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 Le lac Towada

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MessageSujet: Le lac Towada   Mar 21 Aoû - 15:44


Le voyage s’écoula en une poignée de secondes. Deux, en réalité.

Quand Mizugiwa retrouva l’usage de ses yeux, le paysage qui s’imposa à elle lui coupa le souffle. Des torches s’enflammèrent le long des parois, comme si elles réagissaient à leur présence, et illuminèrent une gigantesque cavité dont le plafond devait culminer, à vu d’œil, à presque vingt mètres du sol. Mizugiwa n’avait jamais vu une chose pareille. Mais sa surprise n’était alors rien, car son visage changea aussitôt d’expression dès lors que son regard tomba sur une étendue d’eau monstrueuse qu’elle supposa être un lac souterrain autant par sa taille démesurée que par la clarté et la tranquillité de son eau.

‘Avant que tu ne poses la question, voici le lac Towada et j’ai utilisé un sceau pour nous téléporter tous les deux,’ expliqua Kaname en s’approchant du bord de l’eau. ‘Seulement trois personnes connaissent l’existence de cet endroit, quatre avec toi. Alors je compte sur ton silence et ta discrétion… auquel cas, tu pourrais le regretter amèrement.’

Mizugiwa soutint son regard en guise de réponse.

‘Ok. Suis-moi, nous serons bien mieux sur le lac.’

Kaname s’avança sur l’eau comme sur le sol marbré d’un temple sacré. Son pas était souple, alerte, aux antipodes de ce qu’il avait été dans la maison de jeux. Mizugiwa aurait d’ailleurs juré que Kaname avait subitement désaoulé.

‘Qu’est-ce que tu attends ?’ lui signifia ce-dernier en faisant volte-face à une quinzaine de mètres de la rive. ‘Dépêche-toi de me suivre, l’entraînement se déroulera sur les îlots, là-bas.’

Mais Mizugiwa demeura immobile, tétanisée par l’étrangeté de la tâche qui lui était confiée. Jamais, encore, il ne lui était venu à l’idée de marcher sur l’eau. Et maintenant que la question lui était posée, Mizugiwa la trouvait insensée. L’eau n’était pas à ce point méprisable. L’eau était faite pour glisser sur la peau, l’imprégner, certainement pas pour l’ignorer.

Si Mizugiwa n’exprima pas l’ampleur de son malaise par des mots, Kaname n’eut cependant aucun mal à le saisir.

‘Une Aisu qui n’a aucune idée de la façon dont elle doit évoluer sur l’eau…’ commenta-t-il avec une ironie non-feinte. ‘C’est bien la première fois que je vois ou que j’entends une chose pareille… Allons ! N’aie pas peur. Tu n’as pas besoin de réfléchir pour y arriver. Tu es une maîtresse des eaux. Tu n’as qu’à lever le petit doigt pour qu’elles agissent selon ton bon vouloir. Ne fais pas de cérémonie, avance, c’est tout.’

Mizugiwa regarda Kaname lui tourner le dos et reprendre le sens de sa marche là où il l’avait laissé. Elle loucha sur ses pieds en se préoccupant de savoir si la tâche était aussi simple que Kaname la dépeignait. Heureusement, elle l’était ; et au premier orteil que Mizugiwa posa sur l’eau celle-ci ne se déroba pas sous son poids.

Au final, l’expérience eut valeur d’épreuve pour Mizugiwa. Habituellement, rien ne pouvait plus lui en coûter que de passer à côté d’eau source d’eau sans pouvoir la toucher. Elle prit toutefois sur elle de faire ce que Kaname lui avait préconisé, sans se poser trop de questions.

Les mètres d’eau noirâtre défilèrent sous ses pieds. Les îlots que Kaname avait désignés se rapprochaient. Mizugiwa en compta sept au total, tous de taille et de forme différente.

‘J’ai entendu dire un jour que le Shodaime et les six autres Épéistes de la Brume possédaient un repère souterrain, caché quelque part à l’intérieur du pays, où ils affinaient l’art qui fit leur réputation dans le monde entier,’ déclara Kaname en lui lançant un regard par dessus l’épaule. ‘J’aime à croire que cet endroit était leur repère caché et qu’autrefois les sept se tenaient là, sur ces îlots.’

Mizugiwa écouta sans comprendre. Pour elle, les mots « shodaime » ou « épéiste » ne signifiaient rien dans son vocabulaire. Elle releva seulement dans la voix de Kaname qu’il devait s’agir de choses importantes et s’en contenta faute de mieux.

‘Ca ne te fait rien ?’ lui demanda Kaname en atteignant le premier îlot.

