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 Dans le miroir du temps

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MessageSujet: Dans le miroir du temps   Jeu 23 Juin - 19:28

[…] – Sais-tu ce qui arrive au temps lorsqu’on décide de ne plus le suivre ? Sais-tu ce qui se cache les visages, ce qui couvre les ombres ? Sais-tu qu’il existe plus, qu’un simple monde ? C’est un mensonge, une vue de l’esprit. Il te trompe, il se moque de toi. Ces choses-là se moquent de tout et de tout le monde. Tu vies dans un rêve. Réveille-toi, réveille-toi, sors de sa seule conception. Et tu comprendras.

[…] – Qui … qui êtes-vous ?

Le masque se rapprocha.

[…] – Tu comprendras.

Il se redressa. L’effroi se lisait sur son visage.

[…] - … quoi ? Je comprendrai quoi ?

Sa bouche d’ivoire s’ouvrit, dévoilant un vide terrifiant qui semblait l’attirer. De cette bouche, un rire sauvage gonfla ses tympans. Un rire destructeur.

[…] – Tu comprendras pourquoi tu restes sourd à ses cris. Elle souffre. Oh, elle souffre bien plus que tu ne l’imagines, elle souffre le martyr et toi, tu ne fais rien ! Regarde-là, elle t’implore de la sortir de cette torpeur. Elle ne peut plus respirer, elle agonise. Mais connais-tu la pire de ses souffrances ?

[…] -

[…] – Elle ne meurt pas. Elle reste devant toi, livide et ses forces ne l’abandonnent jamais. Elle reviendra chaque nuit, chaque fois que tes yeux se fermeront. Elle est en toi, quelque part et tu ne peux pas l’aider. En as-tu réellement envie ?

[…] – Ou … Oui. Oui !

[…] – Non, tu n’en as pas envie. Tu es un ingrat, tu ne la mérites pas.

D’innombrables larmes perlèrent son visage blanc. Il renifla et tenta de se contrôler. En vain.

[…] – Ssss… si ! Je ne désire que cela !

[…] – Alors ouvre-toi ! Comprends ! Vie ! Ressens ! Détruit ce mur impardonnable de sentiments ! Détruit-le, et tu parviendras à la sauver.

[…] – Je ne … je ne comprends pas ce que vous voulez dire.

[…] – Alors regarde. Regarde.

Du bout du doigt, il lui indiqua une petite fenêtre barrée par une croix métallique. Il s’en approcha, lentement. Chaque était plus lourd, plus pesant que le précédent. Lorsqu’il arriva à sa hauteur, il s’agenouilla pour pouvoir passer sa tête à travers l’encolure, collant ses joues contre le froid de l’acier. Sa respiration ricochait contre une paroi qui lui semblait mystérieuse. Invisible, elle l’empêcha de passer son bras lorsqu’il reconnut le petit lit dans lequel un enfant était sagement allongé, les yeux clos. Il semblait vivant et, étrangement, heureux.

[…] – La reconnais-tu ? Ce petit lit, simple, sobre, ces draps blancs, cette chambre d’hôpital, les bouilles frémissantes de la jeunesse, simplement placées là, endormies. Ils sont bien réels, ils existent, mais ils ne savent pas que toi, tu es là, ils t’ignorent, parce qu’ils n’ont pas les capacités de se rendre compte, de prendre conscience de l’existence de ces choses là. De nous. Tu vois, rien n’a changé depuis la dernière fois, tout est parfaitement agencé, parfaitement ordonné et la vie, elle, continue son cours, aussi simplement qu’un poumon aspire l’oxygène de l’air. Pourtant, il souffre.

Il s’arrêta et sourit.

[…] – Tu souffres.

[…] – Où sommes-nous ?

[…] – Ce n’est pas la bonne question.

[…] – Qu’elle est-elle, alors ?

Il eut un rire amusé.

[…] – Tu ne sais pas où tu es, tu ne comprends que la moitié de ce que je peux te dire et je suis à peu près sûr que de là où tu es, tu ignores tout. Ici tu n’es encore qu’un enfant, une petite chose vide de sens, une chose influençable et terriblement faible. La bonne question est : de quoi es-tu capable ?

Il s’arrêta puis, du bout du doigt montra le visage d’un des deux enfants, endormi.

[…] – Si tu n’es pas capable de comprendre ce qui se passe, alors il ne te sert à rien de savoir où nous sommes, qui je suis et ce pour quoi tu es là, avec moi. Tu as juste besoin de sentir que j’existe, de sentir que tu existes et de sentir qu’elle est là, proche de toi, qu’elle t’entend mais que toi tu l’ignores. Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises choses dans ce monde-là, contrairement au notre, il n’y a quelques choses que nous faisons et celles que nous allons faire. La bonne question est : que vas-tu faire ?

[…] – Que vais-je faire … quand quoi ?

[…] – Allons, réfléchi ! Tu ne le sens pas ! Au fond de toi ! Le temps est là, il est immortel, il ne bouge pas. Regarde-le, ses poumons ne respirent plus pourtant il est bien vivant, il s’est juste arrêté, l’espace d’un instant pour que tu prennes ce temps pour réfléchir. Il y a beaucoup de choses que tu ignores, mais au final, tu en sais énormément d’autres.

[…] – Comment ?

