Partagez | 
 

 [Mission - Rang D] La demoiselle au violon

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 

MessageSujet: [Mission - Rang D] La demoiselle au violon   Ven 15 Oct - 3:52

Spoiler:
 

Intermède
Mission de rang D : La demoiselle au violon





- 1 -
L'étincelle




S'il était une constante dans la vie d'Etsuko Toshiya, une seule caractéristique qui resterait impassiblement la même peu importe le lieu, l'année, ou l'environnement, on pouvait citer son sens de l'orientation. Déplorable. La jeune Toshiya était pourtant déjà installée depuis plusieurs jours dans le village caché des Nuages, avait déjà emprunté plusieurs fois les mêmes chemins, suivi les mêmes allées, et avait trouvé le temps de se balader autour de son appartement. Rien n'y faisait. Pourtant, aujourd'hui n'était pas comme les autres, il ne s'agissait pas du genre d'occasions où l'on peut se permettre le moindre retard. Aujourd'hui, il était question de remplir sa première mission pour le compte du village de Kumo. Rien de bien compliqué, ni de palpitant, mais l'annonce lui avait plu aux premiers coups d'oeil.

Citation :
Mission de rang D

Commanditaire : Famille Tokugawa

Descriptif : S'occuper le temps d'une journée de la jeune Aello Tokugawa.

Les explications paraissaient pour le moins sommaires, mais voilà qui semblait suffisant pour Etsuko. S'occuper d'une petite fille, c'était parfait. La jeune Genin avait rempli ce rôle pendant plusieurs années pour ses jeunes cousins et cousines. Elle connaissait toutes les ficelles du métier, et si elle pouvait gérer une demi douzaine de monstres à la fois, une seule fillette, ce serait du gâteau !

La maison, ou plutôt le manoir des Tokugawa n'était qu'à deux rues de l'appartement d'Etsuko, mais elle avait réussi à se perdre. C'est avec 10 minutes de retard qu'elle se présenta à la grille, l'ordre de mission à la main. Quelle immensité ! Etsuko regarda autour d'elle : elle se trouvait bien en centre-ville. Et pourtant, le domaine qu'elle voyait devant elle devait bien occuper la moitié d'un pâté de maisons.


* Pas besoin de s'inquiéter, je viens d'une famille respectable, j'ai appris les bonnes manières, je saurai me comporter comme il faut, j'en suis sure *

Ce qu'elle considéra comme un vigile lui ouvrit le portail une fois l'ordre de mission montré, puis elle s'avança sur le chemin de marbre, au milieu des cerisiers. Une douce odeur lui rappela les vergers voisins de chez elle, au sud de Kumo, tout près du village de Kido. Le chemin s'acheva dans un petit cabinet simple mais raffiné, orné de calligraphies sublimes. Sur le mur opposé, une petite toile d'un paysage rural attira l'attention d'Etsuko : il s'agissait d'une route non loin de chez elle également. On la pria de s'asseoir sur le petit coussin, devant une estrade sur laquelle un paravent coupait la vue. Quelques minutes plus tard, un homme d'âge mature, habillé d'une magnifique tenue d'apparat aux motifs complexes se présenta à elle.

??? - Voici donc la kunoichi qui va s'occuper de notre Aello en notre absence ?

Etsuko répondit aussitôt, prenant soin d'utiliser le vocabulaire le plus raffiné et soutenu possible.

Etsuko - Oui Seigneur Tokugawa. Je me nomme Etsuko Toshiya et je serai à votre service pour aujourd'hui. C'est un honneur de pouvoir travailler pour vous.

??? - Une Toshiya ? Et bien, j'étais loin de me douter que l'Académie prendrait ma requête autant au sérieux. C'est parfait, me voilà rassuré. Vous pouvez m'appeler Genzô, je suis le père d'Aello. Votre mission consistera simplement à suivre et à la protéger pour cette journée. Vous pourrez le constater, Aello est une jeune fille parfaitement bien élevée, aussi ne vous posera-t-elle aucun problème.

