaucoup de nuances qui interviennent. Urasa, cependant, avait foi en Haita pour reprendre la main. Aucun mal n’est absolu, hormis ceux que l’on s’est créés. Il lui faudrait progresser davantage pour trouver la réponse à ses questions, mais Urasa avait la certitude qu’elle se trouvait en lui plutôt qu’en qui que ce soit d’autre. Il aurait beau demander à n’importe qui, fussent les plus éminents spécialistes – et Urasa ne voyait pas plus éminent que lui et Haita, à quelques exceptions près, encore qu’il faille faire preuve de tolérance – il était le seul à pouvoir mener son problème à son point de résolution.

Ces bois étaient à ce point lugubres qu’Urasa se demandait si c’était bien les mêmes qu’il avait arpenté, il y a des années de cela, au moment où son complexe était encore en activité. L’écorce était d’un gris sombre et les arbres eux-mêmes devaient être à peu près aussi vivaces qu’une souche calcinée. Ce spectacle l’agaçait. On avait raconté beaucoup de choses sur cet incident. Les personnes capables d’y déceler l’activité d’un virus de dernière catégorie sont rares. Kumo avait dû finir par faire le rapprochement, grâce à ses Immortels. Urasa imaginait bien le Conclave hocher gravement la tête en se murmurant : ainsi c’est donc là qu’Urasa a perdu le contrôle de ses expériences ? C’était faux, évidemment. D’une part, il ne s’agissait pas d’expériences. Ils n’en étaient plus au stade de l’expérimentation, mais à celui de la production. Il était curieux de voir les militaires réfléchir. Un shinobi, tout au long de sa vie, cherche à maximiser le nombre de victimes qu’il peut faire. En s’entraînant, en apprenant de nouvelles techniques… il sait que sa vie sera mise en jeu tôt ou tard, il augmente ses chances en s’équipant pour le combat. C’est finalement la grande absurdité des guerres shinobi : des guerrier surentraînés de part et d’autre, qui cherchent à tuer le plus d’adversaires possible. Maintenant, si lui, Urasa, venait à disait qu’à lui seul, il pouvait exterminer les deux armées réunie, on ne comprenait plus, brusquement. On se disait qu’il y avait forcément là quelque chose d’inhumain, de monstrueux. Que les combats shinobi sont beaucoup plus loyaux, que chacun à sa chance. Ah vraiment ? Lorsque Kanda Shiuuku rencontre le premier Chuunin venu, ce Chuunin a l’ombre d’une chance ? Intéressant. Le monde des shinobi est un vaste océan de poissons carnivores. Il y en a des gros, et des plus gros encore qui ont toujours faim. Et il y a aussi les forces élémentaires, qui écrasent quiconque se dresse face à elles, quelque soit leur grosseur. Les virus n’étaient que l’une de ces forces élémentaires.

Il n’y avait pas lieu de discuter des heures sur le pourquoi du comment. Il était possible de créer des virus. Cela demandait du travail, de la recherche et des efforts, mais cela demeurait une possibilité strictement humaine. La décision d’utiliser cette force ou non restait également humaine. La création est plus capitale que l’usage, on a besoin de création. Il se souvenait de sa mère qui gardait un vieux vase dans leur maison de Kumo, d’une curieuse couleur rose, le bord quelque peu ébréché et l’une des boucles cassée. Ce vase ne servait à rien. Il n’était pas beau, il n’accueillait jamais de fleurs ni rien, personne ne lui prêtait même attention. Mais il était là, que l’on en ait besoin ou pas. Il n’en demeurait pas moins qu’il lui était insupportable que les dirigeants de Kumo puissent penser qu’il ait commis une erreur, causant la destruction de son complexe – et celle d’une large portion du pays, par le même mouvement. Un homme de son âge n’aurait pas pu vivre assez longtemps en faisant, ne serait-ce qu’une fois, ce genre d’erreur. La seule erreur qu’il ait fait, ce fut de ne pas demeurer jour et nuit dans son complexe, cela aurait certainement évité à ces rats d’y pénétrer, trop effrayés qu’ils étaient de rencontrer Urasa Yumito en chair et en os. Malheureusement, Urasa n’avait jamais obtenu les preuves qu’il souhaitait. Quand il était à Kumo et dirigeait en même temps ses petites affaires, Urasa avait été contacté par un… acheteur. Ce dernier lui proposait de lui financer ses recherches, tant qu’il en aurait la primeur. C’était ridicule. Un étudiant en médecine qui cherchait à gagner de l’argent pour impressionner sa petite amie aurait peut-être accepté ce marchandage absurde. Mais lui, Urasa Yumito ? Vendre son génie au premier médiocre venu, qui s’enorgueillissait d’avoir seulement de l’argent ? Non, non, non. Urasa avait vendu ses recherches à beaucoup de gens, mais jamais ces personnes-là ne s’étaient imaginées posséder quelque chose qu’il ne possédait pas lui-même.

Urasa en était venu à suspecter Kakumei, après plusieurs années. Cela ne s’était pas fait tout de suite, car le nom de l’organisation ne lui était venu aux oreilles que fort tard. Mais cela ne l’étonnait plus, aujourd’hui. Si des gens comme Kanda Shiuuku – qui a ses limites mais qui est un garçon brillant – acceptent de vendre leurs talents à des racailles de cette espèce, alors oui, il était probable qu’ils aient pensé à cette époque que tout le monde pouvait être acheté. Mais il se trouvait que non. L’argent n’était jamais qu’un problème éphémère. S’il persistait, Urasa faisait montre de quelque persuasion – parfois fatale et définitive, mais il était d’un naturel passionné et ne s’attachait pas aux détails. Que quelqu’un puisse s’imaginer l’acheter, lui qui était inestimable à plus d’un titre, alors là, cela lui coupait littéralement le souffle. Urasa se massa la poitrine, encore choqué par ces souvenirs. C’était tout de même répugnant, comme pensée. Personne au monde ne s’imaginait débaucher Haita Neko. Mais par contre, Urasa Yumito, simplement parce qu’il a une conception de la légalité qui lui est propre, alors lui peut-être que… en jouant finement… on pourrait éventuellement… ?

