Entre Doute et Confiance

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Entre Doute et Confiance

Message  Shigeo Koyama le Ven 25 Sep - 12:34

Shigeo se tenait droit, dans son bureau, devant la grande et large baie vitrée qui offrait à ses yeux une vue d’ensemble de Kumo. Le ciel était dégagé et la ville était baignée dans la douce lumière de l’astre solaire. Les mains croisées, dans son dos, et sa posture quelque peu rigide marquaient ostensiblement son état d’esprit : pensif, pour ne pas dire préoccupé. Il était l’intendant de Kumo et en tant que tel il était amené à faire des choix et prendre des décisions. Ils n’avaient que trop longtemps essayer de maîtriser un feu destructeur, plutôt que de chercher à l’éteindre. Il était plus que temps que le village des Nuages reprenne des initiatives et aille de l’avant.

Un commis vint l’informer que la personne qu’il attendait était arrivée. Un bref coup d’œil sur la petite horloge qui trônait fièrement sur son large bureau de chêne lui apprit qu’aujourd’hui ne ferait pas mentir la réputation d’excellence de son invité.

Shigeo – Faites le entrer.

Ses mains se crispèrent légèrement. Il pouvait encore tout arrêter et repenser ce qui avait été maintes fois débattu. Faisait-il ce qui était nécessaire pour son village ? Assurément, il le croyait et ne voulait en douter. En ce jour, Kumo prendrait une nouvelle direction, pour un renouveau que l’Intendant espérait grandiose, même si cela nécessitait de dépasser les tabous du passé. Le chuunin Sho Nagoshi franchit alors la porte et se présenta à lui, et cela malgré le fait que l’actuel chef du village caché du pays de la Foudre lui tourne le dos, pour continuer à contempler par delà sa fenêtre.

Shigeo – Prenez place, chuunin Nagoshi. Haita, vous pouvez nous laisser.

L’Immortel apparu alors, comme par enchantement, salua les deux interlocuteurs et indiqua qu’il attendrait à la porte. Un léger silence s’installa et Shigeo ne se retournait toujours pas.

Shigeo – Votre dossier est exemplaire et vos enseignements sont loués par nombre d’étudiants, toutefois, je m’interroge, l’intendant se retourna légèrement, juste assez pour voir Sho assis. De quel côté êtes vous Nagoshi-san ?

La question avait de quoi être déstabilisante, Shigeo se tourna de nouveau vers la fenêtre. Que dire du visage du chuunin, qu’il venait de voir à l’instant, pouvait-il s’y fier ? Il ferma les yeux, mais Sho ne put le percevoir. Il y a des choses que Kakumei ne devait pas apprendre ou dans le pire des cas, se le voir révéler le plus tard possible. Shigeo n’avait jamais aimé s’en remettre au hasard, au destin et d’un certain côté, il avait l’impression que c’était cela qu’il s’apprêtait à faire, d’un autre côté, il voulait avoir confiance en ses hommes, sinon comment pourraient-ils avoir foi en lui ?

Shigeo - De Kumo, si j’en crois les rapports … et mon instinct. Ce que m’apprêtes à vous révéler ne doit en aucun cas sortir d’entre ces murs, cette fois, il se retourna complètement pour faire face au chuunin.

Shigeo - Me suis-je bien fait comprendre ?, la question était plus rhétorique qu’autre chose, mais elle marquait l’importance profonde des propos à venir. Son regard plongea dans celui de Sho, et il ne trouva pas ce qu’il redoutait.

Shigeo - Il y a de cela quelques temps, le Yondaime fut tué par un traître, un membre d’Asahi, l’ancien Haut Sénateur Heihachi, alias Karan. Aujourd’hui nous savons de sources sûres que son assassin n’est plus de ce monde, toutefois il reste des zones d’ombre sur les motivations qui poussèrent ces deux hommes à se rencontrer et à s'affronter.

Shigeo récitait presque une suite d’évènements et les conclusions qu’ils appelaient, à force de les avoir pensées et analysées. Il avait volontairement tu la manière dont il avait appris la mort du Général d’Asahi.

Shigeo – A l’époque, la thèse avancée, était que le Yondaime avait été prévenu par une source inconnue du danger qu’encourait une de ses équipes. On peut naturellement penser que c’est Heihachi lui-même qui a donné cette information pour pouvoir se confronter à notre kage.

La voix de l’Intendant était emplie de gravité et plus que jamais on sentait l’importance du sujet. On touchait là à un révéré meneur du village, ses faits, sa réputation. Il était l’emblème du village des Nuages à l’étranger, si ses actions étaient entachées de honte, non seulement cela décrédibiliserait le village aux yeux de ses voisins, mais aussi la fonction même aux yeux des habitants de Kumo no Sato. Shigeo se passa la main sur les yeux et inspira un peu plus lourdement qu’à l’accoutumée.

Shigeo – Toutefois, il semblerait qu’à la lueur d’autres éléments, la vérité ne soit pas aussi reluisante. Kimimaro-sama était un voyageur, il ne pouvait rester dans son bureau, il ne tenait pas en place. Si, effectivement Heichachi l’a informé qu’il allait s’en prendre à une équipe de Kumo, pourquoi avoir agit seul ? Pourquoi n’avoir prévenu personne ? Il était pressé et a agi dans l’urgence, c’est ce que j’ai voulu croire jusqu’au bout, mais ce n’est plus possible, aujourd’hui.

Il se tut pour se laisser le temps de reprendre son souffle et surtout à Sho d’assimiler toutes ses paroles. Shigeo ne s’asseyait pas et continuait à fixer l’horizon, on pouvait sentir la honte de n’avoir su assister comme il l’aurait voulu le Yondaime. Ni même le Godaime, d’ailleurs.

Shigeo - Nous avons récemment appris que le Yondaime, peu avant sa mort, avait effectué une « sortie » de quelques jours , avec le rouleau d’invocation du village, et était revenu sans. S’il l’a caché quelque part pour le mettre en sécurité car il redoutait l'issue de l’affrontement avec Heihachi, cela signifie qu’il estimait que le village n’était pas capable de garder cette relique, sans lui. Cette hypothèse est réellement humiliante.

Shigeo se retourna vers Sho. Il s’assit pour faire face à son interlocuteur et le fixa du regard.

Shigeo – Je n’ose imaginer qu’il ne l’a pas caché…

En effet, Kimimaro aurait pu vendre le rouleau, l’échanger contre autre chose mais ces hypothèses étaient tellement saugrenues qu’ont ne pouvaient les formuler à voix haute. Elles indiquaient toutes que le kage était un traître à son village, mais valait-il mieux cela au fait qu’il dénigre si fortement les capacités de ses hommes, au point qu’il les estime incapable de veiller sur l’antique relique ?

Shigeo – Venons en à ce qui vous amène ici. J’ai lu les rapports sur les faits qui se sont déroulés à votre insu dans l’hôpital. Je souhaite que vous effectuiez une enquête à ce sujet. Sous ce couvert officiel, je souhaite que vous entamiez secrètement des recherches sur le rouleau disparu.

A voir le visage du chuunin, Shigeo était convaincu qu’il avait compris ce qu’on lui demandait et qu’il avait déjà des idées sur la marche à suivre, ce qui allait à ravir à l’Intendant.

Shigeo – Vous avez carte blanche pour constituer votre équipe et sur les investigations à mener.

Le chef de Kumo tendit alors un papier avec un nom écrit dessus.

Shigeo – Le Yondaime était extrêmement secret. Enquêter sur lui sera par conséquent très difficile. Nous n’avons qu’un nom comme début de piste et nous ne savons où il peut mener.

Sho put lire : Tahata no Amai (les Champs Sucrés). Shigeo, le regard déterminé et confiant, lui demanda alors s’il avait des questions avant de lui donner congé.

Shigeo Koyama
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Re: Entre Doute et Confiance

Message  Sho Nagoshi le Lun 28 Sep - 18:46

¤,.°o°O Spécial : Quête O°o°.,¤
1

Sho entra dans le bureau de l'Intendant. Ce dernier se tenait debout devant la grande baie vitrée, le regard porté au loin, comme s'il s'était perdu dans ses pensées.

L'eisei-nin s'arrêta à un mètre derrière la chaise destinée au visiteur. Il abaissa ses yeux et se demanda s'il était correct de sa part de rompre le silence le premier. Après tout, il venait de rentrer dans le bureau de la plus haute autorité du village pour la première fois de son existence. Le protocole était sans doute différent en sa présence. A défaut de le savoir, Sho préféra s'en tenir à ce qu'il faisait d'habitude. Aussi, inclina-t-il légèrement la tête en marquant sa présence.