Etsuko - "Je n'en doute pas, Genzô-sama."

L'homme se leva de son siège et se dirigea vers une petite alcôve proche du tableau. Il alluma un encens à l'aide d'une bougie, puis reprit.

Genzô Tokugawa - "Nous tenons aujourd'hui une réunion de la plus haute importance avec des invités de marque, et nous ne pourrons nous passer des services de personne. Nous avons en outre dû compter sur une petite épidémie au sein de notre personnel de maison, notamment parmi les nourrices qui s'occupent habituellement de notre fille. Aussi me suis-je dit qu'une kunoichi de talent pourrait tout à fait convenir pour veiller sur Aello. Figurez-vous, par ailleurs, que certains de vos pairs seront serveurs le temps d'une journée pour notre compte. Bien, il est temps de vous présenter mon joyau. Aello ? "

Une fillette aux cheveux bruns arriva du paravent, et rejoignit Genzô à sa gauche. Elle n'était pas très grande, dans la dizaine d'années, et semblait complètement effacée. En fermant les yeux, ou tout simplement en regardant de l'autre côté, nulle doute qu'on ne remarquerait même pas sa présence. Habillée d'une robe marron aux reflets pourpres, le teint pâle de celles qui voient rarement la lumière du jour, elle donnait l'apparence d'une poupée de cire gardée jalousement cachée dans une collection personnelle.

La jeune fille s'inclina doucement.



Spoiler:
 


Etsuko eut un frisson en croisant son regard. Elle sentit aussitôt que sa journée resterait gravée dans sa mémoire...
Il est des rencontres qui laissent comme un choc, une fissure qui ne se refermera jamais. Ce peut être une expérience désagréable pour peu que la personne rencontrée soit détestable. Et parfois, au contraire, de ces craquelures s'échappent de magnifiques trésors d'émotions rares, et des amitiés qui perdureront à travers les âges... Etsuko ne le savait pas encore, mais Aello ferait partie de ces personnes qu'elle n'oublierait plus jamais.



Aello - " Enchantée, Dame Toshiya. J'espère que nous passerons une bonne journée ensemble."

Etsuko - " De... de même Aello, je l'espère aussi."

Genzô interrompit les premiers mots de politesse pour en venir au fait.

Genzô - " Et bien cheres demoiselles, je vous laisse faire connaissance, j'ai pour ma part des choses à préparer. Aello est libre pour la journée, vous n'avez qu'à suivre ses désirs et veiller sur elle. Je compte sur vous.

Puis il quitta la pièce dans une révérence hâtive, avant de laisser les deux filles seules dans le cabinet. Une tension étrange envahit la pièce, aucune d'entre elles ne sachant qui prendrait l'initiative. Aello scrutait Etsuko de haut en bas, comme un scientifique analyserait en détail un objet d'étude passionnant. La Toshiya se décida à briser le silence, incapable de rester ainsi plus encore.

Etsuko - "Je pense que nous pouvons nous tutoyer n'est-ce pas ? Alors, quel est le programme de la journée ?

Aello semblait gênée. Elle hésita avant de répondre, d'une toute petite voix :

Aello - " A vrai dire... j'aimerais voir comment c'est dehors, dans le village. Pourriez-vous m'y emmener ?

Incrédule, Etsuko lança d'un air enjoué

Etsuko - " Je te préviens, je ne connais pas Kumo, je suis arrivée il y a quelques jours. Mais si nous visitions ensemble , tout simplement ? Vous vous êtes récemment installés à Kumo avec ta famille ?

Aello - " Je vis à Kumo depuis ma naissance..."

Cette réponse laissa Etsuko sans voix...

Etsuko - " Tu veux dire que tu n'es jamais sortie de cette maison ?"

