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 La fille au lotus d'encre

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MessageSujet: La fille au lotus d'encre   Ven 18 Nov - 21:59

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Yuma jouait du peigne dans son abondante chevelure noire, face à un miroir dispendieux qui n’était pas tout à fait de son goût. Nue, les jambes élégamment croisées pour couvrir chichement sa fine toison pubienne encore moite, la jeune femme goûtait sans déplaisir le regard lascif de l’homme qu’elle s’était activée de son mieux à satisfaire l’heure passée. Un mince sourire dansait sur ses lèvres lorsque leurs regards se croisaient avec la complicité du miroir. Sans déplaisir… yuma jugea cette façon de formuler les choses un peu trop timide. Non, elle avait apprécié coucher avec cet homme, le sentir tour à tour peser sur elle de tout son poids et se laisser faire comme un adolescent qui apprend les choses de l’amour. Il l’avait faite jouir presque par hasard, Yuma en avait été la première surprise sitôt la chaleur redescendue d’un cran. Curieux la façon dont le corps et l’esprit se stimulaient mutuellement pour titiller ses sens. Car ce n’était pas tant la compétence de l’homme (même si yuma devait bien avouer qu’il n’était pas maladroit pour autant), ni même ses charmes propres, relativement modestes (pauvre condition physique, un visage trop rond, presque poupin, une voix ennuyante et des manières trop peu affirmées)… c’était la sensation de ressentir sa vie vibrer en elle, sur elle, sous elle, l’envahir complètement et la partager. Même si elle était la seule à le sentir, cet homme avait le parfum de la fin, celui de la vie qui s’essouffle et disparaît, juste comme ça.

Yuma appréciait ce parfum entre tous. Il n’apparaissait pas tout le temps. Parfois, la jeune femme précipitait les choses, par la force des événements. D’autres fois, elle restait si désespérément loin de sa cible qu’il ne lui était pas même donné l’occasion de ressentir quoi que ce soit, le moindre frisson lui était interdit, tout était calcul et rigueur méthodique. Malgré tout, c’était encore les assassinats qu’elle préférait. Sur le plan de la sécurité, il n’y avait pas de doutes à avoir et Yuma était définitivement du genre prudent. C’était en grande partie la raison pour laquelle elle était parvenue à amasser une petite fortune personnelle et qu’elle avait, plus généralement, survécu jusqu’à aujourd’hui. Les assassinats les plus virtuoses, ceux dont elle se souvenait et qu’elle essayait au mieux d’imiter, restaient ceux au cours desquels elle n’apercevait pas une fois sa cible. Quand il fallait passer par les entrailles du système, faire des détours, des tours sur soi… pour au final glisser quelques gouttes mortelles qui seront acheminées par d’autres vers la bouche désirée, ou pour entendre au loin les détonations d’un accident malheureux que personne n’avait vu venir. L’assassinat de Konosuke Hiku ne resterait pas dans les mémoires. C’était un marchand qui avait fait fortune dans l’exportation de tissus (de beaux tissus ceci dit) en s’attirant, comme souvent, un certain nombre d’inimitiés qui valaient la présence de Yuma dans sa chambre. C’était un homme débonnaire, sur sa cinquantaine, dont le ventre s’était arrondi au fil des années d’inactivité. Aujourd’hui, il ne faisait plus guère que gérer ses affaires de loin en loin, davantage intéressé par la possibilité de dépenser modestement son argent en bibelots inutiles ou artistiques. Il achetait l’intérêt des femmes et des gens en général, mais cela ne lui posait plus de problèmes. Il avait dépassé cette question depuis fort longtemps. Konosuke était le genre d’homme qui aurait pu vivre encore trente bonnes années bien remplies, avec peut-être une troisième ou quatrième femme à engrosser, pour entretenir le mirage d’une dynastie.

Mais des personnes qui en avaient les moyens en avaient décidé autrement et yuma entendait cela.

Elle jeta un long regard à Konosuke, tendre et taquin, sans s’arrêter de soigner ses cheveux. Elle remarqua que son sexe s’était déjà à moitié redressé. Yuma réfléchit rapidement d’une manière très automatique. Cela faisait des jours qu’elle passait son temps avec lui. Il ne prenait son thé qu’après avoir fait une sieste, sinon quoi il le reportait à son début de soirée. La jeune femme avait estimé de manière apparemment un peu hâtive avoir suffisamment fatigué son vieil étalon, mais il semblait conserver quelques vestiges de sa vigueur passée. Ce n’était pas un problème. Il dormirait et elle sera loin quand il se réveillera la gorge sèche et anxieux de la tiédeur de son thé. Yuma reposa le peigne sur la table (un peigne très mignon qu’elle ne pouvait malheureusement pas emporter avec elle, par souci professionnel) et entreprit de remettre ses boucles d’oreille. Elle entendait déjà gémir Konosuke quant à son départ.

Yuma n’était pas sans savoir qu’il lui fallait faire vite. Après ce qui était arrivé à uke, sa situation était quelque peu compromise, bien que la jeune femme ne puisse en déterminer l’étendue. C’était malheureux, mais inévitable. A mesure que ses affaires prospéraient et se diversifiaient, Yuma en était réduite à prendre de plus en plus de risques. Cela signifiait également devoir déléguer certaines tâches à d’autres, des personnes plus à même de connaître l’échec qu’elle… et ils ne s’étaient pas privés. Ce prétentieux de Sechiro avait persisté à se rendre à la cache de la falaise, alors qu’on l’avait averti qu’elle n’était plus aussi sécurisée qu’autrefois. Une équipe de kiri avait fini par intervenir et, comme souvent dans ces cas, un carnage s’était déroulé sous la roche. A la faveur de kiri. Sechiro était mort, la cargaison confisquée, l’argent détourné… c’était une chose dont yuma pouvait se passer. Ce qui l’inquiétait, c’était les probables indices qui pouvaient remonter jusqu’à elle. Sechiro ne travaillait presque plus que pour elle. S’il avait gardé quoi que ce soit, cela pouvait suffire à sceller son sort… pire, s’il avait parlé… yuma fronça les sourcils. Ce fieffé lâche en serait bien capable. Quel imbécile. Il devait bien se douter pourtant que kiri n’était pas plus miséricordieux qu’elle.

Si son cadavre était à sa portée, yuma le tuerait une seconde fois pour faire honte à son âme.

Konosuke – Eihi…

Il avait cette façon de prononcer ce nom d’emprunt qui agaçait profondément yuma. Eiiiiii. Il ne marquait pas la syllabe, comme s’il voulait l’englober avec sa langue. C’était assez obscène. Yuma se tourna vers lui, un joli sourire aux lèvres. Un sourire un peu timide, comme il aimait. Yuma se demandait comme il faisait pour s’aveugler à ce point. Pendant quelques jours, la jeune femme s’était demandée si elle n’en faisait pas un peu trop. Il était important de bien calibrer son attitude pour ne pas faire apparaître trop d’irrégularités… ou trop de régularités. Trouver l’équilibre. Comment Konosuke pouvait penser une seule seconde qu’une femme qui lui faisait l’amour comme la plus parfaite des salopes lui lance un jour un regard timide ? Curieuse naïveté.

Konosuke – Tu pars déjà?

Yuma – Il faut bien Kon…

Ses boucles d’oreille tintèrent quand Yuma replaça ses cheveux dans son dos nu. Konosuke avait ce petit ton empressé qu’il prenait toujours quand quelque chose le contrariait.

Konosuke – Tu ne pourrais pas, heu… rester un peu plus longtemps?

Yuma tourna un visage souriant vers lui puis, posément, pivota le reste de son corps. Avec une lenteur calculée, elle écarta ses jambes pâles. Le regard de Konosuke descendit sans se cacher sur son pubis découvert. Yuma se passa une main caressante dessus, puis referma brusquement ses jambes en se relevant.

Yuma – Non.

Le regard perdu que lui jeta alors Konosuke manqua la faire éclater de rire. Elle émit un pouffement plus approprié en se rapprochant à pas de loup du large lit aux riches draps. Yuma s’accroupit aux côtés du marchand, sa main passant doucement et tendrement sur ses jambes. Konosuke ne la quittait pas des yeux. La jeune femme lui caressa le mollet, remonta jusqu’à son genou puis plus haut encore le long de la cuisse, avant de saisir son sexe pas encore tout à fait gonflé. Elle souriait avec une gourmandise feinte, agacée par ce délai. Il allait falloir se donner à fond pour ne pas perdre trop de minutes inutilement. Yuma ne comptait pas lui laisser le temps d’y penser. Alors que ses doigts commençaient à secouer plus fermement le sexe du marchand, Yuma se pencha dessus la bouche entrouverte.

Konosuke gronda et frissonna, posant sa large main sur le sommet du crâne de la jeune femme dont les boucles d’oreilles tintaient à chacun des mouvements de sa tête. Le goût de la mort l’excita malgré elle.


* * * * *


Des pluies torrentielles s’abattaient sur kiri depuis plusieurs jours. Haya regardait cela depuis la large fenêtre de son appartement, pas particulièrement impatiente de hâter le moment où elle devrait sortir. Les rues en contrebas étaient tellement boueuses que la terre ruisselait entre les dalles sur le bas côté. Les marchands en haut de la rue ne s’étaient même pas donné la peine de sortir leurs produits aujourd’hui, ils savaient que la journée serait comme celle d’hier. Cela arrivait de temps à autre, sans que l’on ne sache trop pourquoi. Les pluies s’arrêtaient aussi brusquement qu’elles avaient commencé, quand elles décidaient avoir suffisamment abreuvé la terre et ses habitants pour l’année. Malheureusement, il était temps de rejoindre Saeka à l’endroit qu’elle partageait avec koshiro. Haya aurait dû insister pour qu’elle vienne chez elle…

La jeune femme délaissa la vue (morose) pour retourner dans sa chambre. Elle regarda rapidement dans le miroir si elle ne donnait pas trop l’air d’avoir flemmardé toute la matinée, mais vêtue d’une petite robe d’été bleu ciel avec quelques fleurs ci et là, la réponse lui sauta aux yeux avant qu’elle n’ait le temps de se la poser. Cependant haya n’avait aucune envie de se changer à nouveau. Haya attrapa son bandeau et quelques affaires rapidement fourrées dans un sac à dos qu’elle se passa sur l’épaule. Elle descendit la volée d’escaliers qui la séparait de la rue, prit une courte inspiration lasse et sortit sous le rideau incessant de pluie. Sans hésitation, haya s’enfonça plus avant dans le village de kiri, intégralement douchée en quelques mètres à peine. Elle aurait pu se protéger avec du chakra, mais d’une part elle trouvait cela un peu m’as-tu-vu mais surtout, il y avait peu de plaisirs qui valaient la sensation de cette pluie glisser sur elle, imprégner ses cheveux et ses vêtements. Ce n’était pas l’une de ses pluies agressives et violentes, qui s’accompagnaient du roulement du tonnerre et d’éclairs tapageurs, non, c’était une pluie continue très fine et compacte qui ne pénétrait pas jusqu’au fond des os.

Les rues, sans être bondées, n’étaient pas désertées pour autant. Le village s’était accommodé depuis longtemps aux sautes d’humeur du temps et il s’agissait même du temps parfait pour pratiquer son ninjutsu sans avoir à générer de source d’eau. Mais pour l’heure, haya ne songeait pas à s’entraîner. Elle remonta rapidement deux puis trois rues, aperçut au loin la petite habitation personnelle de Saeka et Koshiro. Elle n’appartenait pas aux groupes de logements qui accueillaient qui de la population civile, qui des ninjas arrivés lors des derniers mois ou tout simplement peu soucieux de changer. Koshiro et Saeka faisaient partie depuis longtemps des ninjas capables d’acquérir un morceau de terrain personnel. Haya ne s’y était rendue qu’une fois, d’aussi loin qu’elle se rappelle. Arrivée sur place, elle frappa deux fois et Saeka lui ouvrit presque aussitôt. La jeune femme n’avait pas revêtue son armure, elle portait une longue chemise qui ne devait pas lui appartenir et un pantalon en toile qui s’arrêtait un peu au dessus de ses chevilles. Ses longs cheveux de cette improbable couleur bleue étaient lâchement tressés et reposés sur son épaule droite. Elle s’écarta pour laisser entrer une haya ruisselante (qui se fit la remarque que c’était peut être pour cela que les gens évitaient d’arriver là où on les invitait trempés, pour éviter de ressembler à des chiens joueurs sur la plage), l’embrassa sur le front et referma la porte derrière elle. Le salon dans lequel elles se trouvaient été plus grand que dans le souvenir d’haya, avec une jolie teinte bleue sur les murs, qui se retrouvait par touche subtil dans la décoration. Haya ne fut pas mauvaise langue au point de se dire que ce devait être Saeka qui avait assuré la partie décoration, car elle tenait de haut lieu que c’était également la couleur préférée de koshiro (en même temps, à force de l’avoir sous les yeux et dans les yeux tous les jours, il fallait se faire une raison). Haya était toujours agréablement surpris du gout et de l’élégance de saeka, que ce soit dans son attitude, dans sa personnalité ou bien là, dans ce que projetait son chez elle. C’était le genre d’endroit où haya avait tout simplement envie de rester toute la journée, assise sur l’un de leur confortable canapé ou attablé autour d’un jeu de carte auquel elle ne comprendrait pas grand-chose.

Saeka – Je vais te faire couler un bain.

Haya – Redis moi ça et je crois que je vais tomber amoureuse moi aussi.

Saeka sourit avec détachement, la main posée au creux des reins d’haya pour l’inviter à la suivre.

Saeka – C’est un joli compliment. Je crois.

La salle de bain était étonnamment spacieuse, même si la baignoire occupait la majeure partie de la place, légèrement surélevée par rapport au sol, avec ce carrelage bleu vert sombre qui donnait l’impression de pénétrer dans un autre univers. Saeka se pencha sur la baignoire, l’activa, vérifia la qualité de l’eau et se recula finalement en s’essuyant le doigt sur sa chemise. Haya se regarda dans le miroir et fut quelque peu surprise de voir les effets de quelques minutes d’exposition à la pluie. De longues mèches rousses étaient collées sur ses joues et son front, sa robe était tellement collée à sa peau qu’on devinait ses tétons transis de froid se redresser, outrés. Haya laissa son sac dans un coin de la salle et se rapprocha du miroir pour essayer de se coiffer un peu.

Haya – Koshiro est absent ?

Saeka – Il dort à l’étage. Il est un peu malade en ce moment.

Finalement, même avec une constitution de taureau, Haya fut rassurée d’apprendre qu’ils étaient tous égaux devant le rhume.

Saeka – Je vais nous préparer du thé en attendant. Prends ton temps.

Saeka referma doucement le battant derrière elle. Haya attrapa l’ourlet de sa robe et se la passa par-dessus la tête. Elle l’essora dans le lavabo avec une mine un peu dépitée, l’abandonnant à son sort sur le rebord. Sa culotte la rejoignit, au moins aussi penaude. Haya se regarda dans le haut miroir accroché au mur près de la baignoire. Elle soupesa sa poitrine, enfin libérée pendant plus de quelques heures des bandages qu’elle s’escrimait à serrer autour pour ne pas gêner ses mouvements. Ce n’était pas comme si ses seins étaient à ce point handicapant, mais elle estimait qu’ils avaient raisonnablement gonflés depuis son arrivée à kiri, passant d’une poitrine adolescente encore timide à des seins bien faits, fermes sous la paume. Haya se trouvait un peu maigrichonne maintenant qu’elle avait l’occasion d’avoir une vue d’ensemble. Il lui restait quelques cicatrices éparpillées un peu partout sur son corps, mais cela ne suffisait pas à habiller ses bras, ses jambes et ses hanches qui demeuraient désespérément étiques. Avec toujours ces cicatrices dans son dos. Le temps passant, elles avaient considérablement blanchies, la chair semblait s’être apaisée. Elle ne parvenait plus réellement à lire son prénom gravé, et n’y arrivait que parce qu’elle savait qu’il était là, entre ses vertèbres, comme un rappel douloureux d’une époque qui appartiendrait à jamais à son passé. Mais la jeune femme n’avait plus tellement honte de ce dos, pas plus qu’elle n’avait honte des autres cicatrices qui égayaient la surface de sa peau. C’était les marques d’une lutte, une lutte perdue où elle n’avait pas eu l’ombre d’une chance, mais une lutte néanmoins et il n’y avait aucune raison de se sentir honteuse à ce sujet.

Haya abandonna son reflet pour aller couper l’eau, déjà parvenue à un bon niveau. Elle glissa un orteil puis une jambe entière, tout heureuse d’être la première à avoir l’opportunité de se réchauffer dans un bon bain chaud. La jeune femme s’immergea lentement en poussant un long soupir de contentement. Elle sentit presque physiquement le murmure complice de ses tétons frigorifiés tandis qu’ils s’amollissaient rapidement sous l’effet de l’eau chaude. Haya plongea la tête sous la surface et demeura au fond de la baignoire de longues secondes, les yeux grands ouverts sur le plafond luminescent. Sans se presser, elle émergea en se frottant les yeux. Par jour de pluie, il y avait peut-être une seule chose aussi bonne qu’un bain chaud : un grand bol de chocolat fumant. Haya secoua la tête. Benihime commençait à déteindre sur elle de la pire des façons. On toqua à la porte doucement.

Haya – Oui ?

Saeka entra et referma derrière elle, des pièces de vêtement dans sa main libre.

Saeka – Je t’ai apporté de quoi te vêtir.

Haya – Merci!

Saeka posa les habits sur un petit meuble à côté du lavabo.

Saeka – Tu veux que je te coiffe ? On dirait que tu es passée sous un chariot.

Haya – … merci. Je veux bien, avant qu’ils soient irrécupérables.

Saeka ouvrit une petite huche et en sortit un long peigne nacré. Elle rejoignit Haya qui sortit un peu la tête de l’eau, la reposant contre le rebord. Saeka s’assit les jambes sur le côté, attrapant d’une main experte la tumultueuse chevelure d’haya. Celle-ci était finalement beaucoup plus modeste que la vaste crinière toujours impeccablement coiffée de saeka. En quelques coups de peignes, la jeune femme avait tous les cheveux (même les plus récalcitrants) dans sa main. Elle coiffa haya en silence, sans tirer sur les nœuds qui apparaissait, les égouttant de temps à autre ou inclinant doucement la tête d’haya en avant ou en arrière selon ses besoins.

Saeka – Tu te souviens de daigo ? Daigo sakuraba.

Presque prise au dépourvue, complètement abandonnée aux attentions de saeka, Haya mit plusieurs secondes à retrouver sa fiche.

Haya – L’élève d’idan. Oui.

Saeka – Benihime est avec lui dernièrement.

Haya éclata de rire, rejointe par le sourire sincère de saeka. Benihime avait finalement trouvé quelqu’un d’assez crédule pour s’occuper d’elle. Ce daigo avait pourtant l’air d’avoir la tête sur les épaules. A la réflexion, c’était peut-être ce qui lui convenait le mieux. Haya était d’avis que benihime avait bien besoin des caresses d’un homme ces derniers jours, elle était excitée comme une puce sur un chien des rues, débordait de dynamisme (et c’était fatigant quand on s’entraînant avec, ho oui) et s’emportait parfois sans raison apparente. Quelqu’un s’était finalement dévoué pour s’occuper d’elle de manière un peu durable.

Haya – Comment a réagi Ryosen?

Saeka – Avec une superbe indifférence. Mais il est de mauvaise humeur. Benihime ne s’en rend pas trop compte, je crois.

Haya n’y mettrait pas sa main au feu. Benihime était une joueuse invétérée et elle connaissait ryosen sur le bout des ongles. Elle devait être tout heureuse de son bon coup. D’un autre côté, haya avait toujours trouvé leur relation un peu trop ambiguë pour s’installer durablement, mais quelque part, ryosen était davantage un homme entre deux eaux plutôt que quelqu’un qui choisissait. C’était une partie de sa force, malheureusement pas complètement compatible avec l’état d’esprit de benihime.

Haya – Tu le connais ce daigo?

Saeka – Hmm...

Saeka, sans cesser de coiffer haya, réfléchit un instant.

Saeka – J’ai un peu travaillé avec lui. Mais Ko le connait bien. C’est quelqu’un de très sérieux, de très respectueux et d’humble.

Haya – Je vois la compatibilité avec benihime. Elle me saute aux yeux.

Saeka rit à son tour en rejetant sa tête en arrière.

Saeka – N’est ce pas ? C’est grâce à toi qu’ils se fréquentent, d’ailleurs. Daigo n’avait jamais approché la flamme jaune avant ton duel contre Satoshi à cause de… sa réputation peu amène.

Est-ce que Ryosen lui en tiendrait rigueur ? Sans doute n’en était-il pas déjà là.

Haya – Beni n’a pas perdu son temps.

Saeka – Cela lui fera du bien. Daigo est très équilibré.

Haya se surprit à être pensive. Saeka et Koshiro formaient un beau couple. Elle ne les avait jamais vu se disputer (mais qui pouvait se disputer avec saeka ?) ni même… s’ignorer, comme cela arrive parfois dans des couples en place depuis longtemps qui oublient ou perdent de vue ce qu’ils aiment chez l’autre. Non, eux semblaient toujours l’avoir en tête et l’apprécier à sa juste valeur. Il lui était difficile cependant d’imaginer Benihime à ce niveau d’équilibre, en partie parce que la jeune femme n’avait pas exactement la même maturité que saeka ou que koshiro. Mais c’était une bonne chose pour elle de fréquenter quelqu’un d’extérieur à la flamme jaune, quelqu’un qui lui change réellement les idées. Haya n’avait jamais réellement été en couple depuis son arrivée à kiri, et même avant. Elle était sortie avec kinsuke pendant plusieurs mois, mais toujours en maintenant un espace entre elle et lui, comme si elle craignait le moment où ce dernier s’effriterait. Elle avait connu quelques autres hommes, mais toujours ponctuellement, quand elle se sentait d’humeur à faire l’amour. Quand elle était arrivée à kiri, haya était sûre qu’elle aurait les pires difficultés du monde à laisser quelqu’un la toucher à nouveau, mais cela s’était passé sans même qu’elle ne s’en aperçoive réellement. C’était avec kinsuke qu’elle avait compris que sa limite n’était pas le contact physique, aussi intime soit-il, mais le contact émotionnel. Elle n’était pas inquiète pour autant. Après tout, elle parvenait à avoir des amis. Elle parviendrait à avoir un amant quand elle y sera prête.

Saeka – Tu es songeuse.

Haya – J’aimerais bien être amoureuse, je crois. Mais j’ai l’impression qu’il faut que je termine certaines choses avant de le pouvoir. Non ?

Saeka lui inclina doucement la tête en arrière, afin que leurs yeux se rencontrent.

Saeka – Tu ne choisiras pas le moment où tu seras amoureuse, mais tu choisiras le moment où tu t’autoriseras à l’être. Ce sera quelque chose de puissant contre lequel tu ne pourras rien, et cela même si tu as mis une île du pays de l’eau à genou, brisé une tyrannie et unifié un pays.

