Partagez | 
 

 SK - Une feuille de printemps

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 

MessageSujet: SK - Une feuille de printemps   Mer 8 Juin - 13:11

Koge Takedana n’était pas une figure particulièrement connue du village de Konoha. Son nom ratissait parfois les couloirs de la mairie, les shinobi affutés et mêlés au système politique du village depuis assez longtemps pour en comprendre et en discerner les méandres l’avaient peut-être surpris une fois ou deux au travers d’une conversation, mais rien n’indiquait que la popularité du Daimyo du Pays du Feu ne soit dans une claire ascendance vers quelque chose de commun à tous. Konoha était un village jeune, un village bien trop jeune pour se soucier des efforts de celui ou de ceux qui le supervisait. Et Takedana, bien trop âgé et trop faible pour superviser son village caché avec une main de maître. Le Pays du Feu avait toujours vécu ainsi, dans une éternelle relation à distance. Quelque chose d’efficace et de sourd à la fois. Keira avait longtemps mis cette absence sur le dos de leur jeunesse. Un concours de circonstance en somme, qui viendrait à changer lorsqu’un des deux partis évoluerait. Keira était tout sauf ignorante de la situation politique de Konoha et si elle avait pu parier sa vie sur l’un ou l’autre des deux côtés de la balance, elle aurait tout misé sur lui. Takedana Koge. Un homme rabougri, intelligent, mais dont le visage restait irrémédiablement perdu sous un tas de rides atroces. Sa langue se déliait peu, son visage stagnait toujours en un rictus froid et intolérable. Il n’était pas un mauvais homme ; elle ne l’avait jamais connu ainsi. Il était simplement né d’un autre monde, un monde qui n’était pas le leur. Takedana Koge avait construit Konoha. Il avait presque posé la première pierre. Keira n’était pas joueuse, elle était une femme réfléchie, attentive et maligne. Elle savait qu’il ne poserait pas la dernière.

Le Haut Conseil était resté assez longtemps à la tête de Konoha pour que Keira connaisse les rouages du monde politique par cœur. Ce n’étaient plus nécessairement des informations, des clés, des données qu’elle se remémorait chaque soir, chaque nuit, chaque journée, avec la seule crainte que le lendemain soit porteur de mauvaises nouvelles, qu’une nouvelle crise apparaisse ; que leur monde s’effondre et que la faute soit reportée sur elle. Ce temps-là était passé, il était révolu depuis de nombreuses années et quelques fois, au grès d’un soleil couchant nostalgique, elle le regrettait. La naïveté du pouvoir, sa beauté, également. Keira n’était pas une femme mauvaise ; ou ne l’avait-elle pas toujours été. La mise en place du Haut Conseil par Makoto Buniko avait été une initiative intelligente et complètement réfléchie dans une optique de bonne gestion du pouvoir. Ryushi Aburame n’avait fait que le renforcer, le renforcer assez pour qu’il survive à peine à Kuronishi Sanabi. Et il n’y survécu que sporadiquement. Longtemps, Keira s’était demandé si l’illustre Hokage n’avait pas anticipé son arrivée, s’il n’avait pas su, au-delà de toute logique, qu’il viendrait un jour où son village serait plongé dans le chaos, que Konoha aurait alors besoin d’un pouvoir sûr et cohérent. D’un pouvoir qu’il avait lui-même légitimé là où Makoto n’avait fait que lui céder une part de responsabilités. Elle s’était plongée dans cette entreprise avec ses trippes, avec tout son amour pour ce village. Un village qui l’avait entièrement gobé, la grignotant lentement, mais sûrement, comme une sangsue qui la vide de son sang. Keira ne s’en était pas portée plus mal, elle avait toujours considéré que ce qu’elle faisait, elle devait le faire, que les apparences trompaient souvent mais qu’elle n’avait besoin de l’appui que d’une minorité, pour satisfaire son pouvoir. Un pouvoir qu’elle n’enviait pas. Un pouvoir qu’on lui avait donné et qu’en certaines circonstances, elle avait pris. Mais elle avait toujours tout fait dans le sens de Konoha. Contrairement à certaines personnes. Contrairement à Koge Takedana.

C’était un homme qu’elle n’aimait pas.

Le visage tiré de la vieille femme avait changé. Avec les années, son rictus volontaire s’était irrémédiablement transformé en un faciès fort, insensible et lucide. Son regard s’était fait attentif et patient à mesure que ses forces l’abandonnaient peu à peu. Keira n’aimait plus la politique, ce n’était plus une affaire de plaisir, de crainte ou de colère. Keira vivait la politique. Elle était simplement passée de l’autre côté de la barrière avec une facilité qui, avec le temps, lui parut presqu’insolente. Parfois, il lui arrivait de se demander comment tout cela s’était déroulé, comment en si peu de temps le siège sur lequel elle s’asseyait tous les matins avait si bien et si rapidement épousé ses formes. Et quoi qu’on puisse en dire, ce siège là lui allait à ravir.

Uuegi s’installa finalement. Il poussa d’un air satisfait le siège qui lui avait été assigné, une dizaine d’années plus tôt et s’y assit avec la même légèreté que par le passé. Son visage exprimait toutefois une part d’inquiétude, mêlée à une impatience exaspérante, presqu’enfantine. Uuegi Kamino avait lui aussi beaucoup vécu mais il avait su conserver, à l’instar de sa supérieure, une fraicheur naturelle bien vivace, quoi que cachée sous les années. C’était pour cela que Keira l’avait choisi, entre autres choses anodines – être vétéran de la guerre contre Kumo en était une parmi tant d’autres … Du bout du doigt, il poussa le dossier qui était posé devant lui et s’enfonça un peu plus confortablement dans son siège. Il n’osa d’abord pas confronter le regard de la femme immobile, à sa droite, puis décida de se jeter sur elle comme un loup affamé. Un loup qui sait que le troupeau arrive. Et de troupeaux, Konoha en a dévoré des dizaines.

[Uuegi] – Comment allons-nous procéder, Keira ?

Elle haussa les épaules. Ils procéderaient comme ils avaient toujours procédé. Ils observeraient, ils sentiraient. La puissance a cette odeur néfaste que l’ambition vient parfaire, elle se délecte d’une onde nauséabonde et puante. Le Haut Conseil avait toujours senti ces choses là, c’était ce qui avait fait sa force, sa renommée et sa justesse dans ses décisions. Il y avait une chose qu’ils redoutaient plus que tout, c’était de se tromper. Le Haut Conseil ne se trompait pas souvent ; mais il lui arrivait de prendre le mauvais chemin, vers la mauvaise direction. La plupart du temps, ils n’arrivaient pas à destination et bifurquaient avant d’en arriver à une situation extrême. Keira avait rarement pris d’aussi grosses initiatives, ni d’aussi importantes responsabilités. Jouer sous la coupe d’un Kage avait son lot d’inconvénients et d’avantages. L’un d’entre eux, et le plus important peut-être, était qu’il y avait quelqu’un au-dessus d’eux. Pour prendre les coups à leur place.

[Keira] – Takedana n’est pas un homme stupide. Il est vieux, il ne nous apprécie pas beaucoup, mais si Akogare Hyuuga est parvenu à me convaincre, Uuegi, je pense que les hommes et les femmes qu’il a choisis parviendront à la convaincre, lui.

Elle sourit faiblement et se décontracta, passant deux mains agacées derrière sa nuque, le regard perdu vers le plafond blanchâtre de la grande salle.

[Keira] – De toute évidence, il n’aura pas vraiment le choix. La politique n’est qu’une histoire de position. Kuronishi Sanabi s’est imposé à nous d’un coup de poing sur cette table.

Uuegi eut un sourire perplexe. Avec le temps, il préférait en rire. C’était un rire ironique, un rire mauvais. Un rire colérique. Il lui en voulait encore, c’était certain. Le chaos dans lequel il les avait placés, ce chaos là, ils le payaient encore aujourd’hui. Ils en ressentaient les secousses. La faiblesse de Konoha n’avait jamais été aussi visible qu’à ce moment-là, elle n’avait jamais été aussi présente, tenace. Les heures passées dans ce bureau à choisir ce qu’il fallait ou ne fallait pas faire avaient été interminables. Celles passées à le regarder s’amuser dans sa cours de récréation avaient simplement été horribles, terrifiantes. Uuegi avait connu Ryushi Aburame, il avait connu et vécu l’apogée non pas d’une puissance militaire – Konoha n’avait jamais véritablement faibli de ce point de vue, il avait simplement été mal utilisé – mais celle d’un homme, celle d’une idée. Celle d’une cohésion. Keira se cachait moins. Elle n’avait ni à sourire, ni à grimacer, elle avait son avis propre mais elle ne le montrait pas. Cela appartenait au passé et il n’y avait plus à en parler, à porter quelques jugements. Kuronishi Sanabi était venu. Il était aussi parti. Et s’ils devaient encore corriger ses erreurs, Keira ne lui ferait pas le plaisir de vivre et de diriger en fonction de lui ; même à dix pieds sous terre.

[Keira] – Le Pays du Feu n’a que très rarement trouvé un intérêt à s’ingérer dans nos affaires. Bien sûr, nous l’intéressons, nous l’avons toujours intéressé. Mais ils ne sont pas du même monde que nous, ils parlent argent, ils parlent influence. Et cela fait bien longtemps que le Daimyo n’en a plus. Je connais leurs petites réunions pathétiques où les plus grands seigneurs de notre ère se partagent le monde sur une vulgaire carte avec quelques pions de bois habilement placés. Ce ne sont que des leurres. Takedana vit dans une autre ère, comme beaucoup d’autres. Elle n’était ni meilleure ni moins bonne, elle était différente. Quoi qu’il arrive aujourd’hui, quoi qu’il se passe dans cette salle, il aura toujours besoin de nous, comme nous aurons besoin de lui.

De son argent, voulut-elle corriger pour elle-même.

[Keira] – Il suffira de lui montrer à quel point nous avons su nous relever sans lui, depuis toutes ces années.

[Uuegi] – Il le sait.

Elle rit.

[Keira] – Bien sûr. Trente ans, c’est long et s’il y a une chose sur laquelle nous pouvons compter, c’est sur sa mémoire. Il nous connait par cœur, toi, moi, Benkei. Mais aujourd’hui, notre avenir ne nous appartient plus. Kuronishi a délaissé toute une génération. Une génération qui avait besoin d’un seigneur puissant, capable de frapper encore plus fort sur cette foutue table. Il ne l’a pas fait. Cette génération le fera. Et j’ai grand espoir qu’elle le fera bien.

Keira avait construit de nombreux hommes. Son action n’avait pas toujours été efficace, pas sur le moment. Aujourd’hui, elle était persuadée que ses efforts paieraient. Bien sûr, elle n’avait pas toujours agi dans ce sens, elle n’avait pas imaginé que les choses se dérouleraient ainsi. Si sa vision de l’avenir était colossale, elle n’en restait pas moins humaine et faiblement ancrée dans un monde instable. Mais elle avait élevé Akogare dans l’espoir que lui aussi, le jour venu, il soit capable de voir loin. Il avait bousculé les équipes, l’académie, s’était occupée de toujours améliorer les relations avec leurs amis et alliés. D’amis, ils n’en avaient plus beaucoup. D’alliés, la force des choses, l’ère shinobi telle qu’ils la connaissaient et la subissaient, ils en possédaient quelques uns, et pas des moindres. Akogare n’était pas le seul, c’était simplement un exemple, une petite aiguille trouvée dans une grosse motte de foin. Cette aiguille avait grossi, plus vite qu’elle ne l’aurait imaginée, même si de nombreuses années s’étaient écoulées depuis leur première rencontre.

Reconstruire le passé sur un présent chaotique était simplement impossible. Elle n’avait pas pu le faire, le Haut Conseil n’avait pas pu le faire pour la simple et bonne raison que le passé était le passé et qu’il n’y avait finalement aucun intérêt à le réitérer. Parce que leur passé, à tous, pouvait être aussi glorieux qu’il l’imaginait, il avait tout de même débouché sur une guerre contre Kiri puis contre Kumo, sur le décès de Makoto, le meurtre de Ryushi, l’insolence et l’incompétence de Kuronishi, deux guerres internes, l’attaque pure et simple d’Asahi, la découverte d’une organisation dont seul le nom leur était connue – pour peu qu’il soit de leur fait – sur la grippe des clans, l’explosion des Uchiha, la crainte des Hyuuga et le retrait des Aburame et des Senjago. Plus la conseillère y repensait, et plus sa conclusion devenait pointue.

Non, le passé devait rester derrière eux. Il était temps de construire l’avenir.

On frappa à la porte. Uuegi la laissa s’ouvrir d’elle-même, comme au courant qu’il n’aurait nullement le besoin de se déplacer. Un homme pénétra dans la salle et s’approcha de lui. Il lui murmura quelques paroles inaudibles et lorsque le vétéran hocha de la tête, il déguerpit aussitôt. Keira sourit et s’installa du mieux qu’elle put dans son fauteuil. Il était temps de passer à l’action. Il était temps d’agir. Parce que tout ce qu’ils avaient entrepris jusque là n’avait rien de prometteur. Elle les avait simplement protégés. Elle avait fait en sorte que le tout n’explose pas, que les clans restent dans leur éternel froid, que leur entente avec Kumo et Kiri ne s’affaisse pas à un niveau où tous les efforts du monde auraient été vains pour conclure à nouveau ces alliances. Et ils avaient besoin de l’un comme de l’autre. Elle avait préparé le terrain, volontairement ou non, dans l’attente de cette journée.

Deux hommes passèrent le pas de la porte. En arme. Ils n’arboraient aucun insigne, seule leur tunique et leur amure de couleur pourpre indiquaient clairement qu’ils appartenaient à un homme, un seul et unique homme. Un long sabre courbé pendait le long de leur ceinture tandis que sous leur casque, leur regard restait éperdument calfeutré vers un point fixe et invisible. Ils se détachèrent de leur formation pour entourer la porte, sans un regard, sans une parole. Un homme de petite taille les succéda. Son visage était caché par une grosse capuche blanche, prolongement d’une imposante robe de la même couleur au tissu décoré d’impressionnantes coutures d’un rouge nacré d’or. Sa main gauche soupesait une imposante canne de bois massif qui tenait toute la moitié affaiblie de son corps. Il grimaçait. Takenada ne s’arrêtait jamais de grimacer, de toute manière. Le visage sobrement amusé de Baiko Katame apparut juste derrière, en compagnie des deux autres gardes qui composaient le garde du Daimyo et de deux shinobi à qui il ordonna de rester en dehors des locaux. Ils se stoppèrent devant la porte et se posèrent contre le mur, dans le couloir. Baiko s’avança jusqu’au Daimyo et l’invita à s’assoir sous le regard attentif de ses deux amis et collègues. Sur la table ovale, il s’empara sans dire un mot de la place la plus en vue, celle qui, habituellement faisait face à Keira, à son bout. Takenada s’y installa et leva des yeux sceptiques et nonchalant lorsqu’il découvrit que cette place était vide et que Keira Azaguri, chef du Haut Conseil, n’y était nullement positionnée. Dans toute sa grandeur, il resta impeccablement muet.

