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 Nagate

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MessageSujet: Nagate   Mer 21 Sep - 15:29

Nom : Hinoto.

Prénom : Shin.

Surnom : Nagate.

Âge : 23 ans.

Village : Déserteur de Kumo.

Affinité : Raiton.

Grade envisagé : Rang B.

Kekkai Genkai souhaitée : Aucune.


Histoire :

- Eeeet… merde ! lâcha la femme en voyant image par image le sac de courses rejoindre le sol tandis qu’elle cherchait les clefs de l’appartement.

Après un bref soupir, elle ouvrit la porte, ramassa la partie des courses qui avait profité de la chute pour se faire la malle, les rangea de nouveau dans le sac et entra. L’homme l’attendait déjà à quelque pas de là, tenant un cadre dans sa main. Un simple coup d’œil lui montra qu’il fulminait. Un autre, qu’il y avait un verre de whisky sur la table et une bouteille bien entamée. Elle allait encore y avoir droit. Ca n’était pas la première fois et ça ne serait certainement pas la dernière. Si seulement il ne l’avait pas trouvé… Elle avait caché le cadre un mois auparavant, dès qu’elle avait appris la nouvelle. Elle connaissait suffisamment bien son mari pour savoir qu’il voudrait se débarrasser de tout ce qui pourrait lui rappeler cette traîtrise. La femme pensait que le fin fond de sa garde-robe serait une bonne planque. Visiblement non. Qu’était-il allé faire là dedans de toute façon ?


- Qu’est-ce que c’est que ça ? hurla-t-il en la suivant dans la cuisine d’un pas claudiquant.
- Une photo, comme tu peux le constater, répondit-elle d’un ton posé.
- Tu sais très bien que je ne veux plus jamais entendre parler de lui !
- C’est ton fils, continua-t-elle tout en sortant ses achats. Hausser le ton aurait été vain et n’aurait servi qu’à envenimer la situation.
- NON ! Non… Mes fils sont morts, tu entends. Morts !
- Shin est encore en vie.
- Ce nom ne signifie plus rien ! Pour moi et pour le village ! Il a déserté ! … Pourquoi t’entêtes-tu à ne pas comprendre ? demanda-t-il plus calmement.

Elle le savait incapable de le faire justement, la comprendre. Aucun homme n’aurait pu de toute façon. Peu importe ce que son fils avait fait, il était sa propre chair, son propre sang, elle le soutiendrait jusqu’à sa mort. Car elle était mère et l’amour d’une mère est théoriquement sans limite. Et puis, qui étaient-ils pour le juger ? Eux, les grands shinobis de Kumo, tellement dévoués à leur Kage et à leur pays… De quel droit décidaient-ils du destin de tous ? De quel droit décidaient-ils du chemin que devait suivre son fils ? De quel droit décidaient-ils qui devait vivre et qui devait mourir ? Elle seule pouvait comprendre son choix de partir, son désir de liberté, son désir de vivre tout simplement. Eux ne le pourraient jamais.


- Parce qu’il est mon fils, dit-elle.
- Et bien ton fils est mort, rétorqua son mari, amer.

Au final, il ne s’était pas calmé. Il y avait juste un désert de sentiment lorsqu’il s’adressait à sa femme. Des larmes se mirent à perler aux bords de ses yeux, mais elle s’efforçât de les dissimuler. Pleurer aussi ne changerait rien. Son mari jeta rageusement le cadre à ses pieds avant de quitter la pièce sans un autre mot. Lentement, elle s’agenouilla pour ramasser les morceaux de verre, cédant à ses larmes le droit de passage.


- Et l’homme que j’aimais a disparu, murmura-t-elle.

La porte d’entrée claqua. Au moins n’aurait-elle pas à supporter plus longtemps la crise de colère de son conjoint.


- Aïe, souffla-t-elle en sentant la morsure du verre sur son pouce droit.

Le sang perlait déjà le long de la coupure. Une grosse goutte se forma, puis une autre, avant qu’elle ne décide d’aspirer le liquide. Un goût de fer âcre lui envahit la bouche. Pourquoi n’avait-elle jamais demandé à son mari de lui apprendre quelques trucs sur l’Eisei ? Laissant son doigt à l’air libre, la quadragénaire fila à la salle de bain. Après avoir tamponné la plaie avec un disque de coton imbibé de désinfectant, elle l’entoura d’un pansement.


Je vais encore devoir passer un coup de serpillère, songea-t-elle en s’apercevant que des gouttes de sang avait tâché le sol.

Suivant les gouttes, elle retourna à la cuisine. Elle ne remarqua pas tout de suite la goutte de sang sur la photo, trop occupé à ramasser ce qu’il restait de verre au sol. Et lorsque ce fut le cas, c’était trop tard. Le liquide cramoisi avait irrémédiablement souillé la photo. Il ne restait plus qu’à lui offrir un aller direct vers la poubelle. Au moins, cela ferait un heureux dans cette maison. Par chance, il lui restait une dernière chose. Une dernière trace de son fils. Sans doute la dernière chose dans le village caché qui ne le désignait pas comme déserteur, comme criminel ou comme traître…


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- Goh !

Il se retourna à l’entente de son prénom. Un sourire se dessina sur son visage, cela faisait longtemps qu’il n’avait pas vu cet ami de longue date. Il était toujours en vadrouille avec son équipe à régler quelques affaires pour le compte du village. Des fois, il l’enviait. Lui aussi aurait aimé pouvoir repartir arpenter le pays. Malheureusement, un estropié était trop lourd à gérer pour une équipe. Goh boitait depuis une douzaine d’années déjà. Un accident au cours d’une mission, une jambe en mille morceaux et une guérison quasi inespérée mais pas suffisante avait mis fin à sa carrière. Pour un bon pratiquant de l’Eisei, ça faisait un peu tâche. Il avait fini par se faire une raison. Il aurait peut-être même pu s’en satisfaire de cette guérison ratée si son bon à rien de fils ne s’évertuait pas à l’exaspérer et jeter l’opprobre sur son nom.

- Juusei ! Ca fait plaisir de te revoir !
- Le plaisir est pour moi, mais ce n’est malheureusement pas le plaisir qui m’a conduit à te chercher en catastrophe. Ecoute, il se murmure des choses… J’ai entendu certaines de mes connaissances dire que… Eh bien… L’homme soupira.
- Parle Juusei, sans détour, déclara Goh d’un ton impérieux.

