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 Les Rois sous la Montagne

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MessageSujet: Les Rois sous la Montagne   Mer 8 Juin - 20:42


Les Raisins de la Colère


La cage était à peine assez grande pour les deux enfants qu’ils étaient. Car il s’agissait bien d’une cage, une prison, comme il en existait des dizaines et des dizaines dans l’entrepôt obscure. Des petites, comme celle-ci, des plus grandes pour les adultes, et des gigantesques pour les quelques monstres que la nature avait engendré. Toutes avaient trouvé des occupants à leur mesure. Des hommes, des femmes, des enfants, des adultes, et même des vieillards capturés aux quatre coins du pays, et plus loin encore. L'enfant, dont le dos arrondis s'était niché entre deux barreaux élimés, resserra un peu plus son étreinte autour du corps endormi de sa petite soeur. Il essaya tant bien que mal de se concentrer sur sa respiration, mais les cris emprunt de désespoir qui transperçaient le silence pour se répandre en échos dans tout l'entrepôt l'en empêchait. Il avait peur. Une peur qui agitait ses jambes d'interminables frissons, faisait battre son coeur à un rythme démentiel, et engendrait d'insupportables gouttes de sueur le long de son front et de ses tempes. Jamais il n'avait eu autant peur de sa vie. Jamais. Elle imprégnait chaque parcelle de son corps, imbibait si profondément sa chair, que lui aussi voulait en crier. Mais quelque chose l'en empêchait, un genre de nœud autour du ventre qui le tenait assis là, recroquevillé dans l'obscurité d'un monde où il n'avait pas demandé à naître.

A son age, la mort était un mot qu'il ne connaissait pas, un concept sur lequel ne reposait aucune image. Il ne connaissait qu'une peur extrême, une peur qui le pétrifiait à chaque fois qu'il l'imaginait. Qu'on lui arrache sa soeur, voilà quelque chose qu'il redoutait. Ne pas pouvoir la protéger, l'abandonner aux mains de leurs ravisseurs, cela il ne pouvait pas le tolérer. Terré dans son silence, il priait, ou en tout cas était-ce ce qu'il essayait de faire en se marmonnant pour lui-même que tout allait bien se passer, que tôt ou tard ils reverraient la lumière du jour. Mais la lumière ne venait toujours pas. L'enfant aurait souhaité pleurer plus d'une fois, pleurer à en crier de douleur, mais il s'efforçait d'être fort. Pas pour lui, mais pour le petit être qui dormait à cet instant contre lui. Cette soeur qui, si elle n'avait pas existé, l'aurait empêché d'avoir une raison de vivre et de lutter dans cette obscurité angoissante. Elle était la seule raison pour laquelle il avait montré beaucoup plus de courage et d'endurance que bon nombre d'adultes qui s'agitaient en-dessous, à côté, et tout autour de lui. Le désespoir était tel pour ces âmes en peine, que l'enfant entendait souvent des raclements d'ongles, et même de dents, le long des barreaux d'autres cages que la sienne. La peur était si grande que pas plus tard que la veille, leurs ravisseurs avaient sortis un cadavre d'une cage d'adulte. Celui d'une femme dont la bouche ruisselait de sang. L'image était encore gravé dans la mémoire de l'enfant, comme une marque fraîche d'une réalité qui les attendait tous, mais à laquelle ils espéraient échapper. L'enfant ne savait pas pourquoi le sort les avait traîné ici ni quel genre de mal ils avaient commis pour mériter leur place en enfer. Il avait entendu des histoires de démons qui dévoraient les enfants qui ne se montraient pas gentils avec les plus grands, des histoires d'enfants qui disparaissaient parce qu'ils n'avaient ni père ni mère, mais jamais il n'avait voulu y croire. Mais voilà qu'il était le héro de ces histoires, de si tristes et cruelles histoires.

Soudainement, un grondement de taule froissé s'éleva dans les airs, puis un trait de lumière serpenta sur le sol, s'élargissant mètre après mètre pour former un tapis qui surpris bon nombre de regard, y compris celui de l'enfant. Le petit corps qui dormait paisiblement contre lui frissonna, comme si, inconsciemment, ce bruit pourtant banal avait réveillé une peur enfouie. L'enfant resserra encore un peu plus son étreinte autour de sa soeur et plaqua une main contre son oreille pour l'empêcher d'entendre, l'empêcher de s'éveiller à cette réalité. Il inspira profondément et expira tout aussi profondément pour essayer de calmer le coeur qui s'agitait dans sa poitrine. Ce coeur qui ne demandait qu'à se libérer de ce climat oppressant. Mais les pas approchaient, et plus ils approchaient plus son coeur battait fort. En silence, l'enfant se murmurait qu'il n'avait rien à craindre, que tout irait bien encore une fois, que sa cage n'était pas celle qu'ils choisiraient. Mais les pas continuaient d'approcher, et plus ils approchaient plus l'enfant se tassait contre les barreaux pour espérer qu'on ne le verrait pas, qu'on ne le remarquerait pas. Puis la lumière s'éleva soudainement du sol et l'aveugla. L'enfant crut revoir le soleil pendant une fraction de seconde. Une fraction de seconde qui dura une éternité, avant de s'éteindre dans le chaos que provoqua le grincement atypique de la cage qu'on entrouvre. L'enfant aurait pu s'agripper, se débattre, et même mordre, mais dans un afflux de lucidité, il préféra se tourner et poser sa soeur contre les barreaux à sa place tandis que deux bras de pierre et de cuir le tiraient vers la sortie.