SHO. Vous avez demandé à me voir Shigeo-sama ?

La réponse de l'Intendant fut spontanée. Il l'invita à s'assoire.

Sho vit le chef des Immortels – reconnaissable à son masque en forme de tête d'aigle – apparaître brusquement dans un coin de la pièce. La tête d'aigle s'inclina légèrement dans sa direction puis l'Immortel se dirigea vers la porte qu'il referma derrière lui. Sho n'avait même pas ressenti une seule goutte de chakra en entrant dans la pièce. Comment la présence d'un homme aussi puissant avait-elle pu lui échapper ? La réponse se trouvait certainement dans la question ... l'incroyable puissance de l'homme en question. Le visage figé, Sho prit place sur la chaise qui faisait face au bureau de l'Intendant.

SHIGEO. Votre dossier est exemplaire et vos enseignements sont loués par nombre d’étudiants, toutefois, je m’interroge. De quel côté êtes vous Nagoshi-san ?

En d'autres circonstances, Sho aurait certainement souri. Mais la remarque n'était pas aussi dénuée de sens qu'elle n'y paressait au premier abord. Bien au contraire, elle était révélatrice de bien des choses. Les yeux sans vie, Sho ramena ses bras sur les accoudoirs de la chaise. L'Intendant ne savait pas s'il pouvait lui faire confiance ou non. C'était une évidence. Sachant cela, Sho préféra ne rien répondre. L'Intendant avait demandé à le voir pour une raison. Il ne pouvait pas se permettre de compromettre cette raison en répondant ouvertement à cette question. Il devait rester neutre, comme il l'avait toujours été. Il devait tout simplement laisser l'Intendant tirer ses propres conclusions.

SHIGEO. De Kumo, si j’en crois les rapports … et mon instinct. Ce que je m’apprête à vous révéler ne doit en aucun cas sortir d’entre ces murs ... me suis-je bien fait comprendre ?

Impassible, calme, Sho inclina la tête en guise de réponse. Il avait gagné sa confiance.

L'Intendant débuta alors un long récit ... long et surprenant récit.

SHIGEO. Il y a de cela quelques temps, le Yondaime fut tué par un traître, un membre d’Asahi, l’ancien Haut Sénateur Heihachi, alias Karan. Aujourd’hui nous savons de sources sûres que son assassin n’est plus de ce monde, toutefois il reste des zones d’ombre sur les motivations qui poussèrent ces deux hommes à se rencontrer et à s'affronter. A l’époque, la thèse avancée, était que le Yondaime avait été prévenu par une source inconnue du danger qu’encourait une de ses équipes. On peut naturellement penser que c’est Heihachi lui-même qui a donné cette information pour pouvoir se confronter à notre kage.

Asahi ... un nom que Sho s'était habitué à entendre depuis sa promotion. Pourtant, aujourd'hui encore, Asahi le surprenait. Sho n'avait bien évidemment aucune sorte d'adoration secrète pour cette organisation. Il la haïssait purement et simplement. Mais ce qui l'étonnait, c'était l'art et la manière avec laquelle l'organisation réussissait à étendre ses longs doigts empoisonnés dans quasiment tous les recoins du passé et du présent. Konoha avait été attaqué et voila qu'il apprenait que Kumo avait également souffert des folies d'Asahi. Le Yondaime était mort de leur main meurtrière, tué par un traître ... tué par un kuméen.

Peu à peu, le regard de Sho descendit jusqu'à s'arrêter quelque part entre le support du bureau et le sol. Un tas de pensées se bousculait dans sa tête.

Comment était-ce possible ? Comment cette organisation pouvait détruire aussi aisément ? Comment ? Il ne comprenait pas et à voir le visage de l'Intendant, celui-ci n'avait peut-être jamais compris lui aussi. L'Asahi était plus puissante et plus menaçante que n'importe quel village caché. Elle avait un coup d'avance sur eux car, d'une manière qui échappait totalement au contrôle des autorités, elle pouvait les infiltrer, savoir, connaître, juger, sans que rien ni personne ne découvre quoi que ce soit. Quand les dirigeants commençaient à comprendre, tout était déjà trop tard. Comment, et surtout qui, pouvait mettre fin à cette organisation ?

Les interrogations de Sho se volatilisèrent brusquement lorsque l'Intendant repris ses explications.

SHIGEO. Toutefois, il semblerait qu’à la lueur d’autres éléments, la vérité ne soit pas aussi reluisante. Kimimaro-sama était un voyageur, il ne pouvait rester dans son bureau, il ne tenait pas en place. Si, effectivement Heichachi l’a informé qu’il allait s’en prendre à une équipe de Kumo, pourquoi avoir agit seul ? Pourquoi n’avoir prévenu personne ? Il était pressé et a agi dans l’urgence, c’est ce que j’ai voulu croire jusqu’au bout, mais ce n’est plus possible, aujourd’hui. Nous avons récemment appris que le Yondaime, peu avant sa mort, avait effectué une « sortie » de quelques jours, avec le rouleau d’invocation du village, et était revenu sans. S’il l’a caché quelque part pour le mettre en sécurité car il redoutait l'issue de l’affrontement avec Heihachi, cela signifie qu’il estimait que le village n’était pas capable de garder cette relique, sans lui. Cette hypothèse est réellement humiliante.

Cette fois, Sho fronça très légèrement ses sourcils. Un détail l'intriguait. Le Yondaime était sorti du village en possession du rouleau d'invocation mais quelqu'un l'avait forcément vu, ou avait remarqué son absence, sinon comment l'Intendant aurait pu avoir accès à ces informations aujourd'hui ? Le détail intriguant était là. Pourquoi les témoins ou tout du moins les personnes conscientes de ces informations avaient-elles gardés le silence pendant si longtemps ? Quel que soit la réponse, ces informations mettaient gravement en cause les décisions du Yondaime voir même son intégrité. Sho ne pouvait croire que l'un des plus grands représentants de Kumo ait été impliqué dans une affaire de corruption, de vol, ou quoi que ce soit de criminel. C'était forcément impossible ... même si l'hypothèse restait toujours envisageable.

Sho croisa le regard grave de l'Intendant. Une fois assit, ce dernier lui exposa son idée sans le moindre détour. Il voulait que Sho mène une double enquête, l'une dissimulée dans l'ombre de l'autre. Personne ne devait savoir. Personne ne devait comprendre. Il lui fallait trouver des réponses et retrouver la trace d'un objet d'une importance capitale pour le village. Pour cela, l'Intendant le laissait libre d'agir et de choisir. Il ne lui donna qu'une seule base sur laquelle se reposer, une seule. Un papier sur lequel était écrit un nom que Sho n'avait jamais rencontré jusqu'à maintenant. Tahata no Amai ... les Champs Sucrés ...

Tout un plan s'échafaudait progressivement dans sa tête. Où chercher, où commencer, comment se préparer, il n'omettait rien. L'Intendant lui demanda finalement s'il avait des questions. Sho ne réfléchit que quelques secondes avant d'ouvrir la bouche.

SHO. J'en ai quelques unes.

L'Intendant l'invita à s'exprimer d'un léger hochement de la tête.

SHO. Est-ce que vous ne voyez aucun inconvénient à ce que je sollicite l'aide d'Akai Juutai sur cette affaire ?

SHIGEO. Aucun.

Sho le remercia sans le quitter des yeux. Il marqua un court silence d'une dizaine de secondes et reprit :

SHO. Combien de jours à durer l'absence du Yondaime approximativement ?

SHIGEO. Je suis incapable de vous répondre avec précision. Une semaine ? Peut-être un peu plus, un peu moins. Personne ne pouvait contrôler les sorties du Yondaime. Il n'était pas rare de mettre plusieurs jours avant de constater son absence.

Cette dernière réponse ne l'avança pas à grand chose. Il avait espéré, un moment, qu'en connaissant le nombre de jours d'absence du Yondaime il aurait pu dessiner un périmètre plus ou moins étendu autour du village où établir ses recherches. Mais il comprenait maintenant que seul le petit papier et le nom qui y était inscrit étaient susceptibles de le mener quelque part.

SHIGEO. Vous avez d'autres questions à me poser ?