On lui avait souvent fait le reproche d’être trop rude, trop direct. Juusei en riait souvent quand ils étaient plus jeunes. Il ne cessait de lui dire qu’il devrait partir pour Iwa où son caractère de pierre lui permettrait de ce fondre dans le décor. A vrai dire, il n’avait à l’époque aucune idée du caractère que pouvait avoir les habitants d’Iwa, et maintenant ça n’avait plus d’importance vu que le pays avait été ravagé.


- C’est lui, n’est-ce pas ? Qu’a-t-il encore fait pour qu’on parle de lui ?

Lui. Son fils… Il ne se souvenait même plus combien de fois il avait prié, à la mort de Zaji, pour avoir un autre fils. Un fils en bonne santé, avec qui il pourrait jouer, à qui il pourrait enseigner l’art des shinobis. Un fils qui le rendrait fier. Le destin s’était bien joué de lui… D’abord son accident. Et son fils qui ne devenait pas ce qu’il avait escompté…

- Ecoute… Ca fait quelques jours qu’on ne l’a pas vu et on est quasiment sûr qu‘il…
- Impossible, coupa Goh. Il ne serait pas foutu de passer les systèmes de sécurité du village.
- Visiblement, c’est pourtant le cas.
- Les Anbus l’auraient rattrapé.
- Il semblerait qu’il ait réussi à échapper à leur méfiance… Tu l’as toujours sous-estimé, tu sais.
- Il ne m’a jamais donné une raison de ne pas le faire, tu sais, répliqua-t-il.
- Bon garde ça pour toi, pour le moment. Il n’a pas encore été officiellement déclaré déserteur… Allez, courage, Goh, ce n’est peut-être qu’une simple méprise.

Juusei s’éloignait déjà, mais Goh ne semblait plus l’entendre. Il reprit machinalement sa route mais il était perdu dans ses pensées. Il ne s’excusa même lorsqu’il bouscula la vielle mégère qui habitait à deux pas de chez lui. Son fils, un déserteur. Un rire amer résonna en son for intérieur. Une drôle de blague. Quelle vilaine farce ce vaurien avait-il encore mis au point ? Avant même que Shin soit ado, il ne cessait de lui faire honte. Indiscipliné, étourdi, il ne faisait aucun effort pour devenir un bon shinobi. Le pire c’est qu’il le savait capable. Il était si vif d’esprit quand il était tout jeune, prompt à la compréhension et tellement curieux. Ce qu’il était devenu en grandissant dégoûtait Goh. Shin, un déserteur… Il avait mis tant d’espoir en lui. Parfois, le soir, lorsque sa femme dormait, il pensait à son enfant. Il s’inquiétait pour lui, pour son avenir. Il n’était pas normal qu’à 23 ans, il soit encore Chuunin. Ses amis, eux, étaient déjà tous Jounin. Ils avaient tous des équipes compétentes ou étaient à des postes prestigieux, quand Shin ne faisait que trainer des pieds. Au moins son bagout et son attitude désinvolte lui valait les attentions de quelques filles. Avec un peu de chance, il finirait bien par se marier avec une civile. Aucune Kunoichi digne de ce nom ne voudrait d’un tel flemmard. Il pourrait alors avoir un petit-fils. Un petit fils qu’il pourrait recadrer. Un petit-fils qui ne suivrait pas l’exemple de son père.

Sans même s’en rendre compte, Goh était rentré chez lui. Rin n’était pas là. Elle devait encore être au restaurant. Il se servit un verre. Il lui arrivait de boire quelque fois, un peu, jamais trop, même si l’envie le démangeait. Shin, un déserteur. Il avait simplement dû partir en vadrouille et les gardes aux portes avaient oublié de le mentionner. Même si il y songeait en secret, son fils n’aurait jamais sauté le pas. Il n’avait pas les couilles pour le faire. Pas même le niveau. Goh n’avait jamais compris ce qui ne tournait pas rond chez lui. Pourquoi détestait-il les shinobi ? N’étaient-ils pas les héros de leurs nations ? Les protecteurs du peuple ? Les icônes qui inspiraient les jeux d’enfants et donner l’espoir d’une vie sûre aux gens du commun ? Il ne pouvait rien leur reprocher, alors pourquoi est-ce qu’il les détestait autant ? Pourquoi est-ce qu’il se détestait autant ? Était-ce ça ? Se dégoûtait-il à ce point qu’il ait eu le courage de trahir son village ?

Shin Hinoto, déserteur.

La vérité lui sauta au visage. Son fils avait trahi son pays, sa famille, son éducation, son nom. Il était désormais un criminel à abattre. Son fils deuxième fils était mort. Un étrange sentiment de culpabilité l’envahit tout de même. Il le savait. Depuis ce jour-là, il le savait…


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Attablée avec ses amis autour d’une bouteille de saké et d’un repas préparé de ses mains, la jeune femme n’avait, ce soir, pas la tête à festoyer. Les autres non plus d’ailleurs. Ils avaient l’habitude de tous se réunir en fin de semaine et de discuter des différents évènements récents, de la progression de leurs élèves, de leurs missions ou simplement du beau temps. Mais cette semaine n’était pas comme les autres. L’annonce avait été faite. Shin avait officiellement été déclaré Nukenin, après deux semaines d’absence. Si les Oi-Nin retrouvaient sa trace, on déploierait une équipe pour le tuer.

- Je me demande qui ils vont envoyer… marmonna Lang.
- Tant que ce n'est pas l'un d'entre nous, répondit Yuha. Ca serait trop dur, je pense… Je veux dire le tuer. On a passé la moitié de notre carrière avec lui. Voire plus pour certains.
- C’est pourtant ce qu’on devra faire si on nous en donne l’ordre. C’est notre devoir.
- T’es sérieuse Kiko ?
- Bien sûr. Je ne dis pas que ça sera facile. Je ne dis pas que j’aurai la force de le faire lorsqu’il sera à ma merci…
- Mais on le fera, acheva Eike, son jumeau.
- Oui.
- Oui…

Ils éclatèrent tous d’un grand rire. Nerveux sans doute. Kiko les connaissait suffisamment bien pour savoir qu’ils pensaient tous la même chose. Shin, un déserteur. Pour les autres, l’idée était tellement saugrenue. Mais pas pour eux. Ils savaient tous que le déserteur était un électron libre en puissance. Il rêvait d’arpenter les sentiers du monde. Il rêvait de liberté. Ils auraient dû le voir venir. Ils auraient dû le raisonner. L’empêcher de commettre l’irréparable. Si seulement elle avait su le fond de sa pensée… Les choses auraient pu être différentes en ce moment. Shin aurait pu être à cette table avec ses amis de toujours.

