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 L'oeil des Hikari

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MessageSujet: L'oeil des Hikari   Sam 4 Aoû - 21:58

Honoka Hikari

La lune étincelait telle une bille de nacre dans la nuit noire kiréenne. La lumière qu'elle dégageait était si intense, si pure, que n'importe quelle sortie nocturne se passait exceptionnellement de lampes traditionnelles. Consciente de cela, Honoka traversa la vaste pelouse de sa propriété sans emmener avec elle la lampe de papier qui lui servait habituellement à se repérer. Ses pas s'arrêtèrent à l'extrémité sud du jardin, devant une rangée de plantes feuillues d'où émergeaient de petites et encore fragiles fleurs bleues.

Honoka aimait les plantes comme d'autres aiment les peintures ou les combats. Elle les aimait tellement qu'elle en entretenait des rangés entières depuis sa retraite des forces spéciales. La rangée qui s'étendait à ses pieds faisait sa fierté plus que n'importe quelle autre car elle accueillait une plante dérivée du hasha, le spécimen le plus utilisés par les complexes eisei éparpillées aux quatre coins du monde. Ce dérivé, Honoka l'avait officiellement nommé yonaka, pleine nuit, car ses fleurs ne relâchaient leur parfum envoûteur qu'au plus fort de la nuit.

Quatre mois, c'est le temps qu'il lui avait fallu pour créer ce dérivé. Il lui faudrait sans doute le triple ou le quadruple pour lister l'intégralité de ses propriétés.

Honoka s'agenouilla pour glisser délicatement ses doigts sous une feuille brunie. La pauvre était perdue. Honoka n'eut d'autre choix que de l'arracher, mais avec une douceur peu commune aux jardinières normales. Elle n'avait jamais aimé arracher les choses à leur foyer, c'est pourquoi, dans son jeune age, elle avait choisi la voie de l'eisei au lieu de s'engager dans une autre discipline plus commune à Kiri. L'eisei qu'on lui avait enseigné protégeait, il n'avait jamais eu la volonté d'arracher.

Honoka orienta la feuille et la porta au plus près de ses yeux pour l'examiner.

[Honoka] – Pas de traces de brûlure, seulement de petites taches concentrées à l'extrémité... vieillissement prématuré...

Le temps avait beau commencer à lui jouer des tours, la mémoire ne lui faisait pas encore défaut. Honoka n'avait pas oublié la sensation particulière que laissait un chakra qui se manifestait soudainement, comme au travers d'une téléportation. C'était comme une petite explosion, une onde tiède qui partait de l'utilisateur et se propageait ensuite lentement autour de lui.

[Honoka] – Tu es bien des choses Okogi, mais certainement pas quelqu'un de discret.

[Okogi] – Honoka-sama... excusez-moi de vous déranger si tard et vraisemblablement au beau milieu de votre passe temps favoris.

Honoka sourit pour elle-même.

[Honoka] – Suis-je si vieille pour que mes recherches soient désormais considérées comme des passes temps ?

Okogi se raidit bien malgré lui. Honoka n'eut aucun mal à le percevoir, même si elle lui tournait le dos, et à s'en amuser.

[Okogi] – Mon maître vous dirait qu'aucune recherche n'est vaine tant qu'un résultat subsiste. Pardonnez-moi, encore une fois.

Bien qu'amusantes, les plaisanteries avaient assez duré.

[Honoka] – Je t'ai bien formé. Maintenant, dis-moi ce qui t'amène ici sans prévenir. Je doute qu'on te paye à te déplacer pour évoquer la pluie et le beau temps avec une connaissance.

Honoka connaissait tous les gens qu'elle avait formé comme si elle les avait enfantés. Okogi ne dérogeait pas à la règle. Petit, il avait montré d'immenses prédispositions pour l'eisei en plus de posséder un esprit analytique et réfléchi. Honoka ne l'avait pas formé au sens propre du terme, elle l'avait simplement prit sous son aile à un moment de sa formation pour en faire un meilleur shinobi qu'il ne l'était déjà. Aujourd'hui, Okogi était membre de l'Anbu en partie grâce à elle. Il n'en était peut-être pas le membre le plus éminent, peut-être pas le plus redoutable, mais il était de loin celui qu'elle connaissait le mieux parmi la nouvelle génération.

L'Okogi qu'elle connaissait n'aurait jamais fait irruption comme il venait de le faire sans une excellente raison. En fait, sans un ordre direct de son supérieur hiérarchique.

[Okogi] – Zetsu m'envoie vous demander une faveur. C'est très important.

Entre anciens et nouveaux membres de l'Anbu, les noms restaient des codes. Zetsu en était un parmi tant d'autres qu'Honoka s'était habituée à entendre depuis son départ. Il était résolument quelqu'un d'important au sein des forces spéciales. Quel rôle y jouait-il ? Honoka aurait très bien pu le savoir en un claquement de doigts si elle l'avait voulu, mais le passé était le passé ; elle ne souhaitait plus se mêler de près ou de loin aux affaires de l'Anbu.

[Honoka] – Quelque chose l'empêchait de venir lui-même ?

La question était rhétorique, comme un pic lancé à une ombre qui aurait écouté leur conversation depuis ses débuts.

[Okogi] – Honoka-sama... nous avons trouvé une fille sur l'île de Tohoku. Elle était sans repères, sans famille, et dans un bien piteux état. Mais c'était peu de choses comparé à ce que son agresseur avait subi en représailles. Nous l'avons ramené avec nous mais nous souhaiterions la confier à des personnes compétentes et fiables désormais.

Honoka plaça soigneusement la feuille morte dans un sachet en plastique qu'elle rangea ensuite dans la manche de son kimono. Une fille... à Tohoku... Kiri n'avait jamais ramassé de détritus sur sa route, Honoka le savait bien. Si Kiri devait ramasser quoi que ce soit sur sa route c'était forcément quelque chose qui le renforcerait. Bien qu'elle le dissimula habilement en continuant de triturer tranquillement ses plantes, Honoka éprouvait une forte curiosité qu'elle comptait bien rassasier étape après étape.

[Honoka] – Quel age a-t-elle ?

[Okogi] – 14 ans.

Ce n'était donc plus tout à fait une enfant.

[Honoka] – J'ai déjà deux filles, tu n'es pas sans le savoir Okogi. Pour quelle raison je m'encombrerais d'une troisième fille à mon age ?

Elle l'entendit prendre une brève inspiration.

[Okogi] – Parce que vous avez toujours eu un attachement particulier pour les choses brisées.

Honoka se figea. La phrase fit son effet, beaucoup plus qu'elle ne l'aurait souhaité. Les âmes brisées, elle les avait connues tout au long de sa vie. Cela avait commencé par les hommes et les femmes qu'elle avait tués pour le compte du village, puis se fut son tour, le jour où elle apprit qu'elle ne pourrait jamais avoir d'enfants, enfin il y avait eu ses deux filles, ses deux petits bouts d'âme détruits qu'elle avait aidés à se reconstituer. Oui pour sûr elle avait un attachement pour ce qui été détruit ; parce que le seul véritable sens qu'elle avait trouvé à sa vie était de reconstruire même le plus petit bout d'âme.

[Honoka] – Comment s'appelle-t-elle ?

[Okogi] – Mizugiwa.

Elle sourit en remettant ses articulations en marche.

[Honoka] – C'est un joli prénom.

[Nowaki] – Pourquoi ne l'avez-vous pas laissé mourir ?

Okogi tourna la tête. Honoka resta de marbre, affairée au nettoyage de ses jeunes pousses. Si le masque que portait Okogi réussit à dissimuler la surprise de ses traits, son regard lui étincela un court instant avant de retrouver sa contenance habituelle. Nowaki Hikari était un monument du village, en tout cas à ses yeux, et malgré son age avancé l'homme n'avait rien perdu de son incroyable carrure et de sa fermeté légendaire.

[Okogi] – Nowaki-dono.

Nowaki cogna sèchement le bois sous ses pieds d'un coup de bâton. Celui-même auquel il se cramponnait des deux mains.

[Nowaki] – Je t'ai posé une question. Pourquoi est-elle encore vivante ?

Honoka entendit son ancien protégé prendre une nouvelle inspiration.

[Okogi] – C'est une Aisu...

Les deux époux échangèrent un regard ; Nowaki l'air plus sombre qu'il ne l'était déjà et Honoka dont le visage exprimait autant l'étonnement que l'inquiétude.