[…] – Elles sont au fond de toi, il ne tient qu’à toi de les révéler, de les sortir de la torpeur et de découvrir ce que tu sais déjà. Il faut que tu la sauves, n’est que ça en tête, ne pense à rien d’autre. Arrête-toi de vivre autant de temps que tu le penseras nécessaire pour cela.

[…] – Mais qui dois-je sauver bon sang ! Je ne sais pas de quoi vous parlez !

Sa bouche s’ouvrit une nouvelle fois en grand et l’homme dont seul le visage était visible sous son masque d’ivoire émit un rire narquois.

[…] – Celle qui a fait ce pour quoi tu es ici, celle qui t’a permis de respirer, de marcher, de voir le monde tel qu’il est – et tel qu’il n’est pas ! Je sais que ces paroles sont floues, mais tu vas devoir les comprendre, un jour.

[…] – Vous parlez de …

[…] – Ta mère.

Il fut balancé par une force invisible à plusieurs mètres de la petite fenêtre ronde et poussa un cri de douleur atroce. De nombreuses larmes peuplèrent à nouveaux ses yeux puis commencèrent à couler le long de ses joues et de son nez.

[…] – Ma mère est morte ! Elle est morte !

[…] – Non, elle ne l’est pas.

Il se releva et serra ses deux poings.

[…] – Je l’ai enterré, j’ai vu son corps sans vie ! Elle est morte je vous ! Et qui êtes-vous à la fin !

[…] – Et toi, qui es-tu ?

Il balbutia quelques sons mais aucun mot ne sortit de sa bouche. Subitement, il parut désemparé.

[…] – Je …

[…] – Alors ! Tu es donc si insouciant ! Tu ne comprends rien ? Ouvre les yeux ! Regarde ! Observe !

[…] – U … uchiha.

[…] – Uchiha, oui. Tu penses que ce n’est rien ? Tu penses que ce n’est qu’un nom ? Ce nom a une signification, il a une histoire. Trouve-la et tu comprendras. Et tu pourras la sauver.

[…] – Elle est morte !

[…] – Ahah, non, non, elle n’est pas morte. Elle est emprisonnée, là où personne n’ira la chercher.

[…] – Où ?!

Le masque grossit. Il remplit le ciel noir, deux yeux rouges apparurent dans ses orifices et une pupille noire le fixa si intensément qu’il crut en perdre le souffle. Le sol se déroba sous ses pieds et il commença à tomber. Sa respiration devint difficile, bientôt l’oxygène lui manqua. Une vague recouvrit une surface invisible et il crut se noyer. Il voyait à peine le masque s’effacer, disparaitre au loin. Ses lèvres bougeaient. Un son diffus arriva jusqu’à lui. Puis, le néant. Il sombra.

[…] – Dans le miroir du temps. Dans le miroir du temps.

***

[Naisen] – Chiyoko !

Naisen se redressa violemment. La perfusion dont l’aiguille était plantée dans une des veines de son bras cassa et le liquide commença à gouter tout autour de lui. En sueur, l’Uchiha ouvrait de grands yeux ronds en proie à une image assez terrifiante pour complètement l’immobiliser. Il avait pris une impressionnante inspiration et s’arrêta subitement de respirer, bloqué.

[Sayuri] – Naisen, calme-toi.

La main nacrée de la jeune femme se posa sur son épaule. Elle raffermit sa poigne lorsqu’elle sentit que le jeune homme souffrait réellement et la maintint le temps qu’il reprenne ses esprits. Naisen cligna nerveusement des yeux et se calma. Il expira bruyamment et reprit une respiration plus régulière. La jeune femme l’accompagna de la main jusqu’à ce qu’il soit confortablement allongé dans son lit d’hôpital. Là, elle passa ses doigts le long de son front pour éponger les gouttes de sueur qui s’y étaient déposées et continua jusque dans ses cheveux.

[Sayuri] – Calme-toi, tout va bien.

Il déglutit difficilement et tourna finalement son visage vers elle.

[Naisen] – Sayuri … vous … pourquoi vous êtes là ?

Elle haussa des épaules et lui adressa un petit sourire amusé dont elle avait le secret, dévoilant deux rangées de petites dents blanches.

[Sayuri] – J’ai appris qu’on t’avait mis mal en point. J’étais venu voir comment t’allais, le gnome. Tu pourrais me remercier, je ne me déplace pas pour n’importe qui, hein.

Naisen fut réceptif à la provocation de la jeune femme et répondit par un petit sourire ténu.

[Sayuri] – Mauvais rêve ?

Il hocha positivement de la tête.

[Sayuri] – Chiyoko … c’est … c’est … ?

[Naisen] – Ma mère, oui. Elle est … enfin, vous savez.

[Sayuri] – Oui, je sais.

Sayuri retira sa main du crâne de l’enfant et replia ses coudes sur ses deux genoux pour reposer sa tête sur ses deux poings fermés et rejoins.

[Sayuri] – Qu’est-ce qui ne va pas ?

Naisen ferma les yeux quelques secondes et se détourna d’elle. Lorsqu’il retrouva le visage de Sayuri, son regard était redevenu étrangement calme et décontracté.

[Naisen] – Il faut que je reprenne l’entraînement.

Elle pouffa de rire.