Oui… Oui… songea-t-elle. Les choses auraient pu être différentes. Surtout entre eux.

Depuis leur adolescence, il n’avait cessé de la courtiser. Mais elle refusait indéniablement que leur relation évolue. Au fil des années, c’en était presque devenu un jeu. Shin cherchait des manières de plus en plus originales de lui déclare sa flamme. Il avait d’ailleurs su se montrer très créatif. Elle ne doutait pas que s’il avait passé plus de temps sur son entrainement au lieu de "jouer", il aurait été à leur niveau. Ce fichue jeu… Et lorsqu’enfin elle s’était aperçue qu’elle tenait plus à lui qu’à un simple ami, monsieur était finalement passé à autre chose. Avec succès qui plus est. Le pire pour elle, c’est qu’il ne lui en avait jamais parlé. Elle n’avait jamais su de qui il s’agissait. Shin avait toujours été cachotier dans sa vie, évasif dans ses réponses. Kiko l’avait haï pour ça. Cette blessure ne s’effacerait sans doute jamais. Il aurait pu être le premier mais non. Au final, ça avait été Dosuke Nifu, un type plus âgé que Shin ne portait pas spécialement dans son cœur. Le coup classique pour rendre un mec jaloux. Au final, ça n’avait servi qu’à détériorer leurs relations. Mais c’était sa faute, à lui et à lui seul. Sa faute à lui aussi l’ambiance pourrie de cette soirée. Quel besoin avait-il de déserter ? Si il avait fait ne serait-ce qu’un simple effort, il aurait pu se faire une place dans le village, elle en restait persuadée. Perdue dans ses pensées, elle n’avait plus suivi le cours de la conversation. Ses amis en étaient visiblement à raconter les souvenirs qu’ils avaient du traître.

- Et cette fois où on devait partir au nord. Impossible de le trouver alors que la mission était assez urgente…
- Oui je m’en souviens ! interrompit Eike. Tesshu Sensei était vert de rage. J’ai bien cru qu’il déciderait de partir sans lui et de le tuer en rentrant. Enfin, avant que tu mettes la main dessus...
- C’est pas cette fois que vous l’aviez retrouvé en train de faire la sieste dans un arbre ?
- Si si c’était bien cette fois là… Pauvre arbre d’ailleurs. C’est lui qui a fait les frais de la colère de Tesshu.
- Et la tête qu’il a tirée en s’écrasant au sol, je crois que m’en souviendrais toute ma vie…
- N’empêche, heureusement qu’on l’a retrouvé…

La discussion lui échappa une nouvelle fois. Ses amis parlaient de lui comme d’un mort. Dans un sens il l’était. Un mort en devenir. Ca n’arriverait peut-être pas de suite, mais, un jour ou l’autre, on meurt tous. Il ne restait qu’une chose à faire pour Shin. Profiter du temps qu’il lui restait.

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Un bruissement d’ailes brisa le silence. Nagate ne s’en faisait pas. De toute façon, si c’étaient les Oi-nin, il n’avait pas la force de les affronter et il le savait. Il n’était pas tombé sur un village depuis son départ, et tant qu’à faire il préférait les éviter pendant qu’il se trouvait encore dans une des principales nations ninja. La faim se faisait de plus en plus en ressentir. Il faut dire qu’à part du lapin et des poissons il n’avait pas eu grand-chose à se mettre sous la dent ces derniers jours. Au moins l’ombre procurée par l’arbre diminuait un peu la chaleur. Et cela ne faisait que dix jours qu’il était parti.

- Saloperie de charognard nécrophage ! lança-t-il avec un bon coup de pied lorsque le corbeau décida de s’attaquer à sa jambe. Je suis pas encore mort, et ce n’est pas aujourd’hui que tu pourras bouffer mon cadavre sale piaf !

La fatigue et la faim le rendait toujours bougon, voire carrément désagréable. Le corbeau avait, d’une simple envolée, réussi à éviter le coup. Une fois posé, il sautilla de nouveau près du déserteur. Ses yeux noirs fixaient le shinobi tandis qu’il s’évertuait à se démettre la nuque par à-coups successifs sur le côté. Nagate soupira.

- Toi aussi tu dois crever de fin. Je suppose que c’est le prix à payer pour la liberté. Et la folie aussi… Voilà que je me mets à parler avec un corbeau. Dommage que ce genre de trucs ne soit pas dans "Vivre libre pour les nuls". L’animal se rapprocha. C’est bon va. Ne dis plus rien. Je sais ce que tu veux.

Au final, le corbeau s’intéressait plus aux restes de lapin que le jeune homme avait emporté qu’à Nagate lui-même. Avec cette température proche de la canicule, la viande n’était pas vraiment conservable. Et quand bien même il aurait pu le faire, il n’avait pas le matériel adéquat pour traiter la viande en salaison. Il aurait dû s’en débarrasser immédiatement, il le savait, mais la crainte de ne plus trouver de gibier l’avait emporté sur la raison. Il jeta, à quelques centimètres du corbeau, une patte de lapin grossièrement déchirée et observa l’oiseau s’attaquer à la viande rance. Voilà comment le charognard survivait. Il laissait un autre faire le sale boulot, puis il ramassait les restes. Seul, il ne pouvait rien faire. Impossible pour lui de s’attaquer au gros gibier et le monde regorgeait d’animaux plus dangereux que lui.

Dans un sens, le corbeau lui rappelait sa propre situation. A son âge, certains étaient déjà de véritables légendes. Lui n’était qu’un simple Chuunin, un peu tire-au-flanc. Face aux Oi-Nin, il n’aurait aucune chance. Pour quelqu’un qui avait toujours fait le minimum légal, il allait à présent devoir redoubler d’efforts pour rattraper son retard. Si tant est que ce soit de l’ordre du possible. Mais, comme le corbeau, seul, il stagnerait. Pour progresser, le jeune homme savait qu’il allait devoir s’adjoindre la compagnie d’autres shinobi ou se trouver un sensei qui voudrait bien de lui. Le problème restait justement de les trouver. Il était notoire que certaines parties de ce monde représentaient de véritables havres de paix pour les personnes comme lui. Nagate allait maintenant devoir se faire accepter par cette communauté. C’était un besoin vital, la condition sine qua non de sa survie.

MessageSujet: Re: Nagate   Mer 21 Sep - 15:31

Goh avait hâte de rentrer. Il n’avait pas vu sa femme et son fils depuis plus d’un mois. Une attaque de brigands sur un village au nord-est l’avait retenu plus longtemps que prévu. Discrètement, il ouvrit la porte de chez lui. Sa femme préparait le goûter. Le petit monstre n’était pas encore rentré de l’école, ce qui voulait dire qu’ils avaient un peu de temps devant eux. S’approchant à pas feutré, il enlaça sa femme par la taille. Après un bref sursaut, celle-ci se dandina légèrement avant de caresser légèrement le visage de son mari.

