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 Entretien avec un vieux

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MessageSujet: Entretien avec un vieux   Mar 1 Juil - 16:26

Kenji attendait patiemment derrière son bureau, dans un siège aussi vieux que lui. C'était un cuir ancien, tanné, mais toujours aussi agréable. Aujourd'hui était une journée comme les autres. Le gris du ciel si caractéristique au climat de Kiri était peut-être un peu plus tenu qu'à l'accoutumée, c'était ce qu'on lui avait dit.

Cela faisait bien longtemps qu'il n'avait pas put regarder le gris du ciel du village de la Brume.

Toutefois il le sentait, ce vent montant, parsemant la voute céleste de nuages grisonnants. Il avait appris à écouter le vent lui parler à défaut de pouvoir le voir s'exprimer. Il rabaissa légèrement son couvre-chef sur le haut de ses yeux meurtris.

C'était mieux ainsi...

Il ne pouvait plus voir l'étendue de ses échecs et ne voulait pas les affronter. Il se souvenait que trop bien sa suffisance, lui, le maître des illusions, berné comme un novice. Son rire était bien amer. La voie du shinobi lui avait tout pris, tout ce qu'il chérissait, la femme de sa vie, sa carrière, et lui avait donné les remords et le dégoût de lui-même. Souvent il s'était demandé à quoi bon continuer ainsi ? Pour qui ? Lui qui n'attendait plus personne. Pour quoi ? Lui qui ne croyait plus rien, encore moins en l'espoir.

Elle aurait souhaité te voir te battre pour vivre.

Ou encore...

Tu ne peux pas baisser les bras, vis pour elle.

Foutaises ! Même aux portes de la ville, il n'était plus bon. Il avait traumatisé un nombre incalculable de nouveaux, rejetant contre eux sa frustration et son aversion de lui-même, mais cela il était encore incapable de l'accepter. Il trouvait un certain soulagement à briser les autres, comme si cela le rassurait. Ils craquaient, comme lui. D'une certaine manière, il n'était pas seul, personne n'aurait fait mieux. Ils auraient échoué, comme lui. C'est ce qu'il avait besoin de savoir pour supporter chaque levé de soleil, pour se supporter, pour supporter sa peine.

Il était capable de faire cette analyse de sa personnalité, de la haïr pour ce quelle avait de détestable, mais il était incapable de la changer, tout en sachant ce qui n'allait pas.

Ces derniers temps, il avait rencontré un gamin, impétueux, grande gueule. Débrouillard et braillard à la fois, c'était lui tout craché, il y a de cela des années. Il s'était pris d'affection pour lui, sans savoir pourquoi, ni même le vouloir.

Akio Raiteiro...

Une tête brûlée qui réfléchissait autant que ses pieds, pourtant, il y avait ce petit quelque chose de vrai, ce petit quelque chose qui le renvoyait à chaque fois des années auparavant. Au début, il l'avait détesté pour cela, mais les jours passèrent, et il finit par le voir comme son fils. Il ne lui avait jamais dis et ne lui dirais jamais, pas même sur son lit de mort. Kenji était seul, mais avoir ce gamin à ses côtés, c'était sûrement comme avoir un fils. Devoir le gronder pour ses bévues, sourire à ses coups d'éclats, le "voir" grandir...

Il savait que le gamin, orphelin, avait été élevé dans un des dôjo proches de Kiri par un des maîtres, formé jeune aux arts martiaux, il avait fini par venir à Kiri sur les recommandations de son senseï. Depuis, Kenji l'avait plus ou moins pris son aile, bien qu'au début à contre-coeur. Le verrait-il un jour comme son père ?

Jamais, certainement...

Cela valait-il le coup d'attendre chaque jour la réponse à cette question ? Peut-être...
Kenji avait la réponse au fond de lui, mais comme pour bien d'autre chose, refusait de l'admettre.

Aujourd'hui, il devait rencontrer une jeune fille, dénommée Ine. Il devait discuter avec elle. De la pluie et du beau temps ? Qu'importe...
Elle devait venir, il verrait ensuite. Il sortit son petit sac de velours noir, commença à vouloir en extraire un peu de tabac, puis sans savoir vraiment pourquoi, le rangea sans rien prendre.

Juste pas l'envie...

MessageSujet: Re: Entretien avec un vieux   Mar 1 Juil - 22:17

Ce n’était pas une convocation, mais ça en avait tout l’air. Eichino Kenji. Un léger sourire s’était dessiné sur les lèvres de Zen quand il en avait prononcé le nom. Et, rien que pour ça, Ine se méfiait.

A part cette impression qu’elle avait de se jeter dans la gueule du loup, elle ne savait pas grand-chose. Zen lui avait seulement dit que Kenji était le plus à même de lui démontrer les pouvoirs d’un maître Genjutsu. Avait-il deviné le malaise qu’elle ressentait face à ses assauts psychiques ? Plus que tout, elle souhaitait s’en protéger.

Le ciel était d’un gris soutenu ce matin-là, et les nuages semblaient s’être lancés dans une bataille céleste contre le soleil. Il ne pleuvait pas, et d’ailleurs c’était étonnant, car l’atmosphère était chargée d’humidité. Comme si… la tristesse d’une personne se fondait dans l’air et en accroissait la morosité quotidienne. Heureusement, le vent ascendant battait les tempes et chassait l’abattement et, sans savoir pourquoi, Ine sentit que cette journée serait un tournant de son existence.

Elle gravit quatre à quatre les marches du porche de l’académie. Aussi aimable qu’à l’accoutumée, la porte de prison qui gardait les lieux la regarda entrer d’un air mauvais. Ine passa outre et, un peu essoufflée, demanda :

« J’avais rendez-vous avec un professeur. Eichino Kenji. »

Involontairement, le gardien eut un mouvement de recul presque imperceptible. Sa mauvaise humeur laissa place à de la compassion.

« Dernier étage, bureau 9 » fit-il d’un ton désolé. Ine fronça les sourcils, puis haussa les épaules et se dirigea vers les escaliers. L’homme l’interpella :

« Tu n’es pas en avance. Dépêche-toi, il est pas commode le vieil aveugle ! »

Vieux ? Aveugle ? Elle allait avoir un entretien sur elle ne savait pas quoi (la pluie, le beau temps ?) avec un vieux, qui plus est aveugle… et PAS commode ?? Ine dévisagea le gardien interloquée, et s’engagea dans les escaliers sans demander son reste.

Arrivée devant la porte fatidique, elle s’arrêta pour reprendre son souffle. Elle essuya son front où perlait de la sueur, inspira profondément. Elle avançait sa main pour frapper quand elle entendit :

« Ne reste pas sur le pas de la porte. Entre. »

Impossible de percer l’intonation de la voix. Etait-il irrité, accueillant ? Ine sentit son cœur battre la chamade. Elle ouvrit la porte.

MessageSujet: Re: Entretien avec un vieux   Mer 2 Juil - 14:19

Elle arrivait, les imperceptibles craquements de l'escalier le lui disaient. A l'odeur du vieux bois, tant de fois rués de coups de pied, tant enfantin qu'adulte, se mêlait la douce senteur de la jeunesse. Une fragrance délicate et subtile, toujours différente et pourtant si semblable...

Un autre rappel des souvenirs passés...

Lui aussi avait put se blottir dans des bras à la peau douce et aux senteurs précieuses. Aujourd'hui ne devait pas être une bonne journée, trop de mélancolie, peut-être valait-il mieux rentrer, prendre une journée de repos et congédier l'étudiante. Depuis qu'il était revenu à Kiri no Kuni, depuis qu'il avait été capable de marcher correctement et d'aligner assez mots pour former une phrase cohérente, Kenji avait repris du service, sans jamais prendre un seul jour de congé, pour qu'on ne puisse pas dire qu'il n'était pas à la hauteur, mais aujourd'hui...

Aujourd'hui était un jour différent des autres...

Elle était sur le pallier. Il la devinait légèrement anxieuse, peut-être un peu trop. Fine, sûrement, le parquet ne mentait pas. Elégante ? Il ne le saurait jamais, si ce n'est par les on dit. Son dossier académique n'était guère épais, cela n'avait pas empêcher le vieux baroudeur de le lire deux fois, entièrement.

L'imprécision lui avait déjà coûté assez cher comme cela...

Il ne serait plus de ceux qui font des erreurs grossières. Il ne voulait plus faire d'erreur, impossible, même pour lui. Seul les morts ne peuvent plus faire d'erreur, il le savait. Un point de plus pour la Faucheuse.

Elle s'était arrêtée sur le pas de la porte. Hésitante ? Certainement, pour peu qu'on lui est conté un de ses exploits. Machinalement, d'un ton des plus détachés, d'une neutralité glaciale, il l'interpella.

"- Ne reste pas sur le pas de la porte. Entre."

Elle s'exécuta et quelques secondes plus tard, elle se tenait là, face à lui. Bien sûr, il ne pouvait la dévisager, toutefois elle devait bien sentir que le vieil homme la jaugeait, suivant es critères qui étaient propres aux non-voyants.

Il ne lui proposa pas de s'asseoir, c'était à elle de décider si elle le souhaitait, et à Kenji de juger si cela était déplacé ou non. Le jounin se saisit du dossier en braille, ouvrit la première page, et relut le nom qu'il connaissait déjà. Il ne manqua pas de faire voir la première page à Ine, d'une manière plus ou moins discrète, juste au dessus de l'écriture pour aveugle, son nom apparaissait en gros, suivi de la mention "dossier".

"- Ine Watagumo, je présume", ce n'était pas une question, Kenji en était sûr, il s'agissait juste de son entrée en matière. Une présentation, mais à sens unique. Le vieil homme n'avait pas besoin de se mettre en avant, il n'en avait plus besoin depuis longtemps. Puis comme s'il lisait les pensées de l'étudiante, il reprit.

"- C'est donc le jeune Azechi qui t'envoies. Il pense que j'aurais de bons conseils pour toi. Il n'a pas totalement tort."

Il marqua une pause, faire la discussion seul ne le dérangeait plus. C'était plus reposant.

"- J'ai effectivement un bon conseil pour toi. Arrête ton apprentissage, redevient civil, tu ne sers à rien à Kiri."

Il pouvait sentir la surprise, l'étonnement, l'agacement ? Peut-être même la colère de la demoiselle, mais d'un simple signe de main, il lui intima de se taire. Au passage, il profita de son désarroi pour s'introduire subtilement dans son esprit. Comme tous les jeunes gens, elle était facilement manipulable. Elle ne remarquerait jamais sa présence au sein de son mental s'il restait si discret. Il eut un léger rictus de satisfaction.

"- Voilà plus de six mois que tu as intégré l'Académie, et je ne vois nul mention de réels progrès, ni d'accomplissement de missions, ou plutôt d'opérations d'aides civiles, plus couramment appelées mission de rang D. Kiri te nourris, te loges, te formes,mais toi que fais-tu pour lui ? La réponse est rien. C'est pourquoi, je pense que quitter les rangs de Kiri serait l'une des meilleures idées que tu n'aies et n'auras jamais."