[Sayuri] – Tu as tout le temps que tu veux tu sais !

[Naisen] – Je dois découvrir quelque chose. Vous pourrez peut-être m’aider.

L’attitude de Sayuri changea du tout au tout. Elle fut d’abord choquée par le sérieux de l’enfant dans ses propos et, remarquant que l’humour n’était plus propice à la situation, elle décida de ne pas se forcer.

[Sayuri] – Ah ?

Naisen lui sourit et répondit très simplement.

[Naisen] – J’ai besoin de comprendre les illusions. Je me pose beaucoup de questions à ce sujet, j’aimerai pouvoir y répondre. Vous connaissez quelque chose qui s’appelle … le miroir du temps ?

MessageSujet: Re: Dans le miroir du temps   Ven 24 Juin - 15:12

Naisen ne resta pas longtemps dans son lit d’hôpital. Les médecins qui s’occupaient de lui, lui donnèrent trois jours, le temps de vérifier qu’il ne souffrait d’aucun autre souci de santé, puis, avec un sourire satisfait, ils le laissèrent s’en aller, récupérant sa petite armure et son bandeau de shinobi. Okane avait très vite été prévenu de l’hospitalisation de son fils. Etrangement, il ne fut pas le premier au courant et ce fut d’abord cela qui l’irrita, dévisageant la bouille de son enfant avec une froideur paradoxale. Il avait trouvé Sayuri aux pieds du lit, lui avait souri brièvement et s’était assise à côté d’elle pour constater l’état de Naisen, toujours endormi. Le constat des médecins était clair, il n’avait rien. Quelques muscles froissés, des bleus, mais il s’en remettrait très facilement. Okane s’était voulu énervé. Sa rencontre avec Iki Namikaze ne fut pas une partie de plaisir et l’Uchiha exprima son point de vue avec virulence, tout en sachant pertinemment bien que le Chikakei n’y était absolument pour rien et, qu’en pratique, il lui devait beaucoup. Okane ne voulait pas savoir comment il aurait retrouvé son fils si l’équipe du Kage n’était pas intervenue. Néanmoins, il lui fallait frapper sur quelqu’un et sous sa toge blanche, Iki semblait être la personne la plus concernée ; et la plus apte à encaisser. La venue du lion n’était pas tout à fait anodine mais son attention se reporta surtout sur Hanataro dont le cas paraissait être plus grave. Un de ses genoux s’était brisé et il était possible, et même probable, que son coude ait plus souffert que ce que les premières analyses avaient bien pues démontrer.

Lorsque San Getsu passa le pas de la porte, elle découvrit le visage endormi de Sayuri, confortablement posé sur un coin du lit de Naisen. Son regard perçant se posa sur l’autre lit, mais Hanataro semblait dormir, lui aussi, à poing fermé. Cela lui apprendrait, à toujours se lever plus tôt que les autres. Cette fâcheuse habitude lui collait à la peau comme une vulgaire mouche à merde mais elle ne pouvait s’en défaire. Pas parce qu’elle puait assez pour toutes les attirer ; mais parce qu’elle n’arrivait pas à se faire à l’idée de manquer une partie de sa journée. Alors il fallait qu’elle sorte de son lit dès l’aube, toujours en forme, toujours prête, le regard toujours affuté, la mine rigoureuse, le sourire aimable en bouche. Kagei avait beau lui répéter qu’elle était un monstre de travail, elle s’en fichait pas mal ; c’était sûrement pour cette raison qu’il était parti. Elle s’avança jusqu’à la petite table basse et posa une tasse de café encore fumant et se concentra sur le visage de l’Uchiha. C’est le moment où Sayuri choisit de se réveiller, si encore elle était capable de choisir ces moments-là. San sourit intérieurement, Sayuri l’avait toujours amusée et sans nulle doute que si elle n’avait pas été seulement attirée par les hommes et que son caractère sauvage ne la rendait pas si imprévisible ; elle lui aurait sauté dessus pour de longues heures de détentes mémorables. San leva les yeux au ciel et soupira. Elle n’en pouvait plus d’elle-même. A vingt de deux ans.

Sayuri écarquilla doucement les yeux et s’étira. Lorsque le fumé du café remonta jusqu’à ses narines, elle fronça les sourcils et se retourna, étonnée. Elle dévisagea San des pieds jusqu’à la tête et sans lui adresser un mot, elle tendit le bras, s’empara d’une chaise et la poussa jusqu’à elle. La juunin eut un petit rire étouffé et accepta l’invitation, reprenant en main son café et la portant jusqu’à ses lèvres.

[Sayuri] – Comment fais-tu pour ingurgiter cette mixture immonde ?

San leva les épaules et rit à nouveau.

[San] – On ne change pas une équipe qui gagne, hein.

[Sayuri] – Comment va la tienne, d’ailleurs ?

La jeune femme entoura la grande tasse de ses dix doigts et tenta de pénétrer le café de son regard. Son visage se détendit et San resta silencieuse quelques secondes. Elle releva son crâne, se tourna vers Sayuri, hésita, puis recula devant l’obstacle et préféré cacher sa réponse dans une grande gorgée de café.

[San] – Ca fait combien de temps que tu es dans cette chambre ?

Sayuri haussa les épaules en guise d’ignorance. Elle ne le savait pas elle-même.

