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 Le hameau de la feuille

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MessageSujet: Le hameau de la feuille   Dim 14 Avr - 15:46

-Je la sens pas, cette ville. Z’ont beau vouloir dire tout ce qu’ils veulent, je la sens pas du tout du tout.
-C’est moins grand que ce qu’on imaginait, certainement… mais pas aussi petit que ce que ça en a l’air. Je ne sais plus trop quoi en penser, de cette ville.

Cela faisait maintenant une demi-heure que les deux jeunes femmes étaient présentes au village de la feuille. Qu’elles surnommaient déjà le hameau de la feuille en conversant à voix basse, malgré les quelques éclats de voix propres à Ashikaga. On pouvait évidemment leur reprocher d’être deux petites bourgeoises de la capitale. Cela n’affaiblissait en rien leur esprit critique au cours de ce premier contact avec leur douloureux futur chez-soi.

Et ses autochtones.

-‘Tain, t’as vu comme ils nous reluquent, ces gugusses? On dirait qu’ils ont jamais vu des filles de leur vie. D’un autre coté, si les nanas du coin sont des tueuses guerrières type camionneuses…
-Elles ont l’air normales. A part peut être la balafrée… c’était une brûlure?
-Eh. Ca va virer craignos, à ce rythme. Ne sors jamais dehors seule, et jamais sans moi.
-… oh non. Tu ne penses quand même pas que…
-Bah eh, si on est dans la cité d’une armée de tueurs surhumains, t’imagines bien que ça va pas être facile tous les jours. Ils doivent pouvoir faire ce qu’ils veulent, vu le profil. A la sauce « je peux torcher un arbre à mains nues, les humains ne sont rien pour moi, bwahaha! ». Et c’est sûrement pas une mouche dans ton genre qui va… waw ! Nan mais t’as vu la carrure de ce type? Genre ses bras sont plus larges que ma tête!
-Moins fort, je n’ai pas du tout envie qu’on se fasse remarquer de suite.
Arrête. Ils ne nous auraient pas fait ça, nia Sanae en faisant référence à leurs parents.
-Depuis le temps que les miens parlent de m’envoyer à la fosse… nan, je plaisante, corrigea Oboro en voyant le regard acide de sa comparse. ‘Kay, ‘kay, c’est bon.

Elles passèrent devant le géant susmentionné, Sanae lui adressant un sourire de politesse plutôt contrit pour le saluer avant de poursuivre sa route. Elles n’avaient aucune idée de qui était dangereux ou pas, ici. Et de toute manière, mieux valait ne se mettre personne à dos, songea-t-elle. Oboro était pourtant très douée pour ce genre de choses. Elle allait devoir faire de son mieux pour arrondir les angles.

Ca n’allait probablement pas être de tout repos.

-Pour autant… quand tu parles de « faire ce qu’ils veulent ». Je croyais que les shinobis étaient à la solde du daimyo. Ils n’ont pas l’air d’avoir intérêt à se mettre en dehors de la loi. Je sais bien que s’ils le faisaient, personne ne pourrait les en empêcher, mais… attends, non. Il y aurait forcément un moyen de les en empêcher.
-Bah euh… je ne sais pas. Moi j’ai entendu parler de clans qui feraient la loi dans leurs enclaves privilégiées, et ça me donne carrément pas envie d’y mettre les pieds. C’est sûrement le genre de pecs à péter plus haut que leurs %$@! et à vouloir se la jouer exécuteur divin sur leur parcelle perso.
-Oui, il y en a trois. Des clans. Ce sont les Sengajo, les Uchiwa et les Aburame. Et tous ont déjà une histoire et une mystique propre à leur famille.
-Y’en a trois? J’croyais que y’en avait deux. Les insec’tueurs qu’ont la compagnie du bois et les cracheurs de feu qu’on celle du fer. Non?
-Il y a deux clans de… pyromanciens. L’un d’entre eux n’a pas de compagnie attitrée.
-Deux paquets de pyromanes dans le village de la feuille? Ah. ‘Sûr. Bon plan, ça. Je veux rentrer à Boya...
-Et il semblerait qu’ils aient déjà un proverbe local indiquant qu’ils ont un tempérament assez... explosif. A ne jamais contredire.
-Comme quoi j’avais raison, ils se sentent déjà plus. Donc c'est profil bas et si j’énerve un rouquin j'me fais casser la gueule? Tcheuh. Y’en a jamais un qui s’est fait retourner en se la jouant bourrin – gros sabots?
-Visiblement pas… mais probablement que oui.
-Hey, mate moi ça!

Sanae n’eut même pas besoin de demander de quoi parlait sa compagne. Le virage qu’elles venaient de prendre les amena à la bordure d’une des places servant d’accueil aux divers marchés du village. Vu l’heure, l’endroit était pratiquement désert, ce qui rendait les écriteaux d’autant plus immanquables.

Et le plus proche d’elles indiquaient tout simplement les sources chaudes du village.

-Ils en ont, finalement?
-Attends, y’a écrit « source chaude ». Ca veut pas encore dire des bains. Ca doit être la version à l’arrache, en plein air avec les insectes.
-Ca fera largement l’affaire.
-Tant que c’est pas trop crade, ouais. Tu veux qu'on aille voir?
-Non. Il faut d'abord trouver Shigemori.
-Ah. Le vieux?

Shigemori. Il allait probablement être leur guide ou quelque chose comme ça dans la cité des ninjas du feu. Les deux jeunes femmes venaient de débarquer dans le village, sans point d'ancrage autre que ce nom. Leurs parents avaient indiqué que c'était une très vieille connaissance qui aurait très sûrement des histoires à leur raconter... en temps voulu.

Pour l'heure, les aspirantes savaient simplement que c'était lui, le local, qui leur expliquerait comment allaient se passer leurs premiers jours à Konoha. Il leur fallait déjà prendre possession du logement prévu pour elles, confirmer leur arrivée à l'administration, poser leurs marques dans le village, et forcément commencer à s'initier aux arts ninjas. Elles n'étaient pas spécialement pressées de commencer.

-D'après la carte, ça a l'air d'être dans cette direction, indiqua Sanae. Tu viens?