Dernière édition par Mizugiwa le Mar 7 Aoû - 20:57, édité 1 fois

MessageSujet: Re: L'oeil des Hikari   Mar 7 Aoû - 15:58

Nowaki Hikari

Nowaki avait servi pendant quarante neuf ans son village. Un temps étonnement long pour quelqu’un qui s’était, très tôt, investit dans le taijutsu. Sa carrière de shinobi avait commencé à ses dix ans. Elle avait failli débuter plus tôt encore mais Nowaki avait eu la chance d’avoir des parents qui se souciaient assez de lui pour ne pas le laisser se consumer trop tôt. A ce jeune age, Nowaki ressemblait à tous les autres enfants, il s’amusait à toute heure de la journée, il démontrait une curiosité à toute épreuve, il ne manquait jamais une occasion de discuter avec le premier venu, mais quoi qu’il arrive, et en cela il était différent des autres, Nowaki ne se fatiguait jamais, absolument jamais. Ce don, cette particularité, cette force, appelez ça comme vous le voudrez, posa la base d’une réputation qu’il lui collait aujourd’hui encore à la peau. Parce qu’il ne se fatiguait jamais, Nowaki avait toujours été un bourreau de travail, un véritable monstre qui engloutissait des heures et des heures d’entraînement sans se soucier du temps qui passait. Sa maîtrise, bien que neuve, impressionna d’une telle façon ses pairs qu’un an seulement après son inscription à l’Académie, il reçut son bandeau de genin. Mais Nowaki n’était pas destiné à s’arrêter là et sous l’impulsion des meilleurs professeurs que comptait Kiri à cette époque là, il redoubla d’efforts et développa un sens particulièrement affûté pour les mouvements spéciaux. Sa dose de travaille aidant, il surpassa tous les shinobis et toutes les kunoichis de son rang au cours d’un tournoi interne organisé dans le but de repérer les meilleures pousses du village. La meilleure pousse ne pouvait être que lui. A quatorze ans, Nowaki décrochait sa place de chuunin. Même s’il n’avait plus rien à prouver à ce stade il entreprit un autre de ces faits notables que ceux qui le connaissaient bien ne cessaient de louer aujourd’hui encore : le pari insensé de réussir le plus grand nombre de missions en l’espace d’une année. Ce qui s’apparentait à un jeu dangereux se solda néanmoins par une addition que très peu de personnes avaient égalé depuis. Vingt quatre missions de rang C, sept de rang B, une de rang A, soit un total de trente deux missions menées en l’espace d’une seule année. Et le plus étonnant dans toute cette histoire, c’était que Nowaki ne comptait à son palmarès rien de plus que ces trente deux missions réalisées en un an. Parce qu’il avait toujours fonctionné par palier à atteindre, il n’avait pas souhaité continuer plus loin sur ce palier-ci. Il aurait très bien pu continuer, encore et encore, et trouver une mort héroïque sur le champ de bataille ou une place toute aussi héroïque dans les livres d’histoire, mais Nowaki choisit une toute autre voie au désarroi d’un certain nombre de hauts dignitaires : la formation.

Tour à tour chuunin instructeur à seize ans puis professeur titulaire à l’Académie de Kiri à dix huit ans, il enseigna également à l’étranger, notamment au cours des examens chuunin qui avaient lieu chaque année dans un village caché différent. Mais là encore, Nowaki n’était pas tout à fait comme les autres enseignants. Sa méthode de travail était, certes, un classique du genre dans la branche samouraï puisqu’elle se basait sur la qualité nette du travail, sa répétition constante et finalement sa rigueur soutenue, mais elle avait une autre particularité qui distingua Nowaki de tous les autres enseignants du village. Avec sa seule méthode de travail Nowaki aurait très bien pu former des tonnes de très bons élèves et faire le bonheur de ses dirigeants mais au lieu de ça, il fit le choix étonnant de ne former que deux élèves à la fois et sur une période de sept ans, ni plus ni moins. Ces élèves, Nowaki les sélectionnait lui-même en fouinant dans les dojos du village et dans les cours pratiques de ses collègues. Il leur proposait ensuite de les former et s’ils acceptaient, les deux chanceux étaient invités à séjourner pendant sept ans dans son dojo. Sept longues années de labeur durant lesquels Nowaki inculquait non seulement des méthodes de combat et des enchaînements toujours plus complexes à ses protégés, mais avant toute chose un mode de vie à part entière, lavé de toutes souillures, une philosophie de vie et plus étonnant encore, un goût pour un art de leur choix. Nowaki avait appris au cours de ses voyages que l’expérience ne s’accumulait pas avec l’âge ou les réussites mais dans la multitude de tâches que pouvaient traiter l’esprit humain. La recette fut si concluante, l’excellence de ses élèves si facilement reconnue, que l’ANBU le repéra et s’attacha aussitôt ses services. Il venait tout juste d’avoir trente trois ans. Au cœur de la prestigieuse garde du Mizukage, Nowaki forma chaque nouveau membre en utilisant les mêmes méthodes qui avaient fait sa réputation. Son programme était seulement plus complexe et beaucoup plus aboutit que celui qu’il avait créé de toute pièce pour les jeunes shinobis du village. L’ANBU représentait l’élite du village. Nowaki exerça le restant de sa carrière à la bonifier. C’est d’ailleurs au cœur de cette élite qu’il fit la connaissance d’Honoka. De ce qui n’était qu’une amitié au départ germa un amour profond que rien, jusqu’à aujourd’hui, n’avait réussi à éprouver, pas même le jour où le couple avait appris la stérilité d’Honoka.

Du haut de ses soixante cinq ans aujourd’hui, Nowaki en imposait toujours autant que par le passé. Il y avait cette lueur si particulière dans ce regard azur, cette fermeté et cette détermination qui pouvait lui faire tenir en respect n’importe qui. Il émanait une forme de bestialité éteinte de lui, quelque chose qui contrastait totalement avec ses cheveux gris, ses rides et ses veines saillantes. Nowaki n’était pas le genre de vieil homme qu’on se prenait à prendre en pitié parce qu’il éprouvait des difficultés à se déplacer ou tout simplement à vivre normalement. Non, Nowaki était un homme qu’on apprenait à respecter, soit de manière naturelle soit par la force des choses. Quarante neuf ans était un temps étonnement long accordé au taijutsu. Si long que Nowaki était aujourd’hui plus une légende vivante qu’une relique soigneusement conservée pour se rappeler les lointains souvenirs d’un passé glorieux. Certains imprudents avaient même eu la surprise de goûter à son talent endormi et autant dire qu’ils ne s’étaient relevés que parce qu’Honoka n’était pas prête de laisser qui que ce soit mourir sur son domaine, quoi qu’en pense son mari. Concrètement, Nowaki aurait très bien pu combattre encore quelques années pour le village, et si la menace d’une guerre éclatait, nul doute qu’il sortirait de sa retraite pour se mêler aux troupes plus neuves. Mais Nowaki avait décidé de prendre sa retraite. Cette décision remontait à six ans déjà. Lui et Honoka avaient adopté deux merveilleuses filles. Ses deux « joyaux » comme il aimait les appeler, et le temps aidant, il avait ressenti le désir de les voir grandir et évoluer au lieu de laisser les entraînements rythmer sa vie et surtout le priver du bonheur qu’un père ressentait à voir ses filles se changer en femmes. Hana et Chinatsu n’étaient pas à proprement parler ses filles car il n’était lié par le sang ni à l’une ni à l’autre, mais l’instinct paternel était tout aussi présent en lui qu’il l’était chez un père biologique. Nowaki était un homme qui avait bien vécu, même beaucoup vécu. Il avait laissé une longue carrière derrière lui, un souvenir heureux à toutes les personnes qu’il avait rencontré et côtoyé, une marque indélébile dans le paysage de Kiri et plus qu’un nom dans les archives. Il avait une merveilleuse femme que la vie préservait à côté de lui, deux adorables filles qu’il aimait comme sa propre chair. Il n’avait donc pas besoin de vivre de nouvelles aventures. Encore moins d’accueillir une Aisu sous son toit. Le moindre équilibre était précaire et celui de sa vie actuelle frôlait une perfection qu’il ne voulait pas voir s’effondrer. Il avait soixante cinq ans. Sa santé et sa condition physique pouvaient être exceptionnels pour un homme de son age, son cœur était plus fragile que dans ses jeunes années. Il n’avait plus la force d’affronter les épreuves d’une nouvelle vie.

[Nowaki] – Cette enfant n’a pas besoin de nous. Placez-la dans n’importe quelle famille d’accueil. Les Aisu ne sont que des loups solitaires. Ils n’ont pas besoin d’une famille unie pour se développer et je n’ai pas besoin de leur étrangeté sous mon toit. Vous avez fait l’erreur de la recueillir, c’est à vous qu’il incombe de s’en occuper désormais. Laissez-nous tranquille. Ne nous imposez pas vos problèmes.

[Honoka] – Nowaki !

Nowaki serra les dents. Trente ans de vie commune aidaient à reconnaître les états d’âme de l’un comme de l’autre. La vigueur avec laquelle Honoka venait de s’exprimer ne lui était pas inconnue. Loin de là. Nowaki avait beau être un monument du passé, un homme que rien n’ébranlait, il n’en demeurait pas moins un mari qui serrait les dents lorsque sa femme manifestait son désaccord. L’ego n’entrait pas en ligne de compte, il n’était jamais entré en ligne de compte dans ce genre de situation. Tout le corps de Nowaki se verrouillait, purement et simplement, car au fond de lui il savait qu’Honoka aurait raison non pas parce que c’était sa femme, mais parce qu’elle n’allait jamais à l’encontre de ce qu’il disait à moins de croire qu’il faisait fausse route. Certains hommes auraient pris son intervention pour une insolence qu’ils auraient aussitôt matée, encore qu’il aurait fallu réussir à mater Honoka et la finesse de son eisei, mais Nowaki ne se caractérisait pas par ce genre de stupidités. Il l’avait toujours écouté et en retour elle s’était toujours illustrée comme un contrepoids efficace aux dérives de son esprit. Nowaki n’entrevoyait aucune porte de sortie et son cœur lui dictait qu’il ne devait surtout pas accueillir cette Aisu sous son toit, mais si Honoka trouvait à y redire, alors il écouterait ses arguments et peut-être qu’une porte s’ouvrirait, quelque part, au fond de lui. Sa décision prise, il échangea un long regard avec elle puis il baissa légèrement la tête pour lui signifier qu’il était prêt à l’écouter. Honoka s’essuya les mains et se redressa sans le quitter des yeux.

[Honoka] – J’aimerais m’entretenir seule à seul avec mon mari, Okogi. Je te ferai signe quand nous en aurons terminé.

Okogi ne se le fit pas répéter deux fois. Il s’inclina respectueusement vers elle puis vers Nowaki et se téléporta dans la foulée. Un silence lourd de signification s’installa dès lors entre les deux époux. Nowaki desserra les dents et se surprit à soupirer.