Mis sous cette perspective, effectivement, Haya ne voyait pas comment lutter. Saeka posa le peigne sur le rebord de la baignoire et passa un moment ses doigts dans les cheveux roux lissés, sans rencontrer de résistance. Elle se leva et s’essuya les mains sur le bas de sa chemise.

Saeka – Tu en as terminé ou tu souhaites profiter encore un peu du bain ?

Haya – Non, c’est bon, merci.

Saeka – Je te passe une serviette.

Haya se leva en se tenant au mur, soulevant une agréable nappe de vapeur. Elle enjamba le rebord tandis que Saeka revenait, lui passant une serviette grande ouverte autour du corps. Haya s’essuya vigoureusement la peau puis délicatement les cheveux, pour éviter de les emmêler sous les yeux (forcément horrifiés) de la personne qui les avait patiemment soigné. Elle reposa la serviette sur la baignoire et chercha dans les vêtements que saeka lui prêtait la petite culotte qu’elle se passa prestement. Il y avait également une magnifique robe plus courte que la précédente, qui s’arrêtait à hauteur de ses cuisses et dans laquelle elle se sentait comme à la maison, avec une jolie teinte rosée qui rappelait la lumière du soleil le matin. Haya poussa un long soupir de contentement. Ce début d’après-midi l’avait revigorée d’une manière qu’elle ne pensait pas possible, comme une bonne journée sans pression passée avec une bonne amie, à discuter de sujets délicieusement frivoles qui ne mettaient pas en cause l’état du monde et la stabilité du pays. C’était définitivement reposant.

Mais désormais, la discussion serait plus sérieuse. Haya n’ignorait pas la raison pour laquelle Saeka lui avait demandé de passer chez elle.

Elle avait retrouvé Yuma Tamiko.

MessageSujet: Re: La fille au lotus d'encre   Jeu 24 Nov - 20:23

Yuma était étendue sur le lit, les mains en croix en travers de sa poitrine et les paupières fermées. Cette chambre ne lui plaisait pas du tout. Elle était sombre, crasseuse par endroit et peu pratique, très loin de l’appartement qu’elle s’était approprié à Doshin, lorsqu’elle avait entrepris de s’approcher de Konosuke Hiku.

Yuma avait alors soigneusement préparé son intervention, choisissant un appartement propret habituellement fréquenté par un jeune couple tout juste arrivé d’aso. Yuma ne comprenait pas bien l’intérêt de quitter aso (une île en tout point charmante) pour s’installer à nagumo (une belle île, mais le climat y était moins clément et les villes peut-être un peu trop fades en comparaison), mais le couple avait décidé de retourner sur aso auprès de la famille de la fille, pour s’accorder quelques semaines de repos. Une décision judicieuse, puisqu’elle avait permis à yuma de se loger sans attirer l’attention de qui que ce soit. Si jamais des importuns venaient mettre leur nez dans des affaires qui ne les concernaient aucunement, leur tâche serait alourdie par ce petit détour. Yuma avait veillé à ne rien déranger de manière trop évidente, mais elle disposait de plus de temps qu’il ne lui en fallait pour mener sa mission à bien et ce n’était pas la première fois qu’elle opérait ainsi. Certains assassins préféraient rester tapis dans des tavernes glauques, mais Yuma avait été amenée à rapidement éliminée cette idée : d’une part, le fait d’être une femme (une femme attractive de surcroit) pouvait se révéler gênant et Yuma était trop professionnel pour ajouter des morts inutiles à un contrat. D’autre part, c’était bien le premier endroit que pensaient à surveiller d’éventuels poursuivants.

La jeune femme n’avait appris le décès de Konosuke qu’après être retournée chez elle, avoir pris un long bain bouillant qui lui avait purifié le corps et l’esprit et s’être reposée une heure ou deux sur le confortable lit du jeune couple. La nouvelle courait dans toute la ville à son réveil comme un murmure stupéfait. Il était toujours intéressant d’écouter les commérages, aussi Yuma s’habilla-t-elle sans hâte et sortit profiter du soleil autour d’un thé froid du meilleur goût. On parlait beaucoup du cœur de Konosuke qui avait malheureusement lâché (une vieille femme estimait que le train de vie actuel de Kon, à base de produits gras et chers, n’avait pas forcément contribué à renforcer l’état de son cœur), mais Yuma s’aperçut très vite que ce n’était que des rumeurs et qu’aucune explication officielle n’avait encore filtré. Elle but une gorgée de thé, puis haussa intérieurement les épaules. Ce n’était pas forcément signifiant. Il aurait été plus commode, bien sur, que les autorités donnent une explication immédiate qui aurait satisfait tout le monde, mais cela finirait par arrivée. Le poison que yuma avait utilisé était une base parfaitement soluble dans l’eau, mais à laquelle il manquait encore la discrétion nécessaire à de telles opérations. Yuma avait passé un temps infini à modifier la composition, mais elle était fière du résultat. Il ne s’agissait pas de l’un de ces poisons remarquables, qui laissaient le cadavre brûle de l’intérieur (voire de l’extérieur, sur la surface même de sa peau, pour certains des plus virulents), des poisons qui ne laissaient guère de doute sur la cause du décès du reste, mais une toxine qui emportait paisiblement vers l’autre monde, qui commandait au cerveau de cesser son activité et au cœur de ne plus se donner tant d’efforts. Il n’y avait aucune raison rationnelle de faire souffrir Konosuke, même si yuma lui tenait rigueur du temps qu’elle avait dû investir pour le mener à sa perte et des trop nombreux efforts physiques fournis.

Malheureusement, Yuma n’était jamais parvenue à totalement réduire la légère nécrose interne des organes qui opérait quelques heures après le décès. Il était peu probable qu’une autopsie soit réalisée sur ce vieux Konosuke. Si elle était exécutée tout de suite après sa mort, le médecin ne verrait rien. Yuma était parvenue à repousser la nécrose en utilisant des composants utilisés dans la chirurgie esthétique pour renforcer virtuellement les organes. Mais pas à la retirer complètement, elle survenait plus tard, à l’intérieur de l’organe (de sorte qu’il faille tout de même trancher l’organe en question pour repérer quoi que ce soit, yuma ne le conseillait à personne, l’odeur avait manqué la faire vomir et pourtant, elle ne se laissait habituellement pas facilement impressionner). Il n’était de toute façon pas possible de tuer quelqu’un sans laisser la moindre trace, si quelqu’un de doué voulait retrouver le coupable et que la chance ou un quelconque dieu revanchard l’épaulaient, alors il y parviendrait. Mais à mesure que les difficultés se présentaient, peu nombreux étaient ceux qui insistés. Tout le travail de Yuma était de bâtir des difficultés infranchissables pour ne pas qu’on s’intéresse de trop à elle.

Pour ce travail, la jeune femme avait dû renoncer à laisser un lotus sur Konosuke. Cela la gênait plus profondément que nécessaire. Les assassins les plus virtuoses, ceux qui souhaitaient impressionner leurs pairs, n’hésitaient jamais à signer chacune de leur œuvre, parfois subtilement. Yuma aurait pu abandonner un lotus sous le lit de konosuke par exemple, ne serait ce que pour se donner bonne conscience. Mais non, il aurait été ridicule de prendre ce risque alors qu’elle se savait certainement pistée. Probablement pistée. Il lui fallait redoubler de prudence et céder à de pareils enfantillages n’était pas raisonnable. Yuma retourna à son appartement, après avoir laissé quelques pièces sur la table. Il était temps de partir. Plus vite elle aurait quitté la ville, moins de risques elle courrait, d’autant que d’autres contrats l’attendaient. Yuma aimait se soumettre à un rythme effréné lorsqu’elle pensait être suivie par d’autres assassins. L’adrénaline lui donnait plus de force et d’inventivité. De plus, rester terrer dans un coin n’était pas une solution dans ce genre de situation. Elle ne comptait pas se laisser tuer par qui que ce soit, elle était encore jeune et l’avenir s’ouvrait à elle.

Yuma retira sa robe et s’enferma dans la salle de bain. Elle compta au moins trois heures nécessaires. Cela promettait d’être ennuyeux, mais au moins pourra-t-elle se reposer un peu l’esprit. La jeune femme attrapa un bol au fond duquel gisait une mixture pas très attirante mais qui avait au moins l’avantage d’être inodore. En face de son miroir, elle s’appliqua la pâte sur les cheveux, des racines jusqu’aux pointes, soigneusement et en voyant à ne rien oublier. Une main sur son crâne pour retenir son imposante chevelure, Yuma alla se caler dans la baignoire, les jambes écartées sur chacun des rebords et poussa un long soupir. Moins de quatre heures plus tard (Yuma s’était partiellement assoupie), la jeune femme se redressa, se lava longuement les cheveux et regarda sans joie sa nouvelle teinte blond paille. Elle préférait son habituelle crinière noire, mais il fallait bien s’adapter. Yuma s’essuya les mains et rinça rapidement son corps, sur lequel avaient coulé des résidus de la teinture. La jeune femme rejoignit sa chambre, ouvrit son sac et en tira une longue robe sombre qu’elle se passa sur le corps. De petits escarpins rouges aux hauts talons vinrent rehausser sa tenue. Yuma s’installa à la petite table dans le coin opposé de la chambre et se maquilla avec grand soin, faisant pétiller le rouge au bout de ses lèvres.

C’était ainsi que yuma s’était retrouvée au pays de la vallée. Elle s’était embarquée sans mal sur un bateau qui faisait la navette entre nagumo et aso (probablement le même qu’avait emprunté le couple duquel elle avait emprunté l’appartement, songea-t-elle, nostalgique), puis d’aso à tani directement, dans l’extrémité nord du pays. Yuma était redescendue sans se presser plus au sud, par ses propres moyens (quittant sa robe et ses escarpins pour ses habits de travail, plus fonctionnels et qui attiraient moins l’attention). Toke était une petite ville sans grande prétention, extrêmement verdoyante, que ce soit dans les paysages alentours ou dans l’enceinte de la cité proprement dite. Yuma avait été sincèrement émerveillée par les sortes de jardins suspendus qui accueillaient les nouveaux arrivants dans la cité et, si elle s’était écoutée, Yuma aurait acheté une propriété à proximité immédiatement. Le soleil réjouissant du continent lui avait manqué, après ces longs mois passés entre le pays de la foudre, le pays du brouillard (avec ces épouvantables pirates, graveleux et peu professionnel) et celui de l’eau et ses multiples îles… il était regrettable de penser qu’elle ne faisait qu’y passer brièvement, aussi se décida-t-elle à prendre une chambre dans l’auberge qui lui paraissait la plus intéressante, mais elle fut cruellement déçue par la qualité des services.

Yuma se leva de son lit. Elle essaya pour la troisième fois d’ouvrir les volets, mais ceux-ci restèrent résolument clos. La mauvaise humeur menaçait de la gagner et elle ne pouvait se permettre de se déconcentrer. Il était encore tôt, moins de midi, et son contrat n’arriverait en ville que dans la soirée. Elle avait du temps à tuer (pour une fois que ce n’était que du temps) et elle jugea que la façon la plus intelligente de le passer était de repérer un peu les lieux, de prendre ses marques dans la ville, plutôt que de moisir dans une chambre d’auberge dont tout l’argent était passé dans la devanture (une habitude dans les villes de taille moyenne). La jeune femme quitta ses habits de fonction pour se passer sa seconde robe, bleue nuit, plus courte que la précédente et un peu plus plongeante au niveau de la poitrine. On ne savait jamais quand on aurait besoin d’un renseignement, se dit yuma, tout en s’asseyant pour une nouvelle séance soignée de maquillage. Ses cheveux avaient un peu perdu de leur blondeur, il lui avait fallu presque une semaine pour arriver ici, mais cela ne la dérangeait pas pour l’heure.

Elle repassa ses escarpins sur ses pieds nus au verni tout juste refait et sortit dans la rue. Yuma passa trois bonnes heures à arpenter les rues, sans jamais se presser, se posant parfois sur un banc, une fontaine ou un petit muret pour profiter des charmes de la ville. Elle mangea un repas succulent dans un petit restaurant dont les lourds lampions devaient merveilleusement colorer les lieux la nuit. C’était réellement une ville où il faisait bon vivre, yuma le sentait bien et elle n’y était pas insensible. Au fur et à mesure du temps qui passait, elle se rapprocha du lieu où elle envisageait de passer à l’action. Il n’était pas question de prendre son temps cette fois ci. Izo et sa femme, Kirin, étaient supposés arriver en milieu de soirée, peut-être vers vingt deux heures, mais yuma tablait sur un peu plus (ils venaient du fin fond du pays du thé, après tout). Quelques discussions couraient déjà sur eux, dans les rues où yuma était passée. On pensait qu’ils iraient directement se reposer dans l’imposant castel du maître des lieux, à l’extrême nord de la ville. Même d’ici, yuma pouvait le voir régner sur la ville. Izo et Kirin représentaient une famille importante de cha. Ils venaient signer des accords commerciaux exclusifs, pour ce qu’en savait la jeune femme. Le contrat qu’on lui avait fait parvenir précisait bien qu’il fallait les tuer à Toke et pas dans le pays du thé, afin de dissuader subtilement d’autres familles de faire de même, probablement. Yuma n’aurait pas le temps de soigner l’assassinat, elle le savait. Le couple n’allait faire que traverser la ville. Elle allait devoir recourir aux méthodes les plus élémentaires, ce qui ne lui plaisait pas du tout car malgré l’obscurité, on risquait d’apercevoir son visage et cela lui jouerait des tours sur le tard. Mais c’était en partie pour cela qu’elle s’astreignait à un rythme aussi soutenu : pour se mettre au défi d’y parvenir dans des conditions délicates, alors qu’on suivait sa trace au loin, des adversaires certainement plus forts qu’elle. Yuma n’y pouvait rien, cela l’excitait terriblement. Il était rare que l’odeur de sa propre mort parvienne jusqu’à ses narines. Mais cette rareté était un don car le parfum n’en était que renforcé.

Le castel de Toke était à présent visible au bout de la rue principale, et c’est à cet instant que yuma aperçut un détail d’importance. Des réparations étaient réalisées sur les poutres des jardins suspendus, qui traînaient leurs merveilles jusqu’aux portes du castel. En s’approchant, yuma vit qu’on remplaçait aussi des plants par d’autres, plus colorés et de saison. La jeune femme connaissait ces plantes, très aromatisées, une odeur sucrée et fraîche. Quand elle s’ouvrait en début de matinée, elle laissait échapper un mince nuage de spores inoffensives. Deux idées lui vinrent, tandis qu’elle s’installait sur un banc public directement sous le jardin suspendu. Elle pouvait faire s’écrouler la structure au moment où Izo et Kirin passeraient. Cela devrait être suffisant pour les abattre, mais ce n’était pas tout à fait sûr non plus. Il y avait bien des gens qui survivaient à des tremblements de terre meurtriers. Yuma n’aimait pas du tout laisser des choses au hasard lorsqu’elle travaillait. Elle voulait savoir précisément à quelle heure Konosuke recevait son thé, jusqu’à qu’elle heure il dormait et à quel instant elle apprendrait son décès. C’était ainsi qu’un contrat devait être rempli, sans anicroche d’aucune sorte.

L’autre solution était d’ajouter un poison sous forme de poudre aux spores relâchées par les fleurs. Un sourire étira les lèvres de yuma. C’était à la fois inventif, subtil et pertinent, elle aimait cela. La difficulté serait de se procurer une fleur (non, deux, elle ne pouvait se permettre d’erreurs à ce stade) rapidement afin de la modifier de manière la plus adéquate possible. Il lui restait suffisamment de poisons différents pour parvenir à un résultat concluant, même si les deux seuls compatibles à l’état poudreux n’étaient pas ses préférés. La seconde difficulté, c’était de faire en sorte que la fleur s’ouvre avant l’heure, c'est-à-dire au moment du passage d’izo et kirin (un peu avant, pour laisser les spores investir l’atmosphère immédiate, le couple devait passer dans le nuage et le respirer pour être condamné), et non le matin. Yuma n’avait aucun intérêt à tuer de simples passants d’une manière aussi sophistiquée. Mais il suffirait de l’activer manuellement, en bricolant quelque chose. Oui, oui, du fil, elle serait cachée sur le toit pour observer l’arrivée du couple. Oui. Yuma frissonna de plaisir, impatiente de mettre ses idées en pratique. Première priorité : se procurer deux échantillons de fleur. Ce ne serait pas un souci.

Yuma envisagea la possibilité de séduire l’un des jardiniers pour parvenir à ses fins, mais elle repoussa l’idée. L’assassinat ne serait pas très discret, dans le sens où il y aurait certainement des morts collatérales. On finirait éventuellement par remonter jusqu’aux spores des fleurs et au poison, d’autant plus que ce dernier ne serait pas non plus d’une absolue retenue. Il laissera des traces, yuma ne voyait pas comment l’empêcher dans un délai aussi court. Il faudra faire avec les moyens du bord. Elle laisserait pour l’heure les fleurs là où elles étaient, surtout qu’à la réflexion, mieux valait ne pas les couper pour renforcer le doute une fois le méfait accompli. Yuma se leva et remonta à pas vif l’allée, ses talons claquant sèchement sur les dalles plates. D’abord, préparer la poudre. Cela lui prendrait plusieurs heures et elle devait impérativement travailler dans un endroit clos, avec des mesures de sécurité optimales pour elle. Sa chambre sordide remplirait ce rôle à merveille et yuma ne partait jamais sans son attirail de préparation.

Elle avait de quoi s’occuper pour les prochaines heures.

* * * * *

Haya faisait tourner sa large tasse du bout de ses doigts, profitant de la senteur parfumée qui lui chatouillait les sens et de l’agréable sensation de chaleur qui se répandait contre ses paumes. Saeka revint s’asseoir face à elle, disposant au centre de la minuscule table une assiette de petits gateaux secs. Elles se trouvaient toutes les deux dans la petite cuisine impeccablement rangée, dans laquelle flottait une odeur d’épice qu’haya ne parvenait pas à retrouver dans sa mémoire. A la suite de leur mission à Sengoko, Saeka s’était absentée la semaine d’après pendant plusieurs jours. Elle n’était revenue que très récemment, la veille ou l’avant-veille. Son visage frais et ses traits reposés ne marquaient pas la moindre fatigue, pourtant haya l’imaginait quelque peu usée par ses multiples déplacements. Mais saeka était ainsi, en constante évolution. C’était en partie la raison pour laquelle elle progressait si vite, alors qu’elle n’était pas kiréenne de souche, ni même originaire du pays de l’eau. Haya et saeka n’avaient encore jamais eu réellement l’opportunité de discuter de son passé, c’était un sujet que la jeune femme n’abordait pas d’elle-même mais haya ne croyait pas que ce soit un problème d’en parler. C’était simplement qu’elle ne songeait pas à déballer toute son histoire en se levant le matin.

Saeka – Il est possible qu’on ait une piste sur Yuma Tamiko, mais c’est faible.

Haya – Une piste récente ?

Saeka acquiesça. Au moment de partir, la jeune femme lui avait annoncé qu’elle partait chercher des indices auprès de certaines personnes, mais ne s’était pas non plus épanchée sur ce qu’elle s’apprêtait à faire. Haya voyait avec plaisir que cela avait eu quelque succès. Si le sujet de yuma tenait à cœur à saeka et que l’ensemble de la flamme jaune s’y intéressait, c’était parce que comme le lui avait dit la jeune femme dans la caverne, Yuma avait un jour essayé de s’en prendre à elle. Saeka n’était pas une personnalité portée sur la vengeance, d’autant plus qu’il n’y avait pas grand-chose de quoi se venger d’après ce qu’elle lui avait raconté. Yuma avait raté son coup et n’avait dû son salut qu’au fait que saeka fut désarmée à ce moment, une erreur qu’elle ne reproduira plus. Pour une raison inconnue, Yuma semblait s’attacher à attaquer les élèves de l’enkosenryuu. Elle en avait tué plusieurs déjà. Saeka souhaitait y mettre un terme et en cela, Haya la comprenait complètement. Il n’y avait pas lieu de vivre avec une épée au dessus de la tête quand on a seulement à tendre le bras pour la retirer. Même maintenant, Haya ne parvenait pas à se figurer cet acharnement. Sans doute était-elle payée et elle ne représentait alors que la lame qui frappait, et non la main, mais quand même… c’était une folie d’attaquer Saeka et d’échouer à la tuer.

Saeka – Une piste récente oui… du moins, je le pense. Konosuke Hiku, un riche marchand de nagumo, a trouvé la mort il y a deux semaines. Peu après qu’on ait achevé la mission à Sengoko. Il n’y a pas de preuves formelles, mais il se pourrait que ce soit l’œuvre de yuma tamiko. Nous devrions y diriger nos pas pour enquêter par nous-mêmes.

Haya – Nous ?

Saeka lui adressa un mince sourire.

Saeka – Si tu souhaites m’accompagner, j’en serais honorée. Yuma est une personne dangereuse toutefois. Même si je ne nous ferais pas courir de risques, elle est forte et habituée à donner la mort.

Haya – J’ai envie de t’aider. Je sais que c’est important pour toi, c’est naturel que je t’aide à mon tour.

Saeka – Alors c’est entendu. Benihime sera de la partie aussi. On devrait pouvoir s’en sortir comme ça. Néanmoins, il faut présumer que Yuma sait que kiri s’intéresse à elle.

Haya – Quelque chose te le fait penser ou c’est une précaution ?

Saeka porta sa tasse à ses lèvres et en but une gorgée.

Saeka – Yuma n’a pas signé le meurtre de ce Konosuke Hiku, si c’est bien elle qui est en cause. C’est inhabituel. Elle ne souhaite pas que le lien soit fait et on peut être sûres qu’elle aura fait tout ce qui est en son pouvoir pour nous compliquer la tâche.

Il fallait s’en douter. L’information selon laquelle kiri avait trouvé et détruit un point de contrebande (son point de contrebande) n’avait pas dû lui échapper et elle avait réagi en conséquence. Curieux qu’elle continue à opérer alors qu’elle se savait surveillée malgré tout, cela pouvait témoigner d’une haute confiance en soi, d’un mépris pour kiri ou bien d’une autre donnée dont haya ne disposait pas encore. Il sera toujours temps de lever ces questions une fois sur place, Yuma pouvait aussi n’avoir rien à voir dans cette affaire, ou l’avoir bien dissimulé. Après tout, c’était loin d’être la seule assassin à opérer dans le pays et ailleurs. Haya avait pris connaissance du contrat qui courait sur sa tête, certainement confié par le daimyo du pays du thé, après la perte de son fils. Cela ne remontait pas à si longtemps que cela, mais le fait que Yuma soit toujours opérationnelle suffisait à mettre haya sur ses gardes.

Comme le lui avait dit Saeka, Yuma était davantage habituée à donner la mort qu’à la recevoir.

Haya – Dans quel coin de nagumo on doit se rendre ?

Saeka – A l’ouest, une ville du nom de Doshin. Je n’ai pas pu recueillir énormément d’informations préliminaires sur Konosuke, hormis qu’il s’agissait d’un riche marchand de cinquante cinq ans, décédé d’un arrêt cardiaque.