Sa voix n'avait pas varié tout au long du monologue. Il était totalement resté maître de sa personne. Il allait avoir le droit à des jérémiades ou alors un accès de colère, mais qu'importe, la journée était de toute façon perdue, alors autant qu'elle ne le soit pas que pour lui...

MessageSujet: Re: Entretien avec un vieux   Mar 8 Juil - 18:07

« C'est pourquoi, je pense que quitter les rangs de Kiri serait l'une des meilleures idées que tu n'aies et n'auras jamais. »

Surprise/ Incompréhension. Je recule de plusieurs pas sous la violence froide de l’invective inattendue. Un instant je revois l’expression de compassion du gardien de l’académie et je commence à comprendre. Un goût amer de bile m’emplit la bouche.

Colère/ Frustration. La première réaction de la jeune femme fut de serrer les poings. Des pensées venimeuses traversaient à toute vitesse son esprit

« Non mais, pour qui il se prend celui-là ? »

« Il me connaît même pas, et il m’envoie balader comme une vulgaire gamine ? »

« Encore un shinobi qui n’en a rien à foutre des gaijin et qui ne comprendra jamais ! »

Un sentiment de révolte fit sursauter Ine. Etonnée par le fiel de son esprit, elle sentit la tension monter en elle comme dans une cocotte minute. Ses poings étaient blancs et ses lèvres tremblaient sous l’effet de l’énervement qu’elle tentait de retenir à tout prix. Elle eut la nette impression d'imploser et d’exploser à la fois.

Découragement/ Abattement. « Il a raison ! » Soudain écrasée par la triste vérité, la tension s’évacua d’un coup et la laissa toute vide. Ine tomba à genoux.

« Voilà plus de six mois que tu as intégré l'Académie, et je ne vois nulle mention de réels progrès, ni d'accomplissement de missions, ou plutôt d'opérations d'aides civiles, plus couramment appelées mission de rang D. Kiri te nourris, te loges, te formes,mais toi que fais-tu pour lui ? La réponse est rien. »

Etait-ce possible qu’elle soit à ce point inutile, elle qui n’avait d’autre vocation que d’aider les gens ? Etait-elle si nulle, elle qui était si fière d’avoir réussi à appréhender le genjutsu et à se l’approprier ? Devait-elle s’en aller ?

Courage/ Confiance. Non. Elle ne le pourrait tout simplement pas, parce que désormais elle était kiréenne, quoi qu’en dise le vieillard.

« C’est trop facile, Ine-chan, de te rendre sans te battre. Est-ce ce que tu as appris de Zen, de Ren’, de Takeo ? Non, et ces gens comptent sur toi. »

Ine sourit doucement. Elle n’allait pas se laisser faire ! Elle se releva, s’avança vers le bureau sur lequel elle posa ses mains. Puis elle pencha sa tête pour se mettre à hauteur des yeux morts de Kenji Eichino et elle fit :

Audace, Défi, Passion.
« Maintenant c’est à moi de parler, Monsieur. »

Elle attendit une quelconque réaction qui ne vint pas. Se sentant encouragée -peut-être avait-elle attisée la curiosité du vieux ?- elle se lança :

« Je sais que je ne suis qu’étudiante, et que vous êtes jounin. Je vous dois donc le respect, et je crois que je n’en ai pas manqué à votre égard depuis mon arrivée. Mais puisque vous semblez me prendre pour une moins que rien, j’estime que j’ai le droit de me défendre. Je sais que la journée n’est pas belle, que l’atmosphère est étrange ce matin. Cependant, ce n’est pas une raison de passer votre mauvaise humeur sur moi. »

Ine avisa le fauteuil qui faisait face au bureau et elle s’y laissa tomber.

« Depuis que je suis à Kiri, on m’a toujours jugé sur mes actes et non à partir des données d’un stupide dossier administratif. Mais peut-être avez-vous perdu votre sens du jugement avec vos yeux ? Cela fait déjà six mois que je suis ici, c’est vrai. Vous dîtes que je ne fais aucun progrès réel ? J’ai dix-neuf ans Monsieur, et je suis arrivée à Kiri sans rien connaître au chakra. J’ai travaillé dur pour redévelopper mes centres de chakra qui s’étaient atrophiés, et aujourd’hui Zen pourrait vous dire que je m’en sors plutôt bien, et je sais qu’il n’y croyait pas trop au début. »

Elle se redressa sur le fauteuil, jouant avec une mèche de cheveux. Elle fixait toujours le vieux qui ne bougeait pas, mais elle avait l’impression qu’il soutenait son regard tout de même, malgré son infirmité, malgré le chapeau qui couvrait ses yeux morts. Elle avala sa salive et poursuivit de plus belle :

« Vous dîtes que je n’ai pas fait de mission. C’est vrai, je n’ai pas fait de mission, au moins officiellement. Mais le but des missions de rang D est d’aider les gens n’est-ce pas ? Ce que j’ai fait, en aidant deux shinobi à se réconcilier avec eux-même. Je ne donnerais pas de noms parce que je préfèrerais mourir que de les dénoncer, mais je suis en accord avec moi-même là-dessus. Pardonnez-moi d’être encore humaine, pour moi le devoir d’un shinobi c’est avant tout d’aider les autres. »

En parlant de Ren’ai et de Takeo, Ine avait eu du mal à contenir son émotion. Pensant à un autre évènement, elle tenta de chasser ce sentiment troublant :

« J’ai réussi à me sortir d’un genjutsu puissant tendu par le kansen Sorincha avec Sinaleia. Nous étions les otages de la jalousie que Sorincha nourrissait envers Chihiro, la disciple de l’ancien Mizukage qui nous est apparu ce soir-là. Cela figure-t-il dans votre dossier ? Nous n’en avons parlé qu’à Nimuro alors. »

En repensant à cet évènement, Ine se rappelait le froid et la peur qui l’avait habitée à ce moment-là. Ce n’était pas la même sensation que les genjutsu de Zen qui agissait directement sur ses peurs intimes, puisque ce genjutsu avait créé toute une nouvelle dimension autour d’elle et de Sinaleia. Sans doute fallait-il être très puissant pour y parvenir. Elle se rapella que Sina était très jeune mais qu’elle avait été très courageuse.

Ine murmura :

« Je n’ai pas les facilités d’un enfant de huit ans puisque je suis arrivée tard. Mais avant de rejoindre Kiri j’ai parcouru les routes pendant un an. J’y ai appris le théâtre, et j’ai pu me rendre compte par la suite combien c’est un avantage inestimable pour le genjutsu. Si j’avais suivi mon attirance initiale pour le ninjutsu, sans doute auriez-vous raison aujourd’hui.

Kiri me loge, me nourris? Ren’ai me loge et me nourris et il a payé de sa jeunesse à Kiri. Kiri me formes ? Oui, Zen m’enseigne le genjutsu, et il m’a envoyé pour parler des effets d’un genjutsu bien plus puissant que celui qu’il me fait subir, et qui pourtant a bien failli me faire abandonner. Je ne connais pas votre histoire Monsieur, et je ne sais pas ce qui vous a valu cette infirmité. Moi aussi j’ai souffert, et je lutte encore pour y être indifférente, pour que les pupilles, horreur et autres ne me fasse plus autant d’effet que la première fois. »


Ine se leva. Elle était heureuse que le vieil homme ne puisse voir les larmes silencieuses qui roulaient sur ses joues.

« Pendant ces six mois beaucoup de choses se sont produites, et ces choses font qu’aujourd’hui je me sens kiréenne. Et cela, ne vous en déplaise, même avec les pires humiliations vous ne pourrez me le retirer. »

Elle tourna les talons et se dirigea vers la porte…

Au moment d’ouvrir la porte, Ine se surprit à sourire. Elle se retourna et interpella l’aveugle :

« Je ne vais pas fuir car je ne suis pas lâche. Laissez-moi vous montrer, sensei, de quoi je suis capable. Mettez-moi à l’épreuve ! »

Mortification. « Mince, j’y suis peut-être allée un peu fort !» Je me mords la lèvre inférieure et attends la réaction du vieil homme avec appréhension.

MessageSujet: Re: Entretien avec un vieux   Mer 9 Juil - 20:03

Kenji ne souriait pas, non il n'y avait pas de quoi rire, ni même pleurer. Son visage était dénué d'expression ce qui pouvait correctement se comprendre pour un homme qui était mort émotionnellement parlant depuis des années. Il avait eut le droit à un grand plaidoyer, mais au fond cela l'avait plus ennuyé qu'autre chose. Il sortit sa petite bourse de tabac. Il connaissait bien cette odeur, ocre et puissante à la fois. Il entendit Ine se lever et se diriger vers la porte. Il aurait put la laisser partir, après tout, elle signait ainsi elle même son acte de démission. Il n'aurait rien et l'on ne pourrait rien lui reprocher. Quoiqu'il se souciait bien peu de ce que l'on pourrait lui dire. Elle s'arrêta sur le pas de la porte, mis ouverte, une bourrasque d'air frais s'engouffra dans la salle. Il portait tant de senteurs...

Elle lui demandait de la mettre à l'épreuve. Risible...
Tranquillement, il se racla la gorge.

"- Et c'est tout ?...", sa voix était neutre, mais devint bien vite sarcastique.
"- Après cette admirable défense, j'aurais bien versé une larme si cela ne faisait pas quelques années que je ne suis plus en mesure de le faire.", ses agresseurs avaient bien pris soin de tout brûler, même les glandes lacrymales.
"- Comment ai-je peut-être si...si aveugle devant tant de sacrifices de sa personne. C'est un véritable sacerdoce que vous menez là, ma chère."

Le choix des mots n'était pas anodin. Cependant se devait en être trop, la plaisanterie n'amusait personne. Ine décida qu'il était temps de quitter les lieux, pourtant au moment de passer la port, elle eut comme un blocage. Ses muscles ne semblaient pas répondre.

"- Jeune fille, savez-vous ce que cela signifie passer cette porte sans mon consentement ?", sa voix était redevenue aussi impassible qu'au début de la rencontre. Évidemment que la kunoichi se doutait de ce qu'il se passerait si elle passait la porte...

"- Vous souhaitiez une mise à l'épreuve, ma chère...
En voici une partie. Alors vas-tu déjà baisser les bras ou revenir me faire face ?"
, d'une manière qu'Ine ne devait pas avoir prévue, Kenji avait été pris au "jeu". Aucun élève qu'il avait personnellement voulu briser n'avait put à la suite de l'entretien construire une phrase complète. Pour la plupart, il avait fallut plusieurs mois de rééducation intensive pour réparer la majeur partie des dégâts psychologiques infligés par Kenji. Les cas étaient rares, d'autant plus que le jounin veillait généralement à ne léser aucune zone du cortex et mettait en place dans l'inconscient de la victime un processus d'oubli, permettant de dissiper petit à petit les moments traumatisants. Il avait failli être radier pour cela à plusieurs reprises, mais à chaque fois ses faits d'armes passés, son histoire, les soins qu'il apportait à sa victime et la nouvelle docilité de l'élément "secoué" l'avaient tiré d'affaire.