Non. On ne peut pas.

Alors ils avaient tout cassé. Dans leur folie, ils auront peut-être essayé de se procurer les créations sur lesquelles travaillait le complexe, les virus à ce moment. Pas n’importe lesquels qui plus est. Peut-être même auront-ils jugé intelligent de retourner leurs armes contre leurs ennemis, et auront-ils activé de leur plein gré les effets du virus ? Quoi qu’il en soit, un virus avait été activé. La vie déserta très vite le complexe, mais également les environs. Le vent fit son office et frappa à droite à gauche, dévastant une partie du pays. Urasa était à l’étranger quand cela se passa. Il en fut averti de la plus vulgaire des façons, par des rumeurs. Il apprenait inopinément que l’œuvre de sa vie, du moins, une des œuvres de sa vie, venait de partir en fumée. Sa colère avait été immense, il s’en souvenait parfaitement. D’abord, il avait pensé que l’un de ses chercheurs avait fait une erreur stupide. Il lui était impossible de remettre les pieds dans les environs du complexe, le virus était encore en activité et il lui fallut longtemps avant de se décider à revenir sur ces terres maudites. Il lui en avait fallu moins, par contre, pour faire le lien entre la proposition honteuse qu’il avait reçu et sa conséquence. Urasa secoua la tête. Pourquoi Asahi, venait de lui demander Haita. Pourquoi rejoindre une organisation de criminels ? Ah… parce qu’ils ont les yeux en face des trous, voilà pourquoi. Ils ne chassent pas de vaines chimères.

Le Senken était déjà arrivé. Il se dressait de toute sa taille à l’entrée d’un vaste trou qu’il avait certainement foré lui-même. Urasa l’inspecta un moment, marmonnant dans sa barbe. Son alliage à la tête avait résisté aux assauts de Haita, il était également parcouru de quelques blessures bénignes causées par la foudre de Kaeko, mais il lui manquait surtout tout un bras. Cela demanderait des mois de soins pour le remettre en parfait état, mais Urasa ne comptait pas le réutiliser dans l’immédiat. Et puis… Ce Tadashi était décidément un garçon plein de promesses. Le vieil homme l’avait toujours su, bien sûr. Lorsque Haita et lui s’étaient rapprochés, Urasa avait regardé cela attentivement. C’est le destin, avait-il pensé alors, et il ne sert à rien de le combattre. Tadashi n’était pas n’importe qui. Il ne pouvait qu’exercer une forte attraction pour Haita, quand bien même ignorait-il alors qui il était vraiment. Kihaibouei… la très célèbre Marque de Défense, qu’une poignée seulement de personnes sont capables de créer. Une protection absolue, sans la moindre faille, qui s’appuyait sur ce qu’il y avait de plus fort et d’imprévisible chez un individu ; sa volonté. Urasa avait déjà vu le Kihaibouei en activité. Deux fois, trois en comptant aujourd’hui. La première fois en tant que spectateur, la seconde… son adversaire avait cette marque. Les coups mortels qu’il lui portait étaient ignorés. Cet ennemi ne l’avait pas vaincu, mais il était à n’en pas douter invulnérable. Son Senken avait été à ce point abîmé à la suite du combat qu’Urasa avait craint de ne jamais pouvoir le remettre en état. Épuisé, leur ennemi avait fini par quitter le combat. Urasa se souvenait clairement qu’il voyait trouble, tellement son organisme était intoxiqué. Il s’était promis de ne plus jamais poussé aussi loin ses limites, mais ce personnage lui avait tout de même légué un précieux présent. Urasa tapota la cuisse de son Senken, incapable d’atteindre quoi que ce soit d’autre.

[Urasa] – Allez, allez… ce salopard nous a tenu tête, mais nous avons pulvérisé les Immortels ce soir. Tu ne peux pas toujours écraser nos ennemis. Parfois… rarement, il est vrai, parfois ils sont à notre mesure. En route.

Urasa laissa un épais chakra bleu s’exhaler de sa main et le relâche brusquement. Lui et son Senken réapparurent sans le moindre bruit à des milliers de kilomètres de là où ils se trouvaient précédemment, dans les appartements du vieil homme. Le Senken s’immobilisa parfaitement, dans l’exacte position où il se trouvait. Il lui fallait recouvrer ses forces, même s’il n’en avait pas beaucoup perdu. Urasa arpenta la pièce, ouvrit une porte et dévala une volée de marche. Il repensait à Tadashi. Cela lui faisait plaisir de savoir que des gens de la qualité de Tadashi et de Nobuko frayaient avec Haita. Kaeko aussi – qu’il avait connu toute petite – lui permettrait de trouver un équilibre. Une belle équipe, une belle équipe. Expérimentée, appliquée et sérieuse. Urasa la trouvait encore un peu tendre, peut-être, mais c’était certainement parce qu’il était lui-même un vieil osé remâché. Kaeko n’était en outre pas à son avantage, et Nobuko n’occupait pas la position qu’il occupait généralement – lorsque Haita combattait. Si un jour ils devaient l’affronter sérieusement, cela serait certainement une rencontre intéressante. Urasa pariait toutefois sur sa victoire, car quatre hommes, aussi forts soient-ils, lui paraissaient trop peu pour le surpasser dans son élément. Cela n’importait pas, de toute façon, puisqu’Urasa comptait éviter de recroiser leur route pour l’instant.
Arrivé au bas des escaliers, le vieil homme désactiva le sceau rouge qui retenait jusqu’alors les pierres de s’écrouler sur ce qui restait de son complexe. Les Immortels devaient être de retour à Kumo, depuis le temps.