[Sayuri] – Un jour, peut-être deux.

San retrouva un sourire charmant et amusé et tout en s’emparant de la feuille qui servait de suivi médical à l’enfant, elle émit un petit rire narquois.

[San] – Je tablerai sur trois. C’est un bon chiffre, trois, tu ne crois pas ?

[Sayuri] – Qu’est-ce que tu fais là, San ?

La juunin balança le dossier sur le lit et reprit une attitude tout à fait sérieuse. C’était un visage que Sayuri connaissait bien, un visage parfois trop présent et trop enclin à perdure chez la jeune femme. San n’était pas souvent quelqu’un d’amusant ; en vérité, elle savait chacune de ses relations un calvaire. Parce qu’elle ne laissait rien au hasard, elle n’oubliait aucun détail, chaque morceau de la vie de San Getsu était maîtrisé du début jusqu’à la fin, chaque rebondissement analysé pour en tirer une leçon. On ne devient pas une talentueuse shinobi comme ça, pensa-t-elle pour elle-même, tout en tentant de compter le nombre de jours où elle était restée sur une chaise à boire les paroles d’un homme ou d’un autre. Ou simplement à regarder le soleil bouger dans le ciel comme une grosse bulle jaune et chaude collée sur un papier peint bleu azur. Les rares moments où la jeune femme souriait indiquait une fatigue qu’elle ne désirait pas ou une situation qu’elle avait décrétée sans importance aucune ou complètement maîtrisée.

[San] – Il me rappelle quelqu’un.

[Sayuri] – Qui ?

Elle fit un bref mouvement de la tête.

[San] – Lui.

Sayuri tenta de décrypter son regard et de l’interpréter de sorte qu’elle n’est pas à reprendre la parole, mais elle n’y arriva pas.

[San] – Ne ressens pas le besoin de t’occuper de lui ainsi. Il ne va pas disparaitre. Ils ne disparaissent pas tous.

[Sayuri] – Tais-toi.

[San] – Il ne reviendra pas, tu sais.

Sayuri agrippa son poignet, se leva, et l’entraîna en dehors de la petite chambre. Elle ferma doucement la porte et lorsqu’elle fut certaine que les deux enfants dormaient toujours et qu’elle ne les avait pas réveillés, elle posa ses deux mains sur les épaules de San et la plaqua contre le mur opposé. San ne rigolait pas, elle était on ne peut plus sérieuse et même son regard était implacable. Les souvenirs ne s’effaçaient pas aussi facilement de sa mémoire et la jeune femme exprimait une petite pointe de tristesse qui lui déplaisait, qu’elle considérait comme une faiblesse. Néanmoins, elle ne put s’empêcher de réagir. Sayuri avait toujours été quelqu’un d’extrêmement important dans sa vie et son sens des choses morales de ce monde l’obligeait à réagir. Parce qu’elle ne voulait pas revivre le même cauchemar. Elle voulait que ça s’arrête.

Et il y avait de fortes chances que Sayuri exprimer le même souhait.

[Sayuri] – Je ne veux plus que l’on parle de ça.

[San] – Alors arrête d’en parler.

Sayuri cligna des yeux, surprise. Elle lâcha son emprise sur San et recula d’un pas. Son visage s’abaissa et sa main balaya ses cheveux noirs en bataille. Elle ne savait plus quoi faire, elle ne savait plus comment réagir face à cela, San l’avait compris et son attitude était assez incohérente pour qu’elle ne manque pas de remarquer l’Uchiha n’agissait toujours pas de manière naturelle à ce sujet.

[San] – Tu ne vas pas t’attacher à tous les gamins qui passent devant toi parce qu’il est mort.

Elle s’arrêta et posa un doigt sur son menton, qu’elle releva doucement.

[San] – Quand est-ce que tu vas comprendre que tu n’y étais pour rien ?

Sayuri la fixa du regard.

[Sayuri] – J’aurais pu l’aider.

[San] – Non, tu n’aurais pas pu. Et quoi que tu puisses faire maintenant, tu ne feras que reproduire le même schéma.

Elle s’arrêta et but une gorgée de café.

[San] – Laisse-lui la liberté d’agir par lui-même. Asahi ne va pas attaquer ce village demain, et si tel était le cas, Naisen n’irait certainement pas s’écraser sur un de ses généraux pour autant.

[Sayuri] – Ce n’est pas seulement une question de contexte.

[San] – Alors quel est le problème ?

Sayuri soupira profondément, hésita, puis murmura doucement.

[Sayuri] – C’est une simple question de souffrance.

Au mot souffrance, San baissa les bras et soupira à son tour. Son genou se plia et son pied remonta le long de mur pour finalement se coller à lui. La jeune femme préféra resta silencieuse, de peur de dire une bêtise. Jusque là, elle avait toujours su trouver les mots justes, parce qu’elle n’était pas idiote et parce qu’elle contrôlait ces choses-là. Mais San n’avait plus rien à répondre, elle n’avait plus aucun argument et elle voyait déjà Sayuri s’emparer de Naisen comme elle s’était emparée de Sabi, un an auparavant. Et puis elle l’avait lâché, elle ne savait pas pourquoi. En fait, elle croyait profondément que c’était lui, qui s’était reculé de Sayuri et non l’inverse, mais c’était une chose que la professeur ne pouvait concevoir ; ou qu’elle ignorait complètement. San s’était souvent interrogée sur la raison de son suicide, plus par curiosité et en raison de son amitié avec Sayuri que pour répondre à une question précise – Sabi ne l’intéressait pas tellement, elle ne l’avait pas tellement connu, en fait. Et elle avait finalement conclu que le garçon avait eu d’excellentes raisons à cela. C’était comme si … il l’avait repoussé, au moment où il avait compris, qu’elle ne pourrait plus rien pour lui. Ce n’était qu’une déduction et en vérité, le problème n’était pas vraiment ici.