Si Ine perdait la partie, elle serait la prochaine. Assurément aujourd'hui ne serait pas un bon jour pour eux deux...

"- Mettons de côté ton incapacité à être d'une quelconque utilité...", elle voulut le couper, Kenji ne lui en laissa pas l'occasion et en lisant des brides de ces pensées, il rétorqua.

"- Je me contrefous de Ren'ai et Takeo. Quant à cette histoire de démon Sorincha, je trouve qu'il s'agit d'un joli conte. Maintenant passons."

Ine était revenue s'asseoir dans son siège. La luminosité de la pièce commençait à diminuer. Dehors de sombres nuages semblaient couvrir le ciel, pourtant une lumière blafarde semblait faire ressortir les traits du jounin.

"- Zen t'a dis de venir me voir pour parler d'illusions, de supercheries, de duperies...de genjutsu."

A ce moment, comme régler comme un horloger, un éclair zébra dans le ciel. La salle était presque plongée dans l'obscurité, renforçant le caractère dérangeant de cette rencontre.

"- Que sais-tu de cet art ?"

MessageSujet: Re: Entretien avec un vieux   Mar 22 Juil - 12:53

Je me suis rassise. De toute façon, je n’avais pas vraiment le choix. Je me sens comme vide, apathique ; le vieillard a décidé de me briser, je n’ai plus qu’à tenter de limiter les dégâts. Envolé, tout sentiment de révolte, toute volonté de montrer de quoi je suis capable. Je ne suis plus que la spectatrice de ma propre résignation, et je ne me reconnais même pas.

L’éclair soudain qui traverse la pièce ne me fait même pas sursauter. Mauvais effet, pour un mauvais scénario. Je glisse vers des cieux mentaux plus cléments, fuyant la tempête de mes pensées négatives. Je préfère coincer mes jambes sous mon menton et réfléchir à la question qui vient de m’être posée. Le Genjutsu. Même mes neurones semblent se liguer contre moi. Un regain de mauvaise humeur me surprend :

« Si vous attendez de moi que je recrache les bouquins, n’espérez… »

C’est idiot.Tais-toi, tais-toi ! Réponds juste à la question, Ine-chan. Tes rebuffades le font rire plutôt qu’autre chose. Tu n’es qu’une petite fille, il est le maître absolu. Tais-toi, tais-toi, et réponds juste à la question.

« Le Genjutsu… » j’hésite un peu, je cherche l’expression exacte pour définir ce que je ressens vis-à-vis de ma discipline, mais les mots m’échappent un peu.

« Le Genjutsu est une émotion que l’on insuffle dans l’esprit de quelqu’un. Cette émotion se nourrit de ce qu’il y trouve de torturé, et cela permet de susciter de la peur. On m’a dit un jour qu’il suffisait de connaître les peurs d’un adversaire pour le dominer complètement. »

Minute, Papillon ! De quoi as-tu le plus peur ? Des images viennent assaillir mon esprit, que je repousse violemment. Trop facile, mais de quoi as-tu le plus peur Ine ? Les mêmes images reviennent à la charge. Attends, Ine ! Takeo ?

Je redresse la tête et scrute le visage toujours inexpressif de Kenji. Takeo ? Non, il ne peut pas avoir entendu parler de Takeo dans mon dossier. Ren’ai, peut-être, je vis chez lui. Takeo ? Je sens l’affolement m’envahir. Où, sinon… dans mon esprit ?

Par les Fortunes ! Ce type est dans ma tête, il est dans ma tête et il peut sans doute tout y lire, mes pensées, mes souvenirs, depuis le début dans ma tête, dans ma tête… Je me sens violée une seconde fois, et c’est presque pire. Qu’il s’en aille, qu’il s’en aille ! Mais comment m’en débarasser ? Le Kaï ? Non, c’est un maître Genjutsu, je ne peux pas m’en débarrasser aussi facilement. Dans ma tête…

Je suis coincée. Même si je trouvais une solution pour piéger sa parcelle d’esprit qui a percé mes derniers retranchements, mon esprit, mon moi, il capterait le flot de mes pensées. Je suis coincée. Cette constatation me laisse un goût métallique de sang dans la bouche, alors que je me suis mordue involontairement la langue. Sans raison particulière, j’éclate de rire.

« Vous me manipulez, et ce depuis le début. » Mon ton est calme et posé. Je forme un vide artificiel dans mon esprit, et je perçois enfin la vibration, infime, de cette part de Kenji qui est en moi. Je souris, impressionnée.

« Je suis une petite fille, et vous le maître absolu. Cette pensée ressemblait vraiment à l’une des miennes. J’accepte ma défaite, Monsieur, puisque je ne suis pas de taille à lutter contre vous. Allez-vous-en, s’il-vous-plaît. »

J’aurais voulu supprimer l’intonation de cette dernière phrase, qui ressemblait à une supplique. Je me sens soudain très fatiguée.


[désolée pour le temps de réponse, j'ai pas souvent accès à internet en ce moment]

MessageSujet: Re: Entretien avec un vieux   Sam 6 Sep - 11:40

Kenji n’avait rien dit, il s’était juste contenté d’écouter son interlocutrice, sans qu’une émotion ne le trahisse. Elle ne voyait pas vraiment où il voulait en venir avec sa question sur les illusions, ce qui se traduisit par une réponse colérique, mais rapidement maîtrisée. Il laissa faire et commença à accentuer son étau mental sur la jeune femme, pour mieux diriger...la diriger.

Elle ne mit guère longtemps à comprendre qu’il s’était introduit dans son esprit, il sentait le conflit d’émotions qui y régnait. Elle avait réduit le genjutsu à son influence sur la zone du cortex cérébral lié aux émotions. LA réponse était vraie, mais incomplète. Certes une grande part des technique de genjutsu se basait sur la peur, la crainte, l’appréhension, mais c’était être terriblement réducteur que de définir l’art des illusions uniquement par la terreur.

Elle essaya de se débarrasser involontairement de cette présence, gênant, privant de l’intimité des pensées, mais c’était quasiment impossible. Le manque d’expérience de la kunoichi la trahissait.

«- Je dirais plutôt que le genjutsu, c’est l’art de créer et d’imaginer. D’un point de vue purement théorique, nous sommes capables de stimuler n’importe quel zone du cerveau d’un individu et de ce fait modifier l’ensemble de ses perceptions, mais aussi de ses souvenirs, de ses aspirations et même de son comportement. »

Elle était intelligente, et énonça à haute voix ce qu’ils savaient tout les deux. Il était en elle. L’étudiante tenta de faire le vide dans son esprit, ne laissant alors transparaître aucune émotion à la surface de ses pensées, bloquant implicitement les actions de Kenji, qui se voyait soit contraint de s’enfoncer plus profondément dans l’esprit de la jeune femme, soit de rester inerte. Il avait tout le temps pour se décider et ne voulait pas brusquer les choses, la première solution aurait trop éprouvé son interlocutrice et il n’était pas sur que ses paroles restent alors intelligibles pour elle. Que l’on soit bourreau ou amant, on devait prendre son temps. Sans accorder plus d’importance à ses paroles, il continua son petit exposé.

«- La puissance du genjutsu ne vient pas de ses techniques. Non...nous sommes bien plus raffinés que ses brutes de combattants ou ces prétendus spécialistes en arcanes qui ne jurent que par la puissance octroyée par leur dernier apprentissage en date. »

Elle lui demanda de se retirer de son esprit, il ne sourit pas. On n’implore pas la pitié, jamais. Un vieux souvenir refit alors surface...
Moins d’une semaine après sa capture et le début des séances de tortures par ses ennemis, il avait déjà commencé à demander à ce qu’on l’achève plutôt que ses gardiens continuent leurs sinistres offices. Toutefois, il n’avait jamais rien révélé ou alors pas consciemment.

«- Couiner et gémir ne me semblent pas des attitudes dignes d’une kunoichi, jeune fille... »

Ine ne dit rien, à moitié abattue, à moitié déterminée. Dehors le temps était toujours maussade, Kenji détestait ce jour, plus que tout les autres. Il continua à parler...

«- Seul l’intelligence est nécessaire à un maître en genjutsu. C’est sa force, lui permettant de surpasser tout les autres combattants. Sa ruse et sa réflexion lui permettent de prendre l’avantage sur n’importe quel adversaire, pris dans ses illusions. Et toi, jeune fille ? Es-tu intelligente ? »

Il y eut un long silence et aucune réponse. Ine devait dévisager Kenji, tout comme le vieux jounin humait doucement l’air pour s’imprégner des senteurs ambiantes et en déduire les réactions de sa partenaire. Le seul bruit étai celui du vent qui frappait par instant aux fenêtres du bureau.

«- Je pense que tu peux être intelligente...très intelligente, mais que pour le moment ce n’est pas ta priorité, tu préfères flâner en ville, certainement. Néanmoins, cela va le devenir, que tu le veuilles ou non. Bien entendu, la première option est préférable. Tout le monde s’accorde à dire qu’il n’y a rien de plus formateur que la réalité du terrain, je vais donc t’y envoyer... »

Sous ces dehors d’ordres et de méchanceté, on pouvait clairement déceler l’encouragement. En effet pour pouvoir être sur le terrain, il fallait sortir du village...et être promu au rang de genin.

[Désolé pour le temps d’attente. : /]

MessageSujet: Re: Entretien avec un vieux   Mer 17 Sep - 15:51

La… réalité du terrain ? Un flot d’émotions contradictoires emplit l’esprit de la jeune kunoichi qui ne put qu’attraper virtuellement celles qui ne convenaient pas à la présence de Kenji dans sa tête. Indirectement, il lui proposait d’accéder au rang de genin. Sous réserve, bien entendu, qu’elle parvienne à remplir la mission qu’il lui donnerait. Forcément, aux yeux du petit entretien auquel elle avait eu droit, Ine ne pouvait s’empêcher d’être effrayée. Même, elle avait très peur, mais avant tout elle ne voulut pas le faire sentir au vieux jounin.

Ine ne répondit pas. Kenji pouvait tout lire en elle, à quoi bon ? Elle s’y était faite. Elle commençait même à prendre la mesure de ses paroles, la modification des perceptions ou du comportement, l’intelligence plus que la force brute. Etait-elle intelligente ? C’était une vraie question à laquelle elle aurait voulu répondre oui. Mais, avec le recul, elle n’avait fait qu’agir comme une idiote depuis son arrivée à Kiri, à croire qu’elle pourrait se passer des combats, à apprendre le Genjutsu comme une pratique « magique » qui lui servirait à comprendre les gens pour mieux les aider, à penser qu’elle ne jouerait au jeu de la kunoichi qu’avec des amis et non pas des adversaires qui en voudraient à sa vie. Oui, elle s’était lourdement plantée. La prise de conscience était rude, mais nécessaire. Et pourtant, Kenji semblait croire – ou était-ce encore une ruse ? – qu’elle avait cette capacité à être intelligente, et il voulait lui en donner les moyens. Qu’avait-elle pu faire, ou dire, qui avait changé les dispositions du vieil homme à son égard ? Une pression légère dans sa tête l’empêcha de creuser plus la question.