[Urasa] – Souvenirs de vieillard...

Urasa se trouvait dans une sorte de remise tout en longueur, où s’étageait différents ustensiles divers et variés. Son laboratoire se trouvait à cet étage, mais ce n’était pas lui qui l’intéressait aujourd’hui. Il ouvrit une nouvelle porte dérobée, invisible pour celui qui ne sait pas qu’elle est là, et la referma derrière lui. Si on regardait rapidement, on aurait eu l’impression de se trouver face à une arme exceptionnelle. Mais à mesure qu’Urasa se rapprochait, il voyait clairement que ce n’était qu’un fourreau – un fourreau magnifique, mais magnifiquement vide. C’était la seule chose qui lui était resté au combat de cet adversaire qui l’avait, sinon acculé, tenu à distance. Il l’avait gardé de longues années durant avant de comprendre finalement ce qu’il signifiait. On pouvait y distinguer un léger signe, qui ressemblait à une goutte ou à une larme, très discrète sur l’un des côtés du fourreau. Ce n’était pas un hasard. Urasa ramassa précautionneusement le fourreau et le rangea dans une pièce de tissu. Il quitta la pièce et ses appartements.

Alors qu’il remontait un long couloir, il sentit un regard posé sur lui et jeta un œil sur le côté.

[Urasa] – Tu cherches quelque chose, Misa ?

La jeune femme était assise en haut des marches qui menaient à ses appartements. Elle dévisageait Urasa, la tête sur ses genoux.

[Misa] – Rien que tu ne puisses me fournir, vieil homme.

Urasa reprit sa route, le tissu sous le bras. Il entendit la jeune femme se relever.

[Misa] – Les Immortels sont morts ?

[Urasa] – Percevrais-je de la crainte dans le son de ta voix ?

Le vieillard ricana en se retournant. Misa s’était rembrunie, mais elle soutint son regard avec sévérité.

[Urasa] – Non. Si Haita devait mourir un jour, ce ne sera certainement pas moi qui l’aurais tué. Tadashi est peut-être mort, en revanche.

[Misa] – Shoten ?

[Urasa] – Du moins, si l’on n’a pas confiance en Haita. Ce n’est pas mon cas.

Sur quoi, il se détourna sans plus se préoccuper de Misa. Sa puissance ne cessait d’intriguer Urasa. Elle semblait encore mal maîtrisée, allant et venant à sa guise. Misa était encore jeune. Cette fille avait ses propres problèmes, comme un jour Urasa avait eu les siens. Ces problèmes devaient être liés de près ou de loin à Kakumei, autrement elle n’aurait jamais rejoint Asahi spécifiquement. C’était une fille intelligente, elle savait où se diriger même si elle ne connaissait pas toujours le chemin. Urasa ne pouvait nier qu’elle ne l’appréciait pas excessivement, mais on racontait tellement de choses à son sujet qu’Urasa lui-même se détesterait s’il se mettait à croire au quart d’entres elles. Même pour les vérités, elles étaient toujours données du point de vue de la victime – position intéressante mais cruellement insuffisante pour apprécier une situation. Cela importait peu, Urasa était trop vieux maintenant pour se montrer coquet. Il était tout de même curieux de se faire juger par le premier boucher venu.

Il ouvrit une nouvelle porte et Kikuria leva les yeux sur lui.

***

Soru était assise à la fenêtre. Elle était entièrement harnachée, comme à son habitude, son katana posé sur ses genoux. Malgré le casque qui recouvrait la totalité de son visage, Urasa devinait les yeux qui le foudroyaient derrière. Cela le fit sourire largement. Soru était une guerrière, dans tous les sens du terme, avec la force et les limites de cette classe particulière. Noya était plus souple, moins hermétique. Il avait son propre absolu, un absolu guerrier, mais il percevait des choses au-delà. Soru, non. On ne trouvait rien hormis sa terrible volonté, arquée vers une unique cible. Urasa était satisfait de ne pas se trouver à la place de cette cible car, de tout l’Asahi, Soru était la personne qu’il aurait le moins apprécié affronter. Urasa n’ignorait pas que cette femme aurait certainement essayé de l’étriper si elle ne respectait pas la cohésion d’un groupe qu’elle avait rejoint de son plein gré et, quelque part, il était curieux. Soru était sans aucun doute possible un adversaire de la taille de celui qui lui avait légué le fourreau qu’il portait sous le bras, probablement un ou deux crans au-dessus même. Peut-être même que sa haine lui donnerait en outre des arguments supplémentaires à faire valoir. Ce serait un affrontement intéressant à mener, comme beaucoup d’autres, mais Urasa n’avait jamais eu un très fort appétit pour le sang.

S’il savait des choses à son sujet, c’était parce qu’il avait été amené à suivre ses aventures pendant un temps. Soru ne disait rien en règle générale, et rien qui la concernait à plus forte raison. Depuis le décès de Noya, elle passait peu de temps dans leur repaire, mais Urasa savait qu’elle avait été rappelée par Kikuria et qu’elle était arrivée ce matin même. Cela semblait une bonne occasion de faire quelque chose à laquelle il avait souvent songé, sans jamais réellement en avoir l’intention. Mais sa rencontre avec Haita avait peut-être changé quelques petites choses ; non seulement était-il vieux, c’était surtout la dernière guerre qu’il mènerait. Et tant qu’à la porter jusqu’au cœur de leur ennemi, Urasa préférait avoir des alliés dignes de ce nom, dussent-ils retourner leurs armes contre lui après leur victoire.

Le vieil homme ne se donna pas la peine de s’introduire plus avant ; l’agacement de Soru à le voir apparaître à son appartement était un indice suffisant pour écourter leur entrevue à l’essentiel.