[Keira] – Koge Takedana, c’est avec plaisir que nous vous accueillons à Konoha.

Il grommela quelques paroles inaudibles et releva subitement son visage marqué par le temps vers elle.

[Takedana] – J’aimerais que ce plaisir soit partagé, Keira. Uuegi.

Il les salua poliment de la tête. Sa voix était rauque mais Keira ne s’attendait pas à le voir si faible. Le fauteuil que Baiko lui proposa fut comme un secours inattendu et elle s’amusait intérieurement de voir cet homme si fébrilement installé. Elle ne doutait cependant pas que l’âge ferait de leur conversation une bataille d’autant plus retorse.

[Takedana] – J’imagine que ce n’est pas pour votre plaisir, Keira, que vous m’invitez ici. Mes passages à Konoha se sont faits d’autant plus rares que vos invitations. Néanmoins … Il m’a semblé que le visage sévère de votre conseiller ne m’ait laissé le choix. J’imagine que le fauteuil en face de moi, laissé étrangement vide, y ait pour quelque chose.

La conseillère parut une nouvelle fois amusée mais resta pleinement concentrée dans sa réunion. Baiko s’assit à côté d’Uuegi tandis qu’il ouvrait quelques dossiers et commençait déjà à sortir une multitude de feuilles éparses qu’il étalait devant leurs yeux.

[Keira] – Il y a deux semaines, Akogare Hyuuga et deux équipes de Konoha sont partis traquer deux criminels de rangs élevés : Hana Shinratsu et Shinizu Ogone.

[Takedana] – Ce travail n’est-il pas réservé à vos Oï-Nin ?

Elle fronça les sourcils.

[Keira] – Akogare m’avait fait la demande de réunir ces deux équipes, quelque soit leur statut et leur affiliation. J’ai accepté.

[Takedana] – Pourquoi ?

[Keira] – Hana Shinratsu et Shinizu Onoge ont pendant de trop longs mois déteint sur notre légitimité. Le Haut Conseil et moi avons pris la décision de laisser Akogare libre de ses décisions et d’agir à sa guise et selon sa propre volonté afin de remédier au mieux à ce problème majeure.

Keira parlait lentement tout en conservant ce ton assuré et profond que tous lui connaissaient tant. Elle savait que, malgré le vieil âge du Daimyo, elle n’avait pas le droit à l’erreur et que cette conversation n’était qu’une introduction. Une introduction au déroulement de la réunion officielle qui se tiendrait plus tard dans la journée. L’un dans l’autre, elle ne pouvait manquer l’ouverture de ce bal politique pour la simple et bonne raison qu’il en allait de la bonne conduite de la suite de la journée. Keira présenterait alors à Takedana des hommes et des femmes qu’il n’avait jamais vus et dont il n’avait probablement jamais entendu parler, pour le plupart. Leur crédibilité et leur légitimité serait alors réduite à néant face à un homme dont les compétences politiques ne sont plus à mettre en question.

[Uuegi] – Il y a deux semaines, l’équipe d’Akogare nous a rapporté le corps d’Hana. Celle d’Iki Namikaze de l’école des Six Lions a ramené celui de Shinizu deux jours plus tard. En moins de vingt quatre heures, deux des plus grandes menaces directes du village ont été éradiquées.

[Takedana] – Où voulez-vous en venir, conseillers.

Keira laissa le silence s’alourdir. Elle aimait jouer avec les sens, et son mutisme avait toujours été une arme particulièrement appréciée de la conseillère. Une arme qu’elle maniait d’ailleurs redoutablement et avec une intelligence terrifiante. Son regard pénétra entièrement celui du vieil homme dont le visage rabougri apparaissait enfin, sa capuche tirée vers l’arrière.

[Keira] – Vous avez vu juste, Koge-sama.

Elle désigna le fauteuil vide, à sa gauche, d’un coup d’œil.

[Keira] – Nous sommes aujourd’hui réunis pour officialiser la nomination d’un Hokage. Konoha a besoin d’un chef, Konoha a besoin de tourner la page et d’apporter du sang neuf à son action. Je ne concède que très peu de choses à mes shinobi, qu’il se nomme Akogare Hyuuga ou non. En acceptant la formation de ces deux équipes, j’ai accepté de voir renaître quelque chose de fort dans ce village. Je pense que nous en avons besoin.

Takedana tenta d’exécuter ce qu’il voulait être un sourire.

[Takedana] – Vous savez très bien ce dont les Kage de ce village sont capables de faire.

[Keira] – J’en suis on ne peut plus consciente, Koge-sama.

Ses deux mains agrippèrent violemment le bord de la table. Le visage du Daimyo devint sinistre et colérique. Ses traits s’étiraient dans un faciès de rage, un faciès qui n’exprimait plus rien à son âge, sinon la marque du temps.

[Takedana] – Je ne crois pas, Keira. Vous avez oublié les conséquences du désastre qu’a causé Kuronishi Sanabi. En fondant Konoha, ce village s’est engagé à protéger le Pays du Feu, ce que vous n’avez pas fait. Vous, shinobi, ne pensez qu’à votre petite personne et ne vous rendez pas compte ce qu’a pu provoquer le chaos qui a été le nôtre. Bien sûr, Keira, votre village a perdu de sa puissance et, pire, de son influence. Sortez de votre bulle, shinobi. Le Pays du Feu n’a jamais été autant en danger qu’à ce moment-là. Un danger que vous avez tendance à minimiser. Je ne souhaite pas que cette situation se répète, Keira, et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour vous empêcher de commettre une telle faute.

Le visage de la conseillère se crispa. L’espace d’un instant, Uuegi crut qu’elle exploserait. Plus de trente années séparaient son arrivée au Haut Conseil de cette réunion et jamais il n’avait vu Keira dans un tel état de colère. Elle était souvent passée par des colères utiles, des colères qui exprimaient un besoin, des colères dont la seule vision exprimait la peur chez son vis-à-vis. Une colère rhétorique, que la politique comprenait. Takedana n’était plus un homme politique depuis longtemps. Takedana était un roturier qui tentait du mieux qu’il pouvait de conserver son carnet d’adresse et sa fortune personnelle. Des relations et une fortune qu’il avait accumulée depuis presque un siècle et qu’il sentait, à mesure que les jours passaient, volatile. Comme pour sauver les meubles, une dernière fois. La portée de ses paroles étaient néanmoins particulièrement virulente. La vieille femme se révoltait de pouvoir laisser de tels propos être sortis de sa bouche, même si elle savait pertinemment bien qu’elle ne pouvait rien faire, sinon contrecarrer le seigneur de la même manière. Elle était plus au courant que quiconque : elle devait se maintenir. Et cela ne faisait pas de doute, elle se maintiendrait. Elle ressassait simplement les images du passé, comme un mauvais film, un scénario cauchemardesque. Où était-il lorsque Kuronishi s’était imposé comme le meilleur ? Comment avait-il protégé leur intégrité après le fiasco de la réunion des Cinq ? Elle se souvenait encore de son sourire muet et provocateur lorsqu’elle l’avait mis en garde, lorsqu’elle leur avait expliqué à tous que c’était une mauvaise idée et qu’une telle personnalité ne ferait que mettre en danger les intérêts de Konoha.

Les intérêts du Pays du Feu.

Elle décida de se calmer. Aujourd’hui, elle n’était plus assise sur ce siège à la fois protecteur et menaçant. Elle n’avait plus ce pouvoir là, si tant est qu’elle l’est déjà eue une fois et pour la première fois depuis de nombreuses années, elle s’en sentit soulagée, reposée. Son visage se détendit, ses épaules se détendirent subitement et une perle de sagesse et de sérénité recouvrit son regard satisfait.

[Keira] – Sauf votre respect, monseigneur, je crains que cela ne soit plus de votre ressort.

Takedana racla le fond de sa gorge dans un hâle assourdissant. Il sembla interloqué et amusé.

[Takedana] – Et qu’est-ce qui pourrait surpasser cette autorité, conseillère ?

[Keira] – C’est pour cela que vous êtes ici avant tous les autres, Koge-sama. C’est pour vous prévenir. Dans quelques minutes, dans cette pièce, que vous le vouliez ou non, que je le veuille ou non, vous comprendrez que ni vous ni moi ne pourront s’élever contre une voix nouvelle qui ne laissera le choix à personne. Et nous nous y plieront tous.

Elle s’enfonça dans son siège et croisa fermement ses bras sur sa poitrine, l’air satisfaite.

[Keira] – Le village caché de la Feuille a retrouvé un Kage. Je voulais simplement vous en informer.

MessageSujet: Re: SK - Une feuille de printemps   Ven 10 Juin - 17:54

Ce n’était pas un simple courant d’air qui chatouillait amoureusement le village. La bourrasque qui avait pris Konoha n’avait aucune douceur, aucune tolérance, aucune délicatesse. Elle dévastait tout. Son passage était parsemé d’embûches et d’obstacles ; peu importaient. Elle avançait avec cette sensation de bonheur et d’exaltation que le destin ne semblait pouvoir épuiser ; la ralentir, au mieux. Mais l’espoir qui émanait d’elle paraissait simplement tenace, réelle et chaque fois que quelqu’un ou quelque chose désirait la voir anéantie, elle l’éliminait, sans trembler, sans hésiter. C’était là, la force d’un commandant. Elle ressortait de chaque épreuve plus vivace, plus violente, plus sûre. Les paroles d’Akogare n’avaient fait que réanimer une idéologie cachée profondément dans le ventre muet du village. Des hommes et des femmes s’étaient tus, longtemps, avaient exécuté les ordres, impeccablement. Le soleil était le même, le vent fin et rafraichissant n’avait pas changé. Une journée comme les autres. Une journée de chaleur, une journée d’action. Konoha n’avait jamais renfermé d’âmes foncièrement mauvaises. De tous les villages, il était le plus jeune, le plus abouti et le plus rapidement puissant. Son commandement devait refléter la même jeunesse, le même souffle frais et disponible, inquiet et réactif. A mesure que la vague déferlait, leur nombre augmentait. Et cette fabuleuse impression de construire quelque chose de grand les prenait aux trippes avec une ténacité effrayante et fatigante. Pourtant, aucun ne baissa les bras, aucun ne fit demi-tour. Les hommes qu’avait choisis Akogare étaient destinés à devenir des commandants, s’ils ne l’étaient pas déjà. Ces hommes choisirent à leur tour d’autres hommes en qui ils plaçaient toute leur confiance, leur amour, leur amitié, leur foi, leur espoir. Une à une, les strates politiques et militaires de Konoha se mobilisèrent. De nombreuses ignoraient parfois beaucoup de ce qui se passait mais chacune d’entre elles avaient une chose en commun : leur histoire ne pouvait se résumer à un seul trait si rectiligne.

Ils étaient une dizaine à avoir accompli les premiers éclats. Ce n’étaient pas de simples faits d’armes et on les aurait très vite ignorés s’ils ne s’en étaient pas pris à deux des plus grosses menaces politiques du village. C’étaient simplement la preuve qu’ils étaient capables de réaliser de grandes choses. Eliminer Hana Shinratsu et Shinizu Onoge était une chose. Réunir chaque clan et chaque allié de Konoha en était une autre. Colossale. Akogare était conscient que certaines personnes ne pousseraient pas plus loin leur engagement vis-à-vis de son entreprise. Leur implication dans la traque des deux déserteurs suffirait à raffermir des alliances anciennes mais oubliées. Junko et Aya s’en retournèrent auprès de la compagnie du renard et des Senjago et aucun d’entre eux ne leur imposa un investissement supérieur à celui attendu et promis. A leur retour à Konoha, ils s’effaceraient dès lors que les alliances seraient officialisées et les promesses tenues ; et chacun d’entre eux s’engagea à les respecter, tacitement, le temps que les choses reprennent leur cours.

Le soleil qui illuminait Konoha n’avait jamais été aussi réconfortant et vivace. Là-haut, quelque part, un œil les épiait, il les suivait comme les annonciateurs d’une ère nouvelle. Les shinobi qu’ils étaient ne seraient certainement plus jamais les mêmes.

***

Ses mains se liaient et se déliaient à une vitesse impressionnante. A genoux, face au sol, le trait bleuté du chakra épousait le parquet avec une concentration et une intensité déconcertante. Reiko observait Kato avec une fascination qu’elle ne se connaissait pas. Reiko avait toujours été amoureuse des sceaux mais jamais Kato n’était venu à son esprit comme étant celui qui la surpasserait. Elle n’avait jamais été en compétition avec personne, et justement, elle ne rechignait pas de voir le talent sourd et discret du jeune homme, caché sous ses traits tirés et sa chevelure étonnement blanche.

Elle s’installa finalement au bureau de la petite pièce et s’enfonça dans un grand fauteuil aux apparences confortables. Là, elle s’étira, fatiguée et grimaça en dévisageant la multitude de dossiers qui attendaient, fidèlement empilés sur le bureau. Elle prit le premier de la pile et l’ouvrit, jetant toujours quelques coups d’oeils intéressés à Kato, discrètement, comme si elle avait voulu éviter qu’elle le découvre en train de l’observer.

[Kato] – Tu comptes m’harceler ainsi pendant longtemps ?

Elle ouvrit de grands yeux ronds. Reiko se surprit à rougir et détourna automatiquement son regard sur les papiers qu’elle avait sous les yeux.

[Reiko] – Tu penses en avoir pour combien de temps ?

Il hocha les épaules avec nonchalance. Kato restait éperdument concentré sur le sceau qu’il était en train d’imprégner à même le sol. Son mutisme affecta presque la jeune femme qui ne semblait pas avoir à l’habitude à ce qu’on l’ignore de cette manière.

[Reiko] – La réunion a été avancée, tu sais.

[Kato] – Si tu arrêtais un peu de jacasser, peut-être arriverons-nous à l’heure.

Reiko écarquilla des yeux d’autant plus rond que le ton glacial du shinobi la toucha. Kato ressentit ce malaise et quelque part au fond de lui, il s’en voulait. Il s’en voulait de ne pas faire attention à ses propos, au ton qu’ils prenaient. Les mots sortaient de sa bouche si rarement qu’ils ne prenaient aucune peine à les tisser d’une manière adéquate à la situation. Il ne s’en excusa pas, mais rectifia poliment le tir.