Sayuri était son problème. Cela impliquait de mettre les pieds dans une partie de son histoire bien trop récente pour que l’Uchiha ait trouvé le recul nécessaire. Et si San ne pouvait résoudre les problèmes de son amie, elle ne pouvait la voir commettre les mêmes erreurs.

[Sayuri] – Il y a des choses que je ne peux laisser faire, tu comprends ? Naisen ne sera jamais … Sabi. Mais je ne peux pas le laisser devenir ce qu’il n’est pas pour la simple et bonne raison que je risque d’en souffrir. Et si …

Son visage se raffermit, ses paupières se fermèrent juste assez pour qu’elle retrouve un regard assuré et ses fins sourcils noirs se froncèrent.

[Sayuri] – … si je fais une vulgaire transposition de cette histoire, tant pis San, tant pis.

Elle lui tourna le dos et rouvrit la porte de la chambre. Elle avança d’un pas et s’adossa contre le mur jusqu’à côté d’elle. San la rejoint très vite et haussa les épaules, en guise d’acceptation.

[San] – Je voulais juste que tu saches que je ne te laisserai pas deux fois commettre les mêmes erreurs.

Sayuri lui adressa un sourire en guise de brefs et discrets remerciements et retrouva un semblant de bonheur de son regard. San comprit. La discussion était terminée et elle redoutait de ne plus en avoir d’autres avant des temps immémoriaux. Mais elle ne pouvait rien faire d’autres et, dans les faits, elle avait déjà frappé un grand coup. Et dans le doute, elle s’en contenta.

[Sayuri] – Tu ne m’as pas dit pourquoi tu étais là.

San lui adressa un large sourire satisfait et termina sa tasse de café qu’elle posa silencieusement sur un meuble de la chambre.

[San] – On a reformé mon équipe, et ils en font tous les deux partie. Je venais voir à quoi ils ressemblaient et s’ils allaient bien. Disons que savoir les deux tiers de ma team dans un lit d’hôpital, c’est une technique d’approche originale.

Sayuri pouffa.

[San] – Nouvelle équipe, nouvelles règles. J’espère qu’ils ne me la feront qu’une fois.

L’espace d’un instant, elle en voulut à Reiko – beaucoup de monde en voulait à Reiko ces derniers temps – mais au final, la décision du Godaime était sans appel possible.

[Sayuri] – J’aurais besoin d’un peu de temps avec lui.

San acquiesça d’un bref signe de la tête. Elle comprenait, évidemment. Comment ne le pouvait-elle pas ? Elle haussa les épaules, raffermit la position de son bandeau qui pendait autour de ses hanches et remonta jusqu’à son cou la fermeture éclair de sa veste. Elle se dirigea vers la porte, s’arrêta puis réfléchit quelques secondes.

[San] – Tu as deux semaines, ensuite, il est à moi. Ne fais pas de bêtises.

C’était la seule chose qu’elle pouvait faire. San ne croyait pas tellement à la chance, au hasard et à toutes ces sottises peu fiables, néanmoins elle reconnut que les circonstances étaient de son côté et que la présence de Naisen dans son équipe tombait plutôt bien. C’était la seule et mince chance qu’elle avait de préserver Sayuri. Elle ferma la porte et disparut, aussi simplement.

MessageSujet: Re: Dans le miroir du temps   Ven 24 Juin - 20:46

Naisen termina d’entourer ses poignets de bandages. Le tissu blanc recouvrait dès à présent une partie de ses bras, du coude jusqu’à la base de son pousse, où il venait terminer sa course. Sayuri avait cru garder un soutient volontaire à son épaule gauche et elle avait elle-même resserrer les bandes afin que l’Uchiha n’use pas trop de ce membre-là. Silencieux, Naisen entoura son bras droit du linge sur lequel était fixé l’insigne de Konoha, fixa son sac sur son dos et se retourna vers Hanataro. Son coéquipier était toujours endormi et le laisser seul était un choix qui ne venait décidemment pas de lui. Sayuri ne lui avait guère laissé le choix et n’avait pas daigné l’informer de leur sortie et de leur destination. Elle avait simplement expliqué que c’était important et qu’il le retrouverait bien assez vite. C’était une idée qui lui était toujours nouvelle et si, évidemment, Naisen commençait à entrevoir la portée des propos qu’avaient tenue Reiko au sujet de leur future complicité, il commençait juste à l’entrevoir. La nuance était lourde de conséquences. Pourtant, il en vécut probablement assez pour sentir une petite boule s’emparer de son estomac en imaginant Hanataro seul sans dans sa chambre d’hôpital. Il avait ressenti la même pression sous son plexus lorsqu’Iki l’avait sorti du dépôt souterrain de Mifune et que le genin était absent de son champ de vision. Il ne savait pas encore pourquoi, il en ignorait la raison, mais la première chose qui lui vint à l’esprit, presque avant son propre état de santé, était de connaître celui de son camarade.