[Urasa] – Aoi Kusanagi a créé la Caste qui est la tienne.

Urasa eut un léger mouvement d’épaule. Il s’était penché sérieusement sur le cas des célèbres Fondateurs. Il y avait aujourd’hui des gens pour penser qu’ils n’étaient qu’une légende lointaine, un mythe hérité de temps plus sauvages. Mais Urasa savait que les shinobi étaient les bêtes les plus sauvages qui soient et qu’ils représentaient la civilisation la plus régressive et balbutiante qui soit. Ces mêmes gens pensaient sans doute que les Senken également étaient un fantasme vain. Ce fut au cours de ses recherches sur ces derniers qu’il se rendit compte que les Fondateurs étaient liés à ces créatures, de loin en loin et il lui était venu, un temps, l’envie de chercher de ce côté. Sans succès toutefois, la plupart des samouraïs d’aujourd’hui étaient des personnes fatiguées, abîmées par leur vie de misère et leurs rêves brisés. Il y en avait encore pour surprendre, à l’instar de Soru et de quelques autres. Urasa avait également appris qu’à l’étranger, dans les terres du nord, les samouraïs avaient mieux vécu la perte de leurs Fondateurs, de leurs Castes et de leur ville tutélaire. Il lui avait fallu plus de temps pour combattre pourquoi les samouraïs n’avaient pas tous migrés vers ces contrées. Soru lui avait apporté un élément de réponse ; elle était là pour combattre, parce que cette terre était la sienne et celle de ses ancêtres.

[Urasa] – Tu cherches l’équipement qui a été perdu.

Urasa se souvenait très bien de tous les combats qu’il avait menés. Quand il était enfant, au sein de Kumo, que ce soit pour s’entraîner ou pour se faire juger sur ses aptitudes. Ou bien plus tard, pour le travail ou par ambition personnelle. Il avait appris que pour obtenir quelque chose, il fallait toujours mener un combat, physique ou autre. Si quelqu’un possède un objet dont tu as l’usage et qu’il ne veut te le céder, tue-le, tu en feras meilleur usage. Urasa menait beaucoup de projets à cette époque et si la plupart d’entre eux avaient pu éclore, c’était parce qu’il réussissait à se financer. Grâce à sa maigre paie du village ou aux primes rachitiques des missions qu’il abattait pour le village ? Non, par ses propres moyens. Ce fut ainsi qu’il fut amené à rencontrer la première personne qui l’obligea à utiliser son Senken. Il lui était inconnu, mais on ne pouvait nourrir le moindre doute sur la qualité de l’équipement qu’il portait. Urasa pouvait bien voir que c’était inestimable, mais il imaginait alors que ce n’était qu’un trésor familial. Il paraissait évident que le guerrier était un homme fait, qui respirait la puissance, mais à ce moment-là, Urasa était plus jeune et plus enthousiaste qu’aujourd’hui, il n’avait pas été confronté souvent à l’échec. Quand il frappait, c’était de toute sa puissance et il fallait avouer que peu de personnes pouvaient l’encaisser. Mais cet homme l’encaissa, le combat ne se déroula pas aussi bien qu’il aurait dû. Urasa voyait bien, à mesure qu’il se poursuivait, qu’il était pourtant meilleur que cet homme sur plusieurs niveaux, mais… parfois les choses ne se passent pas comme elles le devraient. L’homme parvint à s’enfuir, Urasa ne prit pas la peine de le poursuivre ; il était plus âgé que lui, beaucoup plus émoussé par ce combat qui avait grandement puisé dans ses réserves et sans ses Shitai et son Senken, c’est lui qui aurait été contraint à la fuite. Cette pitoyable victoire lui avait toutefois apporté quelque chose ; le fourreau de l’arme surpuissante de l’homme, qui avait complètement explosé les différents Shitai et pratiquement détruit le Senken – une chose impensable, la mer déchaînée ne peut être affectée par une pathétique pluie tropicale. Au moment de dégainer son arme, il avait lâché son fourreau, pressé par le Senken et n’avait eu l’occasion de le ramasser au moment de fuir. Sans doute n’y pensait-il même pas, alors, car son état n’était pas réjouissant.

Pourtant, Urasa n’avait jamais revendu le fourreau. Il en avait été incapable – sans compter que peu de gens de ses connaissances auraient eu les moyens de le lui racheter à un prix honnête. Il exerçait une fascination constante, sitôt qu’il posait les yeux dessus. Il ne lui était pas même possible de décrire le fourreau exactement, il s’agissait surtout d’une affaire de sensations et, pour ainsi dire, d’émotions. Il n’y avait pas beaucoup d’équipement qui pouvait faire cela, mais celui-ci en faisait indubitablement partie. Il ignorait comment, après tant d’années, le fourreau avait pu garder une couleur bleue aussi vive et subtile, comment même l’usure légère sur les métaux ne s’était pas davantage étendue. Urasa Yumito, chasseur de mythes.

[Urasa] – Voici le fourreau de son arme dont j’ignore le nom. L’arme était détenue par un homme du nom de Shigurui Sanagi, il y a une quinzaine d’années de cela.

Le vieil homme s’était approché pendant qu’il parlait et avait sorti le fourreau de la pièce de tissu. Soru s’était insensiblement redressé dès qu’elle eut posé les yeux dessus. Elle le reconnaissait, bien sûr, l’intuition d’Urasa n’était pas encore tout à fait rouillée. Il avait appris la description de ce fourreau inopinément, il y a quelques années de cela, au détour d’une vieille légende illisible qui ne devait plus être lue par quiconque aujourd’hui. Il avait pris le temps de la lire et d’en traduire lui-même certains passages trop obscurs, car les Fondateurs l’avaient longtemps passionné. Des hommes qui étaient devenus des dieux – réellement ou dans l’esprit des gens, cela importait peu après tout ce temps – ce n’était pas anodin. Aujourd’hui, il n’irait pas jusqu’à dire que sa passion était intacte, mais il avouait sans honte que les Fondateurs avaient quand même une certaine tenue et une forte aura, difficilement imitable.