Sho secoua la tête de gauche à droite. L'Intendant l'autorisa en conséquence à se retirer.

L'eisei-nin se leva, s'inclina, puis il se dirigea lentement vers la porte. Au moment d'apposer sa main sur la poignée de porte, il coupa net son mouvement et tourna légèrement sa tête vers la gauche sans pour autant jeter un coup d'oeil par-dessus son épaule.

SHO. Aussi étrange que je puisse vous paraître, je suis de votre côté.

Ses mots résonnèrent encore bien longtemps après qu'il eut claqué la porte derrière lui.

¤,.°o°O ... O°o°.,¤


Dernière édition par Sho Nagoshi le Sam 10 Oct - 22:11, édité 1 fois

Sho Nagoshi
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Re: Entre Doute et Confiance

Message  Sho Nagoshi le Jeu 1 Oct - 16:41

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2

Le ciel était clément. Kumo profitait des derniers rayons de soleil avant l'arrivée des habituelles averses de l'automne. Une après-midi paisible en somme.

Sho marchait le long de l'artère principale en direction du nord. Le regard perdu dans le vide, il ne percevait plus rien de ce qui l'entourait. Commerçants, shinobis, agriculteurs ou voyageurs, il ne voyait rien. Toutes ses pensées étaient tournées vers sa mission. Retrouver le rouleau disparu ... ou plutôt le rouleau caché par le Yondaime, voila une énigme qui méritait qu'on y réfléchisse à deux fois avant d'espérer la résoudre.

Ce rouleau pouvait se trouver n'importe où. Il pouvait aussi bien se trouver dans un pays lointain qu'ici même, dans le village. Il n'avait quasiment aucune indication en sa possession. Il avait juste hérité d'un nom. Tahata no Amai ... Ça ressemblait très fortement au nom d'un lieu. De là à penser que ce lieu puisse être celui où le rouleau avait été dissimulé, c'était certainement trop facile. Beaucoup trop facile pour ne pas être suspect. Pour une raison ou pour une autre, ce nom avait forcément de l'importance. Il devait commencer par là et trouver le lien entre le Yondaime et ce lieu.

A côté de ça, il y avait aussi une autre affaire à régler. Celle du professeur Jûjiro Tsukushi.

L'attaque de la Salle d'Opération n°4 était encore clairement inscrite dans sa mémoire. Il n'avait rien oublié de cette affaire, pas le moindre détail. Il revoyait le visage d'Otojiro et d'Inoue, les deux sbires de l'imposteur qui s'était fait passé pour le professeur Tsukushi. Il revoyait l'explosion, l'intervention des forces spéciales du village, le combat sur le toit, et l'arrivé d'Akai. Il n'avait rien oublié. Le moindre petit détail était important. Il le savait. S'il voulait retrouver la trace du véritable professeur Tsukushi, il devait garder en mémoire chaque seconde de ce mystérieux jour. S'il voulait vraiment retrouver sa trace, Sho devait demander l'aide d'Akai. Seul, cette tâche lui demanderait trop de temps et d'énergie. Ce qu'il ne pouvait se permettre de sacrifier s'il voulait faire la lumière sur la sortie suspecte du Yondaime et la disparition du rouleau d'invocation du village.

?. Tu fais une drôle de tête aujourd'hui.

L'eisei-nin s'arrêta et jeta un regard autour de lui. Assise sur un banc à quelques pas de lui, Setsuko Oïshi le dévisageait.

SETSUKO. Est-ce que ça va ?

Setsuko était la première personne dont Sho avait fait la connaissance à l'académie. Elle était sans doute sa meilleure amie, bien que la concurrence fût quasi inexistante à ce poste. Par respect plus que par volonté, il se risqua à lui avouer une partie de la vérité, l'autre appartenant au domaine du secret et de l'interdit.

SHO. Une mission qui me tracasse un peu.

Setsuko haussa un sourcil.

SETSUKO. Je suppose que tu n'es pas autorisé à m'en dire davantage ?

Sho hocha de la tête en guise de réponse.

SETSUKO. Je vois ...

Lire la déception sur le visage de Setsuko laissa un arrière goût amer à Sho. Il n'avait jamais vraiment eu de secrets pour elle. Il n'avait jamais ressenti le besoin de lui cacher quoi que ce soit. Les circonstances voulaient pourtant que le secret soit gardé sur l'objectif de sa mission. Il n'y pouvait rien. Absolument rien. Les règles étaient les règles. Il devait s'y tenir.

SHO. Je suis dé...

SETSUKO. Stop. Ne va pas plus loin. Je ne veux pas d'excuses. Tu as des consignes et tu fais bien de les suivre. Dis-moi juste si je peux faire quelque chose pour toi ?

Setsuko sourit en prononçant ces mots. Sho l'imita en abaissant ses yeux.

SHO. Il y a bien une chose que tu peux faire pour moi. Me dire si tu as vu Akai Juutai aujourd'hui.

La kunoichi leva les yeux au ciel d'un air songeur.

SETSUKO. Mmm ... si mes souvenirs sont exacts tu pourras la trouver à l'académie, elle y donnait deux cours de rattrapage en début d'après-midi.

Parfait. L'académie ne se trouvait pas très loin. Avec un peu de chance, il aurait le temps de s'entretenir avec Akai et de faire quelques recherches à la bibliothèque.

SHO. Merci.

SETSUKO. Allez dépêche-toi d'y aller si tu ne veux pas la louper. On se reverra à ton retour de mission.

Sho accentua la courbe de son sourire et acquiesça. En passant devant son amie, l'eisei-nin tapota son genou d'un geste amical avant de disparaître vingt mètres plus loin, dans une ruelle adjacente.

Le chemin qu'il parcourut pour rejoindre le portail de l'académie lui parut très long. Bien qu'en réalité, il ne lui en coûta que dix minutes de marche supplémentaire. Sho était totalement absorbé par ses pensées au point de ne plus savoir combien de temps s'était écoulé depuis son départ du temple. C'est l'ombre de l'imposante bâtisse de l'académie qui le ramena brusquement à la réalité. C'était comme si la température venait de chuter de trois ou quatre degrés d'un seul coup.

Sho s'arrêta devant le grand portail en fer forgé. Ses yeux se mirent à glisser sur chaque arrête, chaque contour, chaque recoin du bâtiment. Il se revoyait au même endroit, quelques années plus tôt, au premier jour de son entrée dans les rangs de Kumo. Ce jour là, le ciel était quasi identique et l'académie était tel qu'elle était restée. Il pouvait presque revoir le visage de celles et ceux qu'il avait croisé dans les couloirs de l'académie. C'est en se présentant au premier cours de médecine de cette année là qu'il avait rencontré Setsuko et Akai. Setsuko comme élève de même année et Akai comme professeur. Deux rencontres qui s'étaient soldés par une profonde amitié.

Soudainement, son regard fut attiré par une silhouette longiligne. Elle descendait les marches de l'académie d'un pas régulier. Il y reconnut la silhouette d'Akai dont les longs cheveux noirs faisaient penser à une cascade de jais.

La belle et froide juunin s'arrêta à deux mètres de lui.

SHO. J'ai besoin de toi.

Elle le fusilla du regard l'espace de quelques secondes.

AKAI. Tsukushi ... tu es toujours disposé à le retrouver, n'est-ce pas ??

Sho acquiesça et Akai tourna ses yeux vers le portail d'un air tendu.

AKAI. La brigade d'interrogation et de torture n'a rien obtenu des trois prisonniers. Ils ne parleront jamais. Sans informations, sans indices, comment comptes-tu t'y prendre pour le retrouver ?

Sho devait avouer qu'il n'avait pas trouvé le temps d'y réfléchir. A froid, il y avait bien une piste qui se distinguait : celle du genjutsu.

SHO. Je n'y ai pas encore réfléchi. Considère seulement que je suis en mission pour Shigeo-sama, qu'il m'a laissé carte blanche pour former mon équipe, et que j'ai pensé à toi comme coéquipière.

AKAI. Tu me flattes ... l'implication de l'Intendant est néanmoins très surprenante ... ce qui me pousse à croire que tu ne me dis pas tout.

La perspicacité de cette femme ne le surprenait plus. Mais le temps n'était pas encore venu pour lui d'aborder l'histoire de la disparition du rouleau d'invocation. Il avait ses propres recherches à mener avant cela. Il ne pouvait pas se baser sur des hypothèses, il lui fallait absolument du concret.