« Je veux être intelligente » fit-elle, soudain déterminée. Elle plongea son regard dans les yeux morts de Kenji qui, malgré tout, semblaient la pénétrer. Elle se leva et se pencha vers lui, alors que plusieurs mèches rebelles s’enfuyaient pour frôler le visage du jounin.

« Ce n’est pas une certitude fausse, ni une bouffée d’orgueil ou un caprice de gamine. Vous avez tout le loisir de le vérifier là où vous êtes. Si je ne veux plus gémir ou couiner, et avoir l’intelligence nécessaire pour pratiquer le Genjutsu, alors faîtes de moi ce que vous voulez. Je me donnerai entièrement à cette tâche que vous me confierez. »

Ine se redressa un peu. Voilà, les mots étaient dits, et peut-être scelleraient-ils son destin. Néanmoins, il manquait encore quelque chose pour prouver sa détermination, mais cette chose était dure à dire et elle lui tira des larmes qui tombèrent en frappant le bureau d’un son mat.

« Si… si je venais à échouer, je jure de quitter Kiri. Maintenant que vous m’avez fait prendre conscience de ma stupidité, je ne pourrais revenir en sachant que j’ai manqué votre épreuve d’intelligence. »

Bien sûr c’était risqué, car il lui avait clairement dit qu’il la jugeait inutile. S’il le voulait, il pouvait lui imposer une mission qu’elle ne pourrait pas mener à bien, ou encore la faire tuer pour en être débarasser. Elle serait séparée de Takeo, de Ren’ai et des autres, séparée du village où pour la première fois elle s’était sentie chez elle. Quitter Kiri ne lui laissait aucun avenir…

Ine se redressa complètement et, essuyant ses yeux d’un revers de la main, se dirigea vers la fenêtre par laquelle elle passa la tête. Les nuages s’étaient un peu dissipés, l’air humide lui remontait dans les narines et, plus haut, un oiseau avait commencé à siffloter. L’atmosphère avait changé et Ine se sentit soudain un peu plus joyeuse, un peu moins défaitiste. Si Kenji était sport, il ne lui imposerait rien qu’elle ne puisse, avec la réflexion qu’il lui demandait, résoudre. Les larmes étaient inutiles. Elle devait simplement avoir plus confiance en elle. Et puis, les routes, elle connaissait !

Ine se retourna et il lui sembla percevoir des odeurs que son odorat n’était pas en mesure de sentir. Des odeurs de boiserie, de pluie et une fragance plus délicate, un peu comme celle que dégageait Takeo…

MessageSujet: Re: Entretien avec un vieux   Jeu 16 Oct - 17:53

Finalement il semblerait que l’on puisse tirer quelque chose de cette étudiante. Elle savait se plier à l’autorité ou tout du moins elle se pliait à la sienne. Le ciel était toujours terne tout comme l’humeur de l’individu. Il n’avait pas de mission sous la main, mais comme chaque année le tournoi chuunin ne tarderait pas. Cette épreuve était suffisante pour jauger de la motivation et de « l’intelligence » de cette kunoichi.

Il avait toujours envie de la broyer, cela aurait été si simple, si facile. Elle n’aurait pas résisté ou si peu.

Mais il n’y avait pas besoin d’aller jusque là. Il savait le mal qu’il faisait. Il n’en ressentait aucune culpabilité, ni de fierté. D’une certaine manière, il savait que cela devait le soulager et c’était ignoble. Les autres craquaient, comme lui.

Ine aurait perdue, brisée. Cela n’aurait été qu’une question de temps, comme à chaque fois. Mais il n’en était rien. Kenji avait à faire, voir une tombe, mettre quelques brins de fleurs, se souvenir, pleurer, se torturer encore et encore...et fumer plusieurs roulés de son excellent tabac.

Il n’avait pas le temps pour jouer plus longtemps avec la fillette. Elle devait grandir et devenir une véritable kunoichi.

«- Je te demande de survivre au prochain tournoi chuunin. Si tu y arrives, tu pourras garder ton bandeau, sinon je veillerais à ce que l’on te l’ôte. »

Il y eut un long silence, que dire de plus ? Que faire de plus ? Ine semblait attendre une réaction, une parole supplémentaire du vieil homme.
Il se leva de son siège, regarda dehors, par la fenêtre. Etrange pour un aveugle...

«- Couvres-toi. Il va pleuvoir. Tu as intérêt à être en forme pour ton entraînement. »

La surprise se lisait sur son visage. Elle ne comprenait pas. Décidément, il y avait beaucoup de travail à faire.

«- Zen t’a envoyé à moi pour que je te sortes de la médiocrité dans laquelle tu sembles te complaire. »

Un compliment, cela fait toujours plaisir. Elle ne bougeait toujours pas. Kenji saisit son couvre-chef sur son porte manteau et s’en vêtit.

«- T’es toujours là ! Mais tu attends quoi ? Le déluge ? Pourquoi tu n’es pas à la bibliothèque en train d’éplucher les livres sur le genjutsu. Tu crois quand même pas que je vais d’expliquer les bases de l’art, c’est bon pour les mauvais ça ! Tu as intérêt à être à la hauteur lors de notre prochaine rencontre... »

Ine ne s’était pas fait prié et avait commencé à filer, glissant un « merci ». Merci pour quoi ? Pour l’avoir nommé genin ? Pour avoir décider de l’entraîner personnellement ? Ou pour être un vieux shinobi aigri et bouffis de remords ?

MessageSujet: Re: Entretien avec un vieux   Jeu 27 Nov - 16:04

[merci bcp pour ce RP très agréable. J’ai vraiment eu l’impression d’être Cameron entre les mains du Dr House n__n. Bien sûr, j’accepte sans problème les enseignements de Kenji (et même je demande^^) mais je ne peux être présente fréquemment malheureusement. Sinon, je susi bien genin maintenant non ?]

A la sortie de l’Académie, Ine s’arrêta. Un instant, elle se demanda si tout s’était effectivement passé, parce que ça avait été si irréel, parce que rarement elle s’était sentie si minuscule. Elle avait été comme une souris entre les pattes d’un vieux chat : Kenji s’amusait avec elle. Et, si elle ratait ce fichu tournoi qu’on disait si difficile, il se lasserait d’elle, il la mangerait toute cru, et c’en serait fini de Watagumo Ine.

Comme l’avait prédit le vieux, la pluie se mit à tomber, une pluie drue et froide qui s’insinua en elle comme un serpent glissant le long de sa colonne vertébrale. L’espace d’une seconde Ine ne sentit plus les gouttes fouetter son visage. Kenji était à côté d’elle et il la regardait, Ine l’aurait juré ! Mais d’un air désapprobateur. Elle le dévisagea à son tour, puis elle plaqua ses cheveux mouillés derrière ses oreilles et dirigea ses pas vers la bibliothèque. Elle ne regarda par-dessus son épaule que plusieurs minutes après, Kenji faire route vers le cimetière semblait-il. En des temps ordinaires, la curiosité l’aurait poussée à le suivre, pour voir la blessure que cachait le cœur du vieil homme aigri.

Mais les temps n’étaient plus ordinaires. Elle devait « sortir de la médiocrité dans laquelle elle semblait se complaire ». Etre acceptée comme élève de Kenji était sans doute la pire chose qui aurait pu lui arriver. C’était aussi sans aucun doute la meilleure. Les choses avaient été compliquées avec Zen, parce qu’elle s’était trop impliquée émotionnellement. Ine détestait la marionnette qu’elle était devenue entre les mains de Kenji, et haïr le marionnettiste lui faciliterait son apprentissage. Un jour, elle se débarasserait de ses fils. Pour cela, elle devait laisser glisser sur elle les humiliations comme autant de gouttes de pluie. Après tout, pas d’émotions pour un pantin…

Ine poussa la porte de la bibliothèque. Elle n’y était entrée qu’une fois depuis son entrée à l’académie. Elle avait beau savoir lire, les manuels n’étaient pas son truc. Elle préférait entendre les mots de la bouche de Zen parce qu’immédiatement ils prenaient un sens, pas comme ces séries de lettres alambiquées qu’il fallait décortiquer pour en comprendre l’essence. Mais puisque Kenji ne lui laissait pas le choix…

Les rayonnages sentaient un peu le moisi, sans doute l’espèce d’ambiance humide de Kiri qui attaquait la cellulose. On voyait bien d’ailleurs, que la spécialité élémentaire de Kiri était l’eau ; Ine ne comptait plus les intitulés du style « Maîtriser la discipline de l’Eau » et autres « Ninjutsu Aqueux » qui traînaient un peu partout sur les étagères. Le rayon consacré au genjutsu était plus limité, une vingtaine de bouquins à peine, entassés dans un coin sombre. A la réflexion, Ine ne connaissait que Zen, et Kenji comme Maîtres Genjutsu. Elle n’avait toujours pas rencontré d’autres étudiants dans la même discipline que la sienne.

Ine se pencha, souffla la poussière des couvertures et choisit un ouvrage qui semblait complet, sur les bases du Genjutsu. Installée à une table isolée, elle commença à tourner les pages sans parvenir à se concentrer. Le Genjutsu, c’est l’art de créer et d’imaginer, lui avait dit Kenji. Comment se cantonner à des propos miteux sur la domination d’un adversaire quand le vieux juunin avait étendu la discipline à tout un champ de possibilités ? S’il avait raison, apprendre des techniques pour faire peur à adversaire était terriblement réducteur. La première chose à faire, n’était-ce pas plutôt une sorte de gymnastique de l’esprit ? Elle s’était jusqu’ici jetée dans le concret sans imaginer l’importance que cela pourrait avoir. L’intelligence, la ruse, la réflexion étaient, selon Kenji, les clefs qui donnaient l’avantage sur l’ennemi. Comment apprenait-on à être intelligente ? Ine regretta de n’avoir pas sous la main un manuel « Intelligence : mode d’emploi ».

En attendant, Ine se releva et fouilla un peu plus dans le rayonnage. Elle finit par trouver un fascicule qui parlait de souplesse d’esprit. L’auteur mettait des mots simples sur ce concept très difficile à appréhender pour la jeune kunoichi. Il expliquait en ces termes :


[L’esprit est la chose la plus vulnérable d’un homme. Il contrôle les perceptions, les souvenirs, agit sur le comportement. Contrôler l’esprit d’un autre, c’est d’abord maîtriser parfaitement le sien, ce qui nécessite un travail sur soi. Le maître mot est d’être de pierre.]