Aello - " Si bien sûr, je vais dans le jardin parfois... et puis de temps en temps je me promène en palanquin vers les jardins du quartier Ouest"

Etsuko était littéralement sidérée... Etait-ce possible de rester toute une vie dans un même endroit, sans avoir envie de se libérer ? Genzô n'avait pas menti lorsqu'il parlait de sa fille comme de son joyau. A tel point qu'il était capable de l'avoir séquestrée pendant une bonne dizaine d'années afin de l'avoir à vue. Soudainement, Etsuko s'était éprise d'une mission sacrée. Quoiqu'il arrive, elle parviendrait à faire découvrir le monde à la petite Tokugawa. Coûte que coûte, elle lui apprendrait à s'échapper de chez elle le temps d'une nuit. Et pour commencer, la journée semblait parfaite pour faire le premier pas.

Etsuko - "Dis-moi Aello, que dis-tu de prévoir une sortie en palanquin maintenant ?"

Aello - "J'aimerais bien, seulement il faut que je prévienne père, il n'y a que lui qui peut donner son accord. Et puis tous les domestiques sont en ce moment à la réception."

Et sans domestique, personne pour porter le palanquin. La première idée semblait infructueuse. La seconde était autrement plus risquée, mais bien plus sympa à tenter.

Etsuko - " Et que dirait le garde à l'entrée s'ils nous voyaient sortir dans la rue toutes les deux ?"

Aello - " Il ne voudrait pas, père leur a dit de toujours demander son autorisation avant de me laisser sortir. Et père ne serait pas d'accord pour que je sorte ainsi, ce ne serait pas digne d'une dame, selon lui. "

Etsuko - " Dans ce cas, le garde n'a pas à savoir que c'est toi qui es sortie de la maison, tout simplement. Voici comment nous allons procéder..."

La première direction fut celle du jardin, afin d'attendre tranquillement, dans la cour arrière, que les premiers invités arrivent. C'était le moment rêvé pour se faufiler discrètement hors du domaine. Le moyen de sortir était également tout trouvé dans l'esprit d'Etsuko, il ne restait plus qu'à mettre le tout en pratique.

Midi, l'heure du crime, ou plutôt du départ, avait sonné. Plusieurs invités étaient déjà rentrés à l'intérieur de la maison, et le portail d'entrée restait grand ouvert. Il n'y avait encore qu'un garde, étant donné l'heure relativement précoce. Nul doute que d'ici quelques minutes, un second viendrait renforcer l'impression de sécurité pour les invités, il était donc temps d'y aller. Aello attendait le plus près possible de la grille, guettant le signal. La prochaine invitée serait la victime d'Etsuko. La pauvre dame élue ressemblait à une grosse dinde enrubannée. Elle mettrait un temps fou à se relever, voilà qui semblait parfait. A mi-chemin entre le portail et l'entrée, au moment où les dalles de marbre passent sous un immense pin, l'embuscade eut lieu en un battement de cil. Une grosse pomme de pin percuta le crane de la dame qui s'effondra sur le sol dans un glapissement hilarant. Si Etsuko n'avait pas pratiqué le tir à l'arc depuis longtemps, ça ne l'empêchait pas d'avoir conservé une habilité au tir impressionnante. De son poste de tir, en outre, il n'y avait aucun danger qu'elle ait été repérée. Le garde s'empressa d'aider la dinde , ce qui laissa suffisamment de temps à Aello ainsi qu'à Etsuko pour sortir dans la rue et courir se cacher dans une ruelle. Le pari était gagné, la petite Aello allait pouvoir découvrir Kumo No Kuni. Tout comme Etsuko.


Etsuko - " Et maintenant, nous avons jusqu'à 18 heures pour visiter le village. Après, il faudra retourner chez toi car ton père viendra surement te voir à la fin de la réception. Y a-t-il un endroit particulier que tu souhaites visiter, dont tu as entendu parler ? "

Aello - " A vrai dire, oui... Il y a un magasin d'instruments dans le quartier marchand... J'aimerais vraiment pouvoir le voir "

La genin se sentit émue. Cette mission n'avait finalement pas l'objectif énoncé sur le bout de papier. Le vrai but, c'était de redonner l'étincelle de joie dans les yeux d'une gamine. Rang D ? Triple S, plutôt, songea-t-elle. Il n'y a rien de plus important au monde que de retrouver son étincelle. Celle d'Etsuko, elle l'avait perdue à la mort de Sokai, mais elle ne désespérait pas d'en trouver une autre. Et en attendant, aider ceux qu'elle rencontre à retrouver la leur lui paraissait une occupation qui valait qu'on y accorde son temps, et son énergie.