SHO. Tu as vu juste mais pas maintenant, je ne peux pas encore t'expliquer. Je peux compter sur toi ou pas ?

Akai sourit, le regard toujours tourné vers le portail.

AKAI. Bien sûr que tu peux compter sur moi. Quand est-ce que nous partons ?

SHO. Je ne sais pas. Mais quand je serais fixé, je te préviendrai.

La juunin le fixait désormais d'un air amusé comme pour essayer de lui en soutirer davantage.

AKAI. Très bien. Je serais au laboratoire si tu me cherches.

Sho plongea son regard insipide dans le sien. C'était en quelque sorte une manière détournée de la remercier. Sans rien ajouter, il la contourna et poursuivit son bout de chemin. Akai resta sur place quelques instants puis, comme si de rien n'était, elle quitta l'enceinte de l'académie.

¤,.°o°O ... O°o°.,¤

Sho Nagoshi
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Re: Entre Doute et Confiance

Message  Sho Nagoshi le Lun 12 Oct - 12:07

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Le grand hall d’entrée était vide, terriblement vide, même l’accueil avait été déserté par ses deux secrétaires. Un détail étonnant qui laissait croire à une réunion importante dans le bureau du directeur ou quelque chose qui s’en rapprochait. Après tout, Akai venait bien de quitter les lieux, c’est donc que si réunion il y avait, elle ne devait pas être si importante que ça pour ne pas requérir la présence des enseignants. Quoi qu’il en soit, Sho n’avait absolument pas besoin d’une secrétaire pour trouver son chemin à travers le dédale de couloirs que constituait l’académie. Depuis le temps qu’il avait intégré les rangs de Kumo, le chuunin instructeur avait largement eu le temps d’apprivoiser chaque recoin de cette immense bâtisse, au point de ne pas connaître une seule zone d’ombre sur le plan des étages étalé en grand sur un panneau incliné au beau milieu du hall.

L’académie n’avait pas de secret pour lui, il savait où trouver ce qu’il était venu chercher. La salle de littérature se trouvait dans l’aile gauche du bâtiment. On y accédait par un couloir étroit perpendiculaire à la grande allée qui partait du hall jusqu’à l’extrémité ouest du bâtiment. Son chemin était donc tout tracé, il n’avait qu’à suivre l’allée sur une trentaine de mètres et tourner à droite pour marcher encore sur peut-être cinquante ou soixante mètres avant de tomber sur l’écriteau tant convoité. Lettres rouges sur fond blanc, il était impossible de se tromper, la bibliothèque publique de l’académie se trouvait bien là.

L’intérieur était composé d’innombrables rangées d’étagères séparés par des allées d’une trentaine de mètres chacune. Dès l’entrée, le visiteur tombait sur un grand bureau circulaire au centre duquel la bibliothécaire – une jeune femme aux longs cheveux enflammés portant des lunettes en forme de demi-lune – attendait de recevoir la moindre requête. Tous les livres et documents disponibles étaient classés de manière thématique. Ces thèmes étaient désignés par de petites pancartes fixées au début de chaque rangée d’étagères. Histoire, géographie, politique, économie, mémoire, biologie, botanique, anciens manuscrits, archives etc. tout était là, ou presque. Il était en effet coutume de dire que les livres les plus sombres produis par la pensée humaine ne se trouvait pas sur ses étagères mais autre part dans le village, prisonniers d’un endroit surveillé par des yeux avisés. Heureusement pour Sho, ce qu’il était venu chercher ne semblait pas relever de ce domaine, tout du moins l’espérait-il.

Habitué parmi les habitués, il ne prit pas le soin de se présenter à la gardienne des lieux. Il lui offrit simplement un léger sourire en guise de salutation – sourire qu’elle lui rendit aimablement – puis il contourna son bureau pour rejoindre les rangées les plus à droite de la salle, là où une pancarte grisâtre indiquait le début de la section géographie. Si Sho savait ce qu’il cherchait, à savoir une trace des Champs Sucrés dans un texte ou par chance sur une carte, il ne savait cependant pas où chercher exactement. Il lui était impossible de situer ne serait-ce que très globalement cet endroit. Impossible de dire s’il se trouvait dans le pays ou à l’étranger. Il ne pouvait non plus se baser sur son nom pour le repérer sur une carte car d’après lui il ne devait s’agir que de quelques parcelles de terre, rien qui ne soit repérable à l’échelle d’une région. Bien sûr, il existait ici toute sorte de feuillets où le moindre bout de terre de ce monde était cartographié avec plus ou moins d’exactitude selon les régions du globe concernées. Mais par quelle région pouvait-il commencé ses recherches ? Il n’en avait aucune idée. Sa logique voulut qu’il se concentre en premier lieu sur le pays, aussi saisit-il une large reliure où on pouvait lire en lettres noires La Foudre du Nord au Sud.

Pendant près de dix minutes, l’eisei-nin essaya de survoler tant bien que mal la soixantaine de pages disponibles sans rien y trouver. Le nom de Tahata no Amai n’apparaissait nul part. Les cartes qui y étaient réunis ne couvraient qu’une échelle régionale, impossible dans ces conditions d’y trouver la moindre indication sur un lieu qui ne devait, de par son nom, mesurer que quelques hectares, tout au plus, de superficie. Sho prit son mal en patience et s’attaqua à une reliure doublement plus épaisse que la première. Cartes d’ici et d’ailleurs, le titre était probant mais le contenu beaucoup trop riche pour que Sho y décèle précisément ce qu’il cherchait. Ce qui était en réalité un classeur, plus qu’un livre, rassemblait pas moins de deux cent cartes couvrant le sud du Pays de la Foudre, celui de la Neige, des Marais et du Son. Autant dire un matériel beaucoup trop conséquent, une sorte de gigantesque botte de foin où Sho ne pouvait espérer trouver son aiguille en un temps record.

Calme malgré l’urgence à laquelle il devait faire face, l’eisei-nin jeta un coup d’oeil des deux côtés de l’étagère sur laquelle il reposa l’épais classeur. Le nombre d’ouvrages à sa disposition était beaucoup trop important. Cela lui prendrait des heures, voir des jours entiers, à y chercher un simple petit nom, en partant du fait qu’il soit inscrit quelque part, ce qui n’était pas encore prouvé. Il n’avait pas beaucoup de solutions à sa portée pour palier à cette interminable et peut-être infructueuse attente. Il n’avait qu’une chose en tête, partir au plus vite sur les traces du Yondaime. Il n’avait donc d’autres choix que de demander l’aide de la bibliothécaire même s’il s’en saurait bien passé pour une question de confidentialité. Mais qu’importe dans le fond, elle aussi était de Kumo. D’une certaine manière, elle aussi préservait les secrets du village. Si quelqu’un pouvait répondre à ses recherches, c’était bien elle.

Le pas léger, l’eisei-nin revint vers le bureau circulaire au centre duquel la gardienne des lieux semblait plongé dans une lecture passionnante. Comme si elle l’avait senti s’approcher, elle décolla le nez de son livre et le regarda sans aucune appréhension dans ses yeux.

BIBLIOTHÉCAIRE. Je peux faire quelque chose pour vous Nagoshi-san ?

La jeune femme le fixait dans l’attente d’une réponse. L’eisei-nin s’accouda au bureau qui faisait presque office de comptoir et lui répondit illico :

SHO. Oui, j’aimerai réussir à situer un endroit dont quelqu’un m’a parlé. Malheureusement, je n’ai réussi à le trouver dans aucuns des livres que j’ai feuilletés. Peut-être pourriez-vous m’aider à en retrouver la trace quelque part ? Si quelqu’un est susceptible d’y arriver, c’est sûrement vous.

Il avait volontairement préservé certaines zones d’ombre dans sa requête, notamment sur l’identité de son informateur ou encore sur les raisons qui le poussaient à vouloir retrouver cet endroit. Aussi sympathique que pouvait être la bibliothécaire, il n’avait pas à lui révéler ces informations, tout simplement parce qu’elles relevaient toutes d’un degré d’implication beaucoup trop grand pour cette kunoichi. Aussi surprenant que cela puisse paraître, la bibliothécaire était bien une kunoichi affectée à la surveillance et au traitement des précieux récits du village. Elle avait reçu la même formation que Sho et que tous les autres shinobis du village en matière de méthode de combat et de manipulation du chakra, à ceci près qu’elle avait également hérité d’une aide particulière auprès du directeur de l’académie afin d’apprendre les méthodes de protection poussées en cas d’attaque des installations. La jeune femme était une juunin accomplie à la tête d’une équipe de trois chuunins chargés de l’entretient et de la surveillance de cette bibliothèque. Elle n’était donc peut-être pas en droit de savoir la raison pour laquelle Sho était devant elle, mais elle avait toute la liberté de se douter que sa requête était étroitement liée au bon fonctionnement d’une mission.

