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 Les Terres Kuméennes : rêves d'inconnu

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MessageSujet: Les Terres Kuméennes : rêves d'inconnu   Mer 30 Mai - 21:54

Le souffle régulier du vent gonflait les voiles du vaisseau qui avalait les dernières encablures le séparant des côtes accueillantes des terres de Kumo. Comme s'il partageait le ravissement des marins à cet instant, il semblait être un membre à part entière de l'équipage, une présence qui accentuait la liesse générale. La houle roulait sous la quille, donnant l'illusion de porter le navire pourtant lourdement chargé. Avec un tirant d'eau plus faible et un vent favorable, ils fendaient les flots vers un port où mouiller, vers la promesse de vivre un jour de plus, escortés par le mariage des éléments.

Les hommes exprimaient leur joie à grand renfort de rires, de plaisanteries et de chants exprimant explicitement ce qui attendait les femmes de plaisir ce soir là, et les prochains, tant que leurs bourses seraient pleines de leur solde. L'ambiance qui régnait était compréhensible. Quelques minutes plus tôt, le navire marchand se voyait être l'objet d'une traque mortelle par les vaisseaux pirates qui l'avait pris en chasse, et seul un concours de circonstances leur avait permis d'être encore en vie à cette heure.

Trois jours plus tôt, ils quittaient le port de Kanawa où ils avaient chargé les divers produits qui devaient être délivré à un riche commerçant kuméen. Les jours où ils étaient encore tous des mousses loin derrières eux, les hommes connaissaient les risques inhérents à ce genre de traversée, mais un marin à terre était un marin qui ne mangeait pas beaucoup. De plus, une somme rondelette les attendait, lorsque ils amarreraient, car le commandant, en vieux filou, était parvenu à soutirer un peu plus à leur employeur. C'était bien trop de raisons d'appareiller et de braver les dangers que leur réservaient ces eaux en adressant une prière à l'étoile qui voudrait bien les écouter. Mais c'était surtout l'arrivée de dernière minute d'un jeune inconnu sur le bâtiment, plus que leur fortune, qui les avait sauvé.

En haut du mât principal, Aïdo appréciait la caresse éolienne sur peau, tandis que ses cheveux de jais semblaient danser langoureusement sous la brise. Accoudé négligemment contre le rebord du nid de pie qui servait à la vigie, il avait reçu cet assignation en guise de remerciement pour ce qu'il venait d'accomplir, à savoir, leur sauver la vie à tous sans le moindre doute. Le regard porté vers l'horizon, il guettait les littoraux du pays de la Foudre et les promesses d'aventures dont il regorgeait. Oui, voilà quel était le cours de ses pensées, rêver au lendemain, et vivre chaque jour comme il s'offrait à lui.

Un grand bruit, sur le pont, le fit sortir de sa rêverie :

[???] - Par ma barbe, je jure que j'envoie par-dessus bord le prochain que j'entends !! Me suis-je bien fait comprendre ?

Instantanément, l'ensemble des marins de quart s'étaient tus. La porte de la cabine du capitaine avait pivoté sur ses gonds avec tant de violence qu'elle s'était stoppée dans un grand fracas contre l'esplanade qui séparait le pont supérieur et le pont principal. La carcasse imposante du maître à bord en avait émergé, le visage furieux et la voix grondante. Son regard passait d'un homme à l'autre, les défiant de remettre ses paroles en question, et en connaissance de cause, personne n'eut l'audace de braver son autorité. Depuis le temps qu'ils naviguaient sous son commandement, le caractère du capitaine n'était plus un secret pour personne, tout changeant qu'il était. Ce n'était pas de la peur, non, loin de là, mais un profond respect qui maintenait la cohésion sur le bâtiment. Il avait sa façon d'être, et une certaine douceur dans un sens, même s'il la dissimulait derrière ses manières bourrues.

[???] - M. Himura ?

Son fidèle second, à la barre du navire, manifesta sa présence en donnant suite à la question de son supérieur.

[M. Himura] - Vous avez entendu les ordres du capitaine ! Remettez-vous au travail, et en silence !

Réprimant un sourire, les hommes acquiescèrent à l'unisson et reprirent leurs tâches. Le capitaine les observait toujours, un rictus satisfait sur les lèvres. Il les savait disciplinés, mais mieux que quiconque il comprenait ce que c'était que d'échapper à une mort certaine. L'euphorie pouvait s'avérer une chose délicate, surtout si elle compromettait l'attention et la rigueur qui devaient avoir leur place à bord tant que le bateau n'avait pas atteint son point d'attache. La mer pouvait être traîtresse et les rivages de Kumo étaient bordés de récifs sur lesquels bien des équipages avaient vu leurs navires se fracasser.

Du haut de son perchoir, Aïdo avait observé la scène avec un sourire amusé. On aurait dit un père qui réprimandait des enfants turbulents, ce qui, dans un sens, était une part de la vérité. Il ne doutait pas que le capitaine n'avait jamais fait courir un danger non mesuré à ses hommes, et que c'était la raison pour laquelle il était respecté de tous. C'était un homme droit et juste, dont le comportement reflétait la responsabilité des vies qu'il avait entre les mains. Le jeune homme sourit à nouveau. Les visages des marins étaient sereins et leurs yeux enjoués, bien que concentrés sur leur office. Personne ne prenait ses menaces au sérieux car comme Aïdo l'avait deviné, les années leur avaient montré cet aspect de leur capitaine qu'il tentait désespérément de cacher derrière son attitude autoritaire. En fait, ce n'était rien de plus qu'un homme maladroit.

Le voyageur attendit, avec malice, que le solide gaillard amorce un demi-tour pour rejoindre ses quartiers avant de briser le silence que ce dernier venait juste d'instaurer. A peine avait-il tourné les talons que Aïdo le héla de sa position.

[Aïdo Nishida] – Hé !

La réaction fut immédiate. Comme il s'y attendait, le capitaine pivota, vociférant comme un dément, les yeux lançant des éclairs, à la recherche de l'impudent qui s'était permis une telle insubordination. Les autres marins avaient levé les yeux vers le ciel et tournaient la tête de gauche à droite, pour percer ce mystère et découvrir l'origine du cri. Ce ne fut cependant pas interprété ainsi par l'homme furibond, dont le bon sens s'était voilé de colère et d'orgueil. Ils allaient lui payer cette mauvaise blague, qu'ils se soient passé le mot pour feinter l'innocence tous ensemble ne sauverait pas le coupable. Il se saisit d'un des bras de levier, qui servaient à manœuvrer le cabestan, posé contre la palissade. Ses yeux gris comme un ciel d'hiver s'étaient animés d'une flamme sauvage tandis qu'il dévisageait les visages un à un, traquant la moindre trace de culpabilité sur leurs traits.

[???] - Montre-toi, misérable petit rat, expira-t-il d'une voix sourde.

Un vent glacial sembla parcourir l'équipage. Pris d'un frisson collectif, ils échangèrent un regard inquiet avant de découvrir leur capitaine, les traits figés en un masque menaçant. Le premier d'entre-eux qui retrouva la parole balbutia les quelques mots qui le sauvèrent, lui et ses camarades.

[???] - Euh, capitaine... Vous devriez peut être...enfin...voyez...

Il levait un doigt en l'air et suggérait vivement à ce dernier qu'il lève les yeux.

[Aïdo Nishida] – Hé, capitaine !, s'exclama le jeune homme, une note d'amusement perçant dans la voix.

Le temps qui passa, alors que le commandant du navire relevait la tête vers la vigie, leur sembla durer une éternité. Les hommes de pont purent voir les émotions défilaient sur son visage tandis que son esprit recevait l'information. Heureusement pour lui que le voyageur ait fait preuve d'actes héroïques un peu plus tôt, car au terme d'un combat contre lui-même, entre la colère et sa conscience, le sentiment de lui être redevable étouffa la rage froide du commandant de bord.

[???] - Qu'est ce que tu veux toi, se contint-il à grand peine de hurler.

[Aïdo Nishida] – Il faudrait que je vous parle d'un ou deux petits trucs avant qu'on amarre.

Après une inspiration profonde et pleine de méfiance, le capitaine acquiesça d'un hochement de tête.

[???] - Gin. Va le relever jusqu'à ce que nous arrivions. Les autres, au travail...et en silence, finit-il avec un note froide.

Tous hochèrent la tête et reprirent leurs tâches, pressés de mener le bateau à bon port et de découvrir les plaisirs qu'ils pourraient y trouver. L'harmonie dans les manoeuvres réalisées sur les deux bords du navire ainsi que dans la mâture émerveillèrent le garçon. Comme lui-même participait à l'effort durant les trois jours qu'avait duré la traversée, il n'avait pu porter ce regard sur l'ensemble comme il pouvait maintenant le faire depuis sa position sur-élevée.

[???] - T'es encore en haut, toi ?!

Le ton de la question qui tenait plus de la menace que de l'interrogation mit vite fin à la contemplation du voyageur. Il enjamba le rebord du nid-de-pie et sauta dans le vide avant de glissait le long de la grande voile, sous le regard ébahi du marin qui grimpait aux cordages pour prendre sa place. Aïdo atterrit en souplesse sur le plancher du pont principal et couvrit en quelques foulées la distance que le séparait du capitaine impatient, l'attendant sur le pas du couloir menant à sa cabine.