Lorsqu’il tendit le fourreau, il crut un instant que Soru ne le prendrait pas. Elle s’en saisit pourtant des deux mains, avec une surprenante douceur. Urasa le lui laissa avec un pincement au cœur. C’était l’un de ses plus beaux trésors. L’abandonner à une chienne qui lui cracherait dessus si elle n’était pas gênée par son casque, c’était fâcheux. Mais quelle chienne, quand même… Le vieil homme se détournait de son petit pas de balancier sans attendre de remerciement quand la voix de Soru, déformée par le casque, retentit dans son dos.

[Soru] – Reisei Muramasa. C’est ainsi que s’appelle l’arme qu’a accueillit ce saya. Shigurui Sanagi est décédé. Une femme du nom de Tael l’a tué il y a longtemps.

Elle est morte aussi, songea Urasa, bien qu’il en ignorât les causes exactes. Il se souvenait par contre en avoir eu vent à plusieurs reprises, lorsque cela s’était passé. Cela avait forcément fait du bruit, car Tael était loin d’être une inconnue, même si elle s’arrangeait pour ne pas faire trop parler d’elle. Qu’elle ait été amenée à posséder un équipement d’exception ne l’étonnait pas outre mesure, on disait d’elle qu’elle avait incarné un temps la guerrière parfaite. Il n’était pas plus surpris d’apprendre qu’elle avait défait celui qui lui avait causé tant de soucis. Shigurui Sanagi… jamais entendu parler, ce devait être l’un de ces samouraïs errants qui voyageaient sur la surface du monde, à la recherche de n’importe quoi.

[Soru] – Pourquoi ?

Sa voix était aussi tranchante et définitive que d’ordinaire. Soru ne se soucierait pas de lui demander comment il en était venu à mettre les mains sur pareil trésor. Elle avait suffisamment de sagesse pour savoir qu’on ne trouvait pas ces reliques dans le creux d’un arbre et que, tout shinobi qu’il fut, la ruse et la lâcheté qu’elle leur attribuait n’aurait pu suffire à s’accaparer ce bien. De la même façon, elle devait estimer qu’Urasa avait fait la seule chose censée en lui rendant quelque chose qui appartenait, de toute évidence, aux samouraïs ; ce sur quoi le vieil homme était assez d’accord. Il n’aurait que faire d’une arme aussi magnifique, une cuillère lui aurait été à peu près aussi utile. Donner cette arme, ou ce fourreau en l’occurrence, à un samouraï anonyme n’aurait pas eu plus de sens. Mais l’offrir à Soru, l’une des rares guerrières encore vivantes capable d’exploiter le plein potentiel d’une telle arme, cela avait une signification très nette dans l’esprit d’Urasa.

[Urasa] – Nous avons de la vermine à exterminer. Les jours de l’organisation des treize sont comptés.

MessageSujet: Re: [SR] - Les Monstres Magnifiques    Lun 2 Mai - 15:19

Haita Neko

[Haita] – Tadashi…

A l’instant où Haita se tourna, il put le voir. Le Senken avait son bras valide tendu en avant. Il tremblait à mesure que la cendre blanche qui le recouvrait gagnait en intensité jusqu’à dissimuler la forme même de la créature. Haita s’approcha d’un pas, tournant le dos à Urasa.

[Haita] – Tu es allé loin Urasa. Je ne peux laisser cette créature relâcher cette attaque.

[Urasa] – Cette créature est plus forte que toi ou moi.

Les Immortels encore debout s’étaient séparés, mais Haita savait que cela serait insuffisant. La portée de cette attaque était suffisante pour raser une ville et pour pulvériser une montagne. Si le rayon ne les tuait pas dans l’instant, l’explosion souterraine du complexe les achèverait à coup sûr. Il n’était pas possible, tout Immortels qu’ils fussent, de survivre une fois instantanément enterrés sous des centaines de milliers de tonnes de gravats.

Haita se téléporta directement au contact du Senken et fracassa son poing contre la tête de ce dernier. Elle bougea à peine, si bien que l’Immortel dut s’y prendre à six fois pour qu’une brèche commence à se créer à ses yeux. Le Senken l’ignorait complètement, jusqu’à ce qu’il relâche son attaque. Haita fut soufflé par la déflagration gigantesque qui s’ensuivit. Ses épaules heurtèrent violemment l’une des colonnes de la pièce, laquelle tremblait tellement qu’elle menaçait de se rompre par le milieu. La lumière avait disparu aussitôt l’attaque relâchée. Les liens Antei étaient brisés, mais Kaeko et Nobuko semblaient vivants ; ses sensations allaient au-delà du seul Antei, en ce qui concernait ses compagnons. Malgré ses yeux grands ouverts, Haita ne voyait pas à plus de deux mètres à cause de l’épaisse couche de fumée et de poussière mêlée qui recouvrait l’aire de combat. L’éboulement et le chaos auquel il s’était attendu ne venaient pas. En se redressant sur ses jambes, il distingua cependant un vaste dôme rougeoyant au-dessus de leur tête. Les milliers de tonnes de gravats reposaient là, prêtes à s’effondrer pour de bon d’un instant à l’autre. A mesure qu’il cheminait lentement, une vague douleur à la jambe, la fumée se dissipait. Haita distinguait Urasa qui observait sa barrière, le nez en l’air. Il souffla tout bas quelques mots.

[Urasa] – Les Immortels sont vaincus.

