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 Les yujas du pays de la terre

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MessageSujet: Les yujas du pays de la terre   Jeu 12 Jan - 23:40

Kenta Bakajikara n’était pas d’un naturel soucieux, pourtant il était préoccupé depuis maintenant plusieurs jours.

C’était à ses yeux une chose qui kiri soit au courant de leurs petits arrangements avec des personnalités discutables. D’une façon générale, il paraissait impossible que le village l’ignore beaucoup plus longtemps et le premier affrontement aurait achevé de les trahir. S’en était une autre d’avoir attiré l’attention de la flamme jaune de ce même village, maudit soit son nom. Kenta n’irait pas jusqu’à dire qu’il craignait la flamme jaune. Il connaissait l’histoire, bien sûr. Darucha avait été une personnalité redoutable, certainement plus fort que tous les Yuja du pays de la terre réunis. Kade Kansen avait été une autre de ces personnalités exceptionnelles capable, disait-on, de tenir tête à une armée. Mais ils étaient tous les deux morts et la flamme jaune d’aujourd’hui ne partageait plus rien par rapport à ces illustres ainés. Elle n’était pas sans force cependant, regroupant comme à son habitude des jeunes gens doués et à la réputation grandissante. Kenta connaissait leurs noms et quelques uns de leurs faits d’armes. Il aurait préféré se tenir éloigné de Naikin tadashi ou de koshiro negame, mais les choses étaient ainsi faites. Kenta était trop vieux et expérimenté pour ne pas savoir que dans la vie, la plupart des choses qui arrivaient n’étaient ni choisies, ni souhaitables. Elles arrivaient.

Pendant un temps, Kenta avait espéré que l’erreur des siens était passée inaperçue. Mais de toute évidence, la flamme jaune suivait leur trace comme le chien le boucher. Ils n’essayaient pas de dissimuler leurs intentions, non, ils voulaient montrer aux yuja qu’ils approchaient à que dès qu’ils seraient là, ce sera la fin. Tout était parti de Sechiro nabeko. Kenta lui avait laissé sa fille, Noriko, talentueuse et capable pour une femelle. Celle-ci avait choisi de partir avec son amant, un truand du pays de la rivière qui avait passé plus de temps chez les putes du marché noir qu’à gagner sainement sa vie. Kenta n’avait jamais compris l’intérêt de sa fille pour cet homme de mauvaise vie, violent et vulgaire, mais à partir du jour où sa fille avait versé son premier sang menstruel, Kenta avait décidé de ne plus s’investir dans sa vie autrement que dans sa fonction de leader des yuja. Cela faisait des mois qu’ils évoluaient avec Sechiro afin de garantir sa sécurité, prenant part à ses affaires de contrebande et tirant un bénéfice substantiel de leur partenariat. Une chose que l’on ne pouvait pas retirer à Sechiro, c’était qu’il gagnait bien sa vie et qu’il payait en somme sonnante et trébuchante dès qu’il le devait. Les yuja avaient profité de cet argent pour s’installer au cœur du pays de l’eau et s’équiper un peu mieux qu’avec leurs vieilles guenilles dépenaillées. La richesse était un luxe auquel kenta n’avait plus accédé depuis longtemps, depuis qu’Iwa se dressait encore comme une puissance conséquente en réalité, et il ne pouvait s’empêcher d’avoir conservé une tendresse particulière à cette situation, même si cela n’était pas très digne.

Kenta avait appris la mort de sa fille sans ressentir quoi que ce soit. Il avait huit enfants encore vivants aujourd’hui et il ne comptait plus ceux qui étaient morts. La vie des guerriers étaient ainsi faite et tous, absolument tous, connaissait le sacrifice nécessaire à une nouvelle évolution. Alors qu’ils étaient dans la caverne, elle, son amant imbécile et Sechiro, la flamme jaune était intervenue. Noriko vendit chèrement sa peau, mais elle finit écrasée par Naikin tadashi. Quand ses frères et sœurs arrivèrent sur place, ils ne purent mettre la main sur les corps. Kiri (maudit soit son nom) avait dû les confisquer, pour les disséquer et retirer leur patrimoine génétique, ou d’autres monstruosités contre nature. Il n’était plus l’heure de regretter ce qui s’était passé. Depuis toujours, Sechiro avait su que les contrebandiers étaient aussi bien le socle que le maillon faible de leur entreprise. Ils étaient trop faciles à pister, retrouver et piéger. La succursale de Sengoko avait été détruite, mais il en restait beaucoup d’autres. Kenta connaissait trop bien la logique ninja pour penser que la flamme jaune s’amuserait à traquer chaque cache des contrebandiers afin de les exterminer. Non, il s’agissait de professionnels. Ils viseraient en premier lieu les têtes pensantes. C’était toujours ainsi que se passaient les conflits ninjas. Pendant la guerre entre iwa et kawa (maudit soit son nom), cela se jouait finalement entre les deux chefs, la question était de savoir qui tomberait en premier et, sans grande surprise, une fois le cou du chef de kawa allégé de sa tête, son village s’était mis à genou comme une femme.

Cela n’avait pas manqué. Yuma tamiko avait à son tour trouvé la mort. Kenta ne pouvait nier que c’était une belle femme (elle s’était suffisamment laissée inspectée pour qu’il en soit convaincu), talentueuse et qui connaissait son métier. Si elle était tombée, ce n’était ni par maladresse, ni par erreur, mais tout simplement parce que ses adversaires étaient trop forts pour elle. Kenta se souvenait parfaitement de la fois où elle était venue les chercher directement au pays de la terre, pénétrant dans leur hameau crasseux comme une reine. Elle s’était présentée à lui et s’était inclinée respectueusement. Kenta ne la connaissait pas à cette époque (l’année passée ? à peine ?), il ne s’intéressait pas aux histoires du monde extérieur, à ses guerres, à ses soubresauts inutiles. Tout ce qui l’intéressait, c’était la puissance passée et oubliée d’iwa, les clans désunis, les ninjas réduits à l’état de mercenaires, de putains et de vauriens. Kenta n’était pas un homme exemplaire, mais il respectait à la virgule près son code de l’honneur et cette situation n’était pas honorable. Il voyait dans ses rêves iwa reprendre de sa force, se redresser des cendres et dominer à nouveau le monde comme il l’avait si bien fait. Mais les autres clans n’entendaient rien, prétextant que cela n’existeraient jamais et préférant vendre ce qui restait de leurs âmes aux plus offrants, n’hésitant pas à abandonner les secrets les mieux gardés d’iwa et de leur clan.

Yuma lui demanda d’entrer à son service. Kenta aurait pu la tuer pour une parole aussi futile. Lui, Kenta Bakajikara, la force de la nature, se vendre à une pisseuse ? Mais yuma sut se montrer convaincante, si bien que le colosse du pays de la terre accéda à sa requête. Il partit avec deux de ses fils aînés, tirés du ventre de sa vigoureuse première femme, et laissa le reste de son clan en arrière dans son village. Yuma les conduisit sur une île du pays de l’eau, nagumo, où elle leur fit visiter ses installations. Elle expliqua son projet, un projet auquel Kenta n’entendait rien. Il s’agissait de contrebande et d’activités de voleurs. Il y avait une autre femme avec elle, très belle et très élégante, Haiko. Kenta fut dégoûté lorsqu’il vit les deux femmes s’embrasser intimement en sa compagnie et, si cela n’avait tenu qu’à lui, il aurait fait rouler leurs têtes à ses pieds. Mais quelque part, il sentit que ce n’était pas des femmes contre lesquelles il désirait avoir à combattre un jour. Il ne comprenait pas comment ces femelles (des amantes qui plus est), aussi puissantes soient-elles, parvenaient à obtenir l’attention et le respect de leurs hommes. Ce pays de l’eau n’avait définitivement pas l’âme d’un chef, une chance qu’il se soit trouvé trop loin d’iwa au faîte de sa gloire. Kenta en avait toujours été persuadé, l’eau était un élément femelle. Ce n’était pas un hasard si les femmes mouillaient pour faciliter le passage des hommes. Toutes les réponses se trouvaient dans la nature, il ne fallait pas être devin pour les trouver. Kenta fit toutefois de son mieux, alors, pour conserver son attention. Il s’assura par la suite de ne jamais se retrouver avec les deux femmes ensemble pour s’assurer de ne pas perdre le contrôle de sa (courte) patience.

Yuma et Haiko lui payèrent immédiatement une très confortable avance. Les termes du contrat étaient simples. Kenta leur prêtait la force de son clan pour garantir la sécurité de leurs affaires, tandis qu’elles leur versaient de manière régulière un tribut raisonnable. Kenta fit venir une grande partie de sa famille sur l’une des îles du pays de l’eau (il demanda la plus riche, on lui répondit aso, alors il déménagea sur aso). Il s’établit dans une vaste demeure sans âme, mais suffisante pour loger une grande partie des siens. Noriko et son amant stupide furent envoyés auprès de Sechiro nabeko, l’un des contrebandiers des femelles souveraines, et trois autres enfants de Kenta furent ainsi éparpillés parmi les flottes. Il demeura dans la propriété qu’il avait achetée avec cinq de ses autres enfants. C’est ici qu’on lui apprit le décès de Noriko, puis celui de Yuma tamiko. Cela faisait une semaine maintenant. Haiko n’était pas venue le voir, ne lui avait pas envoyé de message pour lui demander quoi que ce soit, mais il avait bien reçu le paiement dû. Il ne savait pas à quoi jouait la femelle, mais il s’en moquait éperdument du moment qu’elle payait. Peut-être avait-elle fui, partant se terrer dans une de ses grottes après avoir appris la mort de son amie. Cela importait peu, car elle ne faisait plus partie de l’équation. La flamme jaune en avait après les yuja du pays de la terre.

Ils ne seraient pas déçus, Kenta pouvait au moins leur promettre cela.

* * * * *

Haya déboutonna sa chemise, la plia soigneusement et la posa sur le bureau à ses côtés. Elle entreprit ensuite de détacher les bandages qui lui recouvrait la poitrine des aisselles jusqu’au milieu des côtes, opération qui lui prit deux bonnes minutes comme chaque fois qu’elle s’y essayait (soit, deux fois par jour au moins). Elle récupéra les compresses en retenant une grimace lorsqu’elles frottèrent contre la blessure à l’acide, témoignage de son combat contre Yuma tamiko, l’assassin qui avait trouvé la mort de ses mains une heure plus tard. La brûlure avait brunie davantage au cours de ces quelques jours de soins répétés. Haya détourna les yeux en disposant les bandages et le compresse par-dessus sa chemise pliée.

Son sein gauche était cruellement mangé par l’acide, l’allégeant d’un tiers de son volume par rapport à son voisin bien portant. Son auréole rosée était légèrement affectée mais, heureusement ou non haya n’aurait su le dire, le téton avait été épargné. De l’acide avait coulé le long de ses côtes, laissant un sillage noir et désolé, et quelques gouttes étaient allées s’écraser sur ses hanches, créant des trous qui évoquaient immanquablement des brûlures de cigarettes.

Esio rapprocha son fauteuil roulant et se pencha légèrement. Haya s’assit et mit de côté de ses jambes pour le laisser caler son fauteuil face à elle. Il se recula et enfila des gants, les traits de son visage indescriptibles. Haya chercha le regard de Ryosen qui lui adressa un sourire rassurant et un hochement de tête. La juunin se retourna vers Esio dès que son doigt passa le long de ses côtes, suivant la ligne de l’acide sans la toucher. Il lui attrapa délicatement le sein entre deux doigts par là où il était encore praticable.

Esio – Ta poitrine est-elle douloureuse?

Haya – Non, seulement quand j’appuie par inadvertance sur la brûlure, quand je dors par exemple, ou quand je reçois un choc.

Esio acquiesça sobrement. Il toucha son autre sein, vierge de toute marque noire et fronça imperceptiblement les sourcils, faisant glisser les lunettes sur son nez.

Esio – Je trouve ton sein blessé plus dur que l’autre.

Il leva les yeux vers haya, précédant sa question.

Esio – Ce n’est pas symptomatique. Cela signifie seulement que ton corps réagit.

Haya aurait pu le lui assurer. Le regard d’Esio passait d’un sein à l’autre, comme s’il essayait de déterminer la masse perdue. Son doigt s’attarda sur les cloques, dont la grosseur avait diminuée au fil des jours, mais qui restaient principalement concentrées sous la courbe de la poitrine. Esio lui demanda si elles étaient douloureuses (elles ne l’étaient pas). Il finit par se reculer sur son siège roulant, sans retirer pour autant ses gants.

Esio – C’est du ahisan. C’est utilisé par les criminels, principalement, pour faire disparaître les corps. Ils disposent le corps dans un bac puis répandent l’acide. En quelques heures, l’acide a rongé la chair, les os… tout ce qui constituait un corps humain.

Une application tout à fait charmante de cet acide. Haya pouvait témoigner de son efficacité.

Esio – La structure ne semble pas avoir été modifiée. L’état de la brûlure est semblable à ce qu’on pourrait attendre du ahisan à ce stade. Cela ne devrait pas empirer. Les infections ne devraient pas prendre non plus, tant que tu continues à suivre les soins de Ryosen et que tu t’occupes des brûlures.

Haya acquiesça. Elle ne s’était pas attendue à ce qu’esio lui trouve un remède miracle (Ryosen l’avait prévenue), mais elle espérait tout de même quelque chose de substantiel à se mettre sous la dent.

Esio – Les bras reprendront rapidement leur état normal. Nous les traiterons en deux semaines. Oui, deux semaines cela devrait suffire. La poitrine en revanche a été rongée. Le chakra peut recréer la matière, les tissus, mais dans ce cas, la chair a complètement disparu. Cela demande d’autres soins. Je peux les apporter, mais je ne suis pas le meilleur dans ce domaine. Les brûlures s’atténueront progressivement. Je ne peux pas faire beaucoup mieux, je le crains.

Haya essaya d’esquisser un sourire maladroit. Elle ne pouvait s’empêcher de trouver cela peu encourageant. Deux semaines, cela lui paraissait une éternité. Et seulement pour les bras, Esio prévoyait davantage (sans préciser de durée, nota-t-elle) pour le torse.

Haya – La rémission sera complète ?

Esio – Je suis optimiste. Il restera peut-être une fine différence de coloration, mais rien de définitif. Ta poitrine devrait également recouvrer toutes ses perceptions sensorielles et ses fonctions, à l’instar de l’allaitement par exemple.

Haya hocha à plusieurs reprises la tête pour masquer son brusque embarras. Les questions d’allaitement ne lui avaient pas vraiment traversé la tête. Mais c’était tout de même une bonne nouvelle, même si la juunin demandait à voir.

Haya – Combien de temps faut-il compter ?

Esio se tapota la lèvre avec un stylo.

Esio – Je ne saurais te donner une réponse ferme. Un mois ? deux ? davantage ? Je pense que d’ici trois semaines, ton sein aura retrouvé son volume d’antan. Les marques et la sensation de brûlure mettront le plus de temps à s’effacer. Cela restera douloureux un moment.

Haya ne connaissait pas du tout esio katoshi. Elle savait uniquement qu’il était enseignant à l’académie et qu’il était handicapé. C’est Ryosen qui lui en avait parlé pour ses brûlures. Il disait qu’il n’y avait pas à proprement parler d’expert en chirurgie de ce type à kiri, mais qu’esio était ce qui se rapprochait le plus de l’expert universel qui à toutes les réponses à toutes les questions. Cela lui avait paru suffisant pour tenter le coup, d’autant qu’elle n’avait rien à perdre, et jusqu’à présent Haya n’était pas déçue. Esio était aimable, professionnel et de toute évidence chevronné. Pourtant, la jeune femme ne le trouvait pas beaucoup plus vieux qu’elle, il devait même avoir son âge à peu de choses près. Ryosen l’avait prévenue qu’il était considéré comme une sorte de génie par ses pairs et ses élèves.

Haya – D’accord. Comment procèderons nous?

Esio – Je donnerais à Ryosen des indications sur quoi faire. Il faudrait que tu puisses venir me voir au moins deux fois par semaine que je puisse observer les avancées et éventuellement modifier ton traitement.

Ryosen – Haya est un élément primordial dans une vaste opération menée par la flamme jaune. Si elle venait à être blessée, est-ce que cela remettrait en cause l’efficacité de son traitement ?

Haya se raidit insensiblement. Esio la dévisagea, comme s’il essayait de la jauger. S’il disait oui, Haya savait que Naikin l’exclurait du processus et la juunin n’aurait d’autre choix que d’accepter sa décision. Esio finit par hausser les épaules.

Esio – Non, je ne le pense pas. Cela fera mal, mais la brûlure ne s’aggravera pas. Les cloques pourraient éclater, mais c’est sans conséquence tant que cela ne s’infecte pas. Il ne devrait pas y avoir de problèmes de ce côté.

Esio manipula son siège pour se reculer. Il se dirigea vers une armoire suffisamment basse pour qu’il puisse y accéder de manière pratique. Haya remarqua que tout était impeccablement rangé, classé et ordonné. Il ne lui fallut pas plus de quelques secondes pour récupérer ce dont il avait besoin et revenir. Il tendit un pot à Haya, qui parcourut la notice des yeux.

Esio – A appliquer le matin après avoir lavé tes plaies et le soir avant de t’endormir. Tu peux mettre des compresses par-dessus, ce sera plus commode. Cela devrait atténuer la douleur, limiter les démangeaisons et favoriser la guérison.

Il entreprit ensuite d’expliquer à Ryosen quelle manipulation opérer pour reformer les tissus disparus. Haya perdit très vite le fil, mais son ami hochait la tête comme si tout cela était une évidence. Haya retint seulement qu’il faudrait répéter l’opération tous les jours. Ses seins allaient définitivement être très populaires au cours des prochaines semaines, il n’y avait pas de doutes à avoir. Esio leur donna rendez-vous en fin de semaine, Haya le remercia chaleureusement, appliqua ses bandages, remit sa chemise et suivit Ryosen dans les couloirs de l’académie. Ils retournèrent en silence dans la rue où le soleil tapait fort, jurant avec la pluie de la veille.

Ryosen – Alors, c’est une bonne nouvelle, non ?

Haya – Oui, je suis soulagée. Au moins je pourrais continuer à prendre part aux opérations.

Ryosen – Vu l’opposition qu’on va affronter, on aura clairement besoin de tout le monde.

Haya lui décocha un coup d’œil. Naikin et Saeka avaient mené des recherches au cours des derniers jours pour explorer les pistes trouvées dans le complexe de Yuma tamiko. Il s’agissait bien de celui de Nagumo, pas très loin de la ville où Akinori, le chef de la milice de doshin, les avait accueillies. Le décès et la trahison d’Akinori avaient été rapportés au gouverneur de la petite cité, qui l’avait aussitôt fait remplacer par quelqu’un d’autre en assurant qu’il mènerait une enquête approfondie sur les membres engagés dans la milice de sa ville. Peine perdue, pensa Haya. En ce qui la concernait, doshin ne faisait plus véritablement partie de l’équation désormais. La cache de Yuma avait été complètement vidée de ses cargaisons, une équipe avait ensuite entrepris de la faire s’effondrer sur elle-même après en avoir fouillé les moindres recoins. C’était la flamme jaune qui avait hérité des informations de premières importances, comme il se devait. Les autorités de kiri étaient maintenant averties de l’opération menée par l’équipe légendaire du village et personne n’y avait trouvé à redire.

Ryosen était resté la plupart du temps aux côtés d’haya, qui avait regagné son appartement depuis plusieurs jours. Il ne suivait les évolutions de l’enquête que de loin en loin. Haya savait que Naikin et Saeka avaient toutefois bien progressé par rapport à la dernière fois.

Ryosen – Il semblerait y avoir une dizaine de yuja du pays de la terre sur le sol du pays de l’eau. Pour l’instant, Naikin sait seulement qu’ils se trouvent sur Aso car c’est là que l’argent est envoyé. Ils ne mettront pas longtemps à trouver la planque exacte. Quand ce sera fait, nous irons massacrer ces fils de pute.

Haya – Ben alors ryosen ? Ils t’ont piqué ton goûter?!

Ryosen lui adressa un regard faussement méprisant.

Ryosen – Vous me confondez avec une blonde généreuse et gourmande de notre connaissance, jeune fille. Plus sérieusement, que ces empileurs de cailloux puissent défier la flamme jaune comme ils l’ont fait, c’est insensé. Celui qui les commande et qui a pris cette décision a signé l’arrêt de mort de son clan. Ce n’est pas plus compliqué que cela.

Haya acquiesça la tête en silence. Elle ne doutait pas de l’efficacité de ses compagnons (ou de la sienne), néanmoins elle se promit de demeurer absolument prudente afin de ne pas s’exposer à une déconvenue semblable à celle de la dernière fois. Ils n’étaient que deux, et pourtant ils avaient manqué les forcer à battre en retraite, ce qui aurait considérablement diminué leur progression dans leur enquête. Mais haya connaissait maintenant mieux leur style de combat et elle ne comptait pas se faire piéger trop facilement deux fois au même jeu, d’autant plus que si tout se passait convenablement, ils bénéficieraient d’une force de frappe complète cette fois-ci. Ryosen vérifia l’heure qu’il était. Ils étaient en avance au rendez vous que leur avait fixé Naikin, dans le vaste et confortable appartement de Saeka et Koshiro, qui était un peu devenu leur QG de mission par la force des choses. C’était la première fois qu’haya participait à une opération militaire d’envergure aux côtés de la flamme jaune, si l’on exceptait le meurtre des hommes de main de Nagata. Mais cette fois ci, la différence de niveau était trop évidente pour qu’il y ait réellement un doute sur l’issue. C’était une exécution dans les règles alors.

Comme les yuja l’avaient déjà démontré, l’échec restait clairement une possibilité ici. Tout le travail serait de la minimiser jusqu’à ce qu’elle disparaisse.

Ryosen passa le seuil d’entrée de la maison de Saeka et retira sa veste, l’accrochant au mur et rejoignant Benihime sur le canapé.

