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 Pas de nouvelles? Bonnes nouvelles.

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MessageSujet: Pas de nouvelles? Bonnes nouvelles.   Sam 29 Jan - 19:24

~Pas de nouvelles, bonnes nouvelles.~
Ce soir là, j'avais reçu la lettre. Elle était bien lourde dans ma main lorsqu'on me l'avait remise. J'en sentais le poids. Les mauvaises nouvelles qui en coulaient comme autant de feuilles touchant le sol. J'étais au seuil du changement, de l'évolution. Je sentais les idées noires traverser l'enveloppe de papier rugueux, se répandre sur mes mains, et y pénétrer doucement, délicatement, à la manière d'un insidieux poison. Le paquet était lourd, et affectait la forme d'un épais carnet. Mes mains ne tremblaient pas, mais elles le voulaient. Je les maintenais en place, ne supportant pas laisser aller mon corps à une danse incontrôlée. Mes mouvements devaient être décidés, pas libres.

D'un geste qui se voulait sûr, je fis sauter le cachet de cire de la missive. Elle portait un symbole qui me rappelait étrangement à Takeshi, bien que je n'aie jamais pu distinguer sur lui quelque signe distinctif. La cire se brisa en de multiples morceaux. Un ciel rouge sang, qui se creusait et laissait tomber sur l'herbe verte de la cour ses multiples gouttes de pluie. Je n'essayai pas de ramasser les morceaux: ils avaient glissé entre les pavés disjoints. M'asseyant sur le banc de pierre de la cour, je profitai des derniers rayons du soleil pour examiner le contenu de l'enveloppe.

La première enveloppe en cachait deux autres. Une relativement fine, quelques feuilles de papier tout au plus. La seconde confirmait mon impression, puisqu'elle suivait les contours de ce qui semblait être en effet un carnet. J'ouvris d'abord la lettre: un « un » y était inscrit au beau milieu. Comme je le pensais, cette lettre émanait de Takeshi. Je faillis la déchirer sans y porter attention, mais les premières phrases qui y était écrite attirait mon attention.

« Ekei, ne déchire pas cette lettre. Je sais que tu le voudrais. Mais, par respect pour ta mère, j'ai fait l'effort de t'écrire. Je n'ai pas pour objectif d'améliorer mon image à tes yeux, je sais que c'est peine perdue, et, de toutes façons, je ne le mérite pas. »

Il avait réussi à attirer mon attention par quelques mots bien choisis. Baissant les yeux sur le reste de la lettre, je me plongeai dans la narration des évènements que me faisait le shinobi.

~ ~ ~
Le vent battait les flancs des murs de bois qui formaient les maisons du petit village d'Hitsume. Le vent, mordant, froid, et violent. A l'accoutumée, il était frais et vivifiant, bien que rendant nécessaire le port de vêtements chaud lorsqu'on s'aventurait en extérieur. On pouvait ainsi croiser des gens dans le brouillard et ne pas les reconnaître. Le village avait, en ces temps de grands froids, une allure fantasmagorique.

Takeshi était arrivé au petit matin dans le village. Même le peu de cheveux qu'il avait sur le crâne voguaient dans la brume, ballotés par le vent violent qui soufflait. Toutefois, lorsque celui-çi frappa son visage aux abords du village, Takeshi eut un mauvais pressentiment et remonta une sorte d'écharpe devant son visage. Il était encore en mission de recrutement, mais avait, pour l'instant, fait chou blanc. Il s'était décidé à faire une halte à Hitsume, pour s'entretenir avec Shizuka de l'avenir d'Ekei. Il était troublé. Il avait tout fait pour aimer ce garçon et l'éduquer, mais celui-çi ne lui avait pas pardonné. L'homme s'étonnait de cette réaction, et en même temps, il la comprenait. C'était lui, après tout, qui avait poussé Sui à s'intéresser aux arts ninja, afin d'encourager Ekei à en faire autant. Le garçon était bien trop idéaliste, il n'avait pas apprécié sa manipulation.