En arrivant à ses côtés, Haita découvrit ce qui lui avait été masqué jusqu’à présent. La puissance de la consomption ne s’était pas arrêtée à cette pièce, elle avait créée un tunnel si large que la salle semblait avoir simplement doublée, triplée de volume, dans un vaste champ de pierres et de terre mélangées qui s’étendait certainement beaucoup plus loin que ne le laissait deviner l’épais nuage de poussière. Il éprouva la vitalité de Nobuko et de Kaeko. Ils étaient dans un sale état et plusieurs de leurs fonctions vitales étaient affectées, mais ils devaient être parvenus à concevoir quelque défense face à cette décharge d’énergie pure. Tadashi, en revanche, demeurait muet ; et il y avait quelque chose d’inquiétant dans ce qu’il relevait que l’Immortel ne parvenait à déterminer pour l’instant.

Il y eu un léger cliquetis dans son dos, mais Haita fut trop lent à réagir. La main gigantesque du Senken l’érafla sur toute la largeur du torse, ouvrant complètement sa tunique comme si elle avait été faite de papier, avant de se replier avec une rapidité impossible pour le saisir correctement cette fois-ci. L’Immortel fut projeté contre le seul mur à peu près intact de la salle et le Senken le laissa-là, sans forcer malgré l’immensité du chakra qu’exhalait Haita. Urasa observait la scène en contrebas, les bras derrière le dos, un pli douloureux sur le visage. De tous les êtres humains de la pièce, Urasa était le seul à n’avoir pas sué une goutte depuis le début de la confrontation. Le regard rougeoyant du Senken fixait l’œil sombre de Haita et soudain, il comprit. Cette créature… c’était elle qu’Urasa voulait lui montrer depuis le début. Ce n’était pas seulement pour lui dire qu’il avait désormais atteint ce degré de puissance, il ne s’agissait pas de vantardise, c’était pour lui montrer ce qu’était un dieu du carnage et de la mort, un dieu qui obéissait à la moindre de ses pensées. Le processus de divinisation, c’était cela qu’il pointait du doigt. Haita redécouvrait brusquement les traits du visage du Senken, il éprouvait d’une façon différence la force sereine de ses doigts autour de son torse et il cessa tout à fait de se débattre.

[Urasa] – Nous sommes des montres, Haita. Des monstres magnifiques, mais des monstres quand même. C’est ainsi que les gens nous regardent. Ils ont peur de nous. Il n’y a pas de place dans ce monde pour nous, il faut que nous la gagnions chaque jour. Tu pourras ressentir toi aussi, un jour, l’envie de te rapprocher de gens comme toi, comme je l’ai fait avec Asahi. Mais tu n’es pas de cette trempe-là. Tu es de ceux qui affrontent les situations, aussi détestables soient-elles. Moi je suis un vieux monstre fatigué, motivé par la seule passion et la volonté de créer et de détruire, dans un ample mouvement nécessaire. Mais toi, toi tu es beaucoup plus prometteur, beaucoup moins vain. Tu auras certainement le choix, tu auras la puissance de choisir : rester le monstre que tu es, accepter la transcendance ou redevenir humain. Il n’y a pas de mauvaise décision, chaque choix a sa richesse. Tu la prendras en ton âme et conscience, pour peu qu’il te reste une âme et une conscience.

Haita observait son ancien maître. Courbé par le poids des ans mais encore nourri par une force qui lui venait d’ailleurs. Il n’y avait nul doute dans son esprit ; ce vieillard était sans aucun doute l’atout le plus important d’Asahi dans la guerre qui s’annonçait. Haita ne se faisait pas d’illusions, ce n’était pas parce que les Immortels avaient joué de malchance qu’ils avaient été vaincus aujourd’hui. C’était parce qu’Urasa ne pouvait être vulgairement assassiné, fut-ce par les meilleurs éléments d’un Village Caché des Nuages. Ce vieil homme mourra quand il l’aura décidé et certainement pas avant. Le regard de Haita fut attiré par Tadashi. Il pouvait percevoir le vide en lui pulser faiblement, comme toujours lorsque son chakra cherchait celui d’un proche décédé. Son corps était tellement habitué à toujours sentir cette présence qu’il réagissait à son absence comme à l’amputation d’un membre, avec douleur, vide et inquiétude. A nouveau, les yeux de l’Immortel trouvèrent ceux du vieil homme. Ce n’était pas tant l’idée qu’il puisse tous les tuer dès maintenant qui frappa Haita, c’était la certitude qu’il n’en avait jamais eu l’ombre d’une intention depuis qu’ils s’étaient trouvés ennemis. Il y avait une certaine impression de vertige à prendre conscience de cela de manière aussi irrévocable, à ne plus seulement se nourrir d’une intuition incertaine.

[Urasa] – Maintenant, Haita, je vais te quitter. Ton ami est mort. Tu sais pourquoi tu vas le sauver. Tu sais pourquoi tu dois le sauver. Pas parce que d’autres te regardent. Tes coéquipiers sont inconscients, nous sommes seuls. Pas parce que c’est ta fonction de ramener à la vie les gens. Mais parce que c’est ton ami, que tu es lié à lui par d’autres liens que le Antei que j’ai si facilement brisé. Cherche les réponses à tes questions dans cette direction-là. Créer le mal demande de la science. Trouver le bien… on cherche souvent trop loin, alors que la réponse était simple et sous nos yeux depuis le début. Le bien… faire le bien je veux dire, à soi-même ou à d’autres… c’est une facilité très complexe. Je suis vieux, tu es jeune. Je suis seul, tu as des proches. Nous ne nous ressemblons pas, Haita, nous partageons seulement un statut. Et encore, nos génies ne se ressemblent pas autant que je le pensais lorsque tu étais plus jeune. Ma fierté aura été de n’avoir jamais essayé de ta transformer. Tu es devenu tel que tu voulais devenir. J’aurais eu de la peine si tu avais décidé de négliger ton génie, mais j’aurais accepté, je pense, ta décision. Tu ne l’as pas fait, de nouvelles portes s’ouvrent à toi. Sauve ton ami. Apprécie la raison pour laquelle tu le sauves alors que la vie l’a abandonné. C’est un exercice que je te donne. Tout cela… n’est qu’un exercice de plus pour nous tous. La vraie guerre se prépare, on entend les cors vibrer sur les collines. Et, dans cette guerre-là, la seule qui importe, nous ne sommes pas ennemis, Haita.