Ryosen – Ko n’est pas là?

Benihime – Non. Il a rejoint sa chérie.

Benihime tapota sur l’accoudoir à côté d’elle pour inviter haya à venir s’y asseoir (ce qu’elle fit de bonne grâce).

Benihime – Alors les nouvelles sont bonnes ?

Haya – On peut dire ça. Dans quelques mois cela devrait avoir disparu et tout devrait reprendre une forme normale.

Benihime – Tant mieux. Déjà que tu as de tout petits seins, s’il t’en manque la moitié…

Ryosen secoua la tête.

Ryosen – Cette fille ne respecte rien.

Haya les laissa se disputer gentiment à côté mais ils n’eurent pas le temps de vraiment en profiter, car le bruit caractéristique d’une téléportation les fit se retourner tout trois d’un même mouvement, ce qui arracha un sourire à Saeka. Naikin et Koshiro l’encadraient.

Saeka – Nous avons de bonnes nouvelles.

MessageSujet: Re: Les yujas du pays de la terre   Ven 13 Jan - 20:55

Cela faisait près d’un an qu’il y était. Ce n’était pas énorme, bien sûr, mais néanmoins largement suffisant pour se faire une idée et Kenta savait qu’il n’aimait pas et n’aimerait jamais ce pays de l’eau. Tout lui donnait la nausée. Le climat pour commencer, si humide, si aléatoire, alternant orages violents, averses, soleil tapageur, grosses vagues menaçantes. L’eau… elle était partout. Il ne pleuvait pas plus que dans le pays de la terre, mais le pays de l’eau ne respectait pas les saisons. Quand les cieux décidaient de pisser, ils ne se gênaient pas et la pluie tombait drue jusqu’à ce que la terre se noie. Kenta ne voyait pas la mer depuis la maison qu’il s’était choisie, mais quand il s’en approchait, il découvrait avec dégoût ces vagues épaisses rouler les unes sur les autres, obscènes, incessantes et il avait envie de descendre les assécher une à une. Les gens ensuite… les hommes étaient faibles, minces comme des fétus du paille, peu vigoureux, besogneux comme des paysans. Chaque fois que Kenta en observait un, la même réflexion lui venait : ce n’était pas une race de conquérant. Il n’y pouvait rien, cela lui sortait par les yeux. Il ne voyait même pas l’intérêt que ce pays miséreux pouvait avoir à entretenir le mirage d’un village caché. C’était un mensonge éhonté, une escroquerie de voleur à la petite semaine… jamais ce kiri (maudit soit son nom) ne parviendrait à se hisser à la cheville d’iwa à la grande époque, c’était peine perdue. Ces gens n’avaient pas besoin de protection, ils avaient besoin d’être achevés une bonne fois pour toute. Savoir que ce misérable village était aujourd’hui considéré comme un des grands de ce monde témoignait bien de l’état déplorable des choses, depuis qu’iwa avait mangé la poussière. Cela ne faisait que renforcer les doutes depuis longtemps nourris par Kenta et les siens : cette déchéance avait été orchestrée par tous ces bâtards haineux, par ces putains aux cuisses souples qui à défaut d’être forts avaient au moins l’intelligence (l’instinct bestial) de savoir que jamais, jamais au grand jamais, ils ne parviendraient à son niveau.

Alors comme des enfants pitoyables qui saccagent ce qu’ils ne comprennent pas, ce qui leur est inaccessible, ils saccagèrent iwa. De la manière détournée qui sied aux ninjas, mais sans élégance, dans la plus grande injustice car leur geste n’avait jamais été provoqué par l’ambition, par la grandeur, mais par la bassesse et l’envie. Ces hommes et ces femmes méritaient cent fois de mourir pour ce qu’ils avaient fait à ses frères et ses sœurs, pour ce qu’ils avaient fait dans une plus large mesure à l’ensemble des ninjas. Tuer le père sans être capable de prendre sa relève, cela était inimaginable. Ces générations étaient vouées à l’échec, de la même façon que la génération de Kenta avait été vouée à l’élévation. Même la géographie du pays pointait en ce sens : plat, plat, désespérément plat. Morcelé entre des îles sans intérêt, prétentieuses et stupides. Aucun sommet, aucune dense forêt à portée de vue, non rien que des plaines qui s’éternisaient interminablement, des mers aussi plates que les femmes d’ici, un ciel monotone et gris. C’était ce dont Kenta avait hérité, après cinquante ans d’efforts, c’était tout ce qu’il était parvenu à se ménager. Tout cela pour recevoir chaque mois quelques sous misérables, alors qu’il humiliait le nom de sa famille à s’acoquiner à deux salopes amourachées. Kenta sourit à cette pensée. La plus jeune était morte maintenant. Yuma tamiko. Le patriarche se souvenait très bien de son nom. Elle représentait la gangrène du monde, ces assassins mercenaires qui apprenaient le métier sur le tas, qui ne bénéficiaient pas d’un apprentissage structuré au sein d’un village caché et qui n’avaient rien de ninjas. Ils ne faisaient pas le poids face à des spécialistes. Kenta voulait bien reconnaître qu’elle n’était pas maladroite avec un couteau dans les mains, pour ce qu’on lui avait dit (et il savait bien que les gens d’aujourd’hui se laissaient plus facilement impressionner que dans le temps), mais ce n’était tout bonnement pas suffisant. L’autre femme, peut-être… mais elle venait d’un village sans force et elle l’avait quitté, un geste honteux et inadmissible (encore que Kenta puisse comprendre qu’elle ait été dégoûtée par son village de fillettes en jupe). Kiri (maudit soit son nom) n’avait pas même eu les tripes de tuer cette traîtresse méprisable, de la traquer jusqu’à lui passer le fil d’une lame sur sa gorge cent fois infidèle, lui ouvrir le ventre comme dans le temps de bas en haut pour que les boyaux tombent par terre sans salir la main vengeresse et la regarder se vider comme une putain qui perd les eaux de sa misérable vie. Son corps aurait ensuite été brûlé, pendant qu’elle était encore dans un semblant de vie rien que pour éprouver la caresse de ses hurlements une dernière fois et se graver dans la tête ce souvenir, afin de punir les félons et renforcer la foi des fidèles.

C’était ainsi qu’il fallait traiter. Ce prétendu village puissant ne savait rien faire de cela. Il continuait d’empiler les déserteurs de renom. Darucha Gankkara, Karasu, Kade Kansen, Yukio emishi… tous ces grands noms, tous ces hommes lucides qui ont préféré tourner le dos à un village incapable de soutenir leur talent. Mais qui s’étaient pour cela rendus coupables du geste le plus méprisable, le plus petit, le plus condamnable, celui de l’ultime trahison. Et kiri (maudit soit son nom), qui court derrière eux à en perdre haleine, effrayé à l’idée de les rattraper et d’avoir à affronter leur force trop grande… à l’époque d’iwa, cela ne se serait pas passé ainsi. Kiri (maudit soit son nom) serait venu les supplier de les aider et Iwa, dans sa grande largesse (et dans un souci pécuniaire que comprenait Kenta) aurait accepté de traquer à leur place leurs scélérats, coiffant leurs têtes sur les murailles imprenables de son village.

Kenta fut tiré de ses songeries par l’un de ses fils. Il était dans sa chambre, assis sur un semblant de trône dans un noir presque complet. Il préférait conserver les volets perpétuellement fermés et avait ordonné à toute la maisonnée de faire de même. Ce ciel gris lui donnait envie de vomir, Kenta en avait honte pour ses yeux. La chambre était sale, désordonnée et sentait le renfermé et l’urine, mais le vieil homme ne s’en rendait même plus compte. Les couches de poussière et le grincement des meubles délaissés convenaient à cette maison détestable. Son fils se mit sur les genoux et s’inclina de tout son long, son front frappant sèchement le sol (ce fut ce qui détourna l’attention de Kenta). Le patriarche l’observa de longues secondes sans l’inviter à se relever. C’était Hisao, avec ses cheveux ras, son air débile et ses doigts tranchés. Kenta ne le méprisait pas. Il avait de la force mais manquait de tactique pour réellement devenir un chef. Cela n’importait pas, ce n’était pas ce que Kenta lui avait destiné.

Kenta – Quoi ?

Hisao – Père, votre fils Shutaro est revenu.

Kenta se redressa. Ce n’était pas trop tôt. Shutaro était son héritier et même s’il n’était pas de sa trempe, il faisait des efforts. Cela faisait presque un mois qu’il l’avait renvoyé sur sa terre natale pour une histoire qui devait trouver sa résolution sous peu. Un clan rival depuis des générations originaires du pays du vent avait su que Kenta et une grande partie des siens étaient partis sur le pays de l’eau. Ils en avaient profité pour attaquer les yuja restés en arrière. Il y avait eu des morts, mais Kenta n’avait pu en apprendre beaucoup plus.

Kenta – Amène le moi.

Hisao se redressa, s’inclina et sortit en vitesse. Quelques secondes plus tard, la haute silhouette de Shutaro se dessina. Il se jeta aux pieds de son père de la même façon qu’hisao, mais cette fois ci Kenta l’invita aussitôt à se relever.

Kenta – Quelles sont les nouvelles, fils ?

Shutaro – Père, le clan itami a été mis en déroute. Shigeki, umetaro, shizu, nobuko, manaka et kyomi ont trouvé la mort parmi les nôtres. Envisagez vous une riposte armée ?

Les pertes étaient raisonnables. Shigeki et shizu étaient parmi ses fils les plus frêles, nobuko et kyomi n’avaient jamais été des guerrières aguerries… non, les pertes étaient définitivement raisonnables, rien qui ne puisse être réparé. Le clan itami avait manqué par deux fois être totalement détruit par les bakajikara, mais à chaque fois le destin avait joué en leur faveur. La première fois, il y a plus de trente ans de cela, le père de Kenta (le plus grand guerrier qu’il ait jamais vu) menait l’assaut. Alors que les guerriers itami se faisaient massacrer, que leurs femmes étaient violées à même le sol et que leur maisons ridicules étaient brûlées, une tempête de sable comme Kenta n’en avait jamais vu se leva brusquement et manqua tout anéantir sur son passage. Le père de kenta n’eut d’autre choix que d’ordonner la retraite. Ces salopards de itami, à l’instar des termites, montrèrent de réelles disposition à la survie en parvenant à déguerpir. Kenta avait eu le temps d’emporter deux souvenirs. Il s’était dirigé directement dans la tente du chef des itami, dans l’espoir de le vaincre et d’apporter sa tête à son père en signe de respect et pour lui prouver qu’il était le meilleur de ses fils. Il était tombé sur sa femme et l’une de ses filles. Il avait frappé la femme dans le ventre avec sa main nue et aujourd’hui encore, quand il fermait les yeux, il parvenait à éprouver à nouveau la sensation de sa peau qui se déchirait au niveau du nombril comme s’il s’était agi d’une feuille de papier, de la chaleur absurde de son sang et de ses viscères et de ses doigts qui retrouvaient l’air libre dans son dos percé. Il savait que la blessure ne serait mortelle que dans plusieurs heures. La femme le regarda avec horreur déchirer les vêtements de sa fille et la mettre bien face à elle pendant qu’il s’enfonçait en elle, dur comme la montagne, la soulevant de plusieurs centimètres à chacun de ses coups de reins. Elle était si étroite que cela lui donna une impression de claustrophobie. Les pleurs, les pleurs lui vrillaient encore le cerveau rien que d’y penser. Heureusement, l’adrénaline de la bataille et l’excitation de la mort le firent jouir en moins de deux minutes. Le sexe encore dressé, il attrapa la tête de la fille par les cheveux et plaçant son pied en contrepoids, tira de toute ses forces jusqu’à sentir tous ses os craquer les uns après les autres, comme des cordes d’arc qui lâchaient. Il dût arracher ce qu’il restait de colonne vertébrale pour dégager la tête, qu’il présenta à la mère avant de procéder de la même façon. La sensation de leur sang qui le maculait littéralement de la tête aux pieds, c’était peut-être le souvenir le plus émouvant qui lui venait.

Il accrocha leurs têtes à sa ceinture par les cheveux et sortit de la tente dans l’espoir déçu de trouver un homme capable de l’affronter. Quelle jeunesse il avait alors… Kenta ne pouvait s’empêcher de penser que s’il était encore le jeune homme d’alors, jamais il n’en aurait réduit au point de plier genoux devant deux lécheuses. C’aurait été leurs têtes à elles qu’il porterait à sa ceinture aujourd’hui.

Kenta – Oui. Shutaro, je veux que ce clan soit détruit. C’est une honte pour notre nom et notre famille qu’ils parviennent aujourd’hui encore à ramper sur le sol et à nous mordre méchamment le mollet. Je veux que tu décapites ce qu’il reste d’eux. Prends les guerriers dont tu as besoin et honores ton nom.

Kenta, emporté par l’excitation, s’apprêtait à dire qu’il venait avec lui pour mener la charge. Mais c’était impossible. Ses deux cerbères femelles avaient bien spécifié qu’il devait rester à leur disposition. Une honte de plus, mais Kenta était un homme de parole et il n’était pas question de la briser pour un caprice d’enfant. De plus, ce serait une bonne occasion pour lui de voir la valeur réelle de Shutaro et des fils qu’il choisirait pour livrer ce combat.

Shutaro – Oui père ! Le clan itami sera détruit, père ! Je le jure sur mon nom.

Kenta – Ne jure pas sur quelque chose que tu ne mérites pas encore, fils. Pars sur le champ.

Kenta n’était pas un imbécile et il savait que mener deux guerres de front était le meilleur moyen de n’en gagner aucune. Il emporta avec lui quelques uns des meilleurs éléments des bakajikara, pas moins de cinq guerriers, mais avec cela Kenta ne doutait pas de l’issue de la bataille. Avec les survivants des yuja du pays de la terre (les seuls qui méritaient encore ce nom, jura intérieurement kenta), leur force de frappe serait bien supérieur à celle de ces pisseuses d’itami. Kenta exigea qu’on lui rapporte la tête des membres de la famille dirigeante et précisa que si on n’y sentait pas l’horreur à jamais figée sur les traits de leur visage, il saurait se montrer cruel. Le patriarche les regarda partir puis se détourna, agacé par ce ciel (bleu, mais un bleu dégueulasse). Excité par la perspective de la bataille et le souvenir de ses gloires passées, il remonta dans sa chambre et demanda à ce que sa fille, Asuna, monte le rejoindre.

Asuna était peut-être sa fille qu’il méprisait le moins, en dépit de son absence complète de qualités guerrières, au moins ne se permettait-elle pas de céder à la médiocrité. Non, ce n’était pas une question de mépris. Quelque chose dans les traits de son visage et dans ses expressions le touchait d’une manière un peu honteuse et inexplicable. Malgré son jeune âge, elle était solidement faite, la poitrine ample, les hanches larges, le teint pâle. Elle conservait toujours ses cheveux attachés en une queue modeste, comme les personnes de son sexe le doivent, baissant toujours ses yeux noirs trop grands, ce qui les rendait inexplicablement insolent et Kenta n’aimait pas l’insolence. Il détacha son kimono en tirant sur sa ceinture et le laissa tomber à terre. Ses mains larges et calleuses soupesèrent les seins qu’il connaissait bien avant de descendre sur son sexe sec comme l’air du pays de la terre. Il la coucha sur le ventre, la tête dans les couvertures, ses pieds touchant encore le sol et écarta ses fesses, entrant en elle en un mouvement fluide et brusque rendu douloureux par la sécheresse de sa fille. Asuna ne cria pas, ne produit pas le moindre son, laissant les grognements sourds à son père, comme il l’exigeait, prêtant une oreille distraite aux claquements monotones, brefs et répétitifs des hanches du patriarche contre sa chair.

* * * * *

Le désert du pays du vent s’étendait à perte de vue en contrebas, même si on pouvait apercevoir un début de forêt à l’ouest et de hautes montagnes à l’horizon. Haya n’aurait pas juré parvenir à les rejoindre d’ici la fin de la journée, si elle devait évoluer normalement. C’était la première fois qu’elle voyait le désert et cela l’impressionnait malgré tout. Imaginer que des gens vivaient sur cette terre aride et instable cela forçait le respect et ne manquait pas de poser des interrogations. Quelque part, il était logique d’être attaché à son pays, à son histoire et à son climat. Générations après générations, les habitants s’habituaient à y vivre et à y prospérer si cela leur était possible, rivalisant d’ingéniosité pour parer aux maux les plus courants. Néanmoins… le pays du vent n’avait jamais été reconnu comme un pays conquérant. Elle ne connaissait pas grand-chose de son histoire ou de celle de son village caché, suna, mais ils n’avaient pas laissé ce genre d’empreinte. Même si le territoire était très étendu, plus qu’aucun autre à sa connaissance, c’était parce qu’il avait été abandonné par les autres pays, boudé à cause de l’aridité du désert interminable et que par défaut, cela avait fini par délimiter le pays du vent.

Haya n’oubliait pas que suna avait un jour attaqué kiri. Venir de si loin pour attaquer un village concurrent, cela lui avait toujours paru incroyablement flou comme idée. Il devait y avoir des vérités sous jacentes mais elle n’avait jamais eu le temps de s’y intéresser réellement, certaine que l’avenir lui laisserait le loisir de se pencher là-dessus dès que possible. Aujourd’hui, le village était porté disparu, les communications étaient rompues et pour ce qu’ils en savaient, il pouvait aussi bien avoir été englouti par les sables. Haya se tourna vers ses compagnons qui discutaient à voix basse dans son dos. La flamme jaune au complet et Saeka. D’après les informations qu’ils étaient parvenus à acquérir, une partie des yuja du pays de la terre se trouvait toujours dans leur pays natal, aux prises avec un clan du pays du vent. Saeka leur avait dit que cela faisait longtemps qu’ils étaient ennemis et que, visiblement, les yuja avaient remporté une bataille décisive dernièrement, une bataille qui avait fait quelques remous. C’était surtout le manque de réaction de la part de suna qui avait été pointé du doigt. Apparemment, le village de l’un de leur clan affilié avait été détruit et pourtant, ils n’avaient pas proposé de réponse armée mais s’étaient murés dans le silence. Cette histoire n’intéressait personne (hormis les locaux, qui commençaient à prendre peur pour leur survie si suna manquait à ses devoirs) et les yuja savaient qu’ils ne risquaient rien (en grande partie parce que plus personne ne s’intéressait à eux depuis le siècle dernier). Malheureusement pour eux, l’information était parvenue jusqu’à la flamme jaune et cela suffisait à retracer leur position.

Haya les rejoignit, s’arrachant à la contemplation du paysage pour se concentrer sur leur mission présente.

Saeka – Je ne pense pas qu’ils disparaîtront brusquement.

Koshiro haussa les épaules.

Koshiro – Moi non plus, mais cela ne coûte rien de les surveiller.

Saeka – Très bien… nous te rejoindrons dès que nous aurons fini.

Koshiro acquiesça et se téléporta aussitôt. Haya devinait qu’il était parti observer le campement des yuja du pays de la terre. Ils ne s’y étaient pas arrêtés mais il n’avait pas été dur de le trouver, les yuja bénéficiaient encore d’une petite renommée dans leur pays et la flamme jaune avait toujours disposé de cette information. Mais lorsque naikin était allé au pays de la terre, il s’était rendu compte que le campement des yuja (qui se rapprochait davantage d’un petit village, d’après ses dires) était grandement diminué et qu’il ne devait pas y avoir plus d’une quinzaine de personnes qui y vivaient, dont la plupart n’étaient pas même guerrières. Le patriarche du clan, kenta bakajikara (mâchoire incroyablement sévère, visage carré, cheveux ras et regard neutre, haya avait trouvé l’image dont ils disposaient impressionnante malgré l’âge avancé de l’homme), avait dû apporter avec lui la majorité des éléments solides afin de respecter son engagement auprès de Yuma tamiko. Bien sûr, il leur aurait toujours été possible de prendre d’assaut le campement et d’y chercher des réponses, mais il ne servait à rien d’attaquer tant que la possibilité d’information n’était pas confirmée.

Maintenant qu’une partie des forces de Kenta étaient de retour sur leur terre natale, cette possibilité était indiscutablement confirmée. Pour ce qu’ils en savaient, ils y étaient toujours et n’envisageaient pas de partir dans l’immédiat, mais il valait mieux prendre garde. Ils devaient bien connaître leur pays et leur ennemi et l’information selon laquelle la flamme jaune était sur leur piste pouvait remonter plus vite que prévue, malgré l’absence de populace à des kilomètres à la ronde.

Naikin – Nous avons les coordonnées du village attaqué. Il ne devrait pas y avoir de présence hostile, mais prenons garde toutefois.

La flamme jaune se mit aussitôt en route. La traversée du désert s’avéra beaucoup moins pénible que ne l’aurait imaginé haya. Ils évoluaient rapidement sur de longues plaines sablonneuses qui préservaient une ligne d’horizon parfaite et ininterrompue. Le ciel était clair et dégagé, le vent complètement tombé, les risques de se laisser surprendre par une tempête de sable ou une attaque surprise étaient réduits, néanmoins, ce pays n’était pas le leur et cela ils en avaient parfaitement conscience. Il ne fallait pas présumer des règles du jeu avant qu’elles ne soient clairement exposées. Ils passèrent devant une poignée de villages, dont certains se résumaient à deux trois tentes hâtivement plantées, certainement nomades. Le pays paraissait abandonné par l’homme, mais cela avait certainement toujours été le cas même pendant les heures où suna disposait encore d’un poids important dans le monde. La population n’avait aucun intérêt à construire des villes ici, au milieu de nulle part, sans la moindre ressource à portée de main. S’ils avaient dû en établir, ce devait être au sud près de la mer, près des frontières ou encore au cœur de terres dont ils avaient exploré les moindres secrets.