Garde – Hola, voyageur! Arrêtez vous, et déclinez votre identité et votre but!

Takeshi fut interrompu dans ces pensées par l'appel d'un homme de haute taille, vêtu chaudement, et armé de ce qui ressemblait à un yari. Cela le surprit: Hitsume se situait à l'écart des grandes routes marchandes et n'avait pas de grandes richesses. Toutefois, la surprise ne s'arrêta pas là. Sur le bord de la route, un petit corps de garde avait été hâtivement construit, et une barrière de bambou coupait le large chemin de terre battue qui servait d'entrée au petit village ; un brasero répandait sa douce chaleur à côté des gardes et éclairait la route doucement. Un poste frontière à l'entrée de Hitsume? Quel était ce nouvel obstacle?

Takeshi – Takeshi le forgeron, en voyage et sur le chemin de la demeure de Yasuki Shizuka, ma soeur. Quelles sont les nouvelles?

Le ninja voyageur observa soigneusement le visage de l'homme qui l'avait interpellé. Il lui avait semblé percevoir une brève mimique de tristesse. Non. De désespoir. Puis l'homme se ressaisit. Il se présenta rapidement à Takeshi comme étant Komuro, fils de paysan et garde par la force des évènements. Puis il interrogea Takeshi alors qu'il l'invitait à venir se réchauffer auprès du brasero. La réputation de Takeshi était encore vivace dans ce village, et le shinobi bénit son attitude généreuse envers les habitants du village lorsqu'il avait mené sa mission de recrutement et de forge.

Komuro – Vous ne sentez pas l'air du village? Il est vicié. Les champs et les hommes périssent. Jour après jour, le village dépérit.

La peste. Takeshi avait craint une épidémie en approchant du village. Le vent charriait en effet des miasmes, et l'odeur de la mort lente et honteuse persistait dans ses narines. Baissant la tête, il saisit discrètement une pilule d'Eisei-nin dans les pochettes qu'il dissimulait sous sa cape de voyage, et en ingurgita une. Une pilule purificatrice, puissante, et bienfaisante. Takeshi ne pouvait se permettre de tomber malade.

Takeshi – Des nouvelles de ma soeur?

Komuro resta silencieux. Takeshi laissa sortir un juron de ses lèvres. Puis il s'enfonça en courant dans les ténèbres du village silencieux. Les cris de Komuro parvinrent un moment jusqu'à ses oreilles, puis s'estompèrent. Le jeune garde n'oserait pas le suivre, il avait trop peur d'attraper le mal noir. Le shinobi ajusta ses gants à ses mains. Même s'il était protégé par la puissante pilule, il devrait prendre garde à ne pas risquer la contamination. D'ailleurs, il devait faire vite. Il n'avait pas d'autre pilule de ce genre, et il n'était pas persuadé de sa totale efficacité. Pour plus de sécurité, il découvrit son épaule et effleura la marque qui y était tatouée. Le sceau de Rempart Naturel s'activa, puisant dans les ressources de Takeshi pour résister à la maladie s'il risquait la contamination.

Au fur et à mesure qu'il suivait la direction de la demeure de Shizuka, Takeshi pouvait se rendre compte de l'importance qu'avait pris la maladie dans le village. Les champs, qu'il distinguait au loin, étaient abandonnés, et le matériel y pourrissait, attaqué par l'humidité de la rivière et du brouillard. De nombreuses maisons étaient closes, des planches empêchaient l'ouverture des panneaux. Certaines d'entre elles avaient été brûlées, probablement pour endiguer le mal.

Parfois, Takeshi distinguait des corps abandonnés dans des ruelles sombres, couverts de draps masquant leurs visages. La putréfaction tachait ces derniers de rouge et de vert, et l'odeur en était presque insupportable. Des cris jaillissaient parfois des bâtisses, et les panneaux des maisons encore habitées restaient clos hermétiquement. Des braseros piquetaient l'obscurité de taches rougissantes. Il y en avait partout, permettant de purifier la ville de la maladie.