MessageSujet: Re: Le hameau de la feuille   Dim 14 Avr - 16:38

Hyûma grommela en empilant au petit bonheur la chance une tonne de dossiers dans une caisse en bois – bien trop petite pour tout contenir, mais le jeune homme estimait qu’en tassant comme un bourrin, tout finirait bien rentrer. Depuis l’aube, il s’affairait à ce genre de tâches, obéissant docilement aux directives du vieux Shigemori. Ç’avait d’abord été empaqueter les herbes médicinales, trier les dossiers des patients, ranger les ustensiles médicaux…

« Mais si on déménage, pourquoi on s’embête à embarquer la paperasse, répéta une énième fois le jeune médecin.
_ Zéro notion d’archivages, hein… Parce qu’on change seulement de locaux. On conserve donc les mêmes clients, et c’est important de garder l’historique des traitements. Et arrête de forcer comme une brute, tu vas juste pulvériser le fond de la caisse !
_ Ben si on garde les mêmes clients au même endroit, pourquoi déménager ?
_ Parce que mes nouveaux locaux auront un loyer bien moins cher.
_ Radin !
_ Et puis… »

Le vieux Shigemori n’eut pas le temps de terminer son explication, interrompu par de discret coup à la porte. Trop heureux de cette diversion, Hyûma abandonna sa tâche – la paperasse étriquée en profita alors pour bondir littéralement hors de la caisse, au grand dam de Shigemori – et se précipita pour ouvrir.

Il tomba nez-à-nez avec deux jeunes demoiselles, vêtu d’atours plus riches que la moyenne, qui le dévisageaient, visiblement surpris.

« Heu… Êtes-vous monsieur Shigemori ? Hasarda la plus petite des deux.
_ Tu veux rire, cocotte ! On recherche un vieux, pas un gamin !
_ Non, je suis son apprenti, répondit Hyûma.
_ Nous souhaiterions rencontrer le docteur Shigemori pour…
_ Ah, ça ne va pas être possible, on est fermé pour quelques jours, expliqua le jeune homme. Revenez plus tard, désolé.
_ Quoii !? S’indigna la plus grande des deux visiteuses. Mais c’est pas possible, ça ! On va pas crécher à la belle étoile parce que môssieur Shigemori est trop occupé pour nous voir !
_ Oboro, c’est pas le moment de faire un scandale.
_ Bah, c’est pas si terrible, vous savez : il fait plutôt sec et doux, et…
_ Pas po-ssi-bleuh !!! Allez viens, Sanae, on rentre chez nous, y’en marre de ce trou perdu !
_ S’il-te-plait, Oboro, ce n’est pas davantage de volume sonore qui va faire avancer les choses. Laissez-moi vous expliquer, intervint Sanae en adoptant sa voix la plus persuasive possible – en digne demoiselle de la haute société initiée aux arcanes de la diplomatie –. Nous avons un rendez-vous extrêmement important avec le docteur Shigemori et…
_ Ben oui, mais c’est marqué là, vous voyez : « Pas de visites », expliqua Hyûma.
_ Mais espèce de #@&% borné ! Tempêta Oboro. Puisqu’on te dit qu’on est pas là pour une visite ! Non mais qu’est-ce qui m’a fichu une empotée pareil !
_ J’entends bien, s’entêta le jeune homme, mais…
_ Mais qu’est-ce qui se passe, à la fin ? Bougonna la voix grave de Shigemori, attiré par les éclats de l’algarade.
_ Tu disais quoi à propos du volume sonore, ma jolie ? »

Hyûma s’ écarta de l’encadrement pour laisser passer la large silhouette de Shigemori. Ratatiné et creusé par les âges, le vieil homme n’était plus que l’ombre du colosse qu’il avait été dans sa jeunesse, mais n’en demeurait pas moins imposant. Sanae, qui rendait une tête à tout le monde pour le coup, se sentait brusquement toute petite.
Le vieux Shigemori posa son regard profond sur les deux gamines, fronçant les sourcils.

« Heu… Commença Sanae d’une voix hésitante – mais la politesse reprit bien vite le dessus. Bonjour, nous sommes…
_ Ooooh ! S’exclama brusquement le médecin. Mais c’est la petite Hanaerobi, si mes yeux ne me trompent pas ! Ça alors, c’est fou ce que ça pousse vite ! Dire qu’hier encore, elle était toute petite comme ça.
_ D’où tu connais ce vieux fossile ?
_ Mais j’en sais rien, je l’ai jamais vu, moi.
_ Allez, venez, venez, nous avons des tonnes de choses à nous dire. » S’enthousiasma Shigemori.

Le vieux bonhomme s’enfonça derechef dans son cabinet. Les deux jeunes demoiselles s’empressèrent de lui emboiter le pas, Oboro adressant un grand sourire victorieux à l’autre benêt qui avait osé envisager de leur interdire l’accès. Grand sourire qui tomba dans le vide, puisque ledit benêt ne le remarqua absolument pas et suivait tranquillement le petit groupe.

« Hyûma, commanda Shigemori, va chercher quelques chaises et…
_ Peux pas, elles sont déjà parties.
_ Superzut ! Bon, trouve des caisses, ça fera l’affaire. Excusez le désordre, expliqua le vieux médecin, mais nous sommes en plein déménagement.
_ Oh non, c’est nous qui nous excusons de vous déranger à cette occasion, répondit poliment Sanae.
_ Oh adorable, s’émut Shigemori.
_ Je crois que t’as un ticket, ma poulette !
_ Oboro, ce n’est pas le moment ! »

Hyûma revint alors avec deux solides caisses de bois et tout le monde put s’installer. Shigemori tira un feuillet froissé de sa veste et le déplia, y portant quelques secondes son attention avant de reporter son regard sur les deux jeunes demoiselles.

« Donc toi, tu dois être Oboro Ashikaga, n’est-ce pas ?
_ Tout à fait.
_ Bien. Bien, bien, bien… Je suppose que vous avez des tonnes de questions, et j’y répondrai en temps et en heure. Si nous commencions par le plus important… »

Voyant que tout cela ne le concernait pas, Hyûma repartit en direction de la paperasse – artistiquement répandue sur le plancher après sa fuite éperdue de la caisse trop étroite – avec la ferme intention de se remettre au travail : les choses n’allaient pas se faire toutes seules, hein…
Mais Shigemori l’interpella derechef.

« Hyûma, reste ici et écoute, ça te concerne aussi.
_ Hein ? Releva fort intelligemment le jeune homme. Ben pourquoi ?
_ Ecoute et tu le sauras. Bon… Comme tu le sais peut-être, Sanae, ton père est un bon ami à moi. Et réciproquement. »

Sanae opina du chef. Non, elle l’ignorait complètement, en fait, mais ç’aurait été maladroit de faire remarquer au vieil homme que son père ne lui avait jamais parlé de lui.