La flamme jaune ne tarda pas à aviser au loin le village qu’ils recherchaient. Il y avait encore de la fumée qui s’en échappait, des volutes légères dans ce ciel trop clair dépourvu de nuages. Ils ralentirent le pas et s’en approchèrent prudemment, ce qui prit finalement beaucoup plus de temps que ne l’aurait imaginé haya. Si des voyageurs traversaient ce pays, ils devaient s’armer de patience car la progression n’y était pas évidente et trompe-l’œil. Arrivés à une trentaine de mètre de ce qui avait été une barricade, les signes d’une attaque étaient évidents. Ils trouvèrent leur premier cadavre derrière les portes, les yeux grands ouverts en direction du soleil, une partie de son bras tranchée et le ventre ouvert. La flamme jaune se dispersa. Le village n’était pas très grand, il devait y avoir une vingtaine de tentes et trois bâtiments plus importants, en toile, en bois et avec même quelques éléments de pierre. Ce devait faire un certain temps que le clan itami était localisé ici. Une vaste majorité des tentes avaient été dévorées par un ou plusieurs incendies. Il y avait des cadavres dans les rues. Haya passa devant un squelette noirci qui avait été attaché à sa tente en feu. Beaucoup des corps étaient brûlés, partiellement ou entièrement selon leur proximité par rapport aux incendies, mais la juunin devinait que les torches avaient aussi été utilisées séparément des tentes, pour brûler les cheveux des femmes ou le visage des enfants. En remontant une allée de tente, haya remarqua que les cadavres des femmes qui s’y trouvaient avaient presque toutes les vêtements déchirés et les marques évidentes d’un ou de plusieurs viols. Beaucoup avaient été décapitées, il manquait énormément de têtes (certaines avaient dû rouler à cause du vent, ou bien elles avaient simplement été projetées par les assaillants). Au bout de l’allée, la juunin aperçut ce qui avait dû être un grand charnier pyramidal où les corps avaient été entassés. Il s’agissait en grande partie d’enfants ou d’adolescents au vu de leur composition, ou du moins de ce qu’il en restait. Haya eut la sinistre impression que la plupart avaient été brûlés vif, car certains corps étaient couchés sur le ventre à plusieurs dizaines de mètres de distance du charnier, comme s’ils avaient couru pour y échapper.

Benihime observait aussi le charnier de l’autre côté, fouillant les décombres du bout de sa botte. Elle ne semblait pas y trouver quoi que ce soit d’intéressant. Haya la rejoignit.

Benihime – Il ne reste rien ici.

Haya – Non, ce village est détruit et le clan anéanti.

La jeune femme acquiesça sans rien dire. Elles remontèrent l’allée opposée où un spectacle semblable à celui qu’haya avait déjà vu était proposé. La flamme jaune se retrouva sur ce qui avait peut-être été la place principale, entourée de cadavres à présent et de têtes solitaires.

Naikin – Il y a des yuja parmi les corps. Ils sont reconnaissables en ce qu’ils ne présentent pas les… symptômes des locaux. J’en ai compté au moins trois. Il y a eu une bataille, ce n’était pas seulement une exécution même si le clan itami a dû être pris au dépourvu.

Ryosen – Les yuja ne devaient pas être avantagés sur ce terrain. Il n’y a pas de terre ou de pierre, juste du sable. Les morts sont somme toute traditionnelles.

Saeka – Avec un fort penchant pour la décapitation, comme nous pouvions nous y attendre de leur part.

Haya – Pourquoi?

Saeka se tourna vers elle.

Saeka – C’est dans leur croyance. En retirant la tête à leur ennemi, ils le privent de pouvoir retourner sur la terre de ses ancêtres. C’est très humiliant dans leur conception. Ils gardent les têtes puis les crânes des ennemis puissants et brûlent le reste.

C’était une tradition qui en valait une autre. Les clans étaient très répandus dans le monde, peut-être plus encore que par le passé. Certains bénéficiaient d’une force militaire qu’ils choisissaient parfois de prêter à des villages, ou bien qu’ils préféraient utiliser à leur compte en tant que mercenaires, d’autres n’étaient jamais que des regroupements épars de personnes qui privilégiaient la vie en communauté pour se protéger et survivre dans des milieux hostiles. Ces derniers clans se rapprochaient finalement plus de village que d’autre chose, unis seulement par les liens du sang et encore, quand trop de générations ne s’étaient pas éparpillés à droite à gauche. Au fil des histoires propres à chacun de ces clans, il leur arrivait de nourrir des superstitions particulières, de mettre en place des rituels ou de développer des usages qui finissaient par constituer le cœur du clan. Décapiter les morts (et les vivants, pour ce qu’haya en devinait) n’était finalement que très ornemental et anecdotique.

Naikin – Quand ils décapitent, ils estiment aussi nourrir la terre du sang de leur ennemi. C’est un hommage qu’ils lui rendent, pour la force que la terre leur prête. C’est pour ça que certains corps sont suspendus par les pieds.

Ryosen – Nous dormirons moins bêtes ce soir.

Benihime – Tu as pris trop de retard Ryosen…

Ryosen haussa les épaules.

Ryosen – Répartie facile pour esprit simple, ma foi, chaque chose est à sa place.

Entendre la flamme jaune se chamailler gentiment dans ce paysage de carnage avait quelque chose de rassurant, même si haya ne doutait pas que des âmes bien pensantes s’empresseraient d’expliquer que ce n’était pas ce qu’on attendait d’eux. Mais haya connaissait suffisamment tout ce beau monde pour savoir que ce qui devait être fait le serait, de manière définitive et irrévocable. Ils reprirent sans se hâter le chemin de la sortie de ce qui avait été le village du clan itami.

Haya – Pourquoi sommes nous venus ici?

Saeka – Il pouvait y avoir des survivants. Mais j’ai l’impression que nous voyons ici le résultat d’un raid d’extermination. Il ne s’agissait pas seulement de représailles ou de punition, les bakajikara ont tout simplement rayés de la carte les itami.

Haya acquiesça en silence. Elle ne savait pas si c’était grave ou non, si cela avait une importance concrète. Connaître le potentiel de destruction de leur ennemis n’étaient pas accessoire, bien sûr, mais elle aurait pu se figurer ce spectacle sans y avoir assisté. Ce devait être pareil lors de toutes les guerres, surtout celles qui concernaient des microcosmes similaires aux clans. Les hommes et les guerrières étaient massacrés, les femmes violées, les enfants abattus… à la différence des pirates de moya, haya n’aurait pas parié grand-chose sur la possibilité qu’il y eut des prisonniers de fait. Saeka avait sans doute vu juste : les bakajikara avaient décidé de détruire une bonne fois pour toutes les itami, et ils y étaient parvenus. Sans doute que tous les itami n’étaient pas au village lors de l’attaque, ou bien que certains sont parvenus à fuir… mais les probabilités qu’ils reviennent sur le devant de la scène étaient réduites. Non, plus probablement, les villages cachés des alentours allaient dans les prochains jours accueillir de nouvelles recrues avides de vengeance. Ce qu’ils ignoraient, c’est que leur gibier aura d’ici là subi le même sort, frappé par une main gantée beaucoup plus terrible encore.

Mais moins soucieuse d’entretenir des superstitions et de soulager des pulsions guerrières.

La flamme jaune se téléporta immédiatement derrière la colline où reposait le clan bakajikara. L’endroit était très verdoyant, avec des arbres courts mais aux larges troncs et aux feuilles énormes. Haya entendait un ruisseau de là où elle était, mais il devait se trouver derrière la colline, sur l’autre versant. Une vaste quantité d’arbustes abritaient de petites baies colorées qui paraissaient appétissantes, mais même Beni ne se risqua pas à en prendre. Mieux valait être prudents avec ce qu’ils ne connaissaient pas parfaitement. Ils trouvèrent koshiro au sommet de la colline, derrière un arbre. Il se leva à leur approche tandis qu’ils se plaçaient à ses côtés pour observer le village en contrebas. Haya aperçut la rivière dont elle avait perçu la présence plus tôt, sur sa gauche, s’étendant plus loin qu’elle ne l’aurait imaginé jusqu’à se perdre dans un autre plan de forêt. Le village bruissait doucement mais paraissait immobile de là où ils se trouvaient. Aucune fumée (au vu de la chaleur, haya estima cela cohérent), aucun vent pour agiter les devantures et les oripeaux… à bien y regarder, si, il y avait des déplacements de temps à autre, mais leur position ne leur permettait pas de les suivre longtemps.

Saeka – Ils sont tous là ?

Koshiro – Oui, je le pense. Un groupe est revenu de chasse il y a quelques minutes.

Saeka mit la main sur sa chaîne. Cela annonçait généralement la fin des ennuis pour ses ennemis. Haya avait l’impression de poser énormément de question depuis le début de leur entreprise, mais après tout, elle était elle-même en apprentissage à l’heure qu’il était et il fallait bien qu’elle en profite. Elle ne souhaitait pas répéter des erreurs évitables.

Haya – Comment procédons nous? On tue tout le monde ?

Saeka – Non. Les yuja du pays de la terre sont organisés de manière très précise. Ils sont entièrement soumis au patriarche, Kenta Bakajikara en l’occurrence, qui fonctionne comme une sorte de tyran pour simplifier les choses. Il y a parmi eux des guerriers, qui feront tout ce que souhaitent le patriarche, mais aussi des personnes qui ne combattent pas et qui se soumettent au plus fort. Nous n’avons aucun intérêt à tuer ces personnes. Nous massacrerons ceux qui s’opposent à nous.

Haya acquiesça. C’était finalement assez simple.

MessageSujet: Re: Les yujas du pays de la terre   Sam 14 Jan - 20:58

Kenta saisit Asuna par sa queue de cheval et la tira en arrière. L’adolescente recula de quelques pas, encore engourdie d’être restée immobile si longtemps. Elle se passa une main sous l’entrejambe pour essuyer la semence de son père qui commencer à perler, attendant patiemment qu’il l’autorise à partir. Kenta remit son kimono, serrant sa ceinture autour de sa taille, sans accorder le moindre regard à sa fille. Il se dirigea vers le petit lavabo insalubre qui gisait dans la pièce à côté et s’y lava longuement les mains et le visage avant de retourner dans sa chambre. Il indiqua à sa fille de se rhabiller, ce qu’elle fit en quelques secondes, mais ne lui demanda pas de partir. Asuna finissait de lacer sa tunique, agacée par la sensation du liquide qui gouttait à présent le long de ses jambes, mais incapable de l’étancher sans se montrer impolie (un geste qui, elle le savait, lui aurait coûté cher). Kenta s’assit lourdement sur ce qu’il appelait avec ironie son trône, une chaise haute, simple et bancale qui avait connu des jours meilleurs. Asuna se frotta le nez discrètement. Cette pièce empestait. L’ensemble de leur demeure empestait. Lorsqu’ils étaient arrivés, c’était une propriété agréable qui nécessitait un peu de rénovation pour être réellement parfaite. Mais au lieu de rénovation, Kenta avait laissé les choses pourrir, faisant très tôt fermer les volets de toute la maisonnée. Il se passait parfois plusieurs jours (plusieurs semaines) avant qu’ils ne revoient, presque par hasard, le soleil et le ciel. L’air stagnait, les meubles dépérissaient, écrasés par la poussière, mangés par les mites. Asuna avait vu à plusieurs reprises des souris dans les couloirs, elle les entendait courir au plafond la nuit et une fois, elle s’était même fait mordre un orteil pendant qu’elle dormait. Le cri qu’elle avait poussé lui avait valu d’être sèchement battue par l’un de ses frères.

Kenta s’en voulait de vivre dans son maison, il trouvait cela indigne et il le faisait comprendre à tout le monde, s’assurant que leurs conditions de vie soient aussi misérables que l’estime qu’il lui portait. Asuna se souvenait de l’unique fois où l’une des employeurs de leur famille était venue. C’était la grande femme brune aux cheveux soyeux. A peine avait-elle aperçu l’état extérieur de la maison, elle avait refusé d’y entrer et avait fait venir son père dehors. Il avait été furieux d’être humilié de la sorte. Cela aussi tout le monde s’en souvenait. Depuis des semaines, Kenta parlait de retourner au pays de la terre avec les nouvelles richesses acquises. Il ne le faisait pas. Asuna pensait savoir pourquoi. D’après ce qu’elle avait pu comprendre, les employeurs de sa famille étaient des assassins renommées. Quelque part au fond de lui, Kenta devait savoir que s’il fuyait, il se réveillerait seulement l’espace d’une seconde, juste le temps de voir le poignard planté dans sa gorge. Il était terrifié à l’idée de mourir et terrifié à l’idée que les yuja du pays de la terre disparaissent avec lui, qu’il soit celui qui était responsable au moment de leur destruction. Les ancêtres ne seraient pas satisfaits, cela Asuna le savait. Mais les yuja étaient déjà tellement diminués, tellement réduits à rien… asuna les avait toujours connus ainsi. Elle peinait à croire les histoires selon quoi les yuja avaient un jour été des pièces maîtresse d’iwa, mais elle prenait garde à n’en rien dire. Ce serait la meilleure façon de finir noyée (une mort honteuse et terriblement humiliante pour les yuja, cela n’était arrivé que deux fois dans leur histoire et tout le monde en tremblait).

Kenta finit par lui parler, de sa lourde voix pleine de menace qui la tétanisait tant quand elle était enfant (et qui continuait de le faire, en réalité).

Kenta – Tu n’es pas encore grosse.

Le cœur d’asuna manqua un battement, avant qu’elle ne s’ordonne de rester calme. Il y avait deux choses que les yuja méprisaient : les femmes et la faiblesse. Une femme qui n’était pas capable de donner la vie était une anormalité. Asuna partageait cette opinion, c’était ainsi que les choses étaient faites. Depuis que son père la prenait, plusieurs mois durant, asuna guettait avec anxiété ses menstruations. Elles n’en avaient manqué aucune. Il ne servait à rien de mentir.

Asuna – Non, père.

Kenta – Ce n’est pas naturel.

Asuna préféra conserver le silence. Cela faisait sans doute plusieurs mois que Kenta s’était fait la réflexion, quand il avait commencé à la solliciter par d’autres voies comme pour repousser l’échéance de sa conclusion. Si asuna en avait été étonnée et soulagée, elle savait qu’un jour où l’autre, cette conversation viendrait car tout le monde voyait que son ventre ne s’arrondissait pas malgré les efforts. Et qu’il était impensable que la rumeur selon laquelle la semence de Kenta bakajikara s’était tarie fleurisse, alors la faute lui incomberait nécessairement tôt ou tard. Asuna déglutit péniblement.

Kenta – Ce n’est pas naturel, répéta-t-il, songeur.

Asuna – Peut-être que…

Kenta leva la main pour la faire taire. Il réfléchissait. Asuna voyait se dessiner l’image d’un bac d’eau et de son visage qui s’en rapprochait inexorablement. Rien que d’imaginer la sensation de l’eau qui infiltrait son nez et sa bouche lui donnait le vertige. Kenta posa son regard sur elle, la détaillant soigneusement des pieds à la tête. Il finit par se renfoncer contre le dossier de son siège, qui grinça de manière menaçante.

Kenta – Tu me rejoindras chaque soir. Si à la prochaine lune, tu es toujours désertée par la vie je te plongerais moi-même la tête dans la mer. Retourne en bas.

Asuna détourna les talons et fila sans demander son reste. Les prochains jours s’annonçaient pénibles, mais à tout le moins elle était parvenue à gagner un peu de temps. Il ne lui était pas possible de savoir s’il y avait moyen de favoriser l’enfantement, mais il fallait qu’elle se penche sérieusement sur la question avant qu’il ne soit trop tard. L’échec ne serait pas toléré.

* * * * *

Ryosen scella le village du clan bakajikara. Un vaste dôme d’un rouge rendu presque translucide par le lourd soleil qui lui tombait dessus s’éleva paisiblement, depuis la colline jusqu’au début de la forêt là où les dernières bâtisses du clan s’élevaient. Ce devait être de la glaise, mais haya n’en était pas sûre à cette distance. Il n’y eut aucun cri, personne ne sembla remarquer l’opération. La flamme jaune descendit lentement la pente abrupte et verdoyante, jusqu’à atteindre les premières demeures. Dos au mur, Naikin jeta un coup d’œil à l’intérieur du village mais ce dernier était désespérément immobile. Il réalisa un signe unique, mit genou à terre et déposa un sceau gris qui s’inscrivit dans le sol comme des gouttes de pluie dans le sable. Lorsqu’il parla, sa voix se répercuta d’une manière sourde dans l’ensemble du village, rebondissant contre la paroi du dôme.

Naikin – Je suis naikin tadashi de la flamme jaune. Si vous désirez combattre, affrontez votre destin. Si vous souhaitez vivre, restez face contre terre.

Le bref silence fut interrompu par du bruit en provenance de toutes les bâtisses, comme si le village se réveillait brusquement de sa léthargie. Haya observa des hommes et des femmes sortirent dans les rues, regardant de droite à gauche, prêt à combattre. Naikin se redressa.

Naikin – Soyez sur vos gardes. Même à terre, ils pourraient feindre la reddition pour nous tromper. Même si la tromperie n’est pas dans leur habitude.

La flamme jaune fondit sur les yuja. Haya conserva un souvenir brouillon de la bataille. Ryosen avait pris garde à comprendre le ruisseau à l’intérieur du dôme, si bien que ni elle ni Benihime n’eurent à se soucier de la quantité d’eau. La chape de brume qui s’abattit sur le village au dépit de la saison désorganisa complètement les rangs ennemis qui y répondirent de manière erratique. Trois bâtisses s’effondrèrent sur leurs habitants (s’il y en avait) à cause d’un mouvement désespéré de deux yuja, qui provoquèrent un glissement de terrain avorté. Haya reçut un choc au ventre, une pierre jugea-t-elle en baissant les yeux, mais c’était un tir chanceux. Saeka et Koshiro réalisaient un véritable carnage. La chaîne de la jeune femme ne ratait pas sa cible, ne laissant aucune chance aux yuja qui s’opposaient à elle. Koshiro restait à proximité, ses mains puissantes fauchant quiconque songeait à s’approcher de trop près. La bataille ne dura pas plus de quelques minutes. Lorsque la brume finit de se dissiper, ce fut sur un champ sanglant où quelques survivants traînaient encore au sol. La flamme jaune les acheva rapidement.

Parmi les visages qu’elle voyait, Haya ne reconnaissait personne mais ce n’était pas elle qui avait le mieux étudié les yuja du pays de la terre. Le silence qui était retombé était si parfait qu’il donnait le vertige, que ce soit l’effet de la sphère de protection ou de la nature, il n’y avait plus le moindre cri d’animal et même le ruisseau semblait avoir été rendu muet. Ryosen ne leva pas le dôme pour autant, des fois qu’il reste des personnes susceptibles de s’enfuir, par des moyens conventionnels ou non. La flamme jaune se dispersa parmi les bâtisses et les diverses constructions pour rassembler tous les survivants. Ils étaient moins de dix, quatre femmes, deux hommes et trois enfants. Ils n’avaient pas l’air effrayés, même si les plus jeunes évitèrent de poser les yeux sur les cadavres alentours. Ce pouvait aussi bien être leurs parents que leurs frères ou sœurs.

Naikin – Y a-t-il un chef parmi vous ?

Les yuja se regardèrent, incertains de la conduite à tenir. Finalement, l’un des hommes pointa du doigt l’un des cadavres. Haya remarqua que son autre bras était légèrement noirci, comme s’il s’était nécrosé par endroit. Cela donnait une impression étrange.

? – Shutaro.

Naikin – Shutaro n’a plus grand-chose à dire à présent. Vous avez attaqué le clan itami dernièrement ?

L’homme le regarda, les sourcils levés. Puis il se reprit et dévisagea naikin avec suspicion.

? – Vous ne faites pas partie des itami. Ces chiens sont morts.

Naikin – Je me suis déjà présenté. Je suis Naikin tadashi, de la flamme jaune de kiri, le pays de l’eau.

La grimace de dégoût qui traversa le visage de l’homme n’aurait pu échapper à personne. Pour une raison ou une autre, il ne portait pas kiri (ou le pays de l’eau, allez savoir) dans son cœur. Il releva toutefois les yeux sur naikin, sincèrement dégoûté d’avoir été vaincu par quelqu’un comme ça. Haya observait les autres visages. L’autre homme secouait la tête, ses lèvres bougeaient dans le vide comme s’il se parlait à lui-même. Saeka se pencha à l’oreille d’haya et lui précisa qu’il s’excusait auprès de ses ancêtres d’avoir failli à son devoir de combattre l’envahisseur. Haya ne voyait pas en quoi ils envahissaient quoi que ce soit, mais elle se fit la réflexion que cela ne l’intéressait pas le moins du monde. Les quatre femmes prêtaient attention à la discussion entre les deux hommes, mais ne paraissaient pas partager le dégoût des hommes. Tout au plus étaient-elles vaguement inquiètes de la qualité médiocre des réponses du yuja. Les enfants restaient assis par terre sans rien faire. Curieux clan.

? – Vous êtes des mouillés.

Benihime – Des mouillées ?

? – La femelle m’adresse la parole. Ceci est très déplacé.

Benihime écarquilla les yeux, de plus en plus perdu par la tournure que prenait la conversation. Elle se tourna vers Saeka, qui incarnait à ses yeux la seule traductrice valable dans ce pays. Saeka haussa doucement les épaules.

Saeka – Les yuja ont une pauvre opinion des femmes. Ce sont essentiellement des reproductrices. C’est compliqué. Même les guerrières sont mal acceptées.

Benihime projeta de l’eau dans la tête du yuja. Ce dernier recula en bégayant comme si elle l’avait brûlé à l’acide.

Benihime – Tu m’en diras tant.

L’homme se tourna vers elle, si furieux que son visage vira au rouge. Un instant, haya se demanda s’il allait lui sauter à la gorge, mais peut-être se doutait-il qu’elle n’attendait que ça.

? – Je suis kenzo bakajikara ! Si mon bras avait été soigné, je serais à la droite de Kenta Bakajikara notre maître ! On ne me traite pas ainsi !