‘Je ne sais pas ce que c’est…’ répondit très naturellement Mizugiwa.

‘De quoi tu parles ?’ insista Kaname en haussant un sourcil derrière ses lunettes de soleil.

‘Tout…’

Ce « tout » demanda quelques instants de réflexion à Kaname pour deviner ce qu’il englobait. Quand il comprit, quelque chose comme de la stupeur ou peut-être de l’incrédulité lui fit ôter ses lunettes pour mieux dévisager Mizugiwa.

‘Tu n’as jamais entendu parler des sept Épéistes de la Brume ?’

Mizugiwa secoua la tête de gauche à droite.

‘Et le Shodaime ? Tu sais au moins qui il est ?’

Elle secoua de nouveau la tête, au plus grand désarroi de Kaname qui devait se demander sur quel genre de spécimen il était tombé.

‘C’est impossible ! Personne n’ignore ces noms dans tout le pays. Comment une Aisu ne pourrait pas les connaître ? D’où est-ce que tu sors petite ? Tu dormais en cours depuis toutes ces années ou quoi ?’

Si l’étonnement de Kaname paressait jusqu’alors à son maximum, la réponse que lui servit ensuite Mizugiwa lui coupa littéralement la voix.

‘Kiri n’est pas mon village… ni mon histoire…’


Dernière édition par Mizugiwa le Jeu 23 Aoû - 19:55, édité 2 fois

MessageSujet: Re: Le lac Towada   Jeu 23 Aoû - 16:33


Mizugiwa posa les pieds sur l’îlot et tourna ses yeux vers Kaname. Elle n’avait jamais réussi à saisir les nuances dans le regard des gens, mais seulement à deviner leurs intentions. C’était un processus particulier, quelque chose qui ressemblait à de l’intuition mais sans en observer les règles. Ce n’était ni une inspiration soudaine, divine comme disaient certains, encore moins un tableau où on pouvait classer des émotions en fonction des rictus qu’elles éveillaient chez un individu. Mizugiwa observait et tirait une conclusion en se basant seulement sur ce qu’elle ressentait à cet instant précis. Cela lui demandait une concentration maximale pendant une fraction de seconde. Un instant de lucidité exacerbé qui lui permettait d’atteindre l’illumination et de déceler la moindre variation dans le comportement d’une personne. Aussi, n’eut-elle aucun mal à comprendre que Kaname buttait obstinément sur une équation à plusieurs inconnues. Le fond de l’équation ne l’intéressait pas, c’était l’état d’esprit de Kaname qui la titillait. Jusqu’à maintenant, personne ne l’avait jugé pour ce qu’elle était. Il y avait bien quelques moqueries à l’académie sur le fait qu’elle était étrange, bizarre, nombriliste, et tout un tas d’autres qualificatifs peu reluisant, mais jamais personne ne l’avait écarté parce qu’elle n’était pas née dans le village ou qu’elle n’en comprenait pas les coutumes. Jamais… jusqu’à ce que son regard décela comme un reproche dans l’allure générale de Kaname et dans la façon qu’il avait de la toiser comme s’il regardait à travers un simple rideau transparent.

Elle n’avait pourtant fait qu’évoquer la vérité, sa vérité. Kiri n’était rien pour elle et comment aurait-il pu en être autrement en si peu de temps ? Ces dernières semaines s’étaient écoulées si vite que Mizugiwa n’avait toujours pas trouvé le moment de digérer tout ce qui lui était arrivé depuis sa mésaventure sur l’île Tohoku. Kaname pouvait-il comprendre cela ? Elle en doutait. Comme tous les autres, il ne la comprenait pas et ne faisait pas l’effort de la comprendre. Il la regardait avec distance, presque avec méfiance, comme si elle était un quelconque animal enragé. Mizugiwa n’éprouvait pas de rancune et ne nourrissait aucun mépris à son égard pour autant. Kaname était un homme puissant même si son amour pour l’alcool ne le laissait pas toujours paraître. Pour cette raison Mizugiwa respectait l’autorité de son regard, la dureté affichée de ses traits, mais au fond son humanité vulnérable. Elle était consciente que d’un seul mouvement il pouvait la souffler, la réduire à un simple petit caillou déposé au fond du lac. Elle n’en éprouvait aucune peur mais concédait à tenir ce rapport de forces. Kaname était le maître déchu par excellence, celui dont la vie éveillait plus de questions qu’elle n’apportait de réponse. Mizugiwa était l’élève simplette par opposition, celle dont la candeur soulevait les cœurs et dont la sincérité à toute épreuve provoquait la stupeur.