Curieusement, Ine sentait tout ce pour quoi elle s’était battue fondre comme neige au soleil. Ce que disait le livre signifiait la mort temporaire de sa personnalité. Tant qu’elle ne serait pas capable d’instantanément oublier ce qui lui avait toujours semblé juste, elle resterait Ine et ne serait jamais habile à la pratique du Genjutsu. Travailler dur pour contrôler le jeu, c’était devenir schizophène, laisser celle qu’elle était au placard, se combattre et se constituer un autre « moi » indifférent à tout. La réflexion en elle-même commençait à construire cet être. Ine se replongea dans sa lecture :

[Une fois l’état d’indifférence atteint, l’esprit doit visualiser celui des autres. Si l’éthique interdit d’utiliser un jutsu physique sur toute personne non concernée par l’exercice du shinobi, la vérification d’un tel usage avec le genjutsu est impossible en pratique. Apprendre à manipuler des esprits « innocents » pour accomplir de simples actions peut permettre de mieux appréhender la gymnastique spirituelle.]

Ine se mit à rire. L’ouvrage était un peu subversif. Cela lui rappela la forteresse intérieure de Zen quand elle s’était essayée à l’horreur. Ce devait être la première fois qu’elle touchait d’aussi prêt à son art. Ine observa pensivement le fascicule dont l’auteur était inconnu et décida de s’entraîner à cette première étape…

Assise sur un banc, indifférente à la pluie qui la faisait ressembler à une éponge gorgée d’eau, Ine s’enfonçait dans les tréfonds de son être. Son propre esprit n’était pas une forteresse mais elle le visualisait comme un échiquier. Le blanc d’Ine la justicière, le noir d’Ine l’implacable. Elle était la reine des deux camps, son roi blanc était Ren’ai et son roi noir Kenji. A côté de la reine blanche le fou, un brigand des routes aux yeux de déments, l’homme à supprimer le premier. Les autres pions étaient encore trop flous pour revêtir une signification.

« Mademoiselle ? »
Ine ouvrit les yeux et les plongea dans ceux de l’homme qui, penché sur elle, l’avait légèrement secouée pour vérifier qu’elle ne dormait pas. Les gouttes frappaient violemment la toile du parapluie qu’il avait déployé au-dessus de leurs têtes. Sans plus réfléchir, elle se projeta en avant et l’homme recula légèrement, les yeux grands ouverts. Pour la discrétion, tu repassera Ine !

« Vous allez bien Mademoiselle ? Vous devriez rentrer chez vous, vous allez attrapez froid. »
Il était restaurateur, un honnête homme sans histoire, quelques hontes à cacher, quelques peurs sans grande importance. Innocent, l’esprit n’avait pas de barrière compacte comme chez Zen, et, si elle avait eu de mauvaises intentions, Ine aurait pu y faire ce qu’elle voulait. Elle se contenta de ressortir sans faire de vagues. L’homme la regardait toujours, avec des yeux insistants. Ine sourit et se leva :

« Merci Monsieur, mais ne vous inquiétez pas. Je suis habituée aux routes, je ne mourrai pas d’une mauvaise grippe comme votre adorable petite nièce. »

Estomaqué, il recula de plusieurs pas, faisant chuter le parapluie dans une flaque. Ine se pencha pour le ramasser, le lui tendit et s’inclina légèrement avant de s’éloigner.

Ine retenta l’expérience avec le vendeur de ramen, le postier, le gardien du parc et quelques autres. Elle n’essayait pas d’agir sur les comportements, seulement d’entrer sans se faire remarquer, se faire une petite place tout en acquérant le plus de dextérité possible. Seulement quand elle se sentit suffisamment à l’aise, elle tenta d’intervenir dans de menues actions qui ne laisseraient pas de traces. Une enfant ramassa ainsi une araignée dans le creux de sa main, à la surprise de sa mère qui savait sa fille phobique des petites bêtes. Un garçon un peu timide trouva enfin le courage d’embrasser la fille qu’il aimait, et ce fut le début d’une grande histoire d’amour…

De retour à la bibliothèque, Ine se plongea cette fois dans les livres de techniques. Pupille de peur, horreur, elle les repassa en revue pour voir les subtilités qui auraient pu lui échapper. Elle s’empara d’un bouquin qui relatait quelques postures de Genjutsu pratiques, mais l’atmosphère ne se prêtait pas à son état d’esprit. Perturbée, elle emprunta le manuel et se dirigea droit vers son aire d’entraînement.

Aire d’Entrainement, plus tard


Des feuilles étaient tombées, le ciel avait tourné au gris perle. Sur son terrain glacé, Ine se sentait comme une reine de glace. Elle ne sentait plus le froid qui lui rosissait les joues, bleuissait ses lèvres et blanchissait le bout de ses doigts. Elle ne sentait pas plus le sang circuler en-elle. Seule, la brûlure du chakra la réchauffait, et Ine était heureuse de ressentir le Genjutsu pulser dans ses veines. Son souffle formait de jolis panaches dans l’air qu’elle ne lassait pas de contempler. Elle jeta un œil aux bunshins qu’elle venait de massacrer. Elle sourit : il lui avait suffi d’imaginer Kenji à leur place.

Ine se laissa tomber près du manuel dont elle tourna les pages, et regretta la facilité des jours d’entraînement où Zen aurait traduit le charabia des bouquins. Elle-même aurait froncé les sourcils, concentrée, et puis elle aurait essayé, se serait ratée, aurait réessayer. Mais les mots du manuel ne parlaient pas, eux, et Ine se sentit soudain trop fatiguée pour essayer de les comprendre. La petite gymnastique de l’esprit, l’entraînement face à ses clones-pantins l’avaient épuisée.

*De toute façon, le soleil va bientôt disparaître.*
Elle s’allongea et se laissa couler dans l’étude de son échiquier mental…

MessageSujet: Re: Entretien avec un vieux   Jeu 27 Nov - 16:04

Le soleil s’était depuis longtemps couché. Indifférente, Ine continuait son introspection quand elle sentit une présence s’asseoir à ses côtés. Elle ouvrit les yeux. Ren’ai la dévisageait. Récemment, il avait trouvé une activité comme forgeron à l’armurerie du village et il était luisant de sueur et de suie, mais il avait repris des couleurs et les muscles commençaient à saillir sous sa peau, rendant à Ine l’homme dont elle était tombée amoureuse des années plus tôt. Il semblait chercher en elle un changement. Un sourire cynique dansa sur les lèvres de la kunoichi. Cela ne serait pas bien difficile.

« J’ai croisé Zen » fit-il sur un ton banal de conversation. « Il a dit que tu pourrais être ici.
-Oui. »
Alors Zen était suffisamment confiant pour ne pas avoir envoyé Ren au cimetière, au cas où une tombe toute fraîche attendrait quelques fleurs ?
« Il a aussi dit qu’il t’avait envoyé chez Kenji Eichino. J’ai failli le frapper.
-Ah. »
Surpris du manque de réaction de sa compagne, Ren’ai lui tendit une petite bouteille.
« J’ai pensé que tu pourrais avoir besoin de ça. »
Ine ne répondit pas mais elle prit la bouteille et avala une longue lampée de saké avant de faire une grimace.
« C’est vraiment mauvais » lâcha-t-elle.
« Comment était-ce ? »
La jeune femme dévisagea l’ancien chuunin. Elle prit entre ses doigts un brin d’herbe qu’elle cassa en tirant dessus.
« Comment veux-tu que ça se soit passé ? » répliqua-t-elle. « C’était mauvais, je suis mauvaise et néanmoins je suis genin. »
Elle se mit à rire :
« Ah ! Qui l’eut crû ? Je dois lui montrer qu’il n’a pas fait le mauvais choix en misant sur moi au tournoi chuunin de Konoha, sans quoi… »(/color]
Elle souffla sur le brin d’herbe qui s’envola, emporté par la brise nocturne. Le visage de Ren’ai pâlit.
[color=red]« Non ! Tu ne peux pas, tu n’es pas prête ! Tu n’as pas idée du nombre d’étudiants qu’il a brisé. Il les a brisé, Ine-chan !

-Oui, mais moi je réussirai. »

Ren’ai dévisagea Ine d’un air désespéré.
« Ren ! » protesta-t-elle, « Je dois apprendre à être intelligente ! Lui peut me l’enseigner, ce qui ne tue pas nous rend plus fort !
-Mais Ine, tu es intelligente !
-Non Ren, Kenji a raison. Je ne suis pas sortie de mon idéalisme d’ado, et j’ai reçu des leçons que je n’ai pas apprises. Je ne renie pas ce que je suis, je veux juste pratiquer le Genjutsu comme un art, pas comme une magie bien pratique !
-C’est dangereux !
-Bien sûr que ça l’est, mais je ne vais pas rester étudiante toute ma vie ! Tu l’as bien fait toi, en quoi le fait que je sois une femme change-t-il quelque chose ?
-Il y a des hommes malintentionnés dans ce tournoi. »

Ren’ai s’arrêta, sachant pertinemment qu’il était allé trop loin. Ine se mit en colère :
« Ah bon ? » cracha-t-elle. « Tu t’imagines que je n’en sais rien ? Crois-moi, Ren, je sais me défendre maintenant, et si l’un de ces bâtards cherche à me toucher il me trouvera !
-Pardonne-moi, pardonne-moi. » fit Ren’ai en enlaçant la jeune kunoichi pour la calmer. « J’ai peur pour toi, c’est tout, et ça me fait dire n’importe quoi. C’est juste que, ce n’est pas Kenji qui m’a envoyé en mission, et tu n’as pas la confiance en soi que j’avais quand je suis parti.
-On parie ? »
Perturbé par le changement de la jeune femme, Ren’ai se leva et il tendit une main à la kunoichi pour la relever.
« Il fait froid et tu es trempée. Tu as besoin d’une bonne douche chaude. Viens, on rentre à la maison. »

La douche était brûlante. Ine se rappela d’une autre douche en d’autres temps, quand enfin elle avait pu mettre des mots sur la blessure qu’elle portait en elle. Cette nuit-là Ren’ai avait été à ses côtés, mais cette fois ce serait seule qu’elle affronterait le danger. L’entretien avec Kenji l’avait fait mûrir d’un coup, l’eau chaude effaçait les dernières traces de l’adolescente qu’elle était encore le matin même…

Elle sentit un courant d’air froid sur sa peau. Ren’ai était sur le pas de la porte et il contemplait le corps nu d’Ine qui, surprise, avait relevé la tête sans songer à se couvrir. L’eau s’écoulait de ses cheveux mouillés et elle circulait sur la peau blanche de ses seins qui n’avaient pas subi, eux, le tannage du soleil des routes. L’entraînement avait délié ses muscles et elle avait un maintien gracieux qu’il ne lui avait jamais vu.