L'enfant n'eut à fermer les yeux qu'on le fourra entier dans un sac. La peur le rongea de l'intérieur, le faisant trembler de tout son long, mais un soulagement le pris au tripe quand il entendit le grincement se répéter et sa cage se refermer. Ces démons là n'avaient pas touché à sa soeur et elle dormait encore. S'il avait pu sourire, l'enfant aurait certainement sourit à cet instant, rassuré qu'il était de se savoir à une place que sa soeur aurait pu occupé elle aussi, mais que le destin lui avait assigné en premier. Lentement, il bascula vers l'avant et sentit son ventre se poser sur une épaule robuste, bouillante de chaleur, et incroyablement douloureuse pour ses entrailles. Les lèvres pincées pour ne pas donner la satisfaction d'un cris de désespoir à ses ravisseurs – il avait remarqué que ces démons là aimaient en rire – il se laissa voguer sur cette épaule jusqu'à ce qu'il fut jeté à terre et que sa tête la heurta violemment. Sonné, il le fut encore d'avantage lorsque le sac lui fut retiré et que ses yeux souffrirent d'une trop vive lumière. Une lumière qui n'avait rien de bien naturel.

Après plusieurs minutes passées à cligner frénétiquement des yeux et à essuyer des larmes qu'il avait été incapable de retenir, l'enfant commença à distinguer des formes dans la lumière, il réalisa qu'il se trouvait dans une vaste pièce dont une partie – celle où il se trouvait – baignait sous la lumière de plusieurs néons accrochés au plafond. Autour de lui, il compta beaucoup d'hommes – il ne savait pas vraiment compter convenablement – des hommes immenses comme des montagnes de son point de vue, des hommes plus minces au visage mauvais, d'autres entre les deux qui souriaient. La peur forma comme une boule de nerfs qui appuyait sur sa cage thoracique, une boule qui l'empêcha très vite de respirer convenablement et le condamna à rester clouer au sol à respirer bruyamment. Ce qui ne manqua pas de faire éclater une multitude de rires et de moqueries tout autour de lui. Mais un homme ne riait pas. L'enfant le regarda du coin de l'oeil, et le vit assis sur un beau fauteuil en or. Il se demanda pendant un bref instant s'il s'agissait d'un roi comme il en avait entendu parler par les conteurs de rue de son village. Mais très vite, il comprit qu'il n'avait rien d'un roi, pas même la silhouette. L'homme était fort, gros, le crane rasé, et son regard était celui d'un homme cruel. Un homme qui allait le faire disparaître comme les enfants disparaissaient dans les histoires qu'il avait entendu.

? – Quel est ton nom ?

L'enfant écarquilla les yeux, surpris qu'on l'interroge. Mais très vite, il retrouva son sérieux et mit un pied à terre pour se redresser. Il vacilla à plusieurs reprises avant de tenir droit debout, une main devant ses yeux pour se protéger des rayons de lumière contre lesquels il ne pouvait que fermer les yeux ou pleurer. Debout, il ne le resta pas longtemps. Le claquement d'un fouet résonna derrière lui. L'enfant tomba à plat ventre et râpa le sol, tiré comme un vulgaire animal par l'extrémité du fouet enroulé autour de son mollet droit. Tout le monde riait, lui souffrait. Le cauchemar s'arrêta cependant très vite et l'enfant put cherché son second souffle alors que de nouveau la même voix l'interrogeait.

? – M'as-tu mal entendu, quel est ton nom ?

Encore là, l'enfant ne répondit pas. Le fouet cessa de claquer, et très vite des pas firent trembler le sol sous son visage. Une main incroyablement lourde le souleva par les cheveux. La douleur qu'il ressentit à cet instant était si profonde qu'il avait l'impression que son cerveau, ses yeux, et même son estomac allaient s'arracher de son corps si l'homme qui le tenait tirait encore un peu plus sur ses cheveux – ce qu'il était tout à fait capable de faire. La fierté n'était pas quelque chose qu'il manipulait encore ni quelque chose dont il avait vraiment reconnu l'utilité, mais pour lui, il était hors de question de répondre à ces hommes même s'ils menaçaient de le jeter du haut d'une falaise. Il ne voulait pas leur parler. Il ne voulait pas être leur ami, ne voulait rien avoir à faire avec eux. Ils étaient responsables de ce qui était arrivé. C'était à cause d'eux que lui et sa soeur avaient atterri dans une cage, à cause d'eux que des gens criaient dans l'entrepôt, à cause d'eux qu'il souffrait le martyre.

? – Voilà un vers particulièrement résistant. Secoue-le donc un peu Takeru, voir s'il se dandine comme eux.