« Et puisqu’il ne peut pas vous accompagner ici, il a décidé de vous confier toutes les deux à ma garde. Si vous avez le moindre problème, n’hésitez donc pas à m’en parler. Je suis en ville depuis un bout de temps, et j’en connais un rayon.
« En second point, le logement. Comme vous vous en doutez, vos parents ont veillé à ce que vous soyez bien installées, dans une maison coquette pas très loin d’ici. Tout y est près pour nous y accueillir.
_ Heu… Nous ? Tiqua Oboro.
_ Oui, nous. Deux jeunes filles, seules, dans une grande maison, ça n’était pas fait pour rassurer vos parents. Aussi emménagerai avec vous. C’est d’ailleurs pour ça que je déménage mon cabinet.
_ Vous savez, pointa Sanae, vous n’êtes vraiment pas obligé de vous donner cette peine : nous ne serons pas seules, forcément, puisque nos domestiques serons là pour veiller sur nous.
_ Justement. Il y a un petit… soucis… de ce côté-là, reprit Shigemori. Vos parents escomptaient faire du recrutement sur place, mais… Disons que la population locale ne s’y prête pas facilement.
_ Tcheuh. Bled d’arriérés.
_ Heureusement, j’ai une solution de secours qui s’avérera parfait ! »

Shigemori désigna d’un geste Hyûma. Qui se retourna aussi sec pour voir qu’elle était ladite solution de secours, à l’instar des deux demoiselles qui essayaient désespérément d’apercevoir une révélation salvatrice dans le dos du jeune homme.

Finalement, trois paires d’yeux incrédule se fixèrent sur Shigemori.

« Moi ??
_ Lui ?
_ Pas lui…
_ Oui, toi, Hyûma. Je suis sûr que tu sauras t’occuper à merveille des menus tâches de la maisonnée.
_ Quoi ? Mais je ne veux pas devenir un larbin, moi ! Je veux devenir shinobi !
_ Pas larbin, rectifia Shigemori. "Majordome". C’est pareil mais ça sonne mieux.
_ Nan, inutile, j’veux devenir Shinobi ! Affirma Hyûma.
_ Ouais, inutile, il veut devenir Shinobi, surenchérit Oboro – elle n’avait pas encore digéré la tentative d’obstruction.
_ Je sais, je sais, se défendit Shigemori en levant les mains. Mais songes-y, Hyûma : ça va être long et compliqué de devenir Shinobi. Un emploi à mi-temps t’assurerait les ressources nécessaires sans trop empiéter sur ta progression.
_ Ah bon ?
_ Tout à fait. Et puis… Tu serais le premier majordome-shinobi de l’Histoire. Ce n’est pas rien, non ?
_ Vrai !? Wooouhoou ! Trop la classe ! Ok, papy, je prends !
_ Un tantinet naïf, le bonhomme, hein...
_ Je ne voudrais surtout pas refroidir les ardeurs, mais être majordome, ça ne s’improvise pas, fit remarquer Sanae. J’ai eu en charge la maison de mon père pendant des années et il faut du personnel compétent pour…
_ Tout ira bien, assura Shigemori. Puisque vous avez l’habitude de ce genre de chose, vous saurez lui venir en aide et le former convenablement.
_ Bien joué, cocotte…
_ Mais… Je ne suis pas certaine d’en avoir le temps : il faudra que je me consacre pleinement à mon apprentissage de shinobi et…
_ Et pouvoir prendre du recul en se préoccupant de tâches familières t’aidera à garder les pieds sur terre et donc à progresser plus vite. Tout le monde y gagne.
_ Heu… Certes. ... Je veux rentrer à la maison.
_ Voilà qui est réglé, donc, se félicita le vieux Shigemori. Bien, concernant votre enrôlement dans les forces armées de Konoha, cela demande pas mal de paperasses administratives, nous nous en occuperons demain. En attendant, si nous allions voir votre nouvelle maison ? »

MessageSujet: Re: Le hameau de la feuille   Sam 20 Avr - 15:14



Et c’est ainsi que Hyûma se retrouva chargé de l’escorte d’un important stock de documents plus ou moins confidentiels. Dans un autre contexte, ça aurait pratiquement pu passer pour une mission de rang D. En y réfléchissant un peu plus, ça pouvait grimper plus haut.

Les dossiers médicaux du docteur Shigemori, pour qui il travaillait, contenaient des informations que certains comptaient bien taire dans la petite communauté de la feuille.
Certaines étaient parfaitement innocentes, d’autres un peu plus compromettantes ; savoir que tel ou tel membre du village avait des troubles gastriques récurrents tenait de la banalité. Une maladie dégénérative qui affecterait ponctuellement les membres d’un certain clan pourrait au contraire avoir l’effet d’une bombe si l’information se répandait. Dans le cas de shinobi parfaitement susceptibles de tentatives d’assassinat, une fuite de dossiers médicaux pouvait aussi poser problème.

Aux yeux du vieux médecin, la mise en place d’archives sécurisées et communes à l’ensemble du village s’imposerait à un moment ou à un autre, ça ne faisait aucun doute.

Mais pour Hyûma, tout ça se résumait à tracter à sa suite une très lourde brouette bardée de paperasse. Il espérait simplement que personne ne le verrait jouer les mules dans la rue. A cette heure tardive, la majorité du village devrait être attablée. Peu de risques qu’on l’alpague pour se moquer de lui.

Comme quoi, les missions des petites mains tenaient véritablement de la vaste blague. Ca, ni lui ni ses deux futures partenaires d’entrainement ne le savaient encore. Par contre, cela lui donnait un excellent aperçu de l’exploitation qu’on allait faire de lui durant les mois à venir.

Il n’avait pas encore la moindre idée du nombre de choses qu’il allait devoir remorquer jusqu’à ce lieu.

-Mazette, s’exclama-t-il en s’arrêtant devant leur destination. C’est… ohlà.
-Très joli, sourit Oboro. J’aime beaucoup. Toutes les baraques du coin ont de la gueule, remarque.
- Alors la citadine, épatée? Bien sûr qu’on en a, de la gueule. A quoi tu t’attendais en débarquant ici, nan mais?
-Y’a qu’un campagnard pour m’appeler citadine, bonhomme.
Mais d’ailleurs, comme maison de campagne, ça risque d’être très agréable.
-Euh… ouais. Mais cette maison… ben…
-Je trouve aussi, confirma Sanae. Elle a l’air très bien.