Ils fermèrent tous les deux la porte de la petite chambre et s’échappèrent rapidement de l’hôpital. L’air chaud et le soleil étincelant qui siégeait au dessus de Konoha l’agressèrent plus qu’il ne l’avait imaginé. L’espace d’un instant, Naisen se demanda où était son père, s’il avait été tenu au courant de son hospitalisation et ce comment il réagissait à toute cette situation. Lui, ne savait pas même quoi en penser, tous les évènements de ces derniers jours s’étaient déroulés bien trop vite pour qu’il en prenne réellement conscience. Ne serait-ce que l’arrivée de sa première mission le surprit, celle d’un coéquipier n’effaça aucune de ces craintes et les renforça d’autant plus. Naisen s’était longtemps demandé comment agir, comment réagir et quoi penser de tout cela, ce que cela signifiait et ce que cela impliquerait dans un avenir proche. Et moins proche. Mais il n’avait trouvé aucune réponse à toutes ces questions et d’autres arrivaient bientôt à lui. Personne, par exemple, n’avait daigné lui expliquer clairement ce qui s’était passé dans l’entrepôt de Mifune. Parce que, s’il avait bien compris une chose, c’est que tout ne s’était pas déroulé comme certaines personnes s’y étaient préparés, pour eux, comme pour Mifune, les hommes qui comptaient le dévaliser et le shinobi qui avait tenté de dépasser tout le monde. Bien sûr, Naisen en tirait un bilan plutôt juste, mais il lui semblait que ce monde, celui des adultes, redoublaient de détails pétillants qui donnaient à la situation, une douce saveur de complexité. L’arrivée des Anbu dans leur mission ne fit qu’augmenter ses interrogations. Pas nécessairement sur la raison de leur intervention, cela, il en fit une analyse plate mais juste et finalement, cela ne l’intéressait guère. Mais en si peu de temps, Naisen avait vu de nouveaux noms s’ajouter au tableau des inconnus et le terme de Chikakei ne le satisfaisait pas. Sa définition restait hors de portée et peut-être, peut-être, qu’il valait mieux que cela se passe ainsi.

Il n’était pas tellement perdu que cela. Rien ne l’avait franchement traumatisé, ou meurtri, sinon les quelques blessures qu’il avait pu subir et dont il avait probablement souffert, sur le moment, dans son combat contre le dénommé Shino En’do. Mais il ne trouvait rien de révoltant à cela. Non, c’était plutôt la découverte de la violence, de ses causes et de ses conséquences qui l’intriguait véritablement – il se doutait depuis le décès de sa mère déjà que ce n’était pas un monde joli et agréable – tout comme cette rapidité avec laquelle il passait du simple statut d’étudiant, d’élève, à celui de cible, de victime. Et probablement d’acteur. Naisen n’avait pas anticipé cela et sans s’en vouloir, il craignait que le processus ne s’arrête pas de sitôt. Ce n’était d’ailleurs pas quelque chose qu’il souhaitait, et, du haut de ses onze ans, il possédait la maturité nécessaire à sa propre survie. Une survie qu’il plaçait sur le compte d’un scénario très simple : chaque chose arriverait avec son temps. L’impression de balayer les étapes et de grimper l’escalier en sautant les marches le prenait aux tripes et il ne l’appréciait pas.

[Naisen] – Sayuri, où allons-nous ?

La jeune femme lui tendit un petit bol en carton rempli de pâtes et dont les battants étaient repliés sur eux-mêmes pour en conserver la chaleur. Elle lui sourit et, tout en continuant de marcher dans les ruelles ensoleillées de Konoha, elle ouvrit le sien et commença à grappiller quelques morceaux de porc à l’aide de ses deux baguettes. Naisen s’en empara sans dire un mot et la remercia du regard. La faim l’avait assommé et il doutait que les perfusions et les maigres plateaux repas de l’hôpital ne l’aient assez rassasié pour tenir encore une heure. Il se jeta dessus et rattrapa le retard qu’il avait pris sur Sayuri qui n’avait pas décidé de l’attendre.

[Sayuri] – Il faut que nous parlions de certaines choses, je crois. On va s’installer dans un petit coin sympa. En attendant…

Ses yeux le fixèrent.

[Sayuri] – Accélère un peu et arrête de mater mon derrière, petit pervers. C’est un privilège, ça doit se mériter ce genre de choses.

Elle lui sourit et Naisen se dépêcha de se mettre à sa hauteur, sans vraiment comprendre les allusions de la jeune femme.