La main qui l'agrippait exécuta l'ordre et l'enfant serra les dents aussi fort qu'il le put, le cou aussi crispé que ses traits, alors qu'on le secouait par les cheveux et que les mains qu'il tendait pour frapper la grosse main n'obtenaient aucune réaction. L'homme qui le tenait était trop fort. A nouveau, les larmes lui montèrent aux yeux et dégringolèrent le long de ses joues sans qu'il puisse les contenir.

? – Apprend-lui la politesse Takeru, tu veux bien ? Ramène-le dans son trou et amène-moi la plus belle femme que tu pourras trouver sur ton chemin. Il me plairait de m'amuser un petit peu. Ce vers de terre là ne m'amuse plus.

La main s'exécuta encore. L'enfant se sentit basculer sur la même épaule qui l'avait amené là. La tête en feu, brûlée par une douleur aiguë, il conserva les yeux fermés et ne les ouvrit pas plus quand on le déposa par terre comme un sac un peu trop lourd. Car les coups plurent, et ils plurent avec d'avantage d'intensité que tout ce qu'il avait enduré jusqu'à maintenant. Coups de pied aussi lourds que des massues, coups de poings aussi pesant que des rochers, l'enfant ne compta pas le nombre de coups qui le transperça de toute part, pas plus qu'il ne ressentit la chaleur du sang qui se répandait sur ses vêtements sales, son sang, car une obscurité totale le gagna, et meurtris jusque dans sa chair, il s'évanouit.

...

? – Onii-chan

? – Onii-chan !

La voix semblait si lointaine et si proche à la fois. Elle s'élevait en écho de plus en plus régulier, de plus en plus pressant, quand soudainement la réalité le rappela à la réalité. L'enfant prit une grande bouffée d'air en se redressant brusquement, mais un monstrueux poids sur ses côtes bloquèrent son mouvement et le fit se cogner contre les barreaux de la cage. A peine eut-il le temps de réaliser qu'il était vivant, que deux petits bras glissèrent autour de son cou et qu'un tout aussi petit corps se blottit contre lui en pleurant à chaudes larmes. Sa soeur pleurait.

? – J'ai cru que tu ne te réveillerais plus onii-chan.

L'enfant serra les dents sous la torture que lui procurait le moindre de ses gestes, mais réussit à ceinturer la taille de sa soeur. Lentement, aussi lentement que le lui permettaient le peu de forces qu'il pouvait lui rester, il caressa son dos pour la rassurer à défaut de pouvoir la réconforter par la parole. Parler lui semblait impossible dans son état. Il n'avait plus souvenir de ce qui avait suivi son lynchage en règle, il n'avait que de vagues sensations en tête, l'horrible douleur d'une cote puis d'une deuxième qui se brise, ses pensées qui se perdent dans un afflux de rage, les larmes d'impuissance, et puis plus rien, si ce n'est le néant absolu. L'obscurité dans laquelle il venait de se réveiller était la même qu'il avait quitté. Il était retourné croupir dans sa cage au fin fond de l'entrepôt. Très vite, les plaintes des autres prisonniers revinrent chatouiller ses oreilles et plus il les écoutait, plus l'enfant serrait les dents. Il connaissait maintenant l'odeur du sang, de la douleur absolue, celle qui vous transperce le corps à chaque instant, vous empêche de bouger, de parler, et même d'espérer. Car d'espoir, il n'y en avait plus à son sens. Il réalisait maintenant que jamais plus il ne quitterait cet endroit maudis, que plus jamais il ne souhaitait revoir la lumière du jour car revoir la lumière signifierait se plier encore et encore sous les coups.

? – J'ai cru que tu m'avais abandonné onii-chan, ne refais plus jamais ça ! Plus jamais !

Basculant sa tête en arrière jusqu'à ce qu'elle se cogne contre les barreaux, il laissa toutes les larmes que son corps pouvait encore contenir couler le long de ses joues et filer sous la courbe de ses mâchoires pour se perdre dans les cheveux de sa soeur qu'il serrait plus fort que jamais contre lui. Si elle savait, si seulement elle pouvait imaginer ce qu'il avait enduré pour elle. Pauvre petite chose. Pauvre petite chose que la vie. L'enfant savait à présent quel poids représentait la vie, sa vie, comme celle de sa soeur. Il savait que jamais il ne voudrait qu'on lève la main sur elle, que jamais on la traite comme on l'avait traité, que la douleur qu'il ressentait à cet instant devait resté la sienne et que sa soeur ne devait pas s'en inquiéter. Il devait être fort, le plus fort possible, non seulement pour lui, mais pour eux deux. Sa soeur ne tiendrait jamais face à pareil déchaînement de violence. Jamais elle ne devrait goûter à cette violence ni même la regarder. Et plus les secondes s'écoulaient, plus l'enfant se le promettait. La promesse que si lui serait brisé, elle, pourrait toutefois continuer à vivre normalement. Alors il crispa douloureusement ses doigts – certains étaient brisés – dans le dos de sa soeur et tourna la tête pour lui murmurer.