[Kato] – J’ai presque terminé.

Il se releva et leva les yeux, réfléchi.

[Kato] – C’est le dernier, c’est normal qu’il soit plus complexe. Les sceaux posés dans le bureau de Keira et au quartier général de l’ANBU étaient déjà plus ardus que ceux installés chez les grenouilles, les Senjago et les Six Lions. Chaque fois que je dois ajouter un passage, les connexions se multiplient. Ca fait d’autant plus de combinaisons et d’informations à prendre à compte.

[Reiko] – Je ne comprends pas. Cela signifie que tu devras retourner sur chacun des sceaux pour les relier à ceux que tu auras posés après eux ?

Il feignit un rire moqueur.

[Kato] – Non, justement. A chaque nouvelle porte, je dois modifier l’ensemble du mappage pour que le chakra de chaque sceau soit reliée à celle que je viens d’ouvrir, de la même manière que les précédents. Plus il y a de sceaux ouverts, plus les modifications sont longues. Et je commence à fatiguer, la dose de chakra devient de plus en plus importante.

Kato se retourna vers elle et tenta de paraître intéressé.

[Kato] – Où en es-tu, toi ?

Reiko fut amusé par le ton dérangé du jeune homme. De toute évidence, ses compétences en sceau étaient bien plus élevées que ses facilités à communiquer.

[Reiko] – Constate par toi-même.

Elle indiqua d’un mouvement du visage le tas de dossier accumulé sur son bureau.

[Reiko] – Les chiffres demandés par Keira m’ont demandé énormément de travail. De plus, l’ouverture d’une aile d’étude des sceaux a été plus difficile à mettre en place. La demande d’un laboratoire technique date de nombreuses années, je crois que c’est même Kuronishi qui l’avait refusée, c’est dire. Il faudra revoir le tout, je doute que nous ayons les moyens de s’offrir deux nouvelles ailes.

[Kato] – Comment comptes-tu t’en sortir ?

Elle haussa les épaules, l’air amusée.

[Reiko] – Oh, je ne m’en sortirai pas. C’est pour cela que je ne suis que directrice, Kato. Parce que ce n’est pas à moi de prendre toutes ces décisions.

***

Il plongea ses baguettes dans le bol de soupe. Une multitude de fines pates trempaient dans le bouillon jaunâtre fumant. Iki rouspéta une énième fois en voyant la mixture lui échapper.

[Iki] – J’ai jamais été très bon avec ces machins-là …

Il sourit bêtement et se tourna vers Naisen dont le mutisme restait imperturbable. Caché derrière son imposante capuche et sa paire de lunette impeccablement noire, l’Aburame n’avait pas dit un mot depuis plusieurs minutes. Iki ne doutait pas qu’il ne cessait de l’observer, qu’il l’analysait. Qu’il le jugeait, peut-être. Son adolescence avait été trop compliquée pour qu’il ne connaisse, ne serait-ce que de visage – si l’on pouvait dire que Naisen eut un visage bien définissable – la majeure partie des shinobi de sa génération, contrairement à Akogare. La battue avait été un pas décisif de sa vie. Un pas qui avait un sens.

L’Anbu était toujours resté prostré sur lui-même, Konoha l’avait fait ainsi, il n’y pouvait rien et à bien y réfléchir, il ne changerait cela pour rien au monde. Certainement aurait-il préféré avoir eu une vie plus simple, mais cela également, il en doutait.

[Naisen] – Je peux te poser une question, Iki ?

Le lion avala une petite bouchée de ramen et lui sourit.

[Iki] – Chaque mot qui sort de ta bouche est un trésor. Je t’en prie.

[Naisen] – Pourquoi Akogare t’a-t-il choisi ?

Iki eut un petit rire amusé.

[Iki] – Pourquoi penses-tu que j’ai été choisi ?

[Naisen] – Akogare ne fait jamais rien sans réfléchir. Et certainement pas ce que nous sommes en train de construire.

[Iki] – Je ne crois que nous soyons assez importants pour être choisis, l’ami.

Naisen souleva sèchement ses lunettes et le dévisagea avec des yeux surpris. Le lion rit à nouveau.

[Iki] – Tu es si important que ça ?

L’Aburame reposa ses lunettes et s’enfonça dans sa chaise.

[Naisen] – Est-ce que le nom de Ryushi Aburame t’évoque quelque chose ?

Iki haussa les épaules tout en continuant de dévorer son plat.

[Iki] – Absolument rien. Qui est-ce ?

Naisen resta muet. Jusqu’à ce que le silence devienne insoutenable, il continua de juger la sincérité du lion, interloqué, presque choqué.

[Naisen] – Mon père, entre autres choses. Je ne pensais pas que les lions de la Rokushishi Ryu étaient si … éloignés de l’histoire de Konoha.

Ils ne l’étaient pas. Le visage de l’Anbu muta en un rictus grave et profond.

[Iki] – Je ne suis pas d’ici, Naisen. Je suis un lion. J’aime ce village, c’est tout ce que je sais de lui. Ça ne fait pas de moi quelqu’un d’autre. Tu es ce que tu es, pas ce que tu trimballes derrière toi.

Il balança ses baguettes sur le comptoir et passa sa langue le long de ses lèvres asséchées.

[Iki] – Tu voulais savoir pourquoi Akogare a demandé mon aide ? Ce village a tenté d’effacer mon nom, de faire de moi un de ses pions. Il n’y a rien de pire que d’oublier d’où tu viens, ce qui t’as fait, toi, en tant qu’homme. Ce sont des choses que je ne peux supporter et ce sont pour ces idées que je me battrai. Je me fiche éperdument de ce qu’a pu faire ton père par le passé. Et je doute qu’Akogare t’ai choisi pour cela.

Sa main plongea dans sa poche et en sortit quelques ryos qu’il posa sans aucune délicatesse à côté de son assiette. Iki se leva de son siège et fit quelques pas en direction de la ruelle. Là, il se retourna vers Naisen, toujours assis, plongé dans quelque chose qui devait être ses pensées et lui adressa une mine réjouie et amusée.

[Iki] – Dépêche-toi, la bouille de Keira me manque.

***

Kuzako ne s’était pas levée avec l’intention de passer une bonne journée. Contrairement à une bonne partie de l’équipe levée par Akogare, les choses n’avaient pas été aussi concluante et rapides de son côté, malgré ses efforts permanents en ce sens. Le clan Uchiha avait certes retrouvé une certaine stabilité, mais l’orgueil et l’image du passé étaient encore trop imprégnés dans l’esprit de certaines personnes pour que les esprits s’épuisent si rapidement. Kuzako savait depuis la première seconde que son action ne serait pas automatiquement victorieuse. Elle avait semblé l’être, le premier jour, mais cette réussite devait nécessairement être violente, que le Concile n’ait aucune difficulté à s’imposer. Et il n’en avait eu aucune. Les membres du Domaine du Cygne comme ceux du Lion avaient émis quelques réticences fâcheuses mais très vite les premiers s’accrochèrent à leur représentant tandis que les seconds restaient fermement fidèles à Shinzei et décidèrent finalement d’épouser les choix de leur ancien chef. D’autant que le Lion jouissait dorénavant d’un prestige conséquence du côté de la Police Civile.

Non, c’était bien au sein du Concile que les choses prenaient plus de temps à retrouver le calme espéré par la jeune femme. Mais elle n’en désespérait pas pour autant et le soutient constant du Haut Conseil, d’Akogare et d’une large partie des membres du clan l’aidaient à toujours faire face.

Pourtant, décidément, Kuzako avait décrété que cette journée serait foncièrement mauvaise. Contrairement à la majorité des autres partis qui composaient l’autorité du village, elle représentait sûrement la seule encore tangible et cela ne lui plaisait pas. Le visage sévère et fier et Hiei n’était pas pour la rassurer et la jeune femme, bien au-delà du poids qui pesait sur ses deux petites épaules, se sentit finalement si petite qu’elle avait cette fâcheuse impression que le Hyuuga ne dédaignait pas même lui jeter un seul coup d’œil. Et c’était tout à fait compréhensible. L’Uchiha ne pouvait en vouloir au chef du clan Hyuuga et à Tokoshi de leur en vouloir. Des raisons, ils en avaient de multiples et si, en cherchant bien, elle pouvait trouver une responsabilité dans l’état désastreux des relations entre les clans de Konoha à leur égard, elle n’en fit rien, considérant que cela serait sûrement inutile et passablement mal vu. A la vision de leurs responsabilités, à eux.

Takeshi n’avait pas du être un homme très tendre. Elle l’admettait volontiers, elle ignorait totalement les relations qu’avaient pu entreprendre l’ancien chef du clan envers les autres clans du village et principalement celles avec Hiei Hyuuga. Elle savait néanmoins une chose, elle ne flancherait. Il n’était pas question de se montrer comme supérieure, mais simplement de s’affirmer, elle, en tant que responsable de son clan. La présence retardataire de Shinzei était sûrement censée l’aider mais le chef de la Police Civile se faisait attendre. Et pour cela, Kuzako avait un argument de poids. Cet argument avait un nom, un nom que ni Hiei, ni Tokoshi n’ignoraient.

Akogare Hyuuga.

La jeune femme s’avança poliment dans la petite salle qui bordait la salle du conseil. Elle s’avança jusqu’aux deux hommes, patiemment assis sur deux chaises dans l’attente de la réunion demandée par le Haut Conseil. A leur hauteur, elle resta immobile, le regard fixe, stable, et s’inclina respectueusement. Hiei eut un petit sourire sincère et baissa à son tour la tête.

[Kuzako] – Hiei Hyuuga, Tokoshi Hyuuga, votre présence m’honore et …

Tokoshi eut un petit rire amusé qu’il cacha facilement dans le fond de sa gorge.

[Tokoshi] – Parlez sans crainte.

[Kuzako] – Et m’effraie à la fois.

Hiei se leva. Sa longe toge blanche notait une fierté à la hauteur de sa splendeur. Le teint livide du Hyuuga rajoutait un peu de grandeur à sa stature tandis qu’une aura de sagesse et de sérénité l’entourait. Mais la jeune femme ne broncha pas, ni dans sa posture, ni dans ses propos.

[Hiei] – Kuzako Uchiha. L’honneur est partagé. Avec votre accord, j’aimerai connaître les raisons de votre crainte.

Kuzako émit un petit sourire à la fois amusé et sincère. La boule qui bloquait son estomac était solidement ancrée en elle et l’Uchiha n’avait aucun autre moyen de la faire disparaitre que de jouer d’une franchise un peu brutale.

[Kuzako] – Je n’ignore aucunement les tensions qui ont pu subsister entre nos deux familles. Je doute qu’elles s’arrêtent aux seuls domaines de nos deux clans, néanmoins je crains que l’histoire ne montre une rivalité profonde.

Elle déglutit difficilement.

[Kuzako] – Nous ignorons tout de la politique de Takeshi Uchiha. Ses décisions vis-à-vis du clan Hyuuga n’ont jamais été claires et c’est peut-être ce que nous avons de pire à lui reprocher. En tant que jeune femme et récente représentante du clan Uchiha, comprenez que m’adresser à vous, en ces lieux, me met dans une posture délicate et qu’aucune clé ne m’a encore été donnée afin d’anticiper cette rencontre.

Hiei resta fièrement debout face à elle. Son visage était détendu, quoi que toujours fixé sur elle d’un air sérieux. La justesse de cet homme était presque palpable, quoi que Kuzako ne doutait pas que le clan Hyuuga ait lui aussi son lot de responsabilités dans les mauvaises affaires du village.

[Hiei] – Il semble que les choix fait par Akogare Hyuuga n’aient été décidemment que des choix judicieux. Votre sincérité nous honore, Kuzako. Sachez que votre jeunesse ne vous octroie pas le monopole de l’incertitude. Nous sommes venus ici dans le seul objectif de remédier aux problèmes de ce village. Il semble que nos deux familles fassent partie intégrante de ces problèmes. Nous avions promis à Akogare de répondre à l’appel de Keira, comme vous y avez répondu. Je ne peux vous promettre de toujours soutenir les décisions du clan Uchiha, néanmoins …

Hiei recula doucement et retrouva le siège qu’il avait délaissé.

[Hiei] – Je ferai de mon mieux pour les comprendre.

***

Le visage de Kinoko avait déjà été plus en beauté.

La jeune femme ne laissait rien paraître, en vérité, elle tentait. Benkei n’était pas un homme assez jeune et assez inexpérimenté pour ne pas remarquer les indices que la Yamanaka trainait avec elle. Trop habitué au pouvoir, de trop près, et trop intensément, il ne savait pas. Néanmoins il lui fallut quelques secondes à peine pour se rendre compte que la jeune femme n’était pas tout à fait sereine, malgré sa grande sagesse et son expérience d’être humain. Cela le surprit, d’abord. Il ne s’attendait pas à ce que la Souffleuse de Vide d’Akogare Hyuuga puisse éprouver si durement ces sentiments. L’entreprise dans laquelle Kinoko s’était investie était visible dès les premiers coups de crayons mais il n’y avait rien d’illogique à ce que la pression n’arrive que maintenant.

L’homme en fut presque rassuré.

[Benkei] – Tu sais pourquoi nous faisons tout cela ?

Elle eut un petit rire forcé.

[Kinoko] – Bien sûr, oui.

[Benkei] – Je ne voudrais pas que tu te sentes forcée, tu sais …

[Kinoko] – Personne ne m’a forcée à faire quoi que se soit, Benkei. Lorsqu’Akogare a passé le seuil de cette porte, je savais déjà à quoi m’attendre.

Elle toussota brièvement.

[Kinoko] – J’ignorais ce qu’il comptait faire réellement, mais je connaissais assez l’homme pour savoir qu’il me trouverait uniquement pour réaliser quelque chose de grand. C’est ce que nous sommes en train de faire, n’est-ce pas, quelque chose de grand.

Benkei la laissa se perdre dans ses pensées.

Après un long moment de silence durant lequel Kinoko s’était fixée devant la grande ouverture qui donnait sur un superbe jardin, Benkei décida qu’il était temps pour lui de parler.

[Benkei] – Tu sais, il y a quelques années, on m’a proposé de devenir Kage. Je ne sais plus vraiment comment ça c’est passé, j’ai refusé, ou je me suis fait devancé ; j’ai très vite oublié cette période là de ma vie. Ce n’étaient pas des choses que je prenais à la légère parce qu’être Kage est une charge importante.

Il racla le fond de sa gorge.

[Benkei] – Je ne dis pas que gérer ton clan est une chose facile, je dis simplement que Konoha … est une véritable mine de trésors. Mais il s’avère parfois que ces trésors sont des pièges et beaucoup sont tombés dedans avec une facilité déconcertante.

