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 Sunn Isatsu

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MessageSujet: Sunn Isatsu   Lun 2 Sep - 14:05

(Coucou, c'est Lei Lei, je reprends le compte de mon très ancien perso, du coup il a déjà un bandeau ^^ La présentation en construction, je poste ça maintenant juste pour éviter de perdre le texte, vu que j'écris depuis un ordi qui n'est pas le mien. Je mettrai ça en page correctement une fois à la maison.)




-1-
Peut-être un jour...


Il s’agit d’une histoire simple, de celles que mille autres avaient vécues avant lui, que mille autres vivront après lui. Une naissance, une vie, des morts. Beaucoup de morts. Le pays des Nuages n’épargnait pas la faiblesse, ne montrait aucune miséricorde face aux tempêtes, aux maladies, à ce monde féodal dominé par des élites claniques richissimes et aveugles aux gens qui crevaient de faim à leurs portes. Et ce froid, ce terrible froid du Nord qui glaçait les cœurs et les âmes.

Ah, qu’il l’avait maudit, ce gel étranger qui s’immisçait jusque dans la couche, impassible aux efforts vains de ces hommes pitoyables. Quelques tisons ardents et deux trois couvertures faisaient bien pâle figure face à l’immensité polaire des montagnes du Rakuen. Le Chemin vers les Cieux, jamais aucun lieu n’avait porté si bien son nom, et pourtant il s’en était sorti, malgré son jeune âge et sa corpulence maigrichonne. Il l’avait compris depuis sa plus tendre enfance : il porterait les stigmates de son clan pour sa vie entière. Les engelures s’évanouiraient avec le temps, les blessures feraient d’effrayantes marques de guerre pour ses ennemis mais d’intrigantes cicatrices pour ses amantes, rien de cela ne l’empêcherait de poursuivre sa route. Il le savait au plus profond de lui, gravé dans ses entrailles, que nul endroit ne pourrait porter le nom de maison.

Ah qu’il les avait enviés, ces enfants, sur les chemins de traverse, courir à travers champs et sauter dans les bras de leur mère, avant d’entrer dans leurs bâtisses de bois ou de pierre. De temps en temps, l’opportunité d’une vie urbaine se présentait lorsque son père décidait de rester quelques jours dans les villages marchands, afin d’y vendre la viande de gibier chassée en montagne. Depuis l’auberge, par la fenêtre, il adorait observer cet horizon qui d’habitude lui donnait la nausée. De nouvelles perspectives s’ouvraient à lui. S’il avait été sage, il pouvait, lui et son frère, partir en vadrouille dans les quelques ruelles de la bourgade, à la recherche de compagnons de jeu. Ces moments restaient dans sa mémoire pour des mois et des mois, comme la promesse d’un avenir plus rayonnant, où il pourrait enfin poser pied à terre et s’installer pour de bon.

Hélas, à chaque fois, il ne faisait que passer, fantôme translucide et insaisissable, traîné aux quatre vents selon la volonté de Shiun. Parfois, la voix du bambin s’élevait jusqu’aux oreilles de ses parents, demandant inlassablement s’ils pourraient s’établir quelque part un jour, juste pour essayer, quelques semaines. Avec un peu de chance y prendraient-ils goût et décideraient-ils de mettre un terme à cette errance insensée. Néanmoins, avec la même insistance, et dans le ton monotone dont il avait horreur, il recevait toujours la réponse la plus frustrante qui soit :

« Peut-être un jour, Sunn. »

Sunn, l’éternel insatisfait, le nomade malgré lui, tel était son nom.


J'emmène au creux de mon ombre des poussières de toi. Le vent les portera.