[Aïdo Nishida] – Après vous, capitaine, offrit le jeune homme sans se départir de son espièglerie.

Ils traversèrent la coursive éclairée par deux petites lampes à huile suspendues qui se balançaient au gré du roulement de la houle sous la quille du navire. Les cloches de verre qui abritaient les deux flammes étaient habilement conçues, de façon à ce que ces dernières ne manquent pas d'oxygène pour vivre mais qu'un courant d'air ne puisse pas les souffler.

[???] - Ferme la porte derrière toi, lâcha le capitaine par-dessus son épaule tandis qu'il passait le seuil de ses quartiers.

Il alla s'assoir derrière le bureau recouvert de carte de navigation et de plusieurs carnets de bord. Pour limiter les risques d'interception, le capitaine avait dû choisir un itinéraire bien difficile, aussi loin que possible des diverses côtes tout en restant loin de l'aire de chasse des requins. Et pourtant, malgré ses choix avisés, cela n'avait pu empêcher la rencontre des pirates bien téméraires pour sillonner les eaux aussi loin de leur port d'attache.

Aïdo referma la porte de bois massif contre laquelle il s'adossa, faisant face au vieil homme qui, les mains jointes sous son menton, le regardait d'un œil pensif.

[???] - Parles, garçon.

[Aïdo Nishida] – Eh bien, c'est en rapport avec les évènements de cet après-midi, capitaine, commença le voyageur...

[???] - ...et tu souhaiterais que l'on l'on fasse preuve de discrétion à ce sujet lorsque l'on arrivera au port, n'est ce pas ?, le coupa-t-il sans laisser transparaître la moindre chose sur ses traits creusés.

Le jeune homme ouvrit la bouche, puis la referma, se contentant de hocher la tête pour acquiescer. Maintenant il attendait l'inévitable question, celle qui l'obligerait à se justifier de sa vie avant d'avoir embarquer sur le navire marchand ; ce simple et unique mot qui demandait en retour des explications qu'il ne voulait tout simplement pas donner. Mais ce mot ne vint pas. Le capitaine ce contenta de l'observer quelques secondes avant d'opiner du chef.

[???] - Combien de temps ?

Aïdo cligna des yeux, surpris par cette question qu'il n'attendait pas.

[???] - Je veux bien t'aider, garçon, mais cela ne dépend malheureusement que de moi. Les hommes ont la fâcheuse tendance à parler plus qu'ils ne le devraient lorsqu'ils sont à terre... Alors, je te demande : combien de temps ?

[Aïdo Nishida] – Donnez moi jusqu'à demain soir, capitaine. Après cela, libre aux hommes de laisser échapper ce qu'ils veulent. On peut difficilement empêcher l'alcool de délier les langues, pas vrai ?, conclut-il avec sourire.

La carcasse imposante du vieux marin fut secouée d'un éclat de rire tonitruant.

[???] - C'est bien vrai, garçon. Ne t'en fais pas, j'en toucherai un mot à l'équipage avant le débarquement.

[Aïdo Nishida] – Vous avez toute ma gratitude, capitaine. Et puisque la question est réglée, je retourne aider les autres à préparer notre arrivée.

Il salua le maître à bord avant d'ouvrir la porte qui le ramènerait sur le pont principal, mais fut arrêter dans son élan par un raclement de gorge derrière lui.

[???] - Tu ferais bien de faire quelque chose pour tes vêtements, garçon, car aucun de nous n'aura besoin de dire quoique ce soit pour que tu éveilles l'attention.

Aïdo sourit en se tapant légèrement le front de la paume de sa main. En effet, il ne ressemblait en rien à un marin ainsi vêtu, même si son teint s'était halé durant le voyage et qu'il faisait tous les efforts du monde pour se fondre parmi les autres marins, il ne tromperait personne. Encore moins l'oeil attentif des autorités.

[???] - Ne t'inquiètes pas, on va remédier à ça. Je ferais passer tes affaires dans la cargaison et tu n'auras qu'à les récupérer lorsque tu partiras. Tu n'as considérer cela comme ma façon de te remercier. Allez, fous moi le camp d'ici maintenant, garçon.

Tous deux échangèrent un nouveau regard silencieux, tandis qu'au dehors la vigie annonçait qu'ils arrivaient en vue de l'embouchure du port. Le capitaine se leva et contourna son bureau, lui indiquant du menton de retourner sur le pont. Lorsqu'ils immergèrent de la coursive, tout l'équipage s'affairait aux manœuvres de préparation à l'amarrage. La plupart des voiles avaient été affalées afin de ralentir leur vitesse alors que le bateau longeait la jetée de pierre. Seule la houle, exploitée d'une main de maître par le second, M. Himura, à la barre les emmenait jusqu'aux pontons d'amarrage.

[???] - Écoutez moi tous un instant, cria le capitaine pour couvrir le brouhaha qui régnait sur le navire.

Instantanément les hommes s'étaient tut, poursuivants leurs tâches dans le calme afin d'entendre chaque mots que leur supérieur allait prononcer.

[???] - Notre jeune ami, ici présent, dit-il en posant son énorme main calleuses sur l'épaule de Aïdo, aimerait que l'on taise son exploit de l'après-midi. Aussi, j'entends bien respecter sa volonté.

Les marins échangeaient des regards confondus ou haussaient les épaules, mais peu leur importait la raison de ce silence, par reconnaissance ils se sentaient l'obligation de respecter son vœu.

[???] - Maintenant, dans sa grande bonté, il comprend le fait que cela puisse vous échapper, lâcha t-il en insistant sur le dernier mot.

Tout le monde sourit devant l'allusion implicite.

[???] - Demain, il sera parti. Mais ce soir, je vous demande de tenir vos langues, maudits soiffards que vous êtes. Car si notre jeune ami se voyait avoir certains...différents, avec les autorités avant son départ, et que ceci est lié à l'un d'entre-vous, alors je le jure devant la Dame des Océans, j'écharperai le coupable moi-même.

Il cracha sur le pont pour sceller le serment qu'il venait de faire. L'équipage acquiesça pour signifier qu'il comprenait et respecterait cette demande. Un à un, ils crachèrent à leur tour sur le pont ou par-dessus bord, promettant ainsi de se tenir à l'engagement, ou d'en assumer les conséquences.

[???] - Bien. Préparez l'accostage. Et toi, suis-moi, ajouta-t-il à l'attention du voyageur. On va tâcher de te faire ressembler à un vrai marin.


...je suis un mal nécessaire...

MessageSujet: Re: Les Terres Kuméennes : rêves d'inconnu   Lun 4 Juin - 22:38

Aïdo essuya du revers de la main le filet de sueur qui roulait le long de sa joue. Plusieurs heures avaient passé depuis que le bateau s'était arrimer le long des quais mais les hommes continuaient de charrier les caisses de marchandises depuis sa cale jusque dans l'entrepôt indiqué par leur nouveau propriétaire. C'était comme voir une fourmilière à l'œuvre. Une ligne de marins allait des quais au bâtiment, heureusement situé proche du débarcadère, portant à deux les lourdes caisses, tandis qu'une autre colonne s'en retournait au navire chercher le reste de la cargaison. Le soleil soleil déclinait au point qu'il teintait l'horizon d'orange et de pourpre, mais les braves ne s'arrêtaient pas. Pour une quelconque raison, les dockers n'étaient pas venus décharger la livraison, au grand mécontentement du commerçant qui les avait engagé, ce qui, malgré l'aspect fastidieux de la tâche, s'était révélé être une aubaine. Au lieu d'attendre jusqu'au lendemain, le capitaine avait négocié un prix un peu plus élevé que ce que le marchand aurait payé aux dockers, mais l'équipage se chargeait du boulot avant la nuit, ce qui permettait à l'homme de gagner la journée qu'il pensait perdre pour commercer ses livraisons dès le lendemain matin. Chacun en sortait gagnant, et les matelots acceptaient avec plaisir le pénible labeur devant la promesse de quelques ryos supplémentaires.

Accoutré d'un pantalon de tissu déchiré au niveau des genoux de couleur marine et d'un haut en lin blanc ouvert jusqu'au milieu de la poitrine, le jeune homme se fondait parfaitement parmi ses compagnons. Le capitaine avait réussi à lui trouver une tenue, en fouillant dans les malles poussiéreuses qui trainaient là ou les marins dormaient, qui par chance était à sa taille. Décidément, sa bonne étoile le préservait du sort, et même des petits désagréments les plus communs. Ainsi vêtu, personne ne pouvait le différencier des autres membres de l'équipage, et tant que ceux-ci tenaient leur langue, il n'avait aucune raison de l'être. Agissant le plus naturellement possible parmi les hommes de métier, il donnait pourtant l'impression d'être familier à la tâche qui leur avait été confiée, et, bien entendu, les autres le traitaient comme l'un des leurs, non pas comme quelqu'un qu'ils venaient d'intégrer, mais bien comme s'il avait toujours fait parti de l'équipage. Que cela soit par leurs paroles ou par leur attitude à son égard, il ne transparaissait aucune gêne ni aucune distance, seulement de la franche camaraderie et nul trace du serment qui les liait. Les rires et les brimades ponctuaient l'effort collectif quand des bourrades et des tapes dans le dos venaient redonner un peu d'énergie aux plus fatigués.

[???] - Par-ici ! Voilà, par-ici !