Urasa porta un doigt sur la paume de sa main et se volatilisa. Le Senken relâcha sa proie, qui se réceptionna facilement à terre mais ne chercha pas à se relever tout de suite. Avec une lenteur précise, le colosse s’éloigna en direction de l’ouverture que son attaque avait créée bien malgré elle et son pas lourd retentit longtemps dans les galeries. Haita retrouva dans un premier temps Nobuko et Kaeko, tous deux inconscients, et sécurisa leur état à la hâte. Après quoi, il s’approcha du corps sans vie de Tadashi. L’homme reposait dans une position grotesque, son corps presque plié en deux à la manière d’une tige de métal.

[Haita] – Tadashi…

Le chakra de l’Immortel emplit la pièce tandis qu’il apposait ses mains sur la poitrine de son ami. Il avait les yeux fermés et Atoseimei l’observait. Il attendait son heure, comme un chien fidèle, prêt à mordre jusqu’au sang quand l’occasion se présentera. Mais ce n’était pas encore le moment. Haita l’ignora et relâcha son chakra. Il voyagea un moment, remontant le courant de la vie et de la mort à contresens. Il y avait toujours cette sensation effroyable. Des mains griffues qui essayaient de le retenir, qui voyaient bien qu’il n’appartenait pas à cet univers ; les souvenirs de tous ceux qui étaient morts dans les environs, depuis que le premier sang avait été versé, l’image qu’ils avaient laissé derrière eux après leur mort. Il fallait toujours traverser leurs rangs, jamais ils n’abandonnaient. Mais Haita les ignorait eux aussi, guidé par les liens qui l’avaient uni à Tadashi au fil des années. C’était plus commode lorsqu’il fallait secourir une personne aimée, la recherche se faisait d’elle-même, les deux consciences aspiraient à se retrouver. Haita tendit brusquement la main en avant et tira à lui. Mais le bras qu’il avait tiré des ténèbres ne demeura pas à ses côtés, il semblait ramené dans le vide naturellement, absorbé par lui, en dépit des efforts de l’Immortel. Haita prit l’option, dangereuse, de jeter un œil à ce qui se passait parmi les vivants. Maintenir son attention sur deux actions simultanément, à ce degré d’investissement, était délicat ; mais Haita connaissait trop bien ses limites pour savoir qu’il lui restait encore un peu de marge. Quand il tirait Tadashi des ténèbres, le corps de Tadashi recouvrait bien la vie. Mais sitôt le corps ramené en arrière, ce souffle d’un instant disparaissait lui aussi.

Haita quitta son poste d’observation pour raffermir sa prise sur Tadashi dans le monde qui était désormais le sien. La nature de l’exercice d’Urasa se matérialisa rapidement. Les causes de la mort serpentaient jusqu’à lui. La colonne vertébrale était brisée mais c’était bénin, de la médecine simple aurait pu y remédier. Les blessures de Tadashi étaient faibles, par rapport à ce qu’il était capable d’encaisser. La vraie cause se trouvait dans son organisme, une substance que Haita ne parvenait à déterminer mais dont la nature ne pouvait lui échapper. Un virus l’empêchait de se lier complètement à Tadashi, suffisamment pour le faire revenir. Cela pouvait arriver si la personne ressuscitée ne souhaitait pas revenir. Si elle se débattait, Haita n’avait que peu de temps pour écraser toute résistance. Ce n’était cependant jamais une bonne chose à faire, car cela l’aurait épuisé pour plusieurs semaines et la personne ramenée ne le serait pas en intégralité. A cette profondeur, il ne pouvait y avoir de lutte sans de graves conséquences, aussi bien pour Haita que pour le mort. Ce cas de figure ne s’était présenté qu’une fois, toutefois, et ils ne trouvaient pas dans cette configuration aujourd’hui même si le virus en imitait les effets. L’Immortel réfléchissait à toute vitesse, dans cette position inconfortable. Il ne fallait pas essayer de neutraliser le virus. Urasa l’avait dit ; ce n’était pas une question de science ici, il ne s’agissait pas d’une énigme à résoudre, de savoir si Haita serait capable, dans un temps limité et avec de graves conséquences à la clef, de trouver la bonne réponse. C’était plus en-dedans, une solution plus intime. Pourquoi est-ce que je souhaite sauver Tadashi ? Pour la même raison qui m’a poussé à me fiancer à Kaeko, pensa Haita.

[Haita] – Il faut que tu reviennes maintenant Tadashi. Il nous reste des choses à accomplir.

Haita cherchait la faille aussi vite qu’il lui était possible, mais la vie de Tadashi lui échappait à nouveau, elle glissait le long de ses doigts si bien qu’il devait maintenant faire un réel effort pour ne serait-ce que maintenir le lien avec lui. Le chakra étouffait l’atmosphère de la salle et les doigts de l’Immortel tressaillirent. Une seule fois, mais c’était un avertissement et il le ressentit même là où il était. Il y avait une limite à ce qu’il pouvait encaisser et son chakra ne répondait plus que faiblement.

L’espace d’un instant, il ressentit la présence de Tadashi. Haita ne laissa pas passer l’occasion et déchaîna tout ce qu’il avait.