Son cauchemar lui revint en mémoire. Sur le moment, il l’avait complètement oublié. Ses premiers rêves l’avaient d’abord intrigué au point de l’empêcher de dormir mais il n’avait probablement pas la condition physique pour tenir éveillé assez longtemps et rapidement, il avait trouvé le sommeil. Les nuits passèrent, les semaines et les mois avec elles et à mesure que ces cauchemars se répétaient, l’Uchiha apprit à faire avec, à s’en accoutumer. Pour la plupart, ils se ressemblaient tous, à quelques éléments et détails près que Naisen avait appris à relever. La vision sourde et silencieuse de sa mère lui apparaissait chaque nuit, et chaque fois, il lui semblait qu’il trouverait le moyen de la sauver, comme si elle était enfermée dans un autre monde dont il ressentait la barrière mais ne trouvait pas le moyen de la franchir. Naisen avait appris à garder ses songes pour lui et lorsque ses yeux s’ouvraient, il avalait une bonne bouffée d’air et il enfermait ses nuits dans un coin de son esprit, un coin qu’il laissait fermé jusqu’à la nuit suivante. Pourtant, ce dernier rêve avait été clairement différent, et il ne savait pas quoi en penser. Il l’avait d’abord oublié, comme tous les autres, quoi que son réveil fut bien plus difficile qu’habituellement. Son état de fatigue l’avait empêché d’y repenser et il avait presqu’immédiatement replongé dans un sommeil paradoxal. Naisen se doutait que Sayuri lui parlerait certainement de cela, même s’il en ignorait la raison. Simplement parce qu’à ses yeux, ce n’étaient finalement que des rêves. Des rêves qui avaient arrêtés de le traumatiser depuis longtemps. Sinon, il aurait douté de sa capacité à survivre.

Ils s’éloignèrent rapidement du centre ville. Peu à peu, les maisons se raréfièrent au profit de petits jardins qui devinrent très vite des espaces verts naturels, brouillons, en proie à un chaos simple et juste. La toiture verdoyante des arbres laissait peu de place à la lumière du soleil et leur fit profiter d’une ombre agréable. Sayuri continua de s’enfoncer dans les bois sans hésiter sur le chemin à prendre. Lorsqu’elle eut trouvée l’endroit qu’elle cherchait, ou lorsqu’elle en eut marre de marcher et qu’elle considéra qu’elle en avait assez fait comme ça, elle s’arrêta, balança son sac à dos aux pieds d’un tronc épais et s’assit à côté de lui. Elle laissa ses jambes s’étaler devant elle et passa ses deux mains derrière la tête, l’air décontractée. Naisen la regarda s’exhiber ainsi à la nature et posa son sac à côté d’elle.

[Sayuri] – Tu m’as dis que tu voulais en apprendre plus sur les illusions ?

Elle ressortit le plat de ramens qu’elle n’avait pas terminé et commencer à chercher quelques morceaux de viande dedans. Sans se détourner de son objectif, elle continua.

[Sayuri] – Tu m’as aussi dit que tu posais certaines questions à ce sujet. Peut-être que je pourrais y répondre, si tu es gentil, évidemment.

Naisen haussa les épaules et leva son regard vers les grands arbres qui les entouraient. Ses première recherches lui avaient permis d’avoir une vision d’ensemble de ce dont étaient capables les shinobi et de déterminer vers où il tournerait son attention. L’académie était remplie d’une multitude de professeurs tous compétents dans leurs domaines et l’Uchiha n’avait jamais saisi l’importance que cela pouvait refléter à leurs yeux. En tant que shinobi. Le genjutsu l’attirait tout particulièrement parce que, de ce qu’il en saisit, c’était la voie qui se rapprochait le plus du monde des rêves. Il ne savait pas trop pourquoi, ni comment, mais par élimination, il en était arrivé à cette conclusion. Et même si les notes de Miharu qu’il avait découvert étaient pour lui un vacarme assourdissant de mots et de phrases qui n’avaient aucun sens, il sentit que cette déduction était la bonne.

[Naisen] – Je me pose un nombre impressionnant de questions, sur ma condition, sur mes objectifs, sur ce qu’on attend de moi. Je crois que je suis à un âge où j’ai encore tout à apprendre, tout à découvrir. Cela ne m’effraie pas tellement, mais ça me dépasse, peut-être. J’ai vécu ma première mission et j’ai l’impression qu’elle n’aurait normalement pas du ressembler à ça.

Sayuri eut un petit rire moqueur. La Juunin ne voulait pas dramatiser cet évènement inhabituel, d’abord parce que cela n’était absolument pas dans l’intérêt de Naisen, ensuite parce que cela n’aurait probablement que très peu de conséquences sur la bonne continuation de son existence. Si, encore, on l’avait mis dans une situation délicate, au milieu d’un tourbillon politique ou militaire, d’un conflit plus profond, voir d’un complot, elle aurait certainement agi autrement ; le village aurait agi autrement, simplement. Non, en l’occurrence, selon ses sources, il ne s’agissait que d’une taupe qui n’avait d’yeux que pour l’argent et les Chikakei s’étaient occupés de lui. Définitivement. Mais elle trouva intéressant que Naisen eut conscience du peu d’importance que cela aurait sur lui. Et si cela l’affectait, c’était somme toute une réaction tout à fait naturelle et logique, cet évènement s’effacerait très vite de sa mémoire.

[Sayuri] – Tu as ce que peu de gnomes de ton âge n’ont pas : cette capacité à se rendre compte des choses. Je veux dire, il serait tout à fait logique que tu ne sois qu’un petit être faiblard et très peu au courant des choses de la vie, mais non, toi, tu peux déceler ce qui est normal et ce qui ne l’est pas. Tu vois, tu n’as pas de clés, mais tu sais qu’il faut en chercher et ça, ça, mon ami, cela va t’aider, mais t’aider comme tu ne peux pas l’imaginer.