La bâtisse avait du goût, c’était certain. Située dans une rue légèrement en retrait des artères de grand passage, la place était agréablement boisée. C’était jusqu’aux façades de la demeure qui étaient partiellement recouvertes de lierre rampant, du plus bel effet.

Pour autant, elle avait l’air un peu… fatiguée. Comme si on l’avait laissée à elle-même trop longtemps après l’avoir construite, et que personne n’avait vraiment bataillé pour l’entretenir. Devant la demeure se tenait un simple écriteau, sobre et recouvert de saletés, sur lequel se lisait une simple inscription.

-« Maison Muromachi ». Ouais, ça sonne bien.
-J’ai l’impression d’avoir déjà entendu parler de ce nom…
-La plus chouette maison du village est pour nous? Ha ha!
-Nan, c’est la maison hantée, reprit Hyûma.

Les deux filles se tournèrent vers lui, curieuses. L’air grave qu’il affichait maintenant ne correspondait à rien de ce qu’elles ne lui connaissaient. Pour Sanae, Hyûma passait à peu prêt pour un gentil benêt un peu sanguin, même si elle n’arrêtait pas son avis si vite sur une personne. Désirant en savoir plus, Hanaerobi l’incita à continuer.

-Pardon?
-Ben la maison hantée, tiens donc! Vous savez pas ce que c’est?
-Bien sûr que si. Des fantômes. Un mort. Attachés à un lieu. Mais ça n’existe pas, voyons.
-Eh comment, que ça existe! A votre avis, pourquoi est-ce que personne n’en voulait, de cette maison?
-Que s’est-il passé?, demanda simplement Sanae.
-Rien que la dernière fois que je suis passé devant, il faisait nuit, eh ben d’un coup il s’est mis à faire tout noir et on n’y voyait même plus ses pieds. Y’a aussi eu ce drôle de bruit… ça ressemblait à… le cri d’un…
-Le cri d’un trouillard? Un grand garçon comme ça, voyons.
-Je veux dire, que s’est-il passé à l’origine. Les lieux prétendus hantés ont tous une histoire.
-Eh ben en fait, c’est l’histoire d’un…
-Les fantômes n’existent pas, interrompit Shigemori. Voyons, Hyûma. Pas la peine de les effrayer inutilement.
-Mais pourtant y’a bien eu un…
-J’ai dis non.
-Vraiment pas?


Ashikaga ne put retenir un sourire en songeant vaguement à une remarque sur la superstition des campagnards. Pour autant, elle avait craché sa dose de fiel pour la journée, et leur trajet dans la ville, qui avait fait office de promenade de fin de journée, avait achevé de la remettre dans de meilleures dispositions. Konoha restait petit, mais avait quand même un certain charme garantit par son environnement floral et arboricole bien entretenu.

Et leur demeure ne faisait pas exception à ce concept, remarqua Sanae.

-Le jardin est superbe. Tu as vu le cours d’eau?
-Ça manque un peu de fleurs, quand même. J’en verrais bien un paquet ici, par exemple. Voire là. Il faudra que quelqu’un s’en charge, indiqua Oboro en direction de Hyûma, l’air rieur.
-Hein? Meuhtropas! J’ai une tête de jardinier?
-Ça sera l’occasion d’apprendre. On te montrera, tu verras. Ca ne posera aucun problème. Pas vrai, San’?
-J’ai dit non.
-Bien sûr. Ça sera même avec plaisir.

L’expression que lui adressa la jeune femme manqua de faire fondre toute l’opposition de Hyûma. Il l’observa curieusement, se demandant si elle aussi se payait sa tête. Sanae était trop douce. Trop polie. Trop gentille. Et elle lui avait fait cette impression en l’espace d’une heure à peine. Hyûma n’avait jamais eu affaire à quelqu’un comme ça. Mais tout ça ne posait aucun problème. De toute manière, il était hors de question qu’il s’installe dans une maison hantée.

-Bon, maintenant que c’est réglé, je vous propose de visiter votre nouvelle demeure, les invita Shigemori.
-C’est mort, j’entre pas.
-T’as peur de fantoches?
-Ha! Moi peur de pauvres petits fantoches d’opérette? Meuhtropas, c’est même carrément le contraire, répliqua Hyûma en passant devant. Alors, vous venez, les fillettes?

Le petit groupe s’engagea dans la demeure, pour rapidement se séparer. Les deux demoiselles s’amusèrent à rapidement faire le tour du domicile, constatant au passage que la maison manquait effectivement du je-ne-sais-quoi de vivant qui était caractéristique d’une maison habitée. Quelqu’un était visiblement passé avant leur arrivée pour passer un coup de nettoyage, mais même cela ne suffisait pas à effacer la marque du temps.

Le vieux Shigemori, lui, s’essayait déjà à constater le réaménagement que demanderait son cabinet. Il lui fallait un bureau et une salle d’attente, au minimum. Un endroit où entreposer ses stocks de matériel ne ferait pas de mal, non plus. Hyûma se chargerait du reste.

D’ailleurs, en ce qui concernait Hyûma…

MessageSujet: Re: Le hameau de la feuille   Sam 20 Avr - 21:20

Hyûma s’immobilisa, des sueurs froides le long de l’échine, et tendit l’oreille. N’était-ce pas un bruit qu’il venait d’entendre, là ? Un bruit louche, qui n’avait rien à faire là, et sûrement produit par la présence de… de quelque chose !

Le jeune homme maugréa dans sa barbe. De toutes les maisons, il fallait qu’ils tombent sur celle-là. Et de toutes les heures de la journée, il fallait qu’ils débarquent au crépuscule. Et de toutes les stratégies, il fallait qu’ils aient choisis de se séparer.
Y’a des jours, comme ça, où tout déraille…

En attendant, le jeune homme n’était vraiment pas rassuré. Mais vraiment, vraiment pas. Non, non, non. Forcément que des fantômes habitaient la maison : ça se voyait au premier coup d’œil à la baraque. Habiter ici ? Ah, la bonne blague !

Pas d’inquiétude : une fois que les deux citadines auraient pris la mesure de la sombre malédiction qui planait sur les lieux, nul doute qu’elles exigeraient une autre maison. Sûr et certain.
Le tout était simplement de survivre aux fantômes pendant ce court laps de temps.