« Tu… tu as un corps superbe… » balbutia-t-il. Il détourna la tête brusquement, se rendant compte que c’était déplacé. Quel idiot faisait-il, alors qu’il avait été le dépositaire de l’intimité volée de la jeune fille ! D’où venait-elle alors, cette assurance qu’elle semblait avoir prise, au-delà de ses mots, au-delà de son attitude ? Il jeta un coup d’œil qui se voulait furtif, mais Ine le guettait. Elle s’enveloppa dans une serviette et lui lança un regard appuyé :

« Merci Ren’ai. Tu sors maintenant ? »

L’air troublé de Ren’ai le rendait encore plus séduisant. Ine se mit à rire et Ren’ai s’enfuit de la salle de bain. Elle le rejoignit quelques minutes plus tard, à peine vêtue d’un caleçon chipé au jeune homme. Quelque chose dans le regard de Ren’ai l’avait convaincue que le sexe n’était pas la chose horrible qui lui était arrivée. Elle n’avait qu’un seul moyen de le vérifier, au passage. Elle se glissa dans les bras de Ren’ai.
« Dis Ren, c’est quoi l’amour ? »

Pris au dépourvu par l’innocence apparente de la question, Ren’ai ne sut pas répondre autrement qu’en l’embrassant. D’abord sur les lèvres puis dans le cou, de petits baisers qui embrasèrent la jeune femme qui ne s’y attendait pas. Elle se mit à rougir violemment et elle tenta de le repousser, mais Ren’ai attrapa ses poignets et la regarda fixement :
« Ine, il faut que tu me fasse confiance. Tu peux faire ça ? »
Que répondre ? Troublée par la voix rauque de son compagnon, Ine hocha la tête et ferma les yeux. Les lèvres entrouvertes, elle respirait profondément pour se calmer. Ren’ai en profita pour l’embrasser pleinement. Affolée, Ine le projeta en arrière. Sans se rendre compte de ce qu’elle faisait, elle souffla l’esprit de Ren’ai qui se mit à hurler. Interdite, Ine le regarda un instant sans comprendre, puis elle cessa l’assaut psychique. La sueur perlait sur le front de l’homme. Mortifiée, Ine fit un pas vers lui.
« Je suis désolée, Ren, je…
-Tais-toi ! »
Ren’ai souriait faiblement :
« Tu vois » ironisa-t-il, « tu sais te défendre. Maintenant, tu me laisses faire ? »
Ine accepta les bras de Ren’ai sans se débattre. Il tremblait toujours et elle aussi, ce qui étrangement lui donna un sentiment de sécurité. Elle se laissa conduire dans la chambre de l’ex-chuunin, elle s’allongea de bonne grâce et abandonna le caleçon sans difficulté. Les caresses et les baisers la firent frissonner, mais ce n’était plus de la peur, rien qu’un désir contenu.

Bien plus tard, toujours étendue sur le lit et couverte du corps d’un Ren’ai endormi, Ine ressentit un vague instant les affres de la culpabilité. Sur l’échiquier, le fou blanc avait été mangé par la reine noire. Elle s’était servi de Ren’ai pour effacer sa peur, agissant comme Kenji qui l’avait utilisée pour étouffer sa rage. Mais, le fait était, elle n’avait plus peur.
Ren’ai bougea un peu, et il murmura :
« Tu es glacé, Ine.
-C’est le froid, Ren, rendors-toi. »
Ine le savait, ce n’était pas le froid. Kenji lui avait soutiré la parcelle de chaleur qui l’habitait. Et elle n’avait plus le choix si elle voulait la récupérer…

MessageSujet: Re: Entretien avec un vieux   Jeu 27 Nov - 17:00

Iba (as Kenji): +33 XP (bonus MJ inclus)
Ine: +51 XP (bonus genin inclus)

J'attendais ta réponse avant de poster la new et de te mettre ton grade, c'est choses faites dorénavant Smile

MessageSujet: Re: Entretien avec un vieux   Lun 15 Déc - 15:26

[Voilà voilà je prends les devants pour ne pas être tentée pendant mes révisions. Est-ce que mes techniques de kai et d’horreur sont validées, sachant qu’à priori Zen ne répondra plus à mon post ? Enfin, comme je dois faire mon level-up et que les modifications n’ont pas encore été apportées au Gen, qu’est-ce qui serait le plus judicieux de faire selon toi ? Merci d’avance.]

Une semaine plus tard…

En passant dans la salle de bain, Ine s’arrêta net devant le miroir. Elle eut peine à se reconnaître dans la jeune femme froide et détachée qu’elle y vit. Là, dans ce kimono, l’épaule dénudée, elle ressemblait plus à l’une de ces courtisanes qui accostent les hommes aux heures tardives de la nuit. Ine se rendit compte à quel point elle avait changé depuis son arrivée à Kiri : ses cheveux avaient poussé et ils lui arrivaient désormais au milieu du dos ; son corps s’était débarrassé de son air gauche pour acquérir de l’assurance et une nouvelle finesse athlétique. Ine dévisageait, perplexe, cette femme qui se tenait face à elle quand elle se rendit compte qu’elle avait oublié son vingtième anniversaire, passé quelques jours plus tôt.

Cela faisait une semaine maintenant qu’Ine s’entraînait durement, tous les jours de l’aube au coucher de soleil, partagée entre son aire d’entraînement et la bibliothèque. Elle avait perfectionné toutes les techniques qu’elle avait apprise de Zen, affiné sa maîtrise du kunai et des senbon, poussé jusqu’au combat à mains nus avec les techniques du kung fu. Mais, plus que tout, elle avait atteint une souplesse d’esprit qu’elle n’aurait jamais cru envisageable. Se glisser dans l’esprit d’un autre lui était facile, tout comme y chercher en douce les informations qu’elle voulait. Elle parvenait même à rester lovée dans un coin de cerveau un certain temps, à l’insu de son propriétaire, tout en discutant avec lui. Malgré tout, Ine hésitait toujours à se confronter à de vrais shibobi.

De retour sur la femme du miroir, la jeune kunoichi vit l’ancienne Ine, l’enjouée, la Blanche s’y surimposer en filigrane. Tout se passait comme si elle brûlait les étapes. A peine genin, bientôt en route pour le tournoi chuunin. Au final, qu’avait-elle fait depuis son arrivée à Kiri à part du vent ? Aujourd’hui, ses agissements à droite à gauche l’avaient plutôt desservie, et elle se rendrait à Konoha avec le sentiment d’avoir raté une partie de son enseignement.

« Tu t’admires ? »

Chassant ces pensées moroses, Ine se retourna et darda ses yeux gris sur Ren’ai.

« Pas vraiment. J’ai changé. » contasta-t-elle. La moue gourmande de Ren’ai ne boudait clairement pas la transformation d’Ine en une femme faite, mais semblait au contraire la plébisciter.

« Tu m’aimes ? » demanda-t-il soudain. Ine sursauta, mais elle réprima vite l’élan de la Blanche.

« Tu es la Reine Noire » se morigéna-t-elle. « Tu ne crains rien ni personne, et ta froideur te met à l’abri de l’attachement. »

Ine songea avec dégoût que Kenji aurait été fier de lui en cet instant, car il avait fait d’elle une lame qui frappe implacablement. Aussi, plutôt que de répondre par l’affirmative, elle détourna la tête et répliqua d’un ton cassant :

« Je préfère pas. »

Ren’ai recula de plusieurs pas, interloqué. Ine le regarda faire, et même la Noire ressentit de la compassion pour le jeune homme :

« Si je t’aime, j’aurais trop peur de te perdre, s’expliqua-t-elle en refusant l’image de Zen qui s’imposait à ses yeux, « Je préfère me dire que je prends du bon temps avec toi. »

Encore plus sous le choc, Ren’ai serra les poings.

« Il me prend l’envie de tuer ce Kenji » gronda-t-il. Ine haussa les épaules :

« Tu n’y survivrais pas. »

Elle dégagea de son cou le petit shuriken qu’il lui avait donné quelques années auparavant, et qui ne l’avait pas quitté depuis.

[color=blue] « Je te le rends. Je ne vais pas rester et te faire plus de mal que je n’en fais déjà. Je me ramènerai mon propre trophée.»


Elle le lui tendit et Ren’ai l’accepta, effondré. Ine sourit doucement :

« Ecoute, si j’échoue je ne reviendrai pas. Si tu me déteste, tu ne seras pas triste si je ne rentre pas…

-Vas-t-en. »

Ine sentit son coeur se déchirer, mais le cœur était l’affaire de la Blanche. Elle réunit donc rapidement le peu de biens qu’elle possédait en un baluchon qu’elle jeta sur son épaule. Puis, sans se retourner, elle sortit.

Dehors la pluie tombait, pour ne pas changer. Ine avait la vague impression que l’eau s’arrangeait pour lui fouetter le visage.

« Même le temps pleure celle que tu es devenue… »

Ce reproche de la Blanche ne l’émut pas plus que ça. Avec une stoïcité qu’elle aurait autrefois trouvée effrayante, elle le rangea dans un coin de l’échiquier pour l’oublier aussitôt. Le postier passa et lui adressa un sourire auquel elle ne répondit pas. Celui-ci sembla étonné mais Ine n’avait pas la moindre envie de se montrer aimable.

« Quand le monde entier te persécute, TU te dois de persécuter le monde. »

Elle marchait sans aucune idée précise de destination, et c’est tout naturellement que ses pas la conduisirent vers l’Académie, puis dans les escaliers sombres et enfin devant le bureau de Kenji Eichino. Sans frapper, elle poussa la porte. Kenji ne releva pas la tête, mais Ine ne douta pas un seul instant qu’il savait qu’elle venait d’entrer. Elle laissa tomber son baluchon. Ses cheveux gouttaient, soutirant au sol de lattes une litanie presque militaire.

« Je suis prête à partir » lâcha-t-elle. « Avez-vous quelque chose à m’enseigner ?

Ine se sentit dévisagée, sondée malgré les solides murailles mentales qu’elle s’était érigée avant d’entrer. Elle sourit ; se savoir manipulée par le vieil homme lui était indifférent. Comme une marionnette au bout d’un fil. Maître, où allons-nous marcher aujourd’hui ?

« Vieux fou » pensa-t-elle. « Tu n’imagines pas à quel point tu m’as changée. »

Elle laissa cette pensée flotter insolemment dans son esprit.

MessageSujet: Re: Entretien avec un vieux   Mar 16 Déc - 23:59

[Chronologiquement, on va dire que l'on est après la guerre interne.]

Elle avait mis moins de temps qu'il n'avait estimé. C'était quand même beaucoup trop, une semaine.

Une semaine pour commencer à renoncer à ce qu'elle avait été.

Kenji était cruel, il le savait, mais ça, il n'en avait cure. Son attitude était bien le cadet de ses soucis. Ses pensées se tournaient vers d'autres horizons. On comptait désormais sur son esprit de stratège sans faille pour aider Shinji dans sa tâche ardue qui n'était autre que de mener Kiri à la gloire qu'elle avait perdue, il y avait des années de cela.

La guerre avait prélevé son tribut en vie, surtout parmi les shinobi. Il ne pouvait se consacrer uniquement à ses nouvelles fonctions, car après tout, il restait instructeur à l'Académie. Il le devait...

D'un ton acide et froid, il lança...

"- Je t'attendais plus tôt."