BIBLIOTHÉCAIRE. Ça ne doit pas être bien sorcier, ne vous-en faites pas, quand on sait chercher, on finit toujours par trouver l’objet de sa quête. Maintenant, dites-moi, quelles indications avez-vous sur cet endroit ?

L’eisei-nin releva sensiblement la tête en gardant son regard fixé bien droit dans celui de la bibliothécaire.

SHO. Je n’ai qu’un nom.

Celle-ci sourit et hocha légèrement de la tête.

BIBLIOTHÉCAIRE. C’est un bon début.

SHO. Tahata no Amai, les Champs Sucrés.

Elle prit un air songeur en abaissant ses yeux sur son bureau. C’était comme si elle était entrain de fouiller dans les méandres de sa mémoire en espérant y retrouver une trace de ce nom. Il n’y eut cependant pas de sursaut, ni de coup d’éclat qui aurait laissé croire qu’elle l’avait déjà entendu quelque part. Elle se leva simplement de sa chaise, s’inclina respectueusement devant Sho, et lui dit :

BIBLIOTHÉCAIRE. Attendez-moi ici.

¤,.°o°O ... O°o°.,¤

Sho Nagoshi
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Re: Entre Doute et Confiance

Message  Sho Nagoshi le Lun 26 Oct - 16:30

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4

La torture déliait bien des langues.

L'anbu était adossé contre le mur, son masque blanc pendant à sa ceinture. Le couloir était désert, et baignait dans une pénombre relative. Seule source lumineuse, l'extrémité rougeoyante de la cigarette qu'il s'amusait à fumer, histoire de se détendre.

Des journées comme celle-ci il en avait rarement vécu de plus pénible. Pourquoi les mecs qu'il ramenait ici refusaient toujours de parler ? Ils était déjà très cons de se faire attraper alors pourquoi ils n'avouaient pas tout de suite au lieu de subir toutes ces tortures ? Il n'avait jamais compris leur philosophie. C'était sans doute parce qu'ils n'en avaient pas. Ils n'étaient que des insectes de bas étages bossant pour des reines et des rois tapis dans l'ombre. Rien de plus. Des moutons même pas foutus de bien faire le ménage derrière eux. Des shinobis ratés, sans avenirs, payés pour servir des personnes sans scrupules, il n'y avait rien de plus pitoyable.

Un rayon de lumière blanche perça à l'extrémité du couloir. Une porte s'ouvrit et se referma derrière une silhouette finement sculptée. Ses pas légers résonnèrent dans tout le couloir et s'arrêtèrent face à lui. Il ne se donna même pas la peine de lever ses yeux pour reconnaître celle qui venait de le rejoindre. Sa démarche et son parfum subtil parlaient pour elle.

AKAI. Tu as du nouveau ?

Akai Juutai, une plante aux courbes alléchantes. C'est qu'elle ne cachait pas grand chose sous le peu de tissus qui la recouvrait. Mais il n'était pas stupide, il ne la toucherait jamais, même si on le lui ordonnait. D'une parce qu'il avait trop de respect pour elle et de deux parce qu'un seul de ces baisers suffirait à le tuer. Il ne fallait pas se méprendre sur son physique, elle avait plus d'une corde à son arc la belle petite amazone.

? La fille a parlé mais l'autre résiste encore.

AKAI. Qu'est-ce qu'elle t'a dit ?

L'anbu cracha un nuage de fumée.

? Elle nous a parlé d'un repère au nord du pays de la neige où elle aurait été enrôlée par un inconnu. Elle dit ne pas l'avoir rencontré directement mais par le biais d'un intermédiaire. Le professeur Tsukushi pourrait peut-être se trouver là-bas. On essaye d'en apprendre un peu plus, mais la pauvre est déjà bien amochée. Je ne suis pas sûr qu'elle tienne encore longtemps.

Akai tourna son regard vers l'autre extrémité du couloir.

AKAI. Le pays de la neige ....

Elle parlait si bas, comme si elle se murmurait ces mots à elle-même. L'anbu arrivait à peine à distinguer les contours de son visage dans la pénombre, mais il la sentait songeuse. Il n'arrivait pas à comprendre pourquoi elle l'était mais s'il avait appris quelque chose auprès d'elle, c'est qu'il valait mieux ne pas se mêler de ses histoires. Aussi, se contenta-t-il de tirer sur sa cigarette en levant ses yeux vers le plafond.

AKAI. Je vais devoir m'absenter pendant une période indéterminée. Si tu en apprends davantage, je veux que tu me préviennes.

Il ramena ses yeux sur elle.

? L'araignée quitte son antre, comme c'est étrange.

AKAI. J'accompagne Sho en mission. Préviens-moi, c'est compris ?

L'anbu sourit et acquiesça. On n’y voyait peut-être pas grand chose mais il savait qu'elle capterait le mouvement de sa tête. Il l'entendit tourner sur ses talons et ensuite se diriger lentement vers la porte. Sacré Akai. Elle voulait qu'il le prévienne, et il le ferait. Après tout, ils ne s'étaient pas amusés à se coller ces sceaux gris pour rien.

? Ce gars te ressemble pas mal tu sais.

Le ton était détaché. Un nouveau nuage de fumée fendit l'air.

AKAI. Tu ne peux pas imaginer à quel point.


¤¤¤


Le regard de la bibliothécaire voguait d'étagère en étagère. Ses yeux déchiffraient les reliures à une allure démentielle. Il lui fallait moins d'une minute pour parcourir une étagère longue de deux mètres.

Elle était née ici, à Kumo, dans le quartier le plus au nord du village, là où d'imposantes bâtisses en bois côtoyaient le versant des montagnes. A l'age de six ans, elle était entrée à l'Académie, tout comme d'autres. Mais à leur différence, elle avait rapidement acquis de grandes prédispositions en matière de genjutsu. Elle s'entraîna très dur pendant des années et des années pour prouver sa valeur. A l'age de 14 ans, elle se distingua de tous ses camarades au cours d'une mission d'infiltration particulièrement délicate où elle réussit à dérober un rouleau extrêmement précieux sous le nez de l'ennemi. Plus tard, alors qu'elle jouissait d'une excellente réputation parmi les chuunin de sa promotion, elle fut remarquée par le directeur de l'Académie en personne, le célèbre Osamu Date. L'homme la prit sous son aile et lui inculqua nombre de secrets et de moyens de défense. C'est à cette époque qu'elle commença à s'intéresser aux légendes perdues du village, et à toutes sortes d'autres récits historiques. A 20 ans, on lui offrit le titre de juunin et le poste de bibliothécaire en chef à l'Académie. Déjà à cette époque, elle se trimbalait toujours avec un livre sous le bras. Aujourd'hui, peu de récits échappaient à sa curiosité, vraiment très peu.

Sho apparut au bout de la rangée.

SHO. Est-ce que vous avez trouvé quelque chose ?

? Non, mais je me suis souvenu d'un conte de mon enfance ... Attendez ..

Sho tourna ses yeux vers l'endroit où les mains de son interlocutrice s'amusaient à tâter les livres comme si elles jaugeaient leur contenu. Il n'arrivait pas encore à comprendre le lien entre un conte et la requête qu'il lui avait formulé, mais il la laissa faire. Peut-être que quelque chose allait jaillir de tout ça.

? ... Ha voilà ! Il doit se trouver là-dedans.

La bibliothécaire saisit un livre très épais à l'aspect terne et déchiré. Elle revint vers lui en le feuilletant soigneusement comme si c'était une pièce d'orfèvrerie.

? Cet ouvrage contient quasiment tous les contes et légendes entourant notre village, aussi bien avant que après sa création. Je ne me souviens plus vraiment de l'histoire, mais en parcourant ce rayon je me suis souvenu de la couverture d'un livre que ma mère me lisait quand j'étais plus petite. Le dessin représentait un petit garçon et une sorte de démon se faisant face. Je ne sais pas pourquoi je m'en suis souvenu mais je suis certaine que cela à un rapport avec ce que vous cherchez.