« Allez, bonhomme, se morigéna Hyûma. On se tient à carreau, on furète un peu pour bien montrer qu’on a pas peur, pis on fait demi-tour et on attend les autres sous le porche. Facile. Vas-y, bonhomme, tu peux le faire. Hop ! Hop ! »

Ça restait tout de même bien plus dur à faire qu’à dire. Prenant une grande inspiration pour se donner du courage, le jeune homme décida enfin d’ouvrir la poignée de la porte qui lui faisait face. D’après Shigemori, la cuisine était par là.

La porte s’ouvrit, pivotant sur ses gonds dans un parfait silence qui mit mal à l’aise Hyûma. C’était louche, ça. Une porte qui grince, ça s’était maison hanté. Mais là… On essayait d’endormir sa méfiance !
Heureusement, on ne la lui faisait pas, à lui. Il savait bien que cette maison était hanté et…

… et pas de lumière dans le couloir. Elle était visiblement morte. C’était bien sa veine, ça.

« Genre, j’vais avoir peur d’un pauvre petit couloir pas éclairé. N’importe quoi. D’abord, je…
_ Vous parlez à quelqu’un ? »

Hyûma bondit en l’air tout en (tentant de) se retourner, laissant échapper un glapissement de terreur face à cette petite voix d’outre-tombe sortie de nulle part. Face à lui se tenait un petit spectre représentant une jeune demoiselle probablement assassinée dans d'atroces et effroyables circonstances et… et…

« Sanae ? S’étonna le jeune homme.
_ Vous devez dire Mademoiselle Sanae.
_ Pffiooou, pendant un moment, j’ai cru que… ‘fin… Hum… Nan, oublie.
_ Qu’est-ce que vous faites là ? Demanda la jeune demoiselle.
_ Ben, je cherche la cuisine.
_ Tiens, c’est vrai, je me demande à quoi elle peut bien ressembler. Allons-y ! S’enthousiasma l’Hanaerobi.
_ C’est juste là, après le couloir, je crois, indiqua Hyûma.
_ Bien, allons voir.
_ Ok, après toi.
_ Après vous. Je vous suis, fit remarquer Sanae.
_ Nan, nan, honneur aux dames, hein, fit le jeune homme en s’écartant du passage.
_ Hyûma ? Ne me dites pas que vous croyez à ces histoires de fantôme, tout de même, l’interrogea la demoiselle.
_ Pfff… Moi ? Croire à ces contes de grand-mères ? Ah, c’est bien mal me connaître ! Assura le jeune homme.
_ Ah bon. Pendant un moment, j’ai crue que vous aviez peur de passer en premier dans le couloir, glissa innocemment Sanae.
_ Mais pas du tout ! C’est juste que j’estime de mon devoir de tenir l’arrière-garde. C’est bien connu que c’est plus dangereux, d’être à l’arrière-garde, rappela Hyûma.
_ Tout du moins, ça le serait si il y avait un danger quelconque. Ce qui n’est pas le cas. Donnnnc ?
_ … Donc c’est à moi d’ouvrir la marche ? Compléta le jeune homme, mi-figue, mi-raisin.
_ Sauf si vous avez peur, bien entendu. Je comprendrai, assura Sanae.
_ Meuhtropas ! Et je le prouve ! »

D’un pas décidé – ou qui se le voulait le plus possible compte tenu de la situation : pour ce qu’il en savait, Hyûma était presque certain de se jeter dans la gueule du loup, pour le coup – le jeune homme s’avança dans le couloir, suivit par la petite Hanaerobi.
Sans blague, hors de question d’avouer avoir peur alors qu’une fille deux fois plus petite et deux fois moins épaisse que lui ne l’était pas le moins du monde. Hyûma avait un minimum de fierté.

« Allez ! Allons la voir, cette cuisine !
_ Pour ça, il faudrait que vous avanciez… »

Le duo progressa tranquillement le long du paisible couloir lorsqu’à mi-chemin, ce fut le drame : la porte du couloir claqua et se referma brusquement. Ce qui eut pour brusque effet de plonger les deux jeunes gens dans le noir. Et accessoirement de pétrifier Hyûma, contre qui vint buter Sanae.

« Mais ne vous arrêtez pas comme ça, voyons, se plaignit la demoiselle en frottant son nez endoloris.
_ Ben, on y voit plus rien, ‘faut dire.
_ Oh, ça va : c’est tout droit.
_ On devrait peut-être faire demi-tour, nan ? Proposa Hyûma. C’est plus prud… simple : on pourrait ouvrir la porte et bénéficier de la lumière.
_ Ridicule, balaya Sanae. Nous avons fait plus de la moitié du chemin : nous aurons plus vite fait d’allumer la lumière de la cuisine.
_ Ben oui, mais… Et si… ‘fin… Les fantômes…
_ Vous comptez rester coincé là comme une potiche encore longtemps ?
_ Sans cœur !
_ Nous n’avons pas toute la soirée, vous savez ? S’impatienta l’Hanaerobi.
_ C’est bon, c’est bon, je… ! Hé, t’as entendu ? S’alarma Hyûma.
_ Vous avez entendu, vous devez dire. Non, quoi ?
_ J’ai entendu un bruit.
_ Je ne…
_ Mais chuteuh ! »

Tandis que Sanae notait mentalement d’avoir une petite conversation avec Hyûma pour lui expliquer qui était habilité à donner des ordres d’un larbin ou d’un employeur, un bruit se fit entendre.
Un grincement sourd et désagréable, accompagnant une sorte de choc sourd.

Le bruit retentit une nouvelle fois, plus rapidement, cette fois-ci. Il se poursuivit, de façon rythmé, tout en se faisant constamment plus proche.

Et brusquement, une partie du mur explosa, tandis qu’un spectre en jaillissait, auréolé d’une lumière blafarde qui…

« Gyaaaah ! Un fantôme ! Pitiéàl’aideausecours monâmeatrèsmauvaisgoût épargnezmoaa ! »

Le spectre se mit à pouffer et il fallut quelques secondes supplémentaires de perplexité au jeune homme pour réaliser que ce n’était qu’Oboro, éclairée en contrejour pour la lumière de l’escalier, que ce n’était pas le mur qui avait explosé mais plutôt la porte qu’il n’avait pas aperçu dans la pénombre qui s’était simplement ouverte, et qu’il n’y avait donc aucun fantôme à l’horizon et que ça ne servait donc strictement à rien de se cacher derrière Sanae.