Kiri n’était entre eux qu’une idée, une ombre projetée sur une peinture noire. En clair, Kiri n’était rien. Une faille dans le jeu d’acteur de Kaname qui tourna court lorsqu’il se détourna de Mizugiwa pour s’asseoir sur un rocher un peu plus loin. Il resta consciencieusement le nez piqué vers le sol, ses yeux s’attachant à la paire de lunettes qu’il faisait tournoyer entre ses doigts. Kiri était une force redoutable, un monstre de puissance même du point de vue de Mizugiwa. Jamais aucun des villages qu’elle avait traversés jusqu’à présent ne lui avait laissé cette impression. Kiri possédait une chose qu’aucun autre village ne pouvait posséder et qui faisait toute la différence, mais Mizugiwa n’avait pas encore mis la main sur le « quoi ». Le seul élément qui bondissait aux yeux quand on y entrait c’était l’état d’esprit commun qui liait tous les habitants du village. Kiri était une ruche. Une très grande ruche, bien que Mizugiwa n’avait pas l’autorité d’en connaître toutes les ramifications et donc de considérer la ruche dans sa totalité. Seulement, dans la nature, une ruche était toujours gouvernée par une reine qui avait au cours de son existence l’opportunité de faire naître des princesses qui assureraient la pérennité de la ruche et deviendraient reine à leur tour. Kiri pouvait se faire passer pour un village civilisé, Mizugiwa avait ressenti une fissure dans l’esprit kiréen. Tous les habitants de Kiri n’étaient pas aussi unis qu’ils voulaient le laisser paraître. Mizugiwa avait connu de nombreux villages de pêcheurs, si petits certes qu’ils ne permettaient aucune comparaison, mais elle considéra Kiri comme un amas de relations complexes entre des centaines voir des milliers de personnes et en cela les deux pouvaient être comparés. Les pêcheurs d’un même village travaillaient au même rythme, avec la même intensité, la même force, qui les faisaient se respecter les uns et les autres. Ils formaient comme une grande famille animée par un seul et même code d’honneur. Kiri était différent de ce point de vue là. L’intensité, le rythme, et la force, différaient ouvertement d’un individu à l’autre. Chacun nourrissait ses propres ambitions. A Kiri, Mizugiwa doutait sérieusement qu’une seule reine gouverne la colonie.

[Kaname] – Je n’en reviens pas de devoir te faire cette leçon… mais c’est peut-être une chance dans le fond… celle de faire de toi quelqu’un de différent. Enfin… si on peut faire encore plus différent avec le bagage que tu traînes déjà naturellement sur toi. Quelqu’un qui ne verra pas le village comme les autres apprennent à le voir à l’académie ou auprès d’une famille beaucoup trop aveugle pour exprimer la vérité. Alors ouvre bien tes oreilles, je ne me répéterai pas. Aux origines, Kiri fut fondé dans un esprit de protection. Le daimyo du Pays de l’Eau voulait que son peuple soit protégé des attaques pirates, c’est pour ça qu’il confia la construction du village au meilleur élément de sa garde personnelle, Kirimaho Mao. C’est en son honneur que Kiri porte ce nom. Kiri n’était bien sûr pas le village militaire qu’il est aujourd’hui. Loin de là d’ailleurs et sur bien des plans… mais la finalité reste que Mao a réussi à repousser les pirates en utilisant ses découvertes sur le chakra et plus encore grâce à l’ordre des Sept Épéistes de la Brume, un ordre qu’il avait lui-même fondé autour de ses six plus proches compagnons et des Sabres de Kiri qu’il avait eux aussi forgés. Kirimaho Mao était le Shodaime Mizukage, le premier chef suprême de Kiri. C’était une autre époque… Kiri avait encore quelque chose à protéger en ce temps là. Reste que le Shodaime et les six autres Épéistes de la Brume abandonnèrent le village pour des raisons qui échapperont toujours à la postérité. Depuis… et bien depuis Kiri a définitivement perdu son âme quoi qu’en racontent les historiens et ces crétins d’archivistes.

Kaname parlait lentement mais avec une vigueur tout à fait particulière dans la voix. Ce qu’il racontait le mettait hors de lui, c’était le sentiment que Mizugiwa en avait. Elle ne comprenait pas pourquoi et ne pourrait peut-être jamais comprendre. Kaname ressemblait à ces personnes mystérieuses, un peu froides, qui vous obligeaient à garder vos distances mais qui en même temps vous attirait par leur humanité et leur solitude apparente. Mizugiwa ne savait pas comment se positionner vis à vis de tous ces éléments, mais pour l’instant le seul élément qui lui parlait vraiment c’était que Kaname était le professeur quand ils se retrouvaient tous les deux.