Dernière édition par Sunn le Dim 8 Sep - 23:47, édité 1 fois

MessageSujet: Re: Sunn Isatsu   Lun 2 Sep - 16:43

-2-
Tu restes



Les années passèrent ainsi à user des sandales d’osier bien souvent trop petites à travers champs, forêts et montagnes à vivre de la chasse du père, de la cueillette de la mère, des prières à Shiun et de l’hospitalité des habitants du pays des Nuages, en échange d’un repas partagé autour des vivres ainsi récoltées. Son clan avait le privilège d’être connu dans le pays tout entier pour sa piété, sa quiétude, et sa musique dont les sonorités si particulières les avaient rendus bientôt célèbres même parmi les hautes sphères d’Amagumo. On racontait que certains Isatsu avaient eu le privilège de jouer à la cour du Daimyo ou de sa femme. Sunn s’enorgueillait de penser qu’il s’agissait de cousins ou d’oncles, plus ou moins éloignés. Il ne les avait jamais rencontrés, mais son imagination prenait volontiers le relais. Il voyait des palais ornés de bois rares et d’argent, des dames raffinées en kimono de soie, aux lèvres pulpeuses qui soutenaient un regard coquin. Il voyait des estampes du plus beau grain décorer les pans des paravents d’où les musiciens entraient en scène. De leurs doigts fins habillés de bagues distinguées, ils tenaient de magnifiques flutes de crystal iridescentes d’où s’échappaient des sons venus d’un ailleurs lointain, étrange, onirique.

Sa flute à lui ne pouvait se targuer de compter parmi les pièces du même acabit. Un vulgaire morceau de bois brut non verni, percé à la va-vite et maladroitement, qui donnait un son tout aussi gauche et déséquilibré à n’importe quelle tentative de composition musicale. Son frère, Shikei, disposait des mêmes ressources, mais faisait preuve d’un talent inné bien plus généreux. A vrai dire, le jeune homme avait toujours été plus doué en tout. De deux ans son cadet, Sunn admirait son frère comme s’il regardait à travers un miroir prémonitoire qui lui renvoyait sa propre image du futur. Il ne comprenait pas pourquoi, néanmoins, lui semblait se satisfaire de sa situation lorsque Sunn ne pouvait s’empêcher de rêver à des jours meilleurs. A mesure que les années s’écoulaient, l’admiration se transforma peu à peu en gêne, puis en jalousie. Shikei ne semblait pas le remarquer, ou plutôt feignait de ne pas le voir, considérant cela comme normal. Après tout, Sunn grandissait, il atteignait l’adolescence, il avait besoin de s’affirmer, un grand frère au quotidien devait représenter une gêne dont il avait conscience, aussi Shikei décidait de lui donner du lest et de le lancer s’émanciper. Leurs parents ne remarquèrent rien. La mère, trop pieuse, passait son temps dans la foi de Shiun au point d’en oublier le sort de ses enfants. Le père, trop las, ne trouvait réconfort que dans la chasse et la solitude.

Mais le malaise grandit peu à peu, sans échappatoire, contenu autant que possible par Shikei qui voyait son petit frère sombrer lentement dans un mutisme inquiétant.

Les mêmes sentiers furent empruntés deux fois, trois fois, quatre, lorsque Sunn atteignit ses seize ans. Ce quotidien qu’il supportait depuis sa plus tendre enfance le rendait malade. Il avait envie de liberté, d’attaches, d’amis, d’amantes, de villes grouillantes de monde. Fi des pieds crottés, des kilomètres parcourus pour rien et de ce culte idiot. Sunn se savait beau, se pensait intelligent, il savait qu’il pourrait s’en sortir. Son grand frère semblait se satisfaire de continuer son chemin ainsi. Il pensait certainement à la vieillesse de leurs parents, après tout il y aurait besoin de quelqu’un pour veiller sur eux. Mais deux personnes, aucun besoin. Il était l’aîné, il n’avait qu’à le faire lui, puisqu’il était encore plus beau, et plus intelligent que lui. Même sa mère le lui avait dit il y a peu, par maladresse, que Shikei s’en sortirait mieux dans la vie. Quelle idiote. Il ne fallut pas plus deux jours pour que Sunn présente sa demande officielle. Mais il n’avait pas compris qu’il se trouvait là face à un rempart infranchissable.