Naikin referma son esprit comme un étau sur celui du dénomma kenzo. Ce dernier tomba aussitôt à genoux, se tenant la tête de sa seule main valide, le visage figé dans une grimace de douleur.

Naikin – Où est Kenta ?

Kenzo grogna pitoyablement en se murant dans le silence, mais son esprit commit l’erreur à sa place. L’espace d’un instant, le secret qu’il souhaitait dissimuler apparut dans sa tête tandis qu’il le plongeait quelque part où il ne serait pas tenté de l’évoquer pour échapper à la douleur. Naikin capta sa pensée et l’absorba comme une ventouse. Haya l’avait déjà vu faire auparavant. Il fallait s’y connaître un peu en illusions ou être particulièrement vif d’esprit pour déjouer ce piège. Kenzo ne remplissait apparemment aucune de ces conditions. Naikin accentua sa pression jusqu’à ce qu’il meure à son tour, sous le regard désintéressé des femmes.

Naikin – J’ignore si vous épargner est un acte de charité ou de cruauté. Cela ne m’intéresse pas. Ne vous faites pas d’illusions. D’ici quelques jours, les yuja qui se trouvent dans le pays de l’eau rejoindront leurs ancêtres s’ils s’opposent à nous. Ceux qui le désirent seront épargnés et renvoyés dans leur pays natal si tel est leur souhait. Cela nous plus ne m’intéresse pas.

Ryosen leva le dôme de protection au-dessus de leur tête. Les yuja survivants s’y intéressèrent à peine, observant l’étendue des dégâts dans leur dos. La flamme jaune se téléporta presque aussitôt à kiri, laissant derrière elle le lourd soleil du pays de la terre pour retrouver celui, un peu plus pâle à cause des nuages qui l’étouffaient, du pays de l’eau. Ils prirent la route de la maison de Saeka et Koshiro (comme d’habitude), plus près du but qu’ils ne l’avaient été depuis longtemps. Si ce Kenta Bakajikara connaissait bien la localisation ou l’identité de la dernière femme, c’en serait fini de toute cette histoire de contrebande. Il ne resterait plus guère que le cas des pirates sur lequel se penchait, mais cela pouvait attendre. Sur le chemin, Haya ne put s’empêcher de penser aux yuja qu’ils avaient laissés au pays de la terre. C’était quelque chose qu’elle trouvait encore délicat à bien des égards.

Il y a trois ans de cela, quand elle était encore une adolescente parmi les autres, au sein d’un petit village sans prétention et qu’elle aspirait à y vivre plus ou moins jusqu’à la fin de ses jours en se prenant un mari pas trop bête et en fondant une famille (en réalité, Haya se dit que ce n’était jamais vraiment le plan qu’elle s’était tracé mais il n’en aurait certainement pas été très éloigné au final), quatre hommes sous l’impulsion d’un cinquième décidèrent un soir de venir briser et s’accaparer les vies des trois filles qui vivaient dans la petite maison au nord du village de Mako. Ces quatre personnes avaient utilisé leur pouvoir pour modifier radicalement l’existence de ces trois filles. Deux étaient mortes. La dernière se retrouvait aujourd’hui à kiri, à faire finalement la même chose que ces quatre personnes : briser et modifier des vies, selon ce qu’elle souhaitait en faire, utiliser son pouvoir pour arranger la réalité, la tordre dans le sens où elle voulait la voir. Simplement parce qu’elle en avait la capacité, parce qu’elle avait appris à tuer et qu’elle n’hésitait pas à le faire. Il y avait quelque chose de dangereux là dedans, une pente raide où il était facile de dégringoler. Avoir en tête un idéal, un but, ne suffisait pas aux yeux d’haya à se prémunir des excès. Les yuja du pays de la terre représentait, selon ses standards, un clan arriéré, gangréné par une folie interne qui ne connaîtrait pas de fin autre que la mort. Mais était-ce une base suffisante pour les rayer de la surface de la terre ? Haya comprenait que ceux qui se dressaient face à eux, ceux qui avaient songé à défier la flamme jaune, l’autorité de kiri et plus généralement, l’équilibre du pays de l’eau, méritaient la mort pour leurs actions. Mais il restait toujours la question des autres. Que faire des innocents en pareil cas ? Les yuja du pays de la terre avaient pris leur parti de massacrer tout le monde, homme, femme, enfant. Haya n’y voyait rien de choquant et cela l’effrayait.

Naikin avait parlé de charité. Haya se demandait s’il ressentait la même chose, s’il se posait des questions sur la justesse de ses décisions. Certainement, comme toutes les personnes douées de conscience morale, politique ou humaine et peut-être tout simplement d’intelligence. Leurs actions, toute action, posaient question. Ils proposaient une réponse à chaque fois. Epargner ces yuja en leur laissant des dizaines de cadavres sur les bras, sans chef, dans un pays désolé qui est le leur, c’était les condamner aussi sûrement qu’en leur passant le fil de leurs lames sur la gorge. S’ils ne devenaient pas des brigands obligés de défier l’autorité de tel ou tel pays, s’ils ne devenaient pas eux aussi, comme les survivants du clan itami, de futurs ninjas, s’ils ne devenaient pas des putains, des parias, des voleurs… quelle autre perspective leur restait-il ? Est-ce que le fait de survivre était suffisant ? Haya avait survécu. Elle ne se considérait pas chanceuse, même si la chance avait joué un rôle dans sa survie, un rôle sinistre, mais un rôle tout de même. Mais si kiri ne l’avait pas recueillie, si elle n’avait pas rencontré Hakame qui connaissait son père et qui désirait l’aider au nom de ce souvenir, si elle n’avait pas été capable de se lier d’amitiés avec les étudiants à l’académie qu’elle cotoyait chaque jour, si elle n’avait pas rencontré la flamme jaune, si elle n’était pas du sang qui était le sien… haya sourit malgré elle. Si elle n’existait pas, c’est sûr que la masse de problème diminuait. Ces yuja avaient une opportunité. Ce n’était pas seulement une question de destin. Si kiri n’avait pas rapatrié sa pauvre carcasse dans le village, Haya aurait été hébergée par Kajima… à supposer que le vieil homme eut été capable de la soigner de ses lésions mortelles, haya aurait pu reconstruire une certaine vie dans ce village et peut-être choisir d’elle-même de se rendre à kiri pour donner un sens à sa vie, pour gagner un but. Ou alors, reprendre le schéma prévu : mari, famille, vieillesse.

Il n’y avait rien à nier. Oui, Haya et la flamme jaune, les ninjas en général, avaient eu aussi ce pouvoir de modifier des existences, par la mort ou la survie. C’était un très grand pouvoir, peut-être le plus grand dont on puisse disposer. La juunin se promit de garder cela en tête, selon l’avenir qui serait le sien. Si elle tuait Nagata par exemple, si elle influait sur son existence, ce n’était pas seulement l’île de yukan qu’elle perturberait, mais l’ensemble du pays de l’eau et il fallait réellement en avoir conscience. Haya sursauta quand elle sentit Benihime lui pincer la joue. Ils se trouvaient dans le salon de Saeka et Koshiro, le couple de la flamme jaune préparant le thé dans la cuisine. Haya sentait l’odeur de rhubarbe et de vanille.

Benihime – Tu penses à quelque chose ?

Haya – Je me demandais ce que deviendraient les yuja que nous avons épargné.

Benihime acquiesça. Elles étaient toutes les deux assises sur le canapé, isolées dans le salon, les deux derniers garçons étant partis dans la salle de bain se rafraîchir (Ryosen avait du sang sur son pantalon et il n’aimait pas cet aspect négligé).

Benihime – Ils se sont épargnés tout seul en ne se dressant pas face à nous. Tu n’es pas responsable de leurs choix, de l’existence qu’ils mènent ou de leurs malheurs.

Haya – Tu sais… je… ce qui s’applique à nous s’applique aussi aux autres. Il y a un moment où j’ai considéré le massacre de mes sœurs comme une monstruosité. J’ai vu quelqu’un qui tenait kaoru par les cheveux lui trancher la gorge, à vingt, trente centimètres de mon visage. J’ai eu le sang de ma sœur dans les yeux, et j’ai quand même regardé la tête rouler entre mes mains. J’ai senti des inconnus s’enfoncer dans toutes les parties de mon corps où il était possible de s’enfoncer. J’ai senti que je perdais… quelque chose de précieux que je ne récupérerais jamais. Et aujourd’hui, je sais que ce qui s’est passé cette nuit n’était pas monstrueux, que c’était au contraire très normal et très banal, que ces gens n’avaient pas à se soucier des choix que j’avais fait et que je ferai, de mon existence ou de mes malheurs présents ou futurs. C’était simplement un autre niveau de compréhension, un niveau monstrueux. Je suis dans ce niveau monstrueux aujourd’hui. Je suis dans la logique de traverser le village du clan itami et me dire que ce que je vois est normal, que c’est un acte de guerre, que les femmes devaient être violées, les enfants brûlés et les combattants exécutés et humiliés, qu’il n’y a foncièrement rien de mal là dedans, parce que c’est le cas et que les choses auraient pu être différentes, si les choix avaient été différents, si les existences menées avaient été différentes, si leurs malheurs avaient été différents.

Benihime ne répondit rien sans la quitter du regard, comme si elle la découvrait à nouveau, la couleur de ses yeux, de ses mèches sur le front, la forme de son visage, la régularité de ses traits, jusqu’au timbre de sa voix. Elle passa un doigt sur sa joue et en traça le contour en l’arrêtant sur ses lèvres. Benihime sourit légèrement d’un sourire qui parut énigmatique à haya.

Benihime – Peut être que tu seras amenée à faire de grandes choses. J’ai envie de voir cela. Garde cela en tête pour construire la femme que tu deviendras. Tu seras forte parce qu’il faut que tu le sois. Tu seras douce parce que tu en auras besoin. Il y a d’autres niveaux de compréhension comme tu dis. Mais c’est douloureux de les explorer.

Haya – Et si on se trompe beni ?

Benihime – Ce n’est pas le plus important. Les erreurs nous constituent autant que les succès. Ce qui importe, c’est de savoir si tu t’es perdue en chemin ou si tu sais encore où tu te diriges. Aucun individu, aussi exceptionnel soit-il, ne peut aller jusqu’au sommet sans compagnons pour le guider, pour lui montrer ses erreurs. C’était je pense l’erreur de ton père, que d’avoir pour seuls compagnons des dieux des glaces qui finiraient par lui prendre la vie.

Haya hocha la tête en silence en se laissant aller contre le canapé moelleux. Il sentait bon le cuir frais. Haya savait que Saeka l’avait acheté il n’y avait pas si longtemps que cela. Il y avait de la place pour le superficiel à kiri, de la place pour le confort. Faire venir un canapé, le monter. Haya visualisait presque Koshiro et Saeka ensemble pour bricoler leur chez eux le temps d’une après-midi, en échangeant parfois quelques regards riches, quelques baisers peut-être aussi, quelques gestes attentionnés. Saeka et Koshiro étaient amoureux. Il ne s’agissait pas pour eux de se rapprocher physiquement, de s’exciter mutuellement et de dépenser leur énergie. C’était la perspective de construire quelque chose ensemble au-delà encore de ce foyer, une famille peut-être. Ils parvenaient à s’aimer en sachant qu’il y avait des choses monstrueuses chez l’autre, en sachant que Saeka avait commis des actes irréparables, en sachant que Koshiro était un tueur. Ils se voyaient faire, ils partageaient jusqu’à cette complicité. Haya elle-même les aimait tendrement. En réalité, leurs actions, aussi terribles soient-elles, n’entraient pas en ligne de compte. Haya savait qu’elle pouvait voir de ses propres yeux la main de Koshiro broyer le crâne d’un enfant, cela ne le transformerait pas en entité démoniaque à ses yeux. Etait-ce seulement parce qu’elle avait confiance en son jugement ? N’avaient-ils pas tous prouvé plusieurs fois au cours de leur vie qu’ils étaient faillibles comme tout un chacun, aussi célèbres soient-ils ? Kade Kasen n’avait-il pas été faillible, lorsqu’il était absent pour protéger ses filles de la main du méchant ? Pourquoi était-ce les violeurs et non Kade, les méchants ? Kade a sans doute tué beaucoup plus qu’ils ne tueraient jamais. Et il était vain de se dire que Kade ne tuait que les méchants, il n’y avait pas de vérité intrinsèque là dedans. Kade tuait ceux qu’on lui demandait de tuer, et parfois, il en tuait encore plus par nécessité ou commodité. Il ne faisait aucun doute sur le fait que Kade avait participé à modifier radicalement des existences entières, qu’il avait brisé des familles, peut-être des villages ou des clans entiers.

Pourtant Kade était son père et Haya l’aimait de toute la force de son cœur, même si elle avait chèrement payé son erreur, imprimée dans sa peau et dans son esprit maintenant et à jamais. Ce ne pouvait pas seulement être une question de confiance ou d’amour. Si le monde ne se partageait pas entre les méchants et les gentils, entre les justiciers et les brutes, quelle était sa vérité ? Le pouvoir ne cessait de poser des questions, comme un mauvais génie, cruel dès qu’il proposait la réponse. Il jouait, jouait sans cesse avec l’esprit de ceux qui osaient l’approcher, parfois à leur corps défendant. Haya savait que la seule chose qui pourrait faire la différence, ce serait sa façon d’appréhender cette lutte contre le pouvoir, sa façon de l’utiliser. Il n’était pas seulement question de capacité à tuer, de capacité à épargner. Ce raisonnement se situait toujours au niveau de compréhension monstrueux, car foncièrement, c’est un choix monstrueux par sa binarité. Le champ des possibles… il ne pouvait y avoir que les esprits simples qui raisonnaient par deux : noir, blanc, gentil, méchant, tuer, épargner. Les esprits supérieurs, pour s’élever, devaient nécessairement faire exploser le champ des possibles, envisager tous les choix, toutes les possibilités et leurs ramifications, comprendre la situation dans sa complexité total, au-delà du niveau individuel, du choix isolé. C’était un niveau qui se rapprochait du divin, en ce qu’il transcendait complètement la problématique de la binarité, problématique qui posait tellement de problèmes à haya maintenant qu’elle envisageait les choses sous cet angle.

Un dieu n’avait pas une vérité unique. Il envisageait les milliers de vérités potentielles. Son choix ne se portait pas sur une seule, mais sur toutes celles qui l’accompagnaient. Le dieu ne songeait pas à tuer ou à épargner, mais percevait la réalité au-delà de la vie ou de la mort d’un individu isolé. Un dieu ne pouvait se tromper, car il était la vérité telle qu’elle se présentait et rien ni personne, hormis un autre dieu, n’avait les moyens de discuter à niveau égal. Y avait-il parmi les hommes, qui commencent nécessairement au niveau de compréhension le plus bas, des êtres capables de s’élever aussi haut ? Parmi les personnalités les plus remarquables, parmi hyô, haita neko, urasa yumito… combien pouvaient atteindre ce niveau en s’y employant de toutes leurs forces humaines ?

Haya sursauta presque quand Saeka lui présenta une tasse. La jeune femme se recula, surprise de la réaction d’haya. Celle-ci saisit la tasse en s’excusant tout bas.

Saeka – Un jour, je serais curieuse de savoir à quoi tu pensais à cette minute précise.

Haya – Je pensais à l’équilibre du monde, Ka, et à la façon dont nous devons nous élever pour agir avec lui d’égal à égal.

Saeka ne répondit pas mais lui adressa un sourire complice. Haya porta la tasse à ses lèvres pour en humer longuement son parfum. Incontestablement de la rhubarbe.

MessageSujet: Re: Les yujas du pays de la terre   Mar 17 Jan - 20:06

Haya fut amenée à s’intéresser de plus près à la structure interne des yuja du pays de la terre.

Naikin tenait l’information sur la localisation des derniers d’entre eux, et notamment de leur chef actuel, Kenta Bakajikara. Il avait toutefois décidé de temporiser avant de les prendre d’assaut immédiatement, de façon à prendre un peu de repos et à être prêt à ce qui s’annonçait d’ores et déjà comme un rude combat. Les membres de la flamme jaune, Haya et Saeka se relayaient auprès de la demeure des yuja du pays de la terre au cours de la semaine, afin de surveiller ses agissements de loin en loin. Certains des éléments du clan (les rares qui venaient à sortir de la maisonnée) avaient été marqués de sorte à ce qu’il soit possible de les traquer s’ils se téléportaient en catastrophe. Les risques étaient minces. Les fois où Haya se retrouva sur Aso pour y observer les yuja, elle ne put que s’étonner de l’abandon extérieur de la demeure. Les volets étaient fermés, les rideaux tirés, la porte close… les tuiles sur le toit étaient pour certaines déchaussées, la cheminée en piteux état, les rebords en bois des fenêtres semblaient mangés par les bêtes et même la pierre accusait le manque de soin. Si Haya n’avait pas vu de ses yeux la porte s’ouvrir sur une silhouette pressée, jamais elle n’aurait imaginé que cette maison puisse être habitée. Et même en l’ayant vu, elle était stupéfaite des conditions apparentes de vie. Pour ce qu’elle en savait, les yuja du pays de la terre étaient payés par Yuma et sa compagne inconnue. Les montants étaient raisonnables, pourtant, il était difficile de voir l’emploi fait de cet argent d’ici. C’était comme si les yuja avaient d’eux-mêmes décidés de vivre dans un dépotoir.

Quand elle demeurait à kiri (soit, le plus clair du temps), Haya entretenait de longues conversations avec Saeka qui était de loin la plus érudite sur le sujet de leurs ennemis. Cela tenait à deux choses. Premièrement, Saeka était une foncièrement une chasseuse, même si elle n’en partageait pas le statut officiel. Elle raisonnait ainsi, savait où obtenir ses informations et structurait son dossier avant d’entreprendre des actions décisives. Elle traquait Yuma, elle traquait les yuja du pays de la terre, sitôt qu’un ennemi se présentait à elle et la défiait, même à distance, Saeka travaillait à son anéantissement avec professionnalisme. De là où elle était, Haya pouvait assurer sans le moindre doute qu’elle préférait l’avoir dans son camp que comme opposante. La seconde raison à la science de Saeka sur les yuja, c’était qu’elle les connaissait depuis longtemps. Dès que le front de leur ennemie, au fin fond de la grotte, s’était illuminé de noir, elle avait reconnu la marque des yuja du pays de la terre. C’était, disait-elle, un vieux clan de cette contrée. Longtemps établi à iwa, à peu près à l’époque du nidaime jusqu’à la destruction d’iwa, les yuja étaient considérés comme un clan mineur à leur arrivée. Ils vivaient essentiellement au pied des montagnes comme des sauvageons et leur décision de rejoindre iwa était avant tout motivée par la perspective d’acquérir davantage de puissance. Les yuja acceptaient mal l’idée d’une autorité supérieure à la leur, il semblait donc improbable qu’ils mettent genou à terre devant un village militaire. Ce fut pourtant ce qui se fit, peut-être parce que le chef d’alors des yuja (Haya ne se souvenait plus de son nom, même si Saeka le lui avait dit) connaissait le tsuchikage et qu’il respectait sa force (bien supérieure à celle de n’importe quel yuja, étant donné qu’il maîtrisait son chakra).

Les yuja s’installèrent à iwa et acceptèrent cette autorité (et cette autorité seulement). Ils mirent quelques années à se faire un nom et, s’ils ne devinrent jamais un clan incontournable du village, ils furent peu à peu considérés comme des soutiens solides à la fidélité indéfectible, ce qui était toujours un bon point. Leur sauvagerie au combat ne s’estompa jamais, contribuant à leur renommée. Saeka lui expliqua longuement leurs croyances par rapport à la mort. Ils considéraient que les yuja faisaient partie d’une classe particulière, une classe originelle du pays de la terre et qu’à leur mort, ils rejoignaient leurs ancêtres en un vaste bouillon de consciences et d’âme, dans lequel puisaient les yuja vivants, renforçant à jamais la force vitale du clan. Afin de priver leurs ennemis de venir renforcer l’esprit de leurs enfants, ils leur ôtaient la tête afin qu’ils ne trouvent pas le chemin de leurs ancêtres. Les yuja les plus forts s’enorgueillissaient de décapiter à mains nues, retirant souvent une large portion de la colonne vertébrale. Ils conservaient uniquement la tête des ennemis les plus forts ou de ceux qui avaient le plus de valeur (la famille des chefs ou les légendes claniques), les entreposant dans une pièce de leur demeure à iwa. Cette pratique était demeurée jusqu’à aujourd’hui, pour autant qu’ils puissent en juger d’après ce qu’ils avaient vu au pays du vent. A leurs yeux, c’était un châtiment très humiliant pour la personne mais aussi pour l’ensemble de son camp ou de ses semblables. Au fil de ses conversations avec Saeka, Haya acquis la certitude que les yuja combattaient pour exterminer, c’était leur seule ambition au moment de combattre. Ils exterminaient aussi bien le corps et l’esprit, déployant pour ce faire les tactiques les plus répandus et les plus diverses (tortures expéditives, viols, campagnes de terreur) de sorte à affaiblir l’individu afin qu’il ne renforce pas les siens par-delà sa mort. C’était un point épineux que Saeka eut du mal à expliquer, mais elle fit de son mieux car elle considérait cela comme étant capital pour quiconque s’intéressait aux yujas.

Saeka – C’est pour cela que les yuja que nous avons affronté dans la grotte utilisaient des techniques qui menaçaient de faire s’effondrer la caverne. Ils provoquaient des éboulements sans se soucier de leur survie, car l’important était notre extermination. Comme ils étaient surpassés par le nombre, ils n’envisageaient pas de briser notre esprit, seulement nos corps. Avec les leurs s’il le fallait.