? – Pardonne-moi, j'étais sortis discuté avec ceux qui nous ont mis là pour savoir quand est-ce que nous pourrions sortir.

La soeur renifla bruyamment, tentant de retenir ses larmes. Elle agrippa plus fort encore le cou de son frère et essuya son visage sur son épaule.

? – Qu'est-ce qu'ils ont dis onii-chan ?

L'enfant se mordit la lèvre inférieure. Mentir n'était pas tolérable, c'est ce qu'on lui avait appris, mais maintenant qu'il était ici, et que la peur l'accablait, il voyait dans le mensonge une possibilité de préserver le peu d'espoir qu'il y avait à préserver dans un endroit pareil. Et si lui savait pertinemment qu'il terminerait sa vie dans cette cage ou roué de coups au centre du cercle de lumière, sa soeur était trop petite pour ne plus avoir de rêves ni espoirs. Mentir était donc une nécessité. Le poids du mensonge resterait quoi qu'il arrive un poids qu'il porterait seul sur ses épaules.

? – Qu'on sortirait très bientôt.

La soeur sécha ses larmes et, ramenant ses bras autour de la taille de son frère, elle ferma les yeux et se calma.

? – Tu es le meilleur.

Le meilleur se répéta-t-il en silence. Le meilleur ou le plus faible.. Quand de nouveau le rideau de lumière s'étendit sur le sol après que le funeste froissement de la taule ne se soit répandu en un cri terrifiant dans tout l'entrepôt. L'enfant ouvrit grand les yeux. Il tourna la tête dans la direction du bruit et entendit les même pas lourds qui précédaient l'arrivée de leurs bourreaux. Les cages alentours s'agitèrent comme si elles étaient habités par des primates affolés. Des plaintes et des cris s'éveillèrent un peu partout, mais un coup de massue d'un des bourreaux sur une seule cage suffit à restaurer le silence et la discipline. L'enfant huma l'air et reconnu l'odeur du bouillon qui leur était servi habituellement en guise de dîner – le seul repas de leur interminable journée. Quand il leur arrivait encore de reconnaître qu'une journée s'était écoulée. La distribution du repas se fit dans le calme absolu. Les cages s'ouvraient et se refermaient aussitôt, pour ne laisser qu'une main velue posée un bol de bouillon. Un seul et unique bol que la cage soit occupée par une seule comme trois personnes, peu importait. Les bourreaux avaient pour consigne de nourrir leurs prisonniers, pas de savoir s'ils avaient le ventre bien rempli.

? – Tu ne manges pas ?

? – Je n'ai pas faim. Mange tout, je serais content si tu as le ventre plein.

Profitant de la lumière des lampes que leurs bourreaux trimballaient avec eux, l'enfant regarda sa soeur saisir la cuillère en bois et avaler tant bien que mal le bouillon qui n'avait rien de bien appétissant, mais qu'elle semblait capable d'ingurgiter malgré tout. Un sourire forcé apparu sur son visage. Il avait beau se sentir extrêmement faible – il n'avait pris que quelques cuillères d'un seul repas depuis son arrivée dans l'entrepôt, laissant volontiers tout le reste à sa soeur – lire l'insouciance sur le visage de sa seule famille lui donnait plus de force que n'importe quelle cuillerée de nourriture. Elle était sa force, la seule qui lui permettait d'oublier momentanément sa douleur. Une douleur qui se faisait plus lancinante au fil des minutes et qui ne lui donnait qu'une envie: dormir pour ne plus rien ressentir.

Brusquement, son supplice manqua de lui faire perdre pied. Le cri de sa soeur se mêla aux nombreux autres qui s'étaient soudainement soulevés dans tout l'entrepôt. Avant de réaliser ce qui se passait, l'enfant saisit sa soeur et la ramena contre lui dans un réflexe protecteur. Leur cage tangua une fois, puis une deuxième, avant de dégringoler de sa pile et de se fracasser au sol. Plusieurs explosions retentissaient de l'autre côté des murs, faisant trembler toute la bâtisse comme si elle était soumise à un véritable tremblement de terre. A bout de souffle, le corps encore plus endoloris qu'il n'en était supportable, l'enfant releva la tête et tenta de discerner quelque chose dans l'obscurité, mais en vain. L'entrepôt continuait de baigner dans les ténèbres. Au milieu des échos, l'enfant entendit des cris s'élever depuis l'autre côté du mur, des cris rapidement étouffés qui se firent de plus en plus rares – mais il n'aurait su dire s'il s'agissait d'une réalité ou bien si les plaintes des prisonniers recouvraient massivement les cris pour qu'il puisse seulement les discerner.

Silence.