Le doigt de Saeka traçait des lignes dans les miettes de gateaux. La jeune femme tournait pensivement une petite cuillère de bois dans son thé. Elle releva les yeux sur haya et sourit.

Saeka – Cela peut renvoyer à l’utilisation d’un poison. Nous sommes yuma friande de cette méthode. Elle est très dangereuse à cet égard.

Haya – Mais qu’est-ce qui te fait penser à l’intervention de yuma ?

Pour l’instant, haya ne voyait pas exactement ce qui pouvait lier yuma à konosuke. Les arrêts cardiaques pouvaient certainement être provoqués par toutes sortes de poisons et de simples, mais il y avait un sérieux pas entre la mort d’un marchand parmi d’autres et l’action de yuma.

Saeka – Konosuke était avec une belle femme brune avant son arrêt cardiaque. La rumeur veut qu’il se soit un peu… surmené en sa compagnie, provoquant son décès. Mais la description ressemblait de manière troublante à yuma. Une femme qui a disparu depuis. Konosuke est mort après avoir bu un thé. Selon moi, c’est forcément un assassinat. Maintenant, la question qui nous intéresse est de savoir si c’est yuma qui l’a perpétré ou non.

Haya – Quand est ce que nous partons ?

Saeka – Demain aux alentours de midi, est-ce que cela te convient ?

Haya – Je serai prête.

Haya resta en compagnie de saeka une heure de plus, à discuter des préparatifs nécessaires. Beni devait les rejoindre aux portes du village (sans doute après avoir pris un solide déjeuner), elles se téléporteraient directement sur nagumo pour s’éviter les transports maritimes, dont les délais pouvaient se révéler agaçants. Ce serait autant de temps de gagner, surtout si yuma avait une réelle avance sur elles. Néanmoins, haya ne parvenait pas à se figurer leur arrivée à Doshin. Il lui paraissait complètement invraisemblable que yuma soit demeurée sur place. Alors à moins qu’elle n’ait laissé des marques de sa présence, ce qui ne devait pas être le cas si elle était à la hauteur de sa jeune réputation, elles se retrouveraient à la case départ. C’était peut-être pour cela que l’assassin continuait à remplir des contrats. Il devait être plus facile de trouver quelqu’un qui reste caché, même avec talent, plutôt que quelqu’un en constant déplacement, dont les cadavres qu’il laisse dans son sillage se noient dans la masse des morts quotidiennes.

Haya alla récupérer sa culotte et sa robe dans la salle de bain. Elles étaient encore parfaitement imbibées. Saeka insista pour qu’elle garde ses vêtements d’emprunts jusqu’à son retour chez elle et lui prêta généreusement un parapluie, ce qui pouvait toujours servir par temps de pluie effectivement. Son sac sur les épaules, haya rentra en vitesse chez elle, les pieds plongés dans la boue. Elle frissonna en refermant la porte de son appartement et se prit à rêver d’un nouveau bain. Au lieu de quoi elle se dirigea dans sa chambre et commença à empaqueter quelques affaires pour l’expédition du lendemain. Elle rangea sur son lit son matériel pour la mission (son arme, ses pilules, son armure) et fourra dans son sac à dos de quoi s’habiller en civil si jamais l’occasion se présentait : une robe et quelques culottes de rechange feraient l’affaire.

En moins d’une heure haya se considéra comme prête à partir traquer Yuma tamiko, la fille au lotus d’encre.

MessageSujet: Re: La fille au lotus d'encre   Mer 30 Nov - 20:25

Il était un peu moins de vingt et une heure.

Yuma boutonna sa tenue de travail. La jeune femme n’aurait su dire si c’était par nostalgie ou à cause d’une autre émotion plus mystérieuse encore, mais sa tunique n’avait que peu changé depuis la première fois qu’elle l’avait revêtue. C’était un mélange de cuir, de coton et de mailles d’acier ingénieusement liées. Le cuir était suffisamment épais pour arrêter les lames les moins persévérantes, mais pas jusqu’à entraver ses mouvements. C’était ainsi qu’elle l’avait conçue, avec cet impératif de toujours disposer d’une amplitude de mouvement entière. Sa poitrine se retrouvait sévèrement comprimée. Yuma glissa entre ses seins un long étui rembourré, dans lequel dormaient quelques uns de ses poisons les plus rapidement fonctionnels. Elle vérifia que l’objet ne dépassait pas, rajusta le haut de son armure et sourit, satisfaite. L’armure proprement dite s’arrêtait au niveau des cuisses, quatre plaques d’acier assuraient une protection supplémentaire : deux de chaque côté au sommet de ses jambes, l’une dans son dos afin de préserver sa colonne vertébrale d’un choc trop rude et une autre, désagréable mais nécessaire, à l’entrejambe, remontant au niveau de son nombril. L’armure n’était pas véritablement fendue sur ses cuisses, c’était davantage des traînes de cuir derrière et devant qui servaient principalement à arrêter les tirs un peu trop mous et à aérer un peu la tunique. Yuma mourrait de chaud dans les premières formes de sa création, il avait fallu trouver des solutions pour harmoniser le tout.

Malgré ses entrées d’argent régulières et conséquentes, Yuma n’avait jamais songé changer du tout au tout. Son armure suffisait pour l’usage qu’elle en faisait. Il était rare qu’elle en vienne aux mains physiquement, et quand elle le faisait, son adversaire était soit plus faible qu’elle, soit drogué à en crever. Il n’y avait pas de risque utile. La jeune femme ramassa une petite boîte hermétiquement fermée qu’elle glissa dans la sacoche qui pendait à son flanc. Après un dernier regard pour s’assurer qu’elle n’avait rien oublié, Yuma attrapa le sac dans lequel reposaient la totalité de ses maigres possessions et ressortit dans le couloir lugubre de l’auberge. Elle ne comptait pas repasser ici après son assassinat, mais fuirait directement dans le pays des vagues. De là, elle rejoindrait le pays de la foudre où dormait paisiblement le dernier contrat qu’elle s’était engagée à honorer.

La nuit était nettement plus fraîche qu’elle ne l’aurait cru. Yuma avait passé la totalité de sa journée à travailler sur les composants de son poison. Il n’était pas parfait. La jeune femme en était même déçue, mais il lui était tout bonnement impossible de faire beaucoup mieux à une heure de l’assassinat. Le poison était trop virulent. Il présentait l’avantage d’être déjà sous forme de poudre, bien qu’un peu trop épaisse, aussi Yuma avait-elle pensé que cela lui laisserait plus de temps pour se concentrer sur la modification de la structure du poison. Mais son équipement était trop réduit ici. Elle était parvenue à affiner le grain de la poudre, pour la confondre avec des spores et surtout, qu’elle se dissipe naturellement au vent. Le problème était qu’il fallait en respirer une bonne quantité pour que ce soit parfaitement létal, à l’air libre, le poison aurait tôt fait de se dissiper et quelques grains étaient pour ainsi dire inoffensifs. Elle ne se faisait pas trop de soucis pour izo et sa femme, si elle s’y prenait correctement ils devraient traverser le nuage en plein et, avant qu’ils ne s’en rendent compte, le poison se sera déjà infiltré dans leurs narines et leurs bouches pour se coller à leurs poumons et obstruer ses alcôves. Il s’agissait d’un poison salissant, qui brûlait de l’intérieur les poumons. Son effet était extrêmement rapide, à vrai dire, izo et kirin le sentiront passer par leurs voies respiratoires tandis qu’elles brûleront comme si l’enfer avait débarqué.

Yuma atteignit le bout des jardins suspendus rapidement. Les rues n’étaient pas complètement vides, mais suffisamment pour qu’elle ne se fasse pas repérée. Les jardiniers étaient rentrés chez eux, laissant leur travail partiellement achevé pour la réception des hôtes de marque. Yuma vérifia que la rue adjacente était vide, grimpa lestement sur une cabane en bois sec et monta d’un bond sur le toit de la maison sur laquelle le jardin était suspendu. Yuma dû progresser rapidement à quatre pattes, pour éviter qu’on ne l’aperçoive. Si cela ne tenait qu’à elle, elle aurait grillé quelques uns de ses lampions mignons mais peu pratiques pour son travail. Malheureusement, cela aurait attiré l’attention sur l’endroit où elle comptait camper et c’était bien la dernière chose qu’elle souhaité. Yuma saisit délicatement l’une des grosses fleurs rouges et sourit pour elle-même. Elle glissa ses doigts dans son cœur et écarta le plus doucement possible ses pétales. La jeune femme s’appliqua son masque sur le visage pour éviter de respirer malgré elle la poudre empoisonnée, ouvrit le compartiment hermétique et déversa autant de poudre qu’elle le put. Yuma referma la boîte, la cala entre ses cuisses serrées et défit le fil accroché à son poignet droit. Elle referma fermement les pétales violés en plusieurs tours, assez grossiers mais suffisants pour ne pas laisser s’échapper trop de poudre. La jeune femme reposa en douceur la fleur là où elle se trouvait, et réalisa la même opération sur une seconde, utilisant cette fois ci le fil qui cerclait son poignet gauche. Satisfaite, Yuma rejoignit le toit de la maison à côté, se coucha à plat ventre sur le toit et patienta longuement. De temps à autre, elle penchait la tête en arrière pour vérifier la position des fleurs piégées.

Alors qu’elle commençait à craindre qu’izo et kirin aient été retardés ou, pire, qu’ils aient pris un autre chemin pour atteindre le castel (mais lequel, pensa Yuma, qui disposait d’une bonne vue sur le bâtiment et qui pensait bien que cette arrivée ferait un peu de bruit), un mouvement de troupe éveilla ses sens. Yuma se redressa comme une chatte joueuse qui vient d’apercevoir la queue de sa proie. A cause de l’épais feuillage des jardins, elle ne parvenait pas à distinguer clairement le groupe qui cheminait sans hâte, mais il n’y avait aucun doute à avoir. Elle se rapprocha du bord, jeta un coup d’œil à ses fleurs piégées et resserra ses doigts autour des fils. Il faudrait tirer un coup sec pour les renverser. Trente mètres… si le poison ne les tuait pas, cela serait très gênant. Il fallait tirer sur les fils avant qu’ils ne soient directement dessous. Tuer les larbins ne lui rapporterait rien. Vingt mètres… que faire si izo et kirin ne marchaient pas côté à côté ? Elle ne parvenait pas à les voir clairement. Yuma grinça des dents. Ce point de vue n’était pas suffisant, elle aurait dû y songer à deux fois. Dix mètres… là ! elle aperçut izo, sans l’ombre d’un doute. Impossible de voir qui cheminait à ses côtés, mais le bas ressemblait à une robe… regrettable que les pieds fussent cacher, yuma aurait pu essayer de deviner. Elle tira un coup sec sur les fils, prête à partir.

Il ne se passa rien.

Yuma sentit les battements de son cœur accélérer. Elle ramena les fils jusqu’à elle, clairement détachés des fleurs, mais rien ne s’était échappé. La jeune femme se pencha en avant. Si… un mince filet de poudre. Elle jura intérieurement, se redressa vivement en attrapant dans le même geste un court poignard fixé autour de sa cuisse, qu’elle lança sans la moindre hésitation. Le poignard sectionna sèchement la fleur empoisonnée qui chuta vers le sol, s’ouvrant du même coup. Une sur deux… pitoyable. Le bruit qu’avait fait la lame en s’enfonçant dans le bois avait alerté les quelques miliciens qui escortaient les seigneurs du pays du thé. Ils s’étaient regroupés autour de lui. Leur immobilité signerait leur perte. Une fleur n’était pas suffisante. Yuma se rapprocha aussi rapidement que possible et donna une vive pichenette à la fleur manquante, qui se répandit en poudre empoisonnée. Sa main libre appliquée autour de son nez, Yuma se recula vivement mais trop tard.

Garde – Là !

Il balança son arme en avant. Celle-ci érafla le mur et yuma recula avec une certaine maladresse, surprise par la portée de la lance. Elle manqua glisser sur le rebord du toit, se ressaisit et sauta à terre. Elle entendait tousser dans l’allée principale. Yuma se retourna vers la ruelle et écarquilla les yeux d’horreur. Avant qu’elle n’ait pu faire quoi, un garde surgit de nulle part enfonça sa hallebarde dans le ventre de Yuma. La plaque d’acier détourna le croc, mais la pointe lui perfora un point au dessus du nombril. Yuma sentit avec terreur le liquide chaud glisser le long de sa jambe. Une lame apparut dans le creux de sa main, qu’elle envoya directement sectionner la gorge de son agresseur. Elle attrapa le manche et le tira sèchement en étouffant un râle. Par pur réflexe, yuma évita un nouveau coup à la tête en plongeant en avant. Avant de totalement se réceptionner, elle trancha le jarret de l’homme, exécuta une nouvelle roulade et se retrouva dans l’allée principale. A moins de trois mètres d’elle, son regard rencontra celui d’izo. Il saignait abondamment du nez et de la bouche, le cadavre de sa femme dans les bras. Yuma fonça droit devant elle en cessant de respirer, ses poursuivants à ses trousses. Quelques gardes avaient trouvé la mort avec le poison, mais l’alerte en avait écarté la majorité d’entre eux. Yuma, une main appliquée sur sa blessure pour essayer d’engorger l’hémorragie, glissa un regard dans son dos. Trois hommes étaient sur ses talons et ils semblaient courir plus vite qu’elle.

A ce rythme, elle était finie. La jeune femme profita de sa course pour attraper une nouvelle lame. Elle fit un tour complet sur elle-même au cours duquel son arme jaillit vers la gorge de son plus proche poursuivant mais ce dernier, par chance ou par talent, réussit à parer l’arme avec le seul manche de sa lance. La douleur commençait à lui brûler le ventre. Yuma vira à gauche, complètement perdue et désorientée par sa chevauchée imprévue. Elle n’avait pas même apporté son arme et devait figurer avec un dernier stupide kunai. Un nouveau coup d’œil en arrière lui apprit que les hommes avaient gagné facilement trois bons mètres. Yuma bondit sur une devanture surélevée en bois, se hissa avec aisance en déchirant complètement sa blessure, cligna des yeux pour en chasser les larmes de douleur et poursuivit sa course sur les toits de la ville. Les hommes couraient sur la même ligne qu’elle, mais dans la rue en contrebas. Ils ne la quittaient pas du regard. L’un d’entre eux se prit un étal de plein fouet et s’effondra de tout son long. Il mettrait trop de temps à revenir. Alors que Yuma sautait d’un toit à l’autre, la hampe de l’arme du garde le plus proche lui faucha sèchement la jambe gauche. La jeune femme rata sa reprise, sa tête heurta violemment le mur opposé et elle retomba lourdement sur son dos, les yeux grands ouverts et le souffle court. Elle aperçut l’arc de cercle meurtrier décrit par la hallebarde du garde, tira sur ses jambes de toutes ses forces pour se propulser en arrière. La lame érafla le mur sur toute sa hauteur. Le second garde était déjà sur elle. Yuma se remit debout, les doigts serrés autour de son kunai. Elle para une première attaque, attrapa la lance à pleines mains et l’enjamba d’un bond. Son kunai plongea sur toute la longueur de son tranchant dans la gorge molle du garde qui émit un gargouillis grotesque en titubant en arrière. Le troisième garde dérapa sur un mètre en arrivant, tandis que le premier reprenait ses assauts. C’était le plus doué, pour ce que pouvait en voir Yuma. Le bout de sa hallebarde finit par frapper le haut de son épaule, entaillant sans mal le cuir souple, détachant la bretelle de sa tunique et tranchant le sommet de son sein découvert. Yuma gronda en reculant. Si la hallebarde avait eu un meilleur angle, elle lui aurait sans l’ombre d’un doute sectionné net le bras. Yuma fondit en avant, esquivant d’un mouvement de tête la hallebarde qui n’eut pas le temps de se rabattre sur elle. Elle traversa encore une fois la gorge de son adversaire, appuyant de tout son poids pour le faire pivoter. La lance de son collègue se ficha avec un bruit sourd dans son dos, ne le transperçant par suffisamment pour embrocher d’un même mouvement la jeune assassin. Yuma dégagea brutalement son kunai et le projeta contre le dernier des gardes survivant. L’arme fut partiellement arrêtée par sa lourde tunique de cuir.

Yuma recula. Le haut de sa tenue s’était complètement déchiré, de sa poitrine jusqu’au bas de ses côtes. Elle sentit glisser l’étui à poison dans le fond de sa tunique, libéré de l’étau de ses seins. Yuma l’attrapa tandis que le survivant dégageait avec le pied son arme du corps sans vie de son capitaine. La jeune femme fit jaillir une boule sombre qu’elle projeta contre l’homme. La boule se brisa avec un bruit de verre cassé. L’homme fronça aussitôt les sourcils en voyant sa tunique fondre. Une fois la substance au contact de sa peau, il poussa un long hurlement duquel Yuma profita jusqu’à ce qu’elle consente finalement à lui planter la hallebarde de l’autre garde dans sa gorge déployée, lui tranchant pratiquement la tête. Le cadavre retomba lourdement à terre, Yuma ferma les paupières, nauséeuse et prise de vertige. Elle alla ramasser son kunai, sa dernière arme valable et s’éloigna dans une autre rue. Les citadins commençaient à se réveiller et certains, qui étaient déjà sortis de chez eux, s’écartèrent vivement au passage de la jeune femme ensanglantée. Celle-ci se remit à courir, doucement otut d’abord comme pour tester sa blessure, puis plus rapidement, s’éloignant de l’endroit où la bataille s’était déroulée et retrouvant un quartier beaucoup moins animé. Elle poussa la porte d’un cabanon de travail au fond d’un jardin spacieux et s’autorisa à pousser un mince soupir. La luminosité était épouvantable, aussi Yuma garda-t-elle la porte ouverte et se tint au plus près. Elle retira la bretelle restante de sa tunique et la laissa retomber à ses pieds pour examiner la blessure à son ventre. Moins grave qu’elle ne l’aurait pensé à première vue, il n’y avait que la pointe de la hallebarde qui lui avait perforé le ventre. Elle serra les dents et glissa un doigt dans la plaie, les yeux fermés à en pleurer. Ce n’était pas profond et pour autant qu’elle puisse en juger, aucun organe n’avait été touché.

Yuma ouvrit sa sacoche et en sortit un long rouleau de bandage. Elle s’enroula toute la taille. L’endroit où se situait sa blessure prit aussitôt une teinte rouge, mais la tâche ne s’étendit pas. Le sang commençait déjà à refluer. La jeune femme se recouvra de sa tunique, mais celle-ci pendait toujours lamentablement sur tout le côté gauche, laissant orpheline sa poitrine blessée. Yuma regarda dans son sac mais n’y trouva que les deux robes qu’elle y avait mises. La jeune femme considéra la possibilité de se changer, mais définitivement, s’enfuir en robe était une mauvaise idée. Ce n’était pas le plus important pour l’instant. Il fallait encore décider de la marche à suivre après cet échec. Il allait laisser des marques et il s’agissait de savoir comment en profiter au mieux, pour que cette regrettable et pitoyable mésaventure ne soit pas totalement vaine.

* * * * *

Il était moins de midi quand Haya, benihime et Saeka arrivèrent en vue de Doshin.

Benihime les avait téléportées au sommet d’une petite colline à proximité. La cité s’étendait en contrebas, presque entièrement visible de là où elles se trouvaient. Haya l’aurait cru plus petite, mais c’était une cité bien vivante, opulente et grasse, avec des murs bien blancs qui respiraient la richesse et de petites silhouettes noires qui s’agitaient au loin avec insouciance. Haya connaissait très peu nagumo, autrement que par sa réputation d’île riche et prospère. Doshin devait être l’une des villes les plus importantes à en juger par sa superficie et l’éclat qu’elle projetait. Les jeunes femmes ne se pressèrent pas pour pénétrer son enceinte et remonter la large avenue principale. Si elles attirèrent quelques regards curieux, la majorité des passants préféraient de loin poursuivre leurs occupations que se soucier de l’arrivée de kiri en leurs murs. Haya sourit à cette image. Comme des gens qui n’avaient rien à se reprocher, sans doute.

Le chef de la milice locale avait arrangé leur arrivée. Deux hommes légèrement armés vinrent à leur rencontre. Nagumo n’était pas une île dotée d’une riche histoire militaire à l’inverse de tohoku par exemple, mais elle avait toujours su se défendre honorablement, même avant l’existence de kiri et haya respectait grandement cela. Les miliciens se présentèrent et les escortèrent jusqu’à leur corps de garde, un petit bâtiment reculé aux murs blancs délavés qui ne payait pas de mine. Un homme seul se trouvait en faction devant, la main sur le pommeau de son arme à l’arrivée de l’équipe de kiri. Il les salua cérémonieusement et ouvrit en grand la porte. Haya lui adressa un sourire en emboîtant le pas à saeka. Si l’extérieur n’était pas formidable, la jeune femme fut surprise de l’ordre et de la propreté qui régnait à l’intérieur. Il se présentait en un long couloir blanc, dont les murs transparents laissaient voir quatre salles symétriques où s’activait de petites équipes de miliciens. Haya jeta un coup d’œil dans celle qui se trouvait immédiatement à sa gauche. De lourdes étagères intégralement remplies de documents, classeurs et autres parchemins s’échelonnaient sur toute la surface de la pièce. Certainement la salle des archives, ou quelque chose dans cet esprit là. Les gardes les conduisirent à l’étage, où seules deux portes se faisaient face. L’un des soldats frappa sèchement à l’une d’entre elles et leur fit signe d’avancer, tandis qu’ils se mettaient tous deux en faction de chaque côté de la porte.

Un homme à la barbe abondante se leva de son siège pour les saluer. Haya ne doutait pas un instant qu’il s’agissait d’un guerrier. Il était massif, ses gestes étaient précis et il parlait de cette voix bourrue et rude de ceux habitués à commander.

Akinori – Je ne pensais pas voir kiri arriver aussi vite. Je suis Akinori Saiko, chef de la milice locale.

Saeka s’inclina avec son habituelle politesse.

Saeka – Je suis Saeka, voici Benihime de la flamme jaune et Haya sasaki.

La jeune femme se redressa, ses lourds cheveux bleus retombant contre sa poitrine.

Saeka – La description de la femme a éveillé notre intérêt.

L’homme émit un grognement sourd. Comme il n’avait pas assez de sièges pour proposer à ses invitées de s’installer, il prit le parti de rester lui-même debout, lourdement appuyé sur son bureau qui semblait brusquement désespérément frêle, avec deux gros poings fermés qui reposaient dessus.

Akinori – J’ai beaucoup hésité à relever cela dans mon rapport. Le gouverneur voulait qu’on clôt l’affaire au plus vite avec une cause plausible de décès. Arrêt cardiaque, voilà. C’est la réalité. Le légiste est formel. Mais je connaissais bien Konosuke. C’était un vieil homme, oui, mais solide comme un roc. On a fait partie d’une même garnison tous les deux. Il n’avait pas de problème de cœur, même aujourd’hui, même après s’être empâté comme un vieux chat…

Saeka – Les rumeurs disent qu’il serait décédé à la suite d’un excès de passion auprès d’une jeune femme.