- Bonjour Monsieur Hinoto, murmura-t-elle avec espièglerie.
- Bonjour Madame Hinoto, répondit-il sur le même ton avant de déposer un baiser au creux de son cou.
- Vous vous êtes fait attendre.
- Que Madame me pardonne, j’ai été retenu.

Elle se retourna lentement pour lui faire face. Il la trouvait parfaite… Ce fut Rin qui la première captura la lèvre inférieure de son mari entre les siennes. Leurs bouches se mêlèrent. Sa langue se faufila à la recherche de celle de sa femme, qu’elle ne tarda d’ailleurs pas à trouver. Avec une délicatesse qu’on ne lui connaissait pas forcément, Goh suivit le galbe de ses hanches d’une main tandis que l’autre partait se perdre dans la longue chevelure argenté.

- Il va débarquer d’une minute à l’autre, souffla-t-elle, interrompant brièvement leur baiser.
- Mais il n’est pas encore là, ce qui veut dire qu’on a un peu de temps pour nous, fit-il de la même façon.

Ses mains allèrent se glisser sous le kimono court de la femme. Un grand fracas, celui d’une porte qu’on ouvre en trombe, retentit dans le salon, stoppant net tout désir de continuer la séance. Goh eut à peine le temps de mettre ses mains dans un endroit moins licencieux pour un enfant de 6 ans, qu’une voix haut perchée braillait un "Papa" dans toute la cuisine. L’enfant se jeta dans les bras de son père.

- Papa, reprit l’enfant, tu m’as manqué !
- Je vois ça ! L’étreinte de son fils se resserra. Alors, tu as bien veillé sur ta mère pendant mon absence ?
- Ben oui, lança-t-il comme si il s’agissait d’une évidence.
- Ca, je peux te le confirmer !
- Alors ça va Shin, je suis fier de toi, dit-il en reposant l’enfant au sol. Ce dernier s’empressa d’aller dans les bras de sa mère pour l’embrasser.
- Regardez ce que j’ai fait en étude aujourd’hui ! Son fils se précipita vers son sac à dos et en sortit une feuille blanche remplit en bonne partie d’un dessin haut en couleur.

Les traits et le coloriage étaient irréguliers comme on pouvait l’attendre d’un enfant de son âge. Shin avait représenté un gros bateau pirate, voguant en pleine mer. Un gros trait jaune se séparant en une multitude de branches signalait la présence d’un orage. Il fallait donc supposer que les pirates se trouvaient en pleine tempête. Il n’avait d’ailleurs pas lésiné sur la quantité d’hommes à bord du bateau. Toutefois, l’un d’eux se distinguait plus que les autres. Il se trouvait accroché au sommet du mât et guettait l’horizon. Une flèche pointait dans sa direction avec l’annotation "Nagate" à côté.


- Et bien, en voilà un beau dessin. Mais dis-moi qui est ce Nagate ?
- Ben c’est moi ! C’est mon nom de pirate ! s’exclama l‘enfant.
- Depuis qu’ils en ont entendu parler à l’école, je n’arrive pas à les lui sortir de la tête…
- Tu sais papa, plus tard j'en serai un !
- Non. Plus tard tu seras un shinobi, affirma Goh d’un ton sec.
- Les shinobis aussi ils ont des bateaux ?
- Non.
- Ben je préfèrerai être un pirate alors ! Ils sont pl…
- Tais-toi fils ! L’enfant baissa les yeux. Il avait compris que quand son père ne l’appelait pas par son nom ou un quelconque sobriquet, il ne fallait pas discuter. Plus tard, tu seras un shinobi et tu obéiras. Il n’y a pas à discuter. Maintenant va dans ta chambre faire tes devoirs, ordonna Goh.
- Oui, Père, marmonna le petit garçon en allant chercher son sac à dos d’un pas trainant. J’aurai tellement voulu avoir un bateau, bougonna-t-il en quittant la pièce, abandonnant son dessin sur la table.

Rin s’approcha de la feuille avant de la placarder sur le réfrigérateur, comme les parents avaient l’habitude de faire.


- Que fais-tu ?
- Tu as été trop strict avec lui. Laisse-le avoir des rêves.
- Ce dont il a besoin c’est de discipline. Il peut bien rêver de ce qu’il veut, mais pas de devenir un criminel. Je ne le tolèrerai pas ! fit-il en récupérant le dessin. Il avait l’intention de le déchirer mais le regard de sa femme lui intima de ne pas le faire.

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La salle à manger de l’auberge était quasiment vide. Il faut dire que les propriétaires avaient choisi un drôle d’endroit pour s’établir. Situé dans un petit bois entre deux collines, la route qui y menait tenait plus d’un petit sentier que d’une grande voie commerciale. A son entrée, le déserteur n’avait remarqué aucune menace directe, ainsi sirotait-il tranquillement une soupe miso plus que bienvenue. L’argent dépensé pour le gîte et le couvert venait encore de réduire son pécule mais s’il avait dû manger un autre lapin, il était prêt à parier qu’il serait devenu l’un d’entre eux.

Cela faisait bien deux semaines qu’il avait quitté le village. Deux semaines de liberté. Deux semaines sans être sous le joug d’une quelconque autorité. Il vivait enfin pour lui. D’une certaine manière, il était rassuré qu’aucun Oi-nin n’était venu se rappeler à son bon plaisir. Ce qui pouvait vouloir dire, soit que tout le monde s’en foutait, peu probable, soit qu’aucun chasseur n’avait encore été dépêché à sa recherche, plus probable. Sa méfiance naturelle et son entraînement de shinobi l’avaient pourtant fait inconsciemment s’asseoir à la place ayant le meilleur champ de vision sur la pièce et le plus de possibilités d’échappatoire. Une chose qu’il n’aurait jamais eu à faire si il n’avait pas déserté mais il avait fait son choix. Bien qu’il s’était permis de relâcher un peu sa garde pendant son court séjour dans l’auberge, il devait bien s’avouer aimer cette sensation d’inconnu, de stress, ces montées d’adrénaline au moindre bruit suspect. C’était… Vivifiant.


- Alors ! Pas vrai qu’elle b’en bonne ma soupe ? Z’en prendriez pas encore une louche ? demanda la femme de l’aubergiste.
- Avec plaisir, répondit poliment Nagate.