Ine ne répondit pas. Il pleuvait dehors et elle était trempée. Elle allait salir l'intérieur de la pièce. Mais ça aussi, Kenji n'en avait rien à faire. Il ne donna pas l'autorisation à la genin de s'assoir, il attendait de voir si elle prendrait l'initiative d'elle même.

Il n'avait pas encore répondu à la question d'Ine. Il la faisait patienter, c'était purement rhétorique, sadique un peu aussi.

"- L'apprentissage a déjà commencé. Toute cette haine et cette colère, drapés sous un voile éphémère de froideur n'existaient pas il y a encore de cela une semaine."

Il sentait ces choses, le ton de la voix, les mouvements brusques, la respiration, il n'avait même pas besoin de pénétrer l'esprit de la jeune femme pour le savoir.

"- Ce ressentiment t'aidera à progresser un temps, mais il te faudra ensuite le dépasser pour continuer à évoluer. Tu es forte et faible à la fois. Le maître n'est rien, il n'existe pas, ce qui le rends invincible."

Ses propos pouvaient n'avoir ni queue ni tête pour un non initié aux arts de la duperie, mais avec un peu d'interprétation, les paroles pouvaient devenir moins obscures, presque cohérentes.

Il sortit sa petite bourse de tabac et ses feuilles. Avec une dextérité inouïe, il commença à rouler une cigarette, sous le regard de son interlocutrice qui cherchait à comprendre les gestes et attitudes de son nouveau senseï.

"- Zen est mort.", c'était un constat, fatal, inéluctable.

Akio aussi avait failli mourir. Son état était désastreux. Kenji avait eut une boule au ventre toute la journée lorsqu'il l'avait appris. Il n'avait pas encore osé aller le voir. Les médecins ne savaient pas encore s'il serait capable de courir de nouveau. Un coup dur pour le gamin.

"- Il est temps de passer à autre chose."

Pourquoi était-il passé du coq à l'âne ? ou alors y avait-il un lien entre ses deux dernières phrases. L'environnement changea soudain. Ils se trouvaient dans un plaine éclairée, un décor avenant et reposant. Un lieu de quiétude en somme. Ine était sèche, tout comme ses vêtements. Kenji finissait doucement de rouler sa cigarette, puis la porta à sa bouche et l'alluma d'un claquement de doigt. Il tira une bonne bouffé, puis regarda la paume de sa main gauche, comme s'il pouvait y lire quelque chose. Impossible pour un aveugle, et pourtant...

"- Tu ne sais pas grand chose...que dirais-tu d'apprendre à tuer ?"

[Je te conseille d'attendre les réformes du GEN, qui ne devrait plus tarder, pour faire ton level-up. Je valide les deux techniques et te propose d'apprendre "Morsure de l'âme" (qui est dans la réforme) ? Si tu veux apprendre autre chose, dis le moi par MP.

Et si tu peux fait toi une fiche de techniques ^^]

MessageSujet: Re: Entretien avec un vieux   Ven 19 Déc - 18:51

Ine ne répondit pas tout de suite. Un air doux filait dans ses cheveux, ramenant l’odeur âcre du tabac à ses narines. Elle regarda autour d’elle avec curiosité, sondant la consistance de la vision qui était, à n’en pas douter, une œuvre de maître. Le décor était agréable et, si elle ne s’était su en présence de Kenji, Ine aurait pu croire qu’ils venaient de voyager dans l’espace. Elle imagina soudain tout le potentiel qu’elle pouvait acquérir grâce à ce sensei exceptionnel, sans pouvoir s’empêcher de frissonner d’excitation. Alors, apprendre à tuer ? Sans état d’âme, la Noire répondait oui.

Avec une pointe de mépris, Ine se souvenait du goût amer que lui avait laissé son premier homicide dans les égoûts de Kiri. Elle voyait encore les senbon s’enfoncer loin dans le crâne du shinobi dissident. Le pauvre ne devait pas avoir eu une mort facile, plongé qu’il était dans sa kyofu no me. Mais le fait que Kenji propose de lui apprendre à tuer impliquait le Genjutsu.

Le Genjutsu peut faire ça, tuer ?

La cigarette de Kenji était bien avancée et l’odeur décidément tenace lui parvenait toujours aux narines. Ine eut l’envie fugace de goûter ce tabac, mais le vieux attendait et il ne fallait pas faire attendre le vieux. Certaine que quoi qu’elle dise, elle serait réprimandée, elle se lança :

 « Comment agir sur la pensée pourrait-il tuer un homme ? L’instinct de préservation est si ancré en chacun de nous que je doute que le corps se laisse persuader si facilement. »

Elle poursuivit, plus pour elle-même :

« J’ai toujours pensé que le Genjutsu était un moyen de déstabilisation qui donnait une ouverture. Un Genjutsuka incapable de se battre physiquement serait donc en mesure de maîtriser totalement un adversaire rien que par la force de sa pensée ? »

Ine sourit. Retrouver l’excitation que provoque la discussion avec un professeur était un soulagement après une semaine d’apprentissage dans les manuels. Kenji n’était pas très causant –et plutôt cassant !- mais Zen ne l’avait jamais été non plus. Elle attendit avec impatience que le vieux reprenne la parole.

[je peux pas faire de fiche tech le sujet est locké je crois ><]

MessageSujet: Re: Entretien avec un vieux   Mar 23 Déc - 1:33

[Même si le topic est locké tu dois quand même pouvoir y répondre, il te suffit de cliquer sur les boutons "lock"]

Ine faisait preuve d'un esprit affuté et de remarques pertinentes. C'est d'ailleurs pour cela qu'elle pouvait se vanter d'être son élève. Cette jeune femme pourrait être une terrible illusionniste, il fallait juste la guider.

"- D'un point de vue purement théorique, il est impossible de "blesser" un adversaire, encore moins le tuer. Tu peux toutefois lui faire ressentir la douleur..."

Il tira une nouvelle bouffée sur sa cigarette. Il connaissait par cœur le monde qu'il venait de créer. Un refuge pour sots, d'idiots et utopistes qui l'avait longtemps abrité. Le calme était nécessaire pour apprendre dans de bonnes conditions.

"- Le lien entre le concret peut alors devenir très tenu, à tel point qu'il n'y aura plus de différence. Un peu comme cela..."

Il tendit le doigt en direction d'Ine, pointant sa jambe droite. Son mollet fit un tour de cent quatre vingt degrés. La douleur fut fulgurante et la kunoichi s'effondra sur le sol. S'empêcher de crier était impossible, mais Kenji mit fin tout de suite au moindre son en serrant le poing. La genin se tortillait au sol, les yeux emplis de souffrance et de colère. Sa bouche grande ouverte pour hurler sa torture, mais aucun bruit ne s'en échappait.

"- Je t'apprends. Tu commences maintenant à savoir ce qu'est la douleur. Et c'est seulement ainsi, en sachant ce qu'elle est, pour l'avoir connu dans ta chair propre que tu pourras l'infliger aux autres."

Kenji se tut et la regarda un long moment, tirant une nouvelle bouffée sur sa cigarette. Bien sûr, il ne pouvait la voir, il la devinait juste. Son regard, caché derrière ses lunettes, n'était pas emplis de pitié, de satisfaction ou d'autre chose. Il s'agissait juste d'yeux fatigués et brûlés. Elle resta là, agonisante, combien de temps ? Une minute ? Deux ? Plus ? Kenji ne disait rien. A quoi pensait-il ?

Soudain tout redevint comme avant. Ine se tenait debout, la jambe droite en bonne état. Il n'y avait plus de douleur, tout s'était envolé. Le monde paradisiaque était toujours là lui.

"- Il y a des professeurs séniles qui pensent que l'on peut apprendre du genjutsu sans faire l'expérience. Comment peut-on duper les sens de l'adversaire, sans savoir vraiment ce que l'on cherche à faire ? C'est un non sens."

Il ne cherchait pas à se justifier à Ine. Il n'en avait pas besoin et se moquait bien de ce qu'elle pouvait penser de lui. Non, il venait juste de lui dire qu'elle ferait l'amère expérience de nombreuses illusions.

Le jounin claqua des doigts et un faon apparut à la lisière des bois, puis doucement se dirigea vers le jeune femme, d'une démarche mal assurée de nouveau né. Kenji attira de nouveau l'attention d'Ine, lui montrant les signes à effectuer pour lancer le genjutsu.

"- Ce que l'esprit croit être vrai, le corps aussi. Alors soit convaincante et tue moi cet animal."

MessageSujet: Re: Entretien avec un vieux   Mer 24 Déc - 19:40

Un mouvement de recul.

« Tu ne peux pas faire ça ! »

« Tais-toi tu veux ? Ce faon n’est qu’une illusion ! »

Ine serra les dents. La Blanche avait encore beaucoup trop de pouvoir sur elle-même. Pourquoi s’accrochait-elle ainsi ? Son roi Ren’ai ne faisait pas le poids face à Kenji, et trop de pions faisaient pâle figure devant son armée hérissée de piquants. La jeune femme eut un sourire mauvais. Avec une cruauté qu’elle ne se connaissait pas, elle plongea dans l’esprit de l’animal :

« Où est ta maman petit faon ? Ta patte fait un drôle d’angle. »

Bambi brama de surprise en voyant sa patte se plier dans un sens non-conventionnel. De surprise en douleur, il se mit à bêler de façon pathétique –ou déchirante, c’est selon- et à tourner en rond, affolé.

« Petit Bambi, tout est en place, ne le vois-tu pas ? »

L’animal se calma instantanément.

« Tu me paieras ça, Ine. »

« Tu as peur de Kenji, hein ? Toi, tu n’es pas Ine. Tu fais la fière avec ta livrée noire et ta nouvelle froideur, mais un héros n’en est un qu’avec le cœur qui va avec. »

« Qui te parle de héros ? Moi je te parle d’être quelqu’un. Et il n’y a pas de place pour deux dans ce corps. »

Ine força la barrière de la Blanche qui protégeait l’esprit du faon. Celui-ci vit tour à tour chacune de ses pattes se tordre violemment, son cou faire plusieurs tours et, dans le même temps, le sol s’ouvrait sous ses sabots. A chaque assaut, la Blanche devait se retrancher un peu plus dans un coin de l’esprit d’Ine, jusqu’à n’être plus qu’une trace à peine perceptible.

« Tu es mat ma chérie ! »

Au sol, Bambi suffoqua, et un tremblement affecta tout son corps. L’afflux d’adrénaline, la trop grande douleur -même virtuelle- avaient eu raison de son cœur fragile de faon nouveau-né. En victime du combat de deux âmes pour un même corps, il s’éteignit.

« J’ai gagné alors pars, pars très loin et ne reviens jamais ! »

Cette ultime recommandation à la Blanche ne rencontra pas d’écho. Ine regarda le faon mort disparaître sans parvenir à ressentir quoi que ce soit. La vision retrouva sa quiétude, comme s’il ne s’était absolument rien passé. Alors seulement, Ine se rappela Kenji.