Cela risquait aussi de lui causer des torts, mais elle préféra éviter de lui communiquer cette précision, infime, mais tout aussi importante à ses yeux.

[Sayuri] - J’ai rencontré ce matin ta future chef d’équipe. Elle s’appelle San Getsu et ton affectation commence dans deux semaines. San est quelqu’un de très intelligent et surtout de très compétent. En fait, je n’ai jamais rencontré quelqu’un d’aussi … parfait. C’est déroutant. Elle saura répondre à plusieurs de tes questions concernant ton statut de shinobi parce qu’elle se les ait posées il y a bien longtemps déjà. Comme moi. Mais c’est une partie du boulot un peu soporifique et elle ne m’intéresse pas. Mais San n’est pas une illusionniste et San n’est pas une Uchiha. Je suis l’une et l’autre.

Pour Naise, le message fut rapidement clair. Sayuri était très clairement en train de lui expliquer qu’il pouvait lui faire confiance. Pas seulement lui raconter ses petits problèmes du quotidien, non, cela, il pouvait le faire avec tout un tas d’autres personnes et sans les considérer comme des gens moins intéressants, ils ne pouvaient pas tous prendre la responsabilité d’avoir sa vie entre ses mains. C’était ça, l’exacte sensation qu’il en avait d’elle. Sayuri arborait sans cesse ce visage qui leur jetait à la gueule un désintéressement faussement provocateur, pourtant Naisen sentait qu’elle serait tout à fait le genre de personnes sur qui il pouvait compter. Réellement.

[Naisen] – J’ai besoin d’apprendre le Genjutsu.

[Sayuri] – Pourquoi ?

Il haussa les épaules. Assumer n’était pas une chose difficile en soi, pas pour lui en tout cas. Peut-être parce qu’il n’avait pas consciences des responsabilités que cela impliquaient et des conséquences que cela pouvait avoir, sûrement parce qu’il l’avait digéré. En partie, en tout cas.

[Naisen] – Tous les soirs, je rêve de ma mère. Tous les soirs, j’ai l’impression qu’elle existe, qu’elle vit encore mais que quelqu’un ou quelque chose la retient, ailleurs. J’ai lu des choses bizarres sur un Uchiha qui cherchait le moyen de trouver une sorte de monde parallèle, quelque chose « ailleurs ». Cette nuit …

Sayuri replia ses jambes sur elle-même et posa ses deux coudes pour tenir ses genoux libres de tout mouvement. Elle se tourna vers lui et se fixa son regard sur son visage d’enfant, intéressée.

[Naisen] – Cette nuit, je n’ai pas fait le même rêve que d’habitude. J’ai vu quelqu’un, je l’ai entendu. Il avait un masque. Il me disait qu’elle souffrait et que je devais, que je pouvais la sauver. Et puis je me suis vu, dans mon lit d’hôpital. Le temps était comme arrêté.

Naisen s’arrêta et déglutit difficilement.

[Sayuri] – Tu as parlé du miroir du temps. Où as-tu entendu ça ?

[Naisen] – Dans ce rêve. Il m’a dit qu’elle y était emprisonnée.

Le visage de Sayuri s’assombrit. Elle ouvrit la bouche pour dire quelque chose puis se rétracta immédiatement. Naisen resta silencieux mais comprit que quelque chose rendait la Juunin suspicieuse, presqu’effrayée.

[Sayuri] – Tu as bien fait de m’en parler. Ton raisonnement était le bon, je pense que le Genjutsu pourra t’aider, mais il faudra que nous reparlions de tout ça plus tard.

Elle se leva, se rapprocha de lui et lui tendit une main ferme.

[Sayuri] – Dans deux semaines, tu auras d’autre choses à apprendre, nous n’avons pas de temps à perdre.

Naisen la fixa du regard. Il sentait, depuis longtemps déjà mais cette sensation s’exprimait avec plus de virulence et de force aujourd’hui, que quelque chose de grave se tramait. Une phrase, un mot, une idée, avait percuté l’esprit de Sayuri, mais il ne savait pas encore quoi. Naisen n’avait jamais pris ses rêves que comme des déformations d’une réalité autre, une réalité vide de sens, qui n’existait pas, en soi. Il s’était souvent demandé si tout cela avait un sens, même aujourd’hui, devant le visage de grave de la jeune femme, il ne saurait donner une réponse claire à cette interrogation. Il pourrait refuser, il pourrait rester immobile et muet et considérer sa réaction comme exagérée mais il n’avait pas le savoir nécessaire pour remettre en question les considérations d’une Uchiha dont la réputation la précédait. Sayuri l’avait presqu’immédiatement intégrée dans l’académie. Ses gestes étaient simples, mais plus que d’être efficaces, elles les avaient faits au bon moment, au bon endroit.

Il s’empara de la main tendue par la jeune femme, comme à chaque fois où elle la lui avait proposée. Elle le tira fermement à elle et Naisen se redressa. Il y avait une chose qu’il appréciait plus que les autres chez Sayuri, c’était que malgré la figure grave et le rictus mauvais qui pouvait parfois animer son visage, elle avait toujours et en toutes circonstances ce sourire confiant et ce regard amical. Presque toujours, presque toujours.
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