[Nowaki] – Je ne connais que trop bien ce regard, et ma réponse est non.

[Honoka] – Parce que c’est une Aisu, tu as décrété qu’elle n’était bonne à rien. Tu as pourtant entendu comme moi. Cette pauvre fille n’a ni famille ni repères. Elle n’a personne auprès d’elle, Nowaki. Depuis quand l’homme que j’ai épousé se permet de traiter comme des déchets les plus vulnérables ? Dis-moi, car j’ai peut-être fait une erreur en croyant épouser un autre homme. Un homme qui avait des valeurs et qui plaçait volontiers l’entraide au sommet de ses priorités… Le ciel nous a permis d’élever deux merveilleuses filles et je lui en suis reconnaissante comme je t’en suis reconnaissante de ne pas m’avoir quitté quand tu as su que je ne pourrais pas te donner d’enfants alors, pourtant, que c’était ton vœu le plus cher. Aujourd’hui, tu refuserais d’accueillir une autre enfant, sous quel prétexte dis-moi ? Qu’est-ce qui la différencie tant des deux premières à tes yeux ?

Le ton était naturellement à l’offensive et Nowaki encaissa chaque coup sans broncher. Une fois encore, Honoka avait relevé toutes les failles pour y insérer ses doigts et appuyer là où le mal résidait. Nowaki se sentait désarmé et vulnérable comme à chaque fois qu’elle utilisait ce procédé si particulier. Il s’était toujours demandé si l’eisei avait aidé de quelconque manière sa femme à repérer les points vitaux de ses discours. Peut-être bien. L’effet lui coupait le souffle à chaque fois, en tout cas. Il n’était pas dupe pour autant et il savait très bien qu’elle devinait le pourquoi de son refus catégorique. Le clan Aisu avait toujours été plus ou moins banni de son foyer. Il n’avait jamais souhaité les approcher de près comme de loin parce qu’ils réveillaient en lui un écho qu’il lui avait coûté d’éteindre. Les Aisu traînaient avec eux un Mal qu’il ne voulait pas voir se propager au sein de sa famille. C’était son devoir de père et d’époux que de protéger les siens d’un Mal qu’ils ne pouvaient comprendre ni même déterminer. Lui seul savait. Lui seul pouvait savoir ce qu’il convenait de faire ou non. De ce point de vue là, sa solution était très claire : ne jamais laisser un Aisu s’installer dans son domaine. De cette seule façon il pourrait protéger sa famille et se protéger lui-même de leur malédiction.

[Nowaki] – Tu ne connais pas toute l’étendue de leur pouvoir. Tu n’imagines seulement qu’une moitié des forces qui les unissent aux éléments. Un clan n’est jamais qu’un clan. Les Aisu ne peuvent vivre qu’au contact d’autres Aisu. Leur pouvoir dicte cette loi.

[Honoka] – Je sais ce que ce nom éveille en toi, mais ta peur obstrue ton jugement si tu crois que tous les membres d’un même clan, d’une même famille, sont régis par les mêmes lois et les mêmes sentiments à l’égard de leur pouvoir. Cette petite n’a pas demandé à naître Aisu. Pourquoi le lui reprocherais-tu sans même la connaître ? Pourquoi le lui reprocherais-tu Nowaki, toi qui es tout l’opposé de ce que tu dénonces ?

Nowaki savait que tôt ou tard sa femme appuierait sur ce rouage, mais peut-être pas si tôt et de cette manière là. C’est pourquoi malgré qu’il s’était préparé à l’entendre, il fut surpris comme rarement il pouvait l’être dans ce genre de situation. L’agacement le gagna de manière sournoise, car il commençait doucement mais sûrement à accepter l’idée que sa femme aurait le dernier mot et que malgré tout son ressenti il cèderait. Il y avait néanmoins quelque chose qu’il pouvait encore faire pour asseoir son autorité. Une issue qu’Honoka ne lui refuserait pas s’il lui proposait. Nowaki n’avait aucun moyen de savoir si cette issue mènerait à une conclusion nouvelle ou si elle conforterait sa position, mais il ne perdait rien à l’essayer. Aisu ou pas, il était encore maître de son foyer, et même si Honoka avait bien évidemment son mot à dire il pouvait encore choisir, à la manière du shinobi qu’il avait été, le terrain et les conditions de la rencontre.

[Nowaki] – Très bien, très bien. Je t’ai entendu. Qu’ils l’amènent… mais je souhaite discuter seul à seul avec elle. Je veux savoir à qui j’ai à faire avant de donner ma décision finale.

Comme il l’avait anticipé, Honoka accepta mais pas sans ajouter une condition bien à elle.

[Honoka] – Qu’il en soit ainsi. J’assisterai toutefois à cet entretien mais je te promets de ne pas intervenir dans votre discussion.

Nowaki ne pouvait pas le lui refuser. Il savait que l’entretien ne se déroulerait pas de la même façon qu’elle soit présente dans la salle ou qu’elle ne le soit pas, mais peu importe dans l’immédiat. Il obtiendrait les réponses qu’il attendait. Il hocha la tête pour lui signifier que le marché était donc conclu. Avec un sourire tout droit sorti de ses jeunes années, Honoka s’approcha de lui et posa sa main sur les siennes. C’était sa façon pudique de le remercier. Les années avaient peut-être commencé à marquer la peau d‘Honoka, son charme ne s’était pas encore fané et Nowaki y était toujours aussi sensible quoi qu’il en montrait. Honoka leva le bras et l’agita. En réponse, l’Anbu refit aussitôt apparition. Nowaki lui trouva, étrangement, une allure plus sinistre que plus tôt. Il n’aurait su s’expliquer pourquoi. Honoka leva les yeux vers lui. Nowaki comprit qu’elle lui laissait annoncer leur décision. Elle avait beau ne pas en démordre, Honoka était issue d’une famille traditionaliste. Sa voix portait peut-être plus que la sienne si elle se mettait en colère, elle n’en oubliait pas que le seul chef de famille ici, c’était lui. Nowaki la remercia intérieurement et porta un regard volontairement sec et froid sur l’Anbu. Ces corbeaux de malheur restaient la source du problème, quoi que lui et Honoka avaient décidé au sujet de la petite.

[Nowaki] – Nous consentons à recevoir cette enfant pour le moment, mais nous souhaiterions discuter seuls avec elle avant de vous donner notre décision finale. Si cela vous convient comme ça, alors vous pouvez aller la chercher et l’amener sur le champ si vous le désirez.

Okogi accepta et émit dans la foulée un son qui ressemblait à s’y méprendre au piaillement d’un oisillon tout juste sortit de l’œuf. Un piaillement identique lui répondit, loin à l’Ouest de sa position. Nowaki resta immobile, Honoka placée à côté de lui. Ce signal ne leur était pas méconnu. Ils savaient très bien qu’un autre Anbu attendait depuis le début les instructions d’Okogi. Les Anbu évoluaient très rarement seuls, même quand il était question d’aborder un shinobi et une kunoichi à la retraite pour leur demander de s’occuper d’une orpheline. Un œil même entraîné ne pouvait distinguer l’autre Anbu du décor, pourtant celui-ci bougea à plusieurs mètres de là et s’enfuit sur les toits telle l’ombre d’un félin lancé sur les traces d’un papillon facétieux. Okogi lui ne quitta pas sa position et se mura dans un silence que Nowaki ne trouva pas la volonté de briser. Quelqu’un d’autre s’en chargea avec un talent particulièrement affûté pour son jeune age. Hana, la petite dernière, émergea discrètement de l’obscurité où elle avait espionné toute la scène depuis ses débuts. Personne ne l’avait remarqué jusque là. Ce sont en réalité les chuintements de ses pieds nus sur le bois qui interpellèrent l’oreille vigilante de Nowaki.

[Nowaki] – Hana. Qu’est-ce que tu fais là ? Tu sais bien que ce ne sont pas des heures pour être debout…

Hana s’étira nonchalamment, petit bout d’être qui malgré ses talents de comédienne aurait du mal à berner celui qui l’avait élevé comme un père. Nowaki sourit et alla à sa rencontre sous l’œil bienveillant d’Honoka. Le père ébouriffa la chevelure de la fille qui lui étreignit la taille en se dressant sur la pointe de ses pieds. Le jeu de murmures qui s’en suivit raviva l’esprit mutin de Nowaki qui comprit en quelques phrases que sa fille avait tout entendues et qu’elle était désormais curieuse de connaître sa nouvelle sœur. L’entendre de cette façon dans une bouche innocente amorça un déclic dans l’esprit bien huilé de Nowaki. Comme si le fait que l’une de ses filles accepte dors et déjà la présence de cette Mizugiwa, rendait la conclusion plus facile à prononcer. Nowaki confia à Hana son désir de la voir retourner dans son lit, mais la petite lui fit clairement comprendre qu’elle ne comptait pas faire les choses de cette manière. Nowaki s’étonnait toujours autant de reconnaître en Hana un certain nombre de traits de caractère d’Honoka. Il aurait pu la railler, lui faire entendre avec humour qu’elle était une véritable chipie, il se laissa, au contraire, gagner par son petit jeu et sans véritablement s’en rendre compte lui autorisa dans un simple chuchotement à préparer la chambre de leur nouvelle pensionnaire. Le privilège, car c’est ainsi qu’Hana saisit la chose, l’aurait fait bondir de joie si elle n’avait pas su la contenir pour paraître toujours aussi faussement somnolente. Le père et la fille se décollèrent l’un de l’autre puis échangèrent un clin d’œil complice qui échappa totalement au reste de l’assistance. Non sans éprouver de l’amusement, Nowaki observa Hana traîner des pieds jusqu’à sa mère en baillant à deux reprises, l’embrasser sur la joue, et repartir ensuite vers la maison principale comme s’il ne s’était rien passé et qu’il était en effet temps de se coucher au lieu d’errer par ici. Son cœur martelait un rythme nouveau dans sa poitrine. Quelque chose qui mêlait joie et fierté. La joie d’un père n’avait d’égal que l’amour de sa fille, et sa fierté, que l’ingéniosité de sa fille.