Etsuko - " Parfait, commençons par là alors ! En route ! "

Aello - " Etsuko-sama ? "

Etsuko - " Oui ? "

Aello - " Merci beaucoup."





J'emmène au creux de mon ombre des poussières de toi. Le vent les portera.


Dernière édition par Etsuko Toshiya le Mer 20 Oct - 0:19, édité 2 fois

MessageSujet: Re: [Mission - Rang D] La demoiselle au violon   Sam 16 Oct - 2:55

- 2 -
Dans l'échoppe



Le village de Kumo recélait bien des mystères en son sein. Dans ses entrailles d'abord, d'inombrables dédales de salles et de couloirs se développaient en une arborescence incompréhensible pour le premier venu. A vrai dire, à l'air libre, la situation ne semblait pas beaucoup plus facile. Niché sur un relief pentu et plutôt abrupt, le village de Kumo partait dans tous les sens, à gauche, à droite, en haut, en bas, le tout en même temps. L'architecture des bâtiments, bien que soignée, était désespérément la même pour le voyageur en quête de repères. Si tant est qu'au bout de quelques minutes d'inattention, se perdre devenait soudain un lieu commun extrêmement fréquent. Certains Kuméens, pour arrondir leurs fins de mois, s'étaient même spécialisés dans le rôle de guides pour piétons perdus.

Néanmoins, à tout dédale, ses trésors cachés. Le village des nuages ne dérogeait pas à la règle. Le quartier marchand, notamment, sac de noeuds de ruelles pavées étroites empli de boutiques en tout genre, entassées les unes sur les autres, où l'on pouvait trouver absolument tout ce qu'on désirait, pour peu de chercher comme il faut. Au centre même de ce quartier, le coeur de la ville, s'étendait une petite place paisible, au milieu de laquelle une fontaine claire aux pierres blanches envoyait valser de petits jets d'eau rafraichissants. Derrière cette fontaine, dans la pénombre, une grande échoppe sans prétention se dressait au milieu des autres. Telle était la destination de deux demoiselles, fugueuses d'un instant, éprises d'une passion incontrôlable. Pour la première, celle de découvrir son monde, pour la seconde, d'exaucer les désirs de la première.

Aello mit quelques instants avant d'oser franchir la lourde porte de bois verni qui la séparait de la caverne aux merveilles. Elle regarda d'abord Etsuko, l'air interdite, puis avala un grand bol d'air avant de prendre son courage à deux mains. Derrière, Etsuko souriait, insouciante, heureuse simplement d'avoir offert à une jeune fille la joie de la découverte. Pour elle aussi, cette nouvelle vie était synonyme d'initiation. Jamais auparavant elle n'était venu dans le village caché de la foudre. Qu'y faire ? Les affaires de la famille n'ont que rarement besoin d'être traitées ici, et son jeune âge n'avait pas encore donné de justification plausible à sa venue. Sans compter cette soudaine allergie au monde après l'évènement. Ainsi, lorsqu'elle franchit le seuil de la porte à son tour, la jeune Toshiya fut toute autant stupéfaite de l'incroyable spectacle qui s'offrait à elle. Cette maison ne vivait que par le bois, un bois verni, peint, traité, coloré, un bois sculpté, un bois naturel, parfois épais, parfois fin. Une multitude d'instruments de musique s'étalaient aux quatre recoins du magasin, dans un chaos qui pourtant ne dérangeait pas du tout la contemplation. Des flûtes ça et là, traversières ou de pan,ponctuées de claveçins, de hautbois, de clarinettes d'un métal détonnant. Et puis tout au fond, des guitares, de magnifiques guitares, aux formes et couleurs variées. Enfin, derrière le comptoir, comme un trésor inaccessible, de superbes violons. On eut cru qu'ils avaient été sculptés dans une seule et même pièce de bois, tant il semblait impossible de cerner le travail de collage entre les différentes pièces.