[Kaname] – Kiri n’est qu’une ombre de plus à un tableau déjà bien noirci. Ne te laisse jamais convaincre que tout va bien à Kiri et qu’il est au plus haut de sa puissance. Ce village ne tient debout que parce qu’il existe encore quelques éléments brillants pour le soutenir… pour le reste il marche sur une jambe gangrenée. Un jour, il tombera. Je te dirais bien que ce sera nécessaire pour rebâtir quelque chose qui en vaille réellement la peine, mais je doute que tu y comprennes quoi que ce soit en l’état.

Mizugiwa acquiesça muettement. Elle était très loin d’imaginer toutes les subtilités contenues dans ce discours, mais elle devinait que les propos de Kaname signifiaient beaucoup plus qu’elle n’en comprenait pour l’instant.

[Kaname] – Cette parenthèse terminée, je crois que nous avons assez perdu de temps comme ça. Aujourd’hui, je consens à t’apprendre trois choses, trois, pas une de plus, pas une de moins. Soit attentive du début jusqu’à la fin car encore une fois je ne me répéterai pas. Que tu aies déjà appris à l’académie certaines des choses que je vais te dire maintenant ne m’intéresse pas, je ne t’apprendrais rien qui puisse se comparer aux méthodes de tes professeurs ni à leurs supposées limites. Il n’y a pas de limites pour un shinobi. Les seules limites sont celles que nous nous imposons à nous-même. Tu comprends ça ?

Mizugiwa fit oui de la tête. Kaname se leva et lui désigna le rocher qu’il venait de quitter. Mizugiwa interpréta le geste comme une invitation à s’asseoir et c’est ce qu’elle fit.

[Kaname] – Tout corps est habité par le chakra. Je ne vois pas l’utilité de t’expliquer ce que c’est exactement, car aujourd’hui encore il suscite de nombreuses recherches. Alors à quoi bon t’expliquer quelque chose que personne au monde ne comprend dans sa globalité ? Tes professeurs essayeront, eux, en te parlant d’énergie, de flux, et de tout un tas d’autres choses élémentaires mais inintéressantes. Retiens seulement ça petite, on ne peut pas prétendre comprendre quelque chose sans l’avoir observer sous tous ses points de vue. Du meilleur au plus mauvais d’entre eux, il y a toujours quelque chose à apprendre. Ok ?

Kaname lui tournait le dos, le visage tourné vers le lac. Mizugiwa ne répondit rien. Elle avait assimilé tout ce qu’il avait dit pour le moment et attendait la suite patiemment.

[Kaname] – Comme je le disais, tout corps est habité par le chakra en quantité plus ou moins importante. L’Histoire a fait une différence entre ceux qui étaient capable de l’utiliser et ceux qui ne l’étaient pas. Les Villages Cachés ont donné aux premiers le nom de shinobis et ont tenté de les classer en se basant sur de nombreux facteurs comme la quantité de chakra disponible, la capacité d’apprentissage sur un temps donnée ou la voie utilisée. Tu es une Aisu, même inconsciemment tu es capable de l’utiliser et il n’y a aucun doute sur le fait que tu possèdes une réserve de chakra qui se situe au-dessus de la moyenne. Notre objectif va être de t’apprendre à la maîtriser à un degré supérieur à la normale. Je ne veux pas faire de toi une arme exceptionnelle pour le village, ce serait trop prétentieux et ça reviendrait à te considérer comme un bon bout de viande. Je ne conçois pas les choses de cette manière. Je vais te préparer à affronter les obstacles que tu choisiras toi-même de placer sur ta route. La nature de ces obstacles ne m’intéresse pas et ne m’intéressera jamais. Ma vie. Ta vie. C’est la règle.

Mizugiwa ressentit que cette règle était d’une importance capitale pour Kaname. C’était la frontière qu’elle ne devait pas dépasser. Il avait consenti à lui enseigner ce qu’il savait pour Honoka, il lui signifiait maintenant clairement qu’en aucun cas un lien particulier se dessinerait entre eux en dehors de ces cours. Mizugiwa accepta cette règle sans broncher. Elle n’était de toute façon pas en posture de la contester.