Sho ne voyait toujours pas le rapport. Intrigué, il faisait oscillé son regard entre le visage concentré de la bibliothécaire et les feuilles jaunis qu'elle tournait. Malgré son aspect miteux, le livre contenait un nombre incalculable de textes figés dans une écriture fine et soignée. Sho n'arrivait pas à la déchiffrer correctement mais il nota le soin et la délicatesse apportés par l'auteur. Seulement, que pouvait-il faire de tout ça ? Ce n'étaient que des contes, de l'imaginaire, rien qui ne puisse se rapporter à un lieu existant. Tout du moins c'est ce qu'il croyait.

? Rrrraa où est-ce qu'il est ... marmonna la bibliothécaire. Il est forcément là, quelque part.

Bien qu'il n'était pas convaincu, Sho posa sa main sur le recueil. La bibliothécaire leva aussitôt son nez pour le regarder derrière ses lunettes rectangulaires.

SHO. Laissez, je vais le retrouver.

Sa voix suave sembla faire son effet car la bibliothécaire relâcha immédiatement son étreinte. Il la gratifia d'un sourire puis il tourna le livre dans ses mains. Le premier texte sur lequel il posa les yeux relatait le voyage d'un ermite dans un paysage montagneux, peuplé de petites créatures toutes plus étranges les unes que les autres. Le second texte, lourd de plusieurs paragraphes, évoquait l'histoire d'un samouraï qui se croyait au-dessus de toutes les lois et qui trouva la mort par un malheureux coup du sort. Il n'avait pas le temps de lire chaque conte et chaque légende de ce recueil, c'était impossible. Aussi ne fit-il que survoler quelques paragraphes ici et là, en se dirigeant vers les tables de travail.

La bibliothécaire se dirigea vers son bureau et en revint quelques minutes plus tard avec deux petites tasses de thé vert. Confortablement installé sur une chaise rembourrée, Sho était tellement plongé dans sa lecture qu'il ne releva sa présence que lorsqu'elle tira vers elle la chaise qui lui faisait face.

? Tenez, ça vous aidera.

Elle posa une tasse devant lui, puis elle s'installa sur la chaise. Sho inclina respectueusement la tête pour la remercier. Sa présence ne le dérangeait pas le moins du monde. Elle était une érudite de tout premier plan, elle voulait forcément savoir. C'était presque un devoir pour elle de s'assurer qu'il trouverait ce qu'il était venu chercher. Alors il ne pouvait la renvoyer derrière son bureau, l'idée de le faire ne lui effleura même pas l'esprit.

SHO. Il m'est déjà arrivé d'entendre certaines légendes du village mais je ne pensais pas qu'il en existait autant. C'est incroyable.

? Ce recueil ne les regroupe pas toutes, vous savez. Il en existe d'autres, éparpillés un peu partout dans le pays.

Sho redressa la tête.

SHO. Vous plaisantez ?

? Non. C'est la stricte vérité.

Sho plongea son regard dans le vide, les sourcils légèrement froncés.

SHO. Vous êtes certaine que le conte dont vous m'avez parlé se trouve dans ce livre ?

? Ne vous inquiétez pas, vous n'aurez pas à voyager aux quatre coins du pays pour mettre la main sur lui, il est forcément dans ce livre.

L'information ne le rassura pas totalement. Il fallait dire qu'il ne savait même pas pourquoi il cherchait ce conte. La bibliothécaire pensait qu'il avait un rapport avec le lieu qu'il cherchait, mais lui n'y croyait pas.

SHO. Comment pouvez-vous en être aussi sûr ?

La bibliothécaire posa sa tassé de thé sur la table puis elle se pencha légèrement en avant pour s'y accouder. Les mains jointes sous son menton, elle le fixa d'un air à la fois autoritaire et amusé.

? Vous n'y croyez pas n'est-ce pas ?

Elle ne lui laissa même pas le temps de répondre.

? Si j'en suis certaine c'est parce que cet ouvrage a été écris par Ryushi Manabe.

SHO. Qui est-ce ?

La bibliothécaire reprit sa tasse de thé entre ses mains. Elle la porta jusqu'à ses lèvres, avala une gorgée, puis elle abaissa ses bras sur ses cuisses.

? L'auteur kuméen qui a publié le plus grand nombre d'ouvrages après le tristement célèbre, Urasa Yûmito.

¤,.°o°O ... O°o°.,¤

Sho Nagoshi
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Re: Entre Doute et Confiance

Message  Sho Nagoshi le Ven 30 Oct - 23:38

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Le conte était bien là où la bibliothécaire l'avait annoncé. Incomplet, il narrait un fragment de la vie d'un enfant courageux et téméraire partit à l'aventure pour affronter une terrible force maléfique. Le texte abordait brièvement le combat entre les deux entités mais se faisait plus précis sur son issue. Aucun vainqueur, aucun triomphe, juste une longue chute de neige qui changea à jamais le lieu du combat. L'auteur poussait un peu plus loin la fantaisie en décrivant aussi bien le scintillement particulier des rayons du soleil au contact de cette neige, que le parfum singulier qui s'en dégageait. Un régal imaginaire mais un mets de moindre importance pour qui recherchait la vérité.

L'homme entra seul dans la pièce. Aucune lumière, aucune lueur, le noir complet habitait l'endroit. L'habitude le poussa à avancer dans cette obscurité pesante sans se soucier de ce qu'il pouvait rencontrer. Il fit sept pas en avant et s'arrêta devant le mur qui délimitait le fond de la pièce. La paume de sa main droite se colla contre la paroi anormalement chaude. Plusieurs rouages se réveillèrent dans une série de grognements tous plus inquiétant les uns que les autres. Des motifs noirs apparurent sur le mur jusqu'à la formation d'un rectangle noir haut de deux mètres pour un mètre et demi de large. Comme s'il était soumis à une magie très ancienne, la partie droite du rectangle s'enfonça dans le mur, révélant l'entrée d'un passage secret. L'homme s'y faufila et laissa la porte noire se refermer d'elle-même. Il grimpa ensuite les marches d'un escalier en colimaçon et arriva dans ce qui était certainement la pièce la plus étonnante qui soit. Livres et potions à profusions, plantes et insectes venimeux préservés, montagnes de tuyaux et de ballons en verre, tables couvertes de traités et de schémas, et un bureau, un simple bureau en bois dissimulé dans le fond. La pièce mesurait sept ou huit fois celle par laquelle il était passé juste avant. Il y régnait une ambiance peu rassurante, une pénombre mouvante, comme s'il s'agissait là de la tanière d'un redoutable prédateur.

Il avança, lentement, en regardant un peu partout. L'endroit semblait vide ; ce qui n'était pas sans le surprendre. Arrivé devant le bureau, il nota qu'aucun mot ne lui avait été laissé, aucune justification à son absence. Voilà qui compliquait un tout petit peu les choses.

C'est en tournant sur ses talons qu'il la vit. Elle se tenait droite sous l'arche qui servait d'entrée. Dire, qu'il ne l'avait même pas entendu arriver ...

AKAI. Je ne m'attendais pas à te voir aussi rapidement.

SHO. Mes recherches ont été brèves.

AKAI. Je vois.

Akai Juutai s'avança dans son antre, le dépassa, puis elle s'installa derrière son bureau après avoir allumé la petite lampe qui y trônait. La lumière éclaboussa la pâleur de sa peau et ses yeux d'un noir profond et envoûteur. Elle leva son regard vers lui en s'affalant contre le dossier de sa chaise.

AKAI. J'ai quelques nouvelles pour toi, mais si tu veux les entendre il va falloir que tu me parles de la mission que tu t'es vu confié par l'Intendant.

Sho décida de ne pas croiser son regard, il se contenta de sourire.

SHO. Quelle serait ta réaction si je te disais que le Yondaime a dissimulé le rouleau d'invocation du village avant sa mort ?

L'expression d'Akai ne changea pas. Fidèle à elle-même, la belle empoisonneuse se contenta de le regarder comme elle l'avait toujours regardé. C'est à dire avec ce regard froid et presque calculateur. Un regard qui ne s'était adouci qu'une seule fois en sa compagnie.

AKAI. Kimimaro-sama avait la fâcheuse tendance de s'absenter du village sans prévenir personne. Il était perspicace même s'il agissait parfois trop brusquement. S'il a vraiment dissimulé ce rouleau, j'ose croire qu'il avait une bonne raison de le faire.