Le croassement d’un corbeau leur parvint aux oreilles. La femme d’âge mûr se pencha légèrement sur la table afin de mieux regarder par la fenêtre sur la droite.

- Oh ! Ouste l’corbac ! L’animal ne bougea pas. On dirait ben qu’y vous matte c’t’oiseau d’malheur. Mauvais présage tout ça.
- Pas toujours, fit Nagate qu'il ait bu tranquillement une gorgée de soupe. Dans certaines légendes, le corbeau est la passerelle entre le monde réel et le monde spirituel. Il apporte l’éveil de la conscience et est le gardien du savoir.
- Ah ouais ? Et d’où qu’elles viennent vos légendes ?
- Oh, d’ici et d’ailleurs vous savez.
- Ben en tout cas, z’entendrez pas dire ça dans c’coin. D’où c’est que c’est que v’s êtes vous déjà ? M’en souviens p’us b’en. Cette femme pose trop de questions. Ca devient gênant.
- C’est normal, vous ne pouvez pas vous souvenir d’une chose que je ne vous ai pas dit, dit-il avec un sourire cordial.
- L’aviez pas dit que vous étiez de l’est ?
- Non, mais je viens bien de l’est.
- J’parierai qu’c’est du sud que z’etes. C’est c’soleil du sud qui vous a fait vos cheveux tout blancs.
- Je ne vois vraiment pas quoi de vous parlez, déclara-t-il avec un air gêné factice.
- Mmmmh… Si fait que vous voyiez ! Me trompe jamais ! M’enfin vous les gars d’la ville, z’aimez b’en faire des cachoteries… Bon, j’vous rapporte vot’ rabe de soupe…

Nagate avait toujours apprécié la force des mots. Ils étaient dans bien des cas plus puissant que le plus puissant des jutsu. Les mots pouvaient déclarer des guerres ou apporter la paix. Une langue suave pouvait apaiser le plus colérique des hommes. A l’inverse, la langue vicieuse pouvait le titiller et l’énerver encore plus jusqu’à le déstabiliser complètement. Le déserteur avait beau avoir négligé quelque peu ses jutsu, il n’avait jamais mis de côté sa langue, la plus affutée des armes à sa disposition. Il savait la faire flatteuse pour le vaniteux, romantique pour la demoiselle, mensongère pour le crédible. Bien que parfois, comme il s’en était aperçu encore une fois avec la tenancière, la sincérité marchait aussi. Les gens avaient si peu confiance en leurs prochains que vous pouviez leur servir la vérité sur un plateau d’argent, ils restaient persuadés que vous leurs aviez menti. Tant mieux remarque, aumoins cette vieille ne serait pas une source des plus fiables pour les Oi-nin qui s’aventureraient dans le coin.

Malgré cela, il n’allait pas devoir traîner ici très longtemps. Son corbeau, comme il était venu à l’appeler au fil du temps, croassa de nouveau tandis que l’ancienne lui amenait son second bol de soupe. Nagate tourna la tête pour l’observer. Le regard du charognard avait quelque chose de perturbant, comme si il pouvait lire en vous et connaître le moindre de vos secrets. Le corbeau pencha légèrement la tête sur le côté, et croassa pour la troisième fois. Puis, brusquement, il s’envola.


Ne t’inquiète pas. J’ai compris le message. Je ne resterai pas.

La nuit venue, Nagate attendit patiemment le temps qu’il pensa nécessaire pour que les propriétaires et les autres clients dorment profondément et sortit de l’auberge dans le silence le plus total. Avec un peu de chance, cela renforcerait le sentiment de la patronne de l’avoir percé à jour et brouillerait donc un peu plus les pistes. Du moins, il l’espérait.

-----

- Foutue jambe, marmonna Goh.

Il arrivait souvent, surtout quand il marchait, que sa jambe droite le lance. Oh, ca ne lui faisait pas mal. Pas vraiment. La douleur représentait l’habile mélange d’une crampe et d’un picotement. A vrai dire, la sensation était plus désagréable que douloureuse mais avec le temps il s’y était fait. Là où sa jambe lui posait le plus de problèmes c’était dans les escaliers. D’ailleurs il se demanda si son fils n’avait pas un peu fait exprès de choisir un appartement au cinquième étage d’un bâtiment quelconque en plein centre-ville. Déjà qu’il n’était guère content de la nouvelle, voilà qui l’exaspérait encore plus.

- C’est ouvert, lui indiqua la voix de Shin après qu’il eut frappé à la porte.

L’homme pénétra dans l’appartement. Il le trouvait petit. La pièce principale tenait lieu de salon, de chambre et de cuisine. Les deux portes du fond, quant à elles, devaient sans doute mener à la salle de bains et aux toilettes. Simple et sans décorations, il y avait en revanche une petite bibliothèque remplit de livres. Ces satanés bouquins, comme il les appelait. C’étaient ces choses qui avaient fait de son fils un incapable. C’étaient eux qui l’empêchaient de devenir le grand shinobi qu’il aurait dû être. Eux qui embrumaient son esprit et le maintenaient dans un monde de rêveries.