Le marchand coordonnait le déchargement et le rangement des caisses dans l'entrepôt. Pour le peu qu'il en avait vu sur les allers-retours qu'il avait effectué, Aïdo trouvait l'homme compétent, réfléchi, et plutôt sympathique. La façon dont il gérait l'agencement de la cargaison dans le bâtiment était étudiée pour qu'il soit aussi facile de l'entreposer que de la sortir le moment venu. Les hommes ne se gênaient pas tandis qu'ils manœuvraient les caisses quel que soit leur poids. De plus, il semblait montrer une certaine reconnaissance à leur égard d'accomplir ce travail pour lui, bien qu'il les paya pour cela, sachant qu'après plusieurs jours sur les mers, les hommes perclus de fatigue avaient de tout autres objectifs une fois à terre. Il s'adressait à eux poliment, calmement, comme l'on demanderait quelque chose à de proches connaissances, et non avec le ton autoritaire et hautain de quelqu'un pensant que cela lui était dû du moment qu'il tirait quelques pièces de sa bourse.

Arrivant à sa hauteur, le jeune voyageur qui ouvrait le chemin, la marchandise dans le dos, alors que son camarade qui tenait la caisse de l'autre côté peinait à voir ce qui se trouvait devant eux, jeta un regard interrogateur au commerçant pour savoir où il convenait de déposer leur charge. Il montra du doigt l'emplacement tandis que le jeune homme qui l'accompagnait se saisissait de deux baguettes de bois de bonne taille et s'empressa d'aller les déposer là où la caisse allait être posée. De cette façon, un espace restait entre deux caissons ou avec le sol. Cette petite astuce, pourtant très simple avait un double objectif : le premier était d'éviter que l'on s'écrase les doigts ou que l'on lâche violemment la marchandise ; l'autre, que l'on puisse plus facilement les saisir alors qu'elle était posée.
Dans leur dos, quelqu'un annonça l'arrivée des dernières caisses. Une exclamation de joie et quelques soupirs de soulagement accueillir ses mots. Le travail était fini. Tous ne pensaient plus qu'à une chose : repasser au navire chercher leur solde et trouver l'auberge la plus proche, promesse d'un bon repas, de bières bien fraîches, et d'une nuit agréable.

Aïdo étira les muscles, endoloris par l'effort, de son dos en poussant sur ses lombaires. Ses mèches humides de sueur lui tombaient sur le visage, en une cascade ondulée d'un noir de jais. De la main, il les ramena en arrière et profita de ce geste pour venir masser sa nuque raidie.

[???] - Merci les gars, vous avez fait du bon boulot, disait le marchand en passant voir chacun des petits groupes qui prenaient quelques minutes pour souffler, adossés contre les piles de caisses qu'ils venaient de brasser.

L'homme grand et plutôt maigre distribuait quelques tapes sur les épaules des marins éreintés, un sourire chaleureux sur les lèvres. Bien qu'il commença à se faire tard, il ne les pressa pas outre-mesure, comprenant leur besoin de prendre quelques minutes de pause, et sachant pertinemment qu'ils allaient quitter d'eux-mêmes les lieux sous peu, vers un réconfort bien mérité.

[Gin] – Merci les gars, vous avez fait du bon boulot, répétait le jeune marin à côté du voyageur en imitant grossièrement le commerçant qui s'en était retourné à ses livres de comptes, planifiant avec son apprenti les livraisons des prochains jours.

Se saisissant de la gourde que ce dernier tenait à la main, Aïdo laissa couler de longues rasades d'eau fraîche dans sa gorge desséchée avant d'adresser un regard interrogateur à son camarade.

[Gin] - Cet espèce de salaud m'a vidé, ronchonna-t-il en récupérant l'outre d'une main tremblante.

Le voyageur éclata de rire et assena une claque dans le dos du pauvre Gin qui manque de s'étouffer avec la gorgée qu'il était en train d'avaler.

[Aïdo Nishida] – C'est le capitaine qui lui a proposé cet arrangement. Va donc te plaindre auprès de lui, dit-il à son compagnon toussotant avec un clin d'œil malicieux.

Ce dernier secoua la tête, résigné, ce qui fit rire un peu plus Aïdo.

[Aïdo Nishida] – Allez, amène-toi. Quelques bières devraient te faire oublier tes malheurs.

[Gin] – Pour cela il faudrait que je puisse les lever...

[Aïdo Nishida] – Dans ce cas je les boirai pour toi l'ami !, proposa le jeune homme tout sourire.

[Gin] – Dans tes rêves, répondit le matelot en lui tendant la main pour qu'il l'aide à se relever. Je suis pas encore enterré.

Les deux hommes adressèrent un signe de main au commerçant pour lui signifier leur départ et suivirent le groupe de marins devant eux qui, les précédant de quelques pas, échangeaient à grand renfort d'éclats de rire leurs attentes de la nuit.

Le capitaine attendait sur le pont que tous soient réunis, discutant sous la lumière des lanternes avec son second tandis qu'autour d'eux les marins déjà présents conversaient bruyamment. Non sans impatience, ils guettaient le retour des autres en se frottant les mains à la perspective d'aller profiter du reste de la nuit leur solde en poche. L'un deux poussa une exclamation de satisfaction en entendant les retardataires revenir vers le bateau en longeant les quais. Le reste de l'équipage se pressa contre le bastingage en pressant ces derniers de les rejoindre plus vite que cela. Ils reçurent quelques réponses bien senties en retour dont ils ne s'offusquèrent pas. L'ambiance était légère et ils se connaissaient tous depuis suffisamment longtemps pour savoir rire de ces échanges piquants. Quelques instants plus tard, l'équipage au complet s'était massé autour du capitaine qui feignait l'indifférence, faisant volontairement trainer sa discussion.

[???] - Sans vouloir vous déranger, capitaine, on préférerait pas la soirée ailleurs. Si vous voyez ce que je veux dire..., avança une voix parmi les marins.

Un sourire se dessina sur le visage du vieux loup de mer. Il adressa un signe de tête à son plus ancien et fidèle compagnon pour lui signifier qu'ils reprendraient cette conversation plus tard. Nonchalamment, son regard se promena sur les visages de ses hommes. Malgré leurs réserves respectueuses à son égard, ils dissimulaient bien mal leur impatience. A la surprise de tous, le capitaine partit de son rire tonitruant.

[???] - Il est pas trop tard, les enfants. J'étais vraiment curieux de voir encore combien de temps vous alliez attendre. On a bien failli vieillir ici, finit-il par lâcher dans une nouvelle explosion de rire.

Parmi l'équipage, quelques uns suivirent le vieil homme dans son hilarité en comprenant l'ironie de ses propos, ceux qui ne partageaient pas ce sens de l'humour ne purent pourtant rester stoïque tant les rires mêlés de leurs compagnons étaient contagieux.

[???] - M. Himura, appela son supérieur en essuyant ses yeux embués et larmoyants, ayez l'obligeance de mettre fin à l'attente de ces enfants.

Comme s'ils avaient répété cela, le second de bord, deux pas en retrait dans le dos du capitaine, s'avança, un sac à la main. Une à une, il lança les petites bourses de cuir bien garnies en direction des autres marins. Malgré leur excitation, aucune bousculade n'eut lieu. Calmement, ceux qui recevaient leur soldes venaient se ranger derrière les camarades tandis que ces derniers s'échangeaient même des politesse amusées quand à une sorte d'ordre de passage qui prenait forme. Au final, ils recevraient tous leur dû, alors personne n'était plus à une minute près. Quand le dernier saisit au vol la bourse qui lui revenait, les premiers servis attendaient sur le quai. Le bateau se vida et Aïdo entreprit d'emboîter le pas à son tout nouveau fortuné compagnon quand un raclement de gorge le retint.

[M. Himura] – Hum...

A la périphérie de champs de vision, il discerna un geste vif de l'homme de main du capitaine avant qu'une tâche sombre ne viennent dans sa direction. La fulgurance de ses réflexes lui permit d'attraper le petit sac avant que celui-ci ne s'écrase sur son nez. Il jeta un regard au commandant du navire qui se contenta de hausser les épaules.

[???] - On dirait que je compte plus aussi bien qu'avant... Qu'en dites vous M. Himura ?

[???] - Cela prendrait du temps de faire remonter les hommes pour partager celle-ci, capitaine. Ce qui est fait, est fait, conclut-il le coin des lèvres légèrement relevé.

[???] - Et bien soit. Tu as entendu le monsieur, gamin ? Ce serait une perte de temps..., reprit le capitaine en avançant vers lui.

Il passa un bras autour des épaules du jeune homme et l'arracha presque du sol dans son élan. Les voyant ainsi descendre sur le débarcadère, les marins rassemblés laissèrent fuser des exclamations pressantes au milieu des chants. La vingtaine de matelot qui composaient l'équipage se mit en branle, arpentant l'avenue du port à la recherche d'une taverne, à la suite d'un capitaine dont le cri de ralliement sonnait convaincant à leurs oreilles :

[???] - Par ici les enfants, et que la mousse coule à flot ce soir !!


...je suis un mal nécessaire...

MessageSujet: Re: Les Terres Kuméennes : rêves d'inconnu   Jeu 7 Juin - 20:44

[Gin] - C'est pas possible..., souffla le jeune marin incrédule assis à côté d'Aïdo.