Le sourire toujours pendu à ses lèvres, Sho repensa à Karan, ou le Haut Sénateur Heihachi selon le bon vouloir de chacun. Le traître qui avait mis fin aux jours du Yondaime. Directement ou indirectement, ce membre d'Asahi était forcément lié à la disparition du rouleau. Sho avait pour mission de comprendre ce qui c'était passé dans la tête du Yondaime et de retrouver le rouleau perdu. Les autorités ne pouvaient plus continuer à se poser des questions, il leur fallait obtenir des réponses aussi claires que possible.

SHO. Shigeo-sama m'a demandé d'enquêter sur cette disparition et de retrouver le rouleau. Il ne m'a donné qu'un seul indice, le seul en sa possession. Il s'agit vraisemblablement d'un lieu : les Champs Sucrés.

AKAI. Je n'en ai jamais entendu parler.

Sho s'en était douté, personne ne semblait avoir entendu parler de cet endroit. Le pas léger, il marcha vers le mur situé à la droite du bureau et s'y adossa en silence.

Akai le suivit du regard.

AKAI. Est-ce que tu as trouvé quelque chose à ce sujet ?

SHO. Non, rien. J'ai fait quelques recherches à la bibliothèque de l'Académie, mais je n'ai trouvé aucun texte où ce nom apparaissait clairement. La bibliothécaire m'a en revanche parlé d'un conte qu'elle aurait lu étant enfant. Elle me l'a fait lire mais je t'avouerais que je n'y ai vu aucun rapport avec l'endroit que nous recherchons.

Akai fronça les sourcils en croisant ses mains sur ses cuisses dénudées.

AKAI. Comment peux-tu dire qu'il n'y a aucun rapport si tu ne sais même pas ni à quoi peut ressembler cet endroit ni où il est censé se trouver ? Je connais bien Minamoto-chan, si elle t'a parlé de ce conte, c'est qu'elle y a vu un rapport. Un rapport peu évident même pour elle, mais un rapport tout de même. Nous devrions creuser cette piste, après tout nous n'avons rien d'autre.

Perplexe, Sho abaissa son regard en direction du sol. Akai avait raison, il n'avait aucune piste, aucun élément. Peut-être était-ce fou de suivre l'instinct d'une bibliothécaire qui n'avait jamais entendu le nom des Champs Sucrés, mais dans le fond c'était la seule piste qu'ils avaient en leur possession.

SHO. L'homme qui a écris ce conte s'appe...

AKAI. Ryushi Manabe, l'interrompit-elle.

Sho lui lança un regard interrogateur qui ne manqua pas de la faire rire.

AKAI. Tous les kuméens de ma génération ont lus les contes de Manabe-san. Aux dernières nouvelles, il habiterait dans la première forêt que l'on rencontre en longeant la route principale ; au pied du plus grand arbre, dans une petite masure à peine discernable du tronc. On pourrait lui rendre une petite visite ?

Sho acquiesça. Il n'avait de toute façon rien à perdre en essayant.

SHO. Nous partirons demain à l'aube. Nous éviterons le bain de foule.

Akai sembla être d'accord avec son idée.

SHO. Maintenant parles-moi de tes nouvelles.

Le visage d'Akai changea, comme si un voile sombre était passé par dessus. La belle juunin se leva et se dirigea vers la plus proche des trois grandes tables placées au centre de la pièce. Elle tourna autour pendant quelques secondes, puis elle s'arrêta net pour se pencher en avant et prendre appuis sur ses bras. Son décolleté devenant plus plongeant qu'il ne l'était déjà au naturel.

AKAI. La fille, Inoue, a parlé. Apparemment, il existerait un repère au nord du pays de la neige. C'est là-bas qu'elle aurait été enrôlée pour servir un homme qu'elle dit n'avoir jamais rencontré. Le professeur Tsukushi pourrait se trouver là-bas.

Sho fronça les sourcils. Les frontières du pays de la neige se trouvaient à un jour de course de Kumo et il n'avait aucune idée de la localisation précise des Champs Sucrés. Il n'était même pas capable d'affirmer si le professeur Tsukushi était encore envie ou non. L'affaire était plus que corsée. Il devait prendre des décisions rapides et cohérentes.

SHO. Nous irons voir Manabe-san puis nous aviserons ensuite.

Akai se redressa et croisa ses bras sur sa poitrine.

AKAI. C'est toi le chef d'équipe.


¤¤¤


Kumo dormait paisiblement à l'ombre des nuages. L'air était lourd, presque trop lourd pour une aube d'automne. A l'horizon, l'astre du jour était invisible bien que le ciel semblait s'éclaircir de minute en minute. Kumo dormait paisiblement à l'ombre des nuages mais certains de ses enfants étaient déjà debout depuis plusieurs heures. Ces enfants là étaient perchés sur le mur d'enceinte, tapis dans les montagnes, dissimulés aux quatre coins du village pour en préserver les accès. Il en existait d'autres, bien sûr, mais eux n'étaient pas en poste ce matin là. Parmi eux, il y avait une juunin à la peau pâle et aux longs cheveux noirs qui se trouvait adossée au mur soutenant les portes du village. Akai Juutai, la terrible juunin en charge de l'enseignement de la branche Eisei à l'Académie.

Pour ceux qui étaient habitués à la voir, Akai était le genre de femme à porter des tenues très légères sans la moindre intention de provoquer, mais simplement parce qu'elle aimait se sentir libre même en portant des vêtements. Ce matin là pourtant, elle avait opté pour une grande cape de voyage grise munie d'un large col qui dissimulait son cou. Pas la moindre tenace de minishort ou de haut très léger avec décolleté plongeant, tout du moins en apparence, car c'était bien ce qu'elle portait en dessous de son imposante cape. La belle s'était également procuré un sac en bandoulière où elle avait certainement enfouis quelques poisons et autres pilules à effets variables.

Les bras croisés, le regard vague, elle attendait patiemment qu'il apparaisse.

La silhouette de Sho se découpa dans l'artère principale premièrement sous la forme d'une brume grise, puis d'une ombre noire. Arrivé sur la petite place qui couvrait l'entrée du village, l'eisei-nin révéla son habituel hakama noir, sa ceinture de lin noir où un nodashi et un katana attendaient leur heure, sa veste rouge brique au col relevé, son torse entièrement recouvert de bandelettes blanches, et un étrange chapeau conique qui lui tombait dans le dos. Lui aussi avait opté pour un sac en bandoulière où il conservait le nécessaire de voyage.

AKAI. Toujours à l'heure.

SHO. Toujours en avance.

Akai sourit légèrement. Elle se décolla du mur et passa une main sous la lanière de son sac pour le replacer correctement quand elle s'arrêta sur un détail.

AKAI. Un chapeau ? Encore une autre de tes folies, je suppose.

SHO. Il pourrait m'être utile.

AKAI. Je me demande bien à quoi.

Sho sourit et leva le nez vers le ciel. Il en contempla l'ombre encore bleu encre pendant une dizaine de secondes avant d'abaisser brusquement son regard mielleux sur Akai.

SHO. A ça.

Un tintement de perle se fit entendre. L'eisei-nin remonta le chapeau de paille munie d'une longue tresse de perles blanches sur sa tête. Pinçant le rebord entre son pouce et son index, il enfonça le chapeau jusqu'à que son ombre recouvre ses yeux.

Une goutte puis deux, puis quatre, et dix ... le déluge. Akai se retrouva rapidement trempée de la tête au pied même si cela ne sembla pas la déranger outre mesure. Sho, lui, vit juste son hakama prendre l'eau.

AKAI. Fais le malin ... nous verrons bien si ton sens inouï du détail nous servira plus tard. Allons-y avant que les conditions ne s'aggravent davantage.

¤,.°o°O ... O°o°.,¤

Sho Nagoshi
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Re: Entre Doute et Confiance

Message  Sho Nagoshi le Lun 9 Nov - 18:10

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La pluie accompagna les pas des deux shinobis en dehors du village. Sho marchait en tête, son regard scrutant le panorama dans l’ombre de son chapeau. Akai se trouvait légèrement en retrait par rapport à lui, et le fixait de temps à autres comme si elle cherchait à s’assurer qu’il était toujours là. Dans ses yeux d’un noir profond, on pouvait lire un brin de fierté, la fierté que pouvait ressentir un professeur à l’égard de son élève.