[Kinoko] – Je connais l’histoire de Konoha, Benkei. Je la connais très bien.

[Benkei] – Excuse-moi …

Le silence retomba.

Kinoko se retourna subitement et lui adressa un sourire.

[Kinoko] – Je suis désolé, Benkei. Merci d’être là. Je ne pensais pas que la position dans laquelle Akogare m’a mise serait si compliquée. D’autant que …

Benkei eut un petit sourire compréhensif. Il entoura la tasse de thé de ses cinq doigts et la porta à ses lèvres rapidement.

[Benkei] – Ne t’en fais pas. C’est tout à fait normal. D’ailleurs, il faudra que nous donnions une explication à son départ.

[Kinoko] – Oui, ils en demanderont une. C’est lui qui a tout commencé. J’avais senti quelque chose de plus profond dans son esprit, quelque chose qui disait avec insistance qu’il n’était pas à sa place. Je pense que son départ aura étonné beaucoup de monde. Ce qui m’étonne moi, ce qui je ne m’y sois pas préparé. Et ça m’attriste.

Benkei reposa la tasse et se releva. Il s’avança doucement vers elle et passa une main dans ses cheveux châtains.

[Benkei] – Je n’ai pas de leçons à te donner sur la manière d’être Souffleuse de Vide. Ce que je sais néanmoins, c’est que les gens qui ont suivi Akogare t’ont suivie autant que lui. Ils ont confiance en toi, presque plus qu’en moi. Etre Hokage ne sert à rien lorsqu’on est seul. Je crois que c’est ce que Kuronishi n’avait pas compris.

Il s’arrêta à sa hauteur et se tourna vers le jardin verdoyant qui s’étendait loin derrière la maison du clan Yamanaka.

[Benkei] – Iki et Naisen sont des hommes bons. Les clans se plieront, parce qu’ils n’ont pas le choix. Keira n’aura jamais laissé faire Akogare si elle n’avait pas voulu que cela se passe ainsi. Quant au Daimyo …

[Kinoko] – Parle, Benkei.

Le Sannin grimaça.

[Benkei] – Ce n’est qu’un vieillard sénile. Il ne sera pas difficile à esquiver.

[Kinoko] – Pourquoi es-tu revenu, Benkei ?

Il haussa les épaules et sourit, ressassant des éléments de son passé.

[Benkei] – Keira est amoureuse de moi en cachette. Etonnée, n’est-ce pas ?

Kinoko lâcha un petit rire amusé. Elle passa une main sur son abdomen et sécha une larme qui coulait le long de sa joue.

[Kinoko] – Pourquoi es-tu parti, alors ?

Le Sannin se mura dans le silence. Ils restèrent là, quelques secondes, muets. Puis, un sourire perla les lèvres du vieil homme, déclenchant presqu’immédiatement un petit rire amusé auquel Kinoko répondit par une main sur son épaule, un sourire heureux sur ses lèvres.

Elle était une Souffleuse de Vide. Elle savait, nécessairement.

MessageSujet: Re: SK - Une feuille de printemps   Mar 14 Juin - 22:51

A mesure qu’il se regardait dans la glace, Iki constatait que cette toge lui allait à ravir. Il n’avait jamais porté d’habits à la signification particulière et en sens, il aurait refusé, dans le passé. Si tant est qu’on lui ait proposé. Konoha avait pourtant son schéma typique et hiérarchique de tenues mais lui ne s’était jamais senti investi d’une fonction particulière d’une soumission tout aussi poussée pour adopter un tel attirail. Le lion s’habillait comme il le désirait et une grande partie du temps, il préférait même le dénuement. C’était de cette manière qu’il s’était toujours battu à Shimenu, il ne comprenait pas toujours pourquoi cela devait changer. Pourtant, la grande toge blanche qu’il avait enfilé au dessus de son armure était on ne peut plus symbolique. Il rabattu sa capuche sur sa tête et alluma une cigarette qu’il posa dans sa bouche devenue presqu’invisible. Un sourire carnassier envahit son visage. Un sourire forcé, mêlé à une peur terrible. Ce n’était pas la peur qui inquiétait Iki. Cette sensation, il la connaissait, il l’appréciait pour ce qu’elle était. De nombreuses fois, elle avait déniché en lui des talents et des ressources si non formidables, à même de le sortir de situations qu’il se serait bien passé de vivre. Non, il n’y avait rien de commun aux peurs qu’il côtoyait habituellement. Cette expression était enfouie en lui, au plus profond de son être et son origine lui était inconnue. C’était cela, qui l’effrayait.

Naisen l’attendait en bas de chez lui. Depuis leur retour à Konoha, il s’était lié à l’Aburame d’une manière un peu trop formelle à son gout. Les choses nouvelles ne sont pas toujours les pires. Parfois, elles sont mêmes annonciatrices du meilleur. Les paroles d’Akogare fouettaient encore sa mémoire avec une vivacité qu’il n’aurait pas cru possible. Une dernière fois, il jeta son regard sur lui-même, à travers le miroir et la sensation de ne pas se reconnaître l’agita. Son sourire se transforma en une réaction sincère heureuse. Il en était simplement satisfait. De voir comment il avait évolué. Iki n’avait rarement donné de leçons aux gens. Ou, souvent, c’était dans la plus grande plaisanterie et d’un pathétisme latent mais réellement, non, il ne s’était jamais considéré comme une personne assez importante et assez compétente pour comprendre les choses de la vie. Certaines choses de la vie, suffiraient, en soit. Pourtant, l’impression de pouvoir enfin partager certains éléments de son vécu à d’autres lui parut possible. Possible et surtout intéressant. Cela, il le devait presque entièrement à Akogare. Il ne savait pas comment cet homme avait réussi non à le changer mais à lui faire prendre conscience de l’homme qu’il était, mais il l’admirait pour ça. Il n’avait, à proprement parler, que cela admirait. Les faits d’armes du Hyuuga, il ne les connaissait pas. Sa réputation était pour le lion un grand vide que quelqu’un avait comblé et dont il se fichait bien. A bien y réfléchir, Iki ignorait beaucoup d’Akogare. Leurs rencontres avaient été rares quoi longues, mais rien d’assez conséquent pour former ce que les hommes surnommaient l’amitié. Et pourtant, il lui avait fait confiance. Nécessairement, d’abord, parce qu’il leur avait semblé impossible à tous les deux de douter continuellement de leur implication durant la recherche d’un futur Kage pour Konoha. Benkei n’avait pas été si difficile à trouver et les conditions de sa libération avaient logiquement suivi dans une partie menée d’une main de maître. Pourtant, c’étaient déjà de longues semaines que les deux hommes avaient partagé ensemble. Et Iki ignorait encore ce qu’ils avaient pu en tirer.

Rien n’était réellement logique, mais Akogare était venu le chercher, entre autres choses. Lui, et pas un autre. Son dossier devait parler plus que sa propre langue, c’était certain. Iki n’avait jamais trouvé intéressant de le consulter. Il savait ce qu’il avait fait par le passé, il savait ce dont il était capable mais il semblait que le Hyuuga avait trouvé le recul nécessaire et l’analyse judicieuse de ses rapports. Autres que de vagues imprécisions sur la manière de tuer un homme. Leur deuxième rencontré s’opéra ainsi, entre deux visites à Shimenu. Tout était allé très vite, trop vite peut-être, Iki n’en savait rien. Ce qu’il n’ignorait pas, en revanche, c’est que le Hyuuga les avait embarqués dans quelque chose de grand, de très grand et de très lourd et que s’il ne doutait pas des autres, il doutait énormément de lui-même et de sa capacité à supporter la tension de sa situation. La confiance qu’il avait en Akogare lui permettait d’avancer. Mais la confiance en un homme absent était-elle vraiment utile ?

Naisen n’avait pas été un acolyte très … bavard. Et cela lui convenait. Là aussi, le mystère existait mais d’une manière ou d’une autre, l’artisan de la révolte idéologique de Konoha avait fait en sorte que cette rencontre existe et sans en donner aucune explication, il leur avait clairement indiquer qu’ils auraient eux aussi leur rôle à jouer. Iki doutait qu’on lui propose le fauteuil du Kage – et on ne lui avait pas proposé – et Naisen n’en exprimait absolument pas l’envie. Ou cachait-il formidablement son jeu. Ce fut finalement Benkei qui scella leur lien. Il n’était encore que tangible, instable, volatile, mais il était bien réel et la grande toge blanche qu’ils portaient tous deux étaient là pour le prouver. Plus que tout, Benkei avait mis un nom sur cette relation.

Il l’avait appelé Chikakei.

Son silence et son approximation des choses étaient certainement ses deux plus grandes qualités. Naisen n’était pas un homme de parole, il était un homme d’action. Sa sobriété et son efficacité ne faisait aucun doute. Durant les quelques jours qu’ils passèrent ensemble, Iki en apprit suffisamment pour déterminer que l’Aburame était un homme de confiance, et un formidable homme de confiance. Il ne doutait pas que derrière ses petites lunettes noires et rondes, le jeune homme le jugeait, que lui aussi interprétait chaque paroles, chaque geste du mieux qu’il pouvait. Iki n’était pas un idiot, même s’il lui arrivait de démontrer le contraire. Il n’ignorait pas que les gens avaient, la majeure partie du temps, un premier à priori négatif sur sa personne. Il avait toujours été ainsi, un amas brut de pensées et d’expressions parfois incohérentes, pas nécessairement gentilles ou polies. Pourtant Naisen n’avait pas fui. Iki imaginait que le peu de confiance que lui concédait son acolyte représentait celle qu’il portait pour Akogare, en qui il vouait certainement un attachement bien plus prononcé ; et s’en était sûrement réciproque.

L’Anbu lui adressa un bref signe de la tête. Iki sourit, la cigarette coincée dans sa mâchoire, fumante. Naisen leva des sourcils noirs peu épais et ne répondit pas. Son visage se tourna vers l’imposant bâtiment à la coupole rougeâtre. Derrière lui, la falaise accueillait les visages de Kage défunts. Celui de Ryushi n’était ni plus glorieux, ni moins fier que les autres, pourtant, Naisen n’ignorait pas ce que son père avait pu faire du village. Les gens oubliaient ce genre de choses, ils se souvenaient surtout du bordel monstre qu’avait provoqué sa mort et son remplaçant. Voila de quoi était faite leur histoire. Une histoire de fins et d’éternels commencements. Iki lui tapota l’épaule et commença à marcher en direction des quartiers administratifs, continuant de tirer machinalement sur sa cigarette.

[Iki] – Arrête de rêvasser, ça n’aide personne.

L’Aburame haussa les épaules et le rattrapa facilement.

[Naisen] – Tous les autres sont morts.

Le lion ne comprit pas et lui adressa un regard perplexe. Du bout du nez, Naisen lui indiqua la falaise qu’il ne lâchait plus des yeux. Iki eut un petit rire amusé.

[Iki] – C’est pour ça que nous sommes là. Pour que le prochain puisse regarder ce putain de mur sans penser à voir sa prochaine sculpture. Les gens sont des cons. Il leur faut toujours se remémorer les bêtises du passé pour éviter de les refaire. La mémoire est un instrument pour l’élite.

Il cracha un nuage de fumée de sa bouche et continua, sans s’arrêter.

[Iki] – Pourquoi es-tu là si tu ne crois pas en nous, Naisen ?

[Naisen] – Je crois en nous. Plus que tu ne peux l’imaginer. Mais les Aburame n’ont jamais eu une très bonne expérience du pouvoir.

L’Aburame haussa les épaules. Il n’en était pas tout à fait sûr. Sa conversation avec Akogare ne l’avait pas déplu, bien au contraire. Mais le clan Aburame était depuis de longues années, prostrée dans son domaine à regarder le monde tourner. Naisen considérait qu’il avait assez tourné sans eux et qu’il était grand temps que des gens tels que lui reprennent ces choses là en main. Akogare n’avait pas frappé à sa porte innocemment. C’était pour cela qu’il était là, dans son immense toge blanche, la capuche braquée sur sa tête, couvrant jusqu’à ses lunettes aux verres fumés. Iki lui adressa une frappe amicale dans le dos.

[Iki] – Bah, ne t’inquiète pas. Dis-toi que ce vêtement ne te change pas trop de d’habitude.

Le lion détourna son attention dans un autre rire amusé aux tendances sarcastiques. Naisen continuait de le regarder. Son intérêt pour Iki était mitigé. Il ne savait pas tellement comment prendre l’individu, de quelle manière l’aborder. Le comprendre était une épreuve qu’il avait pensé plus facile, en partie parce que les Lions avaient pour habitude d’être des gens sérieux, calmes et adroits. Ce que n’était pas complètement le Namikaze. Néanmoins, il devait bien se l’avouer, il lui était arrivé de devenir étrangement froid, grave et profond. Iki cachait un puis de puissance en lui qui l’effrayait presque. Les rares fois où le lion avait voulu communiquer de manière tout à fait sérieuse avec lui, il avait arboré ce regard pourpre insupportable et pourtant si réconfortant. Naisen ignorait comment et pourquoi, mais déjà, il devinait qu’Iki, malgré les apparences, resterait un homme sincère, on ne peut plus sincère, et un pilier solide.

Il lui adressa un sourire discret que le lion n’aperçut même pas et continua sa route.

La table de réunion de la salle du conseil n’avait jamais été aussi grande et aussi peuplée. Naisen et Iki pénétrèrent dans les lieux avec une pointe d’appréhension, un sentiment qu’ils gardaient cachés, confinés en eux, derrière une barrière de froideur qu’aucun d’eux n’aurait paru possible. Les visages défilaient à une vitesse impressionnante. Des visages de touts types, aux accoutrements si différents qu’ils n’auraient su dire si telle ou telle personne avait vraiment sa place ici. Il y avait peut-être une trentaine de sièges. Certains avaient déjà trouvé leur propriétaire, d’autres l’attendaient patiemment. Les conversations allaient bon train et il n’y avait aucun doute sur leur teneur. Le grand fauteuil qui siégeait la tablait restait irrémédiablement vide et le mystère qui devait être levé durant l’après-midi saisissait les esprits avec véracité.