La taule se froissa de nouveau. La lumière l'aveugla et rapidement des silhouettes élancées, silencieuses, s'avancèrent, torches en main. L'enfant entendit les grincements de quelques cages qu'on ouvrait, il retint son souffle. Les mains de sa soeur n'auraient pu être plus crispé qu'en cet instant. Une silhouette s'approcha plus que les autres et ouvrit leur cage. Une main fine aux ongles manucurés se tendit vers eux. L'enfant cligna des yeux et serra sa soeur contre lui de peur qu'on la lui enlève. La main féminine recula. La silhouette s'agenouilla et fit sursauter l'enfant. A la place du visage, il découvrit une horrible tête de monstre à la peau aussi blanche que neige, fendue de deux yeux en amende aussi noir que les ténèbres qui les entouraient, d'un petit nez tout blanc, et d'étonnantes cicatrices de couleur violet. L'enfant ferma ses yeux aussi fort qu'il le pouvait, effrayé comme jamais il ne l'avait été, persuadé que les démons étaient finalement venus le trouver pour l'emmener avec eux.

? – N'ait pas peur, je ne vous veux aucun mal.

La voix était étonnement douce, étonnement réconfortante, mais l'enfant garda ses yeux fermés et se tassa autant qu'il le pouvait dans le coin de la cage.

? – Regarde par toi-même.

La main du démon blanc se posa sur son genou, l'enfant frissonna mais ne chercha pas à la chasser. La main resta posée là en signe de confiance, alors l'enfant releva timidement les paupières et écarquilla les yeux quand il croisa le regard d'une belle femme aux yeux émeraude et à la longue chevelure noire. Elle lui offrit le plus doux des sourires.

? – Je viens te libérer toi et ta soeur. N'ait pas peur de moi, tout est fini.

Quelque chose au plus profond de lui, l'empêchait de croire à ces paroles. C'était comme si elles appartenaient au domaine du rêve, à un espoir qu'il savait très bien ne plus être en sa possession. Pourtant, il lisait sur le visage de cette femme la vérité absolue et la libération qu'il avait un temps espéré. Timide, il se permit une question.

? – Qui êtes-vous ?

La jeune femme sourit un peu plus.

? – Je m'appelle Eita Okamoto, je suis une kunoichi de Kumo no Sato venue pour vous libérer. Et toi, comment t'appelles-tu ?

L'enfant hésita, interloqué par ce qu'il entendait. Une kunoichi de Kumo ? Il n'avait aucune idée de ce que c'était, mais son intime conviction lui dictait qu'il n'avait plus rien à perdre dans cet endroit de malheur, si ce n'était de suivre un autre démon, qu'il soit blanc ou de " Kumo no Sato " n'y changerait rien.

? – Ooraka... Tengai



Dernière édition par Sho Nagoshi le Mer 14 Sep - 19:14, édité 1 fois

MessageSujet: Re: Les Rois sous la Montagne   Mer 15 Juin - 11:57

/!\ Attention, ce RP peut heurter la sensibilité de certaines personnes. /!\

Sujimichi Dokuzen ne percevait pas le monde de la même manière que les autres enfants de son age. Quand elle marchait dans les rues du village de Kumo no Sato, elle ne regardait pas plus le ciel que les gens qui gravitaient autour d'elle. Non, elle regardait ses pieds et le sol qui défilait centimètre après centimètre sous ses pas. L'immensité du monde ne l'intéressait pas, pas plus que le regard que pouvait lui porter les " autres ". Les " autres ", une masse informe faite d'ombres et de viandes au regard de la jeune fille qu'elle était. Trop jeune, avançaient certains, folle, n'hésitaient pas à s'écrier d'autres, Suji – comme elle aimait à s'appeler – en avait beaucoup entendu à son sujet. Elle se savait spéciale, sans même savoir ce que cela pouvait bien signifier et ce que cela pouvait changer à son train de vie. Elle était seulement consciente que les enfants de son age fuyaient à sa vue et que leurs parents évitaient de croiser son regard. Elle avait beau se regarder dans la glace chaque matin et chaque soir avant d'aller se coucher, elle ne voyait rien en elle qui puisse tant susciter la frayeur. Alors elle haussait les épaules et reprenait le cours de sa morne vie, partagée entre ses innombrables aller retour entre l'académie et son appartement, ne se souciant de rien d'autre que l'heure de son départ de l'appartement et l'heure de son retour.

Ce soir là était un autre de ces soirs en tout point identiques aux autres. En tout point identique... pas tout à fait. Parce qu'elle ne regardait jamais le monde autour d'elle, Suji ne le vit pas lui. Il s'agissait d'un homme d'une trentaine d'année, le cheveux brun et hirsute, les yeux tirés comme les fentes d'un masque de démon, au visage duquel pendait un sourire amical, presque trop. L'homme la suivait depuis qu'elle avait quitté l'enceinte de l'académie. Si Suji avait relevé la tête et jeté un oeil par dessus son épaule à ce moment là, elle ne l'aurait pas distingué au milieu de la foule. Non pas parce qu'elle ne faisait aucune différence entre les gens, mais parce que cet homme était tout simplement trop banal, trop fondu dans la foule justement. Et parce qu'elle ne l'avait pas remarqué, elle entra dans le hall d'entrée de son immeuble sans se soucier de rien. Elle grimpa machinalement l'escalier jusqu'au deuxième étage, marcha sur dix mètres environ et s'arrêta devant la porte frappée du numéro 27. Elle chercha la clé dans sa poche, mais la clé lui échappa des mains. A cette fraction de seconde, Suji réalisa que jamais elle n'aurait fait tombé cette clé, jamais. Elle tourna la tête et croisa son regard, son horrible regard.