***

[Kaeko] – L’empreinte te… tue ? C’est cela ?

Les lèvres de Haita ne bougèrent pas. Son regard demeurait fixé sur celui de Kaeko, alors qu’il essayait de formuler au mieux ce qu’il était parvenu à déduire. La jeune femme paraissait déjà effrayée, il pouvait le sentir nettement, mais il fallait qu’il lui dise tout. S’ils devaient partager des sentiments, il était juste que Kaeko sache où elle marchait, quels dangers elle aurait à affronter. Ce n’était pas des monstres que l’on pouvait abattre avec un Kirin. Ils étaient tapis dans des ténèbres trop lointaines, ils n’avaient jamais même vu la lumière du jour.

[Haita] – Ce n’est pas une question de mortalité. Je perds en… qualité de sensation. Je perds en goût, je ne vois plus l’intérêt de distinguer les couleurs, les odeurs… les gens. Je ne ferais plus la différence entre le plaisir, la joie, le bonheur. Urasa… Urasa appelait cela un processus de divinisation. Il disait qu’à force de manipuler une force qui me dépassait, une force au-delà de l’humain, mon cerveau et mon organisme en étaient affectés. Ils prenaient d’autres références, des références surhumaines. Il est impossible de contrer cet effet, qui agite des forces beaucoup trop profondes, encore méconnues. Mais il était également impossible de faire revenir à la vie un mort avant que j’y parvienne. Je garde espoir. Un jour, cependant, je ne verrais plus l’utilité de nourrir cet espoir. Ce jour-là, Haita Neko sera définitivement mort de l’intérieur et il n’y aura plus rien de bon à en tirer. C’est tout.

[Haita] – C’est cela, Atoseimei. A supposer que j’enseigne mes techniques à une autre personne, elle y serait également exposée. Je cherche un moyen d’y remédier, en vain jusqu’à présent. Je régresse et progresse dans le même mouvement, comme le ressac de la mer. Urasa m’a donné des médicaments, du temps où il était là. C’est la seule piste que j’aie.

[Kaeko] – Urasa…

Haita pouvait entendre et comprendre le ton empreint de prudence de Kaeko. Ils avaient déjà parlé entre eux de son ancien mentor, ce n’était pas un sujet qu’il refusait d’aborder. Il considérait les Immortels comme un peu plus que des amis, des parties d’un tout. Il n’y avait pas de mystères à l’harmonie qui était la leur, en combat et en dehors, à l’osmose qu’ils étaient parvenus à atteindre. Elle trouvait ses racines profondément en eux, dans les sentiments qu’ils partageaient. A force d’avoir en commun, pratiquement chaque heure de chaque jour, leurs fils vitaux, c’était inévitable. Aux yeux de Kaeko, Urasa restait avant toute chose l’homme éminemment dangereux qu’il était. On trouvait en lui une part importante de destruction, sauvage mais contrôlée. Certaines de ses décisions échappaient à Haita, il comprenait néanmoins que ce n’était pas à lui de les juger. De la même façon, il ne pouvait qu’abonder dans le sens de Kaeko, lui-même aurait été quelque peu circonspect d’apprendre que Kaeko recevait des soins vitaux de Kanda Shiuuku. Il aurait également été vexé qu’elle préfère les soins d’un bretteur, aussi doué soit-il, à ceux de son Immortel de fiancé.

[Haita] – C’est un homme complexe. Son aide m’a sauvé la vie. Elle m’a permis de maintenir à distance l’Atoseimei, mais je sens que l’empreinte s’est épaissie, qu’elle a gagné en férocité. Un jour, il faudra que je retrouve Urasa pour savoir s’il a autre chose à me dire à ce sujet. C’est le meilleur Eisei vivant. Je sais qu’il peut m’aider. J’ai déjà beaucoup perdu.

[Kaeko] – Je me demande si quiconque savait à quel point il était dans le vrai, en te surnommant l’Immortel, si tu es amené à devenir… quelque chose comme ça.

Haita haussa les épaules. Il avait accepté son surnom comme son nom, quelque chose contre lequel on ne pouvait aller. Il n’était pas beaucoup plus immortel que n’importe quel homme, il était seulement… programmé pour la survie. La sienne et ceux des autres, c’était là qu’il différait de la plupart des grands noms dont les compétences recouvraient surtout leur préservation à eux.

[Haita] – Même les dieux meurent quand on cesse de croire en eux. Au moment venu, je verrais quelle foi apporter à cette pensée.

[Kaeko] – Nous trouverons Urasa, dans tous les cas. Si tu penses que c’est vers lui qu’il faut se tourner, nous le trouverons. J’espère qu’il n’aura pas changé par rapport à ce que tu imagines.

Le départ d’Urasa de Kumo avait toujours paru imminent aux yeux de Haita. Il y avait quelque chose qui le poussait à aller au-delà, à franchir les limites admises. Quel que soit le but qu’il s’était fixé aujourd’hui, l’Immortel était certain qu’il y consacrerait tous ces immenses moyens et que ses ennemis pouvaient trembler. Il ne partageait pas l’avis de la plupart des membres du Conclave, qui redoutaient un retour à la maison du vieil homme. Haita savait qu’Urasa, à sa manière complexe et subtile, aimait Kumo et respectait ce que le village lui avait apporté, ce que le village véhiculait. Jamais il ne porterait la main contre cela, à moins qu’on l’y oblige – dans ce cas, que Kumo l’attaque, car il était peu probable que quiconque d’extérieur puisse obliger Urasa à faire quelque chose. Haita prit la main de Kaeko, la serra doucement entre ses doigts pour en éprouver la chaleur et la texture, puis la porta à son visage pour y déposer un léger baiser. Il rapprocha la jeune femme de lui et appliqua ses lèvres tout contre son oreille.

[Haita] – Les vieillards ne changent jamais.
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