MessageSujet: Re: L'oeil des Hikari   Mer 8 Aoû - 22:47

Hana Hikari

Du bas de ses dix ans, Hana dominait le monde qu’elle s’était construit. A ses yeux, tout ou presque était un jeu. Même devenir une kunoichi en était un. Hana n’était pas une aspirante particulièrement brillante car elle n’était encore qu’une enfant de corps et d’esprit. Mais il sommeillait chez elle une force peu commune qu’elle distillait minutieusement tout au long de ses journées. Jamais fatiguée, jamais agacée, Hana était la définition même de l’énergie dans ce qu’elle avait de plus brut et de plus sauvage. Son inventivité et son ingéniosité conditionnaient le reste. Du lever au coucher du jour, Hana pouvait inventer une dizaine d’activités pour se dépenser. Cela pouvait aller du simple cache-cache à l’échelle du village tout entier, exercice auquel elle se prêtait très souvent avec les enfants du quartier et dont elle ressortait tout aussi souvent gagnante, aux tentatives d’infiltration des bâtisses les plus surveillés du village, ce qui aboutissait le plus souvent à des échecs cuisants. Une seule fois elle avait réussi à atteindre son objectif : le bureau de l’ANBU en se faufilant dans les conduits d’aération. Certes, elle n’avait pas entendu grand chose d’intéressant et c’était très vite fait repérer mais la satisfaction personnelle était là et rien ne comptait plus pour Hana que de se sentir parfaitement bien dans ses sandales. Cette condition singulière pour une si jeune personne faisait l’admiration de ses professeurs et plus encore de ses parents adoptifs. Hana était une tornade de fraîcheur, une source de bonne humeur constante qui contaminait même les esprits les plus moroses si elle le désirait vraiment. Ceci expliquait peut-être pourquoi elle était si populaire auprès des enfants de son age. Son nombre d’amis était tout simplement ahurissant. D’ailleurs, comme elle le disait souvent elle-même « j’en ai tellement que je n’arrive pas toujours à me souvenir de leur nom ». La vérité était aussi simple que ça. Et la vérité voulait qu’Hana soit réellement dépourvue d’une mémoire digne de porter ce nom. Inutile de lui fixer une heure à laquelle rentrer de ses escapades ou lui signifier quelques jours plus tôt que la famille se préparait à un voyage, Hana ne retenait rien. Elle était tête en l’air ou tout simplement toujours trop occupée pour se soucier de tout mémoriser. Sa sœur, Chinatsu, lui disait souvent de ne pas écouter ceux qui lui signifiaient que même un poisson rouge avait plus de mémoire qu’elle, et que c’était en soit une qualité de ne pas posséder une mémoire d’éléphant. Et en effet, s’en était une car quoi qu’on lui fasse, Hana oubliait aussi bien l’endroit où elle avait rangé les clés de son journal intime que les insultes ou les mauvais coups qu’on pouvait lui porter. Les gens pensaient qu’Hana avait l’incroyable capacité de pardonner tout à tout le monde, ce qui n’était qu’une partie de la vérité, mais c’était essentiellement du à sa particularité de ne rien retenir trop longtemps, y compris le mal qu’on lui faisait.

Hana était la petite dernière de la famille Hikari et même si elle et sa sœur avaient reçu le même amour, il était évident qu’elle recevait aujourd’hui plus d’attention que sa grande sœur. Son age expliquait exclusivement cela. Hana avait été adopté à l’age de deux ans. L’histoire de ses origines était un mystère pour Nowaki et Honoka. On savait seulement qu’elle avait été trouvé au milieu d’un hameau tombé en ruines du côté de Taki. Sur place, l’équipe de chuunins en mission n’avait relevé aucune trace de vie humaine hormis la sienne. Pas la moindre trace de pas, pas le moindre corps, et à vrai dire pas la moindre trace de vie antérieure dans le hameau. L’énigme totale. En tout état de cause, l’équipe décida de ramener l’enfant à Kiri. Nowaki et Honoka, qui avaient démarré une deuxième démarche d’adoption à cette époque, furent choisis pour l’élevé. Depuis, Hana n’avait manqué de rien et courait une vie paisible sous la protection permanente de ses parents et de sa sœur. Elle savait bien qu’elle était une enfant adoptée, que Nowaki et Honoka n’étaient pas ses parents biologiques et Chinatsu sa sœur de sang, mais cela n’importait pas à ses yeux. Pour elle, ils formaient tous les trois sa seule et unique famille. Elle ne ressentait aucun besoin de savoir ce qui c’était passé avant. Sa vie était ici, à Kiri, auprès de sa famille qu’elle aimait par-dessus tout.

Après son petit numéro au grand soir, Hana se faufila dans la cuisine pour y trouver de quoi grignoter. Elle jeta son dévolu sur un sachet de noix de cajou puis s’élança comme une furie dans les couloirs de la propriété. Elle prit l’escalier central pour atteindre le deuxième étage, celui des chambres, passa par sa chambre pour y prendre quelques éléments de décoration, dont une magnifique lampe qui laissait penser qu’une luciole y était enfermée, puis les bras chargés et le corps tanguant dangereusement sous le poids de sa charge, elle poussa la dernière porte du couloir et entra dans une chambre toute simple qui servait habituellement de lit à d’éventuels invités. L’odeur de renfermé lui déplut dès les premiers pas. Alors sans retenir ses gestes, Hana jeta tout son matériel sur le lit et ouvrit grand les fenêtres pour faire courant d’air avec la porte ouverte. L’odeur disparut au bout de quelques minutes et un sourire satisfait ponctua le visage d’Hana.

La chambre était de taille standard. Elle était meublée d’un lit, d’un chevet, d’un bureau et d’une très grande armoire qui faisait office de penderie. Hormis ces éléments, la chambre paressait n’avoir jamais été utilisée. La couleur des murs, le cirage du parquet, tout était d’origine et pour cause : la chambre avait été, à la base, celle que Nowaki et Honoka avaient réservée à leur premier enfant. Mais c’était avant qu’ils apprennent qu’Honoka ne pourrait pas en porter. Depuis, la chambre avait été plus ou moins abandonnée puis équipée que récemment pour proposer quelque chose de relativement confortable aux invités qui souhaitaient dormir sur place après une soirée trop arrosée par exemple. Hana la trouvait sans charme, voir sans vie. Elle était donc comblée de pouvoir la décorer à sa façon pour en faire une chambre plus agréable si une autre sœur venait s’y installer. La question d’une troisième fille à la maison ne la dérangeait pas, au contraire cela la réjouissait. Hana n’était pas le genre d’enfant à aimer la compétition ou à se comparer à qui que ce soit. Elle était Hana Hikari et cela suffisait amplement à faire son bonheur. C’est naturellement cet esprit que l’Académie essayait de lui inculquer, mais Hana avait la tête dure comme la pierre et préférait de loin les enseignements de son père qui ne la poussait justement pas à se comparer aux autres, à faire mieux qu’eux, mais seulement à être en harmonie avec elle-même. Et son harmonie lui dictait clairement qu’elle devait faire bon accueil à cette nouvelle sœur pour qu’elle se sente ici comme chez elle. Sa première action fut de poser la lampe aux allures de cage à lucioles sur le chevet puis de se placer au centre de la pièce, un doigt sur la bouche, pour avoir une vue globale de l’espace et des jeux d’ombres et de lumières créés par la lampe. Les idées lui vinrent toutes d’un seul coup. De peur de les perdre, Hana s’exécuta avec une vigueur et une rapidité qui en aurait laissé plus d’un pantois à presque minuit. Au-dessus du lit, sur le mur, elle accrocha un cadre rectangulaire où attendait une estampe illustrant le fracas des vagues sur une falaise recouverte de fleurs couleur cerise. Sur le bureau, elle posa deux petits cadres, l’un où on la voyait plus petite sur le dos de Chinatsu, et un autre où ses parents se tenaient la main devant l’objectif. Leur sourire était peut-être un peu forcé pour l’occasion mais Hana aimait beaucoup cette photographie. Elle en profita pour ajouter un récipient rempli de crayons de couleur et un tas de feuilles blanches puis elle termina par poser un tapis moelleux sur le sol, fouiller dans la penderie, et en sortir des draps fraîchement lavés pour faire convenablement le lit, comprendre comme le faisait n’importe quelle fille de dix ans.

[Chinatsu] – Tu te donnes beaucoup de mal petite sœur. Il ne m’a pourtant pas semblé entendre d’inviter en rentrant…

Comme à chaque fois qu’elle entendait le timbre de voix si caractéristique de sa grande sœur, Hana sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine. Ni une ni deux, elle sauta du lit pour se ruer sur elle et l’étreindre aussi fort que ses bras menus le lui permettaient. Chinatsu s’absentait souvent depuis qu’elle avait été promue chuunin, un peu trop au goût d’Hana. Alors elle ne perdait pas une miette de sa présence lorsqu’elle revenait à la maison. Chinatsu était un important pilier dans sa vie, peut-être plus encore que son père et sa mère. Chinatsu ne la jugeait jamais, quoi qu’elle fasse. Elle prenait toujours sa défense même quand elle avait tort. Elle était la grande sœur parfaite, celle que toutes les petites filles rêvaient d’avoir. Hana desserra la première leur étreinte et leva la tête à s’en rompre le cou pour regarder sa sœur dans les yeux.