Haya glissa un coup d’œil à Saeka. C’était une façon d’annoncer les choses… Akinori gronda pour lui-même et se redressa en haussant les épaules.

Akinori – Konosuke avait cinq ans, pas quatre vingt dix. Non, je ne pense pas. Je pense qu’il s’était fait beaucoup d’ennemis pour en arriver là où il était et que son absence d’héritier fort était une opportunité trop grande. Son commerce va se retrouvé découpé et racheté. Impossible de trouver la piste d’un éventuel coupable.

Saeka – Vous pensez donc que Konosuke a été assassiné.

Akinori – Je n’écarte pas la possibilité. Mais je ne peux plus enquêter, puisque j’ai trouvé officiellement la raison du décès...

Saeka sourit.

Saeka – Nous pouvons ne pas nous satisfaire de cette enquête. Néanmoins, je doute que nous trouvions quoi que ce soit qui vous aurez échappé, autant de temps après le décès de Konosuke. Quel est le rôle joué par la femme dont vous parliez dans votre rapport, selon vous ?

L’homme poussa un profond soupir, les yeux baissés sur son bureau, comme s’il cherchait dans ses souvenirs.

Akinori – Hum… c’était sa maîtresse, ça, c’est sur. C’est difficile d’avoir de réelles informations sur elle. Le personnel de konosuke lui-même ne savait pas toujours quand elle était là ou non, parfois ils la voyaient le matin avec leur maître, d’autres fois elle arrivait en soirée… ils nous ont donné une description partielle, que j’ai reproduite dans mon rapport, mais ça ne menait nulle part.

Saeka – Cette femme fréquentait konosuke depuis longtemps ?

Akinori haussa à nouveau ses épaules massives et croisa les bras sur sa poitrine.

Akinori – Comment le savoir ? Son personnel donnait des réponses aléatoires. Cela ne faisait pas longtemps. Moins d’un mois c’est sûr. Peut-être deux semaines ? Peut-être une seule ? Tout ce qu’ils savaient, c’était qu’ils se voyaient fréquemment et toujours au domicile de Konosuke. Personne ne sait son nom, où elle habitait, qui elle était… c’est ce qui a attiré mon attention. Ca, et le fait qu’il était impossible de la retrouver en ville. Mais je n’arrivais nulle part. Si elle est toujours en ville, elle ne s’est jamais représentée chez Konosuke et on dispose de trop peu d’éléments pour l’identifier à coup sûr. On s’est assuré qu’il ne s’agissait pas d’une prostituée locale., mais au-delà de ça…

Saeka réfléchit un instant avant de répondre.

Saeka – Le rapport du légiste est tel que vous l’avez annoncé ?

Akinori – Oui. Konosuke a été trouvé mort par son serviteur, un vieil homme qui est à son service depuis des décennies. Il était sur sa terrasse, à boire son thé. Il ne l’avait pas fini. La femme était entrée un peu plus tôt dans la journée. Personne ne l’a vue sortir, mais elle n’était plus là au moment du décès et, pour ce qu’on en sait, Konosuke s’est reposé seul. On n’a rien trouvé dans la chambre. Sitôt arrivés sur place, on a fait transporter le corps de konosuke à l’hopital où une autopsie a été réalisée, qui a conclu à un arrêt du cœur. Aucun composant n’a été repéré dans son organisme, aucune blessure d’aucune sorte, rien dans le thé. Les médecins pouvaient seulement affirmer qu’il avait eu des rapports sexuels et une forte agitation au cours des heures précédant son décès.

Saeka – Si c’est un assassinat, il a été impeccablement orchestré. Nous resterons à doshin si cela est possible, peut-être quelques jours, pour faire notre enquête.

Akinori acquiesça profondément sa lourde tête.

Akinori – Je peux vous faire conduire à la meilleure auberge de doshin si vous le souhaitez. Les gardes en profiteront pour vous montrer le domicile de Konosuke, c’est sur la route.

Saeka eut un sourire enchanté.

Saeka – Avec plaisir.

En réalité, un seul garde leur fut alloué, mais c’était largement suffisant. Il s’arrêta sur leur chemin pour leur pointer du doigt la propriété du fameux Konosuke Hiku, une large bâtisse avec, semblait-il, plusieurs annexes plus petite et l’ombre d’un grand jardin de l’autre côté des murs. Si la richesse du marchand paraissait évidente, difficile d’estimer que toutes les morts de riches marchands étaient dues à un assassin malintentionné. Néanmoins, c’était leur seule piste et elle valait la peine d’être observée sérieusement. Le garde acheva de les conduire jusqu’à leur auberge, une énorme structure sur au moins deux étages à la façade mangée par un lierre parfaitement taillé et domestiqué. Les jeunes femmes traversèrent l’entrée grande ouverte et découvrirent une pièce aux couleurs chaudes et riches, avec un grand escalier directement dans le hall qui devait les mener dans leur chambre. Elles prirent une seule chambre pour quatre et montèrent à l’étage au-dessus, sans croiser qui que ce soit hormis du personnel.

Benihime poussa la porte d’entrée, jeta sous sac sur un énorme fauteuil rouge et se laissa tomber sur le lit comme une grosse masse.

Haya – Déjà fatiguée ? Ca fait même pas deux heures qu’on est parties de kiri.

La jeune femme blonde se mit sur le flanc, la tête appuyée sur sa main.

Benihime – Tu es médisante. J’aime cet aspect chez toi. Par où est-ce qu’on commence ?

Saeka et haya s’installèrent côte à côté sur le lit.

Saeka – Par le domicile de Konosuke, pour voir avec son personnel si nous parvenons à obtenir quelque chose.

Au son de sa voix, haya devinait qu’elle n’avait que peu d’espoirs d’y parvenir. Akinori devait avoir ratissé toutes les informations, surtout s’il connaissait personnellement la victime, et il paraissait très sérieux et compétent dans son travail. Il serait difficile de le prendre en défaut, tout ninja qu’ils étaient. Néanmoins, le choc passé, peut-être que les serviteurs se souviendraient d’un élément en particulier utilisable, même s’il paraissait anecdotique. Les jeunes femmes ne prirent pas réellement le temps de s’installer, se contentant de reposer les affaires dont elles n’avaient pas l’utilité dans l’immédiat, et ressortirent dehors en direction de la grande propriété de konosuke.

MessageSujet: Re: La fille au lotus d'encre   Dim 11 Déc - 18:28

Leurs recherches ne donnèrent rien.

Konosuke vivait seul, sans femme et enfants. Il avait à son service trois personnes, qui s’occupaient des tâches ménagères et quotidiennes, de préparer les repars, du jardin et d’autres choses dans le même ordre d’idée. L’équipe de kiri était parvenue à obtenir quelques informations, comme le fait que Konosuke ait été marié deux fois par le passé mais qu’il s’était toujours séparé de son épouse (ou l’inverse), que son succès lui avait valu à un niveau national beaucoup de convoitises mais ils n’envisageaient pas la possibilité d’un assassinat. Haya et Benihime fouillèrent la chambre du marchand sans rien y trouver, bien qu’on leur assurât qu’elle était restée en état après le passage de la milice. Aucun indice ne permettait même de supposer la présence d’une femme aux côtés de konosuke ces dernières semaines, aucun sous-vêtement oublié, aucun bijou sur les tables ou sous le lit… on leur répéta les mêmes informations déjà obtenues de la bouche d’akinori sur le déroulement de la dernière journée de Konosuke, à l’exception que tout le monde ne s’accordait pas sur l’heure de sortie de la mystérieuse femme (une prostituée, leur assura la gouvernante, qui leur donna de nombreux détails sur sa manière de gémir et de minauder, même si elle ne lui avait jamais personnellement parlé et, de fait, ne s’était même jamais directement retrouvée face à elle). Le serviteur assurait qu’elle n’était plus là au moment où son maître s’était réveillé et lui avait réclamé un thé, qu’il était descendu préparer lui-même dans la cuisine. Il n’y avait personne avec lui à cet instant, pas davantage quand il était remonté avec la boisson fumante. Moins d’une heure plus tard alors qu’il venait voir si son maître avait terminé son thé, il l’avait cru assoupi à la terrasse et s’était aperçu seulement à ce moment qu’il ne respirait plus.

Il était trop tard pour y faire quoi que ce soit.

Saeka avait demandé des informations supplémentaires sur le thé, puisque c’était la seule piste aussi ténue soit-elle dont ils disposaient. Elle soupesa l’unique théière de la maisonnée, se renseigna sur les herbes utilisées et leur provenance, mais n’aboutit à aucune conclusion logique. Les trois jeunes femmes s’isolèrent dans le jardin pour discuter plus à leur aise du peu d’informations qu’elles avaient glané jusque là. Yuma était une spécialiste des poisons, reconnue et naturellement chevronnée. Si le corps de konosuke ne souffrait d’aucune blessure physique (cela leur fut au moins confirmé par tout le monde) et que le légiste n’avait pas vu de traces d’étouffement ou autre, il ne restait plus guère que le poison pour figurer un arrêt du cœur. Saeka s’y connaissait un peu, mais elle avoua ne pas avoir en tête un composant qui serait indétectable, mais elle n’excluait pas la capacité à yuma d’adapter ses recettes pour les optimiser au maximum. Après tout, elle avait l’argent et le temps nécessaires à la tâche. Les jeunes femmes finirent par visiter un peu la ville, des fois qu’une rumeur s’y propage, mais l’histoire semblait oubliée et enterrée dans l’esprit des citadins. Elles se retrouvèrent autour d’un verre sur une gentille terrasse au cœur d’une place qui bourdonnait d’activité, puis rentrèrent à l’auberge alors que la nuit tombait. Au moins, il ne pleuvait pas comme à kiri, ce qui était toujours ça de gagné.

Saeka prit quelques affaires à elle et alla se faire couler un bain. Elle leur assura de laisser l’eau chaude si jamais elles souhaitaient elles aussi se détendre un peu dans l’eau. L’auberge avait conservé ce formidable système des pierres chauffantes, si bien qu’on pouvait toujours rehausser la chaleur de l’eau grâce à un petit réchaud hermétique dans la salle de bain. Haya se frottait les mains à l’idée de l’essayer. Benihime dégrafa son armure et étira la fine chemise qu’elle portait dessous, avant de se coucher elle aussi sur le lit que lui avait laissé haya.

Haya – Alors, il est comment daigo sakuraba ?

Benihime gloussa en penchant la tête vers elle.

Benihime – Tu es au courant ?

Haya – Saeka me l’a dit hier.

La jeune femme se cala les mains derrière la tête et croisa ses jambes, un sourire aux lèvres.

Benihime – Il est adorable. Au début je le trouvais un peu timide, mais en fait il est juste sérieux. En fait, je ne pensais pas que cela évoluerait comme ça, on s’est recroisés, on a un peu discuté, on s’est donné quelques rendez vous très professionnels… et un soir j’ai eu envie de l’embrasser, alors je l’ai fait et il m’a rendu mon baiser.

Haya était impressionnée par le calme de Benihime. Elle ne se vantait pas, elle ne prenait pas la chose à la dérision… non, elle paraissait sincèrement attachée à ce début de relation, comme quelque chose de précieux qu’elle partageait avec un autre. La jeune femme lui jeta un coup d’œil, comme pour s’assurer qu’elle n’avait rien dit de ridicule ou qu’haya ne s’était pas endormie. Cette dernière lui adressa un sourire taquin.

Haya – Benihime serait-elle arrivée à maturité sexuelle?

Benihime éclata de rire en se remettant sur le flanc, tournée vers haya.

Benihime – On n’a pas encore fait l’amour. Mais je ne suis pas pressée. J’ai envie de prendre mon temps pour une fois, de profiter… tu vois ?

Haya ne voyait pas vraiment, maintenant qu’elle se posait la question. Elle voyait la théorie et le raisonnement. Mais ce n’était pas le sien. Peut-être que benihime était bel et bien arrivée à maturité sexuelle… pour être tout à fait honnête avec elle-même, haya ne se considérait pas mature à ce niveau là. Elle estimait que cela venait de ses difficultés à se lier réellement émotionnellement sur le plan amoureux (sur le plan amical cela ne lui posait pas de problème) et elle devinait que son viol et ses différents traumatismes avaient tout à voir là dedans. Cela ne l’inquiétait pas plus que de raison pour l’heure, elle avait d’autres préoccupations beaucoup plus immédiates et elle était encore jeune. Ce devait être normal à dix huit ans de ne pas être aboutie sexuellement ou émotionnellement, même dans un milieu de ninjas qui grandissent plus vite que la normal. Et puis après tout si Benihime pouvait prétendre à un équilibre amoureux, tout le monde le pouvait. Même les mantes religieuses.

Haya adressa un sourire à son amie.

Haya – Oui oui.

Benihime – Hmm… ça, ça veut dire non non poliment. Je ne sais pas expliquer. C’est peut être à cause de la personnalité de daigo. Ce n’est pas un fonceur alors je ne veux pas brusquer les choses. J’ai envie qu’elles soient naturelles.

Haya estima préférable de ne pas évoquer Ryosen avec Benihime. Impossible de déterminer le vrai du faux dans leur relation, aussi la jeune femme ne s’y risquerait pas. Mais voir le sourire tranquille et le visage apaisé de son amie lui mit du baume au cœur. Elles se lancèrent ensuite dans une discussion vaine et superficielle sur l’attirance des femmes auprès des pratiquants du taijutsu, trouvant toute sorte d’arguments (dont certains très vulgaires, confessait haya), jusqu’à ce que Saeka sorte de la salle de bain dans une petite robe qui sentait bon le printemps, ses longs cheveux bleus fraichement peignés et dont quelques gouttes perlaient encore aux pointes.

Benihime – Et toi, pourquoi tu crois qu’on est attirées par les types qui font du taijutsu ?

Saeka sourit tandis qu’elle rangeait ses affaires dans son sac, accroupie auprès de son lit.

Saeka – C’est une question très sérieuse ça.

Benihime – Je trouve aussi.

Saeka fit mine de réfléchir.

Saeka – Hmm… je ne me suis jamais vraiment posée la question dans ce sens. Je ne pense pas qu’il y ait un rapport. Je pense que, comme pour les hommes, c’est d’abord le corps que l’on remarque puis l’esprit et l’harmonie que l’on aime.

Benihime la dévisagea avec une mine catastrophée.

Benihime – Mon dieu Saeka, il n’y a que toi pour répondre sérieusement.

Haya éclata de rire. Saeka les gratifia d’un charmant sourire plein d’innocence.

Saeka – Désolée. Je ne trouvais pas la question si bête.

Les jeunes femmes se succédèrent dans le bain (plus luxueux que ne l’aurait imaginé haya). Lorsque celle-ci revint dans la chambre, saeka s’était endormie sur le canapé et benihime rangeait son sac. Haya lui souhaita une bonne nuit même s’il n’était pas très tard, se coucha dans son propre lit et s’endormit presque aussitôt. Quand elle se réveilla, le soleil était levé. Haya inclina la tête sur le côté, benihime dormait toujours à poings fermés, les draps rejetés au fond du lit. Il ne devait pas être très tard, mais la rue paraissait déjà animée. Haya acheva de se lever en se frottant les yeux. Saeka n’était plus sur le canapé, peut-être était-elle allée petit déjeuner en bas ou à l’extérieur. Haya prit une douche rapide pour se réveiller complètement, remit sa tunique de combat et retourna dans la chambre. Saeka était rentrée entre temps avec un plateau remplit de nourriture. Les jeunes femmes mangèrent en silence jusqu’à ce que benihime se lève et aille à son tour se doucher et finir ce qui restait du petit déjeuner.

Les jeunes femmes quittèrent ensuite l’auberge, mais avant d’avoir réellement pu s’enfoncer dans les ruelles de la cité, elles furent interceptées par un jeune milicien empressé.

Garde – Mesdemoiselles ninjas, Akinori m’a demandé de venir vous chercher. Il a du nouveau.

Mesdemoiselles ninjas… c’était peut-être la façon la plus absurde dont on l’avait abordée, pensa Haya. Saeka lui indiqua qu’elles retrouveraient le corps de garde par leurs propres moyens et, après une courte hésitation, le garde prit congé des mesdemoiselles ninjas. Elles firent demi-tour pour remonter à pas lent la rue dans l’autre sens. Saeka avait une mine songeuse.

Haya – Qui a-t-il ?

Saeka – Rien… je trouve étonnant qu’akinori ne soit pas venu directement nous chercher dans la chambre, puisqu’il savait où on logeait. Mais peut-être que son information pouvait attendre.

Le corps de garde était toujours surveillé par le même milicien que la veille. Ce dernier leur ouvrit la porte et la referma dans leur dos, tandis que les jeunes femmes montaient à l’étage se présenter à la porte du chef de la milice. La porte était ouverte cette fois ci, aussi Saeka y tapa-t-elle une unique fois avant d’entrer. Akinori ne se leva pas, mais les salua d’un hochement de tête.

Akinori – Merci d’être venues. J’ai eu vent d’une rumeur faible mais qui pourrait vous intéresser. Un… grave incident est survenu à Toke, dans le pays de la vallée. Un riche couple du pays du thé s’y est fait assassiné, empoisonné par un mécanisme sophistiqué. Les miliciens ont intercepté l’assassin. Il s’agissait d’une femme, mais les descriptions qui me sont parvenues sont fragmentaires. Dans tous les cas, elle a été grièvement blessée.

Saeka – Quand est-ce que cela s’est passé ?

Akinori – Avant-hier, dans la soirée.

Saeka – Intéressant. Nous irons y faire un détour pour obtenir davantage d’informations. Comment avez-vous eu ce renseignement ?

Akinori sourit derrière sa barbe broussailleuse.

Akinori – Les milices communiquent ces informations entre elles et l’assassinat a fait quelque bruit dans le pays.

Saeka acquiesça distraitement.

Akinori – Avez vous pu apprendre quoi que ce soit?

Saeka – Non. Raison de plus pour s’intéresser à cette piste au pays de la vallée. Je vous remercie akinori, vous nous avez été d’un grand secours.

Akinori – Cela fait partie de mon travail.

Les jeunes femmes prirent congé et se retrouvèrent dans les larges rues plates de doshin. Elles s’éloignèrent du centre de la milice, en direction de l’auberge pour y récupérer leurs affaires.

Haya – Je suis la seule à trouver cela un peu facile ?

Saeka – Non. Il y a quelque chose de difficile à estimer qui se joue ici. J’ai l’impression que nous n’avons pas l’initiative.

Haya – Tu penses que l’information sur le pays de la vallée est une rumeur fabriquée ?

Saeka mit plusieurs secondes à répondre, comme si elle réfléchissait à cette possibilité.

Saeka – Je ne pense pas. Cela pourrait au mieux être un mensonge d’akinori, mais je n’en vois pas la raison, hormis nous éloigner d’ici. Mais il n’est pas stupide. Il sait que si nous trouvons rien à Toke, nous viendrons lui demander des comptes. Nous trouverons quelque chose.

Leurs affaires furent rapidement empaquetées, les jeunes femmes ne prirent même pas la peine de sortir de l’auberge pour laisser benihime les téléporter dans le pays de la vallée. Comme elle connaissait peu la région, il leur fut impossible d’atterrir près de la ville de toke. Elles prirent la route principale et progressèrent à vive allure, quittées par une Saeka qui semblait parvenir à se repérer dans les différentes intersections. Et effectivement, elles aperçurent toke au sortir d’un petit bois refermé sur lui-même. Peu de temps après leur entrée dans la ville, haya se rendit compte que l’histoire était encore fraîche dans l’esprit des habitants. De toute évidence, ce n’était pas une rumeur infondée mais une réalité. Des citadins leur indiquèrent où trouver le corps de garde de toke. Il fallut un peu plus d’une heure pour que l’équipe de kiri dispose d’une vue d’ensemble de la situation.

Avant-hier, dans la soirée aux alentours de vingt deux heures, un couple d’une riche famille du pays du thé devait venir ici pour des raisons essentiellement commerciales. Ils répondaient au nom d’izo et de Kirin. Alors qu’ils cheminaient sous les impressionnants jardins suspendus de l’allée principale de la cité, qui va des portes d’entrée jusqu’à la demeure du gouverneur des lieux, ils ont été attaqués. Ils tenaient un récit de première main. Deux des miliciens qui escortaient le couple ont survécu. Ils racontent avoir entendu un bruit sec, comme une lame plantée dans le bois. Ils se sont alors arrêtés pour regarder autour d’eux, davantage par curiosité qu’autre chose, ne songeant pas réellement à se faire attaquer ici, si près du manoir. Une fleur est tombée sur la route, juste à leurs pieds. Le capitaine leur commanda de reculer quand il aperçut de la poudre se déverser au dessus de leur tête. L’un des gardes aperçut une forme sur un toit et lança son arme contre elle, sans succès. Le capitaine avait déjà contourné la maison et parvint à planter son arme dans le ventre de l’assassin (l’un disait le ventre, l’autre la jambe). L’assassin parvint à s’enfuir dans les rues, pris en chasse par le capitaine et deux miliciens. Kirin, la femme du pays du thé, avait déjà succombé à l’effet du poison. Deux autres miliciens trouvèrent la mort ainsi qu’un passant. Izo mourut pendant qu’on le transportait pour le faire soigner. Les combats qui se déroulèrent plus loin dans la ville demeuraient flou. Le cadavre du capitaine et des deux miliciens furent retrouvés, tous au même endroit, alors que la femme assassin était visible nulle part. Une équipe avait suivi les traces de sang certainement laissés par cette dernière, mais ils perdirent la piste en cours de route, comme si la femme s’était volatilisée.

Peut-être était-elle passée par les toits, mais pour aller où ? Avec une blessure, sa marge de manœuvre devait être malgré tout limitée. S’il ne s’agissait pas d’une assassin locale (en d’autres termes, si c’était yuma tamiko), elle n’avait aucun soutien ici, aucun moyen de se replier. Etait-elle restée sur place pour s’y faire soigner, seule ou en achetant (ou menaçant) un médecin local ? C’était improbable. Les différents cabinets de médecine avaient déjà été fouillés par la milice et, comme il n’y en avait que trois de connus, l’équipe de kiri y passa également y faire un tour. Non, si la femme avait demeuré sur place, elle avait dû se soigner seule. Ce qui n’était pas impossible, étant donné que yuma connaissait bien les plantes et ne devait pas voyager sans rien. Si elle avait disparu dans la nature, leur traque s’achevait ici pour l’heure. Yuma disparaîtrait dans sa cache le temps de récupérer ses forces et il n’y aurait aucune chance de lui mettre la main dessus dans l’immédiat.