Encore une fois ce dernier venait de remporter la partie en révélant une combinaison gagnante. Autour de la table, les joueurs paraissaient médusés, frappés de mutisme tant ce qu'ils voyait se passer depuis près d'une heure échappait à leur compréhension. Illogique. Improbable. Irrationnel. C'était une hallucination ; non un mauvais rêve.. On ne pouvait même plus appeler ça de la chance. C'est ça ! Ce n'était pas de la chance... L'un des joueurs se leva précipitamment et renversa sa chaise dont le claquement lourd sur le parquet de la taverne mit fin aux conversationss. Tous les regards étaient maintenant tournés vers l'homme et plus particulièrement vers celui qu'il pointait d'un doigt accusateur.

[???] - Toi... Je sais pas comment tu t'y prends mais tu caches quelque chose ! Personne ne peut avoir autant de chance... Tu...tu triches !

Il s'arrêta pour reprendre son souffle. Son petit numéro semblait tout de même avoir eu un impact auprès des quelques joueurs qui n'étaient pas membre de l'équipage. Ils dévisageaient maintenant le voyageur non plus avec incrédulité, mais avec un air mauvais, attentif aux explications qui allaient être données.

[???] - Hein qu'tu triches, petit salopard, reprit l'homme sur ses pieds. Tes dés...ils sont pipés, c'est ça ?

Sa main s'abattit sur la table.

[???] - Rends nous notre argent ! Tout de suite !

Autour de la table, les joueurs commençaient à s'agiter. Les marins se tenaient prêts à réagir à la moindre alerte. Car à ce moment précis, bien que nombreux dans la grande salle centrale, il n'en demeurait pas moins que c'était eux les étrangers. Les habitués paraissaient crispés eux aussi, comme s'ils attendaient un quelconque déclencheur, que quelqu'un prenne la première initiative. Il convenait de désamorcer cette situation au plus vite, avant que la tension qui montait ne fasse craquer les nerfs les moins solides. Mais avant même que le jeune homme ait pu esquisser le moindre geste...

[Gin] – Mais qu'est-ce que tu racontes toi...

Le plus jeune des membres de l'équipage s'était levé, les deux poings appuyés sur le chêne massif de la table. Depuis qu'ils s'étaient rencontrés, les deux gamins, aux yeux des autres, avaient vite fraternisé, sûrement du fait de leur âge similaire, ou peut-être était-ce à cause de leur caractère semblable... Quoi qu'il en soit, ce dernier avait bien décidé de défendre l'honneur de son ami, entachée d'accusations sans fondement. Du coin de l'œil, Aïdo pouvait voir les jointures des ses phalanges blanchirent sous la pression qu'il y imprimait. Décidément, ce n'était pas qu'une posture de défi, Gin était bien déterminé à aller au bout des choses.

[Gin] - Au cas où tu n'aurais pas remarqué, imbécile, nous sommes quatre marins autour de cette table..., enchaîna-t-il en marquant une légère pause sur ces mots, histoire de bien faire comprendre ce qu'il souhaitait laisser entendre. ...et nos bourses sont aussi vides que les vôtres. Si tu ne veux pas perdre ton argent, commences donc par ne pas le miser au jeu, et gardes pour toi tes...

Il ravala les mots qu'il avait sur les lèvres quand une main vint se poser sur son épaule. Aïdo s'était levé lui aussi. D'un coup d'œil, il lui fit comprendre qu'il appréciait sa réaction, mais qu'il allait se charger de la suite. Gin hocha la tête et se laissa retomber sur sa chaise, respectant la volonté de son ami, tout en restant prêt à réagir si la situation devait tourner au vinaigre.

Mais son ami avait raison. Qu'il était bruyant...et ses accusations avaient éveillé la méfiance des autres, sans parler de l'atmosphère lourde qui régnait dans la salle. Qu'il ait raison ou non n'était plus de mise, il allait devoir le faire taire...très vite. Les bras écartés comme s'il n'avait rien à cacher, le voyageur entama sa défense.

[Aïdo Nishida] - Allons allons... Je comprends votre amertume. C'est vrai qu'il est énervant de voir son argent disparaître dans des poches inconnues, et que ça en devient rageant quand l'inconnu est en veine. Mais cela nécessite t-il un tel emportement ? Au jeu, parfois on gagne, et malheureusement trop souvent on perd... Pourtant c'est ce à quoi l'on s'attend quand on joue, pas vrai ?

Même les plus éloignés des consommateurs avaient interrompu leurs conversations pour écouter la diatribe du jeune homme. Dans un coin de sa tête, il sourit d'avoir toujours le truc, ces petites choses qu'on lui avait enseignées qui, sans lui enlever son talent, les maintenaient maintenant pendus à ses lèvres. Cela faisait bien longtemps...pourtant son corps, inconsciemment, jouait de ces petits rien comme si les années d'apprentissage les lui avaient gravé la chair.

[Aïdo Nishida] – Tricheries ? Allons bon... Sachez être bon joueur !

Plusieurs chopes se levèrent en silence pour approuver ses paroles. La plupart étaient tenues par des marins, ce qui pouvait se comprendre. Peu importe qu'il gagne ou qu'il perde, l'homme du large aura toujours dépensé jusqu'à sa plus petite piécette avant de reprendre la mer. Pour vous peut-être pas, mais pour eux c'était une évidence. Après tout, la seule chose qu'ils recherchaient à terre, c'était un peu de bon temps.

[???] - Me prends pas pour un con !! Je te l'ai déjà dis : c'est impossible d'avoir une chance pareil... Tes dés sont pipés...Je sais que c'est ça. Tu ne t'en sortiras pas avec de belles paroles mon gars.

Mmmh...,songea Aïdo. D'habitude, ça marchait... Même s'il ne pouvait qu'avancer ses accusations, le balourd savait qu'un truc clochait et ne comptait pas en rester à si bon compte. Soit, il fallait donc lui sortir le grand jeu. Avec un sourire à l'intention de toutes les personnes présentes, il grimpa sur sa chaise et les convia à venir voir ce qui allait se jouer.

[Aïdo Nishida] – Approchez, approchez !! Approchez tous.

Le jeune homme laissa le temps aux intéressés de venir se masser autour de la table. A sa grande stupéfaction, c'est l'ensemble des clients qui se rapprocha de la scène improvisée, et le patron quitta même son comptoir tant sa curiosité était attisé. Lui non plus ne doutait pas que le garçon triche, mais il voulait maintenant voir comment il allait en sortir.

[Aïdo Nishida] – Bien. Allons y mon gars. On va tout jouer sur un coup de dés. Panique pas, je t'explique, ajouta-il en voyant l'homme de l'autre côté de la table reculer d'un pas.

Sa réaction déclencha quelques ricanements. Un innocent « t'as perdu tes couilles ? » se fit même entendre. Si cela arracha un sourire au voyageur, son vis-à-vis n'était plus qu'à un cheveux de l'explosion de colère, maintenant. Il y a avait une certaine limite à ne pas dépasser lorsque l'on jouait avec les gens, et cette limite était atteinte avec celui-ci. Aïdo le savait. Bien sûr qu'il le savait. Et pourtant...

[Aïdo Nishida] – Tes dés, ton gobelet, un coup. Je joue tout là-dessus. Je sais pas ce qui te reste en poche l'ami, mais je dirais pas grand chose. Autant dire que c'est la bonne affaire, tu peux repartir avec tout ce que tu vois là.

De la main il désigna le butin qu'il venait d'amasser durant la dernière heure. Et ce petit tas de pièces et de billets représentait bien plus qu'une modeste somme. Les yeux de l'homme brillèrent un instant, tandis que dans son dos se multipliaient les inspirations surprises et incrédules. La commissure des lèvres du jeune homme remonta légèrement. Ferré comme un poisson, l'appât était trop beau pour que l'homme ne morde à l'hameçon. Il le tenait.

[???] - Ça me va, mon gars. Et cette fois, je t'ai à l'œil.

L'homme plaça ses propres dés, au nombre de six dans son gobelet et tendit ce dernier au voyageur. Il affichait un sourire avide à la pensée que tout cet argent sous ses yeux serait bientôt le sien. Il était sûr que le gamin trichait et à plus forte raison, qu'il utilisait des dés pipés. Pourquoi lui avait-il proposé ce pari insensé ? Trichait-il depuis si longtemps qu'il s'était convaincu que cela n'était dû qu'à sa bonne fortune ? Le fou...il allait tout perdre ; et lui, renter bien plus riche qu'en arrivant.

[???] - Allez, garçon ! Lance les dés. On pourra voir une bonne fois pour toute que ta chance a d'ordinaire besoin d'un petit coup de pouce.

Aïdo s'exécuta. Imprimant du poignet un mouvement de rotation des dés à l'intérieur de celui-ci, il fit mine d'adresser une prière silencieuse à sa bonne étoile. Et puis, sans prévenir, le jeune homme abattit brutalement le gobelet sur la table. Les yeux fermés, ce n'est que lorsque le dernier dé s'arrêta de bouger qu'il retira sa main. On y était.

[Aïdo Nishida] – Seize !