Les deux Anbu préfèrent ne pas se mélanger à la foule. Ils s’adossèrent en arrière, contre un des murs de la salle, cherchant du regard des têtes connues. Naisen reconnut facilement Shisui Nara et Kogen Inuzuka. Les chefs de clan s’était discrètement écartés et un œil un peu affuté aurait vite compris que leur place n’était pas tout à fait ici. Naisen appréciait beaucoup ces deux personnages. D’abord parce qu’ils étaient des gens sympathiques, ensuite parce que l’histoire de leurs familles étaient intimement liées. Pas strictement. Mais après la chute de Ryushi, Nara, Inuzuka et Aburame furent simplement éjectés du jeu politique. Certains l’avaient voulu, d’autres n’avaient pas eu le choix. Plusieurs personnalités fortes recrutées par Akogare durant la battue étaient également présentes. Iki reconnut facilement la fougue vorace d’Aya Senjago qui discutait avec une étrange douceur de choses et d’autres en compagnie de Junko, de la compagnie du renard. Reiko était évidemment là, en pleine altercation avec Sayuri et Kato, dont les lèvres restaient impeccablement scellées. Naisen indiqua au lion d’une petite tape de la main sur son bras la présence du clan Hyuuga, dévisageant les visages livides de Tokoshi et Hiei, fièrement haussés en face d’hommes dont le nom leur échappait singulièrement. Le reste n’était qu’un amas de shinobi qu’ils ne connaissaient probablement pas et d’hommes en habits de civils dont la présence ici demeurait mystérieuse.

Ce fut Kinoko qui les retrouva la première. La jeune Yamanaka était resplendissante. Elle arborait une magnifique tunique rituelle de son clan d’un bleu profond serrée à la taille par une petite ceinture de cuir brun décoré de filons d’or dont la boucle laissait pendre deux lacets sur un bas blanc impeccable. Sobre et magnifique à la fois, Kinoko les aborda avec un sourire sincère, les yeux braqués sur eux avec insistance.

[Kiniko] – Iki, Naisen. C’est un plaisir de vous revoir.

Ils sourirent d’un même concert et se baissèrent poliment.

[Iki] – Où est Keira ?

La jeune femme haussa les épaules.

[Kinoko] – Probablement en train de régler quelques affaires dont aucun de nous ne voudrait s’occuper. Comment allez-vous ?

[Naisen] – Jusqu’à aujourd’hui, plutôt bien, merci.

[Iki] – Comment trouves-tu ces magnifiques toges ?

Kinoko échappa un petit rire satisfait. Elle ferma les yeux en guise d’acquiescement et resta muette. Ils se reportèrent sur l’assemblée qui continuait de gronder, une boule au ventre grossissante. Iki se rapprocha doucement de son oreille, tout en ne lâchant pas quelques visages du regard.

[Iki] – Il va bien ?

La dernière fois qu’il l’avait vu, Iki n’avait pas vu de changements critiques. Son sentiment était toujours le même, Benkei était une montagne, une montagne inébranlable, que rien ni personne ne pouvait faire tomber. Il avait peut-être fui Konoha, on avait peut-être capturé sa fille, il n’empêchait. Akogare et lui l’avaient trouvé en vie, et dans une forme, sinon resplendissante, bien réelle. Iki ne doutait pas que la situation que devait subir le vétéran n’était pas tout à fait habituelle et qu’elle sortait de l’ordinaire. Néanmoins, il espérait que Benkei trouve en lui assez d’expérience et d’énergie pour s’en sortir indemne et pénétrer dans l’esprit des gens avec cette force et cette profondeur qui lui étaient propres.

[Kinoko] – Il va bien, il se prépare. Benkei a failli devenir Kage une fois et je pense qu’il aurait accepté s’il l’avait pu.

Elle toussota discrètement, le poing fermé devant sa petite bouche féminine.

[Kinoko] – Je doute que la réunion d’aujourd’hui ne l’affecte beaucoup. Il ne serait jamais revenu s’il ne s’était pas senti près à jouer un rôle dans son village.

[Iki] – Je sais.

Kinoko eut un petit sourire amical qu’elle partagea au lion.

[Kinoko] – Tout va bien se passer, ne t’inquiète pas.

Iki eut un sourire moqueur.

[Iki] – J’ai vraiment l’air de m’inquiéter ?

[Kinoko] – Oui, Iki, oui. Vous aurez aussi votre rôle à jouer, aujourd’hui.

Naisen se joignit à eux, l’air toujours affuté et concentré.

[Naisen] – Comment ?

[Kinoko] – Personne n’en sait rien. Vous n’êtes pas là par hasard, je ne suis pas là par hasard. Akogare avait prévu que cela se passe ainsi. Peut-être pas aussi précisément, mais si nous sommes tous réunis ici, c’est qu’il savait que nous serions décisif, un moment ou à un autre. La battue n’était qu’un détail, un détail nécessaire mais un détail tout de même. C’est maintenant qu’il va falloir montrer ce que nous vallons.

Elle passa une main réconfortante sur leurs deux épaules et s’apprêta à s’éloigner d’eux.

[Kinoko] – Et je suis intimement persuadée que vous trouverez le moyen et le moment.

Iki se rendait compte seulement maintenant à quel point Konoha n’était pas seulement un village militaire. Bien sûr, il ne s’était jamais battu pour quelques idéologiques de pouvoir qui ne l’intéressaient pas, qui l’avaient détruit, lui. C’était perché sur les gradins de l’arène du village qu’il pouvait scruter l’ensemble du village, ses multiples ruelles ombrées, ses habitations, ses commerces. Konoha était un village qui méritait qu’on s’attache à lui pour d’autres raisons qu’une simple capacité à rayonner dans le monde. C’était l’unique raison pour laquelle il n’avait pas fui, et il aurait pu fuir en toute légitimité, Shimenu l’aurait recueilli. Shimenu l’avait toujours recueilli. Mais en tant que shinobi, Iki s’était toujours senti implicitement impliqué dans la défense de sa population, de ce village qui malgré ses balbutiements avait fait le vœu de protéger les âmes qui le composaient. Les gens comme lui avaient souvent cette fâcheuse tendance d’oublier d’où ils venaient, ce qui les construisaient ; ce qui faisaient d’eux des commandants. C’était, à son avis, ce qu’Akogare avait voulu leur exprimer. Konoha avait besoin de commandant et pas de simples tueurs capables de réaliser une multitude de contrats en moins de temps qu’il ne fallait pour le dire. Iki ne se retrouvait pas simplement dans la totalité de l’entreprise montée par le Hyuuga. Bien sûr, chacune de ses paroles lui avait paru sensées et il avait acquiescé comme les autres. Mais il n’était pas là uniquement pour ça.

Il était là parce qu’un homme avait décidé de partager un peu de son pouvoir avec d’autres hommes et d’autres femmes afin qu’ils se battent pour leurs propres idéaux. La politique d’Akogare n’avait ni plus ni moins que cela. Un partage. Il ne doutait pas que Naisen, Kinoko, Benkei, Kato, tous avaient leurs propres ambitions. On leur offrait simplement l’opportunité de les réaliser dans un socle commun. Et Iki ne lâcherait pas cet os. Le cauchemar qu’il avait vécu et qu’il continuerait probablement de vivre était sa seule motivation. Et sous sa toge blanche et digne, son principal combat serait d’éviter aux âmes de ce monde de vivre la même chose. Il ne se rendait compte que maintenant que le pouvoir lui permettait de réaliser ce souhait à une échelle qu’il n’avait jamais pu imaginer. Là où il aurait du se battre, seul, pendant de longues années.

La porte du bureau de Keira s’ouvrit. La vieille femme en sortit avec le même visage grave et sérieux, accompagné de Benkei, drapé d’une grande toge blanche égale à la leur. Sa capuche était rabattue sur sa tête et lui donnait un air d’autant plus mystérieux. Naisen et Iki eurent un petit sourire satisfait qui, inconsciemment, leur plut. Les bouches se turent et les yeux se braquèrent lentement vers eux. Un silence de plomb prit la salle dans sa tourmente et, avec une infime délicatesse, Benkei découvrit son visage.

[Keira] – Mesdames, Messieurs, merci d’avoir répondu à cette invitation.

Ce n’en était pas vraiment une.

[Keira] – Je vous prierai de bien vouloir rejoindre votre siège afin que nous puissions commencer la réunion.

D’un pas silencieux, chacune des personnalités présentes dans la salle du conseil s’installèrent à leur guise sur un fauteuil confortable, positionné juste devant un petit écriteau portant leur nom. Plusieurs d’entre elles n’eurent aucune difficulté à trouver leur place, indiquant clairement leur habitude à siéger ainsi. Iki et Naisen s’avancèrent discrètement, conscients que leur apparat les liait directement à Benkei, vers qui toute l’attention était à présent tournée. Ils n’y prirent pas attention et s’assirent tous deux à droite du fauteuil qui attirait toutes les convoitises. Lentement, les figures tendues des invités se contractèrent un peu plus à mesure que les corps s’affalaient. Keira rejoignit tranquillement sa place. Son visage semblait étrangement reposé et calme. Uuegi et Baiko la rejoignirent machinalement, sans ouvrir un mot, délaissant cordialement leurs conversations.

Et une nouvelle fois, le siège de pouvoir restait vide.

MessageSujet: Re: SK - Une feuille de printemps   Lun 20 Juin - 17:14

Kinoko n’avait jamais imaginé à quel point elle aurait pu changer le visage politique et combien ce même visage pouvait, devait être changé. Pour beaucoup de personnes, l’échec de Kuronishi avait été consumé et la stabilité du village ne devait plus reposer uniquement sur les épaules du Haut Conseil. Sur les épaules de Keira Azaguri, en somme. Ils étaient nombreux, comme elle, à percevoir ce monde-là évoluer, le voir peu à peu s’insérer dans une neutralité latente. Konoha avait gardé le silence durant cinq ans. Malgré la haine et la colère qu’avait pu provoquer l’apparition d’un homme comme Kuronoshi au siège de Hokage, malgré l’espoir et le chaos que sa disparition provoqua, malgré l’attaque d’Asahi, Konoha n’avait jamais fait que sauver les meubles et montrer à ses alliées, Kiri et Kumo, que malgré les aléas de la vie – et il y en avait tout un tas – Konoha était toujours là. Le visage fier. Les épaules hautes. La poigne solide. Mais la bouche fermée. La bouche irrémédiablement close, un seul message décrit par un bref coup d’œil. Ne nous oubliez pas, nous sommes là. Un jour, nous reviendrons. Les Yamanaka n’avaient jamais activement contribué à ce que ces langues se délient, à ce que les esprits se révoltent, s’indignent, se relèvent des douleurs du passé. Parce que c’était bien de cela dont il était question. Du passé, et uniquement du passé. Des souffrances que chaque maille qui composait Konoha, que chaque clan, chaque entité, avait endurés. De la peur de voir ce passé là les rattraper. Qui empêcherait une nouvelle tête insolente frapper le bois de la table du Haut Conseil ? Elle. Elle le ferait aujourd’hui. Probablement parce que si Kuronishi réapparaissait, elle ne serait plus seule. Et malgré tout le bien qu’elle pensait de Keira, elle la savait faible. Là où Iki, Naisen, Benkei et Kato ne le seraient jamais. Jamais assez pour que cette situation ne se répète une nouvelle fois.

Akogare avait mis un sacré coup de pieds dans une fourmilière qui ne demandait qu’à être chahuter. Beaucoup de personnes s’étaient attaché à une idée qui était devenue presqu’unanime dans tout Konoha : Kuronishi Sanabi avait été une erreur, une grosse erreur, Ryushi Aburame, son prédécesseur, l’homme d’un jour que la tendance idéaliser. Une grande majorité de ces personnes ne se rendaient pas compte à quel point Akogare pouvait être différent de Rysuhi, à quel point ils s’apprêtaient à révolutionner un monde, un système, plus qu’un village. Mais les aléas politiques des clans avaient toujours mis au centre du processus leurs petits caprices. Ryushi avait eu la délicatesse et la sagesse d’esprit de résoudre ce problème latent. Akogare l’avait imité. Mais il ne s’arrêterait pas là.

Elle non plus.

Le vacarme incessant s’était tu. Même les regards criaient en silence, dévisageant le siège royal, vide. Les verres tintaient, les dossiers filaient entre chaque main. Quelques figures restaient placides et d’un immobilisme froid, d’autres s’animaient d’un énervement que Kinoko mettait sur la tension générale qui n’arrêtait pas de grimper. Benkei et Keira s’assirent de l’autre côté de la table, à gauche de la place attendue par tous. A droite, Iki, Naisen, Kato, et elle, qui semblait mêler à eux par un lien que personne ne saurait décrire. La place d’Akogare restait vide mais le Hyuuga avait simplement besoin de son nom inscrit sur son écriteau pour que l’assemblée ressente sa présence. Les représentants des clans continuaient de poursuivre l’ovale de la grande table, de part et d’autres du Haut Conseil et des acteurs de la battue et la dizaine de seigneurs du Pays du Feu, vêtus de longues toges blanches aux coutures rouges terminèrent de compléter la scène, entourant Takedana Koge et son fils. Le silence se fit facilement. Kinoko choisit ce moment pour se lever et leur jeter un regard solide et assuré. Un à un, ils comprirent.

[Kinoko] - Voila deux semaines qu’il règne dans ce village et dans ce pays, un silence calme et impérieux. Deux semaines que les regards sont braqués sur nous, sur ce que nous représentons, sur ce que nous avons prévu de faire. Je ne doute pas de vos capacités d’anticipation, Daimyo, et je pense même que vous avez été l’un des tout premiers au courant, à comprendre, ce qui se tramait. Depuis le départ de Kuronishi Sanabi, Konoha vit sans chef et sans tête. Le travail du Haut Conseil n’était pas de régner, il était de s’occuper des bonnes affaires de ce village, ce qu’il a fait avec brio. Aujourd’hui vient le temps du renouveau, le temps des choses qui changent. Ce siège, que vous miroitez tous, restera vide, éternellement, pour que nous n’oublions jamais ce que le pouvoir a détruit, ce que le pouvoir nous a tous pris. L’important n’est pas le fauteuil, l’important est ce qu’on en fait.

Une incompréhension étrange parcourut la salle. Cette incompréhension s’était nettement matérialisée par la présence de Benkei et de Kinoko, tous deux prétendants au statut de Kage. Les hommes et les femmes du Pays du Feu et du village n’étaient pas des imbéciles et lorsque les forces d’Akogare s’étaient mises en mouvement, nombre d’entre eux imaginaient déjà que de la traque qu’ils menèrent, une personnalité viendrait s’affirmer. La discrète mission menée par le Hyuuga et Iki Namikaze fut très vite révélée lorsque le visage de Benkei réapparut. Un visage que beaucoup avaient oubliés, que d’autres ignoraient mais un visage que le sannin arrivaient à ancrer dans l’esprit des gens avec une facilité déconcertante. Kinoko quant à elle, jouissait du statut de Souffleuse de Vide que Keira avait approuvé et qu’Akogare avait utilisé et mis en avant. Le dernier Souffleur de Vide que le village n’est connu était Eichi Yamanaka et il reflétait une période politique saine et droite. Une période emplie de bavures, parce qu’il n’en existait pas de parfaite, mais le seul investissement que les proches et les ancêtres de Kinoko n’avait jamais fait dans la politique de ce village, ils l’avaient fait avec brio. Kinoko, dans sa seule présence, était un symbole, représentait une idée, une idée que de nombreuses personnes approuvaient. Et s’ils ne l’approuvaient pas, ils savaient qu’elle saurait trouver le talent pour les y assouvir.