[Hana] – J’ai fait ça pour notre nouvelle sœur. Tu crois qu’elle va aimer ?

Hana connaissait assez bien sa sœur pour reconnaître la lueur qui traversa son regard à cet instant précis. C’était de l’étonnement. Et comme toujours, Chinatsu ne se montrait pas particulièrement friande de surprise, surtout pas de ce genre là. Il y eut un long moment durant lequel elle ne bougea plus et cligna à peine les yeux comme si elle était plongée dans quelques-unes unes de ces réflexions dont elle avait le secret et dont on ne la voyait émerger qu’au moment où on s’y attendait le moins. Hana ne lui en tint pas rigueur et en profita même pour terminer le lit aussi proprement que possible. Elle retourna ensuite se placer au centre de la pièce, y jeta un dernier coup d’œil circulaire, mais elle arriva contre toute attente à la conclusion qu’il manquait décidément quelque chose à cet endroit. Elle eut beau chercher encore et encore, elle ne trouva pas ce qui pouvait bien clocher. Derrière elle, un frémissement l’informa que Chinatsu avait cessé de réfléchir et qu’elle se tenait maintenant appuyée contre l’encadrement de la porte.

[Chinatsu] – Tu es certaine de ce que tu as entendu ?

Hana retourna au bureau et agença différemment les cadres, la pile de feuilles et le pot de crayons. Rien à faire, l’impression ne la quittait pas.

[Hana] – Oui. Ils veulent lui parler d’abord avant de savoir si elle peut venir habiter chez nous. Mais moi je suis sûre qu’elle restera. Papa m’a même autorisé à préparer sa chambre… Tu n’es pas contente grande sœur ?

La question était posée avec innocence mais Hana était bien consciente que quelque chose gênait sa sœur, sans qu’elle comprenne vraiment quoi. Et ce qui dérangeait Chinatsu finissait toujours pas déranger Hana. Elles n’étaient pas sœurs pour rien. Seulement, Hana avait bien du mal à saisir le nœud du problème, si problème il existait bel et bien. Chinatsu n’était pas le genre de grande sœur à lui raconter toutes ses histoires et tout ce qu’elle pouvait ressentir, elle était même plutôt réservée de ce point de vue là. Hana essaya tant bien que mal de rester concentrer sur la chambre et de l’étudier dans ses moindre recoins dans l’espoir qu’un déclic se ferait dans sa tête. Mais comme le déclic ne venait pas, elle partit en courant vers sa chambre et en revint les bras chargés de nounours qu’elle disposa soigneusement sur le lit et sur le bureau, au plus grand amusement de Chinatsu qui semblait être revenue à elle.

[Chinatsu] – Tu ne manques vraiment jamais d’enthousiasme petite sœur. Je me demande pourquoi je n’arrive pas à être aussi heureuse que toi.

[Hana] – C’est parce que tu réfléchis trop. Tu peux me sourire, je sens bien que c’est tout embrouillé là-haut et je n’aime pas quand tu es comme ça. Tu devrais moins partir en mission et rester plus souvent à la maison, tu passerais de meilleurs moments avec moi qu’avec les personnes de ton équipe.

Hana se retrouva soudainement immobilisée par les bras de sa sœur qui penchée sur elle venait déposer un baiser sur le sommet de sa tête.

[Chinatsu] – Tu as bien raison et je ne peux pas nier le fait que tu me manques énormément, tout comme père et mère. Je me demande seulement à quoi ressemble cette fille et si nous nous entendrons bien avec elle…

Hana bascula sa tête en arrière et dévisagea sa grande sœur. L’entendre ainsi douter cassait un peu son euphorie. La Chinatsu qu’elle connaissait ne lui avait jamais paru plus fatiguée qu’aujourd’hui. Ca se lisait dans son regard. Hana aurait voulu lui demander ce qui c’était passé cette semaine pour qu’elle soit comme ça, mais elle décida au dernier moment de ne rien dire du tout. Si elle avait été à sa place, elle n’aurait sans doute pas apprécié qu’on lui pose tout un tas de questions auxquelles elle cherchait justement des réponses. Peut-être que Chinatsu avait tout simplement besoin de s’amuser un peu, elle aussi. Et comme toujours dans ces cas là, Hana connaissait une arme imparable pour la faire rire : ses grimaces. Elle réfléchit un court instant et fit la plus laide grimace qu’elle possédait dans son répertoire. L’arme infaillible. Chinatsu éclata de rire en la repoussant. Hana ne comptait pas s’arrêter à si peu et se lança le défi de garder le rire de sa sœur le plus longtemps possible. Et pour cela il n’y avait qu’une manière de procédé. Une étude rapide des appuis de Chinatsu lui permit de trouver une brèche. En s’aidant de son épaule Hana chargea et la fit tomber en arrière. Ni une ni deux elle se jeta sur elle et entreprit de chatouiller tous ses points sensibles : aisselles, côtes et ventre. S’en suivit une bataille, comme seules des sœurs de cette trempe là en avaient le secret, dans un concert d’éclats de rire. Quant tout revint à la normale, Chinatsu gisait sur le sol, étalée comme une étoile de mer. Hana était pelotonnée sur elle, les yeux presque fermés.

[Hana] – Tu verras ça sera une gentille sœur. Je le sais.

[Chinatsu] – Je l’espère. Père et mère ne vont pas en rajeunissant. Ils ont eu déjà tant à faire avec nous deux… je ne voudrais pas qu’elle leur donne trop de travail. Tu comprends ?

D’une certaine façon Hana comprenait même si elle n’était pas tout à fait d’accord. Elle pensait, sans doute à raison, que c’était le droit le plus absolu d’un enfant que de donner du travail à ses parents. Elle croyait même que c’était en quelque sorte normal et que ça prouvait qu’on tenait à eux. Et puis des parents n’adoptaient certainement pas un enfant pour qu’il se cale tranquillement dans un coin et ne pose de problèmes à personne. C’était dans la nature des choses. Quoi qu’en pense Chinatsu, Hana était réellement heureuse d’imaginer que d’ici quelques heures une autre sœur habiterait la maison. Contrairement à Chinatsu, elle n’avait aucune attente particulière à formuler. C’était sans doute trop lui en demander. Le vide que laissait Chinatsu à chaque fois qu’elle devait s’en aller en missions demandait à être comblé et l’arrivée possible de Mizugiwa était le remède idéal à ce problème.

[Hana] – Laisse papa et maman décidés. Ils sont grands.

[Chinatsu] – Je me demande parfois si tu as réellement dix ans. Il me semble que tu grandis plus vite que tu ne le devrais.

Hana sourit pour elle-même et se cramponna à sa sœur en fermant les yeux. Que ses journées étaient simples et agréables lorsqu’elle était là. Hana s’imaginait d’ailleurs que tôt ou tard elle serait assez entraînée pour suivre sa sœur au cours de ses missions et qu’elles n’auraient plus, ainsi, à être séparées trop longtemps l’une de l’autre. Mais il existait une fossé bien réel entre l’imagination d’une enfant de dix ans et la réalité d’une vie périlleuse de kunoichi.

[Hana] – Si je me dépêche de grandir, tu m’emmèneras avec toi en mission ?

[Chinatsu] – Tu me poses la question à chaque fois petite sœur et la réponse reste la même. Laisse-toi le temps de grandir tranquillement car après tu passeras le reste de ta vie à courir après ces souvenirs. Crois-moi.

Hana ne comprenait pas toutes les subtilités de ce discours et l’instinct protecteur qui y palpitait. Mais elle comprenait que Chinatsu la trouvait encore trop jeune pour risquer sa vie pour le village. Et au fond d’elle, Hana était d’accord avec ça parce que la mort l’effrayait. Elle n’était pas à penser que la mort était douloureuse mais seulement qu’elle était définitive. Si elle mourrait, elle serrait séparée de sa famille et de tout ce qu’elle chérissait le plus au monde. Alors dans le fond ce n’est pas comme si elle était tout à fait prête à suivre sa sœur, mais seulement qu’elle voulait être plus souvent auprès d’elle, comme c’était le cas avant sa promotion.

[Chinatsu] – Tu ferais mieux d’aller te coucher maintenant, il est tard et tu as bien travaillé. Je suis certaine que la chambre lui plaira.

Chinatsu força Hana à se mettre debout. Celle-ci jeta un nouveau regard sur la chambre et afficha un air contrarié. Il y manquait toujours quelque chose.

[Hana] – Je trouve qu’il manque un truc. Je n’irais pas me coucher avant d’avoir trouver quoi.

Elle se força à réfléchir encore une fois, intensément, mais la lumière vint directement de Chinatsu qui s’était approchée du bureau pour y saisir une feuille et un crayon de couleur. Hana l’observa d’abord avec curiosité mais quand elle la vit se pencher sur la feuille en lui jetant un regard interrogateur, elle comprit où sa sœur voulait en venir. L’idée était évidente et pourtant Hana était totalement passée à côté d’elle. Ce qu’il manquait à cette chambre ce n’était ni de nouvelles décorations ni du nouveau mobilier et encore moins un nouvel agencement. Ce qu’il manquait à cette chambre c’était la petite touche qui ferait se sentir Mizugiwa chez elle dès qu’elle franchirait la porte. Ensemble, Chinatsu et Hana rédigèrent un petit mot de bienvenue, tout simple, mais si symbolique : « bienvenue chez toi, MIZUGIWA », qu’elles épinglèrent sur la porte de manière à ce qu’il soit la première chose qu’elle verrait en arrivant ici. Maintenant Hana avait le sens du devoir accompli. Maintenant elle pouvait retourner dans son lit et dormir paisiblement. Les deux sœurs échangèrent un regard complice et s’enlacèrent une nouvelle fois. Chinatsu retourna à sa chambre, au début du couloir, et Hana à la sienne, au milieu. Cette nuit là, Hana s’endormit avec la conviction que demain serait un jour particulièrement radieux. Un jour qu’elle n’oublierait jamais.