Les jeunes femmes décidèrent de réserver une chambre dans une auberge plus modeste que celle de doshin, mais qui n’avait pas pour autant l’air désagréable. Il était environ trois heures de l’après-midi désormais, et il leur restait beaucoup de travail d’enquête. Un milicien (Kosei, dont les yeux n’arrêtaient pas de s’arrêter sur les fesses de saeka et de s’en détourner pour y revenir immanquablement) leur servit de guide dans une cité qu’elles ne connaissaient pas et qu’elles n’avaient pas le temps d’apprendre à connaître. Le temps jouait contre elles cette fois ci, pour la première fois elles disposaient d’une piste chaude, même si ce malheureux retard d’une journée complète menaçait déjà de les mettre hors course rapidement. Elles suivirent la plausible poursuite de l’assassin et des gardes sur plusieurs rues. Yuma, si c’était bien elle, disposait tout de même d’une sérieuse condition physique pour parvenir à courir en dépit d’une blessure à l’aine. Ou alors la plaie était peu profonde, mais on leur avait certifié qu’elle saignait. Les traces de sang étaient toujours bien visibles dans le sable et entre les dalles. Kosei leur présenta le lieu de l’affrontement où les trois cadavres des miliciens furent retrouvés. Il leur annonça que la femme n’avait perdu qu’une arme dans cette histoire, le poignard qu’elle avait lancé sur le jardin suspendu et qui avait été récupéré par la milice. Saeka regarda les photographies des cadavres, prit sur place. Elle posa les photos par terre, selon l’endroit où ils étaient morts, en se repérant aux indices sur les images et grâce aux indications de Kosei, qui n’en perdait pas une miette quand la jeune femme se penchait.

Saeka – Ces deux blessures sont dues à un kunai, sans aucun doute possible.

Pour tout ce qui concernait les armes, Saeka en connaissait long. Elle tapa du bout de son ongle sur les blessures du capitaine et d’un autre garde.

Saeka – Elle visait constamment la gorge pour tuer le plus rapidement possible. Kosei, vous dites que c’est le capitaine qui avait déjà blessé l’assassin sous les jardins suspendus ?

Kosei - Oui. Je n’ai pas vu le coup.

Saeka fit défiler les images jusqu’à tomber sur celle de la hallebarde du capitaine. Elle passa son doigt sur la pointe.

Saeka – Il y a deux traces de sang sur cette image. Une à la pointe, sur quelques centimètres. C’est là que la lame s’est enfoncée. La blessure est superficielle, à moins qu’elle ait touché un organe. Une autre sur le tranchant… très superficiel. Une égratignure. La hallebarde n’a pas dû pouvoir s’enfoncer complètement. L’assassin portait une protection suffisante qui lui aura sauvé la vie.

Kosei - Vous en savez long.

Saeka était trop concentrée pour relever la remarque.

Saeka – Le dernier corps en revanche, elle n’a pas utilisé son kunai.

Elle chercha à nouveau dans les images dont elle disposait et en sortit une issue des médecins. Elle présentait le corps nu du milicien. Saeka pointa du doigt la légère blessure au torse.

Saeka – Si l’assassin n’avait plus que son kunai, elle a dû le lui jeter dessus. Je ne comprends pas pourquoi elle n’a pas visé le cou, à cette distance, elle n’aurait pas pu manquer.

Benihime – Peut-être était-elle blessée au bras et ne voulait-elle pas prendre le risque de rater. Ou alors elle n’est pas une bonne lanceuse, estimant que la surface du cou était trop réduite.

Haya – Ou alors elle a paniqué, surprise de se retrouver dans cette situation. Ce n’est quelqu’un porté sur le physique.

Saeka acquiesça.

Saeka – En effet. On peut aussi imaginer que cette attaque n’était qu’une diversion, pendant qu’elle se saisissait d’un poison. Ces marques peuvent seulement être dues à l’usage d’un simple. Peut-être sous forme poudreuse là aussi, difficile de l’estimer.

Kosei - Oui, c’est possible.

Le jeune milicien était tout content d’avoir l’attention de Saeka.

Kosei - On a récupéré des morceaux brisés, comme une boule de verre, à ses pieds. Je ne sais pas si la boule a été analysée par contre.

Saeka lui adressa un sourire aimable.

Saeka – Il nous suffit de savoir que c’était un poison mortel, le reste appartient à l’histoire. Après ça, l’assassin a été introuvable ?

Kosei - Oui, évanouie.

La jeune femme se releva, plongée dans ses réflexions. Finalement, elle ramassa les photographies qu’elle avait disposées par terre et se retourne vers Kosei.

Saeka – J’aimerais voir les équipements récupérés de mes propres yeux si possible. Cela serait plus précis que des photographies.

Kosei - Bien sûr, je vous y emmène, suivez moi.

Haya – Tu as l’image de yuma, saeka ?

Saeka secoua doucement la tête.

Saeka – Non, je pensais aller la récupérer à l’auberge tout à l’heure.

Haya – Je vais y aller et je vous rejoins tout de suite, ça nous fera gagner du temps.

Saeka – Entendu, à tout de suite haya. Kosei te guidera jusqu’à nous dans le corps de garde.

Kosei - Bien sûr!

Haya remonta la ruelle en compagnie du reste de la troupe et s’en sépara à l’intersection. Il lui fallut plusieurs minutes pour retrouver la rue menant à l’auberge, mais petit à petit, son sens de l’orientation reprenait le dessus. Tout cela ne ressemblait définitivement pas à une mise en scène. Si yuma était venue ici après l’assassinat de Konosuke à doshin, elle y avait laissé quelques plumes. Ce ne devait pas être son intention. Peut-être disposait-elle de plus de ressources que ne le supposait l’équipe de kiri, c'est-à-dire des contacts ici, directement dans le pays de la vallée, capables de la soustraire du guêpier dans lequel elle s’était fourrée. Mais haya n’y croyait pas trop. Non, yuma avait dû être étonnée d’être mêlée à tout ce tumulte d’aussi près. Il lui avait certainement fallu un moment pour reprendre ses esprits et décider de la marche à suivre. Selon le choix qui avait été le sien, leur avancée pouvait en être grandement influée.

Haya poussa la lourde porte de l’auberge et gravit rapidement les escaliers. Elle déverrouilla la porte de la chambre qu’elles s’étaient réservée plus tôt dans la journée, s’enfonça à l’intérieur quand elle perçut un mouvement en périphérie de sa vision. Avant qu’elle n’ait pu réaliser ce qui se passait, un choc sourd et brutal à la tête lui fit perdre connaissance. Haya s’effondra face contre terre contre la moquette rouge de la chambre.

MessageSujet: Re: La fille au lotus d'encre   Dim 18 Déc - 15:25

Haya se réveilla en sursauta, fronçant le nez pour en dégager la forte odeur qui avait provoqué son éveil.

Une vague douleur à la tête et aux mains lui revint rapidement, comme un vieux souvenir enseveli dans sa mémoire qui ressurgissait de nulle part. Oui, le choc à la tête. Haya se pencha en arrière mais réalisa qu’elle était debout, ses bras tendus le long de son visage, suspendus à deux crochets de fer. Sa vue était encore trop trouble pour qu’elle les discerne, mais elle les sentait sans le moindre doute possible. Une gifle claqua brusquement sur sa joue. Le visage d’haya heurta son bras droit tout proche avant de se retourner vers la silhouette floue, qui avait considérablement gagnée en visibilité. C’était une femme, une brune aux longs cheveux et au visage mignon mais fermé. Haya pensa d’abord qu’elle était plus petite qu’elle, avant de réaliser que ses pieds ne touchaient pas le sol, épinglée qu’elle était au lambris. Yuma tamiko, se dit la jeune femme. Yuma tamiko, sans l’ombre d’un doute. La femme ne paraissait pas blessée, mais elle la dévisageait avec un grand sérieux. Je suis une menace, pensa haya. Ce ne fut qu’à cet instant qu’elle remarqua qu’elle était entièrement nue, des pieds jusqu’au bout de ses doigts. On lui avait même retiré la bague qui lui servait à communiquer avec la flamme jaune, mais cela ils n’étaient pas supposés le savoir. En tout cas, elle ne la sentait plus à son doigt, mais peut-être seulement une absence de sensation. Et il y avait deux hommes. Un grand échalas maigre et au regard curieusement vitreux, appuyé sur un lourd baton de marche. Et un homme qu’haya reconnut, massif, puissant, à la barbe fournie : akinori, le chef de la milice de doshin.

Malgré son relatif abrutissement, haya réfléchit très vite alors que les pièces se mettaient naturellement en place dans son esprit. Akinori savait pour l’incident du pays du thé dès leur arrivée à doshin. Il avait fait parvenir son rapport à kiri, sous l’ordre de yuma tamiko, car cette dernière savait qu’une équipe de kiri serait intéressée par un profil qui lui ressemblait. La même équipe qui avait saccagé la cache de contrebande de ses subordonnés et qu’elle savait à sa recherche. Alors que le rapport était déjà envoyé, Yuma subit une déconvenue inopinée au pays de la vallée. Elle modifia ses plans, plutôt que de perdre l’équipe de kiri sur une piste morte savamment aiguillée par akinori, elle la mènerait sur un terrain piégé pour l’abattre dans le dos. C’était intelligent… mais haya ne comprenait pas pourquoi elle était toujours vivante.

Yuma lui adressa brusquement un sourire. Le bout de son doigt se posa sur la poitrine d’haya. Celle-ci baissa la tête pour voir ce que l’assassin faisait. Elle fit le tour de l’auréole de son téton, qu’elle fit rouler entre son pouce et son index avant de le lui pincer avec une douceur presque tendre. L’ongle froid de son doigt traça ensuite pensivement les formes du sceau d’amitié qui liait haya à naikin. Haya essaya de réveiller son chakra, mais il demeura muet. Elle ne pouvait pas réaliser quoi que ce soit dans cette position, suspendue comme un cochon à un croc de boucher.

Yuma – Tu as de bien jolis dessins dis moi…

Son doigt descendit le long de ses côtes, caressant le sceau de la parole muette. Haya réprima un frisson en se faisant la réflexion qu’elle se trouvait trop loin. Maintenant qu’elle y pensait, elle devait être de retour à nagumo. Akinori ne devait pas avoir la capacité de se déplacer rapidement. Comment était-elle arrivée jusque là ? Son regard rencontra les yeux chassieux du grand maigre. Grâce à lui, probablement. Ce devait être lui qui l’avait assommée à toke. Yuma s’attarda sur ses bras, le long desquels citadelle veillait. Elle hochait doucement la tête. Sa main redescendit, effleurant les fesses d’haya puis ses jambes. Yuma passa le dos de sa main sur le sexe d’haya, un mince sourire aux lèvres tandis que les poils bruissaient délicatement dans le silence de la pièce.

Yuma – De bien jolis dessins dis moi…

La jeune femme attrapa à sa ceinture une petite fiole. Haya la fixait, mais impossible de savoir ce qu’elle contenait. Il n’y avait aucune indication dessus. Yuma la déboucha et la hissa en dessous du nez d’haya, qui eut un mouvement de recul instinctif.

Yuma – N’aie pas peur. Qu’est-ce que ça sent ?

Cela ne sentait rien qu’haya connaisse. Elle n’avait pas envie de répondre. La sourire de yuma se renouvela quand elle versa brusquement une partie du contenu de la fiole sur le sein gauche d’haya, celui sur lequel s’étendait le sceau d’amitié. Haya poussa un hurlement violent, rua en tous sens des jambes, essayant de repousser yuma qui s’était déjà reculée. Elle essayait en vain de se frotter la poitrine avec le bras, n’importe quoi, mais elle était hors de portée. C’était de l’acide qui lui rongeait la chair, laissant sa peau fumer et l’encre couler le long de son flanc. La douleur lui vrillait le cerveau, c’était comme sentir sa chair lui être retirée couche après couche avec un tison enflammé. Le cri d’haya cessa, reprit par des râles et des hoquets hachés.

Yuma – Immobilisez la.

Akinori vint se placer derrière haya, ignorant ses coups de pieds qui perdaient en force. Il colla sa large tête barbue contre son dos et emprisonna ses jambes entre ses bras musculeux. Yuma versa à nouveau la fiole sur les sceaux sur son torse, déclenchant à chaque fois de nouveaux hurlements terribles qui ne trouvaient aucun écho. Elle ordonna qu’on lui libère un bras, l’aspergea d’acide sans oublier le petit sceau sur la paume de sa main, la fit raccrocher, libéra son second bras et procéda de la même façon. Haya tremblait de tout son corps quand akinori consentit à la relâcher, des larmes de douleur bloquées au fond de ses yeux. Un choc violent au ventre la fit se redresser en grognant. La baton de l’homme s’éloigna, puis se renfonça avec force, lui coupant complètement le souffle.

Yuma – Assouplissez la un peu.

Le baton vint lui caresser les côtes et le dos, lui arrachant un grognement ou un cri sourd à chacun de ses coups. Quand il heurta sa poitrine blessée, haya crut qu’elle allait perdre connaissance. Les poings d’akinori la firent se balancer dangereusement d’avant en arrière. Ventre poitrine tête, ventre poitrine tête. Haya recracha un mélange de sang et de salive le long de son menton. Son champ de visibilité était proche du néant à présent, aussi ne vit elle pas yuma tirer sur la corde qui la maintenait au plafond. Elle retomba lourdement sur ses genoux, les bras toujours tirés vers le haut. Yuma l’attrapa par les cheveux et la secoua sèchement en lui délivrant de petites gifles sur chacune de ses joues.

Yuma – Reste avec nous encore un peu.

La lame d’un kunai courut le long de sa cuisse et s’arrêta entre ses jambes. Yuma appuyé dessus légèrement, avant de le faire remonter jusqu’à la bouche d’haya. Elle la lui ouvrit de force, faisant jaillir du sang de sa gencive et de l’intérieur de sa joue. La main sûre, elle lui fourra quelque chose sur la langue, retira le kunai et lui maintint la bouche fermement close. Sa main libre vint lui boucher le nez.

Yuma – Avale.

Haya résista tant qu’elle put. Elle essaya de laisser la pilule sous sa langue, mais elle glissait dans sa bouche et se fut son corps qui l’obligea à avaler, trop anxieux de pouvoir respirer à nouveau. Yuma maintint sa pression quelques secondes de plus alors que le visage de la juunin virait au rouge vif, puis la relâcha. Elle lui ouvrit la bouche comme à une jument, l’inspecta à l’aide de son kunai et lui tapota doucement sur le sommet du crane.

Yuma – Gentille fille.

Akinori tira sur la corde pour hisser Haya à nouveau au dessus du sol, ses jambes se ballotant doucement. L’acide la démangeait furieusement, la jeune femme avait l’impression que sa tête allait exploser de douleur d’un instant à l’autre, mais elle s’obligeait à demeurer concentrer. Tant que je suis vivante, tout n’est pas perdu, se répétait-elle. Quoi que fasse ce poison, elle n’en ressentait pas les effets pour l’instant (Haya imaginait bien qu’on ne lui avait pas donné autre chose). Yuma claqua des doigts pour obtenir l’attention de sa captive. Dès que leurs regards se rencontrèrent, elle lui planta jusqu’à sa garde son kunai dans le ventre, un peu au dessus du nombril. Haya grogna tandis que yuma faisait tourner la lame, en haut, en bas, de gauche à droite, avant de la sortir, puis la rentrer à nouveau plus profondément encore. Les orteils et les poings d’haya se serrèrent à en craquer.

Yuma – Maintenant, j’ai à faire. Je reviendrais t’achever si le poison a laissé quelque chose. Issei, tu restes.

Yuma retira son arme et haya entendit ses talons claquer sèchement sur le sol. Quand elle rouvrit les yeux, elle vit qu’issei était le grand dégingandé. Il la regardait en souriant d’un air mauvais. Haya connaissait ce sourire. Elle n’aimait pas ce sourire. L’homme lui frappa sèchement les jambes à plusieurs reprises, laissant de larges marques rouges mais ne la battant pas assez fort pour briser un os. Son bâton passa ses jambes, les lui écarta d’un coup sec et remonta jusqu’à son sexe, qu’il soupesa de tout le poids de son arme avec obscénité. Lentement, issei se mit à le frotter à l’aide de son baton, d’avant en arrière. Haya attendit que son bras se soit avancé pour serrer les jambes, bloquant le morceau de bois. Issei fronça les sourcils et s’avança d’un pas. Haya relâcha sa pression, balança sa jambe droite sur l’épaule de l’homme et la gauche derrière sa nuque. Elle lui planta son talon contre la carotide et, tirant de toutes ses forces sur ses bras pour maintenir la tension de son corps, bloqua ses mouvements de recul avec sa jambe. Issei se rapprochait d’elle en essayant de reculer. Il lâcha son baton et attrapa les mollets d’haya, essayant de briser son étreinte. Haya sentait la carotide commencer à céder. Issei était grand et, à mesure qu’il se rapprochait, la position d’haya devenait de plus en plus difficile à tenir. Finalement, les efforts de l’homme pour se dégager faiblirent à mesure que son visage prenait une teinte violette. Le pied d’haya s’enfonça brusquement dans une partie molle de son cou, suscitant un bruit de cassure assez brutal, alors qu’issei échouait à rendre son dernier à soupir, à jamais bloqué dans une gorge obstruée. Haya se laissa retomber le long de la corde, balançant largement. Elle leva la tête sur ses liens. Ses doigts saisirent la corde, la jeune femme se hissa à la force de ses bras jusqu’à ce que son visage arrive au niveau des liens. Sans hésitation, elle mordit dedans à pleine dents, tirant comme une louve sur chaque fil qu’elle parvenait à défaire. Il lui fallut plusieurs minutes pour libérer son bras droit, puis quelques secondes de plus pour délier le gauche. Haya retomba au sol sans bruit. Elle plongea immédiatement deux de ses doigts au fond de sa gorge, appuyant avec détermination contre sa glotte. Elle eut un haut le cœur, maintint ses doigts et régurgita longuement. Haya réitéra l’opération trois fois, jusqu’à être sûre de n’avoir plus rien à recracher.

Elle se releva et obligea ses jambes à cesser de trembler. Il fallait reprendre ses esprits. Issei était mort, toute menace immédiate était écartée. C’était maintenant qu’il fallait procéder avec intelligence, maintenant que ses compétences devaient être mises à contribution. Ses doigts palpèrent la blessure à son ventre. Profonde, ennuyeuse, mais pas instantanément mortelle. La vision de ses bras brûlés lui donna mal au cœur. Chaque trace laissée par l’acide la démangeait cruellement et l’odeur de chair brûlée lui redonnait envie de vomir, mais la juunin essaya d’écarter cela dans un coin de son esprit pour l’instant. Les mutilations de son corps attendraient qu’elle soit hors de danger. Haya retira la veste d’issei pour se l’appliquer contre son ventre. Le sang qu’elle perdait était important. Il fallait l’engorger pour l’instant, sans compter qu’elle risquait de goutter sur le sol et de se faire rattraper plus vite qu’elle ne le souhaitait. Haya quitta le cadavre d’issei pour rejoindre la porte par laquelle yuma et akinori étaient partis. Il n’y avait aucun bruit. Où pouvait-elle se trouver ? Certainement au cœur du complexe de yuma. Elle avait assez d’argent pour s’installer où elle le souhaitait. Haya avait l’impression d’être sous terre, mais c’était peut-être uniquement dû à l’éclairage entièrement électrique et à cette impression persistante que l’air lui manquait. Rapidement, la jeune femme évalua ses forces. Elle était nue, désarmée, empoisonnée, blessée et privée de certains de ses atouts. Elle jeta un regard à issei. Non, son bâton ne représentait pas une arme suffisante et ses vêtements trop grands l’handicaperaient dans ses mouvements plus qu’ils ne l’aideraient. Il fallait qu’elle récupère ses affaires pour l’instant, en évitant au maximum le combat. Haya fit de son mieux pour ôter les crochets de fer toujours fixés à ses poignets. Ils n’avaient pas été prévus pour emprisonner un être humain et, à force de douloureux mouvement de poignet, la juunin parvint à dégager chacune de ses mains. Elle appliqua ensuite ses doigts sur sa blessure au ventre et réutilisa la technique qui l’avait sauvée, lors de la nuit du cinq décembre, alors que son corps était brisé au sol et que des hémorragies multiples s’étaient déclarées à l’intérieur et à l’extérieur de son corps. Cela ralentirait la progression du sang, à défaut de la soigner.

Haya ouvrit la porte et observa le couloir à travers l’embrasure. Le décor était uniformément gris, avec parfois une barre jaune ou un carré blanc et noir rayé. Impossible de déterminer sa localisation exacte, mais l’absence complète de fenêtres ne faisaient qu’intensifier son intuition d’être sous terre. Livrée à elle-même, ses sceaux disparus, haya devait en première priorité retrouver la bague qui lui permettrait de communiquer avec saeka et beni. Combien de temps s’était écoulé ? Plusieurs heures ? Plusieurs jours ? Non. Elle n’avait été qu’assommée. Si c’était bien issei qui l’avait téléportée ici, ils avaient dû la descendre dans cette pièce, la déshabiller et la hisser au lambris avant de la réveiller aussitôt. Une heure d’inconscience environ. Saeka et benihime avaient forcément remarqué son absence. Depuis au moins… quarante minutes. Elles avaient dû retourner à l’auberge, mais il était improbable qu’elles soient capables de la pister jusque là, avec ses sceaux aussi sauvagement retirés de la surface de son corps. Haya poussa la porte accroupie, jeta un bref coup d’œil et se redressa pour la refermer derrière elle. Les couloirs étaient complètement déserts de monde, quelques grandes caisses reposaient contre le mur à sa droite. Haya s’y dirigea à pas de loup, penchée près du sol, ses pieds nus heurtant sans faire de bruit le sol de béton. La juunin s’agenouilla derrière les caisses, attendit une à deux secondes d’entendre un bruit de pas ou autre, contourna les caisses et s’arrêta là. A priori, elle estimait se trouver dans un repaire de contrebande. Les caisses et la relative discrétion des lieux pointaient en ce sens, en tout cas. Il lui fallait supposer la présence de plusieurs contrebandiers, peut-être davantage encore que dans la grotte de Sengoko. Ils ne représenteraient pas une menace, même dans son état actuel, elle pouvait s’en occuper facilement. Mais si issei connaissait certains arcanes ninjas, peut-être était-ce le cas d’autres personnes… yuma elle-même ? Haya n’en était pas convaincue. Le rapport que lui avait montré Saeka chez elle indiquait que yuma n’avait pas suivi d’entraînement ninja nulle part, mais qu’elle en connaissait certainement quelques rudiments et qu’elle avait développé ses propres compétences.