Le message était fort, mais ses conséquences restaient irrémédiablement floues. La crainte que l’on portait au Yamanaka était réelle et elle était compréhensible. Les preuves de leur compétence au pouvoir étaient restreintes, uniquement centralisées en la personne d’Eichi. Et si Kinoko n’était pas assise sur ce siège somptueux, elle était celle qui s’était levée, elle était celle qui bravait leur regard et elle était celle qui n’avait plus peur de parler du passé avec une violence froide et gênante. Une violence qu’elle avait cru nécessaire.

[Kinoko] - Depuis trois ans, ce qui a fait la force de notre village est brisé. Konoha est un village jeune, un village qui s’est construit rapidement sur des fondations puissantes mais instables. Nous sommes tous liés à un clan, à une entité de pouvoir et c’est sur cette force que nous avons su exister. Les Hyuuga, les Uchiha, les Senjago, tant de noms qui rayonnent dans notre histoire. Des noms qui ont remportés des guerres et qui en ont perdus. Mais de quoi se souviendrons-nous d’eux ? De la fierté platonique des Hyuuga ? De l’orgueil démesuré des Uchiha ? Du retrait forcé des Aburame ? De la crainte que l’on porte aux Yamanaka ? De la faiblesse qu’on pense lire dans les yeux des Inuzuka, des Nara et des Akimichi ? Vous qui êtes les représentants de vos clans, vous avez accepté de venir ici pour que des problèmes auxquels nous sommes confrontés naissent des solutions. Et il aura fallu attendre qu’un homme providentiel vienne vous mettre le couteau sous la gorge pour que tous en preniez conscience. Hiei, Kuzako et les autres, ne croyez pas que l’avenir sera meilleur par ce simple fait. Vous avez beaucoup fait, il y aura encore beaucoup à faire et Konoha ne tolèrera plus vos balbutiements. J’ai grand espoir qu’à l’avenir, nous serons tous liés, les uns aux autres, pour former quelque chose de grand, comme nos ancêtres l’ont fait avant nous. Néanmoins, j’aimerais que vous en preniez conscience. Konoha ne laissera plus les grands piliers de son histoire s’égarer dans quelques voix malheureuses. Je tenais à ce que vous l’entendiez de ma propre bouche.

Elle marqua une pause et fit passer une main tremblante mais discrète le long de sa chevelure blonde.

[Kinoko] - C’était le premier point que je voulais aborder.

Konoha était une construction merveilleuse. Tangible, instable, parfois destructrice, mais son histoire faisait de ce socle une impressionnante machine politique. Lorsque qu’Hishomaru Senjuu s’allia avec le Daimyo, lorsqu’il réunit les grandes familles du Pays du Feu, lorsqu’il leva les premiers remparts du village caché de la feuille, il ne prit pas uniquement le pari de former l’une des plus grandes puissances du monde shinobi. Il comprit que les innombrables guerres et conflits qui tâchaient d’un sang indélébile le pays n’avaient aucun sens et que la proposition qu’il fit à chaque clan qui composait aujourd’hui la structure sociale de Konoha, ferait l’unanimité. Parce que le village était jeune. Parce que les guerres n’étaient pas assez vieilles pour créer une maille culturelle. Ce n’étaient que de brefs conflits d’intérêts qui marquaient la recherche d’une puissance que les clans n’avaient pas mais que les Senjuu promettaient de leur donner. Ensemble. Konoha avant Konoha n’existait pas. Leur histoire, à tous et à toutes, commençaient ici, sur une date connue par le monde entier. Du passé, il n’y avait rien, sinon un état latent de faiblesse. Kinoko, comme Akogare et comme Ryushi Aburame avant eux, comprit très vite que si chaque clan se battaient éternellement pour leurs intérêts, s’ils défendaient leur histoire, leur place, qu’il reflétait chez eux une fierté parfois mal placé mais souvent légitime, les innombrables conflits qui les agitaient n’étaient jamais assez profond que l’alliance qu’ils avaient tous conclus. Il y a soixante dix ans. Malgré leurs influences éparses, les clans s’étaient toujours soumis à ceux qui leur rappelaient que seuls, ils ne seraient rien. Il suffisait d’un peu de légitimité, d’un peu de charisme.

Et d’une assurance mécanique. Ne pas se laisser soumettre. C’était le plus grand défi de la Yamanaka.

[Kinoko] - Il y a deux semaines, Akogare Hyuuga s’est entretenu avec nombre d’entre vous. Il a rallié diverses personnalités afin d’organiser une battue qui visait à réduire au silence deux déserteurs qui menaçaient l’intégrité politique de notre village : Hana Shinratsu et Shinizu. Avec l’aide du clan Senjago, de l’Ecole des Six Lions, de la Compagnie du Renard, des clans Yamanaka et Aburame, avec l’aide de Kato Sano, de Benkei Orochi, et d’autres personnalités importantes et nécessaires à la vie de notre village, Akogare a réussi à mettre un terme à ces menaces et à porter un message fort à chacun d’entre nous : ensemble, nous ne sommes pas plus forts, mais nous sommes capables. Quelques soient vos idéaux, vos sympathies et vos antipathies, sachez qu’il existe, partout dans les rangs de nos académies et de vos familles, des hommes et des femmes capables de réussir ces choses là, capable de posséder assez de cohérence et de logique pour comprendre que Konoha a besoin d’eux et que Konoha n’est pas, et ne sera dorénavant plus une vulgaire marchandise, une arme facile, un mercenaire cédé au plus offrant. C’est le deuxième point de cette réunion et il est le plus important.

Elle se tourna vers les seigneurs et son regard toisa tout particulièrement celui de Takedana et de son fils, Tokeda, dont elle connaissait les ambitions et devinait son avenir proche au sein du Pays du Feu. Un avenir qui ne lui plaisait guère.

[Kinoko] - Takedana Koge. Vous êtes le seigneur du Pays du Feu. Vous avez activement participé à la construction de ce village. Vous avez été celui qui a nourri nos caisses afin que nous protégions votre peuple, le peuple de notre pays. Vous êtes resté impeccablement muet après la chute de Ryushi Aburame. Vous ne vous êtes pas fait connaître lorsque Kuronishi Sanabi a frappé cette table sur laquelle vous vous reposez et qu’il s’est imposé à nous. Vous n’êtes pas comme nous, vous ne le serez jamais, néanmoins je n’ai pas oublié votre part de responsabilité. Il y a quelques jours, Eichi Yamanaka, Souffleur de Vide de Sandaime, Keira Azaguri, chef du Haut Conseil, Akogare Hyuuga et Benkei Orochi, tous deux Sannin de ce village, m’ont proposé le poste d’Hokage sans vous en demander la permission, ni même l’avis là où votre vote avait toujours compté par le passé. Prenez cela comme un avertissement de notre part et comme la première pierre d’un nouveau village. Le Konoha que vous avez fait naître va changer et il ne ressemblera en rien à celui que vous aviez vous-même enfanté. Nous serons toujours là, à n’en pas douter, pour protéger les frontières de votre pays mais il nous a semblé que notre objectif n’était entièrement vôtre, que vos participations financières ne suffiraient pas à subvenir à un seul besoin de puissance militaire. Nous ne sommes plus et ne serons jamais plus, un jouet. Moi, Godaime Kinoko Yamanaka, Hokage de Konoha, j’en fais le serment.

L’annonce fut rude. Kinoko ne trembla pas, le teint de sa voix resta constant, immuable comme si rien n’aurait pu l’atteindre. La réaction des gens ne lui faisait pas peur, elle lisait en eux comme dans un livre. Certains avec une difficulté accrue, mais peu importait, elle devinait leurs sentiments à son égard et aucun d’eux n’exprimait le moindre esprit de contestation – sinon Takedana et sa troupe de seigneurs féodaux, mais cela n’avait rien de surprenant, bien au contraire. Les seules craintes de Kinoko se portaient sur son avenir, sur ce qu’impliquait son ton solennel et autoritaire. Un ton qui ne lui laissait pas la moindre marge d’erreur. Le pari qu’elle prenait en donnant toute sa confiance à Akogare n’était pas aussi perceptible par les autres que par elle, et par une minorité de shinobi. Ils se rendraient très vite compte que les décisions qu’ils prenaient, ensemble, dépassaient de très loin les ambitions exprimées et réalisées par Ryushi Aburame en son temps. Leur ignorance lui conférait un filet qui s’envolerait très vite, les laissant seuls sur une fragile tige de bois. Akogare serait toujours un filet, ils en étaient conscients. Mais Akogare ne serait pas éternel et le Hyuuga avait bien d’autres projets en tête.

Kinoko avait décidé de ne plus mâcher aucun de ses mots. Konoha devait opérer un virage décisif dans son histoire, retenir des choix qui pouvaient paraître autoritaires et qui l’étaient sûrement, mais Kinoko était conscient qu’elle ne pourrait pas atteindre son objectif sans imposer une certaine façon de penser aux gens. Une manière d’agir qui deviendrait, avec le temps, un reflexe humain. Son attitude vis-à-vis du Daimyo était certainement la plus tranchée. Il composait à lui tout seul le deuxième gros morceau de leur élan, là où l’ardeur des clans avait déjà été calmée par l’initiative d’Akogare. Bien sûr, elle n’avait pas oublié de leur rappeler leur devoir envers Konoha et leur soumission au Kage, une soumission qu’elle espérait transformer en un soutient spontané. Mais il était surtout temps que Konoha s’impose, que Konoha s’exprime et pour cela, la famille Koge n’était plus utile. En vérité, il était un obstacle. Takedana avait d’abord vu Konoha comme un obstacle. Un obstacle qu’on lui avait imposé de surmonter parce qu’il est des choses qu’il impossible de nier, le temps le lui aurait appris assez vite. Mais il avait très vite compris les profits qu’il pourrait en tirer et qu’il en tira, très certainement. La libre expression du village passait par son indépendance. Et son indépendance découlait directement d’une confrontation avec le Daimyo. Une confrontation qu’elle remporterait, quoi qu’il lui en coute.

[Kinoko] - Le monde shinobi tel que nous le connaissons n’est pas beau. Il n’est pas le monde que les contes décrivent, il n’est pas celui que la majorité d’entre nous espère vivre. Nous nous en contentons et nous le subissons, avec réussite puisque nous sommes aujourd’hui toujours là pour en parler. Il est grand temps que ce monde change et que nous le façonnions à notre image. Un monde régi par des lois cohérentes, par des hommes cohérents et par une politique cohérente. Il ne sera plus question de former des machines de guerres psychopathes et névrosées. Il ne sera plus question de fermer les yeux sur des missions proposées par des petits princes dont les pantalons n’ont jamais assez de poches pour porter tout leur argent. Nous sommes une entité et une entité possède une âme et une conscience qui lui est propre. Konoha n’a plus besoin de shinobi, il a besoin de commandants qui puissent comprendre la portée de leurs actes, qui puissent d’eux-mêmes s’opposer à une idée parce qu’elle ne leur serait pas moralement acceptable. Notre mission deviendra celle de protéger, de former et de faire vivre.

Elle reprit rapidement sa respiration et continua. Les regards interloqués de l’assemblée exprimait clairement son élan, mais ils restaient perdus dans un flou qu’elle savait bien réel. La philosophie qui devait être la sienne et plus tard, celle de tout le village, puis de tout le système shinobi, n’avait jusqu’alors rien de clair ni de concret. C’était un discours, une vaste épreuve de persuasion dont les actes se traduiraient, plus tard, par des actions décisives qui viendraient parachever son œuvre. Leur œuvre. Mais cela, il fallait s’appeler Akogare Hyuuga pour le réussir et elle laissa s’échapper la peur de devoir réaliser seule ce qu’elle leur promettait.

[Kinoko] - Je désire, et je mettrai toute mon énergie à cela, que Konoha ne respire plus que d’un seul souffle. Ce n’est pas simplement un souhait, c’est une réalité. Quoi que vous puissiez en dire, quoi que vous puissiez vivre et constater, notre village n’a jamais connu comme pire catastrophes que des luttes intestines, des rivalités grotesques et des politiques stupides qui n’ont menées qu’à un état de faiblesse dangereux, mais pas mortel. Là où d’autres villages cachés de renoms ont côtoyé la guerre civile, les ravages de la solitude, la destruction pure et dure et les complots politiques. Nous nous sommes tous liés, il y a des dizaines et des dizaines d’années pour former cette entité qui a pris le nom de Konoha et nous nous sommes tous attachés, malgré nos différences. Ce nom, n’a jamais, jamais été remis en question par qui que se soit.

Il lui sembla que Kuzako baissa discrètement la tête. Le regret. Voilà ce qu’elle exprimait. La jeune Uchiha n’était pas sortie aussi indemne qu’elle voulait bien le laisser penser de la réforme de son clan. La rencontre entre Takeshi et Akogare fut âpres, mais Kinoko ne s’était pas attendue à ce quel le vieil homme ne se laisse faire facilement. Néanmoins, elle avait espéré qu’elle et Shinzei s’opposent plus rapidement et plus violemment à leur éternel chef. Le problème Uchiha avait fait partie des gros morceaux de la tournée d’Akogare. Un morceau qu’il aurait balayé avec une facilité déconcertante si la jeune femme ne s’était pas levé, au dernier moment. Hiei restait impeccablement fixé sur elle. Elle doutait que ses paroles l’atteignent réellement. Hiei n’avait, selon Akogare, jamais été un homme stupide. Les Hyuuga ont toujours eu cette dignité envers leur village qu’elle ne pouvait nier. Ce qu’elle voulait exprimer, les Hyuuga en étaient pleinement imprégné. Il lui sembla tout de même important de leur rappeler.

Parce qu’elle n’hésiterait plus, dorénavant, à les punir leurs erreurs. Hyuuga ou non.