[Kaname] – Première leçon de la journée. Oublie tout ce qu’on t’a appris sur les signes incantatoires. On t’a sûrement dit qu’il en existait un nombre limité et qu’ils étaient une base nécessaire à la réalisation de n’importe quelle technique, en tout cas pour ce qui est du ninjutsu, du genjutsu ou de l’eisei. En fait les signes sont illimités et il ne dépend qu’au génie d’une personne d’en inventer des nouveaux pour ses propres besoins. Tu es une Aisu, tu verses naturellement dans le ninjutsu, plus particulièrement dans la manipulation de l’eau et de l’air. Pour toi, il existe un répertoire naturel de techniques à Kiri. Un répertoire affilié à l’eau. C’est ce répertoire que je vais t’apprendre à travers les signes qui y sont liés. Les signes sont les empreintes d’une technique. Ils permettent tout simplement à ton chakra d’identifier la technique que tu souhaites invoquer. Il se charge ensuite de déployer les effets qui s’y rattachent. D’une certaine façon, on peut dire que ta réserve de chakra est comme une énorme banque de données où sont endormis un si grand nombre d’effets que tu mourras sans les avoir tous découvert. Mais ne t’en fait pas, je vais faire en sorte que tu en réveilles le nombre qu’il faut.

Les signes incantatoires n’étaient pas quelque chose d’inconnu aux yeux de Mizugiwa, même si Kaname semblait croire qu'elle savait déjà tout ce qu'il y avait à savoir sur le sujet alors que ce n'était pas le cas. Elle n’avait pas suivi de cours à ce sujet, mais elle avait déjà vu les shinobis s’en servir autour d’elle. Ces signes ne répondaient à aucune logique particulière pour elle. Elle avait donc compris qu’il ne s’agissait au fond que d’un langage qu’elle ne maîtrisait pas. Comme tous les langages, celui-ci disposait d’une base récurrente, quelque chose comme le vocabulaire le plus couramment utilisé et comme venait de le lui révéler Kaname des ramifications plus mystérieuses qui débouchaient soit sur des signes sans doute plus complexes soit des signes qui n’avaient pas encore été révélés à la face du monde, faute de génies pour les inventer.

Kaname lui fit de nouveau face et enchaîna une série complète de quatre signes. La rapidité d’exécution était exceptionnelle, même pour un regard novice comme celui de Mizugiwa.

[Kaname] – Vas-y, essaye.

Mizugiwa lança un regard interrogateur à Kaname auquel il répondit par un froncement des sourcils. Il ne voulait pas qu’elle pose des questions. Il souhaitait la voir en action. En comprenant cela, Mizugiwa baissa les yeux sur ses mains puis s’essaya à l’exercice. Au premier geste, Kaname émit un bruit avec sa bouche qui lui signifia qu’elle faisait erreur et qu’elle devait recommencer. Mizugiwa fit l’aller-retour entre ses mains et les yeux de Kaname. Le second essai fut le bon, même si la rapidité d’exécution n’égalait pas celle de Kaname.

[Kaname] – J’avais presque oublié combien c’était facile pour vous d’apprendre de vos erreurs…

Le ton était songeur, mais Mizugiwa ne pouvait s’empêcher d’entendre une note qui apportait une pointe de négativité à chaque fois que Kaname abordait la question de son appartenance au clan Aisu. Elle n’en était pas encore à saisir que c’était un problème.

[Mizugiwa] – Tu as vu que j’étais une Aisu… comment ?

La question en elle-même ou le son cristallin de sa voix provoqua un semblant de surprise sur le visage de Kaname qui s’accorda quelques secondes pour répondre.

[Kaname] – Vous autres avez toujours eu le don de me faire froid dans le dos.

MessageSujet: Re: Le lac Towada   Lun 27 Aoû - 15:58


La réponse laissa Mizugiwa de marbre. Elle n’avait pas réussi à saisir si c’était une plaisanterie ou bien une vérité dans la bouche de Kaname. Elle en resta silencieuse, attendant une réaction supplémentaire de sa part, réaction qui ne se manifesta qu’au terme d’un interminable silence. Kaname pivota et sortit une fiole de la poche intérieure de son kimono. Il but au goulot plusieurs gorgées et poussa un râle de satisfaction. Mizugiwa observa la scène avec peu d’intérêt. La perspective de revoir Kaname tanguer au moindre contact du vent ne l’enchantait pas ( même si rien n’était en mesure de l’enchanter au sens propre du terme dans et que le vent ne soufflait pas dans la cavité ). Elle préférait le Kaname plus sérieux, bien qu’il n’était pas dans ses compétences de le garder dans cet état. Mizugiwa avait accepté dès le départ le fait que la situation lui échappe aussi longtemps qu’elle étudierait au contact de Kaname. Il n’y avait donc pas trente six solutions autre que celle d’attendre que le cours continue.