Les yuja avaient un dédain relatif pour tout ce qui n’était pas originaire du pays de la terre, ils étaient très centrés sur eux-mêmes et sur les qualités de leurs contrées. Ils considéraient leurs voisins immédiats comme des paysans indignes de partager leurs frontières avec le puissant pays de la terre, qui mériteraient d’être envahis, de voir leurs terres ravagées et confisquées, leurs femmes violées, leurs enfants et leurs générations brûlées et leur culture anéantie. C’était plus ou moins le modèle de pensée de tous les conquérants, à ceci près que les yuja n’étaient jamais qu’un clan (pas même spécialement puissant aux yeux de l’histoire, au contraire, il était considéré encore aujourd’hui comme un clan finalement mineur du village d’iwa, loin des pontes principaux sur lequel il fallait s’appuyer pour croître) qui n’aurait jamais les moyens de concrétiser ses ambitions, sauf dans le cas improbable où un Bakajikara aurait accédé au statut de tsuchikage. Improbable, car Saeka lui précisa que les Bakajikara n’étaient pas considérés comme des chefs fiables, mais davantage comme des chefs de guerres et de meutes, bons pour une seule utilisation, et certainement pas celle du commandement en chef de la plus grande force militaire de ce monde. Mais elle estimait que les Bakajikara avaient toujours ambitionné ce poste, comme tout un chacun du reste. Ils avaient accumulé un certain nombre d’ennemis et entassé quelques brillantes victoires sur ces derniers.

Leurs confrontations contre le clan itami du pays du vent n’étaient pas passées inaperçues déjà à l’époque. Le clan itami avait manqué disparaître par deux fois d’après les informations dont disposait Saeka, ne se relevant que péniblement à chaque fois, cruellement éclopé et décapité (littéralement) de son commandement et de sa jeunesse. En revanche, à une reprise dans l’histoire du clan, il avait manqué de près de provoquer la chute des Bakajikara.

Saeka – C’était quand iwa était au sommet mais enfoncé jusqu’au cou dans sa guerre stérile contre kawa. Le clan itami y a vu une opportunité en or d’apporter son soutien à kawa et de porter un coup aux bakajikara, davantage qu’à iwa finalement. Il faut préciser qu’à cette époque, la plupart des pays frontaliers d’iwa soutenaient de près ou de loin kawa. La suprématie d’iwa les mettait en danger, tous autant qu’ils étaient et ils pouvaient aider en étant à peu près sûrs qu’iwa ne se soucierait pas de les châtier, trop occuper à massacrer les kawéens.

Les yuja du pays de la terre étaient mobilisés sur le front de l’attaque, dans un village incendié de kawa où ils s’étaient établis, réduisant une mince partie de la population en esclavage afin qu’ils continuent à leur produire de la nourriture et à les servir plus généralement. Le reste des habitants gisaient soit toujours dans les rues, soit dans des charniers improvisés. Le clan itami n’avait pas les moyens militaires d’attaquer les bakajikara directement à iwa. Même s’il n’y restait pratiquement aucun guerrier digne de ce nom et que tuer leurs femmes et leurs enfants représentait une opportunité incroyable, les itami n’étaient pas assez fous pour essayer d’infiltrer la plus grande place forte du monde connu pour y assouvir leur vengeance. Iwa n’avait pas à poser son regard sur eux pour les écraser comme des sauterelles. Alors ils attaquèrent directement les forces armées impliquées à kawa, infiltrant le village, convainquant avec grande facilité les rares esclaves d’empoisonner l’eau et la nourriture servies aux bakajikara. Les itami s’y connaissaient en poison, suffisamment pour décimer le clan. Une moitié des bakajikara mourut dans la nuit, prise de maux de ventre terrible comme si leurs organes bouillaient de l’intérieur, crachant sang, bile et morceaux de chair. Une bonne quinzaine de guerriers, tombés de façon infamante sans pouvoir rien n’y faire. Les survivants massacrèrent les esclaves kawéens d’une manière ignominieuse, vengeant le nom de leurs ancêtres insultés par cette trahison. Les bakajikara eurent grand peine à se relever de l’ensemble de ce conflit. Leurs guerriers tombés ne furent pas remplacés, sans compter ceux emportés par la guerre proprement dite. Ils mirent longtemps à se venger des itami, mais ils les laissèrent alors dans un tel état de dévastation qu’on pensa leur geste décisif. Kenta avait participé à cette expédition punitive prenant la vie, d’après les histoires racontées, de l’ensemble de la famille dirigeante des itami : le père, le fils, la fille et la femme, gagnant ainsi la considération de son père.

Saeka – Si les yuja mirent si longtemps à se relever des pertes, c’est à cause de leur structure. En temps de paix, ils prospèrent. En temps de guerre, leur nombre diminue. Beaucoup de clans n’acceptent pas les étrangers, c’est une pratique répandue. Ils restent en famille. Mais ils autorisent les membres à se reproduire, acceptant les enfants nés comme membre à part du clan. Les bakajikara ne fonctionne pas ainsi, en partie parce qu’ils méprisent la faiblesse et dans une large mesure, les femmes.

Seul le chef du clan avait le droit d’enfanter. Néanmoins, il ne mélangeait pas son sang avec des étrangers car c’était là aussi une insulte aux ancêtres. Il s’accouplait avec les femmes du clan puis avec ses filles dès qu’elles étaient en âge de porter un enfant afin de constituer la force du clan. De manière exceptionnelle, le chef du clan pouvait autoriser l’un de ses fils à prendre une femme du clan, généralement après s’être fait remarquer au combat ou à une occasion précise. Les femmes étaient très peu considérées. Quelques unes, parce qu’elles avaient cela dans le sang, prenaient les armes aux côtés des hommes du clan. Ce n’était pas interdit, mais elles avaient tout intérêt à être excellentes sans quoi les punitions en cas d’échec pouvaient se montrer cruelles. D’autres restaient dans la demeure du clan, généralement enceintes. Cette façon de faire nuisait considérablement à l’expansion du clan, mais les yuja considéraient que c’était un honneur que d’en être membre et que cet honneur devait par conséquent être rare et précieux.

Saeka – Basiquement, tel qu’il se présente aujourd’hui, le clan des yuja du pays de la terre est composé presque exclusivement de fils et de fille de Kenta, l’actuel chef. C’est très inhabituel, mais pas forcément unique. Il y a beaucoup de croyance qui estiment que le sang est plus pur quand il est partagé uniquement entre semblables.

Les femmes incapables d’enfanter étaient généralement noyées, de même que les impotents. La noyade était un châtiment encore plus terrible que la décapitation car le corps était laissé à la mer et ne retournait pas sur terre, une mortification réelle pour tout yuja. Maintenant qu’haya y pensait, il avait dû être très humiliant pour les yuja qu’ils avaient tué dans la caverne d’être ainsi embarqués dans un bateau, entouré par les flots alors que c’était de toute évidence un élément pour lequel ils entretenaient une haine farouche. De là à se retrouver au cœur du pays de l’eau, sur une île… c’était tout de même ironique.

Saeka – Si les femmes sont traitées ainsi c’est en partie parce qu’elles sont théoriquement de constitution plus frêle que les hommes, là où les bakajikara respectent infiniment la force physique. Et d’autre part… on pense que c’est parce que les femmes s’humidifient quand elles sont excitées sexuellement et que c’est vu comme une tare inadmissible au sein du clan. Pour eux, cela a naturellement placé les femmes à un échelon inférieur.

Haya haussa les sourcils.

Haya – A ce point ? Mais alors on doit leur sembler particulièrement dégoûtantes, beni et moi, non?

Saeka lui adressa un sourire.

Saeka – En tout point répugnantes, oui. Je pense qu’ils ne se contenteraient pas d’une décapitation dans votre cas.

Les mouillées songea Haya. C’était ainsi que l’homme du pays de la terre les avait appelées, comme si c’était l’insulte la plus cruelle à laquelle il puisse songer. Mais quelque part, leur aversion avait une cohérence. S’ils estimaient tant la terre de leurs ancêtres (quoi que ça représente dans leur esprit), ils voyaient nécessairement l’eau comme une ennemie, le pays de l’eau comme le siège de leur ennemi et celles et ceux (mais surtout celles) qui l’utilisent comme des dégénérées crasseux. Ils prenaient vraiment au sérieux tout cela, mais après tout c’était ce qui construisait la structure de leur clan, qui les liait les uns aux autres autour de quelque chose de commun. Malgré tout, ce n’était pas le clan le plus sympathique qu’haya connaisse, maintenant qu’elle en savait un peu plus sur eux. Cette autarcie complète lui paraissait très dangereuse et complètement contreproductive, tant au niveau des personnes qu’au niveau politique. Leur méthode de reproduction lui faisait froid dans le dos, c’était le genre de vie qu’elle ne pouvait souhaiter à personne, à des lieux dans sa conception du rôle d’une famille. C’était probablement ce qui se passait quand les institutions prenaient le pas sur l’humain, quand le poids du clan écrasait ce qui le constituait à la base : la famille, délitée, anéantie, inexistante, complètement soumise à une entité impalpable (ici, les ancêtres sur lesquels tout le monde juraient).

Saeka – C’est à peu près tout ce qu’il y a à savoir sur eux. Ce sont des guerriers sans avenir parce que trop absolus. On ne peut rien construire en méprisant l’humain, c’est une entreprise finie. Ils détestent ce pays, ses habitants et ce qu’il représente. Ils estiment que les villages cachés d’aujourd’hui sont des usurpateurs qui ont volé la force d’iwa, qui ont provoqué sa perte.

Haya – Ils ont des ennemis?

Saeka but une gorgée de thé.

Saeka – Oui. C’est avec le clan itami qu’ils ont eu leur plus violents démêlés. Mais il y avait aussi un autre clan du pays de la terre, porté disparu aujourd’hui, et un autre clan du pays du vent. Hagetaka, je crois. Ils existent toujours aujourd’hui et tu n’aimerais pas les rencontrer.

Haya – Pour quelle raison ?

Saeka – Ils sont plus sophistiqués que les Bakajikara. Mais ils en partagent la brutalité, la cruauté et la haine de l’étranger. Ce sont des assassins plutôt que des guerriers, moins influents que les toshiya du pays de la foudre par exemple, mais dont l’influence se fait sentir dans le sud. Ils étaient ennemis aussi bien des itami que des bakajikara et d’autres clans encore, dont certains ont certainement disparu de leur fait. Ton père les connaissait.

Haya leva la tête.

Haya – Ha oui ?

Son interlocutrice acquiesça.

Saeka – Ils ont eu un différend extrêmement violent. Je connais mal les détails, Naikin doit en savoir plus que moi car la flamme jaune était impliquée. Elle était en mission dans le pays du vent et s’est retrouvée en contact avec les Hagetaka au sujet d’une piste qu’ils étaient obligés de partager. Kade les a pris de vitesse en employant leurs informations. Les Hagetaka ont été furieux et les représailles ont été immédiates, mais Kade les a écrasés. Il a dit que s’il les revoyait, il reviendrait détruire leur village. Ils n’ont jamais cherché vengeance, mais ils gardent une rancœur intense envers kiri, la flamme jaune et kade.

Saeka sourit.

Saeka – Ou sa famille.

* * * * *

Kenta regardait l’extérieur à travers les volets fermés. Il parvenait à discerner l’herbe haute, mal entretenue à proximité de la maison comme laissée à l’abandon. Le ciel l’écrasait, même de là. C’était dans son sang de n’aimer ni le ciel, qu’il avait été obligé de supporter trop longtemps, ni la mer, qu’il n’avait heureusement rencontré que très tardivement dans sa vie. Quel bonheur était le sien de pouvoir mourir sans avoir jamais posé son regard sur cette vaste étendue d’immondice ! Mon son père lui avait toujours dit et répété : affronte tes ennemis. Kenta ne s’était jamais défilé. Jamais. Quand il était encore à iwa (que cette époque lui semblait lointaine…), tout le monde respectait sa présence. Dans les premiers jours qu’il avait passé à l’académie, Kenta avait su se faire respecter. Il était un peu plus vieux que les autres étudiants parce que son père avait décidé de l’entraîner lui-même (un grand honneur duquel Kenta s’était rendu digne, apprenant très tôt à utiliser ses mains pour tuer). Il avait treize ans. Il avait déjà connu la moiteur des femmes et du sang s’était déjà répandu le long de ses bras, contrairement à une vaste majorité de ses compagnons. Même à iwa, l’expérience n’était pas toujours présente au plus bas niveau de l’échelle. Kenta ne voulait même pas imaginer ce que cela donnait aujourd’hui, dans ces villages de tire-au-flanc mous et attentistes. Mais dans les premiers jours de son inscription, un groupe d’amis décidèrent de se moquer de lui. Kenta s’en souvenait parfaitement bien. Ils avaient dit qu’il était bête. C’était le terme qu’ils avaient utilisé. Tu dois être bête pour être encore étudiant à ton âge. Ils rigolaient entre eux. Kenta avait souri, puis avait éclaté de rire.

Bête ? Je ne suis pas bête. Je suis une bête. Je suis un yuja du pays de la terre. Une bête qui court, frappe et tue. Kenta avait dit. Alors il courut, il frappa mais il ne tua pas. Il ne tua pas car son père lui avait expliqué que verser le sang d’un frère d’iwa était une bonne chose, mais le verser au point de le tuer était une trahison. Alors Kenta se contenta de lui briser les bras, le gauche, puis le droit, en deux mouvements secs et méthodiques. Le garçon hurlait. Kenta lui avait fermé la bouche de ses grosses mains déjà calleuses et l’avait regardé bien en face. Je suis Kenta Bakajikara, je suis un yuja du pays de la terre. Je t’autorise une erreur et tu viens juste de la commettre. Nous sommes quittes. Kenta avait dit. Alors personne plus jamais ne vint l’ennuyer, personne n’éprouva le besoin de faire des plaisanteries. Le garçon l’évita puis, comme tous les faibles, finit par chercher sa présence pour se rassurer. Son père lui avait parlé de cela. Les faibles sont aimantés par les forts, parce qu’ils ont besoin de lui pour s’alimenter, pour entretenir l’espoir de la survie. Cela ne gênait pas Kenta. Il avait suffisamment de force pour alimenter tous ceux qui le désiraient. A cette époque, il comprit que ce serait cette force qui lui permettrait de prendre la relève de son père, de féconder les femmes et de renforcer le sang des yuja du pays de la terre. C’était son objectif et il y parvint.

Aujourd’hui… Kenta jeta un coup d’œil sur Asuna, encore étendue sur son lit. Il lui avait ordonné d’attendre qu’il reprenne des forces pour la prendre une seconde fois et une troisième si le cœur lui en disait. Alors elle attendait dans la position où il l’avait laissée, couchée sur le ventre, les jambes écartées autour du coin du lit. Il avait envie de lui arracher la tête, de regarder la colonne s’arracher de sa peau et de la jeter en bas, au milieu de ses autres enfants pour que chacun voit qui était leur sœur à l’intérieur. Il n’était même plus capable d’enfanter. Son clan perdait des membres. Les yuja du pays de la terre dépérissaient. Ses fils commençaient à douter de la force de leur père. Tout se délitait autour de lui et il n’y avait rien qu’il puisse y faire. C’était depuis qu’ils étaient sur ce pays maudit. L’eau avait infiltré leurs esprits, la brume les empoisonnait. Une mauvaise maladie de cet endroit abandonné des ancêtres. Les femmes ne s’arrondissaient pas sous ce ciel, elles restaient plates comme la mer. Le problème venait forcément d’Asuna. Les ventres de Moka et de Kazuza étaient bien ronds. Il avait pris Moka quelques mois après être arrivé dans cette maison pitoyable et elle ne tarderait plus à mettre bas un nouveau yuja. Kazuza… ce devait remonter à trois mois. Son ventre n’était pas encore très marqué, mais suffisamment pour que sa virilité ne soit pas insultée. En trois mois, les choses n’avaient pu se détraquer sans prévenir. Il se détourna du triste spectacle de sa fille et imagina sa nuque trembler et s’agiter tandis qu’il la plongeait dans la mer, dégoûté par l’eau à ses pieds, par la fille à son bras et par le ciel à sa tête.

Kenta se détourna de la fenêtre et rejoignit sa fille. Elle se cambra légèrement quand il posa une main sur son dos. Il ne la méprisait pas entièrement… en réalité, c’était même sa fille qu’il préférait. Il attendit patiemment qu’elle eut ses premières menstruations avant de la dépuceler le soir même. Elle était restée aussi étroite qu’à cette époque, rendant chacune de ses pénétrations désagréables. Mais cela ne le gênait pas. C’était comme si elle se défendait et il respectait cela. Déjà deux ans qu’elle restait plate. Au départ, Kenta n’y prêta pas attention, se disant que cela viendrait plus tard quand son corps se sentirait près. Il ne s’intéressait pas tellement aux mécanismes. Mais le temps passant, il se posa des questions. Bien sûr que le problème ne venait pas de lui, Moka et Kazuza le témoignaient clairement. Mais c’est ce qui se dirait. La dégénérescence des enfants finissaient toujours par corrompre les parents. Il ne la méprisait pas entièrement… si cela avait été une autre de ses filles, elle serait morte. Mais dans les traits de son visage jusqu’à dans la forme de son corps, Asuna lui rappelait une juunin d’iwa, peut-être la seule femme que Kenta respecta jamais hormis l’intouchable Renshi asaman (bénie soit sa mémoire). C’était une femme forte qui aimait l’excitation du combat, précise, efficace, belle. Ce fut la première fois qu’il s’intéressa à une femme, sexuellement, et il finit par la posséder. Curieusement, cela ne fut pas à la hauteur de ses attentes. Il se rendit compte que c’était la même chose qu’avec les autres, que seuls les détails physiques changeaient mais que c’était insuffisant. Cela gâcha même l’image qu’il avait de cette femme et il l’évita par la suite. Elle respecta sa décision sans la comprendre. Kenta fut triste lorsqu’il apprit sa mort mais il ne servait à rien de ressasser ce qu’il avait perdu et même, pouvait-on dire, ce qu’il n’avait jamais réellement détenu.

Kenta – Rhabille toi.

Asuna ne perdit pas de temps à demander des explications. Elle s’assit sur le bord du lit et rajusta son kimono sur ses épaules et ses jambes. Asuna trottina à l’extérieur de sa chambre dès que son père le lui ordonna. Ruminer ces pensées lui avait retiré tout espoir et même accomplir son devoir de patriarche lui paraissait à présent hors de portée. Non, pensa Kenta. Il n’avait pas le droit d’emprunter cette pente. Ses ancêtres, depuis leur terre, l’observaient. Les yuja du pays de la terre ne pouvaient disparaître sous la férule du puissant Kenta Bakajikara. Ce ne pouvait être.... le patriarche n’avait pas eu à combattre pour devenir le chef des yuja. Son père l’avait déjà choisi comme successeur, ayant perçu en lui les capacités nécessaires pour mener le clan aux sommets. Personne ne songea, à la mort de leur père, lui disputer ce droit car chacun était impatient d’être au service de quelqu’un de si puissant. Kenta l’avait bien vu. Il n’avait jamais eu à souffrir d’insolence alors même que son clan traversait des périodes dangereuses. La chute d’iwa était passée, mais le socle qui les soutenait avait disparu. Kenta avait choisi de demeurer là où leur père les avait mené, au sud du pays de la terre dans une région suffisamment reculée des routes et des villes importantes pour qu’on les laisse en paix.

Les yuja du pays de la terre continuèrent à protéger leur contrée. Massacrant les bandits qui décidaient de piller les villages, certains que le pays était vulnérable. Les anciens clans faisaient de même, chacun de son côté, sans réelle coordination. Il y eut aussi des guerres entre eux, de vieilles querelles qui pouvaient s’exprimer maintenant que le regard d’iwa était éteint à jamais. Kenta se voyait revenir en conquérant dans le village ravagé pour le reconstruire, attirant peu à peu la curiosité et l’intérêt de tous ceux qui, comme les yuja, avaient été obligés de déguerpir pour leur vie. Mais ce jour ne vint jamais. Kenta entendit des bruits précipités à l’étage d’en bas. Il maudit entre ses dents le naturel bruyant de ses enfants, mais son irritation augmenta d’un cran quand sa porte s’ouvrit à la volée sur le visage rougi de kansai. Kenta l’attrapa à la gorge et pressa fermement, le mettant aussitôt à genou, les yeux révulsés.

Kenta – Comment oses-tu entrer chez moi de cette façon ?

Kansai – Nouvelles… pa… ys.

Kenta consentit à relâcher son emprise quand le visage de son fils vira au violet. Il le rejeta brutalement au sol sans daigner lui adresser un regard, se frottant les mains l’une contre l’autre. Kansai toussa à plusieurs reprises pour reprendre son souffle, tandis qu’il se traînait lamentablement pour s’incliner de tout son long auprès de son père.

Kansai – Par… donnez ma conduite… père. Mais… les nôtres… au pays de la terre… ont été attaqués par la flamme jaune de kiri, père !

Les mains de Kenta s’immobilisèrent d’un coup. Son regard se posa lentement sur le dos tendu de Kansai. Il lui ordonna sèchement de se relever, tandis que l’information s’imposait progressivement dans son esprit.

Kansai – Tout le monde est mort père, exceptés les femelles, Toriko et les enfants.

Kenta savait que tôt ou tard, cela se produirait. On l’avait averti quelques jours plus tôt du succès décisif remporté à l’insu du clan itami. On lui avait rapporté les têtes du couple dirigeant et de leur jeune fils, des têtes qui siégeaient pauvrement au bas de sa cheminée. Kenta s’en approcha et attrapa la tête encore tordue de douleur de la femme par les cheveux. Elle puait la putréfaction et le fait de la bouger raviva l’odeur. Ses traits avaient partiellement fondus, rongés par la pourriture et ses yeux avaient blanchis. Shutaro avait essayé de la décapiter avec ses mains, Kenta pouvait voir cela parce que sa peau était distendue au cou (et son expérience savait que cela n’était pas seulement due à la pourriture), mais il s’était ravisé en prenant sa lame. Là encore, il s’y était pris à plusieurs reprises. C’était cela qu’il restait des yuja du pays de la terre. Des enfants incapables de priver leurs ennemis de leur tête à l’aide de leurs seules mains. Shutaro était aussitôt reparti pour le pays de la terre après ce présent à son père (et d’autres richesses inutiles), ravi d’avoir massacré une bonne fois pour toutes le clan itami comme Kenta l’avait exigé. Il voulait célébrer et profiter de son semblant de pouvoir loin de l’ombre trop influence de son père, pourtant, Kenta savait bien que le danger se situerait là-bas. Mais il n’avertit pas son fils. S’il désirait profiter de son maigre butin de guerre, s’il pensait être prêt à en porter le poids, alors il fallait qu’il le prouve.