Le silence était si surnaturel qu'on aurait plus facilement cru que tout le monde était muet. Enfin pas vraiment muet, plutôt incapable de produire le moindre son, comme si l'air étouffait chaque bruit avant qu'il ne se propage. Les regards allaient du jeune voyageur, au gobelet, et observaient la réaction de l'autre parti du pari. Ce dernier ne savait trop que faire. La bouche sèche et les mains tremblantes, il regardait la timbale renversée qui dissimulait les dés. Nul doute que les questions se bousculaient dans sa tête. Il n'avait rien vu. Rien qui puisse ressembler à une quelconque manipulation que ce soit. Le gosse n'avait aucune chance. Sans ses dés, tous les yeux braqués sur lui... Il avait dû jouer au vu et su de tous et annoncer un chiffre au bluff... Ses doigts s'avancèrent lentement au-dessus de la table. Il avait gagné. Le front luisant d'une fine pellicule de sueur, sa main continuait d'avancer lentement en direction du gobelet, comme ensorcelée, jusqu'à ce qu'elle se referme dessus. Il avait gagné. Soulevant la pièce ce métal comme si elle semblait peser des tonnes, l'homme révéla les dés cachés. Il avait gagné. Personne ne pouvait avoir autant de chance. Personne ne...

Il tomba à la renverse.

deux...cinq...un...deux...deux....quatre.............seize.....

Impossible....

[Gin] – On dirait bien que t'avais tout faux, mon gars. Allez, allonge.

Impossible....

Après le silence pesant qui planait quelques instants auparavant, les effusions de bruits et de voix furent comme une véritable explosion à l'intérieur de l'établissement. Les applaudissements, les rires, les chopes que l'on cogne sur le bois ou les unes contre les autres. Cette déferlante sonore lui donna cette impression, comme si la salle reprenait vie d'un coup, après avoir été figée. Pourtant, l'une des personnes présentes semblait toujours piégée dans cet état hors du temps. Prostré sur le sol, ses yeux écarquillés paraissaient perdus, et ses lèvres articulaient silencieusement le mot. Il ne comprenait pas ce qui s'était passé, il ne voyait pas ce qui se passait autour de lui. Seuls les dés dansaient dans sa tête.

[Aïdo Nishida] – Hé ! Ça va, mon gars ?, demanda le jeune homme en voyant ce dernier toujours assis sur le sol.

L'homme se releva au son de sa voix toujours frappé d'hébétude. Il regarda autour de lui sans appréhender pleinement ce qu'il voyait, mais quand son regard passa sur le visage du voyageur, il eut une sorte de déclic, comme si toutes les pièces du puzzle s'emboitaient les unes aux autres pour lui remémorer les minutes passées, comme si tout reprenait sens.

[???] - Toi... Comment t'as fait ça ? Ordure !, hurla-t-il en se jetant sur le garçon.

Deux marins le cueillirent au vol et affermirent leurs prises si bien que le malheureux pouvait bien se débattre comme un beau diable, il n'avancerait guère plus.

[???] - Jetez moi ça dehors les gars, lâcha le patron depuis son comptoir, assez fort pour être entendu par tous. S'il y a bien pire qu'un tricheur, c'est un mauvais joueur. Ils n'ont pas leur place ici. Faites moi sortir cet imbécile.

Un sourire carnassier sur les lèvres, les deux matelots ne se le firent pas répéter. Ils trainèrent le possédé qui battait l'air de ses jambes en hurlant toutes sortes d'insultes et de malédiction à l'adresse de Aïdo qui le regardait les bras écartés, paumes vers le haut, feignant de ne pas comprendre ce qui se passait. Un bruit sourd l'avertit que l'homme gisait maintenant au milieu de la rue, balancé sans ménagement par ses deux camarades d'équipage. Les rires et les chants emplissaient l'atmosphère à l'intérieur. La porte se ferma, les enfermant dans son cocon chaleureux.

Entre les têtes et les mains qui s'agitaient devant lui pour lui exprimer leurs plus sincères félicitations, il aperçut le capitaine qui avait déjà regagner sa table et finissait sa chope. Aïdo parvint à s'extraire de la foule et se dirigea vers le vieux marin. Seulement, c'était sans compter les gens qui venaient dans sa direction, lui barrant une nouvelle fois la route. Un bras en l'air, il capta l'attention du propriétaire de l'établissement.

[Aïdo Nishida] – Patron, c'est ma tournée !!

Un rugissement collectif accueillit sa déclaration alors que les pintes qui s'entre-choquées au-dessus des têtes répandaient leur contenu en une averse de gouttes. Bizarrement, il semblait avoir perdu son intérêt à leur façon d'aller se presser autour du comptoir. Décidément, les hommes et la boisson... Le voyageur rejoint la table du capitaine et s'assit sur la chaise restée libre en face de ce dernier. Il faisait sauter d'une chiquenaude l'une des pièces de son butin, puis la rattrapait avant de recommencer, attendant que les premiers mots mots viennent de la carcasse souriante de l'autre côté de la table.

[???] - Pas mal, gamin.

[Aïdo Nishida] – N'est-ce pas ?, répondit-il tout sourire.

Le vieux capitaine se pencha au-dessus de la table et lui demanda discrètement :

[???] - Il n'y a qu'une chose qui m'échappe... Si ce n'était pas les dés, alors ça veut dire que tu trichais depuis le début. Comment ?

Le jeune homme se fendit d'un sourire énigmatique.

[???] - Tu ne diras rien, c'est ça ?, demanda-t-il sans vraiment attendre de réponse.

Le vieil homme se laissa aller contre le dossier de sa chaise tout en observant le gamin qu'il avait en face de lui. S'il y avait un certain nombre de qualités qu'il ne possédait pas, il pouvait se vanter en revanche de ne jamais se tromper lorsqu'il juger un homme du regard. Comme s'il lisait un livre, il arrivait à deviner le passé des gens en observant leur caractère, leurs actes, leurs mots... Pourtant, celui là demeurait une énigme pour lui. Quelque chose semblait entourer le voyageur, comme un voile ou une aura chargée de mystère. Ses yeux d'ambre étaient expressifs et inexpressifs à la fois, les émotions s'y mélangeant selon ce que l'on y cherchait, rendant impossible le fait de deviner ses pensées.

La pièce roulait sur ses phalanges, tantôt à gauche, tantôt à droite, avec une telle fluidité qu'on l'aurait dit mû par une volonté propre. Il ne la regardait pas. Pourquoi faire, après tout ? On lui avait fait répéter cet exercice tant de fois... Si le capitaine voulait des réponses, il devrait se contenter de celle-ci. Aïdo tendit son bras au-dessus de la table pour que ce dernier puisse bien observer la pièce qui continuait ses rotations. Puis, alors qu'elle tournait entre les doigts agiles du jeune homme, elle s'évanouit, simplement...

[Aïdo Nishida] – Ce ne sont rien que des tours, capitaine... Rien de plus que des tours, susurra-il au vieux loup de mer dont les yeux ronds se plissèrent lorsqu'il entendit cette dernière phrase.


...je suis un mal nécessaire...

MessageSujet: Re: Les Terres Kuméennes : rêves d'inconnu   Sam 16 Juin - 18:43

La nuit était maintenant bien avancée. La clientèle habituelle s'en était retournait chez elle jouir d'un sommeil méritée après la fatigue de la journée et l'ivresse de la soirée. Contrairement aux marins dont le navire mouillerait encore quelques jours dans les eaux du port, eux maudiraient l'aube et le travail dont ils ne pourraient se soustraire. Malgré cela, ils avaient repoussé autant que la raison le leur permettait leur départ, se privant de quelques heures de sommeil pour rester avec ses hommes des mers somme toute forts sympathiques. Mais à quoi bon... Les bougres seraient bien là le lendemain.

Dans la grande salle de la taverne, l'ambiance était retombée. Après la petite échauffourée survenue lors de la partie de dés et la joyeuse beuverie qui s'en était suivie, les consommateurs restants entretenaient des conversations plus calmes, sûrement rattrapés par leur ébriété et l'épuisement de ces derniers jours. Quoi de plus normal après tout. Les quelques jours de navigation auxquels venait s'ajouter la tension de la poursuite lancée par les pirates, les heures laborieuses de déchargement, et de l'alcool ingurgitée en quantité déraisonnable, auraient éprouvé n'importe quel homme. Certains avaient, d'ailleurs, payé leurs excès. Endormis sur place, ils seraient bien ramenés par leurs amis quand ceux-ci rentreraient au port. Les autres avaient déjà vidé les lieux, partis retrouver le confort sommaire de leurs hamacs mais qui leurs assuraient la promesse d'une bonne nuit, quand les autres avaient préféré se lancer à la recherche d'une vertu négociable et la chaleur d'un lit partagé.

Alors qu'ils discutaient tout les deux, assis à la table qu'ils n'avaient plus quittée, le capitaine reposa sa chope. Le son légèrement résonnant qui en sortit annonça qu'elle ne contenait plus une goutte. Tout en écoutant les propos de plus en plus bancals que lui tenait ce dernier, Aïdo leva une main qu'il agita en l'air. Vu le peu de personne qu'il restait, son geste fut presque immédiatement intercepté par le tavernier qui lui demanda ce qu'il désirait du menton. Le jeune homme ferma son poing en laissant toutefois deux doigts levé tandis qu'il articulait silencieusement qu'on leur apporte la même chose, pour ne pas interrompre le monologue du vieil homme. Quelques secondes plus tard, chacun d'eux vit apparaître devant lui une nouvelle chope, fraîche et bien pleine. Aïdo adressa un clin d'oeil au patron qui lui retourna un sourire en ramassant les quelques ryos que le voyageur avait laissé sur la table à son intention.