[Kaname] – Ne le prends pas pour toi… je divague…

D’aucune façon Mizugiwa se sentait liée à ce clan dont elle avait appris l’existence que depuis son arrivée à Kiri. Le mot Aisu ne réveillait rien en elle qui mérite le nom d’émotion. Tout était très obscur autour de ce sujet, et Mizugiwa refusait de l’aborder faute de le considérer réellement. Pour elle, le lien puissant qui l’unissait à l’Eau était aussi évident que boire, manger ou encore dormir. C’était un besoin primaire, encré en elle. Il lui était donc difficile d’imaginer en quoi ce besoin faisait d’elle une fille du clan Aisu. Personne n’avait vraiment pris le temps de lui expliquer la chose sous un angle compréhensible. Gengoemon Habaki s’était plus ou moins ouvertement moqué d’elle à ce sujet et Sainan, son chef d’équipe, lui avait présenté la chose d’une façon qui n’avait pas beaucoup fait avancer le train. Nowaki et Honoka n’abordaient jamais le sujet, de même qu’Hana et Chinatsu. Pourtant Mizugiwa avait bel et bien l’impression que ce nom la suivait partout où elle allait et qu’il avait plus de significations pour les gens de Kiri que pour elle. Il y avait également cette distance respectable que les rares personnes qui lui en avaient parlé avaient soigneusement posé autour du sujet. Tout ça contribuait au malaise de Mizugiwa qui commençait sérieusement à se demander si être « Aisu » était quelque chose de positif ou de négatif.

Kaname lui jeta un regard furtif par-dessus l’épaule. Il se rendit sans doute compte que Mizugiwa n’avait pas bougé et qu’elle se montrait donc en attente de la suite. Kaname avait consenti à lui apprendre trois choses aujourd’hui. Pour l’heure, le tiers de l’engagement avait été respecté. Peut-être s’en rappela-t-il, en tout cas il se tourna entièrement vers Mizugiwa et lui fit signe d’approcher. Mizugiwa hésita mais finit par s’avancer. Kaname l’amena au bord de l’eau dans un silence que rien ne semblait en mesure de briser. A cet endroit il s’accroupit et tendit ses doigts vers le sol sans toutefois le toucher. Son regard se leva doucement vers Mizugiwa.

[Kaname] – Il y aura toujours un intérêt à prononcer le nom de la technique que tu souhaites utiliser. Ton chakra reconnaîtra toujours une technique apprise aux signes incantatoires que tu réaliseras, mais pour qu’une technique s’exécute dans les meilleures conditions il y a un intérêt à ce que tu en prononces le nom. Imagine-le comme un cri qui décuplerait ta force avant l’impact de l’un de tes coups. Le principe est exactement le même, ta voix porte l’envie de ton cœur et cela joue sur la qualité de ton attaque. Regarde bien à présent.

Le mouvement fut très rapide, mais Mizugiwa y décela les quatre signes que Kaname lui avait montrés peu avant. Ses mains touchèrent enfin la surface de l’eau, imbibées d’une aura bleu myosotis.

[Kaname] – Suiton, Suiryuudan !

La surface de l’eau se rida, comme si quelque chose de massif venait d’y plonger. A peine une poignée de secondes s’écoula avant qu’une quantité d’eau incalculable ne remonte des profondeurs et se retrouve projeter en l’air. Mizugiwa observa avec des yeux brillants le corps puissant du dragon d’eau et plus encore sa tête faire le lien entre la surface du lac et le plafond de la cavité. Elle était dans un état proche de l’émerveillement. Jamais, jusqu’alors, elle n’avait imaginé les shinobis capable d’une telle chose. Elle ignorait tout de ce monde et de ces gens. Elle ignorait tout du chakra et tout du clan Aisu. Parce qu’elle était ignorante comme personne d’autre à Kiri, Mizugiwa était sans doute la seule à pouvoir reconnaître la beauté là où les autres n’y voyaient qu’une arme pour faire la guerre. Le dragon d’eau qui se dressait devant ses yeux était magnifique. Il lui inspirait un profond sentiment de puissance mais aussi de protection… elle posa un premier pas sur l’eau puis un second. Kaname se redressa en fronçant les sourcils mais Mizugiwa n’y accorda qu’un bref intérêt. Sans trop savoir pourquoi, elle se sentait attirée par la créature fantastique. Elle ressentait le besoin d’aller à son contact. Alors elle s’approcha assez près du dragon pour poser une main timide sur son encolure. Sous ses doigts, elle n’eut aucun mal à ressentir les deux puissants courants qui le constituaient, l’un froid, ascendant, et l’autre chaud, descendant. Mizugiwa prit alors conscience des dégâts que provoquerait toute cette pression d’eau si elle venait à s’abattre sur quelqu’un. L’idée lui donna un frisson.