Il avait prouvé qu’il s’écrasait devant les mouillés et qu’il n’était bon qu’à tuer les femmes et les enfants, ce dont Kenta n’avait jamais douté.

La flamme jaune n’était pas un adversaire commun. Kenta l’avait dit et répété. Ne s’appelle-t-elle pas la flamme dans un pays d’eau ? N’est-elle pas une exception qu’il faut prendre en compte ? Oui. On ne pouvait la considérer comme un regroupement épars de mouillés, ils avaient du talent, ils en avaient toujours eu et il fallait les traiter sérieusement. Son fils avait payé son incompétence, sa vanité et ses insuffisances. Kenta ne ferait pas de même.

Kansai – Quand les rejoignons-nous, père ?

Kenta – Les rejoindre ?

Kenta reposa la tête à sa place et se redressa de toute sa taille. Il ferma les yeux et un sourire se dessina sur ses lèvres sèches, son premier sourire depuis des mois et des mois de disette morale et physique, des mois à supporter la présence de ses filles inutiles, de ses fils prétentieux et chuchoteurs. Enfin quelque chose se présentait à lui. Fuir ? Comme le rat qui a aperçu le chat et qui instinctivement en déduit qu’il n’est pas de taille ? Les bakajikara n’étaient pas des rats. Ils étaient les seigneurs du pays de la terre et ils venaient ici, dans ce pays mouillé, en conquérants et non en souris vagabondes.

Kenta – Que la flamme jaune vienne ici. Nous les écraserons comme nous avons écrasé tous nos ennemis.

La voix de Kenta tonna alors, résonnant dans l’ensemble de la maisonnée.

Kenta – Rappelle mes enfants auprès de moi. Qu’ils quittent ces contrebandiers inutiles et qu’ils nous rejoignent livrer la bataille pour la survie de notre sang ! Ce sera le combat et la mort, rien d’autre !

MessageSujet: Re: Les yujas du pays de la terre   Mer 18 Jan - 21:25

En début de soirée, Naikin rejoignit les filles assemblées dans le salon. Il les informa que Koshiro, actuellement en poste à proximité de la maison des yuja du pays de la terre, venait de le contacter par sceau interposé. L’homme qu’ils avaient laissé en vie dans le village des yuja s’était téléporté auprès des siens afin, certainement, de leur apprendre la nouvelle de la destruction partielle du clan. Koshiro s’était attendu à ce qu’ils se téléportent en masse, mais il ne se passa rien. Il avait contacté Naikin à cet instant, puis l’avait recontacté pour dire que rien n’avait changé, les yuja étaient toujours sur place et qu’il attendait de voir s’il se produisait quelque chose de nouveau avant de faire quoi que ce soit. Saeka estimait probable que les yuja demeurent sur place pour attendre leur ennemi, maintenant qu’ils savaient que la flamme jaune avait les moyens de remonter jusqu’à eux. Elle pensait qu’il n’était pas dans le tempérament de Kenta Bakajikara de tourner les talons et de fuir quelqu’un qui avait versé le sang de sa famille, pas tellement par esprit paternel, mais davantage parce que la mort de n’importe quel yuja (homme ou femme) était une perte pour le clan difficilement rattrapable. Au vu de la façon dont les nouveaux membres étaient recrutés, Haya comprenait son problème…

Cela eut tendance à se confirmer dans la soirée. Koshiro ne signala pas de déplacement massif, bien qu’il supposât que certains membres du clan s’activaient à l’intérieur des murs pour mettre au point quelque chose, mais il lui était difficile de savoir quoi. Ryosen les rejoignit tardivement, vers vingt-deux heures, les traits tirés mais de bonne humeur. Il travaillait dans son atelier et cela lui prenait du temps (c’était soit ça, soit il voyait une fille). Koshiro les contacta à nouveau un peu plus tard, pour leur signifier que trois yujas s’étaient téléportés à l’entrée du bâtiment. L’un d’entre eux était l’homme qui était venu en premier lieu avertir Kenta de la destruction de son clan, les deux autres ne lui étaient pas connus. Après une brève description à Saeka, celle-ci fut en mesure d’en reconnaître un, Asataro, l’un des fils aînés de Kenta (près de trente ans tout de même, Kenta n’avait assurément pas chômé). Il était à peu près du niveau de la femme qu’ils avaient déjà vaincue dans la grotte, à ceci près qu’il était un homme et que par voie de conséquence, il était censé être d’une force supérieure. Haya se garda bien d’en venir à ces conclusions. S’ils avaient réussi à escroquer une partie du résultat du combat la première fois, c’était en partie parce qu’elles ne s’attendaient pas à tomber sur des spécialistes de la terre et que cela les avait désavantagées. Maintenant qu’elles étaient prévenues, il ne serait pas question de répéter les mêmes erreurs, sans compter que la flamme jaune se déplacerait au grand complet.

Quelque part, c’était une garantie de moins car personne ne pourrait les aider, puisque toutes leurs forces seraient impliquées dans l’assaut. Néanmoins, la flamme jaune avait affronté des adversaires plus redoutables que ce clan consanguin et tourné sur lui-même. Seul l’état de force de Kenta demeurait une incertitude. Saeka disait qu’il était isolément moins fort que chacun d’entre eux, mais qu’il avait encore de belles ressources. Supposément, car cela faisait des années que le vieillard était inactif. Son clan, hormis quelques brouilles épisodiques avec des ennemis étrangers et des bandits locaux, ne faisait plus grand-chose depuis des années. Difficile de juger de leur état en ces conditions. La flamme jaune attendit jusqu’à ce qu’il soit passé minuit, puis Koshiro revint, se téléportant directement dans son foyer. Il n’avait observé aucun mouvement supplémentaire et si les yujas n’avaient pas déjà fui, c’est qu’ils ne le feraient pas. De toute façon, Saeka les avait marqués voilà plusieurs jours de cela, de sorte qu’il lui serait possible de les retrouver avec un peu de temps.

Naikin – Kenta a sans doute battu le rappel des troupes. Sechiro a dit que certains yujas étaient engagés auprès des contrebandiers pour en assurer la sureté. Kenta a vraisemblablement changé l’ordre de ses priorités.

Saeka acquiesça.

Saeka – Il s’attend à une bataille décisive pour son clan. Il sait que retirer ainsi ses hommes des contrebandiers sera mal perçu de la part de son employeuse. S’il survit, il prévoit sans doute de régler ce problème dans la foulée, mais il semble décidé à quitter le pays de l’eau.

Ils étaient assemblés dans le salon du couple, Saeka et Koshiro sur l’un des fauteuils, Haya, Beni et Ryosen sur le canapé et Naikin sur l’autre siège. Maintenant qu’haya y pensait, elle avait passé le plus clair de sa journée ici en compagnie de Saeka. Cela ressemblait un peu à une veillée de guerre, du moins, c’était ainsi que la juunin se les représentait. Les troupes assemblées autour d’un feu de bois (un thé fumant ici, qui ne fumait plus trop par ailleurs, mais l’idée y était), à discuter de la stratégie à mettre au point pour l’assaut du lendemain qui serait forcément décisif, comme tous les assauts du lendemain.

Naikin – Il aura sa bataille.

Haya avait bien intégré le fait que les yuja du pays de la terre étaient capables de tuer. C’était une information dont elle avait pris connaissance dès leur entrevue au cœur de la caverne de Sengoko, il existait une possibilité de mourir dans ces combats, il ne s’agissait pas de duels d’entraînement avec des amis à elle, avec la flamme jaune ou des alliés de kiri, ni même des combats dans un cadre clair et précis, comme lors du tournoi des chunins par exemple où un décès aurait été impensable et très sévèrement condamné (en tout cas c’aurait été la moindre des choses). Non, il s’agissait là de combats où la mort pesait sur les participants, où elle représentait l’enjeu qui les unissait le temps d’une bataille. Celui qui perdait l’accueillait, celui qui l’emportait la repousser encore un peu plus. Haya ne l’avait jamais vraiment oublié, mais peut-être que le relatif confort de ces derniers mois, choyée par la flamme jaune, habituée à un entraînement rigoureux mais sans risque réel, avait émoussé sa perception des choses. Haya voyait clair à présent et elle ne répéterait pas deux fois les mêmes erreurs.

La flamme jaune discuta pendant près d’une heure. Il était convenu de se revoir demain dans la matinée pour voir les détails et de se présenter à aso durant l’après-midi. Il ne faisait guère de doute sur le déroulement de cette journée, les chances que Kenta abandonne étaient inexistantes et la flamme jaune n’avait de toute façon aucune intention de lui laisser le choix. Il n’avait rien à proposer hormis la localisation de la dernière femme, hypothétiquement. Saeka proposa à Haya de rester dormir chez elle, mais celle-ci eut peur de déranger le couple. Sans doute que les veilles de bataille, on avait des choses à se dire ou à se témoigner. Saeka sembla percevoir son hésitation et la dissipa en quelques mots, si bien qu’haya finit par accepter. Ryosen lui fit un signe. La jeune femme grimaça. Les traitements, elle en aurait presque oublié les traitements. Ils s’isolèrent dans la salle de bain pendant que le reste de la flamme jaune retrouvait ses appartements. Haya retira son haut et défit patiemment les bandages autour de sa poitrine, bandages qui lui paraissaient chaque jour un peu plus lourd. Elle s’assit sur le rebord vert sombre de la baignoire du Saeka et laissa opérer Ryosen. Comme chaque jour, il passa son chakra sur la surface du sein blessé, provoquant une agréable chaleur qui tempérait avec l’irritation habituelle.

Ryosen – Tu as eu mal aujourd’hui ?

Haya – Non pas trop, mais je n’ai pas spécialement bougé.

Ryosen – Tes bras cicatrisent bien en tout cas.

Il restait encore deux bandes brunes mal dessinées, mais elles avaient un peu perdu en couleur et semblaient s’être ramassées sur elles mêmes. C’était encourageant pour la suite. Les taches qui s’étaient déposées sur sa hanche ne représentaient plus qu’un sombre point et la coulure le long de ses côtes empruntait le même chemin que les brûlures sur ses bras. C’était la poitrine qui restait la plus mal en point, toujours partiellement rongée par l’acide mais un peu plus épanouie peut-être suite aux soins répétés de Ryosen et à la dernière analyse d’esio katoshi, qui avait légèrement modifié son traitement. Haya sursauta en frappant par réflexe le poignet de Ryosen du dos de sa main. Quand il avait touché l’intérieur du sein blessé, un pic de douleur l’avait brièvement foudroyé.

Ryosen – Désolé mais je ne peux pas faire autrement.

Haya – Je ne faisais pas attention à ce que tu faisais, c’est moi qui m’excuse.

Ryosen remit en place des compresses et des bandages propres et les enroula autour du buste d’haya qui attendait, les mains sur le sommet de son crâne pour ne pas gêner le médecin. Ryosen lui souhaita bonne nuit et la laissa se rhabiller et se rafraichir dans la salle de bain. Quand elle sortit, Saeka et Koshiro rangeaient les plats encore éparpillés dans le salon. Haya leur prêta main forte si bien qu’il ne leur fallut que quelques minutes pour finir de tout aménager et cela même s’ils avaient hébergé l’ogre Benihime le temps d’un repas. Koshiro s’étira le dos en le faisant craquer.

Koshiro – [color:c32e=#slateblue]Je vais rejoindre Nak pour arranger quelques petites choses pour demain. Je vous revois tout à l’heure ?

Haya – A tout à l’heure Ko.

Il se pencha sur saeka le temps de poser ses lèvres sur les siennes, attrapa sa veste et sortit dans la nuit. Les jeunes femmes reprirent leur discussion sur les yujas du pays de la terre là où elles l’avaient laissée, tranquillement assises sur le divan. Haya ne connaissait l’histoire d’iwa que très vaguement, elle savait qu’il avait été un village important avant sa naissance mais qu’il s’était embourbé dans une guerre contre kawa (un pays qu’haya imaginait mal avoir été puissant un jour, mais après tout elle n’y était jamais allée personnellement) et qui était lourdement tombé de son piédestal quand haya devait être toute jeune. Mais le pays de la terre dans sa globalité représentait une énigme et la juunin ne partageait pas la répulsion opposée que nourrissait Kenta pour le pays de l’eau, au contraire, le pays de la terre l’intriguait sans qu’elle ne s’en explique la raison.

Haya – Qu’est-ce que les yujas ont fait quand iwa est tombé ?

Saeka – Ils sont descendus. Quand renshi, la tsuchikage, est morte le village a connu une période noire qu’il ne parvint jamais à surmonter. Un homme s’empara du pouvoir laissé vacant pour essayer de relier le village, certains clans l’épaulèrent à l’instar des Bakajikara, mais le village était trop faible. Il avait complètement éclaté en plein vol, les vieilles rivalités s’ouvraient, les désertions s’étaient multipliées… puis le village connu ses premières secousses. Très importantes dès le début. Des bâtiments entiers s’effondraient, les montagnes tremblaient. Le village a été complètement abandonné aux tremblements de terre et personne n’y retourna.

La pensée selon laquelle iwa avait été puni pour les atrocités réalisées pendant la guerre se multiplièrent. On disait qu’iwa avait eu une ambition hors de toute mesure et qu’il en payait chèrement le prix par ses destructions. Les Bakajikara eux-mêmes s’imaginèrent que les ancêtres du pays de la terre étaient furieux et qu’ils punissaient la faiblesse des leurs, incapables de s’être défaits rapidement de leurs frêles ennemis. Il était impossible de construire quoi que ce soit avec des gens persuadés d’avoir fauté. Et ils avaient fautés à leur manière, cette guerre n’avait eu aucun sens dès le début et la suite des événements ne fit qu’empirer les choses. Dès qu’iwa ressentit ses premières difficultés, loin d’abandonner il poussa avec force en espérant que cela passerait, mais il perdait des hommes inlassablement et kawa prenait espoir. Les autres pays aussi, qui choisirent d’épauler kawa à leur manière dans une tentative couronnée de succès d’affaiblir iwa, de briser son hégémonie sur l’ouest. Haya ne parvenait pas à juger ces actions. Les guerres ninjas devaient être effroyablement coûteuses en hommes, guerriers et civils compris. Les pertes culturelles aussi. Combien de clans avaient été rayés de la carte ? Combien de villes avaient vu leurs richesses pillées ou brûlées ? Assurément, c’était là quelque chose à éviter mais… c’était la fonction même des ninjas. Tôt ou tard, il y avait forcément un homme ou une femme de pouvoir qui désirait s’accaparer quelque chose sur lequel il n’avait aucun droit et qui le faisait, juste comme ça, prêt à en assumer les conséquences. Difficile de lutter contre de telles personnalités, d’autant plus que cela pouvait naître en n’importe qui. Même en moi, pensa haya subitement. Renshi était reconnue comme une femme d’exception, une grande politicienne, une stratège admirable et pourtant, elle s’était comportée comme une enfant qui chipe une sucette et qui est coursée par le vendeur.

Les yujas du pays de la terre s’établirent dans le petit village où la flamme jaune s’était rendue plus tôt dans la semaine. Ils y prospèrent difficilement à cause des pertes subies pendant la guerre. Leur conflit avec les clans itami et hagetaka ne s’étaient pas terminés avec iwa. Ils connurent quelques anicroches qui continuèrent de diminuer leurs rangs. Kenta régnait sur sa famille comme un monarque et malgré son âge, il demeurait irremplaçable pour protéger ce qui restait des siens. Ils vivotèrent comme la majorité des clans éclatés sur le sol du pays de la terre, peut-être mieux que certains en raison de la structure même de leur clan qui imposait une discipline en acier trempé où la conception même d’initiative était nécessairement absente. Sans éclat, sans attirer trop l’attention, les bakajikara parvinrent à se traîner plusieurs années durant jusqu’à ce que pour une raison inconnue, Yuma tamiko décida de faire appel à eux pour assurer la sécurité de ses petites affaires.

Haya – Un choix étonnant quand même.

Saeka – C’est vrai, c’était inattendu. Mais c’est fréquent. Les clans ont besoin de soutiens financiers pour subsister, sauf quand ils peuvent subvenir eux-mêmes à leurs besoins, comme les toshiya du pays de la foudre par exemple. Sinon, ils rejoignent un village caché et lui prête leur force, mais ce n’est pas si fréquent qu’un village accueille un nouveau clan en entier. Ils représentent un gros vivier de mercenaires.

Haya – Mais pourquoi aller si loin ?

Saeka haussa les épaules.

Saeka – L’ouest abrite quantité de clan mineur. Le pays des rivières, le pays de la terre, le pays du vent… énormément de clans y gisent, avec plus ou moins de succès. Je pense que Yuma est parvenue à les acheter pour une bouchée de pain. La vérité c’est que pour que Kenta consente à servir une femme et à s’établir au pays de l’eau, il devait vraiment être désespéré. C’aurait été impensable dix, vingt ans plus tôt.

Haya acquiesça. La crise engendrait le dénuement qui débouchait lui-même sur le désespoir. Il n’y avait pas énormément de façons de s’en sortir et s’en remettre à la chance était aussi aléatoire que le climat. Encore une fois haya pensa à ce qui se serait passée pour elle si, malgré le fait d’avoir survécu au carnage de ses sœurs, elle ne s’était pas trouvée transportée à kiri. Elle ne connaissait strictement personne à quinze ans dans le monde, hormis les gens de son village qui lui auraient difficilement offert un toit gratuitement, en tout cas pas sur une période prolongée. Ce n’était pas des gens fortunés et même, ce n’était pas le genre de vie qui pouvait lui offrir quoi que ce soit. Si haya avait pris le choix des routes, quelles options se seraient présentées à elle ? Le vol et la prostitution pour subvenir à ses besoins, deux activités qui auraient fini par lui valoir des ennuis plus gros qu’elle. Finalement, cela se serait joué à la génétique. Son talent éveillé aurait fini par se manifester à elle (peut-être) et à la sauver de la misère, mais au vu de la pente qu’haya aurait emprunté à ce moment, elle aurait tout aussi bien pu s’enfoncer dans le banditisme et se retrouver finalement opposée à ses amis d’aujourd’hui. Et encore, c’était une vision optimiste : haya était à kiri depuis trois ans, son don génétique était le plus souvent muet et n’intervenait qu’aléatoirement quand la jeune femme en avait besoin, sans jamais demander la permission, sans jamais laisser présager de son action. Elle en aurait vu tourner des villes et des hommes avant de faire quoi que ce soit…

Haya – La roue tourne vite…

Saeka – Oui. Quand ça arrive, il faut généralement éviter de se la prendre en pleine tête. Mais ce n’est pas forcément évident.

Haya – Les yujas sont en train de la voir arriver alors ?

Saeka eut un petit sourire sans joie.

Saeka – En effet. Et il y a fort à parier que ce soit la dernière chose qu’ils voient jamais.

* * * * *

Kansai avait fait le travail.

Deux de ses enfants étaient de retour pour défendre la maisonnée. Cela faisait cinq guerriers des yujas du pays de la terre, en plus de Kenta lui-même. Le patriarche, assit sur son simulacre de trône au fond de sa chambre, gardait l’œil rivé sur son volet fermé qui ne le laissait rien entrevoir du dehors. Il entendait ses enfants bruisser comme de petites souris en bas. Les yujas avaient vu pire au cours de leur histoire, ils avaient affronté des adversaires acharnés à les voir morts, ils avaient échappé au poison des lâches itami et aux lames acérés des hagetaka. S’ils devaient tomber dans ce pays cent fois maudit et hostile, alors ils s’arrangeraient pour emporter avec eux autant de mouillés que possible, arrachant leurs sales têtes humides pour empoisonner cette terre sans cœur de leur sang. Ce n’était pas la première guerre que Kenta menait et, si les ancêtres le voulaient, ce ne serait pas la dernière. Il avait plus d’expérience militaire que ces arrivistes dégénérés, aussi célèbres soient-ils. Célèbres pour qui ? Pour un pays sans repère, sans histoire propre ? Kenta laissa échapper un grognement sourd.

Cela faisait trop longtemps que son poing ne s’était pas refermé sur le crâne d’un ennemi afin de le presser comme il aurait pressé un citron, pour en extraire tout le jus, tout le sucre, chaque pépin les uns après les autres qui jailliraient à la surface, impatients de quitter ce corps misérable. Cette sensation lui manquait. Il ne parvenait pas à se souvenir de tous les crânes qu’il avait senti céder sous sa poigne énorme, mais la sensation lui revenait immanquablement. C’était quelque chose qui se rapprochait du pouvoir absolu sur la vie d’autrui, une impression grisante et délicieuse, une impression que seul un guerrier pouvait apprécier à sa juste valeur. C’était peut-être un peu moins difficile que d’arracher la tête d’un adversaire, mais les sensations n’étaient pas les mêmes. Quand Kenta décapitait, c’était pour punir l’adversaire et ses ancêtres, de la même façon que quand il violait une femme, c’était pour l’humilier elle et les siens, morts ou vivants, pour imprimer dans sa mémoire de morte en sursis la marque des yujas qui glissaient en elle et que ce soit son ultime souvenir. Mais quand il brisait un crâne, c’était pour se faire plaisir à lui comme une récompense pour un combat âprement mené.

S’il pouvait ressentir ce frisson rien qu’une fois au cours de ce combat, alors Kenta partirait rejoindre ses ancêtres sans honte même s’il devait leur annoncer la fin des yujas du pays de la terre. Ils étaient guerriers. Ils comprenaient l’échec en terre ennemie, face à des ennemis supérieurs en nombre et renforcé par leurs éléments traîtres et répugnants. Non, il n’y avait pas de quoi avoir honte.