Si le regard et les pas d'Etsuko la menaient un peu partout dans le magasin, Aello quant à elle n'avait pas bougé du comptoir, et contemplait dans un silence religieux un violon d'un bois foncé, aux reflets flamboyants.


Luthier – « Bonjour mesdemoiselles ! Puis-je vous aider ? »

Un vieux monsieur vêtu d’un tablier recouvert de sciure de bois et aux lunettes rondes descendit d’un escalier derrière le comptoir.

Aello – « Bonjour monsieur. Pourrais-je… pourrais-je voir cet instrument ? »

L’homme répondit d’un regard surpris, puis amusé, et ajouta :

Luthier – « Vous savez jouer du violon, jeune fille ? Attention, c’est un instrument délicat. »

Il décrocha l’outil sonore du mur, puis le déposa doucement dans les mains de la demoiselle, dont la concentration aurait pu faire croire à quiconque qu’elle tenait un objet sacré entre ses mains. D’un geste délicat, elle fit tourner la pièce de bois dans ses mains, pour l’observer sous toutes les coutures, puis s’aventura sur les cordes, les caressant du bout des ongles avant d’oser en pincer une pour afin de tester sa résonnance.

Aello – « Il est accordé. D’une très belle façon »

Luthier – « Je vous remercie jeune fille. Souhaitez-vous l’essayer ? "

Aello – « Vous seriez d’accord ? »

Luthier – « Comment le refuser à quelqu’un qui montre un tel respect pour ce qu’elle tient dans ses mains ? »

Il attrapa un archet qu’il estima convenir sur le comptoir, puis le tendit à la petite Tokugawa, qui avait déjà placé le violon dans la position adéquate. De sa main droite, encore libre, elle se saisit de la baguette de bois. La suite ne peut se décrire en mots…


J'emmène au creux de mon ombre des poussières de toi. Le vent les portera.


Dernière édition par Etsuko Toshiya le Mer 20 Oct - 0:24, édité 1 fois

MessageSujet: Re: [Mission - Rang D] La demoiselle au violon   Mer 20 Oct - 0:13

-3-
Retour




La petite demoiselle au violon n'était plus la même. Le bruit de ses pas sur les ruelles pavées résonnaient comme une douce mélodie d'allégresse et de joie. Elle s'ouvrait au monde, touchait l'indicible du bonheur, le palpable de la sérénité. Les poussières d'elle éparpillées ça et là ne faisaient plus qu'un, enfin, et cette nouvelle unité rayonnait comme l'étoile polaire dans une nuit noire. Une minuscule ballerine, de la pointe des pieds, qui redécouvrait son univers, donnait enfin un sens à sa vie. Voilà quelques minutes que le duo de fugueuses avait quitté le magasin d'instruments. Il était temps de rentrer, afin de ne pas éveiller les soupçons. Tout le monde était encore occupé là bas, mais ça ne durerait pas éternellement. Elles étaient restées plus longtemps que prévu. Le luthier leur avait proposé de boire le thé, puis leur avait montré son travail, la confection de ses produits. Les instruments, la colle, l'établis poussiéreux, le tracé, le geste assuré, le sourire aux lèvres, la passion du travail, la patience et l'attente, l'encordage, le vernissage. Sublime. En élèves modèles, les demoiselles avaient tout contemplé, disséqué, étapes par étapes, les grands yeux ouverts, l'esprit en pleine ébullition. Un petit saut de puce et Aello lança à Etsuko.


Aello " Etsuko, tu sais ? "

La Toshiya contemplait alors les nuages cotonneux qui cachaient un soleil timide. Son regard retomba sur sa protégée du jour.