MessageSujet: Re: L'oeil des Hikari   Ven 10 Aoû - 13:00

Chinatsu Hikari

Chinatsu poussa la porte de sa chambre et se surprit à la trouver aussi impersonnelle qu’elle ne l’était lorsqu’elle l’avait quittée une semaine plus tôt. Au moins, elle avait la certitude que personne n’était venu fouiner dans ses affaires. Elle ouvrit la fenêtre en grand pour faire entrer le bon air nocturne chargé des parfums subtils qu’elle savait provenir du jardin de mère. Elle resta un long moment, accoudée à la fenêtre, à contempler l’ombre des bâtiments colossaux à l’horizon. Kiri dans toute sa splendeur inquiétante. Les amas de brume étaient là eux aussi. Ils l’étaient toujours. Chinatsu se demandait encore quel genre d’esprit tordu avait pu choisir cet endroit pour établir un village caché. Certes la brume offrait un camouflage naturel mais du reste l’endroit n’exprimait aucune chaleur. Chinatsu savait que Kiri s’était construit sur ce modèle précis et avait joué, dès ses prémisses, avec la peur que suscitait une telle impression de désolation. Elle s’y était habituée, comme tout le monde ici. Mais elle ne pouvait s’empêcher de croire que le peuple de Kiri méritait beaucoup mieux que ça. Les shinobis eux s’accommodaient de tout et de rien, mais les civils nourrissaient d’autres besoins qu’on ne trouvait pas à Kiri. Le destin avait seulement fait en sorte qu’ils s’en détachent au fil des générations jusqu’à en oublier de vivre une existence parfaitement normale. Le tour de magie s’était montré subtile et tout le monde était tombé dedans. Chinatsu sourit en se disant que si elle avait vécu à cette époque, elle aurait certainement plongé dedans comme tous les autres. Elle quitta la fenêtre sans la refermer, ouvrit un tiroir de son bureau et sortit une cigarette de son paquet. La minute d’après, elle était assise à même le sol, le dos appuyé contre le rebord du lit, à fumer et à regarder le ciel à travers la fenêtre. Chinatsu n’était pas ce qu’on pouvait appeler une grosse fumeuse. En réalité elle fumait même très occasionnellement, de l’ordre d’une à deux cigarettes par semaine. Fumer n’était pas un besoin vital pour elle, seulement une échappatoire après une grosse semaine de travail. Cette cigarette lui permettait de faire le vide en elle, de ranger tout ce qu’elle venait de vivre dans des cases bien précises de sa mémoire, et de sceller le tout pour passer à autre chose. Sans ça, le rangement prenait un peu plus de temps et c’était autant de temps de perdu sur une nouvelle mission. Or elle aimait être concentrée sur les objectifs qu’elle devait remplir et ne pas être distraite, cela faisait tout de suite tache au beau milieu d’une mission de rang B.

Promue chuunin depuis trois mois environ, elle savait désormais ce que la pression des missions de ce rang laissait sur leur route. La vigilance constante était une règle qu’elle avait apprise au fil des missions de rang C qu’elle avait accomplies avec son ancienne équipe. Elle avait tellement bien appliquée cette loi dans tous les cas de figure possibles et imaginables qu’elle en était ressortie avec un palmarès vierge d’erreur. La genin parfaite fut nommée chuunin en récompense de ses nombreux services, quoi que Chinatsu préférait appeler ça des devoirs. Kiri était son village et elle estimait avoir un rôle protecteur envers lui. Depuis qu’elle était passée chuunin elle s’efforçait de mettre en pratique cette volonté pour son propre bien comme pour celui de ses coéquipiers et du village. Pour l’instant, les résultats étaient plutôt concluants même si elle avait encore un peu de mal à se faire à son nouveau statut. Prendre des initiatives après des années passées à les entendre sortir de la bouche de son chef d’équipe n’était pas si facile qu’il y paressait. Elle savait, heureusement, que le temps ferait son travail et que tôt ou tard elle se sentirait parfaitement à l’aise dans ce nouveau cadre. En attendant, Chinatsu continuait de vivre entre deux mondes. Ce qui lui convenait plus ou moins bien. D’un côté, il y avait sa vie bien remplie de kunoichi et de l’autre côté sa vie de famille qu’elle peinait un peu à nourrir vu le temps que lui prenait ses nouvelles responsabilités. Elle en était navrée. Pour de nombreuses raisons. La première, parce qu’elle avait l’impression de ne plus voir grandir Hana et que son esprit lui dictait qu’elle trouverait bientôt une jeune femme talentueuse en rentrant à la maison. La deuxième, parce qu’elle avait cette fausse impression de n’être plus assez présente pour ses parents, plus là pour leur rendre tout l’amour qu’ils lui avaient donné. En somme, elle ressentait comme de la culpabilité à délaisser de plus en plus les personnes qui avaient pourtant fait toute sa vie.

Elle avait été adoptée à l’age de six ans. Il lui arrivait de temps en temps de se souvenir de ses parents biologiques, du sourire réconfortant de sa mère plus particulièrement. Pour le reste, tous ses souvenirs se rattachaient à sa famille d’accueil. Ses parents biologiques étaient des shinobis importants pour le village, des gens de confiance à qui les autorités avaient pris l’habitude de confier des missions délicates. Le reste coulait presque de source. Une seule mission avait mal tourné et c’était toute la vie de Chinatsu qui avait basculé. Ses parents trouvèrent une mort atroce à ce qu’il se disait. Chinatsu n’essaya jamais de comprendre comment et encore moins pourquoi. Elle n’avait jamais ressenti ce besoin. Elle jugeait sèchement que d’une manière ou d’une autre ses parents l’avaient abandonné en décidant de continuer à vivre comme des shinobis tout à fait normaux. Elle n’allait pas jusqu’à croire que leur mort était méritée, elle ne l’était pas, seulement qu’il était impardonnable de donner la vie à un enfant et de lui préférer l’amour du village. Car c’était bien le choix qu’ils avaient fait en continuant d’agir pour lui. Ils l’avaient aimé plus qu’ils ne l’avaient aimé elle. Chinatsu n’avait jamais discuté de ce sentiment avec qui que ce soit, pas même avec Nowaki et Honoka, mais il ne l’avait jamais vraiment quitté. Nowaki et Honoka s’étaient montrés des parents bien plus exemplaires en ne prenant pas le risque de l’abandonner. Ils avaient toujours été là, toujours, à chaque anniversaire comme à chaque jour de l’année. Elle avait tant appris d’eux, de père surtout et de sa façon si particulière de concevoir le monde shinobi. Mère l’avait plutôt aidé à se forger un caractère ferme mais prompt à la douceur également. De son entrée à l’Académie à l’age de dix ans, à sa récente nomination au poste de chuunin à ses dix huit, en passant par la réception de son bandeau à ses quatorze, ils avaient toujours été là pour l’encourager et la soutenir jusqu’au bout. Ils ne lui avaient jamais imposé quoi que ce soit, au contraire, ils l’avaient laissé prendre ses propres décisions très jeunes en lui répétant sans cesse qu’elle était libre mais que tout ce qu’elle décidait entraînait des conséquences, de l’heure à laquelle elle se lèverait pour aller s’entraîner à la manière dont elle mettrait hors d’état de nuire un ennemi. Cette philosophie Chinatsu ne l’oubliait jamais où qu’elle aille et quoi qu’elle fasse. Sans vraiment se l’expliquer, sa première grande décision avait été de choisir la voie du genjutsu pour ses études. Avec le recul et surtout l’expérience elle ne regrettait aucunement ce choix mais à ses débuts, elle avait goûté aux conséquences insoupçonnées que suscitait la lecture de l’esprit humain. Heureusement, deux ans après son entrée à l’Académie Hana était arrivée et elle avait en quelque sorte révolutionnée son quotidien. Elle était la petite sœur parfaite, celle qu’on se perdait à câliner encore et encore pendant des heures, auprès de qui n’importe quel jeu prenait l’allure d’une fête gigantesque, et surtout la seule et l’unique qui prenait toujours le temps de la prendre dans ses bras sans qu’elle n’ait besoin de parler pour qu’elle décèle son malaise. Hana avait beau n’être qu’un tout petit bout de fille, elle avait toujours su lire en elle comme dans un livre ouvert alors que c’était Chinatsu la spécialiste du genjutsu. Cet aspect la faisait toujours sourire, comme maintenant. Elle était heureuse d’avoir obtenu une si belle famille même si elle ne l’exprimait peut-être plus comme avant. Elle était une femme désormais, jeune, encore, mais femme quand même.

La nuit avait beau être noire personne n’aurait éprouvé de difficulté à distinguer l’ombre qui venait d’atterrir sur le bord de la fenêtre. Elle était pliée en deux et elle dégageait une odeur que Chinatsu classa instantanément dans les parfums bas de gamme. Chinatsu soupira. Il revenait donc encore une fois à la charge. C’était désolant, d’autant plus pour un garçon de sa supposée trempe. Il n’avait donc aucune notion du mot ego pour la harceler tous les jours ? Quel crétin. Il se fourrait le doigt dans l’œil s’il pensait qu’elle finirait par lui concéder un rendez-vous à force de la traquer comme il le faisait.