- Père… Je m’attendais à vous voir plus tôt. Etes-vous là pour me féliciter de mon nouveau rang ?
- Cette farce ? fit l’homme d’un ton cinglant. Un Genin doit être promu grâce à sa force, son courage et sa capacité à suivre les ordres ! Pas grâce à sa langue et à sa désobéissance. Non je ne te félicite pas. Tu devrais savoir que tu ne le mérites pas. Tu aurais dû refuser.
- Désolé de vous décevoir une fois de plus, Père. Je vous jure que j’ai pourtant tout fait pour faire capoter cette mission, répondit son fils d’un ton très calme. Son insolence mit Goh hors de lui.
- Je suis ton père ! Tu as intérêt à me montrer un peu plus de respect ! Qu’ai-je donc bien pu faire pour rater ton éducation ? Il doit bien y avoir une réponse dans tous tes livres non ? Celui-là peut-être ? demanda-t-il en prenant un bouquin au hasard avant de l’envoyer voler dans la pièce. Ou bien celui là ? ajouta le boiteux en jetant un autre ouvrage. Moi j’ai sacrifié ma jambe pour ce pays, pour ce village…
- Ah oui, interrompit Shin, parlons en de ce village. Le grand village de Kumogakure et ses braves shinobis. Nous si sommes si puissant que nous pouvons difficilement produire nos propres Kage. Rappelez-moi, Père, combien d’autres villages cachés ont eu à leur tête des étrangers ? Aucun à ma connaissance.
- Tais-toi, lui intima Goh avant que son fils aille trop loin.
- De toute façon, étranger ou pas, cela ne change rien puisque nous ne sommes pas foutus de les protéger ! Ils finissent tous par se faire assassiner ou disparaître. A mes yeux, il semblerait que je ne sois pas le seul incapable de ce village...
- Tais-toi, insista-t-il.
- Je suis toutefois désolé pour cette jambe qui est la votre, Père. Vous l’avez sacrifié pour une bande d’incapables. Quels sentiments ça fait ? Vous devez le regretter amèrement mais je suppose qu’il n’est jamais trop tard pour partir. Vous n’avez qu’à prétexter une ballade hors du village et ne jamais revenir. Mais vous savez, je ne pense pas que la vie au grand air soit faite pour vous. Dehors, il n’y a personne à qui obéir.
- Pour la dernière fois Shin, tais-toi.
- Et vous voulez que je suive le même sort que vous ? Que moi aussi je perde une jambe pour la gloire de Kumo ? Que je perde la vie en attaquant un homme qui ne m’a rien fait juste parce qu’on me l’a ordonné ? Libre à vous de le faire mais sachez ceci Père. Si je dois vivre pour quelqu’un ce sera moi. Et si je dois mourir pour quelqu’un ce sera moi. Je me refuse à mourir pour le compte d’un obscur Kage que je n’aurai certainement jamais côtoyé.
- Il suffit ! tempêta Goh en envoyant un direct à son fils. Le coup l’avait si bien surpris qu’il l’envoya au sol. Tu n’es qu’un sale égoïste… lâcha-t-il en se dirigeant vers la sortie.
- Non Père. Vous vous trompez. Goh s’arrêta pour écouter ce qu’il avait à dire mais sans prendre la peine de se retourner. Ce sont nos dirigeants, les égoïstes. Ils réclament nos vies à tous. Moi, je ne demande que la mienne.

Qu’ai-je donc fait ? songea le cinquantenaire en passant la porte.

Il était confus, incapable de dire à quoi se rapportait sa dernière pensée. Était-ce ce coup qu’il lui avait donné ? Il n’avait jusqu’à présent jamais levé la main sur son fils… Était-ce l’éducation ratée de l’enfant ? Pour sûr, Shin n’était pas vraiment ce qu’il avait espéré que son fils devienne. Ou bien était-ce simplement un père qui se rend compte que son fils a peut-être raison ? Peut-être valait-il mieux vivre libre après tout. Non. Non, certainement pas ça. Les shinobi œuvraient pour le bien de tous. De cela il en était persuadé.

-----

Le jeune homme fit un peu la moue en appliquant le désinfectant sur sa lèvre inférieure. Le coup que lui avait porté son père l’avait surpris. Certes, il avait un peu dépassé les bornes, mais de là à le frapper ça… Il avait tellement changé. Son accident avait vraiment foutu sa vie en l’air. Non pas qu’il n’était pas sévère quand Shin était enfant, mais là il en demandait trop, toujours trop. Il n’était jamais satisfait.

Il aurait pu me féliciter au moins… Un simple bravo ne lui aurait pas coûté son autre jambe…

Mais non, il y avait toujours quelque chose qui n’allait pas. D’accord, il n’avait pas fait ce qu’on lui demandait. D’accord, ce n’était pas le résultat recherché. Mais la mission n’avait-elle pas été une réussite ? N’était-ce pas la seule chose qui importait après tout ? Réussir la mission ? Il était parvenu à éviter un bain de sang et des pertes civiles inutiles. Et puis il n’y avait pas que celle-là ! Si on l’avait jugé apte c’est qu’il y avait une raison. Alors pourquoi son père ne pouvait-il s’en contenter ? Était-ce trop demandé que de recevoir un peu d’estime ? C’était bien pour son paternel qu’il avait choisi d’être un shinobi à la base. Pour le rendre fier. Mais ça ne suffisait pas. Ca ne suffisait jamais ! Shin passa ses nerfs sur le miroir. Le verre se brisa net sous l‘impact du poing. Kar Grassu, son concierge, allait être content. Et les réparations lui couteraient encore un bras. Déjà qu’il ne roulait pas sur l’or…

Le jeune homme prit de longues inspirations pour se calmer. Seul son père arrivait à le mettre dans cet état. Il n’y avait que lui pour lui faire dire ce qu’il avait osé lui dire. Pourtant, il n’en pensait rien. Enfin si, un peu mais pas tout. Bon. D’accord il pensait la plupart des choses qu’il avait dites. Mais n’avait-il pas raison ? Des étrangers à la tête de Kumo… Qu’est-ce que le conclave avait en tête… Autant livrer nos secrets d’états directement à l’ennemi. Car on pouvait bien parler de paix ou de réconciliation, pour que ces choses arrivent il devait y avoir une guerre. Peu importe qu’ils les appellent maintenant alliés. On les avait un jour appelé ennemis. Aaah, les joies de la politique. En y repensant, il ne comprenait pas qu’avec sa réputation Neko n’ait pas encore été désigné comme Raikage. Il ne le connaissait pas personnellement mais nul dans le pays de la Foudre n’ignorait son nom. Un véritable génie. Voilà l’homme qu’il fallait à la tête du village. Lui aurait été en mesure de se défendre.

Car sur ce point-là aussi, Shin pensait avoir raison. Les Kuméens n’étaient pas capable de protéger leur Kage. A quatre reprises ils l’avaient démontré. Un triste constat mais un constat quand même. Et on voulait qu’il sacrifie sa vie à se battre et à tuer pour eux ? Non. Il ne le ferait pas. Le problème, c’est que pour le moment, il ne pouvait pas partir. Pas tout de suite. Il n’était pas prêt et trop de choses le retenaient encore ici. Il y avait sa mère, ses amis. Yuha aussi… En voyant sa lèvre, elle allait encore lui demander ce qu’il s’était passé. Bah, il avait encore quelques heures avant qu’elle ne le rejoigne. Il trouverait bien une excuse d’ici là. Il en trouvait toujours. Il avait déjà une idée en tête d’ailleurs. Et puis… Et puis il y avait son père. Malgré leur relation tendue, Shin l’aimait. C’était son père. Bien qu’ils ne se comprennent pas, il ne pouvait lui en vouloir d’espérer mieux pour son fils. Un handicapé sentimental, c’est tout. Il n’était pas capable d’exprimer d’autres émotions que de la colère. Certes, il ne s’attendait pas à recevoir un pin en pleine poire pour ses 20 ans et son élévation au rang de Chuunin mais bon. Il n’y pouvait rien, c’était comme ça. Le jeune homme s’était fait une raison depuis longtemps. Pourquoi vouloir changer les choses ? Si son père avait été différent, lui aussi s’en serait retrouvé changé. Et il aimait celui qu’il était devenu, pour rien au monde il n’aurait modifié les évènements de sa vie. Un brin narcissique ? Noooon, bien sûr que non… Shin entendit la porte d’entrée s’ouvrir. Elle arrivait plus tôt que prévu.