[Kinoko] - De ce fait, l’administration du village va être modifiée afin de se conformer au mieux au message que je désire vous transmettre et au message que nous désirons transmettre au monde. Le Haut Conseil va enfin retrouver la place qui lui sied. Keira Azaguri continuera de le diriger, accompagnée de Benkei Orochi et d’Eichi Yamanaka. Ces trois personnalités ont toujours saisi les moments opportuns pour prendre les bonnes décisions. Le Haut Conseil ne cessera de m’informer et de me conseiller, comme il l’a toujours fait par le passé. L’Assemblée des Juunin a été crée sur mon initiative, celle du Haut Conseil et celle d’Akogare. Elle vise l’intégration pleine et entière de ceux qui mènent la vie militaire du village. Les Juunin doivent trouver dans leur statut une fonction qui aurait toujours du être la leur : commander. Ils seront une force de proposition essentielle et nécessaire et géreront l’ensemble de la vie militaire. Enfin, le Kansei Sosen accueillera chaque représentant de chaque organe de pouvoir et de décisions du village. Les clans, alliés et organisations pourront y être rassemblés sur l’initiative de chacun. Le Kansei Sosen est une assemblée mouvante et immortelle. Elle portera votre nom, votre flamme et reflètera votre volonté. Elle ne sera pas permanente mais ponctuelle, vous permettra de s’adresser à moi sur un point qui lui aura paru important et fera office de relais entre vous et moi.

Ses sourcils se froncèrent.

[Kinoko] - Le Kansei Sosen est une vieille tradition Senjuu. Ces hommes ont été les premiers à nous trouver et à nous rassembler. N’oubliez jamais leur présence et faite leur honneur.

Kinoko se rassit et se plongea dans une lente torpeur. Elle reprit un souffle régulier et ses épaules se relâchèrent, soulagée. Elle n’avait rien écrit, rien préparé. Les paroles sortaient de sa bouche comme un flot inondant leurs esprits par vagues. Des vagues qu’elle avait maîtrisées à la perfection. L’intention n’était pas de les diriger, seule, contre tous, mais de leur exprimer un souhait, une culture, une nouvelle vision de leur monde. Une vision commune qui parviendrait tous à les souder, pour en finir avec leurs anciennes rivalités et leurs conflits puérils. Il était temps que Konoha brille et Konoha avait besoin de ses clans et de ses forces pour cela. Mais Kinoko se passerait d’eux pour briller s’ils ne désiraient pas se soumettre à cette importante remise en question qu’elle leur proposait de faire. Sur eux-mêmes. Akogare l’aiderait. Iki et Naisen l’aideraient. Au final, ils l’aideraient tous. Elle l’espérait.

Konoha doit briller. Parce que ce monde ne leur plait pas. Et il est grand temps que quelqu’un se lève pour le changer.

MessageSujet: Re: SK - Une feuille de printemps   Mar 5 Juil - 19:41

Le visage de Takedana Koge s’était indéniablement fermé. Keira l’avait tout à fait ressenti parce que, d’après son expérience, elle n’avait pas à se soucier ni de la réaction des clans, ni de celles des alliés de Konoha. Kinoko arborait, à son sens, le visage nécessaire à ce que le processus soit clos et que par ce simple discours, un à un, ils se plieraient à sa volonté. Kinoko ne leur avait pas mis le couteau sous la gorge comme Akogare avait pu le faire avec certains. De leur longue ascension vers le pouvoir, elle ne se souvenait pas l’avoir vu menacer quiconque, Takeshi Uchiha mis à part. Ils avaient exposés leur projet, de la plus simple des manières et tout à fait naturellement, Konoha leur avait donné un choix : le choix de participer, ou non, à l’effort que le village devait subir pour se relancer. Pour se lancer, trouvait-elle plus juste. Ils avaient tous répondu présents, c’était la première partie de leur acceptation. Et de ce qu’elle pouvait en voir, ils ne feraient rien d’autre qu’un hochement positif et silencieux de la tête, en signe d’acquiescement. Kinoko ne leur imposait rien, sinon sa seule présence et la mise en place sa politique. De leur politique. Pour cela, bien sûr, on ne leur avait aucune marge de décision mais, comme elle s’y attendait, ils comprendraient, le moment voulu. Et c’était ce moment qu’elle avait choisi. Keira savait tout cela et elle ne s’en était pas fait plus qu’à l’habitude, tablant sur les compétences rhétoriques de la jeune femme. Les Yamanaka ont, d’ailleurs, toujours su trouver les mots adéquats à la bonne formulation de leur pensée et avaient cette fabuleuse capacité de l’arranger au mieux pour qu’elle s’adapte aux oreilles tendues pour les écouter. Non, décidemment, ce qui l’embêtait avait un autre nom.

Takedana Koge n’était pas un adversaire assez solide pour représenter une menace concrète. Le vieil homme avait pour lui une histoire longue et forte, mais comme pour beaucoup d’hommes de ce temps, le passé importait peu et ils ne lui en tiendraient pas rigueur. D’autant que son passé s’entichait de plusieurs mystères indélébiles à l’esprit d’une minorité, des mystères au douces effluves de drague politique et économique que le village ne pouvait plus supporter dorénavant. Il l’avait fait, par le passé, et s’en était toujours remis, mais laisser la famille Koge décisionnaire d’un large pan de la politique de Konoha, s’était abandonner le projet d’une rapide stabilité. Takedana n’eut pas quatre vingt dix ans rapidement. Sa condition de vieillard reculé des réalités du monde dans lequel il évolue n’était pas récente et Keira avait très vite compris qu’elle devrait se passer de lui du mieux qu’elle pouvait, seule ou pouvoir, ou non. Néanmoins, si le regard vaseux du vieil homme ne l’avait jamais inquiété, c’était bien la main mise qu’il possédait sur toute l’économie du Pays du Feu qui l’avait embarrassé. Une main mise qu’il n’avait dorénavant plus et qu’elle savait en possession de son unique fils. Tokeda Koge. L’influence du père n’était pas improbable et la demi douzaine de seigneurs qui l’entouraient lui étaient nécessairement redevables et fidèles. Pour combien de temps, cela, la conseillère l’ignorait et elle ne trouverait rien d’étonnant à ce que cette transition se soit déjà faite et que si Takedana trônait toujours sur son fauteuil de Daimyo, il n’en possédait plus aucune ficelle. Non, décidemment, ni elle, ni Kinoko n’arrivaient à s’ôter de l’esprit que s’ils lui étaient tous fidèles, ils n’attendraient pas que Tokeda répète deux fois sa proposition pour le laisser tomber, trop faible, sur le sol marbré de son palais pour continuer leurs petites vies d’économistes engourdis.

[Takedana] – Kinoko Yamanaka, vous êtes nécessairement une femme de sagesse. Je n’ai jamais douté que Konoha possédait de telles ressources parmi son vivier et je regrette, amèrement, de ne pas avoir compris une telle chose, quelques années plus tôt. Peut-être, aurions-nous pu éviter les désagréments politiques qu’ont connus ce village, si tel avait été le cas. Néanmoins, je vous trouve bien peu agréable envers mon autorité.

Il marqua un temps d’arrêt pour retrouver sa respiration. Le vieil homme conservait ses deux mains closes, ses doigts enlacés les uns dans les autres et son grand chapeau légèrement penché vers le dos de son crâne, dévoilant une chevelure blanche éparse et fine que l’âge avait puissamment dégarnie.

[Takedana] – Les accusations que vous me portez ne sont pas tolérables, Hokage. Le Pays du Feu n’a jamais eu l’intention de laisser son village caché s’effondrer, il ne l’aurait pas fait si cette situation s’était présentée. Le Pays du Feu a pris peur. Une peur … viscérale, lorsqu’il s’est rendu compte des dégâts que vous, shinobi, pouviez causer.

Kinoko sourit. D’un plaisir satisfait. A mesure que la réunion avançait, ses craintes s’essoufflaient pour ne plus représenter qu’un point mécontent dans ses poumons qui l’empêchait parfois de respirer aussi régulièrement qu’elle l’aurait désiré. Un point de côté désagréable mais tout à fait significatif de la tension qu’elle avait jeté sur ce village. La Yamanaka n’avait jamais imaginé qu’une telle entreprise serait aisée et elle s’en satisfaisait ainsi. Son travail ne serait que plus reconnu. Quelque part, elle cherchait ce brin de fierté qui la convaincrait de rester, de saisir l’importance, réelle, de sa participation. Elle jeta un regard passionné vers le siège d’Akogare, toujours vide et son sourire s’accentua. Elle faisait tout cela pour lui, aussi. Un peu. Elle ne pouvait s’empêcher de ne pas se sentir à sa place, de se considérer comme une usurpatrice en repensant à tout ce que le Hyuuga avait construit, détruit, puis reconstruit dans et pour ce village. Il n’y avait, à ses yeux, aucune personne plus apte à prendre les commandes de Konoha. Benkei aurait été un candidat sérieux mais Benkei était vieux et il était resté bien trop longtemps hors du circuit politique, contrairement à Akogare qui, un peu à la manière de Keira, avait toujours sauvé les meubles et frappé juste lorsque les circonstances le requéraient. Ce n’était ni de l’orgueil, ni une quelconque prétention mal placée. Mais le seul sentiment d’usurper la place de quelqu’un et par le même coup, toute la confiance que le sannin pouvait avoir en elle était devenu insupportable. Pourtant, elle comprit. Akogare n’était pas fait pour devenir Kage. Si quelqu’un pouvait écrire l’histoire, il l’aurait faite ainsi et elle aurait toujours le même poste, les mêmes responsabilités et lui … Lui, son siège, vide. Et une aura indescriptible qui planait sur eux tous.

Kinoko était à la recherche de sa légitimité. Pas vis-à-vis des autres – elle l’avait déjà, en réalité – mais simplement pour elle. Parce que se concevoir Hokage était, de loin, bien différent de l’être, dans les faits. Deviner à l’avance la tournure que prendrait cette réunion, prévoir, à quelques mots près, à quelques expressions près, la stratégie du Daimyo était jouissif. C’était un pouvoir qu’elle découvrait, même si, comme l’avait bien précisé à Akogare lors de leur toute première rencontre : « On m’a bien appris. » C’était ce que voulait exprimer ce sourire fier et assuré. Je suis ce que je suis et là où je suis m’importe peu. Je l’ai mérité, pour lui, pour ce village, pour moi, je n’arrêterai pas d’être sûre d’être au bon endroit. Et d’être la meilleure.

La stratégie de Takedana était prévisible parce qu’elle était simplement la meilleure qu’il ne puisse utiliser et au fond, son intention était presque sincère. Konoha était un village caché puissant, un village caché capable de beaucoup de choses ; détruire un monde ferait partie de ses possibilités. La famille Koge n’aurait pas pris l’initiative de le façonner si le temps ne l’y avait pas obligé et si la présence d’Iwa et de Suna ne s’était pas faite aussi puissante à ce moment-là. Chaque ère à ses armes. Les villages cachés devaient devenir la leur, en leur temps. Takedana, comme beaucoup d’autres à travers le monde, n’avait jamais arrêté de jouir autant du prestige de son village qu’il ne le craignait. C’était une relation intangible, aléatoire et terriblement dangereuse. Son silence lors de la prise de pouvoir de Kuronishi était issu de cette pensée. Quelqu’un capable de coller sa tête contre une table et de s’imposer à un pouvoir qui avait été, un mois plus tôt, brillant, performant et cohérent, était nécessairement quelqu’un de particulièrement instable, fort, et surtout craint. Et Takedana n’avait probablement aucune envie de se frotter à une telle personne. Ce qu’elle comprenait. Même si elle lui en voulait de ne pas avoir trouvé la force d’assouvir ses responsabilités vis-à-vis d’eux. Même si chaque shinobi de Konoha pouvait s’en vouloir de ne pas avoir fait de même.

Kinoko ne se laisserait pas duper. Tout cela, elle l’avait anticipé, elle l’avait deviné et si son comportement avait été brièvement étrange ces derniers temps, c’était bien parce qu’elle se ressassait le scénario pré-écrit de cette réunion avec une vigueur qui en disait long sur son implication et sur ses compétences en la matière. Elle n’avait toutefois pas imaginé que le vieil homme puisse aussi facilement se faire docile et poli, là où Keira lui avait très sobrement expliqué qu’il était dans un âge où la conception de la réalité était quelque chose … d’abscond. D’abstrait, pour lui. Non, Takedana avait bien saisi son personnage et il avait, à priori, bien compris qu’il ne pourrait s’opposer à son autorité. S’y assouvir aussi facilement était également une technique, mais là non plus, elle ne se laisserait pas attendrir par le peu de compassion que le daimyo pouvait faussement exprimer. Elle en fut d’abord révoltée. Puis, à mesure qu’elle l’écoutait, elle trouva cela amusant. Et étonnant, de sa part.

[Kinoko] - Vous ne pouvez pas nous demander d’être la menace et la solution qui viendra la résoudre, Takedana. Lorsque Konoha s’est dressé, vous avez utilisé les machines à tuer que nous sommes pour assouvir un pouvoir que vous étiez en train de perdre. Le shinobi est une idée ténue et complexe, il sera de notre initiative de lui donner une définition et de lui instruire la voie à prendre, le chemin à suivre. Votre sentiment est acceptable, parce que ceux que vous considérez comme « nôtres », nous, les shinobi, sommes capables de choses inimaginables. Vous m’offensez, et vous insultez ce village. Nous ne sommes pas des bêtes, nous ne sommes pas des meurtriers. Ne nous comparez pas à ceux qui ne raisonnent que par l’argent et qui vivent de contrats juteux en assommant le monde de leurs manquements moraux.

Elle toussota discrètement. Son sourire ne s’effaçait pas.

[Kinoko] – Pourtant, vous avez raison. Jusqu’à aujourd’hui, ne sommes-nous pas cela ? Des hommes qui remplissent des contrats, des mercenaires ? Notre système est entièrement basé sur ce schéma. Quelqu’un vient, donne de l’argent, un nom et un ordre. Takedana, n’êtes-vous pas en accord avec ce raisonnement ?

Le Daimyo lui jeta un regard soucieux. Loin d’être une bête dont la vie lui échappait, il ne comprenait pas là où la Yamanaka voulait en venir néanmoins … il ne se considérait pas assez stupide pour ne pas être conscient qu’il allait tomber dans un piège. Un piège qu’il savait ne pas pouvoir éviter. C’était ce que la jeunesse qui l’entourait ne comprenait pas. Tokeda lui en voudrait de réagir ainsi, ou plutôt, de ne pas réagir. Mais Tokeda ignorait encore qu’il ne pouvait en faire autrement, d’une manière autrement.

[Takedana] – Si, bien sûr.

[Kinoko] – Répondez-moi franchement : qui a voulu cela ?

Il ferma les yeux et soupira.

[Kinoko] – Vous, seigneur du Pays du Feu. Vous, et entièrement vous.

La boucle était bouclée. Le circuit fermé. Le processus achevé. Takedana rouvrit les yeux dans le seul but de constater sa défaite. Il s’enfonça dans son fauteuil, silencieux. Kinoko fut presque impressionnée de la prestance et de l’intelligence du vieil homme, un homme qu’on avait décrit comme ignorant et simplement … d’un autre temps. Il l’était sûrement, mais il n’avait rien perdu, il avait même gagné, probablement, en sagesse. La Yamanaka ne s’était pas attendue à ce qu’il se soulève, mais elle ne pensait qu’il comprendrait aussi facilement qu’il avait perdu, d’office, qu’il ne pourrait rien faire. C’était un signe, aussi faible soit-il, d’une certaine intelligence et d’un certain courage. Admettre la défaite n’est jamais donné à personne. C’est un sentiment honteux et l’assumer requiert un effort parfois insurmontable.