[Chinatsu] – Tu as dix minutes pour quitter cette chambre ou bien je m’assurerais que mon père t’y trouve et s’occupe de toi comme tu le mérites.

[Daisetsu] – Je n’ai pas ouvert la bouche que tu me repousses déjà.

Chinatsu tira nonchalamment sur sa cigarette, déjà lasse.

[Chinatsu] – Moins tu l’ouvriras mieux je me porterai.

[Daisetsu] – Ce que tu peux être cruelle parfois. Tu sais bien que j’aime les filles qui ont du répondant et tu sais bien que parmi toutes celles qui en ont tu es de loin la meilleure.

Elle en avait entendu des âneries de sa part mais elle s’étonnait continuellement de le voir en inventer des nouvelles tous les jours. Daisetsu était pire qu’inépuisable, il était désespérant.

[Chinatsu] – C’est vrai que tes dernières conquêtes en étaient toutes pourvues… je me demande même si quelqu’un les avait seulement entendu parler une seule fois avant que tu ne leur arraches la langue. A moins que tu considères que glousser à la moindre de tes pitreries soit une forme de répondant ?

Le silence, qu’est-ce qu’elle appréciait le silence, surtout quand il signifiait qu’elle avait cloué le bec à un spécimen particulièrement virulent. Daisetsu était de cette catégorie là. Chinatsu ne le trouvait pas particulièrement mauvais ou repoussant, de l’avis de beaucoup de filles c’était même l’un des plus beaux garçons parmi les actuels chuunin, elle n’en avait tout simplement rien à faire de lui et encore moins l’envie de sortir avec quelqu’un. Elle ne voulait pas d’une relation. Pas au moment où les missions se multipliaient et où le village avait besoin d’elle. Avoir un petit ami maintenant c’était aussi se sentir obliger de passer du temps avec lui sur ses temps libres, or elle souhaitait les dédier à sa famille plutôt qu’à un garçon de passage. Et puis même si elle en avait eu envie, ce qui n’était résolument pas le cas, pour rien au monde elle ne serait tombée dans les bras de Daisetsu. Il était trop inutile, trop fanfaron, trop stupide, et tout un tas d’autres trop qui le rangeait définitivement dans le groupe des garçons sans intérêts. Malheureusement pour elle, Daisetsu n’était pas le genre de garçon à abandonner comme ça, d’autant plus quand la fille lui donnait des mètres et des mètres de fil à retordre. C’était même comme un défi pour lui ou pour sa réputation, Chinatsu n’avait jamais réussi à faire la distinction entre les deux. Daisetsu savait qu’il plaisait généralement aux filles et il en jouait aussi souvent qu’il lui était permis de le faire. Alors forcément, quand une fille le repoussait, le défi n’en devenait que plus grand pour lui et à son niveau Chinatsu estimait que le défi qu’elle représentait pour Daisetsu s’échelonnait autour des sommets. Elle n’en tirait toutefois aucune fierté. Elle en était même excédée. Tout ce qui pouvait la rendre heureuse chez Daisetsu c’était qu’il s’en aille, qu’il disparaisse de son horizon pour l’éternité.

[Daisetsu] – … c’est pour ça que tu ferais une excellente petite amie. Tu n’as pas peur de dire les choses en face, même quand ça fait mal. Allez China fais-moi plaisir, accepte au moins un rencard avec moi. Laisse-moi te prouver que je suis un type bien. Je te traiterai comme une princesse, tu verras.

La patience n’était pas spécialement le fort de Chinatsu. Elle en avait, là n’était pas la question. Elle était seulement incapable d’en avoir dès lors qu’on dépassait les bornes comme lorsqu’un crétin fini l’affublait d’un petit nom pour se donner un genre, par exemple.

[Chinatsu] – Jusqu’à maintenant, tu peux estimer que j’étais encore gentille avec toi « DAI » … mais je peux t’assurer que ma jauge de patience est au plus bas désormais et qu’il serait vraiment, mais vraiment, stupide de ta part d’obstruer plus longtemps mon champ de vision.

Daisetsu aimait jouer sur les mots. Chinatsu aurait du prévoir le coup quand il sortit de l’encadrement de la fenêtre pour s’asseoir sur le bureau, de façon à ne plus lui gâcher la vue. Elle soupira une nouvelle fois. Daisetsu était irrécupérable. Il n’y avait rien à faire, rien qui puisse le détourner de son but ultime. Pourtant il n’était pas en manque de sollicitation si Chinatsu en croyait les dernières rumeurs. Il se disait que deux sœurs du clan Kaguya lui courraient après. Chinatsu comprenait néanmoins pourquoi il semblait n’y porter aucun intérêt. Sortir avec une Kaguya revenait à s’exposer à quelques petits problèmes. Un déploiement d’os en pleine figure pour un regard mal placé par exemple. C’était si vite arrivé. Mais elle n’y pouvait pas grand chose. Malgré tous ses efforts pour l’en dissuader, il restait accrochée à elle sans qu’elle ne s’explique vraiment pourquoi tant d’acharnement. Il n’était pas non plus le premier à essayer de sortir avec elle, il aurait donc du être au courant qu’elle était ou vraiment exigeante ou réellement pas intéressée par une relation. Une quinzaine de refus, ce n’était pas rien.

[Daisetsu] – Dai… je trouve ça mignon. Ca commence souvent comme ça… on se donne des petits noms mutuellement pour se rapprocher…

[Chinatsu] – Tu rêves mon pauvre. Tu me navres plus qu’autre chose. Je pensais que tu avais un peu plus d’ego que ça, mais il semblerait que même une larve en ait plus que toi.

Daisetsu se risqua à faire un pas vers elle mais vigilante Chinatsu pointa aussitôt l’extrémité fumante de sa cigarette vers lui. Même dans la pénombre son regard brillait de désapprobation.

[Chinatsu] – N’y pense même pas. Maintenant rentre chez toi ou je jure de te plonger dans un jeu d’esprit dont tu ne sortiras pas de si tôt.

Elle ne souhaitait pas en arriver là mais s’il faisait un pas de plus dans sa direction Chinatsu n’hésiterait pas. Elle en avait assez et souhaitait retrouver la tranquillité de la nuit. Daisetsu resta immobile mais quelque chose dans son regard signifiait clairement qu’il réfléchissait intensément. Chinatsu profita de cet instant de faiblesse pour se lever d’un seul coup et pointer vivement le doigt vers la fenêtre.

[Chinatsu] – DEHORS !

Daisetsu ne se le fit pas répéter deux fois et quitta la chambre par là où il était entré sans prononcer le moindre mot. A nouveau seule, Chinatsu inspira profondément avant de retourner s’accouder à la fenêtre et profiter du bon air. Quelque chose avait soudainement changé dehors. Chinatsu n’aurait su dire quoi précisément. Elle sentit seulement que l’air était plus sec qu’il ne l’était habituellement. Bizarrement, la température semblait avoir baissé de quelques degrés également. Une voix lointaine brisa le silence ambiant. Chinatsu tendit l’oreille mais ne distinguait rien de la conversation qui se tenait visiblement à quelques mètres de là. Ce n’est que par un coup du hasard qu’un vent d’ouest lui ramena l’écho de la voix de père. Un déclic se fit aussitôt dans son esprit. Mizugiwa était arrivée. Ni une ni deux, Chinatsu prit appuis sur le bord de la fenêtre puis se hissa sur le toit à la force de ses bras. Elle s’avança presque pliée en deux sur les tuiles, pas après pas, pour n’éveiller aucun soupçon. Elle chercha un bon angle sous lequel espionner la scène. Son choix final se porta sur une petite cheminée décorative dans l’ombre de laquelle elle se dissimula tant bien que mal. De cet endroit, elle avait une vue imprenable sur l’allée qui menait du portail de la propriété aux jardins de mère. Elle ne voyait pas père mais elle pouvait clairement entendre sa voix ainsi que celle de toutes les personnes en présence pourvu que le vent lui soit un minimum favorable.

Deux silhouettes remontaient l’allée. La plus grande portait un long manteau noir et un masque blanc que la distance ne permettait pas à Chinatsu d’identifier clairement. Elle pouvait seulement deviner qu’il s’agissait d’un ou d’une Anbu. A côté d’elle s’avançait une silhouette d’apparence fragile. Sa peau était d’une pâleur cadavérique. Elle avait d’interminables cheveux rose fuchsia. Le cœur de Chinatsu ne fit qu’un bond dans sa poitrine en devinant qu’il s’agissait de Mizugiwa. Elle ressentit une drôle d’impression dans le creux de son estomac. En principe elle n’aimait pas penser ça de quelqu’un mais la sensation qu’elle avait été trop forte. Cette fille était étrange. Sur le coup Chinatsu ne réussit pas à déterminer si c’était en bien ou en mal, seulement qu’elle l’était. Elle l’observa s’approcher de mère en compagnie de l’Anbu et son visage lui parut plus détaillé. Ce qui lui sauta bien évidemment aux yeux était le bleu de son regard, intense et quelque peu mélancolique aussi. Au-delà de ce détail, le visage de cette fille n’exprimait rien que Chinatsu put déchiffrer clairement. Cette première impression de Mizugiwa lui laissa un goût amer car elle s’était attendue à peu près à tout sauf à ça. Mizugiwa ne semblait posséder aucun point commun avec elle ou avec Hana. Chinatsu la compara même un court instant à ses plantes vénéneuses qui poussaient sur le continent : incroyablement belles et désirables, mais destructrices dans leur nature profonde. Autant dire que Chinatsu n'aimait clairement pas cette sensation.