La contamination était une réalité. La maladie avait déferlé dans les rues du village, répandant morts ignominieuses, pourriture, et malheur sur le petit village paysan. Hitsume agonisait, de la manière la plus terrible qui soit. Takeshi se préparait à trouver sa soeur morte. Il en était intimement persuadé: il n'avait rien d'un idéaliste, comparé à son neveu. Son deuil, il l'avait déjà fait. Il était un shinobi de Kiri, puissant et inflexible, au service d'une force occulte dominant de ces réseaux ce monde: il n'avait pas le droit de plier les genoux, même lorsque sa famille était inquiétée.

Enfin, il arriva en vue de son ancienne demeure, et de celle de sa soeur. Comme il le redoutait, la porte avait été clouée. Les malades de la peste étaient abandonnés à leur sort jusqu'à ce que mort s'ensuive, un si petit village n'ayant pas les moyens d'obtenir une médecine efficace. Sortant de sa poche un kunai acéré, à la lame épaisse, il la glissa entre les planches, et les fit sauter une à une. Il devait être sûr que Shizuka avait péri. Se glissant à l'intérieur après avoir opéré, il distingua un rai de lumière filtrant de l'étage. Tout dans la maison était en ordre, couvert de poussière, mais en ordre. Il suivit la lumière. Elle émanait de la chambre de Shizuka.

Shizuka – Je pensais que tu ne viendrais pas. Personne n'est au courant de cette épidémie.

La femme était assise au fond de la pièce. Vêtue d'un ensemble de robes d'hiver épaisses, elle semblait exténuée. Malgré l'amplitude de ses robes, Takeshi devinait qu'elle avait maigri. Des cernes impressionnantes soulignaient ses yeux autrefois chatoyants, et son visage paraissait creusé. Une bougie, posée maladroitement dans un pot en terre cuite, éclairait la pièce. Il y reignait un air vicié et une atmosphère étouffante.

Shizuka – Et pourtant, tu es là. Heureux hasard, s'il en est.

Takeshi inclina la tête. Il entra prudemment dans la pièce. Shizuka était malade, c'était une évidence. Et elle allait périr. Le shinobi sentit une étrange émotion prendre contrôle de son corps. A mi-chemin entre la tristesse, l'évidence, et la résignation. Il se faisait horreur, dans des moments pareils.

Takeshi – Je peux sceller la maladie, et prolonger ta vie, ma soeur. De quelques mois.

Shizuka – Quel intérêt? Accorde moi donc une mort sans souffrances. Et réponds à mes dernières volontés.

Le shinobi était incapable de prononcer des mots de réconfort. Shizuka était toujours aussi impérieuse. A croire que la maladie de sa soeur le privait totalement de ses capacités orales. Elle allait quitter ce monde, c'était sûr. Et elle le faisait à la manière d'un grand seigneur. En demandant qu'on lui apporte la mort, avant que la maladie ne prenne le dessus. Fouillant dans sa poche, Takeshi en sortit un virulent poison qu'il utilisait lorsqu'il souhaitait que sa victime périsse sans un bruit. Fermant les yeux, il respira bruyamment. Lui et sa soeur n'avaient jamais été doués pour les grands discours. Ils se comprenaient, un regard suffisait.

Shizuka – Dans le bureau de Sui, une lettre et un carnet. La lettre est pour toi. Le carnet pour mon cher fils. Je t'aime et t'estime, mon frère.

Lui n'avait rien à ajouter. S'approchant d'elle, il lui tendit la capsule. Elle la glissa sous sa langue, puis ferma les yeux. Takeshi attendit un bref instant. Puis il sentit l'âme de Shizuka s'échapper d'elle. Elle commençait sa descente dans les ténèbres. Mais elle ne souffrirait pas, et ne périrait pas d'un mal infamant et douloureux. Ses mains se détendirent. Takeshi se retourna. Sans un mot, sans une larme. Apparemment insensible.