La suite se passait aisément de paroles, et d'ailleurs Suji n'en prononça aucune. Elle se contenta de subir la pression du bras appuyée sur sa nuque, ce bras qui plaqua son visage contre le bois étonnement doux de la porte. Elle ne chercha pas à fermer les yeux, inconsciente du mal qui allait lui être fait. Elle sentit tout juste une main trop grande à son échelle lui tâtonner le corps, un peu comme elle tâtait les fruits au marché pour savoir s'ils n'étaient pas trop mûrs. Un frisson remonta de ses entrailles et lui fit froncer les sourcils. Cet homme lui voulait du mal, elle le comprenait, mais placardé à sa porte comme un vulgaire bout de viande, elle se savait incapable de faire, incapable d'agir. La panique à ceci d'incroyable, qu'elle éveille l'instinct animal de chaque être, même le plus déséquilibré et le plus froid qui soit. Suji n'y faisait pas exception. Sa bouche s'entrouvrit et elle essaya de crier mais son bourreau anticipa ses gestes et plaqua violemment sa main sur sa bouche. Suji essaya de mordre, et elle mordit un maigre morceau de peau. Le goût du sang se répandit dans sa bouche, mais il lui était impossible de le cracher, alors elle se tordit encore et encore, jetant toutes ses forces dans une bataille qu'elle ne pouvait résolument pas gagner. Le bourreau releva sa robe, Suji sentit l'air glisser sur le haut de ses jambes. Et très vite, tout bascula. Une horrible douleur lui transperça le ventre et fit remonter des larmes insoupçonnées du plus profond de ses entrailles. Mais elle gardait les yeux ouverts, toujours. Elle voulait le voir, elle voulait regarder l'entièreté de son visage pour le graver dans son esprit dans l'espoir qu'un jour elle lui rendrait tout le mal qu'il était entrain de lui faire. Le temps se suspendit, un courant d'air glissa entre ses jambes et un cri de haine se noua dans sa gorge.

? – Doucement petite libellule..

Sa voix. Pour la première fois, Suji ferma les yeux et s'imprégna de cette horrible voix sifflante. Ses pensées se mirent à tourbillonner en tous sens, la douleur qui la martelait dans le bas de son corps transperça son esprit. Elle sentit ses veines battre la mesure contre ses temps et soudain le vide se matérialisa en elle et tout autour. Le temps, le bras qui appuyait sur sa nuque, le souffle brûlant de son bourreau, tout disparu de sa perception. Elle n'entendait plus qu'elle, ne ressentait plus qu'elle, ne vivait plus qu'un profond instant de solitude. Le calme avant la tempête. Cette force remonta d'elle ne savait où, mais elle était bien là. Elle pouvait la sentir tournoyer autour d'elle, l'enrober comme une robe de satin. Dans les ténèbres de son univers, des voiles blancs commencèrent à se matérialiser un peu partout autour d'elle. Elle n'eut qu'à tendre la main pour en saisir un. En le saisissant, elle comprit qu'elle devait le déchirer et le réduire en miettes. Elle comprit qu'il ne devait plus rien rester de ces voiles. Tout détruire, elle devait absolument tout détruire. En moins de temps qu'il lui en avait fallu pour se retrouver dans ce sombre endroit, elle déchira tous les voiles sans exception comme si son esprit pouvait absolument tout commander. Une jouissance incommensurable l'envahit et lorsqu'elle rouvrit les yeux, le monde avait disparu, remplacé par l'horrible réalité qu'elle était entrain de vivre. Mais quelque chose avait changé, plus aucun poids ne pesait sur sa nuque, pas plus qu'une main ne courrait sur son corps. Des gémissements accompagnèrent seulement son éveil.

Elle voulut tourner sur ses talons et elle tourna. Ce qu'elle vit la laissa sans voix. L'horrible bourreau se tortillait sur le sol en se tenant la tête. Il roulait sur les côtés jusqu'à se cogner, ses mâchoires étaient crispés, ses yeux fermés, et plus les secondes passaient, plus Suji voyait le rouge gagner la totalité de son visage. Il avait mal, terriblement mal, elle le savait et elle en ressentit une joie absolue. Pourtant, quelque chose en elle, comme un murmure qui se mêlait à sa conscience, la persuada que ce n'était pas assez, que cet homme méritait d'avantage encore. Sans un mot pour lui, elle ramassa la clé de son appartement, en ouvrit la porte, et se rua dans la petite cuisine aménagée près de l'entrée. Elle s'empara d'un couteau dans un tiroir et revint sur le pas de la porte où l'horrible homme continuait de se tortiller comme si sa tête était sur le point d'exploser – et elle l'était. Elle l'observa longuement en se demandant si la voix qui courait dans sa propre tête avait raison. Elle baissa les yeux et remarqua les perles de sang qui coulaient le long de ses genoux. Cette vision la glaça d'effroi. Ses yeux s'écarquillèrent et son cœur manqua de battre une mesure. Une étincelle s'embrasa au plus profond d'elle, le cri de haine qu'elle avait scellé dans sa gorge se libéra et comme une furie elle se rua sur le bourreau et mettant toutes ses forces à plaquer son bras contre le sol, elle trancha son poignet. L'homme cria, mais la douleur qui occupait sa tête l'empêchait de se défendre. Il était condamné. Condamné à mourir des mains de la gamine qu'il avait ruiné. Une giclure de sang éclaboussa le visage de cette dernière. Une deuxième main finit inerte sur le sol alors que le pauvre homme continuait de se tortiller en essayant de saisir sa tête, mais dénué de ses mains il ne faisait que s'asperger de son propre sang.