L’histoire des shinobi était écrite de cette manière. Leur pouvoir était apparu sur l’initiative de certaines personnes aujourd’hui oubliées. Il était apparu aux hommes sans aucune organisation particulière et se répandit de manière exponentielle à la surface du monde. Il profita à d’autres personnes qui en tirèrent un pouvoir absolu et, lorsque l’ère samurai s’effondra, les conflits éclatèrent dans toutes les régions, dans tous les pays, sur tous les territoires avec une multitude d’origines et de causes. L’histoire replongeait dans un chaos que les samurais avaient aboli, par leurs règles et sous leur autorité. Une histoire sauvage et meurtrière s’écrivait alors. La formation des villages cachés répondaient uniquement à un besoin : celui de se protéger, celui de contenir et d’organiser un virus qui se répandait et qui apparut bientôt comme implacable. L’homme a toujours eu cette faculté en lui de faire avec ce qu’il ne pouvait détruire. Et l’homme fit avec le chakra et ses conséquences. La différence fut que les différents seigneurs qui se partageaient le monde ne réitérèrent pas les erreurs du passé et que, si le pouvoir des samurais leur avait échappé, celui des shinobi ne leur échapperait pas. C’était à la fois une question de survie, parce que les shinobi ne semblaient pas assez matures – et en vérité, ils ne l’étaient absolument pas – pour s’ordonner d’eux-même sans passer par le massacre et c’était aussi une question de profit. Organiser un processus, c’est le contraindre à mettre un nom sur des déviances et des déviances, ils en connurent une quantité ahurissante.

La puissance des villages devint impressionnante. Ceux qui n’étaient pas avec ce pouvoir fut très vite considéré comme nuisible et fut chassé. Mais si personne ne put empêcher les shinobi de former de véritables antres militaires, personne ne put empêcher ces déviances de s’organiser elles aussi et de prendre une proportion que peu de gens eurent consciences. C’était cela que Kinoko désirait changer, ce qu’ils désiraient tous changer. Faire évoluer le shinobi. Le rendre autre. Et cela impliquerait que ceux que l’on décrivait depuis toujours comme leurs ennemis, ne le serait peut-être plus.

[Kinoko] – Il est temps que les shinobi suivent leur propre voie. Celle qui sera la leur et non dictée par un autre. Nous continuerons de protéger le peuple du pays du feu contre ceux qui les menacent. Libre à vous de nous soutenir, Daimyo, mais si vous ne ressentez plus ce besoin, je vous en prie, personne ne vous retiendra. Sachez que dans un cas comme dans l’autre, nous n’aurons plus de comptes à vous rendre et votre autorité ne sera plus efficace sur nous.

Elle marque un temps d’arrêt et se tourna, cette fois, vers toute l’assemblée.

[Kinoko] – Konoha va prendre son indépendance. Non pour rayonner à travers le monde, mais pour exprimer pleinement ses idées et ses intentions à tous, ce que nous ne pouvons faire si nous sommes toujours soumis à quelqu’un ou à quelque chose d’autre que notre seule droiture morale. C’est un virage dangereux mais que je compte bien vaincre, avec l’aide de tous. Le village va se dévoiler et ouvrir ses portes à tous ceux qui désireront nous soutenir. A partir d’aujourd’hui, quiconque ne sera plus en accord avec notre politique sera libre de partir, aucun de nous ne le retiendra. Konoha regorgera de ceux qui l’aiment, les autres ne l’intéresseront pas. Toutes les techniques et tous les secrets de notre village ne seront plus d’aucune importance. Nous n’avons rien à cacher parce que nous assumons tout ce que nous faisons. Nous sommes des shinobi, des hommes, des commandants. J’ai l’intime conviction que les gens croient en nous et si tel n’est pas le cas, nous ferons tout ce qui est nécessaire pour que cela soit le cas. Notre seul objectif sera de défendre ces valeurs et cette politique et pour cela, je n’hésiterai pas à prendre les décisions qui s’imposeront à nous.

L’annonce fut violente. Le ton de Kinoko n’était pas autorité, il était convaincu. Ce que la jeune femme désirait plus que tout, c’était qu’on la considère comme étant sûre d’elle, comme étant un vecteur nécessaire et important. Son statut de Yamanaka était, dans cette situation, un obstacle parce qu’elle jouissait d’une réputation préconçue qui interdisait aux gens de croire pleinement en elle. Elle était capable de mentir, d’utiliser les bons mots, de persuader aisément, même de rentrer dans leur esprit pour les faire acquiescer docilement. Ce qu’elle ne faisait pas. Ils devaient ressentir sa droiture, sa justesse, son assurance. Kinoko croyait pleinement en ce quelle disait, en ce qu’elle annonçait et sa vision du monde n’était celle de personnes d’autres. Pas même d’Akogare, bien qu’ils se rejoignaient tous deux. Il lui fallait franchir ce cap. Les yeux s’agitèrent, quelques mots s’échappèrent de bouches ouvertes, chuchotant des expressions diverses. Pendant quelques secondes, une cohue impressionnante s’empara à nouveau de la salle du conseil. Les conseillers, Iki, Naisen et les autres restèrent impeccablement silencieux, continuant de constater les dégâts des diverses annonces faites par Kinoko. Tous n’étaient pas nécessairement au courant de tous les pans de sa politique, néanmoins elle comptait sur eux pour lui faire entièrement confiance ; ce qu’ils firent avec superbe.

Ouvrir le village remettait fondamentalement en question les prérogatives de leur administration. L’objectif était bien trop énorme pour que chacun en prenne pleinement conscience et pour que les chefs des clans ne cèdent pas à une certaine frayeur quant à leur avenir. Tokeda fut le premier à réagir. Il se leva et leur ordonna à tous de se taire. Les seigneurs qui l’entouraient s’exécutèrent, ce qui provoqua un fébrile sourire sur les lèvres de Kinoko. Les autres suivirent, plus par étonnement.

[Tokeda] – C’est votre arrêt de mort que vous signez, Godaime.

Elle haussa les épaules.

[Kinoko] – Rasseyez-vous, Tokeda. Vous n’êtes supérieur à personne dans cette salle.

[Tokeda] – Ne me méprisez pas, Kinoko. Je connais vos combines politiques, je sais de quoi vous êtes capables. Si vous tenez vraiment à votre poste, je vous conseille réellement d’ajuster votre jugement.

[Kinoko] – Ce sont des menaces ?

Le jeune homme fronça les sourcils et précisa son regard sur elle. Il bouillonnait, intérieurement, c’était indéniable et elle le devina facilement.

[Tokeda] – Que ferez-vous lorsque vous serez seul, Hokage ? Lorsque vous ramperez devant les seigneurs de ce pays, ne vous attendez pas à un sourire. Vous ne serez qu’une parmi tant d’autres, qui aura échouée. Que ferez-vous, lorsque ce moment arrivera ?

[Iki] – Je prendrai votre petite tête d’enfoiré, je la mettrai bien au fond de ma main et je l’écraserai contre ce mur. Voila ce que je ferai, moi.

Plusieurs gardes restés en retrait s’avancèrent vers le fils du Daimyo. Ils restèrent droits, immobiles mais la tension qui monta d’un cran n’arrangea rien.

Le lion s’était levé. Il en avait assez entendu et il n’avait pas pu se retenir plus longtemps. Quelque part, il s’en voulait, parce qu’au fond de lui il savait qu’il n’avait aucune carrure politique et que sa participation à cette réunion n’était que purement symbolique. Néanmoins, il ne put s’en empêcher, et il s’en voulait. Pourtant, une sensation suave et chaude inonda son esprit. Ses yeux se dirigèrent vers Kinoko, toujours assise et intensément fixée sur Tokeda dont le visage ne s’était pas détendu. Iki comprit.

[Iki] – Je ne sais pas ce que vous ferez, lorsque cela arrivera, bonhomme, et je m’en fous complètement. Ce que je sais c’est que si vous ne vous asseyez pas maintenant et que vous menacez encore une fois un shinobi de Konoha, quel qu’il soit, vous ne ressortirez pas entier de cette salle.

L’Anbu posa une cigarette sur ses lèvres et l’alluma. Son attitude était provocatrice pourtant Iki arborait un visage clairement nouveau. Une sérénité impressionnante se mêlait à une force d’esprit et un calme effrayant émanait de ses yeux bien visibles sous sa capuche blanche.

[Iki] – Je ne sais pas qui vous êtes ni ce que vous représentez, et honnêtement … J’en ai absolument rien à foutre. Mais ne m’oubliez pas, parce qu’aujourd’hui ou dans un mois, quoi que vous fassiez à l’encontre de ce village, je vous le ferai subir au centuple. C’est une promesse.

Naisen se leva à son tour et releva sa capuche, laissant apparaitre deux petites lunettes noires fièrement posées sur son nez.

[Naisen] – Asseyez-vous, Tokeda Koge, s’il vous plait.

Tokeda émit un petit rire cynique.

[Kinoko] – Voici Iki Namikaze, numéro unique de l’Ecole des Six Lions et Naisen Aburame, fils de Sandaime Ryushi Aburame. Ils ont tous les deux accepté de représenter les leurs et ont activement participé à la battue organisée par Akogare. Aujourd’hui, ils sont le symbole de la jeunesse de Konoha et de ce qu’elle représente à nos yeux. Ce sont des Chikakei. Savez-vous quelle est la caractéristique des Chikakei, Tokeda ?

Il la fixa, tentant de la cerner.

[Kinoko] – Ils tiennent toujours leurs promesses.

La Yamanaka se leva à son tour et le toisa du regard.

[Kinoko] – Les Chikakei sont une organisation officielle issue de notre initiative, à tous. Ils représenteront le souffle d’indépendance de Konoha et ont fait la promesse de toujours défendre la politique du village, de défendre une idéologie et un mode de vie, celui que je veux inculquer à Konoha. Ils ont juré de donné jusqu’à leur vie pour protéger cette idée et je doute qu’ils renient un jour sur cette parole. Je ne suis pas seule, Tokeda, quoi que vous puissiez en penser. Je ne serai jamais seule. Et même si la situation actuelle vous donne la jouissive impression de m’imposer aux miens, vous comprendrez très vite que prendre les clans pour des idiots est une erreur que vous regretterez. Maintenant asseyez-vous et arrêtez d’immiscer le doute et la peur dans l’esprit des commandants de ce village.

Elle se tourna vers Takedana, assis aux côtés de son fils.

[Kinoko] – Takedana, je vous ai demandé de ne plus insulter les shinobi de Konoha. Cette requête tiens également pour votre fils et pour tous ceux qui dépendent de vous. Vous êtes quelqu’un d’intelligent, je suis sûr que vous comprendrez que votre fils manque encore de lucidité et d’expérience. Ne m’obligez pas à prendre des décisions que nous regretterions vous et moi. Je sais que vous comprendrez. Cette réunion est terminée. Je vous remercie d’être venu et de m’avoir écouté. Vous aurez chacun de mes nouvelles très rapidement.

Iki et Naisen se rassirent tranquillement. L’Aburame lui lança succinctement un regard intéressé, presque étonné, mais le lâcha très vite pour croiser celui de Kinoko, un petit sourire confiant sur la bouche. La jeune femme ne regrettait pas. Se confronter à des personnalités comme le fils de Ryushi et le numéro neuf de la Rokushishi Ryu avait été un pari dangereux et elle n’avait pas d’abord pas su si cela avait été une bonne idée. Les conseils de Benkei, d’Akogare et de Keira avaient été décisifs, chacun d’entre eux avaient pu très clairement lui expliquer à quel point ces deux personnages au passé lourd et encombrant pouvaient être des hommes de confiance, des hommes solides sur qui elle pourrait toujours compter ; tout comme eux. Aujourd’hui, elle était pleinement satisfaite de cette décision et si elle sentit bien la gêne du Namikaze lors de son altercation, elle ne lui en voulut pas. En vérité, elle attendait cela, qu’ils se lèvent, qu’ils se montrent, qu’ils mettent les deux pieds dans la sphère politique, parce que ni l’un ni l’autre ne l’avait fait auparavant. Keira l’avait deviné : Takedana pouvait connaître tous les grands monstres du village, il ignorait tout de cette jeunesse fougueuse et puissante qui grimpait peu à peu les échelons de Konoha. Elle, Benkei, ils étaient tous issus du même prototype, la politique ne laissait que très peu de place à la liberté d’expression et les stratégies n’étaient pas multiples. C’était cette jeunesse et l’assurance avec laquelle ils toisaient le monde qui les dérangeraient. Personne n’avait, jusque là, réussi à menacer aussi sèchement un seigneur du pays du feu et, à bien y réfléchir, c’était une bonne chose, aujourd’hui. Seul Akogare en était capable, même si sa langue n’aurait pas fourché aussi violemment que celle de l’élève de Kawazi Oto. Voilà ce à quoi ils s’attèleraient. Quoi qu’ils puissent en penser, le Hyuuga était un exemple. Keira avait vu assez de personnes défiler dans son bureau pour savoir que Naisen comme Iki prenaient le même chemin que le sannin. Et c’était une bonne chose.

Konoha avait besoin de changement. Ils n’y avaient qu’eux qui pourraient le leur proposer. Akogare avait fait le gros du boulot. Kinoko n’aurait plus qu’à terminer le travail pour commencer à réformer le fond de leur problème. Et les Chikakei feraient toujours en sorte qu’elle ne se sente pas seule. Parce que c’était la seule chose qu’elle craignait. Sa seule faiblesse. Elle les regarda tous quitter la salle, confortablement assise au fond de son fauteuil. Elle soupira et lâcha une grosse bouffée d’air, soulagée. Konoha avait besoin de changement. Le bourgeon éclatait, une fleur allait apparaitre. Ensuite, ils mangeraient son fruit. Avec un plaisir partagé. Un printemps nouveau pour un village nouveau. Un printemps salvateur.
Contenu sponsorisé



MessageSujet: Re: SK - Une feuille de printemps   

Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Soumission au parlement de la feuille de route du gouvernement et des ministeres
» Kirk Mueller quitterait le CH au printemps .. !
» Le printemps du cinéma
» Matin de printemps...
» Une nouvelle amitiée [.Nuage de Glace -Feuille de miel]

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Ryoma - Le forum des Shinobi :: Ryoma 1.0 :: Quartiers Nord-