[???] - Par ma barbe, mon garçon, toi on peut dire que tu sais boire !, le complimenta le capitaine en levant son énième bière.

Aïdo sourit. Il n'avait pas bu tant que cela en fait, malgré le temps qu'il avait passé en compagnie du marin. Il avait d'autres projets que de se noyer dans l'ivresse cette nuit là, mais cela son compagnon de boisson semblait l'avoir oublié.

[Aïdo Nishida] – A votre santé, capitaine. Et en remerciement pour m'avoir permis de voyager à votre bord. Par les routes commerciales... j'en ai mal aux pieds rien que d'y penser !

Tout deux partirent dans un éclat de rire. Il était vrai que s'il suffisait de quelques jours de bateau pour rallier Kumo depuis Cha, le voyageur en aurait eu pour quelques semaines s'il avait rejoint une caravane marchande.

[???] - Il n'y a vraiment pas de quoi, mon gars, dit-il en balayant les remerciements du jeune homme d'un revers de la main. On dirait même que j'ai été bien inspiré, pas vrai ?

Le garçon haussa les épaules. Peut être, peut être pas... Le sort, le hasard... Qui pouvait bien savoir ce qui se serait passé si le jeune homme ne s'était pas trouvé à bord. Peut être seraient-ils tous morts, ou peut être n'auraient-ils jamais croisé la route des pirates. Selon les fils qui composaient sa trame, la toile du futur pouvait prendre de multiples aspects.

[Aïdo Nishida] – Si vous le dites, capitaine.

[???] - Allez, arrête donc de jouer les modestes, garçon. Sans toi, on était cuit. Tu le sais, je te l'ai déjà dit ; ces gars ne sont pas des enfants de cœur et je peux t'assurer qu'il est préférable de mourir en les combattants, que de se faire prendre vivant.

Son regard rendu vitreux par l'alcool sembla se perdre dans l'océan de ses souvenirs. Bien qu'en face de lui, le voyageur n'était pas certain que le vieil homme le voyait, c'était comme si ce dernier regardait à travers lui, incapable de distinguer le présent devant les images d'outre-tombes qui ressurgissaient avec puissance dans son esprit.

[Aïdo Noshida] – Capitaine ?

Figé dans son passé, le vieil homme ne réagissait plus, immobile, stoïque, et grave. Seule l'infime contraction de sa mâchoire battant le rythme de son cœur témoignait qu'il était bien vivant. Puis ses mains se mirent à trembler. Quoi qu'il se passait dans son esprit, cela se révélait douloureux, comme ces vieux cauchemars qui reviennent vous hanter, peu importe le temps qui avait passé.

[Aïdo Nishida] – Capitaine ?

Sa voix était teintée d'inquiétude. Le vieux marin n'avait jamais montré le moindre signe de faiblesse avant ce soir, même lorsqu'il lui avait fait part de sa jeunesse tachée de sang et de violence. C'était quelque chose d'effrayant à voir, et le jeune homme se sentait coupable de l'avoir replongé dans ses tourments.

[Aïdo Nishida] – Hé, capitaine !, s'écria-t-il en lui secouant l'épaule par dessus la table.

L'homme battit plusieurs fois des paupières, réalisant le moment d'absence dont il avait été victime. Ce geste fit rouler sur sa joue une larme échappée de ses yeux embués par l'émotion. Fier qu'il était, il dissimula sa gêne dans un toussotement et s'essuya le visage avec la manche de son manteau.

[???] - Désolé pour ça, mon gars, lâcha t-il d'une voix enrouée. C'est rien.

Il prit sa chope et la vida d'une traite, comme s'il s'agissait d'un remède à ses maux. Aïdo, malgré son caractère taquin, savait faire preuve de tact lorsque la situation l'exigeait, aussi respecta t-il le silence du capitaine et commanda une nouvelle pinte. Sûrement la dernière au vu du mouvement de balancier que la carcasse du marin faisait sur sa chaise.

[???] - Où en étais-je ?... Ah oui ! Que penserais-tu de nous rejoindre ? L'équipage..., précisa-t-il. La mer est pleine de danger et quelqu'un avec tes...capacités pourrait nous faciliter la vie.

[Aïdo Nishida] – Vous m'offensez, capitaine !, répondit-il en feintant d'être outragée par de tels propos. Vous ne me voyez donc que comme un moyen de rendre vos périples plus sûrs ?

Ce dernier sourit devant la mauvaise foi évidente du garçon.

[???] - Dis pas de conneries, t'as compris ce que je voulais dire... Je recueille pas tous les chiens errants que je trouve. Disons que tu as ce qu'il faut pour. Et crois le ou non, mais tu as gagné ma sympathie.

[Aïdo Nishida] – Voilà qui ressemblerait à un compliment, dit-il en levant à son tour sa chope, un sourire en coin étirant ses lèvres.

Il but une longue gorgée du liquide ambré et savoureux. Voilà un établissement qui savait comment traiter sa clientèle, pas de ceux qu'il n'avait que trop souvent fréquentés servant une bière aussi délicieuse qu'un verre de pisse et en réclamant le prix fort sans la moindre vergogne. Sûrement était-ce dû au fait que situés près d'un port, les tavernes pouvaient facilement venir se fournir parmi les meilleurs fûts dès leur arrivée. Il reposa son godet avec un soupir satisfait.

De l'autre côté de la table, le marin attendait toujours une réponse à sa question que le voyageur avait essayé d'esquiver. Mais apparemment, il n'était pas décidé à lâcher l'affaire.

[Aïdo Nishida] – Je suis désolé, capitaine. C'est impossible...

Malgré son œil torve, l'homme le regardait fixement, attendant qu'il poursuive. Cette fois-ci, il ne s'en tirerait pas sans avoir donné une explication justifiant son refus.

[Aïdo Nishida] – Il y a un homme à qui j'ai fait une promesse. Un homme que je dois retrouver après avoir parcouru le monde.

[???] - Je vois, répondit le capitaine avec un sourire. Une promesse est une promesse, hein ?

Aïdo hocha la tête pour lui confirmer. Il ne pouvait se parjurer. Cette promesse il la tiendrait, car il l'avait faite à l'homme à qui il devait tout.

[???] - Alors oublie ça, garçon. Mais sache que si nos routes se recroisent un jour, tu seras toujours le bienvenue à mon bord. Moi aussi, je t'en fait la promesse.

Cela lui allait droit au cœur. Il leva une nouvelle fois son verre en direction du capitaine qui imita son geste. Les chopes se heurtèrent dans un claquement sourd scellant l'invitation qui lui était faite, et les deux hommes burent. Ils burent car l'endroit s'y prêtait. Ils burent car ils partageaient. Rien de plus, rien de moins. Seul le plaisir de l'instant résonnait encore à leurs oreilles.

Sur les sept hommes qui peuplaient encore l'auberge, le capitaine et lui-même compris, seuls deux autres marins étaient encore debout. Et encore, ce mot ne trouvait sa justesse que pour dire qu'ils étaient encore conscient, Aïdo s'en rendit compte lorsqu'il les vit se lever et s'approcher de leur table, la démarche chancelante et l'équilibre rendu bancal par l'ivresse. Ils s'aidaient mutuellement à tenir sur leurs pieds, un bras passé autour des épaules de l'autre. Autant dire qu'il était plus qu'improbable de penser qu'ils puissent aider leurs camarades assoupis à rentrer jusqu'au navire. Ils passèrent devant leur table en adressant un signe un signe de main à leur intention.

[???] - 'nuit, catipaine !, lâcha le plus à même de parler, avant d'ouvrir la porte et de disparaître dans la nuit.

Cela fit sourire le jeune homme. Leur retour s'annonçait comique et il souhaita qu'il ne leur arrive rien de fâcheux, même s'il ne doutait pas que ce ne fut pas la première fois qu'ils finissaient dans un pareil état.

[???] - Je ferais peut-être bien d'y aller aussi, moi !, annonça le capitaine en tentant de se lever.

Il retomba presque aussitôt sur sa chaise devant le voyageur qui explosa de rire.

[???] - Aide-moi donc à retourner au port, au lieu de te marrer.

Mais le jeune homme était pris d'un tel fou-rire qu'il ne pouvait rien faire pour le pauvre homme.

[???] - Allez, bougre d'andouille. Lèves tes fesses et files moi un coup de main.

Aïdo inspira profondément pour calmer son euphorie, effaçant du revers de la main les quelques larmes qui perlaient au coin de ses yeux.

[Aïdo Nishida] – Sauf votre respect, capitaine, je pense qu'il serait préférable que vous restiez ici.

[???] - Balivernes, gamin. Je suis certes plus éméché que je ne le pensais, mais pas à ce point.

Il retenta de se lever de sa chaise et partit en arrière, abandonné par tout ce qui pouvait s'approcher de près ou de loin d'un sens de l'équilibre, d'un pied marin, ou encore d'une capacité motrice convenable. Il attrapa l'une des poutres qui soutenaient la charpente des lieux pour s'immobiliser le temps de reprendre ses esprits.

[Aïdo Nishida] – Faites pas le fier, capitaine. Je vous offre la chambre.

[???] - Je t'ai dit que ça allait, gamin. Laisse-moi juste une minute, s'obstina t-il.