« J’ai mis toute la douleur que j’avais en moi pour faire souffrir cette illusion. Aurais-je réussi aussi facilement si je ne l’avais pas ressenti d’abord ? Non, bien sûr que non. Le Genjutsu ne peut s’alimenter que de théorie. »

Dans tous les cas, l’épisode du faon avait effacé la dichotomie en Ine. Elle soupçonna Kenji d’en avoir fait exprès, encore une chose que sans doute, elle ne saurait jamais.

MessageSujet: Re: Entretien avec un vieux   Mer 24 Déc - 22:08

[En fait, j'ai la connaissance de presque tout les genjutsu qui vont sortir, mais comme on a pas encore fini, bah, il m'est difficile de te proposer quoi apprendre. Dès qu'ils seront sortis, tu me feras une liste. en attendant, je vais t'apprendre en avant première une technique qui devrait sortir. Je pense pas que cela soit un mauvais choix aux vues de ton build. Si jamais cela ne te convient pas lorsque tu verras les effets, tu pourras toujours échanger avec une autre technique, mais je ne pense pas me tromper Smile. Enfin j'espère.]

Kenji sourit. Le fait était assez rare pour que l'on puisse le noter dans les annales de Kiri ou dans un registre pour les évènements inhabituels. Il fallait dire qu'Ine avait appris vite et bien. Il avait fait exprès de lui envoyer un animal frêle et "mignon" pour susciter des sentiments contradictoires en elle. La jeune femme avait fait brillamment front et réussit avec une rapidité déconcertante à maîtriser la technique.

Non, décidément, le vieux ne s'était pas trompé en prenant cette étudiante sous son aile.

Il y avait encore du chemin à parcourir, mais elle y arriverait si elle conservait cette mentalité. Froide, calculée et maîtrisée.

Celui que l'on appelait le maître des doutes était satisfait et s'autorisa à le signaler à son étudiante.

"- Ce coup d'essai était une réussite. Rappelles toi toutefois que se sera plus dur contre un adversaire entraîné et pensant. tu ne passeras pas ces défenses avec la même facilité et tu n'arriveras pas à maintenir ta technique longtemps."

Il marqua une nouvelle pause, finit de rouler sa seconde cigarette. La tassa correctement. Se racla la gorge et bougonna quelque chose du genre "on peut jamais être tranquille ici". Il disparut alors...

Laissant Ine complètement seule dans ce monde trop coloré pour être vrai.

Son absence ne fut pas longue et rapidement Kenji se matérialisa de nouveau. Il maugréait toujours, pestant à voix basse...

"- La prochaine fois, je ne ferais pas preuve d'autant de courtoisie et elle viendra ici pour que je lui signe ces foutus papiers."

Il se tourna vers Ine, ajusta son chapeau et alluma sa cigarette.

"- Bien, comme je te disais, ce ne sera pas toujours aussi facile, mais tu seras amené au cours de cet entraînement et bien d'autres à relancer ce jutsu pour t'exercer, dans diverses conditions. A la longue, les difficultés que j'ai énoncé précédemment devraient disparaître."

Il ne retourna pas à sa place de tout à l'heure, il se contenta de s'étirer et étrangement de s'assoir dans le vide. Le vieil homme planait à présent à un bon mètre du sol, les yeux fixés vers le ciel qu'il ne pouvait observer.

"- Nous allons continuer à augmenter ton potentiel offensif, car si la morsure de l'âme est efficace en toute situation, elle ne doit pas être ton seul atout. La technique que je vais maintenant t'enseigner est surnommée "Démons intérieurs" et pour une fois le nom n'est pas de trop mauvais goût."

La cigarette aux coins des lèvres, il fit craquer les articulations de ses doigts.

"- Pour utiliser un tel genjutsu, il faut déjà que l'adversaire soit en proie à une de tes illusions. A l'aide de l'illusion "démons intérieurs", il se verra blessé dans le premier genjutsu, et comme nous l'avons vu précédemment ce que l'esprit croit vrai, le corps aussi."

Il marqua une pause car il restait encore quelque point technique à traiter et il voulait être sûr d'avoir toute l'attention de la jeune femme.

"- Le seul inconvénient de cette technique est que si jamais l'adversaire se rends compte de la supercherie et dissipe les "Démons", il s'en sortira indemne car la barrière entre l'esprit et le corps ne serapas franchit. Pour éviter que cela ne se produise, il suffit de le blesser légèrement pendant l'illusion, à l'aide d'un kunai par exemple, cela rendra les blessures concrètes pour l'esprit, qui fera alors l'amalgame..."

Il espérait avoir été assez clair, mais comme il en doutait et que rien n'était plus efficace que la pratique pour apprendre, il disparut pour réapparaître l'instant suivant derrière Ine. Il posa sa main sur son épaule, elle commença à avoir des tremblements, des nausées, puis la douleur, déchirante, insoutenable. Fermement Kenji l'empêcha de s'effondrer de nouveau, se saisit de sa main. Dans son autre main apparut un kunai, qui planta négligemment dans la main de son interlocutrice.

Elle dut sentir la montée en puissance de la souffrance, cela n'avait plus rien de comparable. Il la relâcha, sans pour autant réduire son emprise psychique.

"- Premièrement, un genjutsu de base, les tremblements. Puis "Démons intérieurs" et enfin une blessure concrète pour briser la barrière entre ton esprit et ton corps."

De nouveau, elle se retrouva debout, sans trace apparente de blessure. Seul son esprit gardait en mémoire les tortures que lui infligeaient Kenji. Il se déplaça de nouveau pour se poser sur son remontoir invisible, trônant ainsi à un mètre du sol. Il lui montra les signes, donna quelques indications supplémentaires sur la quantité de chakra à malaxer.

Une forme floue fit son apparition juste devant Ine. Elle prenait forme rapidement puis se matérialisa complètement à quelques mètres d'Ine. Il s'agissait de Zen Azechi. Ce retour d'entre les morts la laissait blême.

"- Et si tu t'essayais sur ce cher Zen ?"

MessageSujet: Re: Entretien avec un vieux   Mer 14 Jan - 11:41

"Et si tu t'essayais sur ce cher Zen ?"

Ine resta muette devant la silhouette de son ex-professeur.

« Ce n’est qu’une illusion » essaya-t-elle de se convaincre intérieurement.

Oui, mais parfaite, l’illusion. Zen avait ce petit sourire ironique des bons jours, et Ine le voyait presque expliquer la raison d’un échec à une tentative de genjutsu. Elle regarda de côté Kenji, toujours surélevé dans l’air, et se demanda soudain si l’illusion de Zen possédait les mêmes capacités que lui de son vivant. Au cours de ses entraînements, elle avait souvent « utilisé » Zen comme cible à ses essais. La différence de niveaux aidant, sans jamais faire beaucoup de dégâts. Alors, cette fois-ci, le pourrait-elle ?

Ine retroussa les manches de sa veste et se campa fermement sur ses jambes. Ses mains tremblaient toujours, et elle chassa le souvenir de la douleur que Kenji avait implantée en elle.

« Tu ne peux pas te permettre de rater, Ine, le tournoi approche. »

Bon. Première étape, genjutsu de base. Ine ferma les yeux, s’insinua dans la forteresse de l’esprit de Zen et retrouva la faille qui lui permettait d’y entrer. Après ce n’était plus qu’une question de temps. Elle matérialisa de l’eau autour d’elle et un raz-de-marée envahit la forteresse en une seconde, balayant tout sur son passage. Brutalement expulsée de l’esprit de Zen, la jeune kunoichi fut étonnée de la facilité avec laquelle elle avait provoqué les tremblements chez Zen.

Deuxième étape, les démons intérieurs. Sans faute, Ine reproduisit les symboles manuels que lui avait montré Kenji, injectant avec force la douleur indicible qui lui avait empoigné les tripes quelques minutes plus tôt. L’illusion se mit à se tordre de douleur et Ine, satisfaite de voir le Genjutsu fonctionner, n’enchaîna pas assez vite. Elle se prit un retour brutal de chakra qui la fit chuter durement en arrière.

« Et merde ! »

Furieuse, la kunoichi se releva aussi sec et recommença immédiatement l’assaut. Première étape, deuxième étape… Dès que Zen montra les stigmates de la douleur, Ine attrappa plusieurs senbon qu’elle envoya d’un revers de la main. Les aiguilles se plantèrent dans le torse du jeune homme qui s’écroula. Ine le regarda tressauter au sol, le corps parcouru de convulsions effrayantes.

«Ca suffit ! »

Ine se sentit repoussée en arrière et le flux de chakra s’arrêta net. L’illusion disparut comme si elle n’avait jamais existé. Avec amertume, Ine pensa que les morts ne devraient pas être troublés dans leur repos. Après tout, elle servait de cobaye, pourquoi ne s’entraînerait-elle pas elle-même sur Kenji ? N’était-ce pas facile de considérer que tout était perdu d’avance ?

Avec une audace dont elle ne se serait jamais cru capable, Ine lança son esprit en avant. Si elle pouvait ne serait-ce que chatouiller celui de Kenji, la jeune femme en serait très fière. Elle savait qu’en très peu de temps, son niveau s’était considérablement amélioré. Le tournoi approchait, et elle voulait se rendre à Konoha en ayant tenu tête au moins une fois à son marionnettiste.

Une violente décharge l’étourdit mais elle poussa quand même, quitte à se brûler les ailes. Surprise, elle se rendit compte que l’esprit de Kenji était protégé non pas d’une, mais de plusieurs barrières. Aussitôt, Ine renonça à toucher du doigt les contreforts de l’âme de son sensei. Elle se retrancha dans son propre corps et, impressionnée, elle dévisagea le vieil homme. Elle ne put s’empêcher de se demander quelles tortures il avait pu endurer pour être à ce point une forteresse vivante. Un élan de fierté l’envahit, et toute sa haine fondit comme neige au soleil. Elle avait de la chance d’être l’élève de cet homme. Toutes les tortures n’étaient rien si elles lui donnaient ne serait-ce qu’un dixième du talent du maître Genjutsu.

Ine détourna les yeux vers Kenji qui n’avait pas réagi. Elle lança :

« Il fallait que j’essaie. Me croyez-vous assez prête maintenant, sensei ?

Le temps pressait désormais, et la route pour Konoha était longue. Si Kenji ne la jugeait pas assez mature pour partir, elle ne pourrait jamais respecter sa promesse. Alors, adieu le bandeau et la kunoichi. Le vieil homme était sans aucun doute assez puissant pour figer à jamais toutes ses capacités. Ine avait dépassé la haine et seule comptait l’envie de progresser maintenant ; elle resterait un être éternellement frustré si Kenji la renvoyait chez les gaijin.

Pour la première fois de sa vie, Ine pria les Fortunes.

MessageSujet: Re: Entretien avec un vieux   Sam 24 Jan - 2:58

Je donne les XP pour le CE. Je poursuis prochainement Smile

Ine: + 33 XP (bonus genin inclus) - Techniques validées.
Kenji (as Iba): + 29 XP (bonus MJ inclus)
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MessageSujet: Re: Entretien avec un vieux   

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