« Wow, impressionnant garde du corps, ironisa Oboro entre deux hoquets de rire – sans qu’il soit possible de savoir duquel des deux elle se moquait… Si tant est que ce ne fut pas des deux en même temps.
_ D’ailleurs, Hyûma, si vous pouviez me lâcher, j’apprécierais beaucoup.
_ Nan, mais je... Rohpffff… C’est mesquin !
_ Alooors ? On a peur des grands méchants fantômes, s’amusa Oboro avec un grand sourire.
_ Mais pas du tout, je…
_ Je vous cite : mon âme a très mauvais goût, hein…
_ J’ai pas peur ! C’est juste que… les fantômes… J’aime pas trop ça, voilà tout.
_ Y’a pas à dire, c’est pittoresque, les campagnards…
_ Oboro, voyons !
_ Bon, on va la voir, cette fichue cuisine ! Grommela Hyûma.
_ Mais tout à fait. Nous vous suivons.
_ Hoooou… Attention, je suis un fantôme !
_ Oboro, ça suffit.
_ Mais t’aurais vu sa tête. Morte de rire.
_ Gna gnagna gnagna !»

*
* *

Une petite heure plus tard, une fois le tour des lieux effectué et diverses choses réglées, le quatuor terminait de prendre possession de la maison. Notamment après avoir envoyé Hyûma décharger l’ensemble des bagages des demoiselles depuis les chariots qui les avait convoyées.

« C’est la dernière valise ! S’enthousiasma un Hyûma en nage –mais qu’est-ce qu’elles pouvaient bien faire d’autant de bagages et aussi lourds ? À croire qu’elles se déplaçaient avec trois armures intégrales dans leurs valises chacune– C’est à qui ? J’en fais quoi ?
_ Ah, elle est à moi, celle-là, signala Sanae. Montez-là, mais fais att…
_ C’est parti ! Fit le jeune homme en chargeant brusquement la valise sur son épaule, dans un grand bruit de chocs de céramique.
_ Je suppose que c’est un peu tard pour vous dire d’y aller doucement parce que c’est fragile, lâcha Sanae, blasé. Adieu, petite théière…
_ Fragile ? Tu veux rire : ces valises, ce sont des coffres-forts sur roulette. Ça ne craint rien, assura Hyûma en tapotant ledit coffre-fort pour prouver ses dires, provoquant un nouveau tintamarre crissant.
_ Je parlais de ce qu’il y avait dedans. »

Il ne fallut que quelques secondes au jeune homme pour gravir l’escalier quatre à quatre – au rythme des tintements de céramiques – avant de se précipiter dans la chambre que s’était attribué Sanae pour y décharger sa cargaison – dans un bruit de choc sourd qui n’inquiéta pas Sanae : peu probable qu’il restât d’autres objets à briser à ce stade – avant de redescendre tout aussi rapidement.

« Et voilà, aussitôt dit, aussitôt fait ! Alors ? Je me débrouille pas si mal pour un majordome, hein ? Shinobi, ça sera pas plus compliqué, sûr !
_ Shigemori nous attend dans la salle à manger, détourna habilement Sanae, il a des choses à nous expliquer, alors dépêchons-nous.
_ Ok… »

Hyûma attrapa son balai et suivit la demoiselle. Depuis l’incident du couloir, il ne se séparait plus de son instrument dans la maison. Soi-disant au cas où il faille faire le ménage en urgence, mais Sanae estimait – avec raison – qu’il se sentait surtout rassuré à l’idée d’avoir quelque chose pour frapper s’il devait tomber nez-à-nez avec un spectre.
L’Hanaerobi nota mentalement de faire bien attention à ne pas s’approcher trop silencieusement de son majordome. Une réaction hystérique à base de coups de balais ne la tentait pas plus que ça.

Les deux jeunes gens pénétrèrent dans la salle à manger – un truc bien trop vaste qui allait lui faire détester le ménage, pressentait Hyûma – où étaient déjà attablés Shigemori et Oboro autour d’un repas froid.

« Admirez le travail, c’est moi qu’ait tout préparé, signala Oboro.
_ Je comprends mieux pourquoi vous avez besoin de domestiques, du coup… Déclara Hyûma en jetant un regard dubitatif à son assiette.
_ Hyûma ! La cuisine d’Oboro n’est pas si terrible que ça, voyons, mentit Sanae.
_ Comment ça « pas si terrible », cocotte !? T’es sensée me soutenir !
_ La loose, même moi, je fais mieux, quoi…
_ J’en connais un qui va se faire pourrir par les fantômes cette nuit s’il ferme pas sa grande gueule !
_ Oboro, du calme… Hum, et donc monsieur Shigemori, comment se passe la procédure pour devenir Shinobi ? S’empressa de demander Sanae pour recadrer la conversation sur des rails moins hasardeux.
_ C’est très simple, répondit Shigemori. Demain, il vous faudra vous présenter à l’administration et remplir un dossier d’intégration. Par là-même, vous signerez un contrat avec le village où vous vous engagez à vous former puis à travailler pour le village en échange d’avantage particulier. Notamment pécunier.
_ Wooouh ! ç’a l’air super simple ! S’exclama Hyûma.
_ Oui, je me doute bien que c’est le plus facile, acquiesça Sanae. Mais concernant l’acquisition des aptitudes de ninjas… ?
_ Hé bien, en théorie, il vous suffit de trouver un maître qui vous prendra comme disciple et vous transmettra ses arcanes, expliqua le vieux médecin.
_ En théorie ?
_ En théorie.
_ Et en pratique ?
_ Aucune idée.
_ Pourquoi j’en étais sûre… »

MessageSujet: Re: Le hameau de la feuille   Sam 27 Avr - 10:40

-Excusez moi... monsieur?

Le lendemain, en fin de matinée. Après un solide petit déjeuner préparé par le nouveau majordome des citadines, et un départ tardif imposé par cette même personne, les trois aspirants s'étaient finalement rendus à l'administration du village, un imposant bâtiment quadrillé par d'imposants gardes qui faisaient bien leur travail. Les deux jeunes femmes ne purent s'empêcher d'être mal à l'aise face à ces ninjas. Elles ne savaient pas encore exactement à quoi s'en tenir auprès d'eux.

Pour Hyûma, c'était beaucoup plus simple. Il était à Konoha depuis bien plus longtemps qu'elles. Il voulait juste mettre la pâtée à Yeonhwa pour garder la face. Il lui suffisait d'être shinobi. A peine le titre en poche qu'il aurait sûrement toutes ses chances face à elle.