Elle se tourna et lança un regard intéressé à Kaname qui se redressa avec un début de sourire aux lèvres. Le dragon se désagrégea en pluie fine dans la foulée. Trempée, Mizugiwa ne manifesta pas la moindre désapprobation. Au contraire, une lueur dans son regard signifiait clairement qu’elle était dans son élément.

[Kaname] – Deuxième leçon de la journée. La technique du Suiryuudan est un des fondamentaux du répertoire de Kiri. Tous les shinobis qui se spécialisent en ninjutsu connaissent cette technique. Apprendre à la maîtriser, elle, te donnera la démarche à suivre pour beaucoup d’autres techniques offensives. Si tu as bien ressenti les choses, je ne t’apprendrais rien en te disant que le dragon s’élève grâce à deux courants contraires. Ta maîtrise du chakra définira au fil de ton évolution la puissance de ces courants. Il va de soit que plus tu leur prêteras de puissance, plus les dégâts infligés seront importants. Concentre-toi bien sur ces courants et visualise bien la créature dans ta tête avant d’activer la technique, ok ? Six signes incantatoires. Un effet. Regarde b…

[Mizugiwa] – Suiton, Suiryuudan…

Mizugiwa n’avait pas ressenti le besoin d’attendre une nouvelle démonstration pour s’accroupir et tenter sa chance. Kaname avait activé six signes sous son nez un peu plus tôt. Elle les avait tous précautionneusement enregistré à ce moment là. Pour comprendre la technique dans son ensemble, il ne lui avait manqué que les dernières explications de Kaname sur les courants. Maintenant qu’elle avait tout en tête l’envie d’essayer était trop forte pour y résister. Ses mains se chargèrent du même halo bleu myosotis. La surface du lac se rida et quelques instants suffirent à un dragon pour en émerger. La créature n’avait certes pas la grandeur de celle que Kaname avait dressé un peu plus tôt ( elle était même moitié moins grande ) mais sa beauté la dépassait de loin. La créature portait une large collerette autour du cou et une longue crête menaçante qui descendait tout le long de son corps. L’eau qui la constituait était sujette à des effets de lumière pour le moins étrange, comme si une source de lumière intérieure s’amusait à y faire étinceler un diamant. Comme pour le premier dragon, Mizugiwa posa sa main contre son encolure et s’imprégna des courants qui y circulaient. Kaname avait dit vrai, la maîtrise du chakra définissait la puissance des courants. Autant dire qu’en la matière les courants que Kaname était capable d’engendrer étaient beaucoup plus monstrueux que les siens. Mizugiwa se demanda même s’ils étaient capables de blesser qui que ce soit.

[Kaname] – Pas mal. Pas mal du tout. Ton dragon manque de force mais cela viendra avec la pratique.

Elle ne l’avait même pas senti s’approcher. Pourtant Kaname se tenait bien à côté d’elle, sa main droite posée une quinzaine de centimètres plus haut que la sienne, contre l’encolure de la créature aqueuse. Mizugiwa leva ses yeux et eut l’impression que quelque chose illuminait le visage de Kaname, sans toutefois pouvoir dire si cela venait du dragon ou de Kaname lui-même.

[Kaname] – Relâche ton chakra, tu es entrain de puiser dans tes réserves inutilement.

Le regard de Mizugiwa prit un ton interrogateur. Kaname le vit et mima une paire de ciseaux avec l’index et le majeur de sa main droite.

[Kaname] – Imagine que tu coupes le lien qui vous lie toi et le dragon.

Mizugiwa reporta ses yeux sur le dragon. Elle ne ressentait pas l’envie de couper le lien qui les unissait, elle et le dragon. Au contraire, elle aurait aimé passer le reste de la journée en sa compagnie à le regarder se mouvoir dans l’eau, se dresser dans les airs d’un air menaçant ou encore à le voir s’enrouler autour d’elle pour lui communiquer un peu de sa chaleur. Mais Kaname voulait que le lien soit interrompu et Mizugiwa ne se voyait pas non plus lui désobéir alors même qu’il venait de lui apprendre quelque chose de merveilleux. Alors elle coupa, aussi simplement que Kaname le lui avait expliqué et une pluie douce s’abattit sur eux pendant une traînée de secondes.

[Kaname] – Je peux dire que tu t’en tires très bien pour une bleue.

Quelque chose dans les yeux de Kaname fit dire à Mizugiwa qu’il était sincère.