Etsuko " Oui Aello ? "

Aello " Plus tard, je veux être maîtresse luthière, tout comme Henzan-sama. Je fabriquerai mes violons, puis je les offrirai aux enfants qui viendront me voir, et eux aussi, ils seront heureux, comme je le suis aujourd'hui. "

Etsuko pencha la tête tendrement, fixant son escorte d'un air adouci. Un long, sincère et chaleureux sourire s'esquissa sur son visage. Elle n'avait pas souri ainsi depuis longtemps, depuis Sokai en fait.

Etsuko " C'est une excellente idée Aello, je suis certaine que tu seras une excellente luthière."

Aello " Je serai la meilleure, et tous les musiciens du pays se bousculeront dans mon magasin pour acheter mes violons ! " puis elle regarda sa baby-sitter droit dans les yeux Et mon premier violon sera pour toi, Etsuko-chan !

La genin ne put s'empêcher de rire à plein poumons.

Etsuko - " Merci, c'est un grand honneur ! Mais il faudra que tu m'apprennes à jouer du violon alors.

Aello - " Promis !"

Sur ces paroles pleines d'insouciance, le duo de fugitives atteignit le portail des Tokugawa. Etsuko avait élaboré un petit plan pour la sortie, mais l'entrée restait compliquée. Il y avait toujours le garde devant le portail. Utiliser la métamorphose pour se transformer en Genzô semblait une idée pertinente, mais la Toshiya en reconsidéra la crédibilité. Jamais le père ne sortirait avec sa fille de la sorte, et les gardes auraient un doute immédiat, dans le sens où la réception organisée à l'intérieur de la maison ne pouvait se passer du maître de maison. Et puis elle n'avait vu Genzô Tokugawa que quelques minutes, et pourrait ne prendre son apparence que d'une façon très grossière, sans les détails précis qui révèleraient la supercherie aussitôt. Il fallait trouver autre chose. Grimper la grille ne pouvait fonctionner non plus, du moins pas pour Aello. Restait la méthode brutale, mais pour le moins efficace. Aello attrapa la main de sa protégée, et elles marchèrent nonchalamment en direction de la maison. Aello ne comprit pas de suite l'idée d'Etsuko, mais son rôle étant de garder la bouche fermée, elle acquiessa d'un air interrogateur et inquiet. Arrivées à la vue du garde, une discussion débuta.

Garde - " Mais, il s'agit de Dame Aello ! Que fait-elle dehors ?!?

Etsuko garda son calme et usa de son charme naturel.

Etsuko - " Je suis shinobi de Kumo No Kuni et chargée de la protection de Dame Aello pour la journée. Nous étions en balade et nous rentrons maintenant, n'est-ce pas, Aello ? "

La petite semblait terrifiée. Elle s'imaginait déjà le courroux de son père, cet homme qui la considérait comme un objet, une magnifique pièce dans sa collection d'oeuvres plus ou moins rares. Elle acquiesça toutefois, sans mot dire, aggripant la main d'Etsuko de plus belle. Le garde semblait décontenancé, ne sachant comment agir. La vue du bandeau de Kumo No Kuni à la ceinture d'Etsuko le calma néanmoins quelque peu.

Garde - " Mais, je... je n'ai pas eu vent d'une quelconque sortie de la part de maître Genzô ! Il va falloir que je le prévienne... Et comment êtes-vous sorties sans que je m'en aperçoive ?

Etsuko - " En passant le portail, tout simplement. Ce qui signifie que si vous prévenez quiconque de notre petite sortie, il y a fort à parier que vous ferez partie de la liste des personnes qui subiront la colère de maître Genzô. Il serait plus sage d'enterrer cette histoire, n'est-ce pas ? Après tout, Aello n'a rien, elle va bien, et si nous sommes dans ses appartements d'ici cinq minutes, personne n'en saura rien... Mais pur cela, il faut que ce soit notre petit secret...