Mais pour ce faire, il leur fallait passer la première étape de l'enregistrement. Les trois aspirants n'avaient qu'à remplir des formalités administratives. C'était pourtant la boule au ventre qu'ils avançaient dans les couloirs du Quartier Général de Konoha, le saint des saints de la gouvernance militaire du pays du feu.

Qui se résumait actuellement à une minuscule communauté perdue entre deux coins de forêt.

-Nous vous attendions un peu plus tôt... mesdemoiselles Hanaerobi et Ashikaga.
-Mes excuses pour ce retard. Nous avons eu quelques difficultés avec notre installation, expliqua Sanae en jetant un regard de biais à Hyûma.
-Mwouais. Allez expliquer ça à quelqu'un d'autre.

Très peu à l'aise à l'idée de passer une nuit dans la maison hantée, le jeune homme avait eu du mal à fermer l'oeil. Le moindre bruit devenait la source d'immenses appréhensions, que nourrissait généreusement l'imagination délirante de l'aspirant. Lorsque, aux alentours de trois heures du matin, un cri se fit entendre dans la rue, c'en fut trop pour lui. Il empoigna son balai fétiche avec la ferme intention de ne pas s'en séparer, chargea à travers la porte malgré l'obscurité, et causa bien assez de vacarme à lui seul pour réveiller les autres.

Il fallut une bonne vingtaine de minutes à Sanae et Shigemori pour le convaincre que, contrairement à ce qu'il affirmait, aucun "voleur" n'avait tenté de pénétrer dans la maison pour s'emparer des biens des bourgeoises. Ils se sentirent pourtant obligés de préciser que les fantômes n'existaient pas, étrangement.

-Je faisais juste mon travail de majordome, hein. La sécurité avant tout.
-Un majordome doit aussi savoir faire preuve de discrétion... et de courage.
-Ca veut aussi dire de pas avoir la trouille des fantôches, 'ccessoirement.
-Oboro...
-Vous êtes là pour causer ou pour devenir ninjas, merde?

Le ton que leur jeta l'administratif les bloqua net. Elles s'attendaient à devoir remplir une simple formalité, pas à faire face aux sautes d'humeur d'un gratte-papier colérique.
Et ça, le trio n'allait pas tarder à en comprendre la raison. Celui qu'ils prenaient pour un administratif n'en restait pas moins un shinobi en pleine possession de ses moyens.

-Vous êtes en retard. Vous me faîtes perdre mon temps. Et vous êtes très probablement des gamins venus jouer aux ninjas sans avoir la moindre idée de ce que cela impliquait. Je fais mon boulot, mais ça ne m'empêchera pas de vous dire ce que je pense. Et je pense que vous n'avez rien à foutre ici.

Pas la peine de s'attarder, comprit immédiatement Sanae. Qui que soit cet homme, il ne leur apporterait rien de bon.
Sans surprise, Ashikaga eut la même réaction. Elle était d'un tempérament effusif, mais savait parfaitement reconnaître dans quels cas elle devait conserver un profil bas. Elles rencontreraient d'autres va-t-en guerre à la vie dure qui leur reprocheront d'être là, et elles devraient jouer des pieds et des mains pour s'imposer. Pas besoin de faire de vagues d'ici là.

-Bien sûr qu'on sait ce que ça implique, répliqua Hyûma. On va devenir mé-ga-ba-lèze! Et comme ça, je pourrai prendre ma revanche! Allez, allez, aboule les papiers ; c'est oussqu'on signe?

Le ninja le considéra un instant, davantage curieux que pour les deux autres. Il avait l'impression d'avoir un autre imbécile heureux en face de lui, mais sentait qu'il y avait peut être dans cet idiot un peu plus que ce qu'il laissait à penser. Quelque chose comme le fait qu'il traîne avec les deux bourgeoises éveillait sa curiosité. Pourquoi pas, après tout.

Pour Hyûma, l'affaire se termina très vite. Ca n'était pas bien dur. Il lui suffisait de prendre un stylo, de s'approcher du bureau, et...

Sanae n'en cru pas ses yeux. Une telle nonchalance dans la rotation du poignet, un air aussi satisfait pendu au visage, et probablement un grand bol d'air bien vide en guise de cerveau... une telle inconscience faisait peine à voir.

-Hyûma... vous avez signé comme ça?
-Signé quoi?
-Le contrat.
-Ben oui, quoi d'autre? On est là pour devenir ninjas, nan? S'il faut juste signer, trop fastoche.
-Hum. En ce qui nous concerne... est-ce que nous pourrions étudier le contrat, s'il vous plait?

Le regard que lui lança le ninja signifiait très clairement son hostilité. Pour autant, il lui tendit les deux autres formulaires, avec juste ce qu'il fallait de brusquerie pour bien lui faire savoir ce qu'il pensait d'elles. Elle avait intérêt à faire vite.

Précédant Oboro, l'aspirante s'installa à une petite table à l'écart. D'un oeil entraîné, elle commença à parcourir les termes du contrat. Ceux ci ne contenaient rien de réjouissant, remarqua son amie. Bien vite, elle commença à relever les passages les plus inquiétants.

-Dis, San', ça veut dire quoi : "...le village se réserve le droit de conserver votre corps et toutes les informations confidentielles que celui-ci pourrait contenir..."? Nan mais j'hallucine?
-Hum, s'inquiéta Sanae. Fais voir.
-J'ai commencé à la cinquième page.
-Vous vous cassez vraiment la tête, les filles, commenta Hyûma en s'approchant.
-Vous devez nous appeler "Mesdemoiselles", Hyûma.
-Tu peux me tutoyer, tu sais?

-Vous êtes mon majordome. Ça ne serait pas convenable.

Hyûma fit mine d'acquiescer, définitivement convaincu que discuter serait aussi laborieux qu'inutile. Sanae lui faisait l'effet d'une maniaque. Il n'avait rien contre elle, elle était même bien plus commode que l'autre bourgeoise. Mais c'était davantage que...

Il réfléchit un instant.

Sanae était une fille.

C'était toujours trop compliqué, une fille.

CQFD.

-Y'a aussi ce passage que j'aime bien, continua Ashikaga. "Le Village ne peut être tenu responsable de la mort de l'engagé si celle-ci a lieu au cour des opérations de routine telles que décrites dans l'article 24 du traité de fondation de Konoha, blablabla... sauf dans le cas où la mise en cause proviendrait du Daimyo du Feu, de ses représentants, du conseil du Village ou du Kage lui-même."
-Ce qui veut dire?
-Qu'on est de joyeux petits clampins prêts à aller au charbon et que y'a que les gros bonnets qui peuvent botter les fesses du village si une opération part en vrille. En gros.
-Vraiment?
-Euh... quelque chose comme ça, oui, confirma l'Hanaerobi.