Haya prit la direction de droite. Pour éviter de se perdre, la solution qui lui parut la plus simple fut de prendre toujours dans la même direction en attendant une indication quelconque. Mais il n’y avait aucun message sur les murs ou ailleurs. Haya se dissimula par trois fois dans des recoins ou dans une porte ouverte à l’improviste à cause d’hommes qui parcouraient les couloirs. Certainement des contrebandiers, en tout cas, il ne s’agissait pas de militaires. Haya poursuivit en silence, tournant toujours à droite. Quand elle voyait une porte, elle s’arrêtait devait et l’ouvrait aussi discrètement que possible pour y jeter un œil, dans l’espoir de tomber sur l’armurerie ou quelque chose qui s’en rapprocherait. Il semblait n’y avoir que des chambres ici et elles étaient habitées. Haya s’accroupit dans un coin d’ombre et observa la disposition des pièces restantes. Elle était arrivée au bout du couloir, il restait une porte à gauche et une au fond. Elle pressa plus fermement la veste d’issei sur son ventre. Des gouttes de sang allaient se perdre parmi les poils de son sexe malgré la technique qu’elle avait utilisé pour colmater sa plaie béante. La jeune femme frotta vigoureusement et essuya le sol. Elle courut jusqu’à la porte de gauche, appliqua son oreille contre sa surface et l’ouvrit sans un bruit. Un entrepôt. Haya y entra en refermant derrière elle. Des dizaines de caisses, fermées ou non, s’entassaient là. Leur contenu n’était pas de nature à intéresser la juunin. Il n’y avait pas de vêtements ici, encore moins de quoi se soigner. Haya rouvrit la porte, surveilla le couloir et sortit comme une ombre. Elle rejoignit la dernière porte. Il y avait du bruit cette fois ci. Quelqu’un parlait. Haya tourna la poignée en retenant sa respiration. La voix continuait de parler. Elle poussa à peine la porte mais ne bénéficiait pas d’un angle de vue adéquat. Elle poussa davantage. Un homme parlait, apparemment seul, dans une petite pièce dénudée. Haya referma et remonta le couloir, la main toujours fermement serrée contre son ventre. Elle ne savait pas si c’était l’effet du poison ou de la perte de sang, mais elle commençait à se sentir prise de vertige.

Elle tourna cette fois ci systématiquement du côté qu’elle avait dédaigné au cours de son premier passage. Il semblait y avoir plus de monde. Haya dû se cacher plusieurs fois, et même retenir sa respiration alors que deux hommes discutaient à moins d’un mètre d’elle. Ils ne paraissaient pas être au courant de l’affaire de la ninja capturée, ou alors ils s’en moquaient éperdument. Ils passèrent à côté d’elle sans la voir, enfoncée qu’elle était dans une alcôve où plongeaient deux gros tuyaux. Haya reprit sa route. Alors qu’elle s’immisçait dans l’embrasure d’une porte, elle se rendit compte de son erreur trop tard. Deux hommes la fixaient, stupéfaits.

Homme – Qu’est-ce qu’elle fait à poil cette gon…

En une seconde haya fut sur lui. Ses mains se calèrent fermement de chaque côté de son visage et lui brisèrent la nuque sèchement. Le second homme bondit en arrière, mais haya fut trop rapide. Son genou s’enfonça dans ses testicules tandis qu’elle l’attrapait par les cheveux et le pressait contre sa poitrine pour l’empêcher de crier. Le bras par-dessus sa tête, elle dû s’y prendre à deux fois pour lui briser la nuque à lui aussi, à cause de l’angle délicat. Haya accompagna son corps à terre où elle le déposa. Elle jeta la veste imbibée d’issei et fit les poches des contrebandiers. Ils ne possédaient rien de nature à l’intéresser. Haya dédaigna le mouchoir usagé et se contenta de prendre la chemise de l’un d’entre eux. A nouveau, elle considéra l’occasion de se vêtir mais la repoussa. Ce n’était pas une priorité. Elle ne pouvait pas se permettre d’être gênée. Sa nudité augmentait d’une certaine façon sa furtivité et pouvait même se montrer utile en cas de rencontre importune, comme celle-ci, lui permettant de mettre à profit la seconde de doute qui traversait l’esprit de quelqu’un dans pareille situation (du moins, elle l’imaginait).

Haya se fit la réflexion qu’elle aurait pu obtenir d’eux des renseignements utiles. Mais elle aurait dû prendre pour cela le risque qu’ils donnent l’alerte sans être sûre qu’ils sachent quoi que ce soit pour autant. Elle quitta la salle et poursuivit son exploration. C’est au détour d’un couloir qu’elle aperçut le dos caractéristique d’akinori. Il venait d’entrer dans la salle du fond. Haya prit une grande inspiration, abandonna la veste du contrebandier dans un coin du couloir et le remonta en silence. Elle appliqua son oreille contre la porte, sans parvenir à entendre autre chose qu’un bruit de pas. Certainement akinori, étant donné la lourdeur. Haya poussa la porte et entra sans faire de bruit. Akinori n’était pas seul. Haya s’accroupit. Il y avait des étagères diversement remplies entre elle et les deux hommes. Akinori était toujours de dos, tandis qu’haya pouvait apercevoir une moitié du visage de son collègue. Il n’y avait pas d’armes à proximité. Akinori était certainement plus fort qu’elle physiquement, mais haya évoluait à un tout autre niveau que le sien. Elle préférait toutefois économiser son chakra dans la mesure du possible dans le cas où elle devrait rencontrer un adepte des arts ninjas. Haya se rapprocha d’un rang d’étagères, accroupie très près du sol. Il valait mieux tuer l’inconnu en premier. Akinori lui demanderait un peu plus de temps. Haya contourna l’étagère de façon à se retrouver dans le dos de l’homme assis. C’était maintenant le profil d’akinori qu’elle pouvait observer, mais l’attention de l’homme était rivée sur une feuille posée sur la table. Haya parcourut en moins de deux secondes la distance qui les séparait, se redressant progressivement. Akinori l’aperçut trop tard. Déjà les mains d’haya s’étaient refermés de chaque côté de la mâchoire de l’inconnu, lui dévissant la tête d’un mouvement très raide. La juunin agrippa l’épaule d’akinori et lui envoya son genou dans les côtes. L’homme s’inclina en essayant de se dégager, grondant comme une bête sauvage. Sa main balaya les airs et ratissa les cheveux d’haya. Il les saisit et la secoua de son mieux. La juunin lui heurta le nez du dos de poing, une fois, deux fois, trois fois, puis descendit directement sur son entrejambe, tâtonnant à la recherche de testicules qu’elle pressa à s’en blanchir les mains. Akinori cria cette fois ci. La pression de sa main sur les cheveux d’haya s’accentua tandis qu’il essayait de la faire lâcher prise, mais haya chargea et le fit basculer en arrière. Sous le choc, il lâcha. Pas haya. Elle se redressa vivement et changea de position, de sorte à pouvoir enfoncer le plat de son pied contre la gorge d’akinori, à moitié accroupie sur lui. Le corps massif de ce dernier roulait d’un côté et de l’autre pour déséquilibrer haya, mais celle-ci tenait bon, profitant de chaque ballotement pour enfoncer davantage son pied dans la gorge du chef de la milice. Ce dernier finit par attraper la jambe d’haya et la tira à lui. Il dégagea le pied de sa gorge et lui écarta la jambe vers le haut. La juunin tomba contre lui, la main toujours accrochée à ses testicules. Elle pivota son corps pour que son autre bras atteigne le visage d’akinori. Son chakra forma aussitôt une bulle d’eau autour de sa tête. Les hurlements d’akinori lui firent avaler une sérieuse quantité de liquide. Haya relâcha sa pression sur son entrejambe et se plaça à califourchon sur le corps d’akinori pour l’empêcher de bouger. Elle plongea sa main dans la bulle et saisit le visage du chef de la milice, afin qu’il la regarde.

Haya – Tu vas te noyer dans quelques secondes. Je vais retirer la bulle. Si tu cries, je te tue. Si tu parles, je te tue. Si tu bouges, je te tue. Est-ce que je me suis bien faite comprendre ?

Akinori clignait des yeux comme un perdu, relâchant de grandes bulles d’eau tandis qu’il essayait d’articuler quelque chose.

Haya – Je vais prendre cela pour un oui.

Elle désactiva sa technique. Akinori ne cria pas, ne parla pas, ne bougea pas. Il continuait à cligner des yeux comme un forcené pour recouvrer sa vue et toussait l’eau qui s’était écoulée dans son organisme. Haya n’attendit pas qu’il reprenne ses esprits.

Haya – Je veux récupérer mes affaires. Où sont-elles ?

Akinori – Je… à l’ouest… salle… du dépôt.

Haya – Où se trouve yuma ?

Akinori – Au nord ouest. Elle va… bientôt partir.

Haya secoua la tête.

Haya – Non. Non, je doute qu’elle aille ou que ce soit. Au revoir akinori.

Son hurlement fut couvert par la sphère qui se reforma autour de son visage. De grosses bulles d’air vinrent percer sa surface joyeusement, tandis que le corps corpulent du grand barbu tressautait entre les cuisses d’haya. Celle-ci s’y cramponna, observant d’un œil froid l’agonie laborieuse d’akinori. Quand les bulles d’air cessèrent tout à fait, haya désactiva sa technique et se releva. Sa blessure avait abondamment saigné pendant cette lutte, recouvrant le haut de ses jambes et laissant une moiteur désagréable et visqueuse le long de son sexe. Haya activa à nouveau la technique de glace, gelant partiellement sa plaie. C’était désagréable mais le sang donnait l’impression de cesser de couler, pour le moment. Akinori portait un long coutelas dans sa botte. Haya décida de le garder au cas où elle en aurait besoin, puis entreprit de suivre les indications vagues du nouveau cadavre. Elle remonta tous les couloirs qu’elle avait déjà empruntés, en essayant toujours d’éviter les patrouilles (qui n’en étaient pas vraiment, mais qui le devenaient par la force des choses). A mesure qu’elle progressait dans les couloirs qui lui étaient encore inconnus, haya remarqua que certaines portes portaient des indications. C’était des localités, pour autant que pouvait en juger la jeune femme. Au détour d’un couloir, elle aperçut finalement l’affiche tant recherchée : dépôt. Mais haya se remit contre le mur, percevant des bruits de pas qui venaient par le nord. Au moins deux personnes discutaient mais haya était troublée par le rythme des pas sur le sol. Elle estimait qu’il y avait trois personnes, mais que l’une d’elle gardait le silence. Haya écouta ce qu’ils disaient puis s’en désintéressa quand elle comprit que c’était hors sujet. Le groupe s’arrêta assez près de la position occupée par la jeune femme. Elle n’avait pas d’endroit où se replier aisément, il lui fallait remonter le couloir pour se cacher contre la façade opposé. Il en était hors de question, le temps pressait. La juunin risqua un coup d’œil. Trois personnes, une de dos, deux de face qui heureusement ne la virent pas.

Haya ferma les yeux et leva le couteau contre son épaule. Au moment où elle s’apprêtait à bondir de sa cache, le groupe se divisa. Deux hommes entrèrent dans la porte devant laquelle ils discutaient, tandis que l’autre remonta le couloir par lequel il était venu. Haya lui emboîta le pas en silence, l’observant disparaître à l’angle. Elle appliqua son oreille contre la porte, impatiente de retrouver son équipement. Il n’y avait pas un son, aussi la jeune femme entra-t-elle sans faire de bruit, son arme prête à plonger en cas de besoin. La salle était plongée dans le noir. Haya tâtonna à la recherche d’un interrupteur. La lumière grésilla puis jaillit de mauvaise grâce, découvrant un endroit mal rangé où s’entassait un tas hétéroclite d’objets ci et là, faisant ployer les étagères de métal sous leur poids. Haya fouilla la pièce rapidement, procédant méthodiquement pour retrouver des objets abandonnés sur place dans les heures qui précédaient. Elle aperçut finalement du coin de l’œil sa tunique, roulée en boule sur une petite table au coin de la pièce. Haya la déplia en souriant. Avant qu’elle ne puisse se la passer, elle entendit la poignée tourner derrière elle. La jeune femme plongea sous la table, qui présentait le seul intérêt d’être un point relativement sombre. Elle vit deux jambes passer le seuil de la porte, qui se referma derrière elles. L’homme grommelait.

Homme – Qui c’est qui aura laissé la lumière allumée putain ?

Il s’éloigna dans la direction opposée par rapport à là où se trouvait haya. Il tournait dans la pièce à la recherche de quelque chose, se rapprochant dangereusement de la position de la juunin. Haya regarda la pointe de ses bottes, à quelques centimètres de ses pieds. Elle se tenait complètement contre le mur glacial, ses jambes ramassées sur sa poitrine et serrées par ses bras fermés. L’homme tapotait du pied avec impatience, tandis qu’il déplaçait des objets sur la table au dessus de la tête d’haya. Il fit brusquement demi tour, mais haya ne le laissa pas atteindre la porte. Il pouvait très bien avoir pris des affaires à elle et cela était hors de question. Elle jaillit de sous la table la lame de son couteau entre les dents, l’attrapa d’une main en se redressant. Elle appliqua sa main libre contre la bouche de l’homme et le ramena contre elle, l’arrière de son crâne s’enfonçant dans sa poitrine blessée. Haya lui trancha la gorge et laissa retomber son bras le long de son corps. Elle attendit que les jets de sang cessent tout à fait pour reposer le cadavre au sol. La jeune femme se secoua la tête en jetant le couteau par terre.

Elle était dans un état déplorable. Couverte de sang de la tête aux pieds (bien que seule une partie lui appartienne), la chair brûlée en de multiples endroits, le ventre ouvert, le sexe poisseux… malheureusement pour yuma, la plupart de ces désagréments n’entravaient pas réellement la capacité d’haya à tuer. Elle comptait bien le lui témoigner. Haya passa son armure, les dents serrées quand celle-ci frotta douloureusement contre ses brûlures encore à vif. Elle poussa néanmoins un soupir de soulagement à l’idée de ne plus avoir à évoluer nue dans ces couloirs déserts. Elle enfila ses bottes et récupéra ses armes, éparpillées ci et là. Enfin complète, pensa-t-elle. Mais la jeune femme n’oubliait pas le poison ingurgité, même si une partie de sa nocivité avait dû être recrachée, mieux valait faire preuve de prudence. Haya fit jouer sa bague sur son annulaire comme pour éprouver sa présence rassurante. Elle l’activa, une lumière grise l’illumina l’espace d’un instant avant de s’évanouir.

Haya – Saeka ?

Il y eut un instant de flottement pendant lequel haya craint que la bague ait été abîmée. Puis elle poussa un long soupir en entendant la voix de saeka. Pour la première fois depuis qu’elle la connaissait, haya perçut une intonation de peur dans la voix de son amie.

Saeka – Mon dieu haya, où es tu ?

Haya – Je n’en ai aucune idée. Chez yuma tamiko. Je crois que nous sommes sur nagumo. Je vais activer une balise de chakra. Essayez de la trouver une fois à nagumo. D’accord ?

Saeka – Oui. Dans quel état es-tu?

Haya – J’ai connu mieux, et j’ai connu pire. Je serai rassurée si vous veniez avec ryosen. Je suis certainement empoisonnée.

Saeka – Entendu. Beni passera par kiri récupérer ryosen. J’arrive immédiatement. Ne fais pas de bêtises haya. J’arrive tout de suite.

Haya sourit en rompant la communication. Elle concentra un peu de chakra et plaça une balise invisible de chakra qui portait sa signature. Saeka ne pourrait pas la manquer, mais selon la distance où elle se trouvera, l’écho pouvait être très faible. Elle ne la retrouverait pas avant un moment, sauf coup de chance. Et haya ignorait où elle se trouvait précisément. Si saeka devait chercher une trappe, la durée de ses recherches n’en seraient qu’augmentées. Depuis combien de temps haya était-elle là ? Deux heures peut-être ? Deux heures… Akinori lui avait dit que yuma allait bientôt partir. Cela ne pouvait pas être. Haya n’allait pas laisser cette salope disparaître dans la nature. Impossible.

Haya accrocha sa chaîne autour de sa ceinture et sortit. Elle fonça dans les couloirs, remontant vers le nord sans plus se soucier d’être silencieuse ou discrète. Aucun contrebandier ne vint se mettre en travers de son chemin. Akinori ne lui avait pas donné d’indications précises sur la localisation de yuma. Pourvu qu’elle ne soit pas déjà partie, pensa haya. Elle pila brusquement, percevant un bruit de conversation. La juunin attrapa sa chaîne. Deux hommes arrivaient dans sa direction. Haya sortit de sa cachette en envoyant sa chaîne faucher la tête de l’un d’entre eux. Le second sursauta, mais avant qu’il ne réalise ce qui se passait, haya le percuta de plein fouet et le fit tomber à la renverse.

Haya – Où est yuma ?

L’homme roulait des yeux, passant du regard brillant d’haya juché sur lui à la tête à moitié tranchée de son camarade. Haya appliqua son pouce contre son œil et pressa, sans se soucier du hurlement qu’il poussa.

Haya – J’ai posé une question. Je ne la répéterai pas.

Homme – Dans sa chambre ! dans sa chambre ! pitié laissez moi !

Haya cessa de presser mais laissa son doigt sur son œil.

Haya – Où est sa chambre ? Conduis moi.

Homme – Hein ?

Haya se dégagea du corps de l’homme et le releva brutalement. Sans ménagement, elle le poussa en avant.

Haya – En route. Si tu fais un pas de travers, ta tête redescendra plus vite que le reste de ton corps.

L’homme tituba en avant puis, sous une subtile indication d’haya, pressa considérablement le pas. Ils remontèrent plusieurs couloirs sans rencontrer de résistance. Un groupe les observa passer. Haya tint prête sa chaîne, mais aucun d’entre eux ne bougea, se contentant de regarder la scène sans un mot et sans comprendre. L’homme finit par pointer du doigt une porte isolée des autres, au fond d’un couloir qui ne menait nulle part. Haya l’amena jusqu’à la porte en lui tirant sur le bras.

Haya – Ouvre.

L’homme considéra les yeux bruns d’haya, sa chaîne, la poignée, les yeux d’haya à nouveau puis la poignée qu’il tourna et relâcha aussitôt. La juunin poussa la porte du plat de sa semelle et jeta un œil. C’était bien une chambre.

Haya – Dégage. Une équipe de kiri va venir dans peu de temps. Ils massacreront tout le monde.

L’homme ne se le fit pas dire deux fois. Haya poussa la porte, la chaîne à la main et la referma derrière elle. C’était une très belle pièce, parfaitement aménagée avec beaucoup de goût. De riches tapis s’étalaient au sol jusqu’à un lit double majestueux mais pas trop imposant. La pièce avait de fortes intonations rouges qui rappelaient à haya la première chambre d’auberge qu’elle avait visitée lors de cette traque. Yuma se trouvait là, assise à sa table de maquillage devant un large miroir. Elle l’observait avec une certaine surprise, avant de finalement lui adresser un sourire sans joie.

Yuma – Moi qui te prenait pour une jeune pouliche abrutie, tu fais montre d’une certaine ténacité.

Haya – Je suis haya sasaki.

Yuma – Je ne te connais pas.

Haya – Mon père s’appelait kade kasen.

Yuma tourna la tête vers elle. Haya voyait qu’elle essayait de déterminer si elle se moquait d’elle ou non. Le visage fermé et les yeux mortels de la juunin lui soufflèrent que non.

Haya – Je n’ai pas survécu au massacre de mes sœurs pour me faire tuer par une pute brune. Je vais te détruire ici, maintenant, et crois moi, tu vas tacher les murs comme tu n’auras jamais rien taché de ta vie.

MessageSujet: Re: La fille au lotus d'encre   Mar 3 Jan - 21:22

Situation de départ :

Pélagie : 0
Type du combat : duel à risque

Règles spéciales :
- Haya commence le combat avec 400 hp de moins
- Yuma ne dispose que de son armure spéciale comme équipement au début du combat
- Elle peut utiliser grossier à portée de main dès le début du combat :
Peigne (attaque 5)
Couteau (attaque 9)
Poudre maquillage (fumigène qui réduit le critique de l’ennemi de 10% et augmente l’évasion de yuma de 10% pendant 2 actions)
- Elle peut récupérer des lots d’armes disséminés dans sa chambre pour 1 point d’action (déplacement/récupération compris)
- Certaines de ces armes sont considérées comme étant empoisonnées dès le début du combat
- Yuma ne dispose pas de techniques ninjas. Elle utilise cependant des schémas identiques pour simplifier les choses. Elle n’utilise pas vraiment de chakra, il est donc impossible de lui en absorber. Néanmoins, les mps de Yuma représenteront sa fatigue : s’ils atteignent 0, elle ne pourra plus utiliser de techniques qui requièrent du chakra, comme n’importe quel ninja.

MessageSujet: Re: La fille au lotus d'encre   Mar 3 Jan - 21:23

Action 1 : yuma récupère de l’équipement à elle (lot 6). Haya invoque la danse qui fait tomber la pluie (20mp) et en profite pour créer de l’eau (20mp, +3 pélagie).

Action 2: haya réalise les lames d’éther sur yuma (75mp, +3 pélagie). Yuma s’apprêtait à attaquer, mais elle est gênée par les lames (action défensive, -10mp en comptant la pénalité des lames d’éther)

Action 3 : haya paye son entretien (20mp) et relâche le camouflage dans la brume (50mp). Yuma exécute la technique qu’elle n’avait pas réussi à faire l’action précédente. Elle lance son fuma et le multiplie (70mp). Trois fumas se perdent dans la brume, le dernier touche haya mais ne fait aucun dommage.

Action 4: Haya relâche les torrents démentiels (50mp, hydrolyse 6), et en profite pour créer de l’eau (20mp, +3 pélagie). Yuma subit des dégâts importants (141 hp). yuma récupère de l’équipement à elle (lot 1). La pluie augmente la pélagie (+2)

Résumé :

Pélagie : 5

Haya :

- 0 hp
- 255 mp

Yuma :

- 141 hp
- 80 mp

MessageSujet: Re: La fille au lotus d'encre   Mer 4 Jan - 21:02

Action 1 : haya annule son camoufle et paye son entretien (20 mp). Elle réalise un champ de sirop gluant (40 mp, +3 pélagie). Yuma se téléporte (80mp). Haya perd 58 hp.

Action 2 : haya réalise les lames d’éther sur yuma (action de réserve, 50mp, +3 pélagie). Yuma est repoussée, elle ne peut réaliser son action alors elle se rapproche.

Je ne savais pas si l’action de réserve devait être résolue action 1 ou action 2. Action 1 comme haya avait déclaré conserver l’iniative, elle n’était pas encore engagée au corps à corps, alors j’ai mis ça en action 2..

Action 3 : haya paye son entretien (20mp). Elle relâche les torrents démentiels (50mp, hydrolyse 6), et en profite pour créer de l’eau (20mp, +3 pélagie). Yuma subit des dégâts importants (141 hp). Yuma atteint le corps à corps.

Action 4 : Haya est obligée de reculer pour réaliser son action. Yuma se rapproche. La pluie augmente la pélagie (+2)

Résumé :

Pélagie : 10

Haya :

- 58 hp
- 200 (455) mp
Les effets du camouflage sont dissipés.

Yuma :

- 141 (282) hp
- 80 (160) mp
Affectée par le champ de sirop pendant 2 actions.

MessageSujet: Re: La fille au lotus d'encre   Jeu 5 Jan - 20:31

Action 1 : haya paye son entretien (20mp). Elle relâche les torrents démentiels (50mp, hydrolyse 6), et en profite pour créer de l’eau (20mp, +3 pélagie). Yuma subit des dégâts importants (141 hp). Yuma projette 8 aiguilles sur haya. Haya, surprise, n’en esquive qu’une seule (81 hp). Elle se rend compte que les aiguilles sont empoisonnées (hallucination).