MessageSujet: Re: Le lac Towada   Sam 8 Sep - 3:58


« Leçon numéro trois, enchaîna Kaname. Cherche tes limites ou ce qui te semble des limites mais ne les dépasse jamais. Dans la vie, il n’y a que ce que l’on sait, le reste ne compte pas. Les shinobi qui outrepassent les limites sont peu nombreux, et quoi qu’on en dise leur espérance de vie ne vaut rien. Dépasse les limites une seule fois et tu payeras un contre-coût lourd de conséquences. Tu n’as besoin que de ce qui est là, à l’intérieur. Il appuya son index contre le front de Mizugiwa. De ça et de rien d’autre pour t’en sortir. Compris ? »

Le front de Mizugiwa s’était creusé dès l’instant où Kaname avait abordé cette étrange histoire de limites ; encore plus quand il avait osé la toucher. Non seulement elle ne comprenait pas le sens de ses paroles, mais elle n’arrivait pas du tout à s’imaginer butter sur quelque chose pour une raison ou pour une autre. Elle espérait seulement que Kaname n’était pas entrain d’insinuer que son cerveau se bloquerait un jour ou l’autre, un peu comme un frigo surchargé d’aliments, faute de place pour sauvegarder tout ce qu’elle apprenait.

Elle leva les yeux vers lui pour l’interroger à ce sujet. Kaname croisa son regard puis soupira.

« Tu comprendras avec le temps, se risqua-t-il à lui répondre. On comprend un paquet de choses avec le temps. Pour le moment, retiens simplement que lorsque tu te sentiras à bout de forces, il ne servira à rien que tu ailles plus loin. C’est comme quand on apprend une nouvelle technique. Si on y arrive toujours pas après plusieurs essais, ça ne sert à rien de s’acharner encore et encore. Il vaut mieux s’arrêter et prendre le temps d’analyser ce qu’on a fait avant. Il n’y a que comme ça qu’on déniche un problème. Il n’y a que comme ça qu’on réussit à vaincre. »

Kaname avait le sourcil droit relevé. Mizugiwa comprit instinctivement que c’était sa manière à lui de lui demander si elle suivait, si elle comprenait. Elle hocha une fois la tête de haut en bas. C’était sa façon à elle de lui signifier que oui, et qu’il pouvait continuer.

Ne pas réussir quelque chose impliquait nécessairement une erreur en amont, ça Mizugiwa en était consciente. Si Kaname avançait que ses fameuses limites revenaient, en quelque sorte, à ne pas chercher la solution devant soi mais derrière, c’était un concept qu’elle comprenait. En toute logique, c’était absurde de chercher une solution dans ce qui, par nature, était inconnu, mystérieux, voir carrément incertain.

« Ok. Je vais te ramener chez toi maintenant. Demain matin à onze heures, je t’attendrai devant le portail et je nous téléporterai ici comme je l’ai fait toute à l’heure. On fonctionnera toujours de cette façon. Je te fixe une heure, je t’amène, je te ramène, terminé. Quand nous ne sommes plus au lac Towada, je n’existe pas pour toi et tu n’existes pas pour moi. Autant te le dire tout de suite, je me moque de savoir si ça te convient ou pas. »

Comme elle en avait l’habitude, Mizugiwa n’y trouva absolument rien à redire. Elle savait de toute façon que quoi qu’elle dise, Kaname ne changerait pas ses plans pour rien. Elle n’était rien et tout dans l’attitude de Kaname la poussait à croire qu’elle ne serait jamais rien pour lui. Les choses étaient sans doute mieux comme ça.

Kaname ne lui laissa pas le temps de souffler ou de s’imprégner une dernière fois du panorama. Il enchaîna des signes et en s’accroupissant posa ses mains à la surface de l’eau. Une aura d’un bleu très intense apparue. Une seconde après son apparition, le décor n’était plus le même. Évanoui le lac souterrain et sa gigantesque caverne, place à un grand portail en fer forgé bordé par des haies presque aussi hautes que Kaname sous un ciel gris cotonneux.

« Demain onze heures, lui rappela Kaname. »

Mizugiwa hocha la tête de haut en bas. Pas d’au revoir, pas de merci, rien. Elle actionna la poignée du portail en s’appuyant de tout son poids contre lui pour le faire pivoter.

« Dis-moi, l’interpella Kaname, son ombre soudain sur elle, ses bras lourdement déployés au-dessus d’elle pour écarter les deux battants. Est-ce que tu sais si tes parents avaient quelque chose à voir avec Kiri ? »

« Je n’ai pas de parents… répondit Mizugiwa sur un ton égal. »

Elle se faufila dans l’ouverture et se retourna. Kaname scruta son regard comme s’il la regardait pour la toute première fois. Mizugiwa remarqua que ses sourcils étaient un peu froncés.

« Oublie. Pendant un moment, j’ai cru… tes yeux… enfin, oublie. A demain. »

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MessageSujet: Re: Le lac Towada   Sam 15 Sep - 15:32

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