Il descendit dans le bureau. La pièce était presque vide. Plus aucun rouleau ne reposait dans les rayons. Il saisit la lettre et la parcourut d'un geste rapide. Il y apprit ainsi que Sui était encore vivant, parti avec sa caravane, mais qu'il n'était pas au courant de l'évènement. Les rouleaux avaient été récupérés par un ami de la famille, Jotaro, qui avait pour mission de retrouver Sui et de lui apprendre la nouvelle. Quant à lui, Takeshi, il devait transmettre ce récit à Ekei, ainsi que le carnet personnel qu'elle avait dressé à l'intention de son fils, chaque jour de sa vie. Récupérer ce carnet, puis brûler la maison.

Lorsque Takeshi s'en retourna, la nuit était éclairée par les joyeux éclairs d'un feu à l'appétit dévorant. La maison laissait entendre des bruits terribles de craquements, et l'incendie avait fait monter la température sensiblement. Takeshi transpirait, mais cela était bénéfique. L'air se purifiait petit à petit.

Il lui fallait maintenant prendre rendez-vous avec Kasuo, et transmettre ce qu'il devait au garçon. Il ne le haïrait que plus, mais qu'importe. Il savait déjà comment commencer sa lettre.

« Ekei, ne déchire pas cette lettre. »

~ ~ ~
Le sol pavé se couvrit des restes de mes repas de la journée, et, pendant cinq minutes, je rendis tout ce que je pouvais. Je vomissais mes tripes, ma rage et ma tristesse. Violemment. Ma gorge me brûlait, tout comme mes yeux, et je courus à la fontaine pour boire tout mon saoul.

Puis je me laissai choir au sol. Cette fois-ci, il ne pleuvait pas sur mes joues. Je fermai les yeux, et attendis, une heure durant, dans le froid de cette nuit kiréenne qui était désormais tombée. La lettre de Takeshi m'avait fait mal. Dans ma tête passaient de nombreux souvenirs d'un passé à jamais révolu. De nombreuses pensées. Mon cerveau se saturait d'émotions, et triait. Il sélectionnait, choisissait. Il se faisait du mal. J'avais l'impression qu'un millier d'aiguilles y pénétraient, le traversant de part en part. Des aiguilles chauffées à blanc. Mon corps tremblait. Il avait échappé à tout contrôle, désormais. Il partait à la dérive.

Lorsque j'ouvris les yeux, ceux-ci s'étaient emplis d'une lueur de détermination.

Retournant au banc d'un pas vacillant, je saisis le carnet. Ma mère y était tout entière. Son âme y reposait. Je l'ouvris délicatement. Les pages étaient légères, et respiraient la bonne odeur d'un papier parfumé. Je ne parvenais pas à lui attribuer une odeur, tant les effluves étaient complexes. Mais cela me mit un peu de baume au coeur. Ma mère reposait dans mes mains.

« Ekei. Ces quelques mots, je les ai tracés pour toi. Avance, avance, et ne te retourne pas. »

Feuilletant rapidement le carnet, j'observai ce qu'y avait inscrit ma mère. De nombreux poèmes, accompagnés de dessins tracés de sa main. Des noms, des conseils, des informations. Des techniques de lutte au sabre, des informations diverses sur le monde des cours seigneuriales. Une mine d'or. De multiples ressources que ma mère m'avait léguées. Il ne me restait plus qu'à m'en montrer digne.

La tristesse enserra une dernière fois mon coeur. Je savais qu'elle me rendrait visite, les nuits trop longues. Mais je la chassai avec détermination.

Vers demain.

MessageSujet: Re: Pas de nouvelles? Bonnes nouvelles.   Jeu 3 Mar - 16:14

Yasuki Ekei : +16xp (Pas de bonus)

J'ai vraiment aimé ce récit. Écris en d'autres !
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