Elles restèrent ainsi à éplucher les documents pendant plusieurs minutes, jetant des regards inquiets de temps à autre en direction du ninja qui... avait finalement décidé d'aller faire autre chose, et tant pis si les deux postulantes devraient attendre son retour. Aussi en profitèrent-elles pour s'attarder un peu plus sur les détails du contrat.

-C'est vraiment une armée, remarqua Sanae. Un engagement de soldat.
-Ca veut dire quoi?, demanda Hyûma.
-Eh bien... l'engagé ne peut rompre le contrat avant que ce dernier n'arrive à son terme. Dans le cas contraire, la rupture est qualifiée de désertion, et donne lieu à des sanctions. En l’occurrence... il suffit de lire. Poursuite, emprisonnement, peine de mort...
-J'ai signé pour la peine de mort?
-C'est con, hein?
-Seulement si tu désertes, visiblement. Ou si tu "trahis le village".
-Ah. Eeeet... ça veut dire quoi "trahir son village"?
-Ca n'est pas précisé. J'imagine donc que c'est... à leur libre interprétation.
-J'ai signé quoi d'autre?, demanda Hyûma en commençant enfin à s'intéresser au contrat.
-Dans l'ensemble... ils nous procurent une formation et une rémunération mensuelle. Plus des primes lors de l'exécution de certains objectifs.
-Ils ont même l'air de méchamment aimer les primes, eh. Z'en balancent à toutes les sauces. Si c'est pas de l'incitation, ça...
-De notre coté, nous serons tenus dans un premier temps de progresser... ils attendent des résultats. Une fois que nous serons jugés aptes, nous passerons par une procédure d'évaluation... ils parlent aussi d'un examen. Les ninjas ont leur propre hiérarchie, visiblement. Genin, chunin... ça sonne étrange. Les nouvelles recrues sont qualifiées d'aspirants.
-T'as bien dis genin!?, s'écria Hyûma.
-Oui. Euh... pourquoi cette réaction?
-Bah Yeonhwa a dit qu'elle était genin, tiens! J'vous l'ai pas dis?

Les deux aspirantes le regardèrent d'un oeil curieux. Malgré son apparente... et fondamentalement véridique... négligence constante, Hyûma avait une formidable capacité à retenir les moindres détails de ce qui l'intéressait vraiment. Il avait retenu mot pour mot les paroles que lui avaient adressé la cible de sa rivalité à sens unique, quand bien même il ne connaissait pas tous les termes employés.

Dans le même temps, il ne réalisa pas tout de suite qu'il avait grillé quelques étapes en leur parlant de cette shinobi.

-Et... qui est cette Yeonhwa, au juste?, demanda poliment Sanae.
-Yeonhwa? Eh bien c'est... euh... cette fille qui... comment dire... ah ben en fait... héhé, voilà quoi.

La raison était très simple. Il avait déjà eu du mal à expliquer à Shigemori qu'il s'était fait aplatir méthodiquement par une fille. C'était donc hors de question de raconter ça aux deux citadines: trop la honte. Elles riraient de lui jusqu'à plus soif. Aussi resta-t-il silencieux, ce qui les força à essayer de remplir le vide. Elles se perdirent en conjonctures.

-Cette fille qui... oui?
-Nan, rien.
-Fille qui... t'a plaqué?, hasarda Oboro avec un sourire.
-Ben euh... non? Ou alors... oui. 'Fin presque. Pas exactement... c'était pas vraiment un plaquage...
-HA?? Parce que j'ai visé juste en plus!?
-Plutôt une projection...
-Attends, attends. Tu parlais de vengeance, juste avant... tu veux devenir shinobi juste par ce que tu t'es fais rembarré par une fille? Sérieux?

Oboro n'en croyait pas ses oreilles. Elle imaginait déjà la scène sous toutes les coutures: Hyûma Gouryoku, innocent et plein d'espoir, en train de déclarer sa flamme à une charmante jeune bourrine de Konoha. Et elle, pour une obscure raison, qui le repousse... allez savoir pourquoi. Son statut de civil qui jouait contre lui? Des contraintes familiales qui la forçait à ne fréquenter que des ninjas? Un coeur de pierre qui brisa celui du jeune homme?

Il n'en fallut guère plus à la jeune femme pour considérer le majordome d'un nouvel œil. Elle éprouvait un maximum de sympathie pour sa raison aussi bête que naïve. Les idéalistes étaient une espèce rare, mais elle les trouvait assez amusants. Dans le bon, comme pour attendrissants. Il fallait les protéger, qu'elle disait: c'était ce genre d'idiots qui faisaient le plus de bien au monde... quand ils y parvenaient.

Elle n'avait strictement rien compris à ce qu'il en était vraiment, bien sûr.

-T'as du être méchamment rembarré, alors. Ca va, pas trop dur?
-Si, si, ç'a été assez dur... pointure taille 32, mon nez risque pas d'oublier.
-Ca s'est passé comment?
-J'ai pas trop envie d'en parler...
-Je comprends, t'inquiètes. Une autre fois, peut être.
-Euh... Oboro?

Sanae les interrompit discrètement en indiquant le bureau d'un mouvement de tête. Le shinobi était de retour. Et il avait l'air aussi peu commode qu'à ses débuts. Mieux valait ne pas le faire attendre.

-Bon bah j'imagine qu'on a pas le choix, annonça Oboro en signant son contrat. Allez, zou.

Elle fut rapidement imitée par Sanae, qui montra beaucoup plus de réticence à apposer sa marque. Finalement, pourtant...

-Bienvenue dans le merveilleux petit monde des ninjas, San'. C'est marrant, mais j'le sens pas du tout, ce coup là. Enfin, on verra bien plus tard. Pour commencer... dis, Hyûma, y'a pas un chouette coin où on pourrait se poser, dans la ville? C'est marrant, mais j'ai plein de questions à te poser, tout d'un coup.
-J'ai dis que je ne voulais pas en parler.
-Mais ouais, mais ouais... elle est jolie?
-Oboro... ça suffit...
-Ben quoi?
-Laisse le tranquille, tu vois bien que tu le met mal à l'aise.
-Mal à l'aise, moi? Carrément pas, pis quoi d'autre encore!?
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