- Qu’est-ce qui t’es encore arrivé ? demanda Yuha d’un air exaspéré en voyant sa lèvre. Bingo ! S’il échouait dans sa carrière de ninja, il pouvait toujours se réorienter dans la divination.
- Ne t’inquiète pas ma douce, si tu voyais la tête de l’autre…
- De l’autre ? Tu as encore eu un accrochage avec Dosuke ?
- Non non, rien de ça. J’ai décidé de tester ma nouvelle puissance face à un adversaire de taille ! J’ai nommé : le miroir de la salle de bain ! lança-t-il en détachant bien les mots. Comme tu pourras le constater il ne m’arrive pas à la cheville.
- Euh… Tu as fait quoi ?
- J’ai, euh comment dire, glissé en sortant de la douche. Elle pouffa. Merci de ton soutien Yuha, ça me touche vraiment, fit-il avant de rire lui aussi.

Au moins, il n’y aurait plus de questions sur l’incident.

MessageSujet: Re: Nagate   Mer 21 Sep - 15:32

Il y était arrivé. Tout voyage a une destination, Nagate lui venait d’atteindre la sienne. Face à lui, à quelques centaine de mètres, se dressait le Marché Noir. D’après les rumeurs, l’endroit accueillait tout les pourris et les désaxés de ce continent, voire plus. Chasseurs de primes, voleurs, receleurs, criminels en tout genre, même les Nukenin tels que lui pouvaient y trouver refuge. L’endroit parfait. Mais rendu là, il ne pouvait s’empêcher de douter. Pas de son choix non, il était sûr de ce qu’il voulait. Ce dont il était moins sûr c’était de sa capacité à survivre dans ce milieu hostile. Car vu la réputation des habitants, il ne serait pas étonnant qu’un regard, un mot ou un geste puisse signer son arrêt de mort. Était-il suffisamment fort pour se faire sa place parmi les parias ? Non. Pour cela, il allait devoir travailler. Reprendre son entraînement, plus sérieusement cette fois et depuis le début. Résoudre quelques problèmes pour certaines personnes et se faire un nom. Pas trop tout de même. Il était parti pour vivre en paix et mener sa barque comme il l’entend pas pour se faire chasser par 50 personnes en même temps. Rester discret tout en continuant son bout de chemin allait sans aucun doute s’avérer la tâche la plus ardue. Le corbeau lui signifia qu’il était temps d’avancer en labourant son épaule. L’animal avait raison, il n’avait que trop tergiversé.

Reprenant sa route, il ne put s’empêcher de repenser à cette journée où il avait fui Kumogakure, rayé son bandeau et par la même occasion abandonné son nom. Se séparer de ce dernier avait été pour lui le plus dur à faire. C’est votre nom qui vous représente ce que vous êtes. En l’oubliant, il avait dû renoncer à tout ce qui faisait de lui ce qu’il était aux yeux des autres, un fils, un ami, un collègue. Celui qui avait été autrefois Shin Hinoto devait disparaître dans les méandres de l’oubli pour permettre à Nagate de naître et de commencer une nouvelle vie. Le point d’orgue de ce renoncement était sans conteste le trait qu’il avait apposé sur son bandeau. Un simple trait, net et précis, comme celui qu’il avait tracé sur son passé en désertant.

Il se souvint que la chose n’avait été aisée à faire. Son plan avait mûri de longs mois avant qu’il ne le considère prêt à être mis en œuvre. Dans le même laps de temps, il avait économisé une bonne partie de l’argent qu’il pouvait gagner à droite à gauche, principalement dans des jeux d’argent organisé hors du village caché. C’était d’ailleurs au cours de ces parties qu’il avait rencontré un receleur capable de lui fournir des pilules de non détection. Faire en sorte que le revendeur lui fasse confiance avait nécessité quelques parties, mais l’appât du gain avait eu raison de lui. Il lui avait certifié que ces charges pouvaient le faire pénétrer dans n’importe quelle ville sans plus de problèmes que ça. Mais ce qui pouvait servir à entrer pouvait aussi servir à sortir. Les trois comprimés qu’il lui avait achetés avaient coûté au shinobi une vraie fortune. Compréhensible étant donné la nature pour le moins illégal de l’objet et le fait que ce soit Kumo et pas Suigara. Deux des pilules avait été usées au cours de test. La première fois, simplement pour voir si ça marchait vraiment et combien de temps l’effet durait. La deuxième, plus poussé, pour voir s’il était capable, après avoir ingéré la gélule et s’être déguisé, de circuler en ville sans qu’on le reconnaisse. L’expérience étant un succès, le reste n’avait été que patience. Quelques six mois plus tard, le jeune homme profitait qu’un convoi de marchandise quitte la ville pour partir avec eux. C’était vêtu de frusques, le visage complètement grimé, un chapeau sur la tête pour masquer sa chevelure et un balluchon sur l’épaule renfermant ses quelques possessions qu’il était parti. Pacifiquement, sans que la moindre goutte de sang ne soit versé et dans la plus grande discrétion possible. Il n’avait laissé qu’une seule chose derrière lui. Une petite chose insignifiante à première vue mais pleine de sens pour lui.

Nagate avait quitté le convoi dès qu’il fut suffisamment éloigné de Kumogakure. Le reste n’avait été que marche. Il avait choisi d’avancer lentement, préférant faire de nombreux détours plutôt que d‘avancer en ligne droite où on aurait pu facilement suivre sa trace et le rattraper. Il lui était même arrivé de revenir un temps sur ses pas. Le déserteur avait fait tout son possible pour brouiller les pistes, perdre ses potentiels traqueurs.

Plus que quelques pas et il y serait. Voilà. Nagate venait de pénétrer dans le Marché Noir. Son voyage n’avait été qu’un prélude. Sa nouvelle vie pouvait réellement commencer. Sa vie d’homme libre.


----

Rin avait encore l’esprit embrumé quand elle descendit chercher le courrier ce matin-là. Il n’y avait qu’une seule lettre. L’enveloppe ne comportait ni d’adresse ni de nom. On avait dû la déposer directement dans leur boîte. Cédant à la curiosité, elle l’ouvrit sur le champ. A l’intérieur se trouvait une feuille quelque peu jaunie par le temps. Un enfant y avait dessiné un bateau pirate et s’était représenté debout accroché au mât.