En silence, il hocha la tête à l'intention du patron en pointant l'étage du doigt. Celui-ci acquiesça et lui lança le lourd trousseau de clefs suspendu derrière le comptoir. S'en saisissant au vol, Aïdo articula un « merci » muet. Il s'approcha du marin et passa son bras bras massif autour de ses propres épaules, le portant plus qu'il ne le soutenait.

[Aïdo Nishida] – Allez, capitaine. Ça ne vous coûte rien de dormir là. Et puis vous n'aurez qu'à dire que vous n'étiez pas assez saoul pour vous endormir à même les tables comme les autres ivrognes là-bas.

Aucune réponse. Le voyageur fit un pas en avant, voulant profiter de l'absence de réaction du vieil homme, mais manqua de s'écrouler sous son poids. Il dormait.

[Aïdo Nishida] – Putain, tu pèses le poids d'un âne mort, souffla t-il les dents serrées sous l'effort produit pour se redresser. Eh, patron. Aidez moi à l'emmener jusqu'en haut.

Au bout de plusieurs minutes d'efforts conjugués, les deux hommes étaient parvenus à monter le capitaine qu'un cataclysme n'aurait pu réveiller. Jeté à même le lit, ce dernier dormirait habillé. Ils lui avaient enlevé ses bottes, l'amabilité n'irait pas plus loin. Suivant l'aubergiste, Aïdo redescendit dans la grande salle et alla s'accouder au comptoir que l'homme contournait pour venir se replacer à sa place légitime.

[???] - Et pour les trois autres, là-bas ?, demanda le tenancier en désignant du menton les matelots qui dormaient dans la salle.

[Aïdo Nishida] – Désolé pour ça...

Il fouilla dans ses poches et déposa quelques dizaines de ryos sur le meuble massif. Il y avait là plus que le prix d'une nuitée pour chacun d'eux.

[Aïdo] – Voilà de quoi vous dédommager pour ce triste spectacle, s'excusa t-il tandis que l'homme empochait l'argent sans le compter, conscient qu'il y avait là bien assez pour que trois ou quatre personnes supplémentaires puissent profiter de son hospitalité. Veillez simplement à leur donner de quoi déjeuner lorsqu'ils se réveilleront.

Le patron acquiesça. Au vu du chiffre qu'il avait réalisé ce soir, ce petit geste lui apparaissait comme une broutille.

[Aïdo Nishida] – Et bien, mille mercis, patron, dit le jeune homme en tendant une main au-dessus du comptoir que ce dernier serra avec un sourire. Je ne vous dérange pas plus longtemps...la soirée a été longue.

Le voyageur prit la direction de la sortie en levant une main au-dessus de son épaule. Effectivement, la soirée avait été longue, et il devait maintenant se hâter.

***

La nuit était encore noire lorsqu'il quitta la taverne, enfin pouvait-on dire. L'aube ne se lèverait pas avant quelques heures mais le ciel dégagé et l'astre lunaire répandaient leur pâle lumière ici bas. Vêtu de ses habits de marin, il ne risquait rien pour le moment car prenant la direction du port, le voyageur n'était pas différent de ses compagnons qui avaient déambulés dans les parages au cours de la soirée. Adoptant une démarche légèrement titubante, il renforça l'illusion de n'être qu'une âme ivre de plus retournant trouver le sommeil sur le navire qui était le sien. Si une tierce personne pour une quelconque raison observait les allées et venues de l'équipage, elle ne pourrait se douter que le jeune homme n'en faisait pas partie, et c'était exactement ce dont il avait besoin pour le moment. Non pas qu'il se sache observé, mais Aïdo préférait mettre toute les chances de son côté avant d'avoir quitté le village portuaire et mis quelques heures entre lui et un éventuel poursuivant, si ses prouesses de l'après-midi venaient à se savoir. Un voyageur maîtrisant certains talents sans faire partie d'un village shinobis éveillait vite l'attention. Et bien qu'il n'ait pas grand chose à se reprocher, il n'avait aucune envie d'être interroger par les autorités jusqu'à ce que le fait qu'il ne soit pas un déserteur soit établi.

Retraçant le chemin qu'ils avaient emprunté un peu plus tôt, Aïdo retrouva sans peine les quais et les longea jusqu'au bateau. La partie la plus simple s'achevait. Il devait maintenant faire appel à toute ses capacités pour la suite. Il sortit de sa poche quelques ryos et fit mine de les compter. Bien entendu ceci n'était qu'une ruse pour scruter attentivement les environs. A première vue, personne ne se trouvait dans les environs, mais on ne lui avait que trop dit qu'un second coup d'œil pouvait révéler ce qui demeurait caché au premier. Pour cela, on lui avait enseigné de nombreuses techniques et avec le temps, il avait développé ses propres feintes. Mais apparemment, il se faisait des idées.

Rapidement et discrètement, le voyageur passa d'ombres en ombres pour rejoindre l'entrepôt. Le capitaine les avait dissimulé au sein de la marchandise livrée au cas où le navire subirait une inspection pour contrebande. C'était rare, mais cela arrivait. Après les révélations sur son passé de mousse et de matelot, avant qu'il ne devienne maître d'équipage, le garçon lui faisait toute confiance quand à la façon de passer des objets sans être pris. Il n'avait eu qu'à mémoriser le numéro des caisses dans lesquelles ses effets étaient réparties et penser à venir les récupérer une fois l'obscurité tombée alors qu'il se déciderait à partir.

Tapis dans l'ombre du coin du bâtiment, il observa une dernière fois les alentours. Si on le prenait maintenant, il pourrait donner toutes les explications qu'il voudrait, le jeune homme serait considéré comme un voleur et traiter comme tel. S'il y avait des choses dont il se passerait pour les jours à venir, pourrir dans une geôle, pour la forme, en faisait parti. Une fois sûr de lui, Aïdo s'approcha de la porte cadenassé. Il s'était douté que les entrepôts n'étaient pas laissés grand ouvert, mais il s'estimait déjà chanceux que ceux-ci ne soient pas gardés. De ses affaires, il n'avait gardé qu'une chose : son passe-partout. Parmi les choses et d'autres que son passé l'avait conduit à faire, le vol en était une, et il maniait aujourd'hui l'instrument avec une dextérité qui aurait fait pâlir de jalousie certains spécialistes du milieu. En quelques secondes, le cadenas sauta, lui permettant de pénétrer dans le dépôt.

Consciencieusement, le jeune homme avait pris soin de repérer l'emplacement des dites caisses lors du déchargement, aussi se dirigea t-il tout droit vers la pile qui contenait son baluchon. Placée au-dessus des autres, les clous avaient été retirés une première fois, puis remis, afin d'en faciliter l'ouverture. C'est tout de même non sans mal qu'il parvient à arracher le couvercle, car essayer de rester le plus silencieux possible ne lui facilitait pas la tâche. Une fois son bagage récupéré, il replaça le panneau de bois et s'attela à trouver la seconde caisse qui enfermait, celle-ci, ses vêtements. Aïdo fourragea dans son ballot pour trouver de quoi se donner un peu plus de luminosité que n'en procuraient les ouvertures, scellées de barreaux, du bâtiment. Sa main rencontra ce qu'il cherchait, la petite boîte d'allumettes perdue au milieux de ses autres effets. Le voyageur en sortit une et en gratta le bout soufré contre le bois des caisses de marchandises. Dans un crépitement, une petite flamme naquit, lui offrant la lumière dont il avait besoin pour discerner le numéro de celle qui l'intéressait. Une fois trouvée, il réédita l'effort que demandait l'ouverture et en sortit ses vêtements. Après avoir soufflé la flammèche, il se changea rapidement et laissa les habits offerts par le capitaine à la place. Il était fin prêt.

Maintenant l'attendait la partie la plus difficile : quitter la petite ville sans être vu. Le cadenas replacé, son sac sur l'épaule, Aïdo se glissa comme une ombre parmi les rues et les ruelles, restant très peu sur l'allée principale trop exposée. La plupart du temps collé au mur ou ramassé sur lui-même, sa concentration était telle que ses sens aiguisés lui donnait l'impression que chaque bruit paraissait trop fort, que chaque recoin sombre était animé d'un mouvement qu'il pouvait discerner. Bien entendu, il n'en était rien, mais l'esprit savait jouer de drôle de tour dans ce genre de situation.

Au terme de plusieurs minutes qui lui semblèrent durer bien plus longtemps, le jeune homme arriva aux grandes portes qui marquaient l'entrée de la bourgade. Furtivement, il les passa et quitta l'artère pavée qui reliait cette ville au reste du pays de la foudre. Après s'être donné tout ce mal, il n'allait quand même pas tout gâcher par excès de confiance. Aïdo se faufila parmi les arbres qui bordaient le chemin et progressa ainsi pendant quelques centaines de mètres. Une fois qu'il fut sûr d'être hors de vue, il adopta un rythme plus serein. Il allait continuait ainsi autant que son corps fatigué le lui permettait, mais il se devait de creuser la distance avant l'aube. Au cas où...

Cependant, le trajet qui l'attendait, vers il ne savait où, lui procurait une certaine joie. Il leva les yeux au ciel. Il était beau. Le croissant de lune qui s'y découpait, escorterait ses pas vers un lendemain inconnu. Voilà la vie qu'il avait choisi. Le voyageur sortit une feuille à rouler et la garnit de chanvre. La première bouffée qu'il inspira le libéra de la tension de la dernière heure. Puisqu'il ne savait pas où il allait, autant s'y rendre tranquillement pensa-t-il, laissant dans son sillage les volutes doucereuses de son plaisir. La nuit s'annonçait longue, mais la nuit était belle car elle marquait la fin d'un jour jusqu'au début d'un autre. Un jour différent du précédent. Une nouvelle page de sa vie. Voilà pourquoi il était un ryokousha.