Suji – Pour que jamais tu n'en retouches une autre.

? – Sujimichi ! Qu'est-ce que tu...

Suji regarda par-dessus son épaule et ne fut pas surprise de croiser le regard de Kagehisa Murakami. Kagehisa était un quinquagénaire extrêmement soigné, aussi bien dans sa façon de s'habiller que dans sa manière de peigner ses cheveux blancs. Il habitait l'étage au-dessus. Ses yeux d'un vert presque gris étaient aussi perçant que ne pouvait l'être l'écho de sa voix dans le couloir. Suji appréciait cet homme. Il était le seul qui ne la fuyait pas, le seul qui prenait toujours le temps de discuter avec elle. Le seul qui était là pour elle. Mais il arrivait avec un peu de retard cette fois-ci. Elle ne pouvait pas lui en vouloir, et ne lui en voudrait pas quoi qu'il arrive. Elle voulut dire quelque chose, faire quelque chose, mais tout d'un coup, elle sentit un énorme poids s'abattre sur ses épaules. Le couteau lui glissa des mains, son agresseur cessa de gigoter, sa conscience se tut et impuissante elle roula sur le sol, éveillée mais incapable du moindre mouvement, incapable du moindre sursaut, quasiment incapable de penser, tout juste capable d'entendre les pas de Kagehisa qui s'approchaient et d'apercevoir son ombre sur le parquet.

Kagehisa – Tout va bien. Je suis là maintenant. Surtout n'ait pas peur, d'accord ?

Il savait pertinemment qu'elle n'était pas en mesure de répondre. Il dessina une série de symboles sur le sol, saisit Suji dans ses bras, et dans un éclat de lumière bleu murmura à l'intention du parquet :

Kagehisa – Heishooshu Fuuin

Suji sentit tout juste une drôle de sensation nouer son estomac, comme si deux mains le faisaient léviter en elle, et vit un halo de lumière bleu l'engloutir. Tout se passa très vite. En moins de temps qu'il lui en fallut pour battre des cils, le décor avait changé. Le couloir et la porte de son appartement avaient laissé place à un grand bureau qui ouvrait sur une toute aussi grande baie vitrée. Suji ne reconnaissait pas l'endroit et sentit une pointe d'inquiétude poindre, mais comme si le vieux Kagehisa l'avait ressenti lui aussi, il lui adressa un sourire qui se voulait rassurant et l'allongea doucement sur un canapé aménagé dans un coin de la pièce. En regardant Kagehisa se redresser, Suji crut voir un géant, un de ces hommes qui étaient plus que viande et ombre pour elle. Elle aurait voulu lui dire merci, à sa manière, et lui dire qu'elle était désolé également – même si elle ne trouvait aucune raison à lui dire désolé, elle ressentait cela comme une nécessité. Mais elle était encore prisonnière de cette force insoutenable, non trop douloureuse, tout juste entravante.

Soudainement, une porte s'ouvrit à la volée et Suji vit une magnifique fille aux longs cheveux blancs se précipiter vers Kagehisa. Elle lui ressemblait ; et pour cause, il s'agissait de sa fille. Celle qui deviendrait quelques années plus tard Senhime Iwaki, s'appelait encore Senhime Murakami. Elle était une adolescente déjà bâtie comme une femme, une femme forte, comme son père. Suji vit en elle une de ces créatures célestes nimbées de blanc comme il en existait beaucoup dans les contes pour enfants. Elle était encore loin de se douter que Senhime pouvait enraciner cette idée jusqu'à ce qu'elle devienne réalité au plus profond de son esprit, car déjà elle était une redoutable utilisatrice du Genjutsu.

Senhime – Père, que s'est-il passé ? J'ai senti...

Kagehisa – Calme-toi, tout va bien.

Sa voix était paisible, suave et rassurante. Elle avait le don de mettre tout le monde d'accord, et surtout de calmer les plus grandes irruptions de colère voir d'incompréhension comme c'était le cas à ce moment précis.

Kagehisa – Je veux que tu t'occupes de cette petite en mon absence. Il y a quelque chose que je dois faire.

Aussitôt dit, Kagehisa dessina un autre symbole tout aussi étrange que le premier qu'il avait dessiné dans le couloir. A ceci près qu'il était plus simpliste cette fois-ci.

Senhime – Où vas-tu ?