Elle comprit immédiatement.






Description physique : Loin d’avoir un physique imposant, Nagate mesure 1m78 pour 75kgs. Préférant la finesse et la subtilité au style gros bourrin, il n’a pas pris la peine de développer outre mesure sa musculature. Celle-ci est donc saillante, dessinée mais pas suffisamment pour le croire taillé dans la roche. Ceux qui le verront à moitié nu pourront contempler sur son omoplate gauche son unique tatouage, celui d’un loup de Kumo hurlant sur un fond de pleine lune entouré de quelques caractères. Le reste de son corps arbore quelques cicatrices discrètes, la quasi-totalité étant due aux blessures bénignes que peuvent causer les entraînements.

Son visage a par chance était épargné par ces marques. Il présente des traits fins, sans grande particularité. Cette face assez banale, sans gros signe distinctif, ne fait de lui ni un véritable Apollon ni un gros cageot. En soi, son physique le rend plutôt passe-partout.
Deux choses seulement pourraient attirer l’attention. Ses yeux dans un premier temps. Le déserteur a hérité du regard assez dur de son père, lui donnant un air quelque peu sévère. En revanche, et contrairement à son géniteur, il sait adoucir son regard et l’utiliser pour transmettre ses émotions. Rien d’extraordinaire pour le moment, c’est en fait la couleur de ses pupilles qui marque les esprits. D’un violet clair très pâle, Nagate n’a jamais compris d’où lui venait cette couleur mais il sait qu’elle intrigue et ne se gêne pas pour en profiter.
C’est à la coloration de ses cheveux qu’il doit son deuxième signe distinctif. Normalement d’un bleu gris très clair, sa teinte capillaire peut sembler virer complètement au blanc en présence d’une forte luminosité. Il est à noter qu’il les porte mi-longs, les laissant toujours flotter sur ses épaules.

Ses goûts vestimentaires restent assez sobre : du noir, du noir, et… Ooooh, encore du noir. Nagate préfère de loin le confort au style. Par exemple, il ne lui viendrait jamais à l’esprit de mettre un pantalon si ce dernier affecte d’une quelconque manière ses déplacements. On le verra donc souvent vêtu d’une tenue basique de shinobi. Au cours de son voyage, le déserteur a aussi eu la riche idée de se procurer une sorte de poncho, noir lui aussi, pour se protéger des nuits froides. Souhaitant également masquer aux regards curieux son bandeau rayé, il a souvent un bonnet sur la tête qu’il a orné de quelques fines ceintures s’entrecroisant. Afin de ne pas non plus passer pour un manche, vestimentairement parlant, il a pris le soin d’ajouter les mêmes ceintures à son poncho.

Il est probable que temps à autres, un corbeau soit perché sur son épaule.


Description Mentale : Nagate est un esprit, libre certes, mais parfois difficile à cerner. C’est avant tout un système qu’il a décidé de quitter en laissant derrière lui le village. Ce rapport de féodalité, avec le Kage en seigneur et les shinobis en soldats prêt à mourir sur son commandement ne lui convenait tout simplement pas. En revanche, contrairement à ce que certains pourraient penser avec sa désertion, il est loin d’être anarchiste et n’a jamais souhaité que des têtes tombent. C’est d’ailleurs là le fond du problème. Conscient que le contexte mondial rends nécessaire un tel système sans pour autant vouloir en faire parti, il a choisi de suivre sa propre voie de son côté, de vivre sa vie pour lui-même et pas pour les autres.

Il est pourtant loin d’être asocial. Ne pas vivre pour les autres est très différent de ne pas vouloir vivre avec les autres. Et puis s’il vivait en ermite, sur qui pourrait-il utiliser ses talents d’orateurs ? Car si il aime bien une chose en dehors de sa liberté, ce sont bien les joutes verbales, les traits d’esprit et autres réjouissances de ce genre. Il adore voir une personne changer complètement d’opinion sur un sujet donné après lui avoir retourné le cerveau à grand coup d’arguments, parfois sans fondements. On pourra donc le dire manipulateur et ce ne serait pas faux. Nagate a toujours respecté le pouvoir des mots. Ce trait de caractère n’allant pas sans ses éternels compagnons, le déserteur est donc calculateur et analytique. Ce qui devrait être le cas de tout bon shinobi.

Cependant, d’un naturel calme et discret, il n’ira jamais provoquer ces joutes de lui-même. Il préfère laisser l’autre rentrer sur le terrain de jeu avant d’y pénétrer à son tour, ceci afin d’avoir une idée plus net du personnage qui se trouve en face de lui. Il en va de même pour les combats. Pacifiste dans une certaine mesure, il tentera avant tout de régler un conflit par les mots. Jusqu’à présent, il n’y a que celui qui était autrefois son père qui arrivait à le faire sortir de ses gonds. Mais c’était dans une autre vie.

Il faut aussi à noter qu’il est assez réceptif à ce qui touche au monde spirituel,


Dernière édition par Nagate le Lun 26 Sep - 2:07, édité 1 fois

MessageSujet: Re: Nagate   Dim 25 Sep - 13:42

Bienvenue parmi nous Nagate,

C'est une bonne présentation que tu nous livres là. Si on dénote clairement que tu t'es intéressé à l'histoire de Kumo, tu n'as pas fait l'erreur de te l'approprier en y intégrant ton personnage, mais en lui forgeant une opinion bien tranchée. Bref, c'était très agréable à lire et je ne peux donc que te valider. En revanche, le rang B n'est pas disponible à l'inscription via présentation ( voir [Seuls les administrateurs ont le droit de voir ce lien] ) quand tu avais posé la question à Shiro c'était pour le rang maximum des shinobi. Le grade de départ du shinobi ne compte pas dans l'obtention du rang, c'est son crime et sa réputation qui compte pour définir son rang Nukenin. Pour toi, ce sera donc le rang C Wink

Je te valide donc au rang de Nukenin de rang C, amuse-toi bien !

Nagate : +52 XP

MessageSujet: Re: Nagate   Lun 26 Sep - 2:27

Merci beaucoup !

Par contre malgré mes nombreuses relectures, j'avais completement zappé une faute sur la taille du perso (1m78 et non pas 1m87). Du coup, je me suis permis de corriger. Je tenais à préciser au cas où quelqu'un se demande d'où sort cet edit. J'espère que ca ne posera pas de problèmes en tout cas !


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