Si Kenta avait été capable de voir à l’extérieur de sa chambre, il aurait remarqué qu’un épais brouillard s’était levé dehors. Un brouillard qui n’avait rien de naturel, menaçant, qui défiait le timide soleil de le percer. S’il ne la vit pas, il entendit en revanche le roulement de la vague. Kenta se redressa sur son trône, les sourcils froncés et à l’instant où il se dit que la bataille commençait, le raz de marée heurta de toute sa force la maison. Kenta fut projeté à terre de tout son long. Lorsqu’il leva la tête, il cligna ses yeux éblouis par le soleil. Le mur était ravagé sur toute sa façade est et continuait à s’effondrer sur lui-même comme un jeu de quilles. Une poutre lui tomba lourdement sur le temps, expulsant l’air au fond de ses poumons tandis qu’il se relevait difficilement. Il se dégagea avec brutalité en hurlant à ses enfants de sortir combattre. Il déboucha hors de sa chambre. La maison était en ruines ici aussi et tremblait sur ses fondations. Il ordonna à ses filles impuissantes de rester dans leurs chambres alors même qu’elles partaient en lambeaux, songeant qu’elles seraient de toute façon inutiles dans la confrontation qui s’annonçait. Kenta bondit dans le vestibule, avisant au dehors la brume dense qui s’infiltrait désormais jusqu’à lui, comme un serpent rampant dans les hautes herbes. Le patriarche repoussa sa fille Asuna qui se tenait hébétée sur son passage, ne lui accordant pas un regard tandis qu’elle tombait au sol face la première. Il souleva la trappe qui menait sous les fondations de la maison, à la recherche de l’arme. C’était la seule pièce de toute cette demeure qui lui rappelait un tant soit peu son pays, avec ses mottes de terre encore fraîches qui pendaient au-dessus de lui dans un couloir absolument pas éclairé. Kenta tâtonna à la recherche du bouton de l’électricité, un bouton qui de mémoire n’avait jamais servi, tandis que les échos du combat au dehors descendaient jusqu’à lui. La pièce s’éclaira faiblement tout d’abord avant de gagner en intensité progressivement.

MessageSujet: Re: Les yujas du pays de la terre   Ven 20 Jan - 21:19

Situation de départ:

Pélagie : 13
Type du combat : combat en équipe à risque

Règles spéciales :
- Tant que la pélagie est égale ou supérieure à 13, valeur ninjutsu technique suiton +25%
- Les tours du combat seront résolus action par action parce qu’il y a beaucoup de combattants impliqués
- La flamme jaune est répartie en quatre groupes : Naikin / Benihime, Ryosen / Koshiro / Haya, Saeka
- Les yujas du pays de la terre forment un seul groupe
- Les cinq groupes sont à distance les uns des autres
- Kenta Bakajikara arrivera au tour 2, si les membres de sa famille ne sont pas tous morts ou inconscients
- Des renforts yujas arriveront au tour 2

MessageSujet: Re: Les yujas du pays de la terre   Sam 21 Jan - 20:52

Action 1 : Koshiro réalise un mouvement de son cru sur la femme 2 (40 mp). Il s’élève dans les airs et abat le dos de son poing sur son crâne (162).

Naikin réalise une illusion d’une très grande complexité (475 mp, entretien : 200 mp). Dégâts de base : 520 hp par action. Il vise femme 1, femme 2, homme 2. L’illusion a une puissance de 1.

Femme 1 subit 508 dégâts. Elle tombe inconsciente.
Femme 2 subit 508 dégâts.
Homme 2 subit 500 dégâts.

Saeka réalise un arrêt du temps sur l’homme 1 et l’homme 3 (80 mp). Homme 1 et 2 peuvent être pris pour cible pendant encore 1 action par des attaques physiques. L’arrêt du temps durera encore 3 actions.
Ryosen engage la femme 2 au corps à corps.
Homme 2 engage Benihime au corps à corps.
Femme 1 engage Benihime au corps à corps.

Benihime relâche des torrents démentiels sur l’homme 3 (80 mp, pélagie -4, benihime ne bénéficie plus des +25% suiton). La technique est si ample qu’elle affecte trois autres combattants. Seuls l’homme 1 et la femme 2 sont au corps à corps. Ils sont affectés. La technique a des dégâts de base de 321.

Homme 3 subit 265 dégâts.
Homme 1 subit 292 dégâts. Il tombe inconscient.
Femme 2 subit 271 dégâts. Elle tombe inconsciente.

Haya exécute une danse sous la pluie (20 mp).

Homme 3 prépare une action.

Homme 1 prépare une action.

MessageSujet: Re: Les yujas du pays de la terre   Dim 22 Jan - 13:47

Action 2 : Saeka annule son arrêt du temps.

Koshiro réalise un mouvement de son cru sur l’homme 2 (40 mp), mais ce dernier parvient à éviter l’assaut.

Naikin maintient sa technique (entretien : 200 mp). Dégâts de base : 520 hp par action. Il vise homme 2. L’illusion a une puissance de 1.

Femme 1 subit 508 dégâts. Elle meurt.
Femme 2 subit 508 dégâts. Elle meurt.
Homme 2 subit 500 dégâts. Il meurt.

La technique de Naikin est annulée : elle ne cible plus personne.

Saeka relâche la lance divine (60 mp) sur l’homme 3. Elle fait un coup critique mais ne parvient pas à le transpercer. Il perd 56 hp.

Haya prend l’initiative sur Ryosen (danse sous la pluie). Elle relâche des torrents démentiels sur l’homme 3 (5 mp, pélagie -5). Il perd 113 hp.

Ryosen frappe l’homme 3 à la tempe à l’aide de son shakujo (60 mp). Il perd 110 hp, 16 sagesse, 16 intelligence. La technique qu’il préparait est annulée.

Benihime relâche des torrents démentiels sur l’homme 3 (80 mp, pélagie -4). Il subit 265 dégâts. Il tombe inconscient.

MessageSujet: Re: Les yujas du pays de la terre   Dim 22 Jan - 20:38

Résumé :

Pélagie 0

Flamme jaune

Koshiro : -80 mp / - 0 hp
Naikin : -675 mp / -0 hp
Ryosen : -60 mp / -0 hp
Benihime : -160 mp / -0 hp
Saeka : -120 mp / -0 hp
Haya : -5 mp / -0 hp /+176 xp

MessageSujet: Re: Les yujas du pays de la terre   Dim 22 Jan - 20:39

Situation de départ :

Pélagie : 0
Type du combat : duel à risque

Règles spéciales :
- Haya est à distance de Kenta Bakajikara
- Saeka la rejoindra dans 4 actions
- La flamme jaune les rejoindront dans 4 à 9 actions (50% d’arriver à l’action 4, 60% à l’action 5, etc.)
- Haya décidera s’ils doivent l’aider ou non
- Si Haya est inconsciente, ils rejoindront le combat automatiquement

MessageSujet: Re: Les yujas du pays de la terre   Lun 23 Jan - 20:43

Tour 1.

Action 1 : Kenta arrive au corps à corps. Haya réalise une danse sous la pluie en économisant ses forces (5 mp).

Action 2 : Haya prend l’initiative. Elle relâche des lames d’éther en économisant ses forces (5 mp, +2 pélagie). Kenta perd 20 mp, il est repoussé et ne peut engager haya l’action suivante.

Action 3 : Haya paye son entretien (20 mp) et prend l’initiative. Elle prépare une technique. Kenta voit son action annulée (+20 mp).

Action 4 : Haya prend l’initiative. Elle relâche l’éclatement des vagues (-130 mp, +16 pélagie, haya utilise son hérédité pour renforcer sa technique). Kenta subit 60 dégâts. Les techniques aqueuses infligent 55% de dégâts supplémentaires. Kenta se maintient au dessus de l’eau (-2 mp). Il rejoint le corps à corps. La pélagie augmente de 2.

Pélagie : 20

MessageSujet: Re: Les yujas du pays de la terre   Mar 24 Jan - 20:41

Tour 2.

Pélagie 20

Action 1 : Haya paye son entretien (20 mp) et prend l’initiative sur Kenta. Elle relâche des lames d’éther en économisant ses forces (5 mp, +2 pélagie). Kenta perd 20 mp, il est repoussé et ne peut engager haya l’action suivante. Kenta patiente (+20 mp).

Pélagie 22

Action 2 : Haya prend l’initiative. Elle relâche le torrent démentiel en économisant ses forces (10 mp, -3 pélagie). Kenta perd 264 hp. Il rejoint le corps à corps.

Pélagie 19

Action 3 : Haya paye son entretien (20 mp) et prend l’initiative. Elle relâche des lames d’éther en économisant ses forces (5 mp, +2 pélagie). Kenta perd 20 mp, il est repoussé et ne peut engager haya l’action suivante. Kenta patiente (+20 mp).

Pélagie 21

Action 4 : Haya prend l’initiative. Elle relâche le torrent démentiel en économisant ses forces (10 mp, -3 pélagie). Kenta perd 264 hp. Il rejoint le corps à corps. La pélagie augmente de 2.

Pélagie 20

MessageSujet: Re: Les yujas du pays de la terre   Jeu 26 Jan - 20:56

Tour 3.

Pélagie 20

Action 1 : Haya paye son entretien (20 mp) et prend l’initiative sur Kenta. Elle relâche des lames d’éther en économisant ses forces (5 mp, +2 pélagie). Kenta perd 20 mp, il est repoussé et ne peut engager haya l’action suivante. Kenta patiente (+20 mp).

Pélagie 22

Action 2 : Haya prend l’initiative. Elle relâche le torrent démentiel en économisant ses forces (10 mp, -3 pélagie). Kenta perd 264 hp. Il charge droit devant lui (10 mp). Haya perd 2 hp, elle n’est pas renversée au sol.

Pélagie 19

Action 3 : Haya paye son entretien (20 mp) et prend l’initiative. Elle relâche des lames d’éther en économisant ses forces (5 mp, +2 pélagie). Kenta perd 20 mp, il est repoussé et ne peut engager haya l’action suivante. Kenta patiente (+20 mp).

Pélagie 21

Action 4 : Haya prend l’initiative. Elle relâche le torrent démentiel en économisant ses forces (10 mp, -3 pélagie). Kenta perd 264 hp. Il charge droit devant lui (10 mp). Haya perd 2 hp, elle n’est pas renversée au sol. La pélagie augmente de 2.

Pélagie 20

MessageSujet: Re: Les yujas du pays de la terre   Ven 27 Jan - 21:26

Tour 4.

Pélagie 20

Action 1 : Haya paye son entretien (20 mp) et prend l’initiative sur Kenta. Elle relâche des lames d’éther en économisant ses forces (5 mp, +2 pélagie). Kenta perd 20 mp, il est repoussé et ne peut engager haya l’action suivante. Kenta patiente (+20 mp).

Pélagie 22

Action 2 : Haya prend l’initiative. Elle relâche le torrent démentiel en économisant ses forces (10 mp, -3 pélagie). Kenta perd 264 hp. Kenta se ramasse sur lui-même.

Pélagie 19

Action 3 : Haya paye son entretien (20 mp) et prend l’initiative. Elle relâche le torrent démentiel en économisant ses forces (10 mp, -3 pélagie). La position de Kenta le préserve d’une partie des dégâts. Il perd 84 hp. Kenta charge en avant (20 mp) et s’écrase contre haya (249 hp)

Pélagie 17

Action 4 : Haya prend l’initiative. Elle relâche des lames d’éther en économisant ses forces (5 mp, +2 pélagie). Kenta perd 20 mp, il est repoussé et ne peut engager haya l’action suivante. Kenta patiente (+20 mp). Son enchaînement est interrompu, Kenta tombe par terre et mettre une action à se relever. La pélagie augmente de 2.

Pélagie 19

MessageSujet: Re: Les yujas du pays de la terre   Sam 28 Jan - 14:31

Tour 5.

Pélagie 19

Action 1 : Haya paye son entretien (20 mp) et prend l’initiative sur Kenta. Elle relâche le torrent démentiel en économisant ses forces (10 mp, -3 pélagie). Kenta perd 264 hp. Kenta perd son action (20 mp).

Pélagie 16

Action 2 : Haya prend l’initiative. Elle relâche le torrent démentiel en économisant ses forces (10 mp, -3 pélagie). Kenta perd 264 hp. Kenta se ramasse sur lui-même.

Pélagie 13

Action 3 : Haya paye son entretien (20 mp) et prend l’initiative. Elle relâche le torrent démentiel en économisant ses forces (10 mp, -3 pélagie). La position de Kenta le préserve. Il ne subit aucun dégât. Kenta charge en avant (20 mp) et s’écrase contre haya (249 hp)

Pélagie 10

Action 4 : Kenta récupère l’initiative (40 mp). Il saisit haya par la nuque et tire. Haya perd 54 hp. Son action est repoussée. La pélagie augmente de 2.

Pélagie 12

MessageSujet: Re: Les yujas du pays de la terre   Dim 12 Fév - 13:51

Tour 6.

Pélagie 12

Action 1 : Haya paye son entretien (20 mp) et prend l’initiative sur Kenta. Kenta tire sur sa tête mais elle permute (42 mp) à distance.

Pélagie 12

Action 2 : Haya prend l’initiative. Elle relâche le torrent démentiel en économisant ses forces (10 mp, -3 pélagie). Kenta perd 170 hp. Il tombe inconscient.

Pélagie 9

Kenta: -2162hp / -90 mp (inconscience)
Haya: -554/ -462 mp/ 210 xp

MessageSujet: Re: Les yujas du pays de la terre   Dim 12 Fév - 13:56

La bataille dura un peu moins d’une minute.

Il se passa beaucoup de choses en même temps et Haya ne chercha pas à les analyser. Elle les observait légèrement en retrait, comme si son esprit s’extrayait du carcan de son corps et de ses émotions présentes pour embrasser toute la situation et lui permettre de considérer ses options l’esprit tranquille. La mécanique de la flamme jaune était parfaitement huilée, elle n’était pas aisément mise en difficulté. Un instant, le cerveau d’haya considéra le nombre d’adversaires qu’ils affrontaient (la flamme jaune en comptait un de plus), mais dès les premières secondes il s’avéra que la différence de classe était importante. Naikin referma son esprit sur trois des yujas tandis que Saeka paralysait les deux derniers, de sorte que le combat était déjà pratiquement terminé alors qu’il n’avait pas même commencé. Haya l’ignorait, mais Naikin était un peu moins optimiste de son côté, quand bien même l’un des yujas s’effondra presque aussitôt, son esprit complètement balayé par le sien, les genoux tremblants l’un contre l’autre et un début de bave mousseuse se formant à ses lèvres. Son illusion était très puissante, réalisée à la perfection et entremêlée avec talent, mais elle payait sa puissance par une fragilité de verre. Si un seul de leurs ennemis le repoussait, l’illusion se briserait comme si elle n’avait jamais existé. Cela ne l’inquiétait pas. En un seul assaut de son esprit, simultanément contre trois autres, il avait déjà réalisé un carnage. Son cerveau lui murmura l’information que ce combat était fini. Naikin l’obligea à demeurer concentré jusqu’à la fin de leur mission.

Avant qu’haya ait réellement pu faire quelque chose, quatre de leurs ennemis mordait la poussière. Au vue des larges mares de sang qui commençait à imprégner l’herbe, la jeune femme se figura que les yujas devaient compter quelques morts dans leur rang. Un dernier d’entre eux tenait bon, mais seulement de par sa résistance, empêtré qu’il était dans une technique qu’il savait d’ores et déjà trop longue pour aboutir à quoi que ce soit. Ce fut benihime qui le finit, l’envoyant rouler sur plusieurs mètres par terre, sans qu’il ne parvienne ni même n’essaye de se relever. La flamme jaune s’activa à achever les rares survivants quand brusquement, avec son bruit caractéristique, une série de téléportations se produisit tout près. L’équipe de kiri fut aussitôt engagée par de nouveaux yujas, probablement des renforts issus des bateaux de contrebandiers. Saeka attrapa haya par le bras et s’engagea droit sur la maison. Un homme à très forte carrure se plaça face à elle, un énorme marteau de guerre posé sur son épaule, l’œil maussade et la paupière lourde. Saeka sortit dans un mouvement fluide sa chaîne et immobilisa le bras de l’homme avant qu’il ne puisse rien faire. Comprenant la manœuvre, Haya fila directement dans la maison sans que le yuja, se contorsionnant au point de faire craquer ses os et grincer la chaîne, ne parvienne à l’attraper au passage. Elle déboula dans ce qui restait de la maisonnée dévastée par les flots, ses yeux s’habituant à la pénombre.

Il y avait des êtres humains dans cette salle, mais craintifs, ils se cachèrent contre les quelques pièces de mobiliers défoncées ou, à défaut, derrière leurs mains comme si leur volonté suffirait à repousser l’envahisseur. Haya mit quelques secondes à se rendre compte qu’il y avait uniquement des femmes, quatre femmes, blessées par les gravats mais trop désespérée pour ne serait-ce que fuir. Ce devait être cela dont parlait saeka, haya avait devant les yeux les membres du clan qui ne combattaient pas et qui, inutiles, étaient tout juste bonnes à retarder l’ennemi. L’une des femmes avait sa jambe prise sous une grosse poutre arrondie, l’os probablement brisé sur le coup. Elle avait une main tranquille posée dessus et son regard ne trahissait pas la douleur, tout juste une résignation triste et profonde qui toucha haya d’une façon plus profonde qu’elle ne l’aurait cru.

Haya – Je ne vais pas vous tuer.

La femme ne lui répondit pas. Elle devait se dire qu’elles étaient déjà mortes, sans le clan pour subvenir à leurs besoins, que ce pays et cette vie n’avaient plus rien à leur apporter, n’avaient peut-être jamais rien eu à leur apporter. Haya passa parmi elles, comme si elle savait où diriger ses pas par avance. Les fantômes se détournèrent d’elle, les yeux dans le vague. La bataille se poursuivait au dehors, des éclats leur parvenaient et on pouvait encore apercevoir les silhouettes au travers des gravats. Haya descendit la volée de marches qui la séparait du sous-sol, éclairé à l’inverse du rez de chaussée et relativement épargné par le choc de la vague de benihime. Haya évoluait avec souplesse, les sens tendus et prêts à la bataille, aiguisés par l’attente et l’entraînement. La jeune femme savait qu’elle trouverait Kenta ici, qu’il n’avait pas pu fuir en laissant les siens derrière lui, non pas lié à eux par un quelconque soupçon d’amour paternel ou même de sens clanique, non, ce qui le retenait en cet endroit était quelque chose de beaucoup plus primitif et essentiel : la soif du sang. La volonté d’écraser ses ennemis, venus envahir son territoire, détruire son clan, cracher sur ses ancêtres et les priver d’une honorable mort de yuja en les abattant si loin de leur terre mère. Haya n’avait nulle pitié pour ces croyances aliénantes qui avaient mené ces hommes et ces femmes à leur perte, qui leur avait fait oublier jusqu’à la nécessité d’être humain et de le demeurer autant que possible. Mais malgré toute sa répulsion, c’était leurs croyances et elle comprenait au moins cela.

La haute ombre de kenta l’attendait au bout du couloir, dans une petite pièce fermée, creusée à même la terre et pauvrement soutenue par des poutres usées au dessus de leur tête. Haya comprit aussitôt que l’exiguïté de ce lieu lui serait très préjudiciable. Il lui serait difficile de maintenir kenta à distance et l’utilisation de ses techniques promettait d’être délicate. Le regard d’haya rencontra celui du patriarche. Il ne portait qu’un pagne sale ceint autour de ses hanches décharnées. Ses longues jambes velues étaient étonnamment décharnées, comme ces grandes perches plantées dans les rizières que l’on trouve pendant la saison, avec cette même impression d’éléments dépareillant avec leur environnement. A l’inverse, son torse nu était musculeux, sa peau tendue comme le cuir sur ses côtes et la chair de ses bras, croisés sur son ample poitrine. Une épaisse toison grisâtre lui parcourait le tronc, dévorant sa poitrine, ponctuée par une barbe fournie au milieu de laquelle les lèvres de sa bouche étaient serrées à en blanchir. Il l’observait avec un fond de grande colère et Haya sut aussitôt que cet homme s’apprêtait à la tuer de la façon la plus brutale qui lui soit possible d’imaginer sur l’instant, qu’il avait déjà regardé bien des gens de cette manière et qu’ils n’étaient plus là pour en témoigner, que ce serait à n’en pas douter une lutte à mort entre deux volontés. Haya n’en fut pas inquiète, c’était bien ainsi qu’elle envisageait ce combat. Il quitta son regard pour la juger du regard dans son ensemble, son regard s’appesantissant sur ses seins, sa taille et ses jambes.

Kenta – Une mouillée… j’ai combattu pour mon pays, j’ai versé mon sang et le sang des miens, j’ai vieilli… tout ça pour finir à combattre une foutue mouillée avec la peau sur les os, le regard de biche, qui manie l’acier et s’imagine guerrière, dans un pays qui n’est pas le mien, un pays humide comme le pays des rivières, maudit soit son nom.

Haya – Vous ne laisserez pas un souvenir impérissable.

Kenta – Femelle, tu as quoi ? Dix-sept, dix-huit ans. Tu ne connais de la vie que des moments isolés. Iwa laissera un souvenir impérissable. Ton village de pisseuses, on l’oubliera très vite.

Haya préféra ne pas renchérir là-dessus, ne souhaitant pas s’engager dans une conversation argumentée avec un homme qui, selon elle, avait depuis trop longtemps rangée sa raison dans un recoin de son cerveau. Mais le patriarche ne paraissait pas pressé, quand bien même ses yeux étincelaient de sa volonté de répandre le sang de l’ennemi. Il décroisa les bras et secoua la tête.

Kenta – Quelle déchéance de se retrouver ici à combattre les mouillés…

Haya – Qui est l’autre femme ? Nous avons tué yuma, qui est l’autre femme ?