Dire qu’elle avait rencontré Sho quand il n’était encore qu’un aspirant, qu’elle l’avait vu grandir, qu’elle l’avait vu s’améliorer et se surpasser pour devenir l’homme respecté qu’il était aujourd’hui. Elle le revoyait assit dans son amphithéâtre, la tête tournée vers la fenêtre. Elle le revoyait répondre à son énigme, là où tous les autres habitués de ses cours n’avaient rien su répondre. Tout cela semblait si lointain désormais. Sho avait pris la tête d’une équipe, il était devenu chuunin en réussissant ses deux épreuves à l’examen chuunin de Konoha, et il s’était mué en un eisei-nin de tout premier plan même si personne ne savait vraiment de quoi il était capable. Ce mystère impénétrable qu’il s’amusait à véhiculer, voilà bien la seule chose qu’il avait gardé de ses plus jeunes années.

Elle esquissa un sourire et reporta son regard droit devant elle.

Sho menait le duo sur la route principale qui reliait Kumo aux montagnes. Sa tête était vide de questions. Il pouvait presque entendre le silence couvrir les battements de son coeur. Il avait un but désormais ; rencontrer Ryushi Manabe et prier pour qu’il puisse l’aider à retrouver la trace des Champs Sucrés. Pour le moment, il ne lui servait donc à rien d’émettre des suppositions ou de se poser d’autres questions. Le mystère de ce lieu était forcément bien gardé vu le peu de monde qui semblait le connaître. S’il voulait le percer, il lui fallait se montrer patient sans jamais perdre de vue que le professeur Tsukushi attendait peut-être des secours aux frontières du pays de la neige.

Quoi qu’il fasse, le temps lui était compté.

L’astre du jour élevait ses rayons d’or sur les grandes plaines du Pays de la Foudre quand les deux amis quittèrent la route principale pour un petit sentier, plus rapide, qui la longeait sur une centaine de mètres avant de biffurquer vers l’est et de descendre une légère pente jusqu’à une forêt implantée au pied de la montagne. Cette forêt était l’antique retraite des spécialistes en taijutsu du village. La légende voulait même que ce soit en son coeur que les mouvements spéciaux du village aient vu le jour. Mais depuis plusieurs années, elle avait été délaissée au profit du confort des dojos implantés un peu partout au coeur du village. La nature y avait retrouvé ses droits, masquant à tout jamais les marques laissées par le passage des Hommes. Seule une petite maisonnette en bois avait résisté à cette époque pour devenir la demeure d’un des plus grands auteurs kuméens. D’après Akai, cette maisonnette se trouvait au pied du plus grand arbre de la forêt dont le sommet de la chevelure verdâtre était visible à des kilomètres à la ronde.

Lorsqu’ils commencèrent à négocier la légère pente qui devait les conduire à la forêt, Sho et Akai s’arrêtèrent, comme s’ils étaient retenus par l’incroyable vision qui s’offrit à eux. La montagne se dressait dans toute sa splendeur, son sommet sculpté dans une pierre grise reflétant la lumière du jour. A ses pieds s’étendait une épaisse forêt sauvage où les nuances de vert étaient si nombreuses que certaines d’entre elles n’avaient très certainement jamais été observées jusqu’à aujourd’hui. Au centre de la forêt s’élevait un arbre imposant. Il était si massif que le restant de la forêt semblait avoir été configuré autour de lui.

AKAI. Voilà notre arbre.

SHO. Il ne nous reste plus qu’à trouver son locataire.

Le sourire d’Akai s’allongea et le duo se remit en marche.

¤¤¤


Sho était accoudé à la rambarde de son balcon. Son regard balayait le paysage de Kumo d’est en ouest. Voilà cinq ans qu’il habitait ce village, cinq ans qu’il portait son bandeau et qu’il réalisait des missions pour le compte de personnes qu’il ne connaissait ni d’Ève ni d’Adam. Dans quelques heures, il allait repartir pour une autre de ces aventures sans la moindre appréhension malgré la gravité de la situation. Un rouleau d’invocation caché par un kage, un éminent médecin kidnappé, il y avait tout de même de quoi en faire pâlir plus d’un. Mais pas lui. Sho ne se sentait pas concerné. Il était incapable de se l’expliquer. Il allait simplement se contenter de remplir sa mission dans la mesure du possible, comme il l’avait toujours fait.

Trois coups résonnèrent à la porte et chassèrent ses pensées les plus enfouies. Il alla ouvrir et sourit en voyant qu’il s’agissait de son vieil ami, Kôsuke Hôndo.

KÔSUKE. Bien le bonjour Nagoshi-kun !

SHO. Bonjour Hôndo-sama.

Sho lui fit signe d’entrer.

KÔSUKE. C’est une belle journée qui s’annonce, mais si j’en crois les dernières nouvelles, elle ne sera pas aussi belle pour toi.

Sho referma la porte derrière lui puis il se dirigea vers l’un des fauteuils ornant son salon. Il s’installa et invita son ami à faire de même. Il remarqua que celui-ci tenait une boite en carton dans ses mains. Depuis qu’il connaissait Kôsuke – soit depuis son premier jour à Kumo – il s’était demandé comment ce vieil homme s’y prenait pour tout savoir. Rien n’échappait à sa vigilance, ou à son incroyable curiosité, rien. Pas même les ordres de missions dont il était impossible qu’il en connaisse l’existence. Kôsuke Hôndo savait à peu près tout ce qu’il y avait à savoir sur son village. Aussi, Sho ne chercha pas à nier quoi que ce soit.

SHO. Je vais avoir l’occasion de me dégourdir un peu les jambes, je prends ce qui vient comme un bon exercice.

KÔSUKE. Je n’en doute pas un seul instant.

SHO. Mais dites-moi, qu’est-ce qui peut bien vous avoir conduit à ma porte à part cet irrémédiable désir de me narguer ?

Kôsuke rit de bon coeur.

KÔSUKE. J’ai quelque chose pour toi mon garçon. Le temps risque d’être très mauvais à partir de demain, alors j’ai pensé que ça pourrait te servir.

Sur ces mots, Kôsuke se leva difficilement puis il ouvrit la boîte qu’il tenait entre ses mains. Sho y découvrit, avec un étonnement gardé, un chapeau conique coiffé de quelques perles.

¤¤¤


La pluie avait probablement cessé de tomber ou peut-être était-ce le toit de la forêt qui les protégeait, en tout cas Sho avait délaissé son chapeau conique. L’air à l’intérieur de la forêt était humide et lourd. Il était difficile d’y respirer. Heureusement, les deux eisei-nin étaient habitués à endurer pires contraintes. Aussi n’éprouvèrent-ils aucune difficulté à s’enfoncer dans la forêt à un rythme soutenu. Tout ça avant que la dite forêt ne leur réserve la surprise de se muer en un enchevêtrement complexe de troncs, de racines, et de lianes, rendant le terrain impraticable.

Sho s'arrêta près d’une racine presque aussi épaisse que son torse. La lumière peinait à percer la canopée, et rendait l’étude du terrain encore plus compliquée qu’elle ne l’était déjà. Il leva le menton vers la cime des arbres et trouva une autre voie, sans nul doute plus rapide que la voie terrestre mais qui leur coûterai, en contrepartie, un effort plus soutenu.

SHO. Utilisons la voie des airs, elle nous fera gagner du temps.

Akai acquiesça et tous deux décolèrent du sol pour rejoindre une branche située à huit mètres du sol.

Leur périple les obligea à s’enfoncer toujours plus loin dans la forêt. Finalement, ils débouchèrent dans une immense clairière au milieu de laquelle se trouvait le plus grand arbre des bois. Une petite maisonnette se trouvait bien à ses pieds – bien que décoré de telle manière qu’il était difficile de savoir si elle n’était en réalité pas un prolongement du tronc. Un panache de fumée blanche s’échappait d’un cylindre rouillé sur son toit. Quelqu’un habitait bien dans cet endroit insolite.

Akai dépassa Sho et s’arrêta quelques pas plus loin, l’air contemplative.

AKAI. Manabe-san a toujours été un peu spécial, mais j’avoue qu’il me surprend particulièrement sur ce coup là. Qu’est-ce que tu en penses ?

Sho s’avança jusqu’à la porte et y toqua à deux reprises, avant de se tourner vers Akai.

SHO. Qu’il ne faut pas être claustrophobe pour vivre dans cette maison ?

¤,.°o°O ... O°o°.,¤

Sho Nagoshi
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