La partie était gagnée. Le vigile ne prendrait pas le risque de perdre son emploi en courant vers le père d'Aello, pour lui expliquer qu'il a mal fait son travail. Personne dans le jardin, en outre, ne pourrait reconnaître Aello en ce moment même, aussi, garder le secret semblait le plus approprié, pour chacune des parties en présence. Le vigile grommela, puis reprit :

Garde - " Allez, sauvez-vous ! Mais qu'il n'y ait pas de prochaine fois, est-ce bien clair ?

Ni une, ni deux, Etsuko s'inclina et les deux filles purent se faufiler dans le jardin. Aello guida Etsuko jusqu'à ses appartements, où elle prit le soin de vérifier que rien ne pouvait attester de leur escapade. A priori, il suffisait d'enlever la poussière des escarpins, et le méfait serait caché. Un souffle d'apaisement calma la petite, toute excitée des évènements des dernières minutes. La Toshiya calma Aello, lui conseillant de reprendre une activité qu'elle faisait habituellement, afin de n'éveiller aucun soupçon. Aello hocha la tête, et choisit d'attraper son nécessaire de peinture posé dans un coin de la pièce, afin d'entamer une toile vierge. Pendant qu'elle s'occupait des préparatifs, Etsuko eut le loisir de contempler la chambre de sa protégée. Avec une certaine mélancolie, son regard se posa sur les poupées, puis le cheval à bascule, un immense coffre rempli de trésors fabuleux, un petit lit surmonté par un sommier fait de bambou, orné d'un drap de soie, l'établis où s'entassaient matériels et kits pour la peinture et la calligraphie. La kunoichi tenta d'extirper de sa mémoire des souvenirs de temps similaires, où la princesse, c'était elle. Très peu lui vinrent à l'esprit, les poupées avaient été rapidement remplacées par les séances d'entraînement. Elle n'avait pas manqué d'amour, mais peu être d'un peu d'innocence. Ainsi, elle se sentait jalouse, et à la fois heureuse, qu'Aello ait pu profiter ainsi de tels privilèges. La petite n'avait pas été gâtée concernant la découverte du monde, mais dans un sens, elle avait joui d'autres bonheurs.

La réception se termina une heure après l'arrivée des fugueuses d'un jour. Une servante entra dans la chambre, afin d'annoncer que Genzô demandait une audience aux demoiselles. Aello interrompit sa toile, attrapa par la main sa nouvelle amie et toutes deux allèrent dans la même salle que ce matin, celle où Etsuko avait été accueillie. Genzô était de nouveau assis sur ce siège de bois verni. Sa fille vint à ses côtés. Il prit le soin de l'embrasser sur le front, avant de demander :

Genzô " - Comment fut ta journée, mon trésor ? "

Etsuko se sentit rassurée, Genzô ne semblait pas du tout au courant de l'escapade en ville, ce qui signifiait que le garde n'avait rien révélé.

Aello " - Très bien père. Nous avons joué à la poupée, puis déjeuné dans la maison de thé au jardin, puis j'ai fait de la peinture. Dame Etsuko a été très gentille avec moi. "

Genzô " - Voilà qui est parfait ! J'espère que tu as bien profité de ton temps libre, car demain, nous reprendrons les cours de calligraphie.

Aello ne semblait pas passionnée par la nouvelle, mais acquiesça d'un petit sourire discret. Etsuko se rendit compte qu'elles deux avaient eu beaucoup de chance. Que se serait-il passé si jamais Aello avait eu un cours ou que son père avait voulu la voir pendant la journée ? Ce jour là semblait vraiment l'occasion inespérée qu'Aello puisse sortir de sa prison dorée, car la réception avait mobilisé tous les efforts et que l'emploi du temps de la petite s'était ainsi retrouvé complètement libre. La kunoichi avait cependant pris un risque démesuré. Mais en un sens, elle n'avait pas désobéi à l'ordre de mission : protéger et s'occuper d'Aello Tokugawa. Et le jeu, finalement, en avait valu la chandelle. Elle avait pu donner à cette enfant l'étincelle qui ferait d'elle un jour une femme épanouie et accomplie. Le chemin serait difficile, a priori faire accepter à son père l'idée de devenir luthière apparaissait comme un parcours d'obstacles. Mais elle avait le temps de penser à la façon de l'annoncer. Genzô demanda à sa fille de rejoindre sa nourrice, enfin libérée de son travail. Aello s'inclina envers Etsuko, un immense sourire sur le visage. Etsuko hocha doucement la tête, attendrie par cette bouille innocente à laquelle elle s'était attachée plus que de raison.