Kagehisa releva à peine la tête et croisa le regard de sa fille.

Kagehisa – Elle s'appelle Sujimichi, prend soin d'elle.

Et il disparut dans un nouveau halo de lumière bleue. Suji, qui avait observé la scène avec attention, se redressa en position assise. Le départ de Kagehisa avait dissipé la force invisible qu'il avait fait pesé sur elle. Elle se sentait de nouveau tout à fait capable de réfléchir, de parler, et de ressentir les crocs qui mordaient son bas ventre. Senhime resta un long moment interdite, les yeux dans le vague, en se demandant ce qui avait bien pu se passer pour que son père utilise un sceau de déplacement de cette puissance. Quelque chose d'urgent, elle en était persuadée. Elle tourna finalement la tête et croisa le regard de la petite fille que son père avait visiblement transporté avec lui. Un mouvement quasi imperceptible vers le bas lui fit remarquer deux filets de sang qui avaient vraisemblablement couler le long de ses jambes. Elle fronça les sourcils presque malgré elle.

Suji – J'ai mal.

Senhime releva les yeux et marcha jusqu'à elle avant de s'accroupir pour se mettre à sa hauteur.

Senhime – Où as-tu mal ?

Suji se pinça les lèvres et saisit la main de Senhime qu'elle posa contre son bas ventre. Les mâchoires de la guêpe blanche se serrèrent.

Suji – Quelque chose me mord là-dedans.

Senhime – Ce n'est rien, allonge-toi je vais nous préparer du thé, tu aimes le thé ?

Le thé ? Oui, Suji en avait entendu parlé de la bouche même de Kagehisa, mais elle ne savait pas ce que c'était. A défaut de savoir donc, elle haussa vaguement les épaules et s'allongea comme le lui demandait Senhime. Elle ne la connaissait pas, mais quelque chose dans son esprit lui dictait de lui faire confiance. Après tout, elle connaissait Kagehisa aussi.

Senhime – Où sont tes parents ?

Suji – Sous terre.

Senhime manqua de faire tomber la théière. Elle se rattrapa néanmoins grâce à ses réflexes et alluma la gazinière aménagée à l'autre bout de la pièce – son père adorait cuisiner, il disait que cela avait le don de libérer son esprit. Son esprit à elle était envahis par d'innombrables préoccupations en cet instant. Elle devinait sans trop de mal que la petite fille venait d'être violée et que de surcroît elle était orpheline. A vu d’œil, elle lui donnait dis ans à tout casser, peut-être onze. Comment ce petit bout de vie avait pu être frappé d'une telle malchance ?

Suji – Je l'ai mérité.

Senhime se figea, les yeux grands ouverts.

Senhime – Quoi ?

Suji – Ce n'est pas de la malchance, je l'ai mérité.

Impossible. Senhime était persuadé de ne pas avoir parlé. Elle se tourna et interrogea Suji du regard, mais cette dernière ne dit rien.

Senhime – Tu peux.. je veux dire.. non, c'est impossible..

Suji – Qu'est ce que ça veut dire lire les pensées ?

Figée, incapable de réfléchir, Senhime n'en revenait tout simplement pas. Elle avait bien lu quelques légendes sur les dévoreurs d'esprit, ces hommes, ces femmes, ces mythes capables de pénétrer l'esprit de leurs interlocuteurs et de dévorer le fil de leurs pensées pour se les approprier. Mais tout ça n'était que des contes pour enfants, de la magie en réalité écrite pour faire tendre les shinobi vers l'idéal de leur discipline. Jamais le monde n'aurait pu porter ce genre d'individu. Ils auraient été trop dangereux. Pourtant, cette petite semblait être la réincarnation de ces mythes. Senhime savait qu'elle n'avait pas pensé à haute voix, cela ne pouvait signifier qu'une chose, Suji s'était servi dans son esprit sans même qu'elle s'en rende compte. Ou alors elle perdait la tête ? Elle glissa une main dans ses cheveux, attrapa un torchon qu'elle humidifia légèrement, et se rapprocha de la petite aux côtés de qui elle s'agenouilla. Elle aurait voulu lui poser une tonne de questions, mais elle se retint de le faire, n'oubliant pas qu'elle avait à faire à une petite fille traumatisée – même si elle n'en avait pas particulièrement l'air. Doucement, elle lui fit un geste de la main pour lui demander si elle l'autorisait à nettoyer le sang qui imbibait son visage d'ange et celui qui ruisselait le long de ses jambes. Suji acquiesça sans hésitation.

Senhime – Tu ne mérites pas ce qui t'es arrivé, tu as l'air d'être une petite fille vraiment gentille. Les personnes gentilles ne méritent pas qu'on leur fasse du mal.

Suji croisa ses mains sur sa poitrine.

Suji – Les gens ont peur de moi.

Senhime – Pourquoi ?

Suji – Je suis un monstre.

Senhime se mit à rire. Suji ouvrit grands ses yeux et la regarda d'un air interloqué – ce qui était un fait bien assez rare pour être souligné.

Senhime – Tu veux que je te dise un truc, les gens sont des imbéciles.
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