MessageSujet: Re: L'oeil des Hikari   Lun 13 Aoû - 12:06


L'Oeil des Hikari - 5

Mizugiwa

.........La propriété de la famille Hikari comptait parmi les plus grandes et les plus anciennes du quartier. Non content d’avoir un immense jardin, elle était l’une des rares à posséder une maison sur trois étages. Autant dire un luxe qui n’était pas à la portée du premier shinobi venu.
.........Lorsqu’elle franchit le portail d’entrée derrière l’Anbu au masque de louve, Mizugiwa prit tout de suite conscience que la famille qui habitait cet endroit était loin d’être classée parmi les plus pauvres du village. Cette impression s’en trouva renforcée quand son regard glissa sur les propriétaires. Il était impossible de ne pas leur trouver une prestance peu commune ainsi qu’une lueur de supériorité dans leur façon de se tenir et d’observer.
.........L’Anbu inclina la tête pour leur présenter ses respects. Mizugiwa se plaça en retrait, le regard attiré par les massifs de fleurs qui s’étalaient sur toute la longueur de la clôture, à sa droite.
.........‘Je vous présente Mizugiwa,’ déclara l'Anbu sur un ton formel. ‘Mizugiwa, je te présente Nowaki et Honoka Hikari. Ce sont les gens dont je t'ai parlé tout à l'heure.’
.........Mizugiwa croisa tour à tour le regard d'Honoka, qui lui adressa un sourire empli de douceur, et celui de Nowaki, dont l'expression du visage oscillait entre fermeté et concentration. Il lui était difficile de savoir s'ils lui inspiraient confiance ou non ; de savoir si elle se sentait à l'aise ou non. Mizugiwa ressentait seulement le froid lui glacer les os.
.........‘Suis-moi Mizugiwa, j'aimerai te parler un instant,’ lui signifia Nowaki.
.........Mizugiwa jeta un regard interrogateur sur l'Anbu au masque de louve. Celle-ci interrogea des yeux l'autre Anbu présent sur place qui, après un bref moment sans réaction, hocha finalement la tête. L'Anbu au masque de louve baissa ses yeux sur Mizugiwa et acquiesça, lui faisant comprendre qu'elle n'avait rien à craindre. Honoka entra dans le sillage de son mari et Mizugiwa lui emboîta mollement le pas en essayant de garder le plus longtemps possible un contact visuel avec l'Anbu au masque de louve.
.........Un peu plus loin, Nowaki s'arrêta au centre d'un petit cercle de pierres et lui désigna pour siège une pierre large et lisse juste en face de la sienne. Honoka alla se placer dans le dos de son mari et posa une main sur son épaule.
.........‘Je t'en prie, assieds-toi. Nous serons plus à l'aise pour discuter.’
.........Le ton était aimable, assez pour abaisser la garde de Mizugiwa et la faire s'asseoir.
.........‘Comme tu dois le savoir, il nous a été demandé de t'accueillir dans notre famille pour une période indéterminée,’ expliqua Nowaki. ‘Mais avant d'y concevoir, je voudrais apprendre à te connaître, savoir qui tu es.’
.........Un frisson s'empara de Mizugiwa. Il n'avait pas à voir avec les propos qu'elle venait d'entendre, mais avec la sensation de gelure qui lancinait son cœur depuis qu'elle avait quitté la plage. Nowaki haussa un sourcil.
.........‘Tu as froid ?’
.........Elle répondit oui de la tête. Honoka n'attendit pas la réaction de son mari. Elle ôta très simplement le haut de son kimono ( elle avait deux autres couches de vêtements en dessous ) et s'approcha de Mizugiwa pour le lui passer autour des épaules. Mizugiwa lui en fut reconnaissante, à sa façon, et ne la quitta plus que rarement des yeux.
.........‘Est-ce que tu sais où tu es née, d’où tu viens ?’ l’interrogea Nowaki en gardant son regard fixé sur elle.
.........Mizugiwa n’éprouva aucune difficulté à trouver une réponse à ces questions, tant elle lui était évidente.
.........‘De l’eau…’
.........Mizugiwa n’avait jamais eu aucun doute là dessus. Aussi loin que remontait sa mémoire, son existence avait toujours suivi le fil des eaux, mais elle lut dans le regard de Nowaki que cette réponse ne lui convenait pas. Elle remarqua aussi la légère pression qu’exerçaient les doigts d’Honoka sur l’épaule de son mari.
.........‘Je comprends… tu n’as donc aucun souvenir d’un lieu en particulier où tu aurais vécu un certain temps toute seule ou avec tes parents ?’ insista Nowaki, les mains désormais nouées sur ses genoux.
.........Le front de Mizugiwa se creusa tandis qu’elle fouillait son passé en quête du moindre petit élément qui pourrait répondre à cette question. Deux minutes passèrent, quatre minutes, et puis six, avant que Nowaki ne manifeste son impatience par un long soupire.
.........‘Ce n’est pas grave… passons à autre chose,’ dit-il en se triturant les doigts. ‘Est-ce que tu as une idée de ce qui a pu arrivé à tes parents ?’
.........Mizugiwa soutint son regard et y décela quelque chose comme une vague espérance. Cette question, et toutes les questions qui se rapportaient à ce sujet, elle y avait répondu des tonnes et des tonnes de fois, toujours par la même réponse. La seule qu’elle connaissait et qui lui semblait logique.
.........‘Ils m’ont abandonné… il y a longtemps…’
.........Nowaki et Honoka échangèrent un regard que Mizugiwa n’était pas en mesure de comprendre. Elle sentit pourtant que quelque chose de très important était entrain de se passer, mais il lui était difficile de deviner de quoi il en retournait ; sans compter que son cœur souffrait et que l’impression de froid s’intensifiait minute après minute. Dans une maigre tentative pour se réchauffer, Mizugiwa resserra le haut de kimono sur elle.
.........‘Est-ce que tu avais déjà entendu parler du clan Aisu avant d’arriver ici ?’ ajouta Nowaki d’une voix plus douce.
.........Mizugiwa fit non de la tête. Habaki Gengoemon était la première personne qui avait évoqué ce nom. Nowaki Hikari n’était que le second sur la liste. Mizugiwa n’avait aucune idée de ce que signifiait ce nom exactement, mais comprenait maintenant que d’une façon ou d’une autre elle avait quelque chose à voir avec lui. Elle n’avait pas la curiosité de savoir pourquoi ou encore comment, en tout cas pas dans l’immédiat. La seule chose qui préoccupait son esprit à cet instant était de trouver de l’eau, sous n’importe quelle forme pour réchauffer son cœur.
.........‘Il me faut de l’eau…’ déclara-t-elle, de sa voix si atypique, si fragile.
.........‘Tu veux dire que tu as soif ?’ demanda Nowaki en fronçant les sourcils.
.........‘Non… l’eau me manque…’ répondit calmement Mizugiwa en dévisageant Honoka.
.........Celle-ci sembla déceler son mal et murmura quelque chose à l’oreille de son mari. Mizugiwa les observa avec insistance s’échanger murmures sur murmures. Enfin, Honoka se redressa et Nowaki planta son regard dur, presque sévère, sur Mizugiwa.
.........‘Viens avec moi, je connais un endroit qui te plaira certainement,’ lui annonça Honoka de sa voix douce et incroyablement délicate.
.........Mizugiwa observa la réaction de Nowaki et voyant qu’il ne réagissait pas, comme s’il attendait quelque chose de sa part, elle se leva et sans quitter la relative chaleur du kimono suivit Honoka. Toutes les deux contournèrent la maison et arrivèrent devant une autre maison, plus petite que la première et entièrement en verre ( une serre ). Honoka l’ouvrit d’une bien étrange manière, soit en posant ses mains contre la paroi. Une lueur rouge flamme émana un instant de ses mains puis une ouverture apparut, de la hauteur et de la largeur d’une porte conventionnelle. D’abord réticente à entrer, Mizugiwa s’y engouffra en notant le regard encourageant que lui avait lancé Honoka de l’autre côté du passage.
.........De l’intérieur, la serre paressait immense. Elle était occupée en grande majorité par une végétation luxuriante et parcourue d’une multitude d’allées recouvertes de sable fin et de graviers. Honoka et Mizugiwa suivirent l’une d’elle, accompagnées d’une mélodie qui enchanta très vite le cœur de Mizugiwa. Elle les entendait, de plus en plus nettement à mesure que l’allée se déroulait, ces clapotis caractéristiques de l’eau qui s’écoule paisiblement. Et en effet, Honoka lui fit découvrir un lieu exceptionnel, au centre de la serre, où pas moins de huit canaux d’eau partaient ou débouchaient, Mizugiwa ne fit pas tout de suite la différence, d’un grand bassin semblable à une fontaine.
.........Beaucoup trop soulagée pour user de politesse, Mizugiwa enjamba le bord du bassin et y plongea ses jambes jusqu’à mi-cuisse. A sa grande surprise, Honoka prit place sur le bord et l’imita en retroussant ses vêtements jusqu’au genoux. Mizugiwa ne savait pas quoi dire pour la remercier. La sensation de froid intense l’avait quitté dès l’instant où ses pieds étaient entrer en contact avec l’eau du bassin, remplacée par une tiédeur plus appropriée.
.........Doucement, Mizugiwa ôta le kimono et après avoir longuement observé Honoka s’approcha assez près d’elle pour le lui passer autour des épaules, comme elle l’avait fait pour elle un peu plus tôt.
.........‘Merci,’ lui dit très simplement Honoka en serrant le tissu autour de son cou. ‘Tu aimes vraiment l’eau n’est-ce pas ?’
.........Mizugiwa acquiesça. L’eau était son élément.
.........‘Alors considères que tu es ici comme chez toi.’
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MessageSujet: Re: L'oeil des Hikari   Jeu 16 Aoû - 22:01

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