(Alors je n’ai pas trouvé la règle qui se penche sur ce cas de résolution. J’ai fait comme ça : chaque aiguille pouvait être esquivée et était soumise à un critique (une aiguille a fait un critique, une aiguille a été esquivée). J’ai additionné toutes les valeurs, puis j’ai ajouté la force de yuma une seule fois, auquel j’ai soustrait la vitalité et l’armure d’haya une seule fois. Cela me paraissait le plus cohérent, sinon haya n’aurait eu aucun dommage si elle avait retiré pour chaque aiguille son armure et sa vitalité.)

Action 2 : haya relâche à nouveau les torrents démentiels (50mp, hydrolyse 6), et en profite pour créer de l’eau (20mp, +3 pélagie). Haya voit trouble, elle cible une des Yuma qui subit des dégâts importants (141 hp). Yuma projette une nouvelle pluie de projectiles en utilisant ses capacités d’assassin, limitant les capacités d’esquive d’haya (90 mp). Haya s’arrange toutefois pour en esquiver un, mais l’un des projectiles s’enfonce grièvement dans sa poitrine (52 hp).

Action 3 : haya paye son entretien (20mp). Elle essaye de créer une technique, mais elle n’a pas assez d’eau disponible et perd son action (+20mp). Yuma verse du poison sur sa lame.

Action 4 : Yuma se téléporte (80mp). Haya perd 58 hp. Haya ressent les effets du poison (vitalité limitée à 20). Haya relâche sa technique sur l’une des yuma (action de réserve, 50 mp, +3 pélagie, -20 mp). Yuma est projetée à distance. La pluie augmente la pélagie (+2)

Résumé :

Pélagie : 9

Haya :

- 191 (249) hp
- 210 (665) mp
Les effets d’hallucination se dissiperont dans 1 action (action suivante comprise).
Les effets de ravageur se dissiperont dans 4 actions

Yuma :

- 282 (564) hp
- 170 (330) mp

MessageSujet: Re: La fille au lotus d'encre   Ven 6 Jan - 20:24

Action 1 : haya paye son entretien (20mp). Elle réalise un bouclier aqueux complémenté de façon à diminuer sa gourmandise en chakra (12mp, +24 armure, attaque physique à 55%), et en profite pour créer de l’eau (20mp, +3 pélagie). Yuma adopte une posture particulière (110 mp). Les effets d’hallucination se dissipent.

Action 2 : haya paye son entretien (12mp). haya relâche à nouveau les torrents démentiels (50mp, hydrolyse 6), et en profite pour créer de l’eau (20mp, +3 pélagie). Yuma subit des dégâts importants (141 hp). Yuma projette une nouvelle pluie de projectiles en utilisant ses capacités d’assassin, limitant les capacités d’esquive d’haya (20 mp). Haya en esquive pas moins de quatre. Grâce à ses techniques défensives, l’efficacité de l’attaque est cruellement diminuée (12 hp).

Action 3 : haya paye son entretien (32mp). Yuma se téléporte (80mp). Haya perd 32 hp. Haya relâche sa technique sur l’une des yuma (action de réserve, 50 mp, +3 pélagie, -20 mp). Yuma est projetée à distance.

Action 4 : haya paye son entretien (12mp). Haya relâche à nouveau les torrents démentiels (50mp, hydrolyse 6), et en profite pour créer de l’eau (20mp, +3 pélagie). Yuma subit des dégâts importants (141 hp). Yuma tombe inconsciente. La pluie augmente la pélagie (+2)

Résumé :

Pélagie : 9

Haya:

- 44 (293) hp
- 248 (913) mp

Yuma: inconsciente

- 282 (846) hp
- 210 (540) mp


Haya, combat à risque: +170xp
Haya a accumulé plusieurs blessures durables critiques :
- Brûlure critique (Torse, Bras)
- Hémorragie interne (inconscience dans 4 heures, décès dans 10 heures)
(les effets ont été appliqués durant le combat).

MessageSujet: Re: La fille au lotus d'encre   Sam 7 Jan - 20:58

Haya essayait de ne pas montrer qu’elle était diminuée, mais cela lui devenait difficile. De la sueur perlait déjà sur ses tempes, effet du poison ou de la fatigue accumulée, cela elle n’aurait su le dire. Néanmoins, il lui fallait terminer ce combat au plus vite car si yuma parvenait à lui infliger des dommages conséquents, Haya savait très bien ce qui l’attendait. Dans un coin de son esprit, elle gardait la possibilité de s’enfuir d’ici, mais c’était quelque chose qu’elle aurait pu faire dès l’instant où elle s’était libérée de ses chaînes. Ce n’était pas pour fuir qu’elle se présentait seule face à yuma, mais pour l’anéantir avant qu’elle ne quitte elle-même le navire. Le regard de l’assassin quitta celui de la juunin pour se poser sur ses armes dispersées dans la salle. Haya serra les dents en entreprenant de faire tomber la pluie dans cette chambre. Les gouttes commencèrent à chuter faiblement sur la moquette soyeuse, puis de plus en plus fort jusqu’à ce qu’un véritable rideau de pluie recouvre la pièce, martelant le sol et les meubles avec obstination. Yuma leva les yeux vers le plafond et sembla jurer tout bas, se précipitant sur le katana et quelques projectiles, qu’elle attrapa avec une grande habilité en faisant une roulade au sol. Si tôt réceptionnée, l’assassin s’apprêta à lui lancer l’un des shuriken mais Haya matérialisa de l’eau contre elle, la faisant reculer de plusieurs mètres contre le mur.

La juunin frappa ses mains l’une contre l’autre. Un épais nuage de brume s’échappa de ses paumes, la recouvrit intégralement et se répandit rapidement dans l’ensemble de la chambre. Haya se demandait si yuma bénéficiait de combattants dignes de ce nom ici. L’idée de devoir affronter plusieurs adversaires dans son état ne l’enchantait pas, et cela, même si elle parvenait à se défaire de l’assassin. Saeka devait être arrivée à nagumo à présent, mais rien n’indiquait qu’elle arriverait à retrouver son amie sous peu. Pour ce combat et sans doute pendant encore un temps après lui, Haya serait seule. Yuma s’était redressée et lui envoya une volée d’armes à grande vitesse, en dépit de la brume qui bouchait complètement la ligne de vue. Trois shuriken se plantèrent avec un bruit mat dans le mur derrière elle, le dernier lui caressa les côtes sans qu’il ne lui en coûte davantage qu’une égratignure. Haya riposta aussitôt, détruisant une grande quantité d’eau en la faisant s’écraser sur son ennemie. Il l’entendit crier et l’aperçut se traîner au sol se saisir d’autres affaires à elle.

Haya – Tu vas devoir considérablement hausser ton niveau.

Yuma émit un bruit dédaigneux.

Yuma – Tu es à moitié mourante. Tu pisses le sang alors que je ne t’ai même pas encore effleurée.

Haya baissa les yeux sur sa blessure au ventre. Sans surprise, elle s’était rouverte et du sang se perdait dans la pluie par terre en une flaque floue. Ce n’était toutefois pas un motif d’inquiétude pour la jeune femme. Ce combat serait terminé depuis longtemps avant que ça ne le devienne et elle aurait largement eu le temps d’être récupérée par Ryosen, si elle survivait à sa confrontation. Haya prit une profonde inspiration avec ses poumons et recracha une substance liquide et gluante aux pieds de yuma, une substance qui lui donnait toujours l’impression de vomir tous ses repas de la semaine et qui laissaient une sensation pénible en bouche. Yuma n’y prêta pas attention, se déplaçant à très grande vitesse et réapparaissant dans le dos d’haya sans lui laisser le temps de se préparer, la poignardant méchamment dans le bas du dos. Haya se cambra sous l’impact, manquant mettre un genou à terre, mais yuma rompit le contact d’un bond avant qu’elle ne parvienne tout à fait à se retourner. De l’eau sous forme de gaz vint frapper l’assassin à la poitrine, l’envoyant plusieurs mètres plus loin, l’étourdissant tandis qu’elle essayait de revenir au contact. Haya enchaîna avec une nouvelle technique qui arracha un bref cri à son ennemie, celle-ci parvenant toutefois à se rapprocher suffisamment. La juunin recula d’un bond, relâchant dans le même mouvement de nouvelles trombes d’eau.

Le brouillard s’était complètement dissipé à présent, il ne subsistait guère plus que quelques touffes de brumes ci et là. Yuma paraissait encore pétillante de vie, bien qu’elle saignât des lèvres et d’un bras, sans compter une entaille profonde à la cuisse qui devait avoir touché l’os. Dans un mouvement fulgurant, elle projeta une quantité de fines aiguilles qui s’enfoncèrent sèchement de plusieurs centimètres dans la chair d’haya, la faisant reculer de surprise d’un bon mètre. Une aiguille s’était logée juste sous sa gorge, deux dans sa poitrine, trois dans le ventre et la dernière dans le gras du bras. Haya retira uniquement celle dans son cou qui menaçait de la gêner pour respirer. Quand l’aiguille rebondit mollement sur la moquette détrempée, haya fut prise d’un vertige qui manqua la faire chuter. Elle eut le temps d’apercevoir le sourire moqueur de yuma. Les aiguilles étaient empoisonnées, elle aurait dû le savoir. Probablement un trouble sensoriel d’après ce qu’elle pouvait observer, mais la juunin osait espérer que ce ne soit pas plus grave, même si le fait de se découvrir quatre bras était en soi très inquiétant. Yuma aussi s’était dédoublé, quand bien même les images se réunissaient parfois en une seule. Haya attendit cette seconde pour envoyer les flots s’écraser sur Yuma, la renversant au sol. L’assassin se réceptionna toutefois d’une main, se relevant en exécutant une brève toupie sur elle-même et ouvrant au passage le bras sur haya, projetant de nouveaux projectiles. La juunin regretta brusquement d’avoir interrompu son brouillard, tout en sachant cependant que c’était encore la meilleure chose à faire si elle désirait parvenir à tuer son adversaire.

L’un des shuriken siffla à ses oreilles, tandis que les autres se logèrent dans son armure, étalant toujours plus de sang dessus. Le shuriken qui s’enfonça dans son sein, brisant net l’une des aiguilles qui y était encore planté, la fit grogner tout bas. C’était le côté qui avait déjà souffert des brûlures et elle commençait à se demander si elle ne devait pas faire une croix définitive sur ce sein qui commençait doucement mais sûrement à ne plus ressembler à rien d’autre qu’une plaie béante. Haya essaya de manifester à nouveau son chakra mais elle dût s’y reprendre à plusieurs fois, un temps que yuma ne lui laissa pas, apparaissant encore dans son dos pour lui enfoncer son katana de haut en bas. Elle sentit la lame s’immiscer entre deux vertèbres et ressortir par le ventre, avant de se replier avec la même soudainement. Cette fois ci haya tomba en avant, ses doigts rentrant profondément dans la moquette. Un nouveau poison, elle le sentait sans l’ombre d’un doute envenimer son organisme. Il lui était impossible de savoir précisément ce qu’il faisait, mais brusquement, haya se sentit plus faible qu’un nouveau né. Elle s’arrangea toutefois pour repousser à nouveau Yuma aussi loin qu’elle le put. Cette salope épuisait son corps progressivement et à ce rythme, la juunin savait pertinemment qu’elle ne tiendrait pas même si l’assassin avait encaissé de plus lourds dommages.

En se redressant, Haya relâcha une fine pellicule d’eau sur son corps. Un mince bouclier d’eau se colla directement sur sa peau, sous son armure, ruisselant presque tendrement du sommet de son crâne jusqu’à la pointe de ses pieds. La douleur de sa sérieuse blessure au ventre sembla s’atténuer, même si c’était seulement une impression générée par son cerveau, probablement la même qui fait croire que la douleur est moins forte une fois plongée sous l’eau. Haya était toutefois heureuse de retrouver une visibilité normale. Maintenant que ses attaques étaient sûres de toucher, il fallait qu’elle donne tout ce qu’elle avait. Son chakra palpitait de plus en plus faiblement en elle et la juunin était certaine que yuma le sentait bien. Une colonne d’eau faucha l’assassin en plein mouvement, la faisant douloureusement retomber sur les fesses. En se redressant, yuma relâcha une volée de shuriken mais haya s’y était attendu. Quatre projectiles manquèrent leur cible, les quatre restants ne passèrent pas la barrière d’eau. Yuma réapparut dans son dos pour la troisième fois du combat, mais son attaque fut plus faible cette fois ci, malgré le poison qui continuer à ronger la force d’haya, glissant sur le bouclier d’eau pour lui arracher une vague égratignure derrière la cuisse. Yuma fut repoussée par l’attaque d’haya et l’espace d’un instant, leurs regards se croisèrent.

L’assassin paraissait décontenancée, pressentant les événements une seconde avant qu’ils ne se produisent et comme surprise d’en être arrivée là. Les flots d’haya lui frappèrent de plein fouet le sternum et l’envoyèrent glisser sur le sol, jusqu’à ce que sa tête heurte brutalement une belle armoire en boiserie. Yuma ne se releva pas.

Haya leva une main et la pluie qui tombait drue ralentit jusqu’à cesser tout à fait. La jeune femme retira patiemment les différents projectiles qui s’étaient fichés dans son corps, les jetant sur la moquette condamnée. Son bouclier d’eau s’étendit en une flaque paresseuse à ses pieds tandis qu’haya se rapprochait à pas prudents de l’assassin. Celle-ci avait perdu connaissance. La juunin vérifia les bruits qui provenaient de l’extérieur, mais il n’y avait rien à entendre hormis les gouttes d’eau rejoignant les flaques au sol. Haya envoya le bout de son pied dans les côtes de yuma. Elle grogna mais ne reprit pas connaissance. La jeune femme dégagea son équipement au loin (même si l’assassin serait sans doute trop faible pour essayer quoi que ce soit, haya préférait ne pas la sous estimer maintenant, d’autant plus qu’elle n’était elle-même pas dans une forme exceptionnelle), s’assit à califourchon sur elle et lui délivra de puissantes gifles jusqu’à ce que yuma ouvre péniblement une paupière gonflée.

Haya – Sechiro nous a parlé de deux femmes. La première est à sa place en ce moment, sous moi. Où est la seconde ?

Yuma ouvrit plusieurs fois la bouche avant de finalement essayer de cracher sur haya, mais sa salive s’écoula péniblement de son menton.

Yuma – Tra… tra… son…

Haya – Trahison ? Ce doit être quelqu’un d’important à tes yeux, pour qu’une putain dans ton genre se souvienne de la signification de ce terme.

Yuma secoua la tête, interrompue par la poigne d’haya qui l’attrapa par les cheveux et la replaça bien face à elle. L’assassin souriait faiblement (ses dents étaient rosées par le sang).

Yuma – Ninjas… toujours à croire… que leurs… assassinats sont plus jolis. J’aime… cette… abstraction de l’esprit.

Haya – Qui est la femme ?

Yuma se contenta de secouer la tête, du moins, autant que lui permettait la main d’haya crispée sur son cuir chevelu. Etait-ce la peur qui l’empêchait de parler ? Non. C’était improbable. Yuma n’avait plus rien à perdre, elle savait qu’elle ne serait pas épargnée. Il n’y avait aucune raison qu’elle livre sa complice sachant cela, ce n’était pas comme si elle en était encore à pouvoir acheter sa vie en offrant des secrets. Elle devait en effet avoir beaucoup de respect pour la femme qui l’accompagnait, peut-être même ressentir de la loyauté à son égard.

Haya – Les yujas font partie de votre organisation ?

L’assassin grimaça un nouveau sourire.

Yuma – Yuja ? … des… culs terreux. Ser… viteurs. Faibles… stu… pides… ut… utiles…

Yuma inclina son visage sur le côté, comme pour mieux observer les traits d’haya, penchée au-dessus d’elle. Sa main se leva doucement mais haya la lui attrapa sans détourner le regard, serrant avec force sans déclencher autre chose chez l’assassin qu’un nouveau sourire, plus faible que les précédents toutefois.

Yuma – Kade… kasen… hein… je sais… que tu veux me faire… souffrir pour ce que… je t’ai…

Haya – Ne sois pas imbécile. Tu ne représentes rien à mes yeux. Ressentir un sentiment de vengeance par ta faute, ce serait une souillure insupportable. Je te tue parce que tu as croisé mon chemin et que tu t’es mis en tête que tu pouvais décider de ma vie à ma place. Tu t’es trompée, tu en payes le prix.

Yuma garda le silence un moment puis finit par fermer les paupières.

Yuma – Tu iras… loin. Peut-être.

Haya lui relâcha la main et attrapa sa chaîne à sa ceinture.

Haya – Toujours plus loin que toi.

Sans hésitation, elle lui trancha la gorge et resta au-dessus d’elle malgré le sang qui se répandait sur elle en gerbes violentes. Yuma ne rouvrit pas les yeux et conserva les dents serrées, alors que son agonie se rapprochait de son terme. Haya perçut les ultimes soubresauts de son corps qui cessèrent longtemps avant que le sang n’arrête de jaillir. La juunin se redressa et s’épongea le front, étalant une large trace rouge jusqu’à dans ses cheveux. Elle était poisseuse de sang à présent, le sien et celui de yuma pour la première et la dernière fois partagés. Il fallait qu’elle quitte cet endroit au plus vite, mais haya prit tout de même le temps de fouiller de fond en comble la chambre, à la recherche d’informations qui lui permettraient de remonter jusqu’à la fameuse seconde femme. Yuma devait être établie ici depuis un certain temps. Avant d’entreprendre quoi que ce soit, la juunin retira les aiguilles qui étaient toujours plantées dans son corps et les abandonna par terre. Dans un coin, Haya découvrit une distillerie qui devait permettre à l’assassin de mettre au point ces poisons ou d’apporter de petites modifications utiles, dont elle semblait si friande. Haya se contenta de récupérer les boîtes qui semblaient contenir ce qu’elle prit pour du poison, mais elle n’avait aucune envie de goûter pour être sûre. Il n’y avait rien sur son bureau hormis des armes et des parchemins inutilisables. Haya fouilla le lit, renversant le matelas par terre et déchirant les oreillers des fois qu’ils dissimulent quelque chose, allant jusqu’à soulever des planches entières dans l’espoir de découvrir des documents fixés dessus.

Haya retourna finalement là où Yuma se tenait quand elle fit irruption dans la pièce, dans son coin maquillage. Ce n’était de toute évidence pas quelque chose d’anecdotique pour la jeune femme. Il y avait plusieurs perruques qui dormaient dans un coin, une quantité impressionnante de fond de teint, de vernis et de rouges, plusieurs petits miroirs, des pochettes, des tiroirs entiers remplis de nécessaire de maquillage. Sans doute était-ce important dans sa profession… mais ce devait surtout être un passe-temps. Dans le coin du bureau, sous une boîte verrouillée (haya la fracassa au sol, mais elle ne contenait rien d’intéressant), reposaient des papiers qu’elle parcourut rapidement. C’était des notes de cargaisons (yuma se faisait un argent monstrueux chaque mois, haya pouvait au moins être sûre de cela). La jeune femme rangea le tout sous sa veste. L’équipe de kiri viendrait de toute façon fouiller plus en profondeur l’ensemble du complexe. Haya n’avait aucun intérêt à trop tirer sur la corde. Elle abandonna le cadavre de yuma et rouvrit la porte de la chambre. Le couloir était désert et aucun bruit ne s’échappait de l’ensemble du complexe. Est-ce que les contrebandiers avaient mis les voiles ?

Haya – Saeka, tu es loin ?

La réponse mit plusieurs secondes à lui parvenir.

Saeka – Ryosen a trouvé ta balise. On se regroupe. Tout va bien ?

Haya – Oui. Yuma est morte. Est-ce que je vous attends à l’intérieur ou à l’extérieur?

Saeka – Attends.

Haya patienta deux minutes complètes avant que Saeka ne la recontacte.

Saeka – A l’intérieur Haya. Je viens de rejoindre Ryosen. On descend tout de suite. C’est une sorte de… galerie, non ?

Haya – Oui je pense. Je ne sais pas où je suis par rapport à vous.

Saeka – Fais une seconde balise, nous te trouverons. Nous arrivons immédiatement.

Haya rompit la communication et s’exécuta, utilisant le peu de chakra qui lui restait pour générer une petite balise portant sa signature de chakra. Elle laissa la porte ouverte et quitta la chambre de yuma pour s’avancer dans le couloir, jusqu’à l’embranchement. Il ne lui fallut pas plus de quelques minutes pour entendre les bruits d’une course et apercevoir, au détour d’une intersection, Saeka et Ryosen. Haya les salua d’un mince sourire tandis qu’ils pilaient brusquement face à elle. La juunin aux longs cheveux bleus la dévisagea de bas en haut.

Saeka – J’imagine que tu serais morte si tout ce sang t’appartenait.

Haya – Le corps de Yuma est derrière.

Ryosen – Allons y.

Haya les conduisit jusqu’à l’élégante chambre de Yuma, ravagée par l’eau et le sang mêlés. Saeka se dirigea directement vers le cadavre de la jeune assassin tandis que Ryosen asseyait haya sur le lit. Il l’examina rapidement, les sourcils froncés et lui demanda de retirer sa tunique. Haya s’exécuta, profitant de ce que le tissu lui cachait le visage pour grimacer sans inquiéter son ami. Le vêtement frottait douloureusement sur ses brûlures. La juunin posa son armure sur le lit, laissant ses bras sur le rebord tandis que Ryosen observait les plaies laissées par l’acide. Maintenant qu’haya prenait le temps de les regarder, il y avait des cloques qui s’étaient formées sur son bras et sur sa poitrine. Certaines avaient éclatées à cause du shuriken, lui faisant détourner la tête. Elle ressentit aussitôt le chakra de Ryosen s’attaquer à la blessure (béante, probablement sur le point d’être infectée) sur son ventre.

Ryosen – Tu as une hémorragie. Tu te reposeras à kiri. Ce n’est pas dangereux. Tu as absorbé un poison m’a dit Saeka ?

Haya regardait les tissus de sa peau se reformer sous ses yeux.

Haya – Oui. Je ne sais pas ce que c’est.

Ryosen – Je regarderais. Tu as autre chose à signaler?

Haya rencontra le regard de son ami. Elle ne ressentait plus les effets des poisons que yuma avait utilisés pendant le combat, mais il sembla préférable de tout expliquer dans les détails pour être sûr que ryosen avait toutes les cartes en main. Après tout, elle n’y connaissait rien en poisons et yuma était une experte. Peut-être que certains composants interagissaient entre eux pour se renforcer ? Mais Ryosen semblait optimiste à ce sujet, affirmant que l’activité des poisons était limitée dans le temps. Il lui fit tout de même ingérer un puissant antidote de manière préventive. La blessure à son ventre avait maintenant complètement disparu, ne laissant guère qu’une très légère marque blanche qui devrait disparaître sous quelques semaines. Ryosen lui toucha très délicatement la poitrine. Son chakra boucha les petits points de sang causés par les aiguilles (qui n’avaient pas touché le cœur, lui dit Ryosen, ce qu’haya avait deviné puisqu’elle était toujours vivante) et lui répara le bout de son téton qui avait été tranché par le shuriken. Il passa plusieurs fois son doigt sur la brûlure mais sans qu’haya ne ressente plus qu’une vague démangeaison.