Genzô " - J'espère que ma fille ne vous aura pas causé trop de soucis "

Etsuko " - Au contraire, ce fut un réel plaisir de faire sa connaissance. Aello est une enfant très intelligente, bien élevée et pleine de gentillesse. Ce fut un plaisir de m'occuper d'elle pour cette journée.

Genzô " - Vous m'en voyez ravi, dans ce cas"

Etsuko " - D'ailleurs je souhaiterais vous exposer une requête, Genzô-sama. "

L'homme se leva de son siège

Genzô " - Je vous écoute "

Etsuko " - Me serait-il possible de rendre visite à Aello de temps en temps ? Rien d'officiel, ni de rémunéré bien entendu. Il s'agirait juste d'une visite en toute amitié.

Le maître de maison répondit aussitôt, sans réflexion supplémentaire.

Genzô " - Je n'y vois pas d'inconvénient. Vous me semblez être une demoiselle responsable et bien élevée, d'après ce que j'ai pu voir aujourd'hui. Et j'ai l'impression qu'Aello sera ravie de vous revoir. Voilà bien longtemps que je n'avais pas vu une mine si épanouie sur son visage... Je préviendrai le vigile de votre identité, il vous autorisera l'entrée.

Etsuko remercia Genzô Tokugawa, qui lui tint l'ordre de mission tamponné du sceau de sa famille comme preuve de son accomplissement. La kunoichi fut raccompagnée à l'entrée par une servante, et ne put s'empêcher d'adresser un petit sourire au garde qui resta stoïque mais sembla grommeler légèrement.

Dans la rue qui longeait la demeure des Tokugawa, le soleil couchant s'invita au moment où Etsuko rentrait chez elle, l'attestation en main. Aujourd'hui elle avait fait bien plus qu'accomplir sa première mission. Elle avait découvert une amie, et lui avait insuflé l'envie d'aller de l'avant. Un parfum d'allégresse flottait autour de la Toshiya. Elle n'avait pas encore vraiment trouvé sa nouvelle voie, mais sentait qu'elle s'en approchait.


* Si tu étais encore là, je suis sure que tu serais fière de moi, mon ami...*

Un léger vent la fit frissonner, puis un oiseau s'envola, tout au bout de la rue déserte, comme une réponse de celui qui repose sous d'autres cieux...


--- FIN ---


J'emmène au creux de mon ombre des poussières de toi. Le vent les portera.


Dernière édition par Etsuko Toshiya le Ven 22 Oct - 14:12, édité 1 fois

MessageSujet: Re: [Mission - Rang D] La demoiselle au violon   Ven 22 Oct - 12:34



Mission de rang D : La demoiselle au violon - SUCCES
    Etsuko ( Niveau 3 )
    : +0% Bonus Inclus
    : +XP Succès Mission D
    : + 35 XP - 25£
    : +1 Réputation

    : C'est une jolie mission =) sympa à lire et un tout petit poil originale. Dommage que les missions de rang D ne rapportent plus de prestige à Kumo maintenant que nous avons passés la barre des 60 Points.
Contenu sponsorisé



MessageSujet: Re: [Mission - Rang D] La demoiselle au violon   

Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Mission Rang B: Forgeron dans la merde ! [Yoru; Karas; Manzo]
» [Mission Rang C]A la recherche du lapin sacré [Pv : Solo]
» [Mission rang C] Livraison express ! Enfin... Pas tout à fait...
» [ Mission de rang C ] La disparition des enfants (Pv Samui Natsumi)
» Un vol au colisée [Mission rang C]

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Ryoma - Le forum des Shinobi :: Ryoma 1.0 :: Centre-Ville de Kumo-