...je suis un mal nécessaire...
Daiisu Aisu
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MessageSujet: Re: Les Terres Kuméennes : rêves d'inconnu   Lun 25 Juin - 14:29

Aido Nishida (Niveau ???)
: +0% Bonus Inclus
: +70 XP

Hum, monstrueux le RP... J'en veux d'autre et j'attends avec impatience de RP avec toi au coin d'un bar !


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MessageSujet: Re: Les Terres Kuméennes : rêves d'inconnu   Mer 1 Aoû - 22:49

Dans un recoin de la cale d'un navire marchand, captive avec ses semblables d'une large mais pas moins inconfortable caisse de bois, une mèche de cheveux d'opale était soulevé par un bref soupir de soulagement. Seiren Awa, leur propriétaire, se sentait délestée de l'armure d'appréhension qui ne l'avait pas quittée depuis qu'elle avait mis le cap vers Kiri en ignorant que l'embarcation dans laquelle elle s'était immiscée prenait cette direction.

La tension de la jeune femme avait commencé à rudement s'établir lorsqu'elle avait réalisé qu'elle se trouvait tapie au beau milieu d'une cargaison d'armes. Elle qui avait toujours tenté de fuir la violence physique, contre laquelle elle ne pouvait opposer la plus infime résistance, avait tranquillement vogué vers la gueule du loup... À savoir une ruche de ninjas. Une fois que l'embarcation eût mouillé, elle avait pu mettre pied à terre sans se faire remarquer par le commun des mortels.
Cependant, sitôt à l'abri des regards, un ninja de l'île l'avait interpelée, lui apprenant où elle était et ce qu'elle risquait pour avoir gagné les lieux clandestinement. La panique qui l'avait gagnée au premier abord de cet inconnu s'était peu à peu distillée à mesure qu'elle saisissait la bienveillance, bien qu'un peu trop entreprenante, du shinobi. Celui-ci lui avait présenté un ami marin qui pouvait l'héberger pour la nuit et l'aider à embarquer dans un navire en partance pour le Pays de la Foudre.

Voilà comment la ryokousha avait à nouveau revêtu le costume de clandestine. Certes, elle était cette fois mieux dissimulée mais sa liberté de mouvement, notamment si la fuite s'avérait nécessaire, était moindre. Inutile donc de préciser que son apaisement était tout relatif. Ainsi, Seiren avait dû se résoudre à rester engluée dans la réalité pendant la traversée ; laisser ses sens s'égarer était la meilleure façon d'augmenter la probabilité de se faire surprendre. Aussi était-elle donc contrainte d'affronter les démons affleurant son subconscient depuis que certains souvenirs étaient, sans préavis, venu chatouiller ses pensées.

« Kaminari no Kuni... »


Sa gorge se serrait tandis que chacune de ces syllabes, telles de lourdes billes de verre, roulaient péniblement et douloureusement jusqu'à ses lèvres, puis se laissaient basculer au dehors en un choc mat. Chaque son amplifiait cette impression qu'une force magnétique la repoussait dans la direction opposée à celle qu'elle prenait. La Peur. Tout simplement. Elle avait envie de toussoter à présent, de libérer sa gorge de la couardise qui venait d'y couler. C'était cependant plus risqué qu'un simple murmure. Voilà donc une nouvelle source d'inconfort...

Une dizaine de minutes plus tard, Seiren sentit enfin le ressac bercer énergiquement le navire, annonçant enfin le terme de cette interminable traversée. Bientôt, les marins se pressèrent dans les cales. La clandestine s'efforça alors de mesurer l'amplitude de sa respiration à telle point que celle-ci aurait été, même visuellement, quasiment imperceptible. Elle dût cependant retenir un cri lorsque son refuge fut vivement arraché au sol. Son cœur réclamait une respiration profonde et rapide pour se remettre de cette frayeur, ce qu'elle ne pouvait lui accorder. La sensation d'étouffement qui en résultait combinée à l'impression de se trouver en terres hostiles répandait par pulsations l'angoisse dans chaque parcelle de son corps, sous forme d'adrénaline jusqu'à ce que l'abri de la demoiselle se « pose » enfin sur le sol. Dans la brutalité de l'atterrissage, son crâne heurta le bois et elle laissa échapper un petit jappement, tant de surprise que de douleur.
Il lui sembla alors que, tout à coup, son sang avait subitement quitté sa peau.

« Merde! J'ai dû pété un truc, Ed'... »

Des doigts tâtonnaient les arrêtes du refuge de la belle.

« Boarf... Et si c'était l'cas, qu'est-ce que tu pourrais y faire maintenant? »
« T'as raison... 'Pourraient marquer d'ssus quand c'est fragile qu'mêm', ou alors mieux emballer qu'ça... »

En entendant les grommellements de son transporteur s'éloigner, Seiren sentit la chaleur regagner sa chair dans une vague de décrispation. Elle patienta ensuite jusqu'à ce que le ballet du déchargement soit achevé depuis un bon quart d'heure, s'assurant presque, ainsi, la disparition des marins vers les réjouissances tant attendues que leur offraient un retour sur le terre ferme ; ou, du moins celles qu'ils avaient pour coutume de s'y accorder.
Elle pu alors déceler sa cachette de l'intérieur, celle-ci ayant été aménagée pour ne pouvoir s'ouvrir à mains nues que de cette façon. Levant doucement le couvercle, elle jeta un regard circulaire sur le local où elle se trouvait. Aucun danger apparent : parfait.
Seiren s'extirpa silencieusement de cette caisse de bois, se dirigeant avec mille et une précautions vers la sortie. Lorsqu'elle tendit la main vers la poignée, estomac manifestant bruyamment son désaccord avec le retard pris sur le dernier repas de la journée. La jeune femme se retourna une dernière fois vers l'intérieur de l'entrepôt, songeant vaguement à chercher son bonheur parmi ses compagnons de voyage mais, craignant de mettre trop de temps à débusquer des denrées alimentaires et, ainsi, de se faire surprendre, elle sortit tout de même du bâtiment, débouchant face à la porte d'un autre hangar.
Celle-ci avait été laissée ouverte sur un amalgame de marins ronfleurs, à priori ivres morts, et de marchandises. Le détail qui attira immédiatement son regard fut ce paquet de cigarettes, accompagné de son fidèle camarade briquet, qui dépassait avec lui de la poche d'un prisonnier de Morphée... et des grammes d'alcool qui abreuvaient chacune de ses cellules.

Si dérober de la nourriture pouvait s'avérer risqué, subtiliser ces substituts nicotinés à leur vulnérable propriétaire lui offrirait une compensation satisfaisante pour un danger moindre ; du moins, c'était ce qu'il lui semblait. Aussi s'approchait-elle à pas de loups et, une fois tout près, s'accroupit sans un seul bruit. Sa main droite glissant entre le tissu et le carton de ce paquet qui implorait le secours de son seul salut dans cette prison puante. La gauche, quand à elle, avait déjà délivré le feu. Ses mains se serrèrent enfin autour de son butin...

« Kyâ! »


Cinq doigts hypertrophiés s'étaient violemment agrippés à son bras. Leur possesseur sembla tout aussi surpris que Seiren et lâcha prise à la seconde où ses yeux éberlués distinguèrent la jeune femme. Celle-ci n'attendit pas qu'il reprenne ses esprits avant de déguerpir – avec sa prise, bien sûr : qu'est-ce qu'un abandon déguisé en un sursaut d'honnêteté aurait changé à la situation?

« Eh, oh! Putain d'fichue vagabonde! Attends un peu que j'te chope! »

Ah? Non, la vagabonde n'avait absolument aucune espèce d'envie de l'attendre. Elle courrait déjà à une allure qu'elle n'avait jamais atteinte. Ses jambes lui semblaient s'envoler à tour de rôle dans de grandes foulées sans qu'elles ne lui appartiennent, tant elle ne les sentait plus.

Elle ignorait depuis combien de temps elle avait quitté le village portuaire et les pavés qui le reliait à d'autres bourgades lorsqu'elle stoppa sa course, dont la frénésie s'était très nettement essoufflée. La lune avait tristement perdu sa pleine splendeur. Au lieu de disperser les ténèbres, elle leur offrait un contraste sources d'illusions bien peu rassurantes...
Seiren était cependant si exténuée qu'elle n'en tînt qu'à peine compte et se laissa presque tomber sur le tapis d'herbe et de mousse que les lieux lui avaient gracieusement présenté. Cependant, à peine eût-elle clôt les paupières que son coeur fut une nouvelle fois violenté.

« Pssst... Hey! »

Dans un sursaut, la fugitive s'était à demi accroupie. Elle scrutât ensuite, les yeux hagards, la végétations derrière elle... et finit par y distinguer celui qui l'avait ainsi hélée.
Le jeune homme se trouvait perché sur un arbre, assis sur l'une de ses larges branches verticales et adossé contre son tronc dans une posture qui respirait la nonchalance.
La jeune fille ouvrit la bouche pour produire un simple « Hm? ». Cependant, aucun son n'en sortit.

« Oui? »


La voix était rauque mais audible cette fois.
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