Ryosen – Je ne peux rien faire pour la brûlure. C’est… très très abîmé.

Il observa les bras de la jeune femme et secoua la tête. L’acide avait été répandu sur ses biceps mais n’était pas descendu trop bas, il s’était arrêté à l’os du coude (causant des douleurs qui variaient aléatoirement entre le tolérable et l’effroyable dès qu’haya pliait le bras). Sur la poitrine, des gouttes étaient tombées sur ses hanches et le long de ses côtes, les rongeant comme du goudron. Son sein était partiellement mal formé sur tout le côté gauche, de sa clavicule jusqu’à la courbe du sein. Quand elle le regardait par en haut, haya avait l’impression qu’il avait été à moitié croqué par une bête sauvage aux dents de feu.

Ryosen – A vrai dire, je ne sais même pas si quelqu’un à kiri pourra faire quoi que ce soit.

Haya le regarda, catastrophée.

Haya – Tu veux dire que je vais rester comme ça à vie ?

Ryosen – Non, bien sûr. C’est un mal physique, il peut être traité. Je ne suis pas expert là dedans, c’est une branche à part de la médecine. Je pourrais t’aider, c’est certain. Mais sans doute pas complètement l’effacer à moi seul.

Ryosen lui releva le menton et lui adressa un sourire encourageant.

Ryosen – Je ferais de mon mieux. Si on doit aller à kumo pour te remettre en état, nous irons à kumo.

Ils furent interrompus par l’arrivée des trois derniers membres de la flamme jaune, Naikin, koshiro et benihime. Ils se dirigèrent directement sur haya et ryosen pour observer les blessures de la jeune femme. Benihime fronça les sourcils en voyant ses bras.

Benihime – Elle a utilisé de l’acide ?

Haya – Oui, pour couvrir les sceaux.

Benihime jeta un coup d’œil au cadavre de yuma et quelque chose dit à haya que benihime la tuerait volontiers une seconde fois si l’occasion lui en était donnée. Haya se repassa sur le dos sa tunique, en essayant (sans succès) de faire attention à ne pas trop râper sur ses brûlures. Ryosen et Benihime entreprirent d’aider Saeka à fouiller la vaste chambre en quête d’informations (Saeka semblait avoir trouvé quelque chose, mais haya avait trop mal à la tête pour aller s’y intéresser). Naikin s’assit à côté d’elle et Koshiro lui passa la main dans les cheveux doucement.

Koshiro – Tu nous as fait une belle frayeur.

Haya – Pas autant qu’à moi.

Naikin – Tu nous raconteras une fois que tu te seras reposée. Tu as une tête à faire peur.

Haya sourit.

Haya – Je veux bien te croire…

Koshiro – Ryosen ? Beni?

Le médecin leva la tête et les rejoignit. Benihime s’arracha de la lecture d’une fiche de contrebande (qu’elle glissa à saeka en passant) avant d’arriver à son tour.

Koshiro – Téléporte haya chez moi. Haya a besoin de repos. On restera avec nak et Ka pour fouiller.

Haya – Je peux attendre, je ne vais pas m’effondrer !

Ryosen lui sourit.

Ryosen – Tu ne sers à rien assise ici et tu seras bien mieux à te reposer.

Naikin – Prenez soin d’elle. On revient dans la soirée.

Benihime – Faites attention, il reste peut-être des yuja du pays de la terre.

Naikin lui sourit, tandis que Ryosen s’activait à matérialiser le sceau.

Naikin – Je n’espère pas pour eux. A tout à l’heure.

MessageSujet: Re: La fille au lotus d'encre   Mar 10 Jan - 20:18

Haya n’eut pas le temps de répondre qu’elle se sentit crochetée par la peau du cou et atterrit sans un bruit dans le spacieux salon de Koshiro et Saeka. Il lui vint un léger vertige, mais Ryosen lui présenta un bras auquel elle s’agrippa sans se soucier de son état de faiblesse. Il lui faudrait un petit moment pour se dire que les événements de nagumo étaient derrière elle maintenant. Imaginer que quelques jours plus tôt Saeka et elles s’étaient retrouvées ici pour discuter d’une possibilité éventuelle de coincer Yuma lui faisait tout drôle. Tout s’était révélé beaucoup plus concret que prévu et une nouvelle partie de cette improbable quête avait trouvé sa fin avec la mort de yuma tamiko. Il restait encore deux pans à éclaircir : le rôle des yuja du pays de la terre et l’identité de la seconde femme qui revenait si souvent. Peut être également le rôle exact joué par les pirates, s’ils disposaient bien d’un rôle dans cette affaire, ce qui n’était pour l’heure pas acquis. Néanmoins, le parallèle était facile à faire : contrebande, piraterie, vente d’armes… tout le monde savait que les pirates de moya manquaient de beaucoup de choses, peut-être que l’idée de yuma aura été de les pourvoir en biens de premières nécessité et en armes pour s’attirer leur obéissance. Difficile d’en savoir beaucoup plus, surtout qu’haya alignait péniblement deux pensées cohérentes à la suite dans son état actuel.

Benihime – Je la conduis à la douche. On en aura pour un petit moment je pense.

Ryosen s’éloigna en direction de la cuisine et, maintenant qu’haya y pensait, elle mourait de faim. L’échelle de ses priorités se disputait en parts égales entre le sommeil, la faim et l’hygiène, comme si tout avait été mis entre parenthèses le temps de régler le problème yuma tamiko et que, sitôt ce dernier résolu, ils revenaient à la charge avec une vigueur renouvelée. Haya s’assit sur la baignoire de saeka pendant que benihime préparait le bain. La juunin était heureuse de revoir cette pièce. Ce n’était pas exactement comme si elle avait eu peur de mourir à nagumo, mais c’était toujours une possibilité. Yuma ne l’avait pas égorgée directement, pour une raison ou une autre. Arrogance ? vanité ? plaisir ? goût du jeu ? simple erreur ? Impossible de le déterminer avec exactitude, mais les choses auraient pu tourner de manière beaucoup plus dramatiques. Quelle que soit la dernière femme, il faudrait faire preuve d’une attention multipliée pour éviter ce genre de désagrément. Ce pouvait aussi bien être une assassin de la trempe de yuma ou bien une ninja, qui connaissait leur façon de faire de l’intérieur. Haya voyait mal une simple mercenaire diriger main dans la main avec yuma une opération d’une telle ampleur. Yuma Tamiko n’était pas du genre à accorder son respect facilement, haya pouvait être au moins sûre de cela. Si tel était le cas, cette personne représenterait un important défi.

Benihime l’aida à se déshabiller. Haya avait un peu l’impression d’être redevenue l’impotente qu’elle était à son arrivée à kiri, mais cela ne la gênait pas. Elle avait déjà vu, il y a presque un an de cela, Koshiro rentrer de mission très grièvement blessé (dans des conditions nettement pires qu’haya aujourd’hui). Il était absolument couvert de sang, un trou de la taille d’une pièce traversait de part en part son torse et Ryosen avait observé une multitude d’os brisés et d’organes broyés. Elle se demandait même s’il ne lui manquait pas carrément des doigts. Il avait été à l’hopital pendant plusieurs jours puis était retourné chez lui où Saeka s’occupait de lui avec une infinie tendresse, mais ce n’était pas seulement une tendresse d’amante… c’était autre chose de plus profond encore, parce qu’haya voyait beni, ryosen ou naikin faire les mêmes gestes envers leur ami, l’aider à enfiler sa chemise, à s’asseoir… et haya elle-même s’exécutait pareillement sans même y penser, parce que c’était naturel. Et pourtant, koshiro n’était pas exactement la figure qui prêtait à la faiblesse, mais il n’y avait pas de gêne.

Benihime laissa ses vêtements sur un petit buffet où étaient stockées les serviettes, conduit Haya jusqu’à la douche entre les lavabos et le bain et se passa l’eau sur sa main pour en tester la tiédeur. Satisfaite, elle s’agenouilla et entreprit de frotter avec énergie le sang séché sur les jambes d’haya, qui observait le flot rosé s’écouler inlassablement. Elle tourna plusieurs fois sur elle-même au gré des pressions de benihime, heureuse de ne plus se découvrir de plaie ouverte sur le corps. Haya se versa du savon sur les jambes et se frotta un sexe où les poils s’étaient collés les uns avec les autres à cause du sang coagulé. Benihime passa le jet d’eau plus haut et remonta jusqu’à son ventre où les taches de sang étaient encore les plus importantes autour d’un espace vierge, là où le kunai s’était enfoncé et où la chair s’était reformée. Elle rit malgré elle lorsque Beni lui chatouilla le nombril pour en gratter le sang séché.

Benihime – Ca me rappelle quand on doit gratter autre chose au fond de notre nombril…

Haya – Hmm, je ne veux pas savoir à quoi tu fais référence !

Benihime éclata d’un rire taquin en se redressant enfin. Elle lui fit mettre les mains sur la tête et laissa le jet contre son ventre, tandis qu’elle examinait les brûlures sur son sein. Elle finit par lever ses yeux vers ceux d’haya.

Benihime – Je pense que ça va faire mal comme c’est une plaie encore à vif. Mais il vaut mieux bien nettoyer pour éviter les infections, déjà que c’est dans un sale état.

Haya acquiesça et serra les dents. Elle manqua sursauter sous la brusque impulsion douloureuse qui la traversa, remontant du bas de sa colonne vertébrale jusqu’à sa nuque. La jeune femme dut se concentrer pour ne pas reculer et se mettre hors de portée de benihime. Cela lui rappelait quand elle était beaucoup plus jeune, peut-être cinq ans, elle était tombée sur plusieurs mètres du haut d’une colline, roulant comme une pierre. Son genou avait été méchamment égratigné et en rentrant à la maison, sa mère lui avait appliqué un peu d’alcool dessus. Haya s’était reculé tellement vite qu’elle en était tombée de sa chaise (et ça lui avait fait encore plus mal, sans compter une bosse en plus). Benihime évitait de toucher, lui frotta la poitrine là où elle le pouvait et passa à son visage, où de grosses traces de sang continuaient à la barioler comme à un carnaval. L’eau continuait à s’écouler sur ses brûlures mais le cerveau d’haya semblait s’y être habitué, ou bien il avait tout simplement marre d’envoyer les mêmes signaux de douleur, vexé qu’haya ne s’en préoccupe pas. Benihime lui attrapa les bras pour les laver à leur tour, la douleur revint à ce moment là mais elle était moins prononcée qu’auparavant. Enfin, Beni lui demanda de s’agenouiller afin de la shampooiner longuement, grattant du bout de l’ongle du sang séché là où le choc l’avait mise inconsciente une première fois, à Toke.

Haya – Aïe ! Tu grattes la bosse!

Benihime – Désolée mais c’est le bazar là-dessous. Heureusement qu’ils ont pris la pluie… allez, au bain la vermine.

Haya se releva en écartant les cheveux de devant ses yeux et suivis Benihime jusqu’au bain où elle s’immergea tout doucement. Au moment où ses blessures passèrent dans l’eau savonnée, la jeune femme grogna, mais là aussi, la douleur s’évanouit à mesure qu’elle restait entièrement plongée (et qu’elle ne bougeait plus, ce qui lui donnait l’impression d’être une statue dans un lac).

Haya – C’est vraiment la peine ? Je meurs de faim.

Benihime – C’est vrai que tu es grognon quand tu n’as pas mangé.

Haya – Regardez qui parle… la fille aux trois estomacs en personne.

Benihime lui projeta de l’eau dans les yeux (de l’eau savonnée), fit rire haya et en profita pour lui en rejeter dans la bouche, manquant la faire s’étouffer. Benihime la laissa le temps d’aller lui emprunter des affaires de saeka (cela devenait une habitude), l’aida à s’extirper de la baignoire et à se sécher sans trop appuyer sur ses blessures. Haya enfila la robe que lui tendait son amie et se sentit pour la première fois de la journée rafraichie et propre. Elles allèrent directement dans la cuisine où Ryosen était en pleine préparation. Il semblait savoir à qui il avait affaire, au vu de la quantité de plats préparés en si peu de temps. Benihime eut l’élégance de leur laisser de quoi se sustenter.

Haya monta se coucher dès qu’elle eut terminé son repas. Ryosen lui annonça que dès demain, ils commenceraient un traitement pour ses blessures et que dans la semaine il la mènerait voir des spécialistes capables de l’aider. Haya acquiesça à tout, trop pressée de retrouver le confort d’un lit (il ne faisait pas encore nuit mais, pour l’heure, c’était le luxe qui semblait le plus inaccessible à haya que de passer une solide nuit de sommeil). Benihime l’aida à se coucher tout en douceur, dans la chambre qui jouxtait celle du couple propriétaire.

Haya – Tu as déjà remarqué que les diminutifs de Saeka et de Koshiro, ensembles, ça faisait KoKa ?

Benihime – Tu es vraiment crevée, hein ?

Benihime lui déposa un baiser sur l’arête du nez, éteignit la lumière et ferma la porte derrière elle. Haya s’attendait à passer des heures à s’endormir à cause de la vague douleur qui l’aiguillonnait à chaque mouvement, mais elle n’eut même pas le temps d’être surprise de s’endormir aussitôt. Une nuit qui lui parut courte et sans rêves. Le lendemain elle se réveilla sans savoir quelle heure il était. Elle présumait que c’était bien le lendemain car il lui semblait voir de la lumière à travers les stores, mais elle se sentait si parfaitement réveillée qu’elle ne songea même pas à se rendormir. La jeune femme quitta son lit, se souvenant brusquement de son corps abîmé et sortit pieds nus dans le couloir. Elle passa en silence devant la porte de la chambre de koshiro et saeka (fermée, mais la veille aussi, peut être n’étaient ils toujours pas rentrés ?) et descendit les escaliers. Elle sourit en voyant benihime étalée sur le canapé et ryosen piquer du nez sur le fauteuil. Haya crut d’abord que la lumière de la cuisine était restée allumée, avant d’apercevoir la chevelure caractéristique de saeka de dos. La jeune femme se tourna et lui adressa un large sourire.

Saeka – Déjà levée ?

Haya – Il est tôt ?

Saeka – Un peu moins de cinq heures.

Saeka portait une nuisette de soie toute simple et élégante, qui témoignait qu’elle était tout de même allée se coucher cette nuit. Haya s’assit à côté d’elle en se grattant le sommet du crâne. Saeka lui posa une main sur le poignet alors qu’elle détendait son bras.

Saeka – Je peux ?

Haya acquiesça, tandis que son amie lui examinait l’avant-bras. Les brûlures étaient les mêmes que la veille, peut-être en un peu plus brunes encore. Il lui semblait toujours voir l’os de son coude, mais c’était peut-être un effet d’optique…

Saeka – Tu devrais pouvoir retracer les sceaux, mais ça va gêner. Ryosen peut faire quelque chose ?

Haya – Il a dit qu’on se penchera dessus aujourd’hui, oui. Vous avez pu apprendre quelque chose ?

Ce n’était pas tant qu’haya désirait changer de conversation, mais avant d’en savoir plus sur l’avenir de ces brûlures, elle préférait ne pas trop espérer quoi que ce soit. Saeka comprit son désir et lui relâcha le bras.

Saeka – Partiellement. Nous devrions pouvoir remonter jusqu’aux yuja du pays de la terre. A partir d’eux, il est possible que l’on obtienne un accès vers la seconde femme dont parlait sechiro. Yuma n’a rien dit ?

Haya secoua la tête en signe de dénégation.

Haya – Elle semblait attachée à ne pas m’en parler. Elle se moquait des yuja, mais pas de cette femme. Peut-être quelqu’un dont elle se sent proche.

Saeka – Je pense que pour monter une opération telle que celle-ci, Yuma a dû bien s’entourer en effet. Quand tu te sentiras mieux, nous irons annoncer la nouvelle de la mort de Yuma au daimyo du pays du thé, qu’est-ce que tu en dis ? Nous pourrons de plus faire la lumière sur les incidents à Toke.

Haya – D’accord. Je devrais bientôt pouvoir me déplacer. Les brûlures ne sont pas trop handicapantes.

Saeka lui servit un bol de riz avec un peu de saumon et du concombre frais à côté. Les jeunes femmes mangèrent en silence pendant un temps, avant qu’haya ne les interrompe à nouveau.

Haya – Vous êtes rentrés à quelle heure ?

Saeka – Un peu plus de vingt trois heures. On a fouillé l’ensemble du complexe. Il restait des contrebandiers et une grande partie de leur marchandise. Kiri devrait aller la récupérer ce matin. On est montés voir comment tu allais mais tu dormais profondément. Ryosen et Beni nous ont un peu parlé plus en détail, après Naikin est allé se coucher à son appartement, Ryosen et Beni sont restés à côté.

Haya regrettait un peu de n’avoir pu achever le travail à nagumo, mais c’était aussi cela de fonctionner en équipe, savoir quand s’effacer après avoir fait sa part pour ne pas exagérer. Pousser ses limites lorsque le risque de mort était passé s’apparentait davantage à de la bêtise et de la prétention qu’à un mouvement intelligent, cela haya l’avait bien compris. L’important était que yuma soit morte et que la flamme jaune ait récupéré l’initiative dans son duel à distance avec la mystérieuse seconde femme. Peut-être allait-elle se retirer de la lutte, mais quelque chose murmurait à haya que ce n’était que le commencement pour elle. Si elle faisait partie de la famille de yuma ou si les deux femmes se connaissaient tout simplement, et s’appréciaient, alors elle ne reculerait pas si facilement après que la flamme jaune l’ait abattue. En revanche, si la piste des yuja du pays de la terre ne conduisait nulle part et que la femme restait dans les ombres, alors leur tâche serait délicate à mener à son terme. Sans identité, sans localisation, avec pour seule piste des filets de contrebandes étendus et difficilement traçable à moins de parier sur la durée… mieux valait essayer d’attraper son ombre.

Saeka – Tu as pris de grands risques.

Haya leva la tête de son bol de riz. Les yeux bleus de Saeka étaient difficilement lisibles, mais elle lui adressa un mince sourire pour l’encourager.

Haya – Tu aurais procédé de la même façon. Yuma allait repartir. Je n’avais pas les moyens de vous contacter pour que vous la traciez dans l’espoir où elle nous mènerait droit à sa complice. Sa mort restait la seule option valable.

Saeka – Je ne te juge pas, au contraire, c’était courageux. C’était le bon moment d’être courageuse. Ce que je dis, c’est que ce ne sera peut-être pas toujours le cas.

Haya lui rendit son sourire plus largement.

Haya – Ne t’inquiète pas. Je ne suis pas devenue insouciante et je n’ai pas encore pris goût au sang. Je resterai prudente et j’essaierais de mettre personne en danger.

Saeka acquiesça doucement mais ne répondit pas, devinant que son amie essayait de formuler une pensée complète. Haya procéda lentement.

Haya – Mais tu sais… j’ai entendu et j’ai compris tes mots, à la sortie de la grotte. J’ai une confiance absolue en chacun de vous. Vraiment. Mais il m’est difficile de totalement… m’abandonner. Je… comment dire… j’ai toujours aimé mon père, je l’aimerais toujours. Mais quand j’ai eu besoin de lui, il n’était pas là, il était en train de mourir à des kilomètres. Ce sentiment, qui n’altère pas l’amour que j’ai pour lui, est un sentiment contre lequel je ne peux rien. Maintenant, et probablement jusqu’à la fin de ma vie, il m’est difficile de fermer les yeux et de m’abandonner complètement, de ne pas me soucier de ma responsabilité et de la laisser à d’autres. Je crois que c’est ma façon de vous dire que je vous aime.

Elle n’était pas satisfaite de son explication, mais à cinq heures du matin Haya n’était pas sûre de pouvoir faire beaucoup mieux. C’était un problème qu’elle se posait depuis longtemps. Avoir des amis n’avait jamais été un problème, ce n’était pas comme si ce qui lui était arrivée il y a trois ans de cela avait abîmé cette… capacité. Non, dès son arrivée à kiri, haya s’était faite des amis. Très vite, elle avait eu une grande confiance en la flamme jaune, quelque chose de très fort sur lequel il était compliqué de mettre des mots précis. Mais elle voulait jouer sa part aussi, ne pas leur abandonner toute la responsabilité dès que les choses devenaient délicates. Cela lui paraissait vital pour le futur, afin qu’elle puisse s’épanouir de façon harmonieuse au plus niveau, afin qu’elle puisse à son tour les aider comme ils l’aidaient… quand Saeka lui avait dit qu’elle ne leur faisait pas suffisamment confiance, cela l’avait blessée car c’était précisément ce qu’elle essayait de faire de son mieux.

Saeka posa sa main sur la sienne et la tapota doucement.

Saeka – Je comprends tout cela. Je pense que tu t’y habitueras. Il n’y a pas de raisons. Ce que je t’ai dit à la grotte… c’est parce que je ne te souhaite pas le même futur que ton père.

Ce fut au tour de Saeka de chercher ses mots, même si haya semblait voir où elle souhaitait en venir.

Saeka – Je ne l’ai pas connu. Mais je sais ce que tu m’en as dit. Porter ce fardeau seul était une punition qu’il s’est imposé et je ne veux pas que tu te punisses, pour quelque raison que ce soit. Même au dernier moment, il a choisi le combat plutôt que la fuite, c’est ce qui m’a fait peur quand j’ai vu ta déception.

Haya sourit en reposant les yeux sur son bol de riz à moitié terminé. Elle faisait tourner lentement sa baguette dedans, ramenée à un souvenir pas forcément si lointain.

Haya – Un jour, mon père m’a dit que les parents ne servaient qu’à montrer les erreurs à ne pas commettre à leurs enfants. Je n’ai… aucune intention de répéter celles de mon père et c’est pour cela qu’il faut que nous l’emportions quand ce sera l’heure de la bataille à yukan.

Saeka acquiesça sereinement et reporta son attention sur un morceau de concombre qu’elle porta à ses lèvres.

Saeka – Nous nous assurerons la victoire, Haya.

MessageSujet: Re: La fille au lotus d'encre   Mer 18 Jan - 0:13

Haya Sasaki: +297 Exp (Bonus Inclus) +170 d'Exp (Expérience de combat)

Euh.... Juste énorme... Faudra m'expliquer ton secret parce que la franchement... Chapeau bas. Petite remarque quand même. Faudrait penser à faire moins long, une fois arriver à la fin j'ai oublié le début avec la longueur xD (Faut dire que j'ai commencé à lire il y a plusieurs jours aussi ^^ ) En tout cas bravo!

Contrat: yuma tamiko (rang b) - terminé (2500£, +3 réputation)


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MessageSujet: Re: La fille au lotus d'encre   

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