«Ta place est auprès de ta famille, imbécile. Tu restes. »

Voilà qui acheva net tous les espoirs du jeune homme. Le père, intransigeant, ne le permettrait pas. Sunn, ne l’acceptait pas non plus. Il ravala sa fierté, poursuivit la route, mais ne s’avoua pas vaincu. Avec, ou sans leur consentement, il ne resterait pas bien plus longtemps dans ce carcan qui l’étouffait. Il prépara minutieusement chaque étape de son plan, et lorsque l’opportunité se présenta, il n’hésita pas une seule seconde.

Dans une nuit noire, au moment du sommeil, il poignarda le père, et étouffa la mère.


J'emmène au creux de mon ombre des poussières de toi. Le vent les portera.


Dernière édition par Sunn le Dim 8 Sep - 23:50, édité 3 fois

MessageSujet: Re: Sunn Isatsu   Dim 8 Sep - 14:19

-3-
Au creux de mon ombre



Personne ne pourrait comprendre. Lui-même ne saisit pas l’étendue de son geste dans les premiers instants. Lorsque son esprit reprit le dessus, d’innombrables percées sanguinolentes parcouraient le corps du vieil homme. Sunn en éprouvait un mélange ambigu d’extase morbide. Pour la première fois de sa vie, il se sentait plein, intensément vivant. Le sang du père dégoulinait sur les doigts du parricide, il s’y voyait au travers, souriant, insensible. Rien en cet instant n'aurait pu interrompre une si abominable jouissance. Ses seules attaches à ce monde dont il ne voulait pas : évanouies. Ne restait que son frère à le connaître vraiment. Peut-être aurait-il fallu le tuer aussi. Ou peut-être pas finalement. Il envisagea sa future, l'imagina ennuyante, aussi espéra-t-il que son frère voudrait clamer justice un jour. Alors il apporterait un peu de piment à sa vie pour quelques temps du moins.

"Attrape-moi, frérot, et venge toi. Fais palpiter ma fugue, fais moi payer pour mon inhumanité..."

Shikei était parti chasser. Le doux manteau de neige souillée de ce rouge écarlate n'aurait pas de vaillant chevalier pour payer l'affront. Les hautes montagnes du Rakuen demeurèrent silencieuses à ce défi. En quelques instants, Sunn avait disparu dans les méandres de la forêt en contrebas... Il ne se souvint presque pas de l'exode imprévue que suivit son meurtre. Une transe ineffable s'était emparé de lui, il courait sans regarder, tel un animal sauvage, à travers champs et forêts. Sa folie sanguinaire se tapissait à nouveau au creux de son ombre, créature de noirceur repue de ses exactions impardonables.

Lorsque s'arrêta son parcours aléatoire, ses habits ne ressemblaient plus qu'à des lambeaux de tissus embourbés. Il se trouvait aux portes d'un petit village aux toits fumants, dont l'odeur du saké et des comptoirs de Ramen bruyants le ramena doucement à la raison.

La lune formait un croissant, fin et tranchant, comme une lame de couteau. Un soleil blafard se leva, se coucha pour se lever encore. Des feuillages rouges chuchottaient aux vents. Des nuages sombres emplirent les cieux pour se changer bientôt en orages. L'éclair fulgura et le tonnerre gronda, et des morts aux mains noires et aux yeux d'un bleu lumineux rôdaient autour d'une faille au flanc de la colline, sans pouvoir entrer. Sous la colline, il écoutant les chuchotis de la nuit tandis que des corbeaux arpentaient ses bras. Il hallucinait. Il n'avait pas mangé ni dormi depuis deux jours, sa tête se faisait lourde et ses oreilles sifflaient. Il tomba bientôt inconscient, le sourire aux lèvres.



J'emmène au creux de mon ombre des poussières de toi. Le vent les portera.
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