Il lui paraissait improbable que kenta daigne répondre, à vrai dire, elle n’avait pas l’impression qu’il écoute réellement ce qu’elle disait jusqu’à présent. Il entendait les mots, voyait ses lèvres bouger, mais cela ne semblait pas l’intéresser outre mesure. Pourtant, à la mention du nom de yuma, il releva la tête et un sourire sauvage et mauvais se dessina sur ses traits, bientôt barré par une grimace de sincère dégoût.

Kenta – Ces femmes répugnantes… elles se montaient l’une sur l’autre comme des bêtes aveugles, quelle absurdité ! J’aurais dû leur montrer ce qu’était un vrai homme… bonne chose que la femelle soit morte, l’autre sera enragée.

Haya – Quelle autre ?

Haya ne voyait pas bien où il voulait en venir avec sa tirade, il se parlait davantage à lui-même qu’à elle.

Kenta – Une femme de ton village mouillé, haiko, maudit soit son nom. Elle vient dans mon pays comme une reine et nous achète alors nous venons ici, dans ce temps froid et détestable, à fréquenter des déplumées et des mouillées.

La juunin retint le nom dans un coin de son esprit. Haiko… cela lui rappelait quelque chose mais elle n’aurait su dire quoi. Par mégarde, haya avait baissé le regard par terre. Elle n’aperçut que du coin de l’œil le mouvement de kenta et, avant qu’elle ne se redresse, sentit son puissant avant-bras venir lui cogner la mâchoire. Haya ne vola pas mais tourna sur elle-même, parfaitement étourdie. Une main large comme deux se cramponna à ses cheveux tandis qu’un genou s’enfonçait dans son flanc pour la forcer à s’accroupir à terre. Kenta passa son bras libre contre la gorge d’haya et l’immobilisa. Sans marquer de grand effort, le bras qui reposait sur le sommet de son crâne commença à se tendre avec une fermeté d’acier. Haya sentit son cou s’étirer et grogna de douleur tandis que des mèches de ses cheveux lui tombaient devant les yeux.

Kenta – Mais ça n’a que trop duré.

Haya avait suffisamment fréquenté le village du pays du vent pour ignorer ce que kenta entreprenait de lui faire subir. Il s’imaginait lui arracher la tête aussi simplement que cela, par la force de son bras (comme cela avait déjà dû lui arriver dans le passé, mais certainement ses adversaires n’étaient-ils pas des ninjas de kiri), s’imaginant sans doute la tenant par les cheveux tandis qu’il sortait au dehors, la hissant au dessus de sa propre tête pour la présenter à la flamme jaune, se réjouissant du sang qui gouttait avec régularité le long de son bras, sur son torse et son propre visage, impatient de faire subir le même sort à chacun d’entre eux. Haya ne lui laissa pas ce dernier plaisir et se téléporta à quelques pas, abattant avec force son bras. Il y eut un grondement menaçant et indéterminé, qui paraissait provenir aussi bien de l’intérieur du sous sol que de l’étage supérieur. Kenta se redressa, oubliant un instant ses velléités de décapitation pour s’interroger sur la nature de ce bruit, quand son œil tomba sur une petite goutte unique qui perlait au cellier. Haya était prête au choc et ne fut pas surprise lorsque le toit s’effondra, heurtant kenta de plein fouet, tandis que les flots s’engouffraient avec hargne et colère. Les quelques secondes qui suivirent furent de la plus haute confusion, ce qui restait de la maisonnée s’écroulant tout autour, les gravats tour à tour charriés et engloutis par les flots frôlant leurs corps qui se hissaient avec détermination vers l’étage. Haya pensa qu’elle n’aurait peut-être pas dû assurer les filles du clan de sa volonté de ne pas les tuer… brusquement, la situation se stabilisa. Ils n’étaient pas tout à fait à l’étage bien que le ciel apparaissait au dessus de leurs têtes. Kenta prenait l’eau à moins de cinq mètres de là (un spectacle qu’il avait dû éviter pendant de nombreux mois), se mettant péniblement sur ses maigres jambes. Haya demeurait à la surface sans effort et attaqua sans laisser le temps à Kenta de reprendre ses esprits.

Il n’était pas possible d’avoir un aperçu de la situation de la flamme jaune mais haya ne se faisait pas le moindre souci pour eux, leur vouant une confiance plus qu’entière. Mais elle savait que quelle que soit l’issue de cette bataille, le sort de kenta était réglé. Il ne fuirait pas, sa mort était imminente. Ce n’est pas une raison pour faire n’importe quoi, se dit haya. Kenta attaquait de manière désordonnée et furieuse, s’élançant contre la jeune femme avec fureur, mais aussitôt repoussée par ses attaques. Elle connaissait déjà son dossier, savait comment il se battait, ce qu’il préférait. Il fut incapable de se rapprocher pendant les premières secondes du combat, subissant en retour de lourds dommages qui le laissaient étourdis malgré sa rage. Haya observait avec calme et précision le niveau de l’eau autour d’elle, il fallait qu’elle s’assure de ne pas en manquer avant d’être en mesure d’achever le colosse Bakajikara. La pluie tombait drue, ruisselant parmi les longs cheveux échevelés d’haya après la tentative de décapitation manuelle. Elle prit une seconde pour les repousser derrière ses oreilles. Kenta cessa ses charges qui ne le menaient nulle part, et se ramassa sur lui-même comme s’il priait ses obscurs ancêtres. Haya poursuivit son attaque avec la régularité implacable du métronome mais sut aussitôt que non seulement son assaut était diminué, mais surtout que kenta préparait quelque chose, les muscles tendus à l’extrême. Quand il se redressa comme au départ d’une course, haya n’eut le temps que d’écarquiller les yeux. Sa vitesse était prodigieuse, et avant que cette information ne pénètre son esprit, elle fut percutée de plein fouet et partit rebondir contre la surface de l’eau trois mètres plus loin, s’écrasant contre le vestige d’un mur porteur en étouffant un grognement. Le souffle lui manquait, mais au travers de ses yeux brouillés elle aperçut la silhouette inquiétante de kenta qui s’approchait de sa proie à terre pour l’achever. Une lueur dans son regard l’avertit que l’attaque qu’il s’apprêtait à relâcher avait pour intention claire de la tuer sur le coup, aussi relâcha-t-elle un peu de son chakra dans sa direction pour le repousser.

Non seulement kenta recula de plusieurs mètres mais, l’esprit embué par la rage, il perdit l’équilibre et glissa dans l’eau jusqu’à la taille, bataillant pour se remettre à la surface. Haya se releva en une roulade, les cheveux à nouveau devant les yeux et collés à son front, mais le regard fixé sur le patriarche. Il saignait abondamment et de manière sérieuse, malgré son immersion récente dans l’eau, le sang ruisselait encore sur ses chairs, imprégnant son pagne déchiré et à moitié décroché par la violence des assauts. Haya fut horrifiée l’espace d’une seconde de le voir reprendre la même posture qu’auparavant. Elle s’obligea à ne pas perdre son calme. Il fallait qu’elle absorbe ce choc. Elle aurait pu l’éviter parce qu’il était très prévisible, mais d’un autre côté elle sentait que kenta était à bout de forces et que sa rage seule lui permettait encore de tenir debout. Si elle faiblissait son assaut maintenant, son chakra la rattraperait et elle serait dans l’incapacité de percer ses défenses. Haya commençait à comprendre comment cet homme était parvenu à se maintenir à la tête de son clan, et quelle sorte de guerrier il était. Façonné par une sorte de volonté pure et inoxydable, intransigeante, Kenta ne semblait connaître que la mort et la victoire qu’il accueillait sereinement toutes deux dans sa couche, comme deux amantes capricieuses qui lui faisaient tour à tour tourner la tête, l’attiraient pareillement, et ce n’était qu’au tout dernier moment qu’il choisissait dans les bras de laquelle il allait s’abandonner complètement. Haya sourit à part elle, tandis que kenta se précipitait sur elle, projetant des gouttes de sang et d’eau mêlées à travers la pluie abondante. Il ne s’en était peut-être pas aperçu, mais son amante victoire était morte et ne répondait déjà plus à ses caresses.

Il heurta Haya de plein fouet, laquelle fut à nouveau projetée contre le mur tout proche. Elle sentit la pierre s’affaisser sous le choc et se craqueler contre son dos meurtri. Alors qu’elle s’apprêtait à repousser kenta au loin, comme précédemment, l’homme fit montre d’une vitesse étonnante. Sa main trop proche saisit haya par la racine de ses cheveux sur sa nuque et la tira violemment en avant, interrompant l’action entreprise par la junin. Il cala son cou entre ses jambes trempées, lui saisit le menton de sa main libre et tira de toutes ses forces. Haya cria quand un craquement inquiétant retentit dans le silence de son esprit. La jeune femme concentra son esprit et se téléporta à quelques pas, pivotant aussitôt sur elle-même pour envoyer une nouvelle et dernière attaque furieuse contre kenta. Ce dernier tomba lourdement à genoux, le souffle lourd, pas encore tout à fait inconscient mais incapable de se relever. Haya fit craquer son cou meurtri en se le massant doucement du bout des doigts.

Haya – Les yujas du pays de la terre sont finis.

Kenta ne répondit pas. Haya s’approcha à pas prudents, gardant à l’esprit que ce colosse était une bête fauve qui pouvait encore mordre même privé de vie. Il n’était pas mortellement blessé, mais sa volonté de combattre avait disparu avec ses forces restantes. Il fixait les bottes d’haya à moins d’un mètre de lui.

Haya – Les femmes de ton clan seront renvoyés dans leur pays si elles le désirent.

Elle ne précisa pas que sa propre carcasse pourrirait longtemps sous le soleil du pays de l’eau.

Kenta – Va mourir avec ta pitié, mouillée.

Haya l’attrapa par les cheveux et fit monter un cocon d’eau le long de son corps. Kenta ne se débattit pas, la dévisageant avec dégoût tandis que l’eau commençait à s’insinuer dans sa bouche et ses narines. Il secouait faiblement la tête, gêné par le carcan aquatique.

Haya – Je mourrais avec, tu peux en être assurée, mais pas tout de suite…

Même après que Kenta bakajikara ait tout à fait cessé de respirer et que les derniers spasmes de vie se soient tout à fait évanouis de son grand corps brisé, elle demeura une minute entière comme pour être sûre qu’il ne se relèverait plus. Elle finit par se détourner et, gravissant ce qui restait de débris, rejoignit la plaine où un charnier prévisible s’étendait. La flamme jaune avait achevé son combat, il y avait pas moins de dix corps à terre, résolument morts. Aucun de ses amis ne paraissait blessé et si Koshiro et Saeka saignait, quelque chose dans leur air donna l’impression à haya que ce n’était pas leur propre sang. Ils avaient rassemblés les femmes devant lesquelles haya était passée plus tôt. Ryosen était accroupi auprès d’elles, de dos, si bien que la junin ne voyait pas ce qu’il faisait exactement. Elle rejoignit le petit groupe sans se presser. Naikin quitta du regard les jeunes femmes et tourna la tête vers haya.

Naikin – Kenta est mort ?

Haya – Oui. La femme que nous cherchons s’appelle haiko. Elle était à kiri avant, d’après kenta.

Naikin lui adressa un sourire et lui serra brièvement l’avant-bras.

Naikin – Bon travail. Nous nous renseignerons sur cette piste. Si elle vient de kiri, ce sera rapide.

Ryosen était en train de soigner la jambe écrasée de la jeune yuja. Elle paraissait gênée et ne savait pas où poser son regard, qui allait tour à tour de l’herbe au ciel, s’arrêtant parfois sur le visage concentré de ryosen ou sa jambe manipulée avec précaution. Elle devait avoir moins de vingt ans, le visage sali et les vêtements trempés. Il y avait deux autres femmes. L’une d’elle était enceinte de plusieurs mois, le ventre clairement arrondi sous sa robe informe. Elle paraissait épuisée et vidée de son énergie, accroupie sur ses jambes, les cheveux abattus devant son visage fixe. Haya suivit la ligne de son regard et devina qu’elle observait sans le voir le charnier de ce qui avait été sa famille. L’autre fille était beaucoup plus jeune, haya lui donnait moins de quinze ans. Elle était debout, les bras derrière le dos, l’air très inquiète. Elle observait à la dérobée ce que faisait ryosen comme pour s’assurer qu’il n’était pas en train de torturer sa sœur (davantage par crainte d’être à son tour torturée plutôt que par émotion familiale). Haya prit le temps de la détailler un peu plus. Elle était définitivement jeune, certainement jolie dans d’autres circonstances et quelque chose d’intelligent brillait dans son regard ou dans son visage, sans qu’haya ne le détermine avec exactitude.

Haya – Qu’est ce que nous allons faire d’elles ?

L’adolescente fut la seule à se retourner tout d’un bloc vers eux, suspendue à leurs lèvres. Sa réaction n’échappa pas à naikin qui répondit sans la quitter du regard.

Naikin – Cela dépend d’elles. Nous pouvons les renvoyer dans leur pays ou où elles veulent, peu importe. Il reste des yujas au pays de la terre. Mais peut-être qu’une vie nouvelle les intéressera.

Ryosen se releva et discuta à voix basse avec la jeune femme qu’il venait de soigner. Cette dernière se remit debout avec beaucoup de précautions, comme si elle craignait une mauvaise blague mais, après s’être assurée de la résistance de sa jambe, demeura sur ses pieds.

Naikin – Que dites vous ?

La femme enceinte, muette jusqu’alors, répondit d’une voix claire et tranchante.

Femme – Je veux rentrer.

Naikin – Toi ?

Naikin interrogeait du regard la femme soignée. Elle regarda sa sœur qui avait pris la parole sans pour autant détacher ses yeux de là où ils s’étaient fixés, baissa la tête et se rangea de son côté. Naikin se tourna finalement vers la dernière jeune fille, dont les yeux roulèrent sur toutes les personnes assemblées. Elle finit par secouer fermement la tête et recula. Naikin adressa un signe de tête à Benihime qui téléporta en un mouvement les deux femmes yujas. La flamme jaune se dispersa rapidement dans la plaine et dans la maisonnée dans l’espoir d’y récupérer des informations. Haya et Ryosen demeurèrent avec la jeune fille. Haya parce qu’elle était touchée sans se l’expliquer par l’adolescente qui venait de tourner le dos à une période terriblement sombre de son existence, poussée par un courage qu’elle s’ignorait peut-être et qui l’étourdissait certainement, incertaine d’avoir fait le bon choix mais rassurée d’avoir pris une décision. Ryosen par fainéantise.

Haya – Comment t’appelles-tu ?

L’adolescente rencontra son regard mais détourna aussitôt la tête, comme de crainte de se brûler les yeux. Elle tortillait ses doigts avec crainte.

Asuna – Asuna… je m’appelle… asuna.

Haya – Que comptes-tu faire de ta nouvelle vie, asuna ?

Ryosen suivait l’échange sans désintérêt. Asuna mit du temps à répondre, cherchant dans son esprit les raisons qui l’avaient poussé à abandonner ce qui restait de sa famille derrière elle dans le vague espoir d’avancer et de trouver son bonheur ailleurs. Finalement elle secoua piteusement la tête.

Asuna – Je l’ignore.

Haya – Il faut du courage pour abandonner un système dans lequel on a été inclus toute notre vie, d’abandonner notre famille même si elle n’a jamais été familiale à notre égard. Tu cherches autre chose pour ta vie, tu souhaites un avenir meilleur. Tu es seule, dans un pays étranger, sans talent particulier, sans argent et sans amis. Si tu ne sais pas où diriger tes pas, ton espoir et ton énergie, tu finiras dans un bordel, esclave ou d’autres situations qui éteindront lentement ton espoir.

Ryosen jeta un coup d’œil intrigué à haya. Il savait qu’elle parlait d’elle, elle parlait de ce qui lui serait arrivée si elle n’avait pas rejoint kiri, si le hasard de sa route en avait voulu autrement. Mais il ne dit rien, avec cette espèce de pudeur qu’on ne pouvait pas lui prêter quand on ne le connaissait pas.

Asuna – Je… je me disais que…

Haya lui sourit. Sans le vouloir, elle était très prévenante et douce envers asuna, quand bien même ne lui cachait-elle pas la réalité telle qu’elle se présentait.

Haya – Oui ? Tu as une direction.

Asuna parla très vite comme si elle énonçait une bêtise qu’elle aurait faite et pour laquelle elle allait se faire gronder, les yeux fixés à ses pieds.

Asuna – Je me disais que je pourrais rejoindre votre village pour apprendre sur ce pays apprendre à vivre dans une communauté et à être utile.

Haya glissa un regard à Ryosen. Il observait asuna comme s’il la découvrait sous un nouveau jour, considérant ses chances de s’épanouir à kiri, sans ironie, sans méchanceté. Difficile de savoir les conclusions auxquelles il parvenait, mais haya savait d’expérience qu’asuna n’avait pas moins de chances qu’elle en avait eu lors de son arrivée.

Haya – Cela me semble une bonne idée. Tu seras protégée, entraînée et nourrie. Tu rencontreras des gens avec qui tu pourras partager des choses. Tu pourras vivre, t’épanouir à ta façon, tomber amoureuse peut-être. Asuna rougit à ces mots mais ne détourna pas le regard qu’elle avait levé sur haya, complètement prise au dépourvue de ne pas être moquée et ridiculisée. Ce sera nouveau pour toi et tu auras l’impression de renaître, il faudra que tu te laisses le temps. Kiri impose ta loyauté en échange.

Asuna – Je serai fidèle !

Haya sourit tandis que Naikin et Beni revenaient dans son dos.

Haya – Je n’en doute pas.

Naikin – On peut rentrer. On n’a que ton information pour l’instant, mais j’ai bon espoir que ça suffise. Cela dit quelque chose à Saeka.

Haya – D’accord. On emmène la jeune fille avec nous, elle souhaite rejoindre kiri.

Naikin ne parut pas surpris mais il devait l’être car l’espace d’un instant il considéra haya avec un regard étrange, avant d’acquiescer sans rien dire. Quelques minutes plus tard, la flamme jaune rejoignit kiri.

* * * * *

Haya défit les bandages autour de sa poitrine et les posa sur le lit où elle était assise.

Esio observa sans toucher, le visage impossible à lire. Finalement il se recula dans son dossier, remit ses lunettes sur son nez et leva le regard sur haya.

Esio – Cela cicatrice bien. On devrait bientôt être à même d’opérer pour reconstruire la chair.

Haya – Quand ça?

Esio – Un mois peut-être, je ne peux pas être beaucoup plus précis. Je continuerai à surveiller ton état régulièrement mais de toute évidence, cela prend la bonne direction. Il est encore trop tôt pour dire si ce sera une rémission complète ou partielle, mais j’ai bon espoir.

Cela faisait quelques jours maintenant que la flamme jaune avait retrouvé kiri en compagnie de l’ancienne yuja du pays de la terre, Asuna. Naikin s’était chargé de rédiger un rapport à l’administration pour que leurs opérations continuent à se faire dans les règles, mais c’était purement procédurier : le village ne leur demandait pas de comptes. Le fil rouge demeurait cette affaire initiale de contrebande qui perdait des plumes à chacune des interventions de la flamme jaune : d’abord la fermeture d’une branche parallèle dans la grotte de sengoko, puis la mort de yuma tamiko qui s’avérait être une tête dirigeante de l’organisation, et maintenant la destruction du clan des yujas du pays de la terre qui fonctionnaient en tant que soldats pour les contrebandiers. Il ne restait plus que la dernière partie visible : la seconde femme, cette haiko dont des informations leur étaient parvenues depuis. Rien n’indiquait que leur mission s’arrêterait ici, des évolutions pouvaient encore se découvrir sur le tard, notamment vis-à-vis du rôle des pirates qui demeurait incertain.

Haya repoussa ces pensées dans un recoin de son esprit, tandis qu’elle se rhabillait avec précision.

Haya – Je vais peut-être vous paraître effrontée ou stupide, mais c’est une question que je me pose. Cela ne vous manque jamais le... 'terrain' ?

Esio – Je n’ai jamais connu le terrain de manière directe alors, tu sais…

Il sourit, conscient qu’il répondait volontairement à côté de l’intention d’haya.

Esio – Non, je comprends ce que tu veux dire. A la vérité, non, cela ne me dérange pas car je peux occuper mon temps là où je le souhaite réellement, c'est-à-dire dans la recherche, l’étude et le partage des connaissances. Je suis curieux de savoir comment tu considères les gens comme moi.

Haya fut surprise de la question retournée par esio mais s’arrangea pour le dissimuler derrière un mince sourire.

Haya – Je n’avais pas la vocation d’être une femme d’action. Je suis même surprise d’y prendre prudemment goût.

Esio – Approcher de si près la flamme jaune peut révéler beaucoup de choses qu’on s’ignorait.

Haya prit congé d’esio peu de temps après. Elle rejoignit directement l’appartement de saeka où elle pensait retrouver tout le monde, mais où elle se retrouva avec seulement le couple propriétaire (ce qui était somme toute logique, dans l’absolu). Saeka l’invita à les rejoindre à table, après quoi ils purent discuter un peu plus longuement des suites à donner à leur mission en compagnie de koshiro.

Saeka – La femme s’appelle Haiko Gen. Elle a déserté kiri et sa connexion avec un réseau de contrebande est finalement assez prévisible. Naikin nous en dira bientôt un peu plus.

MessageSujet: Re: Les yujas du pays de la terre   Dim 12 Fév - 15:58

Haya Sasaki: +186 Exp

Que voilà une bonne chose de faite ^^ Deux combat que j'ai trouvé ma foi.... assez court, mais cela c'est la puissance de notre Haya national x)

J'ai aimé une nouvelle fois lire ton rp, bien que comme à mon habitude, je perds le fil arrivé à la fin xD Mais en tout cas, on dirait que Kiri adopte une nouvelle personne (faudra me la présenter un jour héhéhéhé x) ) Au plaisir de te relire!


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MessageSujet: Re: Les yujas du pays de la terre   

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